Message de service
Je ne suis pas le citron du billet précédent, je ne suis PAS le citron, le citron ce n’est pas moi d’accord ?
Ce citron a sa vie de citron, ses soucis à lui.
Je ne lui ai d’ailleurs jamais parlé, à ce citron. Je le connais de vue, c’est tout.
L. & L.
Citron amer
–
Je suis seul ce soir Avec ma peine…
Je ne me rappelle pas la suite.
Plus personne.


Personne à qui parler – remarque je n’ai jamais beaucoup parlé.
C’est plutôt que personne ne me parle plus sinon pour me dire Bonjour, ça va bien aujourd’hui ? Regardez comme i fait beau ; mais y a un peu d vent.
J’ai eu quelqu’un oui, qui me parlait, quelle douceur c’était, quelle lumière aussi, quelle clarté, les plus petites choses de la vie rayonnaient de cette lumière heureuse. Personne n’a jamais connu ça, non non non non personne, que moi. C’est souvent que le souvenir m’en revient ; un bonheur inimaginable c’était. Je devrais le chasser mais je n’ai plus que lui, ce souvenir-là qui se transforme en sanglot. Une douleur cruelle, coupante, lacérante.
Les autres ont un peu de famille qui vient les voir, les sortir certains dimanches.Leurs familles je ne les leur envie pas. Des enfants, oui peut-être… mais qu’est-ce qu’on aurait eu à se dire ?
Le pire c’est que je ne peux pas sortir d’ici puisque je n’ai personne qui vienne pour ça.
Au fond, c’est aussi bien. Si tu n’as personne à qui dire Oh regarde, tu as vu ? Personne qui t’aime je veux dire. Ou seulement savoir que tu pourras raconter ta promenade au retour… à quoi bon…
À quoi bon.
Mais du moins quand tu mourras, tu sais que tu ne feras de peine à personne.
C’est le seul projet qui me reste ; la seule grande aventure encore.
——
Amália Rodrigues (1920-1999). Meu limão de amargura (Meu amor meu amor) / José Carlos Ary dos Santos, paroles ; Alain Oulman, musique ; Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha, Carlos Gonçalves, guitare portugaise ; [Pedro Leal?], guitare classique ; Joel Pina, basse acoustique.
Captation : Casino de Knokke-Le Zoute, Belgique, 1973. Extrait de l’émission télévisée La goélette d’or – Knokke 73. Production : Belgique : BRT [Belgische Radio- en Televisieomroep] ; Portugal : RTP [Rádio e Televisão de Portugal]. Luís Andrade, réalisation.
Meu amor meu amor
meu corpo em movimento
minha voz à procura
do seu próprio lamento.Meu limão de amargura meu punhal a escrever / [crescer]
nós parámos o tempo não sabemos morrer
e nascemos nascemos
do nosso entristecer.Meu amor meu amor
meu pássaro cinzento,
a chorar [a] lonjura,
do nosso afastamento.Meu amor meu amor
meu nó e / [de] sofrimento
minha mó de ternura
minha nau de tormentoeste mar não tem cura este céu não tem ar
nós parámos o vento não sabemos nadar
e morremos morremos
devagar devagar.
José Carlos Ary dos Santos (1937-1984). Meu amor meu amor (1968). Entre crochets : ce qui est chanté lorsque cela diffère du texte du poème.——
Mon amour mon amour
Mon corps en mouvement
Ma voix à la recherche
De sa propre plainte.Mon citron d’amertume, mon poignard qui écrit / [grandit]
Nous avons arrêté le temps, nous ne savons pas mourir
Et nous naissons, nous naissons
De notre accablement.Mon amour mon amour
Mon passereau cendré
Toi qui pleures l’infinie distance
Qui nous tient éloignés.Mon amour mon amour
Mon nœud ma / [de] souffrance
Ma meule de tendresse
Mon navire de tourment,Cette mer est incurable, ce ciel est privé d’air
Nous avons arrêté le vent, nous ne savons pas nager
Et nous mourons, nous mourons
Lentement, lentement.
José Carlos Ary dos Santos (1937-1984). Meu amor meu amor (1968). Traduction L & L. Entre crochets : ce qui est chanté lorsque cela diffère du texte du poème
L & L.
Y a pas à dire
6 février 2013.
Et alors ?
Rien.
L. & L.
Sílvia Pérez Cruz & Toti Soler — He mirat aquesta terra
Je voulais attendre un peu pour dire quelque chose de la jeune chanteuse et musicienne catalane Sílvia Pérez Cruz, et de son merveilleux album 11 de Novembre — mais ceci, il faut le regarder et l’écouter toutes affaires cessantes tellement c’est miraculeux. Et l’écouter encore, et encore. Et le regarder : voir comme tout le corps, tout l’être, participe au chant.
Sílvia Pérez Cruz est à Paris la semaine prochaine (le 7 février, à l’Alhambra, dans le cadre du festival Au fil des voix 2013) : une occasion à ne pas manquer.
Sílvia Pérez Cruz & Toti Soler. He mirat aquesta terra / Salvador Espriu, paroles ; Raimon, musique ; Sílvia Pérez Cruz, chant ; Toti Soler, guitare classique. Captation : Barcelone, Palau de la música, 23 janvier 2013, cérémonie d’ouverture de l’Any Espriu (Année Espriu).
J’ai regardé cette terre (texte catalan ci-dessous, traduction française ici) : le poème est de Salvador Espriu (1913-1985) dont la Catalogne fête le centenaire. La musique est de Raimon (né en 1940), chanteur catalan — et catalanophone — de Valence, ayant l’un des premiers bravé le régime franquiste et ouvert la voie à Lluís Llach, Maria del Mar Bonet ou Joan Manuel Serrat.
Quan la llum pujada des del fons del mar
a llevant comença just a tremolar,
he mirat aquesta terra,
he mirat aquesta terra.Quan per la muntanya que tanca el ponent
el falcó s’enduia la claror del cel,
he mirat aquesta terra,
he mirat aquesta terra.Mentre bleixa l’aire malalt de la nit
i boques de fosca fressen als camins,
he mirat aquesta terra,
he mirat aquesta terra.Quan la pluja porta l’olor de la pols
de les fulles aspres del llunyans alocs,
he mirat aquesta terra,
he mirat aquesta terra.Quan el vent es parla en la solitud
dels meus morts que riuen d’estar sempre junts,
he mirat aquesta terra,
he mirat aquesta terra.Mentre m’envelleixo en el llarg esforç
de passar la rella damunt els records,
he mirat aquesta terra,
he mirat aquesta terra.Quan l’estiu ajaça per tot l’adormit
camp l’ample silenci que estenen els grills,
he mirat aquesta terra,
he mirat aquesta terra.Mentre comprenien savis dits de cec
com l’hivern despulla la son dels sarments,
he mirat aquesta terra,
he mirat aquesta terra.Quan la desbocada força dels cavalls
de l’aiguat de sobte baixa pels rials,
he mirat aquesta terra,
he mirat aquesta terra.
Salvador Espriu (1913-1985). He mirat aquesta terra. Source : cancioneros.com
L. & L.
Gisela João
Voir aussi le billet Gisela João, dans la nuit bleue du fado
………

Gisela João. Photo © Pedro Mendes | email: pedro@pedromendes.com.
—
Gisela João sera-t-elle une grande fadiste ?
Sera-t-elle une fadiste ?
Gisela João. Quando era pequenina / paroles et musique traditionnelles (Beira Baixa, Portugal) ; Gisela João, chant ; Pedro Soares, guitare classique. 2012.
Quando era pequenina
Acabada de nascer.Quand j’étais toute petite
Quand je venais de naître‘Inda mal abria os olhos
Já era para te ver
Acabada de nascer.J’ouvrais à peine les yeux
Et déjà c’était pour te voir
Quand je venais de naître.E quando já for velhinha
Acabada de morrer.Et quand je serai vieille
Et quand je serai morteOlha bem para os meus olhos
Sem vida, hão de te ver
Acabados de morrer.Regarde bien mes yeux
Sans vie, ils te verront encore
Quand je serai morte. Traditionnel (Beira Baixa, Portugal). Quando era pequenina, ou Canção da Beira Baixa. Gisela João ne chante que les deux premiers couplets.Traditionnel (Beira Baixa, Portugal). Quando era pequenina, ou Canção da Beira Baixa.. Trad.L. & L.
Des qualités vocales hors du commun, un timbre riche et profond parcourant une tessiture assez grave (alors que la mode, pour les voix féminines, est depuis dix ans aux voix aiguës et dépourvues de caractère) ; et une présence dramatique, un véritable tempérament. Cet extrait de la captation d’un spectacle donné à Lisbonne en 2012 en témoigne. Quando era pequenina est une chanson traditionnelle de la Beira Baixa, région située au centre-est du Portugal, qu’Amália Rodrigues, elle-même originaire de cette région, avait à son répertoire. C’est probablement cette version qui a inspiré Gisela João.
Elle-même est du nord, de la région du Minho, limitrophe de la Galice. Elle a 29 ans (née en 1983), et dit avoir découvert le fado très tôt, très précisément en entendant à la radio Que Deus me perdõe. Amália. À cet instant-là elle a su que c’était pour elle.
«Um dia estava a lavar a loiça e ouvi na rádio ‘Que Deus me Perdoe’, da Amália. Aquilo dizia: ‘Se a minha alma fechada/ Se pudesse mostrar/ E o que eu sofro calada/ Se pudesse contar/ Toda a gente veria/ Quanto sou desgraçada/ Quanto finjo alegria/ Quanto choro a cantar…’. E pensei: esta sou eu». Comprou uma cassete de Amália e, fechada no quarto, cantava.
Dans : A miúda que todos começam a conhecer, sur Sol (en ligne), 14 janvier 2013.« Un jour, en faisant la vaisselle, j’ai entendu à la radio « Que Deus me perdoe », d’Amália. Les paroles disaient : « Si mon âme secrète / Pouvait se montrer / Et si ce que je souffre en silence / Pouvait se dire / Tout le monde verrait / Comme je suis malheureuse / Comme je feins d’être heureuse / Comme je pleure en chantant… » Et j’ai pensé : c’est moi. » Elle s’est procurée une cassette d’Amália et, enfermée dans sa chambre, s’est mise à chanter.
Trad. L. & L.
Elle fait tellement toc cette histoire qu’elle est probablement vraie. Dans cette même interview, on apprend que, après des débuts à Barcelos, sa ville natale, puis à Porto, Gisela João se laisse convaincre par le fadiste et producteur Hélder Moutinho de descendre à la capitale. Malgré une première année « très dure » elle noue à Lisbonne quelques amitiés précieuses : le réalisateur João Botelho, la chorégraphe Anne Teresa de Keersmaeker par exemple. De cette époque date la série de 5 vidéos réalisées par Tiago Pereira dans l’extraordinaire projet A música portuguesa a gostar dela própria (voir les billets A música portuguesa a gostar dela própria ; A música portuguesa a gostar de António Zambujo ; Raquel Tavares & Pedro Jóia — Deste-me um beijo e vivi , O afinador) :
Gisela João. Lá na minha aldeia / Alberto Janes, paroles et musique ; Gisela João, chant ; Pedro Soares, guitare classique. Tiago Pereira, réalisation. Filmé à Lisbonne, Jardim da Estrela, 4 mars 2011.
Dans chacun des cinq clips — des morceaux du répertoire d’Amália, tous, parmi lesquels une touchante interprétation du fado Não é desgraça ser pobre, de Norberto Araújo et José Joaquim Cavalheiro Jr. (Fado menor do Porto) — éclate la fraîcheur et la spontanéité de la chanteuse.
Entre temps elle collabore avec le groupe Atlantihda, dont elle était alors la voix, et dont l’album éponyme est publié en avril 2011.
Atlantihda. Na calma dos teus olhos / José Flávio Martins, paroles ; Atlantihda, musique ; Atlantihda, groupe vocal et instrumental (Gisela João, chant ; João Campos, guitare classique et flûte traversière ; Miguel Teixeira, guitare classique, viola braguesa, adufe et bilha ; José Flávio Martins, basse acoustique et cajon ; Fátima Santos, accordéon ; Mélanie Paula, violoncelle ; Frederico Pereira, production et direction musicale). Portugal, 2009.
(Impossible de ne pas penser à Madredeus.)
Gisela João chante actuellement au Senhor Vinho, la casa de fados bien connue du quartier de Lapa à Lisbonne, dont la patronne, la fadiste Maria da Fé, a toujours su s’entourer (Aldina Duarte s’y produit depuis de longues années) et fait souvent preuve de discernement lorsqu’il s’agit de déceler le talent véritable chez les jeunes artistes (António Zambujo a été pensionnaire du Sr. Vinho bien avant que ne survienne sa notoriété internationale, et lui est resté fidèle jusqu’en janvier 2012).
Elle n’a pas encore d’album à son actif, du moins en tant que soliste, mais une publication est annoncée pour mars 2013. Quelques clips réalisés avec un grand soin permettent de s’en faire une idée.
Gisela João. Meu amigo está longe / José Carlos Ary dos Santos, paroles ; Alain Oulman, musique ; Gisela João, chant ; Guilherme Banza, guitare portugaise ; Pedro Soares, viola de fado (guitare classique) ; Francisco Gaspar, basse acoustique.
Nota : cette vidéo, vraiment splendide, a été déclarée privée sur Youtube depuis la publication de ce billet. On peut cependant la voir encore sur le site Metropolis d’Arte.
Nem um poema, nem um verso, nem um canto,
Tudo raso de ausência, tudo liso de espanto
Amiga, noiva, mãe, irmã, amante,
Meu amigo está longe
E a distância é tão grande.Pas un poème, pas un vers, pas un chant
Tout est ras de l’absence, tout est lisse de l’effroi
Amie, fiancée, mère, sœur, amante,
Mon ami est loin
Et la distance est immense.Nem um som, nem um grito, nem um ai
Tudo calado, todos sem mãe nem pai
Amiga noiva mãe irmã amante,
Meu amigo esta longe
E a tristeza é tão grande.Pas un son, pas un cri, pas une plainte
Tout est silence, tous sans père ni mère,
Amie fiancée mère sœur amante,
Mon ami est loin
Et la tristesse est immense.Ai esta magoa, ai este pranto, ai esta dor
Dor do amor sózinho, o amor maior
Amiga, noiva, mãe, irmã, amante,
Meu amigo esta longe
E a saudade é tão grande.Ah cette peine, ah ce sanglot, cette douleur
Douleur de l’amour privé de son amour
Amie, fiancée, mère, sœur, amante,
Mon ami est loin
Et la saudade est immense José Carlos Ary dos Santos (1937-1984). Meu amigo está longe.José Carlos Ary dos Santos (1937-1984). Meu amigo está longe. Trad. L. & L.
Encore un fado puisé dans le répertoire d’Amália, celui-ci composé par Alain Oulman sur un poème d’Ary dos Santos. La ligne vocale est proche de l’interprétation originale, tandis que l’arrangement instrumental, très intéressant, se libère au contraire du modèle.
Je dois dire que depuis l’apparition de Carminho (voir les billets Carminho — A Bia da Mouraria ; Carminho — Meu amor marinheiro : Sur les quais), et jusqu’à ce qu’en furetant je découvre Gisela João, je n’avais plus rien entendu qui soit digne du moindre intérêt dans le domaine du fado — de mon point de vue du moins. J’avais cru que la renaissance du fado s’achevait avec Carminho. Mais là, quelque chose est possible. Ce qu’il faut à Gisela João – dont Camané prédit qu’elle sera la sensation de 2013 –, c’est avant tout un répertoire qui lui soit propre et qu’elle sache investir.
Reste pour elle à démontrer qu’elle peut employer les moyens vocaux et dramatiques exceptionnels dont elle dispose pour se forger une véritable personnalité de fadiste, car « não é fadista quem quer, só é fadista quem calha » (n’est pas fadista celui qui veut l’être, mais celui à qui cela échoit) [Fado da Adiça, paroles Rodrigo de Melo, musique Armandinho, interprété par Amália Rodrigues].
Gisela João. Meu corpo / José Carlos Ary dos Santos, paroles ; Fernando Tordo, musique ; Gisela João, chant ; Guilherme Banza, guitare portugaise ; Pedro Soares, viola de fado (guitare classique) ; Nando Araújo, basse acoustique. Captation : Lisbonne, Teatro do Bairro, 22 février 2012.
Bonne chance !
L. & L.
Mephitis
Lorsque j’ai ouvert Une fille, qui danse de Julian Barnes, il s’en est élevé une odeur si désagréable, s’épanouissant dans l’air et s’y établissant comme le fait un parfum, prenant puissamment ses aises, se combinant avec toutes celles de la librairie, si délibérément malveillante que je n’ai eu que le temps de lire la première phrase du livre avant de le clore et de m’enfuir vers la littérature italienne. Je ne me rappelle pas la phrase ; seulement qu’elle est courte.
Que ceci te serve de mise en garde. Masque à gaz requis pour cette lecture, si elle est dans tes intentions.
L. & L.
Amália Rodrigues — Ai Joaquina
Amália Rodrigues (1920-1999). Ai Joaquina / Amália Rodrigues, paroles ; Carlos Gonçalves, musique ; Amália Rodrigues, chant ; Carlos Gonçalves et José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Pedro Leal, guitare classique ; Joel Pina, basse acoustique. Vidéo : RTP (Rádio e Televisão de Portugal). Captation : Lisbonne, Coliseu dos Recreios, Grande noite do fado, 1982.
Je m’en veux un peu (mais non, mais qu’est-ce que je dis) d’aimer ce genre de chansons désuètes, ces marches très enlevées (celle-ci, presque un paso-doble) pour lesquelles Amália elle-même avait une certaine prédilection. Le rythme rapide laisse à peine percevoir que la mélodie, exécutée sur un autre tempo, pourrait être celle d’un fado. Amália la chante en effet comme un air entraînant, propre à faire participer le public qui bat des mains comme elle l’y invite, mais les paroles (qui sont d’elle, elle le dit dans sa présentation) sont atroces :
Amarelo é o ouro, branca é a prata
Encarnada a boca de quem me mata.L’or est jaune, blanc l’argent
Et rouge la bouche de celle / celui qui me tue.
Le reste des paroles, je ne le comprends que par bribes.
Il s’agit d’un extrait du récital donné par la chanteuse, âgée alors de 62 ans, lors de la Grande Noite do Fado de 1982. La chanson est inédite. Il n’en existe aucun enregistrement officiel, ni en studio, ni en public. Il n’y a que ça.
L. & L.
Léopold

Tiens, je vais te mettre là. Voilà.
Tourne-toi juste un peu vers moi… non, pas comme ça, attends…

Détends-toi ; là c’est ça… tu t’appelles comment ?

Léopold. Et je suis détendu.
Léopold, c’est pas courant ça. Tu es belge ?

Belge ? Pourquoi je serais belge ?
Non, oui c’est idiot. T’es d’où alors ?
Ça te regarde ?
Attends, bouge pas mon chou. Tu peux me regarder s’il te plaît ?
Tu m’appelles pas mon chou.
–
Oui voilà, c’est bien. Bon maintenant tu vas écarter un peu tes feuilles, je voudrais qu’on voie ta chair un peu. Juste ouvrir un peu cette échancrure.
Ouvre mieux s’il te plaît, je vois rien.
Non mais tu veux pas que je me mette à poil aussi, non ?

Non, pas pour les photos. C’est beaucoup plus beau et plus émouvant avec les feuilles, tu sais ; il vaut mieux suggérer, laisser deviner que montrer crûment…
Pas pour la photo ? Qu’est-ce que tu veux dire ?
Ben que pour la photo tu gardes tes feuilles, je te les enlèverai après.

Après ! Non mais t’imagines quoi, connard ?
J’imagine quoi ? Mais… Moi je me casse direct après connard qu’est-ce que tu crois, et même tout de suite je me casse ! Mais mon petit chou… Je suis pas ton chou t’as compris ?

Écoute Léopold je ne sais pas si tu es bien conscient de la situation dans laquelle tu es.
Pousse-toi.
Léopold ! Écoute-moi bien. Tu as été acheté ce matin même au marché. Non mais t’es vraiment grave toi.
Mais t’es en plein délire là.
Faut te faire soigner hein Putain mais t’es grave toi hein, t’es vraiment grave.
Et tu penses que tu vas faire quoi avec moi ?
Mais… te cuire tiens, qu’est-ce que tu veux d’autre.
Me cuire ? Non mais t’es dingue hein Mais t’es vraiment à la masse toi j’en reviens pas Mais où je suis tombé !
Mais Léopold
quoi encore !
mais Tu es un chou !
Vraiment.

L. & L.
Fémoche
Fépabôlejour.
–

–
Fépabôlanui.
–

–
Mékelsaltan !
Mésavasarretékan ?
–
L. & L.


