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Citron amer

12 février 2013

Citron

Je suis seul ce soir Avec ma peine…

Je ne me rappelle pas la suite.

Plus personne.

Citron

Citron

CitronPersonne à qui parler – remarque je n’ai jamais beaucoup parlé.

C’est plutôt que personne ne me parle plus sinon pour me dire Bonjour, ça va bien aujourd’hui ? Regardez comme i fait beau ; mais y a un peu d vent.

J’ai eu quelqu’un oui, qui me parlait, quelle douceur c’était, quelle lumière aussi, quelle clarté, les plus petites choses de la vie rayonnaient de cette lumière heureuse. Personne n’a jamais connu ça, non non non non personne, que moi. C’est souvent que le souvenir m’en revient ; un bonheur inimaginable c’était. Je devrais le chasser mais je n’ai plus que lui, ce souvenir-là qui se transforme en sanglot. Une douleur cruelle, coupante, lacérante.

Les autres ont un peu de famille qui vient les voir, les sortir certains dimanches.Leurs familles je ne les leur envie pas. Des enfants, oui peut-être… mais qu’est-ce qu’on aurait eu à se dire ?

Le pire c’est que je ne peux pas sortir d’ici puisque je n’ai personne qui vienne pour ça.

Au fond, c’est aussi bien. Si tu n’as personne à qui dire Oh regarde, tu as vu ? Personne qui t’aime je veux dire. Ou seulement savoir que tu pourras raconter ta promenade au retour… à quoi bon…

À quoi bon.

Mais du moins quand tu mourras, tu sais que tu ne feras de peine à personne.

C’est le seul projet qui me reste ; la seule grande aventure encore.

——

Amália Rodrigues. Meu limão de amargura (Meu amor meu amor) / José Carlos Ary dos Santos, paroles ; Alain Oulman, musique ; Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha, Carlos Gonçalves (?), guitare portugaise ; Pedro Leal, guitare classique ; Joel Pina, basse acoustique. Captation : Knokke le Zoute (Belgique), 1973.

Meu amor meu amor
meu corpo em movimento
minha voz à procura
do seu próprio lamento.

Meu limão de amargura meu punhal a escrever / [crescer]
nós parámos o tempo não sabemos morrer
e nascemos nascemos
do nosso entristecer.

Meu amor meu amor
meu pássaro cinzento,
a chorar [a] lonjura,
do nosso afastamento.

Meu amor meu amor
meu nó e / [de] sofrimento
minha mó de ternura
minha nau de tormento

este mar não tem cura este céu não tem ar
nós parámos o vento não sabemos nadar
e morremos morremos
devagar devagar.

José Carlos Ary dos Santos (1937-1984). Meu amor meu amor (1968). Entre crochets : ce qui est chanté lorsque cela diffère du texte du poème.

——

Mon amour mon amour
Mon corps en mouvement
Ma voix à la recherche
De sa propre plainte.

Mon citron d’amertume, mon poignard qui écrit / [grandit]
Nous avons arrêté le temps, nous ne savons pas mourir
Et nous naissons, nous naissons
De notre accablement.

Mon amour mon amour
Mon passereau cendré
Toi qui pleures l’infinie distance
Qui nous tient éloignés.

Mon amour mon amour
Mon nœud ma / [de] souffrance
Ma meule de tendresse
Mon navire de tourment,

Cette mer est incurable, ce ciel est privé d’air
Nous avons arrêté le vent, nous ne savons pas nager
Et nous mourons, nous mourons
Lentement, lentement.
José Carlos Ary dos Santos (1937-1984). Meu amor meu amor (1968). Traduction L & L. Entre crochets : ce qui est chanté lorsque cela diffère du texte du poème
Citron

L & L.

5 commentaires leave one →
  1. denise permalink
    12 février 2013 18:49

    un peu plombant, lili lulu , ce soir, je vais voir danser carlotta sagna et je n’aurai personne à qui dire: que c’est beau! quand j’allais écouter Ary dos Santos déclamer plein de fougue ses vers dans les concerts militants des années rouges à Lisbonne, j’avais quelqu’un, allez, un petit single malt de islay et on enchaîne…

    • 12 février 2013 19:00

      Euh… oui, le fait est, il est un peu dur ce billet-là.
      Pour accompagner le whisky, cette petite vidéo politiquement absolument pas correcte du tout, mais rigolote (sauf pour les Suisses allemands)

      Et bon spectacle ce soir !

  2. paoafo permalink
    12 février 2013 19:04

    Mais qu’est ce que tu racontes Lulu !
    Si tu meurs, tu nous manqueras à tous ! Il y aura tant de personnes qui ne pourront plus te lire, qui attendent avec impatience ta sensibilité, ton point de vue unique et généreux que tu partages sur ce blog…
    Il y a tout ce que tu ne sais pas, même si tu fais le prétentieux en croyant que la vérité est ce que tes yeux voient… non, non, non… la vérité ce n’est pas ça.
    Je te connais à peine et j’aime déjà beaucoup ce que tu es.
    Et il y a tant de gens seuls… Même avec quelqu’un à côté… qui regarde et qui ne sait pas ou plus partager….
    N’oublie pas que « l’enfer c’est les autres » ^^
    La joie ça commence par ça : rien. Se contenter d’un rien….
    C’est toi qui peuples et dépeuples ton monde.

    • 12 février 2013 19:15

      Attention quand même à ne pas me confondre avec ce citron 😉

      Pour le reste, merci beaucoup pour cette sensible participation ! Et j’espère que ce fado Meu limão de amargura te plaît (et je ne dis pas qu’il est magnifique, qu’il est superbe, et que la voix d’Amália est la plus belle du monde, non non, je ne dis rien)

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  1. Amália : les voix du fado = as vozes do fado (2015) | Je pleure sans raison que je pourrais vous dire

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