Aller au contenu principal

Maria do Rosário Bettencourt • Lenitivo (1966)

24 avril 2026

Elle avait une voix très singulière, Maria do Rosário Bettencourt, une voix un peu enrouée restée de petite fille, c’est l’effet qu’elle me faisait. Ou bien celle d’un petit animal timide mais pouvant se montrer volubile, d’habitat sylvestre, de mœurs diurnes ou vespérales ; une voix d’écureuil, peut-être. D’elle pendant longtemps je n’ai connu qu’un seul morceau, qui figurait sur une compilation achetée à Paris dans les années quatre-vingt. Elle est morte dans les premiers jours de janvier, à l’âge de 92 ans.

Lenitivo (« Réconfort ») remonte à 1966. La musique de ce fado, sans refrain et qui peut de ce fait revendiquer la qualité de fado castiço, est l’œuvre d’une femme, un fait très rare. À part son nom, Helena Moreira Viana, je n’ai pas récolté de renseignements sur elle, quoiqu’elle semble avoir été assez prolifique. Amália Rodrigues elle-même en a chanté une marche, Vem ao Castelo, en 1969. Je n’ai pas trouvé grand-chose non plus sur l’autrice des paroles, Fernanda Santos, qui se serait exilée aux États-Unis relativement tôt pour y mener une carrière de une fadiste.

Maria do Rosário Bettencourt (1933-2026)Lenitivo. Fernanda Santos, paroles ; Helena Moreira Viana, musique (fado Lenitivo).
Maria do Rosário Bettencourt, chant ; Conjunto de guitarras de Raul Nery, ensemble instrumental.
Première publication : Portugal, ℗ 1966.

Desdenharam-me bem sei
Quando um dia comecei
A cantar dorida o fado
Não sabiam o motivo
É que o fado é lenitivo
Dum coração torturado

Je le sais, on m’a moquée
Lorsque j’ai commencé,
Meurtrie, à chanter le fado.
Si je l’ai fait, c’est
Que le fado est un baume
Pour les cœurs torturés.
Ao ver de todo perdidas
As minhas esperanças mais queridas
Senti que fui talvez pisada
E era doce companhia
Para a minha melancolia
O chorar de uma guitarra

En voyant s’anéantir
Tous mes plus chers espoirs
Je me suis sentie piétinée, peut-être.
Quelle douce compagnie
Était alors à ma mélancolie
Le pleur d’une guitare !
Amarguras e cansaços
Na minha dor em pedaços
Eu vou esquecendo a cantar
E nos queixumes do fado
Já nem sei se é um trinado
Se a minha alma a soluçar

Toute l’amertume, la lassitude
De ma douleur en morceaux
Lorsque je chante s’effacent
Dans la plainte du fado
Et je ne sais plus si ce sont les guitares
Ou si c’est mon âme qui pleure.
Sei que me ouves lamentando
As mágoas que eu vou cantando
Só tu podes entender
Vou o meu canto dedicar-te
Uma dor que se reparte
Não custa tanto a sofrer

Je sais que tu entends ma plainte.
Les peines que je chante,
Toi seul peux les comprendre.
Je te dédie mon chant :
Une douleur partagée
Est moins lourde à porter.
Fernanda Santos. Lenitivo (1966).
Fernanda Santos. Un baume, traduit de : Lenitivo (1966), par L. & L.

Il existe une reprise assez récente du fado Lenitivo, par la fadiste – et fille de fadiste – Tânia Oleiro. Jolie voix, mais vraiment je préfère Maria do Rosário B.

Tânia Oleiro (née en 1979)Fado Lenitivo. Fernanda Santos, paroles ; Helena Moreira Viana, musique (fado Lenitivo).
Tânia Oleiro, chant ; Ricardo Pareira, guitare portugaise ; Marco Oliveira, guitare ; Francisco Gaspar, basse acoustique.
Extrait de l’album Terços de Fado / Tânia Oleiro. Portugal, Museu do Fado Discos, ℗ 2016.

No comments yet

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.