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Encore des mots

8 décembre 2019

JEUNE FEMME (chanté) :
Si jamais tu partais
Partais et me quittais
Je crois que j’en mourrais
Que j’en mourrais d’amour
Mon amour, mon amour…

Silence.

MADELEINE (fixe, stupéfiée par la violence des paroles). — Non.

Silence.

JEUNE FEMME (sur le même ton) :
Que j’en mourrais d’amour
Mon amour, mon amour.

MADELEINE. — Non.

Silence. La Jeune Femme se tait. C’est Madeleine qui, comme contrite, reprend.

MADELEINE. — Mon amour, mon amour…

Marguerite Duras (1914-1996). Savannah Bay (1983). Les Éditions de Minuit, impr. 2005, ISBN 2-7073-0668-1. Page 16.

Édith Piaf (1915-1963) | Les mots d’amour. Michel Rivgauche, paroles ; Charles Dumont, musique.
Édith Piaf, chant ; accompagnement d’orchestre ; Robert Chauvigny, direction.
France, 1960.

Jeanne Balibar | Pas dupe

3 décembre 2019

Tu n’étais pas dupe
du peu que je t’offrais
du peu de temps
du peu de traces
du peu de place
du peu d’effet
que tu m’as fait
Pierre Alféri. Pas dupe

Charmant. Idéal pour un jour de brouillard sur la Garonne, comme celui-ci.

Quelque chose de Jeanne Moreau, la maigreur de la voix, le côté « Jeanne ». Les paroles sont de Pierre Alféri, fils de Jacques Derrida.

Jeanne Balibar | Pas dupe. Pierre Alféri, paroles ; Rodolphe Burger, musique.
Jeanne Balibar, chant ; Rodolphe Burger, guitare, piano ; Marco De Oliveira, basse ; Arnaud Dieterlen, batterie… Extrait de l’album Paramour / Jeanne Balibar. France, ℗ 2003.
Vidéo : Arnaud Desplechin, réalisation. France, 2003?. Images d’arrière-plan : extraits du film У самого синего моря (titre français : « Au bord de la mer bleue »), Boris Barnet [ru : Бори́с Васи́льевич Ба́рнет] et S. Mardanov, réalisation. URSS, 1936.

Saison de l'inconfort

1 décembre 2019

Toulouse (Occitanie, France), la Garonne depuis la rue de la Digue, 29 novembre 2019

Toulouse (Occitanie, France), la Garonne depuis la rue de la Digue, 29 novembre 2019

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Défaut de l’automne, venir après l’été et annoncer l’hiver. Saison de l’inconfort.
Se demander si ce n’est pas justement le temps propice à la réflexion.
Robert Pinget (1919-1997). Du nerf (1990). Les Éditions de Minuit, impr. 1990. ISBN 2-7073-1326-2. P. 16.

Toulouse (Occitanie, France), la Garonne depuis la rue de la Digue, 30 novembre 2019

Kumquat, kiwano, karambol

1 décembre 2019

Potimarrons, 25 novembre 2019

Potimarrons, 25 novembre 2019

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Sur un autre étalage de primeurs il voit écrit kumquat, kiwano, karambol. Il demande à la marchande à quoi ça rime. Elle dit à ça en lui montrant des fruits bizarroïdes. Il marmonne encore de l’exotique. Elle répond pas plus que vous.
Robert Pinget (1919-1997). Du nerf (1990). Les Éditions de Minuit, impr. 1990. ISBN 2-7073-1326-2. P. 35.

Potimarrons, 25 novembre 2019

Tous les étés réfugiés là

1 décembre 2019

Toulouse (Occitanie, France), rue Bédelières, 25 novembre 2019

Toulouse (Occitanie, France), rue Bédelières, 25 novembre 2019

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Pour faire durer la belle saison trois mots sur le beau temps dans son cahier.
Tous les étés réfugiés là.
Robert Pinget (1919-1997). Du nerf (1990). Les Éditions de Minuit, impr. 1990. ISBN 2-7073-1326-2. P. 32.

Toulouse (Occitanie, France), rue Bédelières, 25 novembre 2019

Silvia Pérez Cruz | Barquito de papel (Joan Manuel Serrat)

22 novembre 2019

Silvia Pérez Cruz | Barquito de papel. Joan Manuel Serrat, paroles & musique.
Silvia Pérez Cruz, chant ; accompagnement d’orchestre. Extrait de l’album Hijos del Mediterráneo / Jorge Drexler, Eva Amaral, Xoel López et sept autres artistes ; Amaro Ferreiro, direction ; Ricky Falkner, production. Espagne, ℗ 2019. L’album est une reprise titre à titre de l’album Mediterráneo de Joan Manuel Serrat, publié en 1971. Les arrangements de Hijos del Mediterráneo sont basés sur ceux réalisés pour Mediterráneo par Juan Carlos Calderón, Antoni Ros Marbá et Gian Piero Reverberi.

Étrange entreprise, qui tient de l’exercice d’idolâtrie, que de refaire quasiment à l’identique en 2019 l’album Mediterráneo (« Méditerranée ») de Joan Manuel Serrat publié en 1971. En Espagne cet album, composé de dix chansons toutes chantées en castillan, est un classique.

Hijos del Mediterráneo (« Fils de la Méditerranée ») en est une sorte de remake ; il en reprend les dix chansons dans l’ordre du programme de l’album de Serrat, et jusqu’aux arrangements d’origine. Mais le tout a été réenregistré avec le confort moderne, non par Joan Manuel Serrat lui-même, qui fêtera ses 76 ans dans quelques semaines, mais par dix voix contemporaines. C’est ce qui nous vaut d’entendre la suave Silvia Pérez Cruz dans cette petite friandise : Barquito de papel, qui n’est pas la chanson la plus connue du recueil.


Barquito de papel,
sin nombre, sin patrón
y sin bandera,
navegando sin timón
donde la corriente quiera.

Bateau de papier,
Sans nom, sans capitaine
Et sans pavillon,
Qui va sans gouvernail
Au gré du courant.

Aventurero audaz,
jinete de papel
cuadriculado,
que mi mano sin pasado
sentó a lomos de un canal.

Audacieux aventurier,
Cavalier de papier
Quadrillé,
Que ma main sans passé
A posé sur le dos d’une rigole.

Cuando el canal era un río,
cuando el estanque era el mar,
y navegar
era jugar con el viento,
era una sonrisa a tiempo,
fugándose feliz
de país en país,
entre la escuela y mi casa,
después el tiempo pasa
y te olvidas de aquel
barquito de papel.

Quand les rigoles étaient des fleuves,
Quand un étang était la mer,
Quand naviguer
C’était jouer avec le vent,
Et sourire
Et s’évader heureux
De pays en pays,
Entre l’école et la maison,
Et puis le temps passe
Et on oublie
Ce bateau de papier.

Barquito de papel,
en qué extraño arenal
han varado
tu sonrisa y mi pasado,
vestidos de colegial.

Bateau de papier,
Sur quel rivage inconnu
Se sont échoués
Ton sourire et mon passé,
En habits d’écolier ?
Joan Manuel Serrat. Barquito de papel (1998).
.
Joan Manuel Serrat. Bateau de papier, traduit de : Barquito de papel (1971) par L & L.

Par comparaison, voici l’enregistrement original, extrait de l’album Mediterráneo, de Joan Manuel Serrat.

Joan Manuel Serratz | Barquito de papel. Joan Manuel Serrat, paroles & musique.
Joan Manuel Serrat, chant ; accompagnement d’orchestre, Juan Carlos Calderón et Gian Piero Reverberi, direction. Extrait de l’album Mediterráneo / Joan Manuel Serrat ; Juan Carlos Calderón, Antoni Ros Marbá et Gian Piero Reverberi, arrangements. Enregistré au studio Fonit Cetra, Milan (Italie), 1971. Espagne, ℗ 1971.

Jorge Drexler, Eva Amaral, Xoel López,…
Hijos del Mediterráneo (2019)

Jorge Drexler, Eva Amaral, Xoel López,… Hijos del Mediterráneo (2019)Hijos del Mediterráneo / Jorge Drexler, Eva Amaral, Xoel López et sept autres artistes, chant ; Amaro Ferreiro, direction ; Ricky Falkner, production. Espagne, ℗ 2019. — Production : Espagne : Warner Music Spain, ℗ 2019.

L’album est une reprise titre à titre de l’album Mediterráneo de Joan Manuel Serrat, publié en 1971. Les arrangements de Hijos del Mediterráneo sont basés sur ceux réalisés pour Mediterráneo par Juan Carlos Calderón, Antoni Ros Marbá et Gian Piero Reverberi.

CD : Warner Music Spain, 2019. — EAN 0190295397029.

1. Jorge Drexler. Mediterráneo / Joan Manuel Serrat, paroles & musique.
2. Eva Amaral. Aquellas pequeñas cosas / Joan Manuel Serrat, paroles & musique.
3. Xoel López. La mujer que yo quiero / Joan Manuel Serrat, paroles & musique.
4. Depedro. Pueblo blanco / Joan Manuel Serrat, paroles & musique.
5. Iván Ferreiro. Tio Alberto / Joan Manuel Serrat, paroles & musique.
6. Tulsa. Que va a ser de ti / Joan Manuel Serrat, paroles & musique.
7. Andrés Calamaro. Lucía / Joan Manuel Serrat, paroles & musique.
8. Santi Balmes. Vagabundear / Joan Manuel Serrat, paroles & musique.
9. Silvia Pérez Cruz. Barquito de papel / Joan Manuel Serrat, paroles & musique.
10. Josele Santiago. Vencidos / poème de León Felipe ; Joan Manuel Serrat, musique.

Argentina Santos, morte

18 novembre 2019

Amar não é um pecado
Pecado é andar no mundo
Sem ter amor a ninguém
Moita Girão. Amar não é um pecado (extrait).

Aimer n’est pas un péché.
Le péché c’est être au monde
Sans amour pour quiconque.

AArgentina Santos (1924-2019) | Amar não é pecado. Moita Girão, paroles ; Pedro Rodrigues, musique (Fado Pedro Rodrigues).
Argentina Santos, chant, guitare ; Bernardo Couto, guitare portugaise ; Diogo Clemente, guitare ; Nando Araújo, guitare basse. Extrait du DVD Cabelo branco é saudade / conçu et dirigé par Ricardo Pais ; direction musicale Diogo Clemente. Portugal, ℗ 1998.

Elle est morte aujourd’hui, Dona Argentina, l’une des plus grandes fadistes de sa génération. Morte à 95 ans. À vrai dire elle ne chantait plus depuis près de dix ans à la Parreirinha de Alfama (« la petite treille d’Alfama »), sa maison de fados située presque face au Musée du fado à Lisbonne, non loin du Tage. Il fallait se contenter de ses quelques enregistrements, audio ou vidéo, pour entendre encore ce chant absolument singulier, dont le plus proche parent serait celui d’Alfredo Marceneiro, ou encore celui de fadistes très anciennes comme Berta Cardoso (1911-1997) ou autres. Au fond, elle était le dernier témoin du fado « d’avant ». D’avant Amália Rodrigues, s’entend. L’une des dernières interprètes du fado castiço (« authentique »), une tradition désormais presque engloutie ; la dernière fadiste véritable, peut-être.

Elle n’a pas cherché la renommée. Pour elle, faire la cuisine était plus agréable que chanter. Elle avait le fado en elle, oui, et elle le laissait s’exprimer de temps en temps. La vidéo ci-dessus est un extrait d’un spectacle filmé, présenté en 2005 dans plusieurs villes d’Europe. Y participaient avec elle : Celeste Rodrigues, Alcindo de Carvalho et Ricardo Ribeiro – seul survivant de la petite troupe (si l’on excepte les instrumentistes).

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