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Voici qu’elle se met à chanter pour elle seule

28 juin 2020

M. D. :
Et puis elle dit : vous savez, moi, personnellement, je crois que Karl Marx, c’est fini.

Silence.

M. D. :
Et puis elle recommence à chanter.
Elle ferme les yeux.

(Temps.)

Elle voit des choses derrière ses yeux.

G. D. :
La fin du monde.
Marguerite Duras (1914-1996). Le camion (1977). Dans : Le camion / Marguerite Duras. Suivi de Entretien avec Michelle Porte, Les Éditions de Minuit, impr. 2006, ISBN 2-7073-0179-5, pages 60-61.
M. D. : Marguerite Duras. G. D. : Gérard Depardieu.

Albertina Maria Lucas.
Vidéo : Tiago Pereira & Cláudia Faro, réalisation et son ; Albertina Maria Lucas, participante ; Marcelo Almeida, production. Enregistré à Sanfins (Chaves, Vila Real, Trás os Montes, Portugal), le 16 novembre 2015.
(A música portuguesa a gostar dela própria ; projeto 1330).


[…]

[…]

Deixa-me dormir contigo
Uma noite não é nada
Eu entro pelo escuro
E saio pela madrugada

Laisse-moi dormir avec toi
Une nuit, ce n’est rien
J’entre à la nuit
Je sors à l’aube

Nem entras pelo escuro
Nem sais pela madrugada
Eu sou rapariga nova
Não quero ser difamada

Ni tu n’entres à la nuit
Ni tu ne sors à l’aube
Je suis jeune fille
Je ne veux pas être déshonorée

Não quero ser difamada
Nem por ti nem por ninguém
[…]

Je ne veux pas être déshonorée
Ni par toi, ni par aucun
[…]
Chanson traditionnelle (Trás os Montes, Portugal). Chanson traditionnelle (Trás os Montes, Portugal), trad. par L. & L.

(De cette chanson existent de nombreuses variantes, du sud au nord du Portugal. Cette captation a été réalisée dans la région de Trás os Montes, à moins de dix kilomètres de la frontière de Galice.)

Vicissitude.

26 juin 2020

Vallée de la Bellongue (Ariège, Occitanie, France), 21 juin 2020

Vallée de la Bellongue (Buzan, Ariège, Occitanie, France), 21 juin 2020

Plonger dans cette prairie grasse et drue, y nager comme dans un golfe.
Pour en ressortir le corps hérissé de tiques, merci bien.

Gisela João • Sombras do passado

25 juin 2020

Gisela JoãoSombras do passado. Ana Sofia Paiva, paroles ; Frederico Pereira, musique.
Gisela João, chant ; Ricardo Parreira, guitare portugaise & direction musicale ; Nelson Aleixo, guitare classique ; Francisco Gaspar, basse acoustique.
Enregistrement : Cascais (Portugal), pousada Pestana Cidadela, 2016.
Extrait de l’album Nua / Gisela João. Portugal, ℗ 2016.
Vidéo : Production Éphémère (Les Marais de Tasdon, La Rochelle, France), production. France, 2018 (mise en ligne).


Venham sombras do passado
Venha tudo o que eu te dei
Venha a seiva do pecado
Venha o mal que eu rejeitei

À moi, ombres du passé,
À moi, tout ce que je t’ai donné !
À moi, la sève du péché,
À moi, le mal que j’ai repoussé !

Venham sombras do passado

À moi, ombres du passé !

Venham crimes de saudade
Pesadelos de amargura
Venham sismos à cidade
Desatar esta loucura

À moi, crimes de saudade,
Cauchemars d’amertume !
À moi, séismes ! Venez
Réduire à néant cette folie !

Venham sonhos e promessas
Ocupar o que foi teu
Venha o dia em que tropeças
Neste amor que já morreu

Que viennent rêves et promesses
Investir ce qui n’était qu’à toi,
Vienne le jour où tu trébucheras
Sur cet amour aujourd’hui mort !

Venham sonhos e promessas

À moi, rêves et promesses !

Venha vento, venha frio
A mais negra solidão
Venha a dor do teu vazio
Implorar o meu perdão

À moi le vent, à moi le froid,
Et la plus noire solitude !
Viens, douleur du vide par toi laissé,
Implorer ma mansuétude !

Venham sombras do passado
Venha tudo o que eu te dei

À moi, ombres du passé,
À moi, tout ce que je t’ai donné !
Ana Sofia Paiva. Sombras do passado (2016).
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Ana Sofia Paiva. Ombres du passé, trad. par L. & L. de Sombras do passado (2016).

De « Mãe preta » à « Barco negro »

24 juin 2020

Barco negro, on l’a dit, n’est pas un fado. L’un des titres les plus célèbres du répertoire d’Amália Rodrigues est en réalité une chanson brésilienne du début des années 1940 intitulée Mãe preta (« Mère noire ») sur laquelle de nouvelles paroles ont été écrites pour les besoins du film Les amants du Tage (France, 1954). Cela, à la demande d’Amália Rodrigues qui l’interprète dans une séquence de ce film restée fameuse.

Mãe preta : le passé esclavagiste du Brésil

Mãe preta est l’œuvre d’un musicien et chanteur originaire de Porto Alegre, une ville de l’extrême sud du Brésil, connu sous le nom de Caco Velho (pseudonyme de Mateus Nunes, 1920-1971). Les paroles ont été retouchées par un certain Piratini (Antônio Amabile, 1906-1953), humoriste et présentateur d’une célèbre émission de radio-crochet à Porto Alegre, avant que la chanson ne soit enregistrée par un groupe nommé Conjunto Tocantins. Publié au Brésil en 1943, cet enregistrement est apparemment le premier connu de Mãe preta.

Conjunto TocantinsMãe preta. Caco Velho (Mateus Nunes), Piratini (Antônio Amabile), paroles & musique.
Conjunto Tocantins, ensemble instrumental et vocal.
Brésil, 1943.


Pele encarquilhada carapinha branca
Gandola de renda caindo na anca
Embalando o berço do filho do sinhô
Que há pouco tempo a sinhá ganhou

La peau ridée, les cheveux blanchis,
Une casaque de dentelle lui tombant sur la hanche
Elle balance doucement le berceau du fils
Que le maître vient de donner à la maîtresse.

Era assim que Mãe preta fazia
criava todo o branco com muita alegria
Porém lá na sanzala Pai João apanhava
Mãe preta mais uma lágrima enxugava

Voilà comment faisait Maman noire.
Elle s’occupait du blanc avec beaucoup d’entrain
Pendant que dans la senzala* on fouettait père João
Et Maman noire essuyait une nouvelle larme.

Mãe preta, Mãe preta

Maman noire, maman noire.

Enquanto a chibata batia no seu amor
Mãe preta embalava o filho branco do sinhô

Pendant que le fouet s’abattait sur son amour
Maman noire berçait le fils blanc du maître.
Caco Velho, pseudonyme de Mateus Nunes (1920-1971) & Piratini, pseudonyme d’Antônio Amabile (1906-1953). Mãe preta (vers 1943).
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Caco Velho, pseudonyme de Mateus Nunes (1920-1971) & Piratini, pseudonyme d’Antônio Amabile (1906-1953). Maman noire, trad. par L. & L. de Mãe preta (vers 1943).
*Senzala ou sanzala : au Brésil, quartier d’habitation des esclaves. Voir l’article Wikipédia.

On le voit, le thème de Mãe preta, très différent de celui de Barco negro, est ancré dans l’histoire du Brésil. L’abolition de l’esclavage au Brésil ne date officiellement que de 1888, soit une grosse cinquantaine d’années seulement avant l’écriture de la chanson, et Caco Velho était lui-même un « preto » – c’est à dire un noir. De même musicalement, Mãe preta relève d’une tradition afro-brésilienne. Dans son autobiographie, Amália Rodrigues dit avoir cru cette musique africaine :

Ao princípio, eu não sabia que a música era brasileira. Pensei até que fosse africana.
Vítor Pavão dos Santos & Amália Rodrigues. Amália : uma biografia (1987). Lisboa, Contexto, 1987, p. 125.

Au début, je ne savais pas que la musique était brésilienne. J’ai même pensé qu’elle était africaine.

Mãe preta au Portugal : Maria da Conceição (1954)

En 1954, l’année du tournage des Amants du Tage, c’est pourtant une fadiste, nommée Maria da Conceição, qui fait connaître Mãe preta au Portugal. Elle en enregistre alors deux versions différentes, l’une à la manière d’un fado, avec l’accompagnement instrumental typique du genre (guitare portugaise et guitare classique), l’autre conservant une saveur brésilienne plus marquée, avec un ensemble instrumental carioca.

Maria da Conceição (1920-1999)Mãe preta. Caco Velho (Mateus Nunes), Piratini (Antônio Amabile), paroles & musique.
Maria da Conceição, chant ; António Bessa, guitare portugaise ; A. Mendes, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Espagne, 1954.

Maria da Conceição (1920-1999)Mãe preta. Caco Velho (Mateus Nunes), Piratini (Antônio Amabile), paroles & musique.
Maria da Conceição, chant ; Conjunto Regional da Rádio Nacional do Rio de Janeiro.
Espagne ou Portugal, 1954.

Ces deux interprétations de Mãe preta par Maria da Conceição connurent paraît-il un succès extraordinaire au Portugal. Et c’est donc cette chanson qui, ayant particulièrement plu à l’équipe française travaillant sur la préparation du tournage du film, fut proposée à Amália Rodrigues, pressentie pour y interpréter le rôle d’une fadiste.

De Mãe preta à Barco negro : Les amants du Tage

Quando os franceses se puseram a ouvir músicas, para escolher o que ia cantar nos Amantes do Tejo, gostaram muito da Mãe Preta, uma canção brasileira, feita por um rapaz chamado Caco Velho, que era cantada aqui por uma fadista, a Maria da Conceição. A música tem muito ambiente, a letra é bonita mas não é para o meu feitio. Tem uma história muito complicada. E era do reportório de outra artista. Então pedi ao David Mourão-Ferreira para fazer uns versos. E foi o Barco Negro, com a letra dele, que é muito bonita e se conta em duas palavras, mais a música do Caco Velho, que eu cantei no filme.
Vítor Pavão dos Santos & Amália Rodrigues. Amália : uma biografia (1987). Lisboa, Contexto, 1987, p. 124.

Quand les Français se sont mis à écouter des musiques pour déterminer ce que j’allais chanter dans Les amants du Tage, ils ont beaucoup aimé Mãe Preta, une chanson brésilienne écrite par un garçon qui s’appelait Caco Velho et qui était chantée au Portugal par Maria da Conceição, une fadiste. La musique a beaucoup d’atmosphère, le texte est beau mais ne me convient pas. L’histoire est très compliquée. Et elle appartenait au répertoire d’une autre artiste. Alors j’ai demandé à David Mourão-Ferreira d’écrire d’autres paroles. Et c’est donc Barco Negro, avec son très beau texte, qui se résume en deux mots, sur la musique de Caco Velho, que j’ai chanté dans le film.

Des arguments allégués par Amália pour justifier son refus du texte de Mãe preta, certains ne sont guère convaincants : « l’histoire » en est tout sauf compliquée ; en outre l’appartenance d’un morceau au répertoire d’une autre fadiste ne l’a jamais empêchée de le reprendre s’il lui plaisait (c’est par exemple le cas pour Lisboa, não sejas francesa qu’elle a enregistré en même temps que Barco negro). Reste que, malgré une beauté qu’elle lui reconnaissait, elle trouvait que ce texte ne lui convenait pas : « não é para o meu feitio », dit-elle en portugais ; littéralement : « [le texte] n’est pas pour mon caractère », ou : « pas pour ma manière », « pas fait pour moi ».

En effet on ne l’imagine pas le chanter tel quel et, bien qu’elle n’ait pas explicité son propos, on peut risquer quelques conjectures sur son peu d’enthousiasme : un sujet et une situation abordés trop frontalement, mais aussi trop brésiliens et d’ailleurs anachroniques. Le texte se caractérise en outre par une recherche « d’afro-brésilianisation » de la langue, au moyen du vocabulaire ou de la prononciation figurée (par exemple « carapinha », qui désigne une chevelure crépue, « sinhô » et « sinhá », employés au lieu de « senhor » et « senhora » dans le sens de « maître » et « maîtresse »), etc. On peut aussi supposer que les quelques imperfections techniques d’accentuation du texte original (en plusieurs endroits le temps fort musical contredit l’accentuation linguistique, qu’il oblige à modifier) n’ont pas amélioré la perception qu’avait Amália du texte original de Mãe preta.

La censure de Salazar

Curieusement, elle ne mentionne pas le fait que les enregistrements de Maria da Conceição, qui reprennent sans altération le texte original de Mãe preta, ont été interdits par la censure de l’administration salazariste au bout de quelque temps de circulation. Le Portugal de 1954, officiellement « nation pluricontinentale et multiraciale », n’est toutefois pas celui des années 1960 : les guerres coloniales n’ont pas encore commencé. De sorte que la chanson restait autorisée, moyennant le retrait de son texte de toute allusion aux châtiments corporels infligés à l’esclave noir par le maître blanc. Dans sa version « caviardée », la chanson a été enregistrée par exemple par Ouro Negro, duo, puis trio vocal angolais (c’est à dire de nationalité portugaise, l’Angola étant alors un territoire ultramarin du Portugal).

Ouro negroMãe preta. Caco Velho (Mateus Nunes), Piratini (Antônio Amabile), paroles & musique. Texte révisé après censure de l’administration portugaise.
Ouro negro, trio vocal (Milo MacMahon, Raúl Indipwo, José Alves Monteiro).
Portugal, 1961.

Dans cette version, les passages suivants :
Porém lá na sanzala Pai João apanhava (« Cependant dans la senzala on fouettait père João »)
Enquanto a chibata batia no seu amor (« Tandis que le fouet s’abattait sur son amour »)

Sont remplacés par :
Enquanto na sanzala Pai João trabalhava (« Tandis que dans la senzala père João travaillait »)
Enquanto na sanzala trabalhava o seu amor (« Tandis que dans la « senzala » travaillait son amour »)

« Amália, nem chegaste a partir »

Couverture de « E, a revista do Expresso », supplément à l'hebdomadaire « Expresso », Lisbonne, 19 juin 2020
Couverture de l’hebdomadaire « E, a revista do Expresso », Portugal, 19 juin 2020.

En tout état de cause Barco negro, indépendamment de sa genèse, était une réussite. Le beau poème écrit par David Mourão-Ferreira (1927-1996) s’adapte parfaitement à la musique de Caco Velho et l’interprétation d’Amália Rodrigues en exaltait la force dramatique. Depuis Les amants du Tage, cette chanson passe d’ailleurs pour un fado. Elle demeure l’un des titres les plus connus d’Amália, dont le centenaire de la naissance aura lieu dans un mois. C’est ainsi que, samedi dernier, la revue E (supplément à l’hebdomadaire Expresso, publié à Lisbonne) consacrait sa couverture à la fadiste avec ce titre : « Amália, nem chegaste a partir » (« Amália, tu n’es même pas partie »), référence à un passage de Barco negro (« Eu sei, meu amor / Que nem chegaste a partir » : « Je sais, mon amour / Que tu n’es même pas parti »).

Au Brésil même, Barco negro, associé au répertoire d’Amália Rodrigues, est probablement plus connu que Mãe preta, même si des enregistrements modernes de l’original de Caco Velho existent – y compris d’ailleurs au Portugal. C’est pourtant Barco negro – et non Mãe preta – que Ney Matogrosso, l’un des plus grands chanteurs et musiciens de la scène brésilienne, aujourd’hui âgé de 78 ans, a enregistré à deux reprises : en 1975 dans son premier album Água do céu – Pássaro, puis en 1980 dans Sujeito estranho.

Ney MatogrossoBarco negro. David Mourão-Ferreira, paroles ; Caco Velho, musique.
Ney Matogrosso, chant ; Marcio Montarroyos, piano ; Guilherme Vaz, claviers ; Jorge Omar, guitare acoustique ; Claudio Gabis, guitare électrique ; Bruce Henry, guitare basse ; Sérgio Rosadas, flûte, flûte piccolo, saxophone ténor ; Marcio Montarroyos, bugle, trompette ; Elber Bedaque, batterie ; Chacao, percussions.
Extrait de l’album Água do céu – Pássaro / Ney Matogrosso. Brésil, ℗ 1975.

D’autres « Barco negro » • Sílvia Pérez Cruz, Bárbara Tinoco, Cuca Roseta…

18 juin 2020

Amália Rodrigues (1920-1999)Barco negro. David Mourão-Ferreira, paroles ; Caco Velho, musique. Le poème de Mourão-Ferreira a été écrit pour les besoins du film Les amants du Tage (France, 1955) et se substitue dans ce film au texte original de la chanson Mãe preta (Caco Velho & Piratini, paroles ; Caco Velho, musique), créée au Brésil en 1944.
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare.
Enregistrement public : Paris, Olympia, avril ou mai 1956.
Extrait de l’album Amalia à l’Olympia (titre original). 1ère publication : France, ℗ 1957.

O Barco Negro é muito difícil de cantar, mas toca toda a gente. Quando eu dou aquele grito: São loucas, são loucas, às vezes arrepio-me toda […].
Vítor Pavão dos Santos & Amália Rodrigues. Amália : uma biografia (1987). Lisboa, Contexto, 1987, p. 124.

Barco Negro est très difficile à chanter, mais touche tout le monde. Quand je pousse ce cri : São loucas, são loucas (« Elles sont folles ! Elles sont folles ! »), j’en ai parfois la chair de poule […].

Barco negro demeure un point de repère dans la carrière et dans l’héritage d’Amália Rodrigues. Et bien que la chanson soit « très difficile à chanter » aux dires de la fadiste, elle a fait l’objet d’innombrables reprises, dans les styles les plus divers.

En voici quelques-unes parmi les plus récentes, de la plus maniérée (la fadiste Cuca Roseta, dans son album Amália sorti il y a trois semaines) à la plus spontanée (Daisy, voix et guitare électrique, lors d’un festival organisé en 2013 dans un village de Beira Baixa, la région d’origine de la famille d’Amália), en passant par la classe et l’élégance de Sílvia Pérez Cruz, en duo avec le pianiste Marco Mezquida dans leur récent album MA enregistré en public à Tokyo.

Dans ce choix figure aussi la surprenante re-création de la jeune Bárbara Tinoco, réalisée dans le cadre du projet Com que voz : uma canção para Amália, lancé à l’automne 2019 par la radio publique Antena 1 à l’occasion du 20e anniversaire de la disparition d’Amália Rodrigues. Vingt solistes et un duo y ont participé, chacun s’appropriant à sa manière un titre du vaste répertoire amalien. Enfin une version du groupe électro-pop Amor Electro, extraite de son premier album.

Sommaire

  1. Sílvia Pérez Cruz & Marco Mezquida (2019)
  2. Cuca Roseta (2019)
  3. Daisy (2013)
  4. Bárbara Tinoco (2019)
  5. Amor Electro (2011)

Sílvia Pérez Cruz & Marco Mezquida (2019)

Sílvia Pérez Cruz & Marco MezquidaBarco negro. David Mourão-Ferreira, paroles ; Caco Velho, musique.
Sílvia Pérez Cruz, chant ; Marco Mezquida, piano. Enregistrement public : Tokyo (Japon), Blue Note, 9-11 octobre 2019.
Extrait de l’album MA = 間 : Live in Tokyo / Sílvia Pérez Cruz & Marco Mezquida. Espagne, ℗ 2020.

Cuca Roseta (2019)

Cuca RosetaBarco negro. David Mourão-Ferreira, paroles ; Caco Velho, musique.
Cuca Roseta, chant ; Ivo Costa, percussion.
Enregistrement : 2019.
Extrait de l’album Amália / por Cuca Roseta. Portugal, ℗ 2020.

Daisy (2013)

DaisyBarco negro. David Mourão-Ferreira, paroles ; Caco Velho, musique.
Daisy, chant, guitare.
Captation : Alcaide (Fundão, Beira Baixa, Portugal), Festival Alcaide em flor, mai 2013.
Vidéo : Nuno Neves. 2013.

Bárbara Tinoco (2019)

Bárbara TinocoBarco negro. David Mourão-Ferreira, paroles ; Caco Velho, musique.
Bárbara Tinoco, chant ; instrumentistes non documentés.
Extrait de l’album Com que voz : uma canção para Amália / [divers artistes]. Portugal, ℗ 2019.

Amor Electro (2011)

Amor ElectroBarco negro. David Mourão-Ferreira, paroles ; Caco Velho, musique.
Amor Electro, groupe instrumental et vocal.
Vidéo : pas d’information disponible. 2016 (mise en ligne).
Bande son : extrait de l’album Cai o Carmo e a Trindade / Amor Electro. Portugal, ℗ 2011.

Amália Rodrigues • Barco negro

17 juin 2020

Henri Verneuil (1920-2002). Les amants du Tage (France, 1955). Affiche

Affiche du film Les amants du Tage (France, 1955), de Henri Verneuil (1920-2002).

Les amants du Tage. Extrait. Henri Verneui, réalisation ; Marcel Rivet & Jacques Companeez, scénario ; d’après le roman de Joseph Kessel Les amants du Tage (1954) ; Daniel Gélin (Pierre Roubier), Françoise Arnoul (Kathleen Dinver), Trevor Howard (l’inspecteur Lewis), Amália Rodrigues (Amália), Jacques Moulières (Manuel),… etc.
France, 1954 (production), 1955 (sortie).
Chanson :

Amália Rodrigues (1920-1999)Barco negro. David Mourão-Ferreira, paroles ; Caco Velho, musique. Le poème de Mourão-Ferreira a été écrit pour les besoins du film Les amants du Tage (France, 1955) et se substitue dans ce film au texte original de la chanson Mãe preta (Caco Velho & Piratini, paroles ; Caco Velho, musique), créée au Brésil en 1944.
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare. 1954.

A minha carreira internacional deve-se a uma circunstância muito simples. Uns franceses vieram a Portugal fazer um filme e queriam uma pessoa que cantasse (1954). Começaram a pegar em discos, a ouvir artistas e escoleram-me a mim. Antes disso eles não sabiam da minha existência. Foi assim que começou a minha carreira internacional. O filme deu-me o pontapé de saída para França e a França deu-me o pontapé de saída para o mundo.
Vítor Pavão dos Santos & Amália Rodrigues. Amália : uma biografia (1987). Lisboa, Contexto, 1987, p. 123.

Je dois ma carrière internationale à une circonstance très simple. Des Français sont venus faire un film au Portugal et il leur fallait quelqu’un qui chante (1954). Ils se sont mis à écouter des disques, à entendre des artistes et c’est moi qu’ils ont choisie. Jusqu’alors ils ignoraient mon existence. Voilà comment a débuté ma carrière internationale. Le film m’a propulsée en France et la France m’a propulsée dans le monde.

Dans Les amants du Tage (1955), le film d’Henri Verneuil auquel elle fait référence dans le passage ci-dessus, Amália Rodrigues interprète un rôle secondaire, celui d’une fadiste nommée « Amália ». La séquence au cours de laquelle elle chante Barco negro dans une « maison de fados » est cependant l’une des plus marquantes de cette œuvre généralement considérée comme mineure dans la filmographie du réalisateur de Week-end à Zuydcoote, Le Clan des Siciliens, Le Serpent et autres. C’est cette séquence et cette chanson, Barco negro, qui rendront la fadiste célèbre en France, lui assurant rapidement une invitation à se produire à l’Olympia, d’abord en tant que « vedette américaine » (c’est à dire en première partie) des Compagnons de la Chanson (avril 1956) et de Fernand Raynaud (mai 1956) puis, quelques mois plus tard, en tant que tête d’affiche (17 janvier au 5 février 1957). Le tour de chant de 1956 est le premier de la chanteuse à avoir été enregistré et publié sur disque (Amalia à l’Olympia, France, 1957).

Barco negro n’est pas un fado. C’est une chanson brésilienne des années 40 intitulée Mãe preta (« Mère noire ») sur laquelle de nouvelles paroles ont été écrites pour les besoins du film par le poète David Mourão-Ferreira (1927-1996), à la demande d’Amália Rodrigues. De l’histoire de Mãe preta il sera question dans un prochain billet. Voici en attendant Amália interprétant à nouveau Barco negro dans une salle française plus mondaine que l’Olympia, à l’occasion d’un spectacle de télévision réalisé à Cannes en 1963 à l’occasion du 50e anniversaire de Charles Trenet.

Il aurait fallu être là dans ces années-là, où faite de son fado et fortifiée par lui, sûre de lui plus que d’elle-même, Amália Rodrigues s’avançait sur des scènes qui n’avaient jamais encore résonné de cette musique de bout du monde.

Amália Rodrigues (1920-1999)Barco negro. David Mourão-Ferreira, paroles ; Caco Velho, musique. Le poème de Mourão-Ferreira a été écrit pour les besoins du film Les amants du Tage (France, 1955) et se substitue dans ce film au texte original de la chanson Mãe preta (Caco Velho & Piratini, paroles ; Caco Velho, musique), créée au Brésil en 1944.
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare.
Captation : Cannes (France), mai 1963.
Vidéo : Extrait d’une émission de télévision réalisée en l’honneur du 50e anniversaire de Charles Trenet, diffusée en Eurovision dans plusieurs pays européens. Production : RTF (Radiodiffusion-télévision française) & RAI (Radiotelevisione Italiana), 1963.


De manhã, que medo que me achasses feia!
Acordei, tremendo, deitada na areia
Mas logo os teus olhos disseram que não,
E o sol penetrou no meu coração.

Au matin, quelle terreur que tu me trouves laide !
Je me suis éveillée tremblante, couchée sur le sable
Mais tes yeux m’ont aussitôt rassurée
Et le soleil a pénétré dans mon cœur.

Vi depois, numa rocha, uma cruz,
E o teu barco negro dançava na luz
Vi teu braço acenando, entre as velas já soltas
Dizem as velhas da praia que não voltas.

Puis j’ai vu une croix, plantée sur un rocher
Et ton bateau noir dansant dans la lumière
Tu faisais signe du bras entre les voiles déjà hissées.
Les vieilles de la plage disent que tu ne rentreras pas.

São loucas!
São loucas!

Elles sont folles !
Elles sont folles !

Eu sei, meu amor,
Que nem chegaste a partir,
Pois tudo em meu redor
Me diz que estás sempre comigo.

Je sais, mon amour,
Que tu n’es même pas parti
Car autour de moi, tout
Me dit que tu es toujours avec moi.

No vento que lança areia nos vidros,
Na água que canta, no fogo mortiço,
No calor do leito, nos bancos vazios,
Dentro do meu peito, estás sempre comigo.

Dans le vent qui lance le sable sur les vitres,
Dans l’eau qui chante, dans le feu qui meurt,
Dans la chaleur du lit, dans les bancs vides,
Au fond de mon cœur, tu es toujours avec moi.
David Mourão-Ferreira (1927-1996). Barco negro (1954).
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David Mourão-Ferreira (1927-1996). Bateau noir, trad. par L. & L. de Barco negro (1954).

Si mi la ré sol do fa… 90 ans, Barbara

13 juin 2020

Barbara a 90 ans, depuis le 9 juin.

Barbara (1930-1997)Une petite cantate. Barbara, paroles & musique.
Barbara, chant, piano.
Vidéo : extrait de l’émission Discorama diffusée le 20 février 1966 / Raoul Sangla, réalisateur ; Denise Glaser, productrice. Production : Office de radiodiffusion-télévision française (ORTF), France, 1966.

Dans le catalogue de la Bibliothèque nationale, il y a une notice décrivant une partition manuscrite de Une petite cantate. On y lit ceci :

Manuscrit au crayon noir, crayon de couleur rouge, feutre bleu. – Cette partition a servi à l’enregistrement, v. l’annotation en page de titre (mercredi 1er septembre / 21h. Blanqui). – Texte et musique de Barbara. – Le texte n’est pas inscrit sous la musique. – Distribution : accordéon, violoncelles, contrebasse et drums (pas de saxophone)

La partition qui a servi à l’enregistrement, rendez-vous compte. Vous pourriez vous rendre rue de Richelieu et demander à la consulter. Vous attendriez en tremblant d’impatience et d’émotion, un peu de crainte aussi. On viendrait, on vous dirait « Voici » et on déposerait la sainte relique sur le pupitre, devant vous.

Vous n’ouvririez pas immédiatement le dossier ou l’emboîtage dans lequel elle est conservée, le temps que les palpitations cardiaques s’apaisent ; il ne faudrait pas que la tête vous tourne.

Vous vous y décideriez enfin.

Vous auriez devant vous, si proche, dans une telle intimité, ces notes tracées par elle au crayon noir, au crayon rouge, au feutre bleu, sur ce papier qu’elle a manipulé, sur lequel elle a posé la main, l’avant-bras, imprégné encore d’elle, même physiquement. Vous le toucheriez à votre tour, vous y promèneriez vos doigts, les vôtres, sur les traces laissées par les siens, vous tiendriez la partition dans vos mains, vous l’approcheriez de votre visage, vous la humeriez, vous voudriez y pénétrer, vous la plaqueriez contre votre visage. On interviendrait, on crierait : « Mais que faites-vous ? Mais arrêtez ! Vous êtes en-dehors de vous-même ! »

Vous vous évanouiriez.

Katia Guerreiro • Os meus versos (Florbela Espanca)

13 juin 2020

Un sonnet de la tourmentée Florbela Espanca (1894-1930), mis en musique pour Katia Guerreiro par son guitariste, Paulo Valentim. Lors de ce concert aux Açores où elle a grandi, la fadiste le présente ainsi :

O próximo fado chama-se « Os meus versos ». Tem um poema de mais um dos grandes nomes da poesia portuguesa, Florbela Espanca.

Le prochain fado s’appelle « Os meus versos », sur un poème, encore une fois, d’un des grands noms de la poésie portugaise, Florbela Espanca.

Katia GuerreiroOs meus versos. Sonnet de Florbela Espanca ; Paulo Valentim, musique.
Katia Guerreiro, chant ; Paulo Valentim, guitare portugaise ; João Veiga, guitare ; Rodrigo Serrão, contrebasse.
Captation : Ponta Delgada (Açores, Portugal), Coliseu Micaelense, 7 mai 2005.
Vidéo : RTP (Rádio e Televisão de Portugal), production.


Rasga esses versos que eu te fiz, Amor!
Deita-os ao nada, ao pó, ao esquecimento,
Que a cinza os cubra, que os arraste o vento,
Que a tempestade os leve aonde for!

Déchire ces vers que j’ai écrits pour toi, Amour !
Remets-les au néant, à la poussière, à l’oubli !
Que la cendre les recouvre, que le vent s’en empare,
Que la tempête les entraîne où qu’elle aille !

Rasga-os na mente, se os souberes de cor,
Que volte ao nada o nada de um momento!
Julguei-me grande pelo sentimento,
E pelo orgulho ainda sou maior!…

Si tu les sais par cœur, déchire-les de ta mémoire,
Que retourne au néant le néant d’un moment !
Je me suis crue grande quant au sentiment,
Mais pour l’orgueil je suis plus grande encore !

Tanto verso já disse o que eu sonhei!
Tantos penaram já o que eu penei!
Asas que passam, todo o mundo as sente…

Tant de poèmes ont déjà dit mes rêves !
Tant ont déjà souffert ce que je souffre !
Les ailes qui passent, qui ne frôlent-elles pas ?…

Rasgas os meus versos… Pobre endoidecida!
Como se um grande amor cá nesta vida
Não fosse o mesmo amor de toda a gente!…

Tu déchires mes vers… Pauvre folle !
Comme si un grand amour, surgi dans ma vie,
N’était le même amour que celui de tout le monde !
Florbela Espanca (1894-1930). Os meus versos. Extrait de : Reliquae (première publication dans la 2e édition de Charneca em flor), 1931. Florbela Espanca (1894-1930). Mes vers, trad. par L. & L. de Os meus versos. Extrait de : Reliquae (première publication dans la 2e édition de Charneca em flor, 1931).

Simone Bartel • Les garçons

7 juin 2020

La chanson du dimanche.

Simone BartelLes garçons. Yves Darriet, paroles & musique.
Simone Bartel, chant ; accompagnement d’orchestre ; Jacques Lasry, direction.
Extrait du disque 45 t Douze belles dans la peau / Simone Bartel. France, 1959.

Sur Simone Bartel :

Les garçons dont les mains
Connaissent les chemins
Des amours buissonnières,
Les garçons dont les lèvres
Suivent de près les mains
M’ont allongée contre eux
Sur les prés de l’automne
Et les fruits vendangés
Qui n’étaient à personne
Ils s’en sont repartis
Vers d’autres horizons.

Je déteste,
Je déteste
Les garçons !

Les garçons dont les cœurs
Ignorent les malheurs
Des filles amoureuses
Les attentes peureuses
Et les froides terreurs
Ont fauché mes printemps
Sur les prés de l’automne
Puis ayant pris un corps
Qui n’était à personne,
Ils se sont relevés
Sifflant une chanson.

Je déteste,
Je déteste
Les garçons !

Beaux garçons dont les mains
M’ont appris les chemins
De la fausse tendresse
Et l’ignoble paresse
De l’amour qui s’éteint,
J’attends très posément
Le premier cœur fidèle
Qui passera très pur
À portée de ma haine
Et qui paiera pour tous
Le prix de vos leçons.

Mais qu’il vienne,
Mais qu’il vienne,
Ce garçon !
Yves Darriet (pseudonyme de José Ganador, 1920-1977). Les garçons (1959).

Amália Rodrigues • Lisboa não sejas francesa

6 juin 2020

Amália Rodrigues (1920-1999)Lisboa, não sejas francesa. José Galhardo, paroles ; Raul Ferrão, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare.
Enregistrement : New York (États-Unis), mars 1954.
États-Unis, Angel Records ℗ 1954, puis Portugal, Valentim de Carvalho, ℗ 1955.

Amália Rodrigues, dont Lisboa, não sejas francesa (« Lisbonne, ne sois pas française ») a été un des plus grands succès dans les années 1955 et suivantes, n’en est pourtant pas la créatrice. Cette marche rapide est tirée d’une « opérette romantique en deux actes et douze tableaux » de 1944 intitulée A Invasão (« L’invasion »), donnée à partir de février 1945 à Lisbonne, au théâtre Maria Vitória. L’intrigue se déroule sur fond de la première invasion du Portugal par les troupes françaises du général Junot en 1807 et 1808 – un thème assez étrange vu l’époque et le contexte de la création du spectacle. Il est vrai que le Portugal était officiellement neutre durant la Seconde guerre mondiale.

La vedette en était Mirita Casimiro (1914-1970), une actrice et chanteuse alors en pleine ascension mais qui connaîtra ensuite une destinée tragique. Affreuse. Elle y tenait un rôle à transformations et changements de costumes ultra-rapides : celui de deux sœurs, l’une se laissant volontiers courtiser par les officiers français, l’autre patriote intransigeante. Lisboa, não sejas francesa, chantée au second acte par la patriote à la frivole, était le clou de ce spectacle qui est alors resté deux ans à l’affiche.

Mirita Casimiro n’a jamais enregistré la chanson sur disque, laissant le champ libre à Amália Rodrigues qui l’a gravée en 1954, en même temps que Barco negro et Solidão, les deux chansons de la bande originale du film Les amants du Tage d’Henri Verneuil, sorti en 1955. Des mêmes auteurs (Raul Ferrão, musique et José Galhardo, paroles) elle avait déjà mis à son répertoire le célèbre Coimbra, connu en France sous le titre Avril au Portugal.

On trouvait il y a quelques mois sur le site de l’INA un extrait d’une émission de la télévision française datant vraisemblablement du début des années 1960 (1963 ?) montrant Amália, accompagnée de Domingos Camarinha à la guitare portugaise et de Castro Mota à la guitare, superbement filmée, chantant avec une grâce et une expressivité inouïes ce Lisboa não sejas francesa qu’elle transcende absolument. Il faut entendre et voir, par exemple, quelle nuance de dédain elle imprime au mot « Paris » dans le passage « Lisbonne, quelle mauvaise idée […] d’épouser Paris ! ». Une copie de cette vidéo est encore visible, du moins au moment où ce billet s’écrit, sur un compte Facebook intitulé Lágrimas de Portugal [lien vers la vidéo].


Não namores os franceses,
Menina Lisboa!
Portugal é meigo, às vezes,
Mas certas coisas não perdoa!
Vê-te bem no espelho
Desse honrado velho!
Que o seu belo exemplo atrai!
Vai, segue este leal conselho:
Não dês desgostos ao Teu Pai!

Ne badine pas avec les Français,
Lisbonne, ma petite !
Le Portugal a beau être gentil,
Il y a des choses qu’il ne pardonne pas.
Regarde-toi bien au miroir
De ce noble vieillard,
Et que son exemple t’inspire !
Allons, suis ce juste conseil :
Ne fais pas de peine à ton père !

Lisboa, não sejas francesa!
Com toda a certeza
Não vais ser feliz!
Lisboa, que ideia daninha,
Vaidosa alfacinha,
Casar com Paris!
Lisboa, tens cá namorados
Que dizem, coitados,
Co’as almas na voz:
Lisboa, não sejas francesa!
Tu és portuguesa!
Tu és só p’ra nós!

Lisbonne, ne sois pas française,
Car à coup sûr
Tu ne seras pas heureuse.
Lisbonne, quelle mauvaise idée
Coquette « alfacinha* »
D’épouser Paris !
Lisbonne, ici tu ne manques pas d’amoureux
Qui te disent, pauvres d’eux,
Le cœur au bord des lèvres :
« Lisbonne, ne sois pas française
Tu es portugaise
Tu nous appartiens ! »

Tens amor às lindas fardas,
Menina Lisboa?
Vê lá tu p’ra quem te guardas!
Donzela sem recato, enjôa!
Tens aí tenentes,
Bravos e valentes,
Nados e criados cá!
Vá, tenha modos mais decentes,
Menina caprichosa e má!

Tu aimes les beaux uniformes,
Lisbonne, ma petite ?
Songe à l’homme à qui tu te destines.
Une jeune fille immodeste n’inspire que dégoût.
Il ne manque pas de lieutenants
Valeureux et braves
Qui sont nés et ont grandi ici.
Allons, prends des manières plus décentes,
Capricieuse et méchante enfant !
José Galhardo (1905-1967). Lisboa, não sejas francesa (1945).
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José Galhardo (1905-1967). Lisbonne, ne sois pas française, trad. par L. & L. de Lisboa, não sejas francesa (1945).
*Alfacinha (littéralement : « petite laitue ») est le surnom traditionnel des Lisboètes.

Alors que Lisbonne semble aujourd’hui de plus en plus livrée aux touristes étrangers au détriment des Lisboètes qui, pour des raisons économiques, désertent les quartiers anciens comme Alfama, Graça, Bairro alto et autres, Lisboa, não sejas francesa a connu ces dernières années de nouvelles reprises, que ce soir de la part de Mísia, de Mariza ou encore d’António Zambujo et Mayra Andrade (dans l’album collectif Amália : les voix du fado, 2015). Autre signe de la vitalité de cette chanson : son détournement en Lisboa, não sejas racista (« Lisbonne, ne sois pas raciste ») par le duo queer Fado Bicha. Voir le billet Actualité de la saudade. 3. Fado Bicha.

António Zambujo & Mayra AndradeLisboa, não sejas francesa. José Galhardo, paroles ; Raul Ferrão, musique.
António Zambujo & Mayra Andrade, chant ; Bernardo Couto, guitare portugaise ; Ricardo Cruz, basse portugaise ; José Conde, clarinette ; João Moreira, trompette.
Enregistrement : Lisbonne (Portugal), studio Valentim de Carvalho, 28 avril 2015.
France, ℗ 2015.

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