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Il y a un virus dans les syllabes d’Avril

2 avril 2020

O buraco do ozono está nos versos
há um rio poluído um enfisema
a cidade morrendo-se e dois terços
da humanidade fora do poema

Há um vírus nas sílabas de Abril
um tóxico no ritmo e na palavra
há pássaros que trazem Chernobyl
e já não fala a água que falava

Na terza rima alteração genética
há uma aranha a cantar de cotovia
de pernas para o ar Hegel e a estética

Eis o inferno. E já não há Virgílio
para guiar-me a um reino de harmonia.
Por isso o meu cantar é outro exílio.
Manuel Alegre (né en 1936). Vírus. 1ère publication dans Sonetos do obscuro quê (1993).

Le trou d’ozone se trouve dans les poèmes
il y a un fleuve pollué un emphysème
la ville qui se meurt et deux tiers
de l’humanité en dehors du poème

Il y a un virus dans les syllabes d’Avril
un poison dans le rythme et dans le mot
il y a des oiseaux qui apportent Tchernobyl
et désormais l’eau qui parlait ne parle plus

Dans la « terza rima », modification génétique
il y a une araignée qui chante comme une alouette
les jambes en l’air Hegel et l’esthétique

Voici l’enfer. Et Virgile n’est plus là
pour me guider vers un royaume d’harmonie.
C’est pourquoi mon chant est un nouvel exil.
Manuel Alegre (né en 1936). Virus, traduit de Vírus (1993) par L. & L.

Manuel Alegre (né en 1936), poète et opposant au régime salazariste, emprisonné en Angola pendant la guerre coloniale, avait, peu après son retour à Lisbonne en 1964, été contraint à la clandestinité et à l’exil, d’abord en France, puis en Algérie (voir le billet Canção com lágrimas — Manuel Alegre, Adriano Correia de Oliveira). Rentré au Portugal quelques jours après la Révolution des œillets, il y a mené ensuite une longue carrière d’homme politique tout en poursuivant son activité d’écrivain.

Le poème Vírus (« Virus ») a été publié pour la première fois en 1993. Sur le site Internet de Manuel Alegre on peut l’entendre – ne serait-ce que pour la beauté incomparable du son de la langue portugaise –, dit par le poète lui-même.

Celui qui suit, Lisboa ainda (« Lisbonne encore ») a été écrit le 20 mars dernier et publié aussitôt par Manuel Alegre sur ses comptes Facebook et Instagram, ainsi que sur son site. Il rend hommage à la ville confinée.

Lisboa não tem beijos nem abraços
não tem risos nem esplanadas
não tem passos
nem raparigas e rapazes de mãos dadas
tem praças cheias de ninguém
ainda tem sol mas não tem
nem gaivota de Amália nem canoa
sem restaurantes sem bares nem cinemas
ainda é fado ainda é poemas
fechada dentro de si mesma ainda é Lisboa
cidade aberta
ainda é Lisboa de Pessoa alegre e triste
e em cada rua deserta
ainda resiste.
Manuel Alegre (né en 1936). Lisboa ainda (20 mars 2020). Source : site Internet de Manuel Alegre.

Lisbonne est sans baisers, sans embrassades,
sans rires, sans terrasses
sans ses milliers de pas
sans filles et garçons se tenant par la main
elle a des places remplies de personne
elle a encore le soleil mais n’a plus
ni mouette d’Amália ni barque
elle est sans restaurants sans bars sans cinémas
elle est encore fado elle est encore poèmes
refermée en elle-même elle est encore Lisbonne
ville ouverte
elle est encore la Lisbonne de Pessoa joyeuse et triste
et en chaque rue déserte
toujours elle résiste
Manuel Alegre (né en 1936). Lisbonne encore, traduit de Lisboa ainda (20 mars 2020) par L. & L.

Carlos do CarmoCanoas do Tejo. Frederico de Brito, paroles & musique.
Carlos do Carmo, chant ; António Chainho & António Luís Gomes, guitare portugaise ; Martinho d’Assunção, guitare ; José Maria Nóbrega, basse acoustique.
Extrait de l’album Dez fados vividos. Portugal : Trova, ℗ 1978.

La chanson de la terre qui se désagrège

27 mars 2020

Passavano soldati e soldati sulla strada di San Costanzo, e cantavano Lili Marlène, una canzone che Cenzo Rena aveva imparato e che gli pareva tristissima, diceva che era la canzone della terra che si sfasciava.
Natalia Ginzburg (1916-1991). Tutti i nostri ieri (1952).

Il ne passait que des soldats sur la route de San Costanzo, et ces soldats chantaient Lili Marlène, une chanson que Cenzo Rena avait apprise et qui lui semblait très triste. Il disait que c’était la chanson de la terre qui se désagrégeait.
Natalia Ginzburg (1916-1991). Tous nos hiers, traduit de Tutti i nostri ieri (1952) par Nathalie Bauer. Dans : Tous nos hiers / Natalia Ginzburg ; [préface Fabio Gambaro], Liana Levi, © 2003, impr. 2019 (Piccolo ; 19), ISBN 978-10-349-0072-5, page 259.

Lale Andersen (1905-1972)Lili Marlen : Lied eines jungen Wachtpostens. Hans Leip, paroles ; Norbert Schultze, musique.
Lale Andersen, chant ; accompagnement d’orchestre ; Bruno Seidler-Winkler, direction. Enregistrement : 2 août 1939.
Première publication : Allemagne, 1939.

Suzy Solidor (1900-1983)Lili Marlène. Henri Lemarchand, paroles françaises ; Norbert Schultze, musique. Adaptation de Lili Marlen, paroles originales de Hans Leip.
Suzy Solidor, chant ; accompagnement d’orchestre et chœurs ; Georges Briez, direction. Enregistrement : 12 février 1942.
Première publication : France, 1942.

Le Mékong partout

26 mars 2020

Marguerite Duras, elle, avait ses petites bottines de quatre centimètres, tout de même, de hauteur. Elle ne marchait pas beaucoup, sauf à Trouville parfois. Elle s’intéressait aux mouettes, comme à tout. « Tu vois, ces bâtons dans l’eau, c’est le Mékong. » « Tu vois, cette avenue, Pierre-Ier-de-Serbie, c’est le Mékong. » Elle voyait le Mékong partout.
Bulle Ogier, avec Anne Diatkine. J’ai oublié (2019). Éditions du Seuil, impr. 2019, ISBN 978-2-02-141722-7. Pages 41-42.

Nous ne marchons plus beaucoup nous non plus. Nous disons que telle partie de la promenade, jusqu’au banc, c’est le Mékong. La suivante, jusqu’au pont de la rocade, le Gange. Puis nous rebroussons chemin. Remontons le Gange. Remontons le Mékong. Rentrons dans l’appartement.

Jeanne Moreau (1928-2017) & Marguerite Duras (1914-1996)La rumba des îles. Marguerite Duras, paroles ; Carlos d’Alessio, musique.
Jeanne Moreau & Marguerite Duras, voix ; Karel Trow, orchestration.
Première publication : France, 1975.

Madame tient à voir si elle va tomber de la scène ?

24 mars 2020

Carlos Gonçalves (1938-2020)Lágrima. Carlos Gonçalves, musique.
Carlos Gonçalves, guitare portugaise ; Lelo Nogueira, guitare classique.
Enregistrement : studio Valentim de Carvalho (Paço de Arcos, Portugal).
Première publication : album A essência da guitarra portuguesa. Portugal : Companhia Nacional de Música, 2004.

On a appris hier la mort de Carlos Gonçalves, à l’âge de 81 ans.

Dévoué à Amália Rodrigues qu’il a accompagné à la guitare portugaise à partir de la fin des années 1960, il était devenu le principal compositeur de la fadiste dans la dernière partie de sa carrière, une fois que sa collaboration avec Alain Oulman s’était distendue du fait de l’éloignement géographique, elle à Lisbonne, lui à Paris. Il est de ce fait le compositeur de la voix vieillie d’Amália, cette voix de plus en plus limitée dans son émission, dans sa justesse même. Or c’est toujours avec un respect absolu pour sa fadiste de prédilection, avec même un amour teinté de tendresse et d’une grande simplicité, qu’il a composé pour elle, en tenant compte des contraintes imposées par l’évolution de sa voix, des musiques qui sont parfois d’une très grande beauté. Les plus justement célèbres sont Lágrima et Grito en 1983, sur des textes d’Amália Rodrigues elle-même. On lui doit aussi le déchirant Faz-me pena de la fin, juste avant que le rideau ne tombe définitivement sur la carrière et la vie de cette femme hors du commun.

Leurs rapports étaient, semble-t-il, amicaux et complices. Une de leurs amies communes, Valéria Mendez, fadiste elle-même, relatait en février 2017 cette anecdote sur son compte Facebook :

Tinham ambos forte personalidade e chegava a ser divertida a forma como se comportavam em cena. Amália tinha a mania de se aproximar demasiado da beira do palco, e Carlos Gonçalves, muitas vezes dizia-lhe baixinho para chegar-se mais atrás. Amália olhava de soslaio para ele, e com um ar contrariado soltava um « aiiii »… E o Carlos insistia. Amália obedecia e dava um passo atrás […]. Depois, no camarim, era mais um chorrilho de repreensões: « A Senhora quer mesmo ver se cai pelo palco abaixo! ». E Amália displicente: « Oh Carlos, então eu não estava a ver? »
Valéria Mendez, sur son compte Facebook, 16 février 2017.

Ils avaient tous les deux une forte personnalité et leur comportement sur scène était parfois assez drôle. Amália avait la manie de s’approcher trop près du bord du plateau, et Carlos Gonçalves lui disait souvent à voix basse de se reculer. Amália le regardait de biais et lui adressait un « aiiii » contrarié. Mais Carlos insistait. Amália obtempérait et reculait d’un pas […]. Après, dans la loge, c’était une cascade de récriminations : « Apparemment, Madame tient à tout prix à voir si elle va tomber du plateau ! » Et Amália, avec légèreté : « Mais enfin Carlos, comme si je ne voyais pas ! »

Voici un extrait du dernier album studio d’Amália Rodrigues, Obsessão (« Obsession »), publié en 1990 et dont sept des douze morceaux sont des compositions de Carlos Gonçalves : Flor do verde pinho (« Fleur du pin vert »), sur un poème de Afonso Lopes Vieira (1878-1946). La musique n’a rien d’un fado : on l’imaginerait accompagnée au piano plutôt que par un ensemble de guitares.

Amália Rodrigues (1920-1999)Flor de verde pinho. Afonso Lopes Vieira, paroles ; Carlos Gonçalves, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Carlos Gonçalves & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Jorge Fernando, guitare classique ; Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : studio Valentim de Carvalho (Paço de Arcos, Portugal).
Première publication : album Obsessão. Portugal : Edições Valentim de Carvalho, 1990.


Ó meu jardim de saudades,
Verde catedral marinha,
E cuja reza caminha
Pelas reboantes naves…

Ô mon jardin de saudades,
Verte cathédrale marine,
Dont le prière chemine
Dans le tintamarre des navires…

Ai flores do verde pinho,
Dizei que novas sabedes
Da minha alma, cujas sedes
Ma perderam no caminho!

Ah, fleurs du pin vert,
Dites quelles nouvelles vous avez
De mon âme que ses désirs
Ont perdue en chemin.

Revejo-te e venho exangue;
Acolhe-me com piedade,
Longo jardim da saudade
Que me puseste no sangue.

Je te revois, je viens exsangue,
Accueille-moi, aie pitié,
Long jardin, de la saudade
Que tu m’as mise dans le sang.

Ai flores do verde ramo,
Dizei que novas sabedes
Da minha alma, cujas sedes
Ma alongaram do que eu amo!

Ah, fleurs du vert rameau,
Dites quelles nouvelles vous avez
De mon âme que ses désirs
Ont éloignée de ce que j’aime.

– A tua alma em mim existe,
E anda no aroma das flores,
Que te falam dos amores
De tudo o que é lindo e triste.

– Ton âme en moi existe,
Elle est dans l’arôme des fleurs
Qui te parlent des amours
De tout ce qui est beau et triste.

A tua alma, com carinho,
Eu guardo-a, e deito-a, a cantar,
Das flores do verde pinho
– Àquelas ondas do mar.

Ton âme, avec tendresse,
Je la garde et je l’étends, en chantant,
Des fleurs du pin vert
Jusqu’aux vagues de la mer.
Afonso Lopes Vieira (1878-1946). Flores do verde pinho, dans : País lilás, desterro azul (1922).
.
Afonso Lopes Vieira (1878-1946). Fleurs du pin vert, traduit de : Flores do verde pinho, dans : País lilás, desterro azul [Pays lilas, exil azur] (1922) par L. & L.

Amália Rodrigues • Fado português

24 mars 2020

Constantino Fernandes (1878 – 1920). O marinheiro (1913). Museu do Chiado, Lisbonne

Constantino Fernandes (1878 – 1920). O marinheiro (1913). Museu do Chiado, Lisbonne

Fado português (« Fado portugais ») est l’unique poème du romancier, poète et essayiste José Régio (1901-1969) qu’ait chanté Amália Rodrigues. Encore ce poème, qui date de 1941, n’a-t-il pas été écrit pour elle. Elle n’en chante d’ailleurs qu’une partie. C’est Alain Oulman, le compositeur français avec qui elle collaborait depuis la fin des années 1950, qui a obtenu du poète l’autorisation d’en mettre quelques fragments en musique à l’intention de la fadiste. Régio et lui sont tombés d’accord sur le choix des strophes et sur le principe de la répétition de l’une d’elle (« Ai, que lindeza tamanha… ») à la fin du fado, comme un refrain.

Fado português évoque le mythe de l’origine maritime du Fado, qui serait né de la solitude des marins portugais parcourant les océans du monde et qui serait donc lié de longue date à l’histoire du Portugal. Pour autant José Régio, co-fondateur de la revue Presença, l’une des plus importantes revues littéraires portugaises du XXe siècle, liée au Modernisme et qui comptait parmi ses collaborateurs Miguel Torga ou encore les peintres Maria Helena Vieira da Silva et Árpád Szenes, n’était aucunement favorable au régime salazariste.

Ce fado donne son titre au deuxième album composé essentiellement de musiques d’Alain Oulman : Fado português (1965).

Amália Rodrigues (1920-1999)Fado português. José Régio, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare classique.
Vidéo : production RTP [Rádio e Televisão de Portugal]. Portugal, années 1960 (1964?).


O Fado nasceu um dia
Quando o vento mal bulia
E o céu o mar prolongava
Na amurada dum veleiro
No peito dum marinheiro
Que, estando triste, cantava.

Le Fado est né un jour
Où le vent soufflait à peine
Et le ciel prolongeait la mer,
Au bastingage d’un voilier,
Dans le cœur d’un marin
Qui était triste et chantait.

Ai, que lindeza tamanha
Meu chão, meu monte, meu vale
De folhas, flores, frutos de oiro
Vê se vês terras de Espanha
Areias de Portugal
Olhar ceguinho de choro!

Ah, quelle immense beauté,
Ma terre, ma montagne, ma vallée,
Feuilles, fleurs, fruits d’or !
Vois si tu aperçois les côtes d’Espagne,
Les plages du Portugal,
Regard aveuglé de larmes !

Na boca dum marinheiro
Do frágil barco veleiro
Morrendo a canção magoada
Diz o pungir dos desejos
Do lábio a queimar de beijos
Que beija o ar, e mais nada.

Dans la bouche d’un matelot
Sur le frêle voilier,
La douloureuse chanson qui se meurt
Dit la morsure du désir
Sur les lèvres brûlantes de baisers
Qui ne reçoivent que le baiser du vent.

Mãe, adeus. Adeus, Maria
Guarda bem no teu sentido
Que aqui te faço uma jura
Que ou te levo à sacristia
Ou foi Deus que foi servido
Dar-me no mar sepultura.

Mère, adieu. Adieu Maria
Garde bien dans ta mémoire
Ce serment que je te fais :
Je te mènerai à la sacristie
À moins qu’il plaise à Dieu
De faire de la mer ma sépulture.

Ora eis que embora outro dia
Quando o vento nem bulia
E o céu o mar prolongava
À proa de outro veleiro
Velava outro marinheiro
Que, estando triste, cantava.

Or voici qu’un autre jour
Où le vent soufflait à peine
Et le ciel prolongeait la mer,
À la proue d’un autre voilier
Veillait un autre marin
Qui était triste et chantait.
José Régio (1901 -1969). Fado português (1941).
.
José Régio (1901 -1969). Fado portugais, traduit de : Fado português (1941) par L. & L.

Amália Rodrigues (1920-1999)Fado português. José Régio, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare classique.
Enregistrement : studio Valentim de Carvalho (Paço de Arcos, Portugal), 1964.
Première publication : album Fado português. Portugal : Edições Valentim de Carvalho, 1965.

Amalia de la Vega • Mate amargo

23 mars 2020

Mate amargo que naciste
en la rueda del fogón,
derramando tradición
entre un estilo y un triste.
Mate amargo que trajiste
entre tu yerba sabrosa
la suavidad primorosa
de una mano de mujer
y el embrujo de un querer
con que te cebó una moza.
Tabaré Regules (1889-1962). Mate amargo. Extrait.

Maté amer qui naquis
Autour du feu,
Versant la tradition
Entre un « estilo* » et un « triste* » ;
Maté amer qui apportas
Dans tes feuilles savoureuses
Le suave savoir-faire
De la main d’une femme
Et l’enchantement d’un amour
Avec lequel t’a préparé une jeune fille.
* « estilo » et « triste » sont deux styles de chansons. Voir : El tango y nuestra música criolla, sur le site Todo Tango.

Amalia de la Vega (1919-2000) est l’une des grandes voix de la tradition uruguayenne. D’elle, Atahualpa Yupanqui disait, quelques jours après sa mort : « Su voz era como el sonido que parece surgir desde las entrañas de la madre tierra con la autenticidad de los grandes artistas » (« Sa voix était pareille au son qui paraît surgir des entrailles de la Terre-mère, avec l’authenticité des grands artistes. »)

Cette milonga, Mate amargo (« Maté amer ») est l’un de ses titres les plus connus. Elle évoque la tradition de la préparation et de la consommation du maté, qu’on boit amer (et non sucré) en Uruguay, de même qu’au Paraguay, dans le sud du Brésil et certaines régions de l’Argentine.

Amalia de la Vega (1919-2000)Mate amargo. Tabaré Regules, paroles ; Amalia de la Vega, musique.
Amalia de la Vega, chant ; ensemble de guitares ; Mario Núñez Iordi, direction.
Argentine, 1954.

Mate amargo que naciste
en la rueda del fogón,
derramando tradición
entre un estilo y un triste.
Mate amargo que trajiste
entre tu yerba sabrosa
la suavidad primorosa
de una mano de mujer
y el embrujo de un querer
con que te cebó una moza.

Sos el amigo sincero
con quien a solas prosiando
pasás las horas rodando
en un galope ligero.
Sos sereno consejero
que escuchamos con halago
y entre un trago y otro trago,
mientras la pava se queja,
nos hablás de cosas viejas
de la querencia y del pago.

El más bravo se arrocina
al paladear tu amargura;
sos sabroso como achura
y querendón como china.
Sos alma de la cocina
que alegra reunión sencilla
y mientras la llama brilla,
vos vas con tierno embeleso,
como si fueras un beso
aletiando en la bombilla.

Y cuando ya galopiao,
como pájaro sin plumas,
el agua no forma espuma
y estás del todo lavao,
tenés siempre algún costao
pa’ que el hombre te aproveche;
te da güelta y sin que te eche
yerba, quedás de primera:
¡Sos como vaca mañera
que sabe esconder la leche!
Tabaré Regules (1889-1962). Mate amargo.

Biraz kül, biraz duman – Un peu de cendre, un peu de fumée

22 mars 2020

Biraz kül, biraz duman o benim işte
Kerem misali yanan o benim işte
İnanma gözlerine ben ben değilim
Beni sevdiğin zaman o benim işte.
Ümit Yaşar Oğuzcan (1926-1984). Biraz kül, biraz duman o benim işte

Je suis cendre, je suis fumée
Je brûle comme Kerem
Ne crois pas tes yeux, je ne suis pas moi
C’est quand tu m’aimes que je suis moi.

Nesrin Sipahi (née en 1934)Biraz kül, biraz duman o benim işte. Poème de Ümit Yaşar Oğuzcan ; Avni Anıl, musique.
Nesrin Sipahi, chant ; accompagnement instrumental (informations non disponibles).
Turquie, date non disponible.

Kerem est le personnage d’une légende populaire turque : amoureux d’une jeune fille nommée Asli, il épouse celle-ci, mais victime d’un sortilège, il brûle et se transforme en cendres lors de la nuit de noces, communiquant ce feu à son épouse.

Dans la seconde partie de son double album Ruas de 2009, constitué de chansons provenant de villes du monde entier entretenant « un même rapport tragique [que Lisbonne] au Destin », Mísia a enregistré une version de Biraz kül, biraz duman, accompagnée au ney, une flûte orientale, par l’un des maîtres de cet instrument, Kudsi Ergüner.

MísiaBiraz kül, biraz duman. Poème de Ümit Yaşar Oğuzcan ; Avni Anıl, musique.
Mísia, chant ; Kudsi Ergüner, ney (flûte turque) ; Laurent Guéneau, programmations.
Première publication : album Ruas. France, 2009.

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