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La chanson du dimanche

21 novembre 2021

Elle vient du Maroc, elle est exécutée par un certain Bob Jalil, également connu (si on peut dire) sous le nom de Jalil Bennis.

Bob Jalilلا أقدر عليك [La akdar alik]. Bob Jalil, paroles arabes ; Serge Gainsbourg, musique. Adaptation en langue arabe de Poupée de cire, poupée de son, Serge Gainsbourg, paroles originales françaises.
Bob Jalil, chant ; Orchestre Star-Melody.
Maroc, ℗ 1965.

J’ignore si Bob Jalil, alias Jalil Bennis, est encore en vie, n’ayant trouvé aucun renseignement biographique à son sujet. Je ne sais pas non plus ce que signifie le titre de sa chanson. Il est peu probable que Bob, comme France Gall, proclame qu’il est « une poupée de cire, une poupée de son ». Ne parlant, ni même ne lisant l’arabe, j’ai soumis ce titre aux logiciels de traduction automatique habituels du Web ; or, même sur une phrase aussi courte, ils donnent des résultats différents : « Je ne peux pas t’aider » (Reverso), « Je ne t’apprécie pas » (Google). À qui se fier ?

En revanche, comme tout bon Européen, je connais un peu la langue de notre große voisine.

France Gall (1947-2018)Das war eine schöne Party suivi de Poupée de cire, poupée de son. Carl Ulrich Blecher, paroles allemandes ; Serge Gainsbourg, paroles françaises & musique.
France Gall, chant ; accompagnement d’orchestre ; Alain Goraguer, direction.
Vidéo :
Extrait de l’émission Rendez-vous sur le Rhin ; Roger Pradines, réalisation ; Albert Raisner, présentation. Diffusion : France, 1ère chaîne de l’ORTF, 28 juillet 1965. Production : France, ORTF [Office de radiodiffusion-télévision française] ; République fédérale d’Allemagne, SWF [Südwestfunk], 1965.

Amália Rodrigues • Sete estradas

20 novembre 2021

Há sete noites seguidas,
à beira de sete estradas,
com sete olhos abertos
e sete facas à cinta,
que espero que me apareças,
para te dar sete facadas.

Armindo Rodrigues (1904-1993). As sete estradas. Dans : Romanceiro e canções de um menino perdido

Voici sept nuits entières,
Sur le bord de sept routes,
Avec sept yeux grands ouverts
Et sept poignards à la ceinture,
Que j’attends de te voir paraître,
Pour te poignarder sept fois.

Amália Rodrigues (1920-1999)Sete estradas (ensaio). Armindo Rodrigues, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Pedro Leal, guitare.
Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studio Valentim de Carvalho, 1971. Première publication : 2020.
Extrait de l’album 1970 : ensaios / Amália. Portugal, Edições Valentim de Carvalho, ℗ 2020.

Ceci est une prise de studio « brute », ni mixée ni débarrassée de ses scories, d’un morceau nommé Sete estradas (« Sept routes ») interprété par Amália Rodrigues, dont aucun enregistrement officiel n’est jamais paru.

Alain Oulman, le compositeur de cette pièce, n’attendait aucunement d’Amália Rodrigues une exécution textuelle de ses œuvres. Au contraire, il exhortait sa chanteuse à se libérer de la partition, à s’approprier la musique et le texte jusqu’à les faire siens, convaincu que ce serait elle qui ferait surgir la « vérité » de chacune de ses compositions :

Quando você canta é que você dá a verdade (…) mais rápido você esquecer as bases melhor fica, foi sempre assim.
Alain Oulman à Amália Rodrigues, cité dans le livret d’accompagnement de l’album Amália 1970, ensaios, Portugal, Valentim de Carvalho, 2020.

C’est lorsque vous chantez que vous livrez la vérité […] ; plus vite vous oubliez les bases, mieux c’est, il en a toujours été ainsi.

Cette « vérité » instable, car l’épreuve de la scène pouvait la faire encore évoluer, n’était atteinte qu’au terme d’un travail de transformation fait de mises au point successives au cours de séances réunissant la chanteuse et les guitaristes, parfois en présence du compositeur.

C’est ce processus de maturation qu’illustre l’album Amália 1970, ensaios (« Amália 1970, répétitions »), publié fin 2020. Il réunit des enregistrements de travail réalisés en studio en 1970 et 1971, ainsi que des prises artisanales effectuées sur magnétophone au domicile de la fadiste dans les mêmes années. Ces traces sonores documentent la genèse de treize fados ou chansons à travers plusieurs versions expérimentales du même morceau — jusqu’à onze pour l’un d’eux.

Ces essais n’ont à l’époque débouché sur aucun enregistrement publié. Certains titres ont été repris, retravaillés et enregistrés plus tard, pour l’album Cantigas numa língua antiga paru en 1977. D’autres ont été abandonnés : parfois ça ne marchait pas, ça ne voulait pas venir. Ainsi de Sete estradas, qui n’a jamais existé.

As sete estradas est un poème d’Armindo Rodrigues (1904-1993), médecin de métier, mais aussi poète et traducteur, lié aux milieux politiques et culturels opposés au régime salazariste et, de ce fait, mal vu dudit régime au point d’avoir été emprisonné à plusieurs reprises. L’album Amália 1970, ensaios présente cinq versions expérimentales de la chanson composée par Alain Oulman sur ce poème. Trois d’entre elles ont été captées au domicile d’Amália. On y entend la chanteuse se familiariser avec la musique, d’abord en écoutant une version instrumentale des guitaristes sur laquelle elle finit par chantonner, puis en s’y engageant davantage, parfois guidée par Alain Oulman, essayant, réessayant, se fourvoyant parfois sur des pistes peu convaincantes. Les deux autres sont des prises de studio. Voici la toute première de ces cinq phases :

Amália Rodrigues (1920-1999)Sete estradas (ensaio). Armindo Rodrigues, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha & Carlos Gonçalves, guitare portugaise ; Pedro Leal, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : Lisbonne, domicile d’Amália Rodrigues, 1971. Première publication : 2020.
Extrait de l’album 1970 : ensaios / Amália. Portugal, Edições Valentim de Carvalho, ℗ 2020.

À ce stade, Amália se contente pratiquement d’écouter. Dans cette autre captation, la troisième chronologiquement, elle maîtrise la chanson dans ses grandes lignes ; à peine demande-t-elle confirmation de la ligne mélodique des dernières mesures au compositeur, qui la renseigne de la voix et du piano.

Amália Rodrigues (1920-1999)Sete estradas (ensaio). Armindo Rodrigues, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Alain Oulman, piano ; José Fontes Rocha & Carlos Gonçalves, guitare portugaise ; Pedro Leal, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : Lisbonne, domicile d’Amália Rodrigues, 1971. Première publication : 2020.
Extrait de l’album 1970 : ensaios / Amália. Portugal, Edições Valentim de Carvalho, ℗ 2020.

De prise en prise on entend l’accompagnement instrumental évoluer à mesure que la construction de la chanson progresse. De même le texte. Dans toutes les versions les dix premiers vers du poème d’Armindo Rodrigues sont laissés de côté. Mais si, dans les trois enregistrements réalisés chez Amália, la suite du poème est respectée à la lettre, sans altération autre que la répétition de certains vers, les deux prises de studio sont moins fidèles à l’original. Le « je poétique » y change de genre (il passe au féminin) et une sorte de prologue chanté a été ajouté, sur une mélodie lente accompagnée d’arpèges de guitare dans le goût espagnol — d’un bel effet, je trouve. Le texte de cet ajout est formé de six vers prélevés de ci de là dans le poème et raboutés en un couplet qui manque un peu de tenue.

Amarrada a sete luas
Por sete nuvens toldada
À beira de sete estradas
Com sete facas à cinta
Para te dar sete facadas
Com sete olhos abertos
À beira de sete estradas.

Amarrée à sept lunes,
Prise dans la brume de sept nuages,
Sur le bord de sept routes,
Avec sept poignards à la ceinture,
Pour te poignarder sept fois
Avec sept yeux grands ouverts
Sur le bord de sept routes.

Il semble que plusieurs prises de Sete estradas aient été réalisées en studio en vue d’une publication. D’après Frederico Santiago, responsable éditorial de la réédition intégrale de l’œuvre enregistré d’Amália Rodrigues, aucune des versions enregistrées ne satisfaisait à la fois la chanteuse et le compositeur :

Este poema de Armindo Rodrigues […] foi musicado por Alain Oulman em 1970. Amália ensaiou-o logo de seguida e chegou a gravar mais tarde algumas versões que nunca seriam editadas. A ideia da cantora de juntar uma melodia espanhola à de Alain não resultou completamente, e nunca se chegou a uma versão que agradasse tanto a Amália como a Oulman. […] Mais tarde, Rui Valentim de Carvalho pensou ainda acrescentar um guitarrista de flamenco, ideia que nunca se concretizou.
Frederico Santiago. Livret d’accompagnement de l’album Amália 1970 : ensaios, Portugal, Valentim de Carvalho, 2020.

Ce poème d’Armindo Rodrigues […] a été mis en musique par Alain Oulman en 1970. Amália l’a travaillé immédiatement ; elle en a ensuite enregistré plusieurs versions, jamais publiées. L’idée de la chanteuse d’ajouter une mélodie espagnole à celle d’Alain ne s’est pas révélée entièrement concluante et aucune des versions ne plaisait à la fois à Amália et à Alain. […] Par la suite, [le patron de la maison de disques] Rui Valentim de Carvalho a imaginé d’ajouter un guitariste de flamenco [à l’effectif instrumental], idée qui ne s’est jamais concrétisée.

Voilà pourquoi Sete estradas n’existe pas.


« Prologue » ajouté dans les prises en studio
Amarrada a sete luas
Por sete nuvens toldada
À beira de sete estradas
Com sete facas à cinta
Para te dar sete facadas
Com sete olhos abertos
À beira de sete estradas.

« Prologue » ajouté dans les prises en studio
Amarrée à sept lunes,
Prise dans la brume de sept nuages,
Sur le bord de sept routes,
Avec sept poignards à la ceinture,
Pour te poignarder sept fois
Avec sept yeux grands ouverts
Sur le bord de sept routes.

Partie du poème non retenue
Há sete noites seguidas
que no próprio coração,
entre sete chamas rubras
e sete sombras fatais,
por trás dos muros do medo
oiço um tropel de cavalos.
Há sete noites seguidas
que vertiginosamente
a incerteza me morde,
o sortilégio me atrai.

Partie du poème non retenue
Voici sept nuits entières
Que dans mon cœur,
Entre sept flammes écarlates
Et sept ombres fatales,
Au-delà des murailles de la peur
J’entends une troupe de chevaux.
Voici sept nuits entières
Que vertigineusement
L’incertitude me ronge
Et que m’attire à lui le sortilège.
Partie fidèle au poème original
Há sete noites seguidas,
à beira de sete estradas,
com sete olhos abertos
e sete facas à cinta,
que espero que me apareças,
para te dar sete facadas.
Há sete noites seguidas,
de antecipado remorso,
que por tua morte choro,
que choro o meu triste fado.
Há sete noites seguidas
que de mim ando perdido
amarrado a sete luas,
por sete nuvens toldado
a sete céus de distância,
sete poços de saudade.
Há sete noites seguidas
que dou voltas à memória,
à procura de quem sou,
na esperança de encontrar-te.
Há sete noites seguidas
que tudo parece nada
e me dói o sangue tanto
de ciúme e de desejo
que há sete mundos seguidos
que julgo que não te vejo.
Partie fidèle au poème original
Voici sept nuits entières,
Sur le bord de sept routes,
Avec sept yeux grands ouverts
Et sept poignards à la ceinture,
Que j’attends de te voir paraître,
Pour te poignarder sept fois.
Voici sept nuits entières,
Par remords anticipé,
Que je pleure ta mort,
Que je pleure mon triste sort.
Voici sept nuits entières
Que je suis hors de moi
Amarré à sept lunes,
Pris dans la brume de sept nuages,
À sept ciels de distance,
Sept puits de saudade.
Voici sept nuits entières
Que je parcours ma mémoire
À la recherche de moi-même,
Dans l’espoir de te trouver.
Voici sept nuits entières
Que tout semble anéanti
Et que le sang me fait si mal
De désir et de jalousie,
Que sept mondes sont révolus
Depuis que je ne te vois plus.
Armindo Rodrigues (1904-1993). As sete estradas. Dans : Romanceiro e canções de um menino perdido Armindo Rodrigues (1904-1993). Les sept routes, traduit de : As sete estradas, extrait de Romanceiro e canções de um menino perdido, par L. & L.

Voici, pour compléter ce long billet, la seconde prise réalisée en studio et publiée dans l’album Amália 1970, ensaios. On y entend d’abord un essai de rôdage, qui s’arrête au bout d’1 minute 50 sur demande de la chanteuse qui réclame l’ajout d’un passage instrumental à un certain point, puis une prise complète.

Amália Rodrigues (1920-1999)Sete estradas (ensaio e take experimental). Armindo Rodrigues, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Pedro Leal, guitare.
Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studio Valentim de Carvalho, 1971. Première publication : 2020.
Extrait de l’album 1970 : ensaios / Amália. Portugal, Edições Valentim de Carvalho, ℗ 2020.

Amália Rodrigues (1920-1999)
1970 : Ensaios (2020)
Amália Rodrigues (1920-1999). 1970 : Ensaios (2020)1970 : Ensaios / Amália ; Alain Oulman, musique ; poèmes de José Carlos Ary dos Santos, Armindo Rodrigues, Manuel Alegre, Luís de Camões, Cecília Meireles, Pedro Homem de Mello, João Soares Coelho, Gil Vicente ; Amália Rodrigues, Alain Oulman, chant ; José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Alain Oulman, piano, etc. — Production : Portugal : Valentim de Carvalho, ℗ 2020.

2 CD : Valentim de Carvalho, 2020. — EAN 5605231104524.

La chanson du dimanche

14 novembre 2021

Elle vient de Finlande et nous la devons à Matti Kalevi Siitonen, alias Fredi (1942-2021), chanteur, acteur, auteur-compositeur et présentateur de télévision de vaste envergure extrêmement célèbre dans son pays.

Kolmatta linjaa takaisin signifie, dans la singulière langue finnoise : « De retour sur Kolmas linja » (Kolmas linja, littéralement « Troisième ligne », est une rue rectiligne, parallèle à quatre autres artères dénommées respectivement Ensi linja, Toinen linja, Neljäs linja et Viides linja (« Première, Deuxième, Quatrième et Cinquième lignes ») dans le quartier populaire et escarpé de Kallio (« le Rocher ») à Helsinki. C’est à travers ce quartier que déambule Fredi dans ce clip réalisé en 1983. On y reconnaît la caractéristique église de Kallio (construite de 1908 à 1912) et son massif clocher de granit gris.

Fredi (1942-2021)Kolmatta linjaa takaisin. Juha Vainio, paroles finnoises ; Jackie Trent & Tony Hatch, musique et paroles originales anglaises. Adaptation finnoise de : Beautiful in the rain (1967).
Fredi, chant ; Nacke Johanssonin Orkesteri, orchestre ; Nacke Johansson, direction & arrangements. Finlande, ℗ 1968.
Vidéo : Päiviö Pyysalo, réalisation. Finlande, 1983.

Vous allez vouloir chanter avec Fredi : voici les paroles.

Mä Kolmatta linjaa takaisin kuljen kerran
Ja rahaa on, takaan sen.
Kun Kolmatta linjaa askelin käyn mä herran,
Saa vanhat saatavat jokainen.
Saa Oivan portsari lantin,
Jonka velkaa jäin.
Ja maksan kelloni pantin
Kymppikäärölläin.
Kun löydän Limperin Antin,
Sille kädestäin
Mä heitän – kuin luun – femman näin.
Kun Kolmatta linjaa takaisin kuljen kerran,
Saa vanhat saatavat jokainen.
Niin tiedän, että en yhtä vain saa.
Kun mä Kolmatta linjaa takaisin noin kuljen,
Niin tiedän, nuoruutein jäänyt on taa.
Voin itsetuntoa nostaa
Shekkivihollain.
Voin iskut ilkeät kostaa,
Jotka kerran sain.
Voin sylin lämpöä ostaa,
Jos mä tahdon vain,
Mut ostaa en voi nuoruuttain.
Kun Kolmatta linjaa takaisin kuljen kerran,
Niin tiedän, yhtä en koskaan saa.
On nuoruusaika tuo jäänyt taa.
Juha Vainio (1938-1990). Kolmatta linjaa takaisin (1968).

Kolmatta linjaa takaisin est en réalité l’adaptation en langue finnoise d’une chanson anglaise de 1967, Beautiful in the rain, enregistrée l’année suivante par Petula Clark, que voici.

Petula ClarkBeautiful in the rain. Jackie Trent & Tony Hatch, paroles & musique.
Petula Clark, chant ; accompagnement d’orchestre ; Johnny Harris, direction ; Tony Hatch, arrangements.
Extrait de l’album Petula / Petula Clark. Royaume-Uni, ℗ 1968.

José Afonso • As sete mulheres do Minho

13 novembre 2021

João Paulo Bessa. Affiche de « Zé do Telhado », pièce de Hélder Costa, mise en scène d'Augusto Boal, musique et direction musicale de José Afonso, compagnie A Barraca, Lisbonne, 1978.
João Paulo Bessa. Affiche de Zé do Telhado, pièce de Hélder Costa, mise en scène d’Augusto Boal, musique et direction musicale de José Afonso, compagnie A Barraca, Lisbonne, 1978.

José Teixeira da Silva (1818-1875), dit Zé do Telhado, était un chef de bande actif dans le Nord du Portugal, réputé détrousser les riches en faveur des pauvres : une sorte de Robin des Bois dont la légende a fourni le prétexte d’au moins trois films portugais. Il est aussi le sujet d’une pièce écrite peu après la Révolution des œillets par Hélder Costa, directeur de la compagnie A Barraca fondée à Lisbonne en 1975. Zé do telhado (c’est le titre de la pièce) a été présentée dans la capitale portugaise en mai 1978, mise en scène par Augusto Boal (1931-2009) et rehaussée d’intermèdes musicaux chantés, composés par José Afonso.

As sete mulheres do Minho (« Les sept femmes du Minho ») est l’une de ces chansons, que « Zeca » Afonso a toutes enregistrées et publiées dans Fura fura (1979), son antépénultième album de studio. Il est accompagné par le groupe Trovante, fondé en 1976 et dont sont issus João Gil et Luís Represas qui deviendront ensuite des acteurs importants de la scène musicale portugaise.

La chanson évoque une révolte populaire qui s’est produite en 1846 dans la région du Minho, située tout au Nord du Portugal, dite révolte de Maria da Fonte.

José Afonso (1929-1987)As sete mulheres do Minho. Paroles traditionnelles ; José Afonso, musique. Extrait de la pièce Zé do Telhado de Hélder Costa, musique de José Afonso, présentée à Lisbonne (Centro Cultural Popular de São Mamede) en 1978 par la compagnie A Barraca, mise en scène d’Augusto Boal.
José Afonso, chant ; Trovante, ensemble vocal et instrumental, arrangements.
Extrait de l’album Fura fura / José Afonso. Enregistrement : Lisbonne, studios Arnaldo Trindade, septembre & octobre 1978. Portugal, ℗ 1979.


As sete mulheres do Minho
mulheres de grande valor
Armadas de fuso e roca
correram com o regedor

Les sept femmes du Minho,
Des femmes de grande valeur,
Armées de fuseaux et quenouilles,
Ont chassé le gouverneur.

Essa mulher lá do Minho
que da foice fez espada
há-de ter na lusa história
uma página doirada

Cette femme-là du Minho
Qui de sa faucille fit une épée
Aura dans l’histoire du pays
Une page dorée.

Viva a Maria da Fonte
com as pistolas na mão
para matar os Cabrais
que são falsos à nação

Vive Maria da Fonte
Avec ses pistolets à la main
pour tuer les « Cabrais* »
Qui sont traîtres à la nation !
Traditionnel (Portugal). As sete mulheres do Minho (XIXe siècle).
.
.
.
Traditionnel (Portugal). Les sept femmes du Minho, traduit de : As sete mulheres do Minho (XIXe siècle) par L. & L.
* Les « Cabrais » (pluriel de « Cabral ») désignent le gouvernement de António Bernardo da Costa Cabral et ses partisans, cible de la « révolte de Maria da Fonte ».

Kraków

11 novembre 2021

Il m’a dit cela il y a quarante ans. Je n’ai jamais su exactement quand ni comment il est mort.
Sur la place Nowy — parmi les sèche-cheveux volés, le pain d’épice aux zestes d’orange confits, la femme qui fume en attendant de vendre ses robes, Jagusia et son panier presque vide, les cerises noires qui doivent être vendues et consommées rapidement avant qu’elles ne pourrissent, le tonneau de harengs salés, la voix d’Ewa Demarczyk, sur un CD, qui chante une chanson provocante —, sa mort, pour la première fois, me fait mal.
[…]
Quelque chose me ramène vers les pigeons. Quand j’arrive, un homme se tourne vers moi et, comme s’il devinait ma détresse — existe-t-il sur terre un pays plus accoutumé à ce sentiment ? —, il me tend sans sourire le pigeon voyageur qu’il tient entre les mains.
John Berger (1926-2017). D’ici là, traduit de Here is where we meet (2005) par Katya Berger Andreadakis. Éd. de l’Olivier, impr. 2005, © 2006, ISBN 2-87929-483-5. Page 108.

Ewa Demarczyk (1941-2020)Karuzela z madonnami. Miron Białoszewski, paroles ; Zygmunt Konieczny, musique. Titre traduit : Manèges avec madonnes.
Ewa Demarczyk, chant ; ensemble instrumental ; Zygmunt Konieczny, direction ; Orchestre de la Radio polonaise ; Stefan Rachoń, direction.
Extrait de l’album Ewa Demarczyk śpiewa piosenki Zygmunta Koniecznego. Pologne, ℗ 1967.
Vidéo : Masses esclaves, à partir d’images extraites des films Teorema (réalisation Pier Paolo Pasolini, Italie, 1968 ; titre français : Théorème) & Strangers on a train (réalisation Alfred Hitchcock, États-Unis, 1951 ; titre français : L’Inconnu du Nord-Express).

La chanson du dimanche

7 novembre 2021

Elle est slovaque. Il s’agit du détournement, par un DJ nommé « Mafia Corner », d’une chanson enregistrée en 1937 par l’acteur, chanteur et réalisateur František Kristof Veselý (1903-1977). Le clip réutilise un film plus tardif (années 1970 ?).

D’après son site Web, « Mafia Corner » semble être le pseudonyme d’un jeune homme à l’aspect ordinaire, un peu joufflu, slovaque, moustachu. Je n’en sais pas davantage.

Mafia CornerZuzulienka. Josef Roch, Ľudovit Válka, paroles ; Josef Stelibský, musique.
Mafia Corner, DJ, production. D’après un enregistrement de Jaj Zuzka Zuzička, František Kristof Veselý, chant ; accompagnement d’orchestre ; R. A. [Rudolf Antonín] Dvorský, direction, Tchécoslovaquie, 1937.
Slovaquie, ℗ 2013.
Vidéo : Mafia Corner, d’après un film tchécoslovaque non daté. 2013.

Site web (en slovaque exclusivement) :

Ça n’a pas d’importance • Germaine Montero (& Milva)

6 novembre 2021

Germaine Montero (1909-2000) était avant tout une actrice de théâtre, une tragédienne qui, quoique née à Paris, a débuté à Madrid, sous la direction de Federico García Lorca, en 1932 ou 1933 selon les sources. Elle était aussi chanteuse et parmi ses premiers enregistrements figurent un ensemble de chansons populaires espagnoles (Paseando por España, 1952), puis un second (14 Chansons populaires d’Espagne, 1955), de même que des poèmes et des chansons de Lorca.

Parallèlement elle chantait et enregistrait de la chanson française, notamment des compositions sur les poèmes de Pierre Mac Orlan (1882-1970) dont elle est souvent la créatrice et qui constituent l’épine dorsale de son répertoire. Mac Orlan la « considérait comme sa meilleure et sa plus fidèle interprète » (Marc Robine, livret d’accompagnement de Germaine Montero, 2 CD, EMI Music France, 1997).

Ça n’a pas d’importance, moins connue que La fille de Londres ou La chanson de Margaret, était l’un de ses succès. Elle l’a enregistré deux fois en studio (1956 et 1965), plus une en public à l’Olympia (1956).

Germaine Montero (1909-2000)Ça n’a pas d’importance. Pierre Mac Orlan, paroles ; Victor Marceau, musique.
Germaine Montero, chant ; accompagnement d’orchestre ; François Rauber, direction. Enregistrement : France, 20 janvier 1965.
Extrait de l’album Germaine Montero chante Pierre Mac Orlan. Vol. 2 / Germaine Montero. France, ℗ 1965.

Milva, qui était sensible à un certain type de chanson française, en a interprété un certain nombre, le plus souvent adaptées en italien. Son premier enregistrement de Ça n’a pas d’importance, avec des paroles italiennes de Giorgio Calabrese (1929-2016), est paru en 1966. La voici captée en public, en 1977 au Piccolo Teatro de Milan, dans un spectacle nommé Canzoni tra le due guerre (« Chansons d’entre les deux guerres »)

Milva (1939-2021)Simone (Ça n’a pas d’importance). Giorgio Calabrese, paroles italiennes ; Victor Marceau, musique. Adaptation de Ça n’a pas d’importance. Pierre Mac Orlan, paroles.
Milva, chant ; Roberto Negri, piano ; Ferdinando Nebuloni, violon ; Ettore Cenci, guitare ; Giorgio Azzolini, basse ; Gianni Zilioli, accordéon ; Mario Lamberti, batterie ; Roberto Negri, arrangements & direction.
Enregistrement public réalisé à Milan (Italie), Piccolo Teatro di Milano, octobre 1977. Extrait d’un spectacle musical de Filippo Crivelli.
Extrait de l’album Canzoni tra le due guerre / Milva. Italie : BMG, ℗ 1978.

Quand jean Marie de Nantes revint d’la Trinité,
Il déposa son sac aux pieds de son hôtesse
Dans un bar pavoisé par toutes les promesses,
Le bistrot de Simone à l’autre bout du quai
Qui donc a entendu cette vieille histoir’ là
Qui donc l’a raconté tout bas de porte en porte?
Chez Daisy ,chez Simone, ou chez Incarnita ?
Qui l’a confié au vent, au vent de la rue morte?

Simone aime les matelots,
Les matelots aiment qui les aime
Et moi je peux penser de même,
Car c’est là mon moindre défaut.
Mais si la mer plaît aux Bretons,
C’est qu’elle les tient en son giron
Et tant pis pour qui mal y pense.
Ça n’a pas tellement d’importance.

Un homme qui revenait de Gibraltar, port franc,
Avait dit à Simone : « On ira en Afrique »
À Zanzibar au lieu de boulotter des briques,
Je te couvrirai d’or ou, qui vaut mieux, d’argent.
Tu reviendra à Nantes quant il en sera temps
Dans le jour enchanté de notre indépendance
Quant à ton homme, Simone, c’est une affaire de sang
Et ça n’a vraiment pas une telle importance.

Simone aime les matelots,
Les matelots aiment qui les aime
Et moi je peux penser de même,
Car c’est là mon moindre défaut.
Mais si la mer plaît aux Bretons,
C’est qu’elle les tient en son giron
Et tant pis pour qui mal y pense.
Ça n’a pas tellement d’importance.

Simone ne sut jamais le vrai mot de la fin,
Les cars de la police sonnaient partout l’alarme.
Les filles jacassaient au milieu du vacarme
Et pendant quelques jours ce ne fut qu’un refrain
À peine chuchoté dans tous les clandestins.
Un refrain qui n’était qu’un souvenir de bagarre,
Entre le gars de Nantes et l’homme du destin
Au moment historique où les couteaux s’égarent.

Simone aimait les matelots.
Les matelots aiment qui les aime.
Incarnita pensait de même,
Moi je vais m’tirer au plus tôt.
J’irai me crécher à Meudon,
Devant la Seine et ses chansons
Pour prendre un bon coup d’innocence,
Et rien n’aura plus d’importance.
Pierre Mac Orlan (1882-1970). Ça n’a pas d’importance.

Barbara • Le quatre novembre

4 novembre 2021

Barbara (1930-1997)Le quatre novembre. Rémo Forlani, paroles ; Barbara, musique. Extrait de la pièce musicale Madame, livret de Rémo Forlani, musique de Barbara.
Barbara, chant ; Jean-Claude Vannier, arrangements et direction musicale.
Extrait de l’album Madame / Barbara. Enregistrement : Paris, studio des Dames, 23-26 septembre, 10-14 novembre et 18-19 décembre 1969). France, ℗ 1970.

La jardinera • Violeta Parra (& Carmela)

3 novembre 2021

À « L’Escale », l’un des multiples cabarets qui se sont ouverts à Paris dans les années d’après-guerre, se retrouvaient les Latino-Américains et les Espagnols de la capitale, qu’ils s’y soient établis ou n’aient fait qu’y passer. Fondée en 1947 par un couple franco-espagnol, L’Escale était située rue Monsieur-le-Prince, dans le Quartier latin. Le plasticien vénézuélien Jesús-Rafael Soto y accompagnait à la guitare une chanteuse madrilène à la belle voix grave et moelleuse nommée Carmen Requeta et on y entendait aussi, entre autres, les auteurs-compositeurs interprètes Atahualpa Yupanqui (Argentine) ou Violeta Parra (Chili). Le jeune Paco Ibáñez y a fait ses premiers pas de musicien, y croisant les écrivains Gabriel García Márquez (Colombie), Alejo Carpentier (Cuba), Julio Cortázar (Argentine), …

  • Voir l’article L’Escale sur le site Maison Orange.

Violeta Parra donc, qui s’y est produite régulièrement lors de ses deux séjours parisiens (1954-1956 et 1962-1965), y a probablement fait entendre La jardinera (« La jardinière ») : cette tonada, l’une de ses chansons les plus connues, figure au programme de son premier album français, Chants et danses du Chili. I, enregistré pour le label Le Chant du monde en 1956. La version ci-dessous est plus tardive, et enregistrée au Chili.

Violeta Parra (1917-1967)La jardinera. Violeta Parra, paroles & musique.
Violeta Parra, chant & guitare.
Extrait du disque 33t : Toda Violeta Parra : El folklore de Chile, Vol. VIII / Violeta Parra. Chili, ℗ 1960.


Para olvidarme de ti
voy a cultivar la tierra.
En ella espero encontrar
remedio para mi pena.

Afin de t’oublier
Je vais cultiver la terre.
J’espère qu’en elle je trouverai
Le remède à ma peine.

Aquí plantaré el rosal
de las espinas más gruesas.
Tendré lista la corona
para cuando en mí te mueras.

Ici, je planterai le rosier
Aux épines les plus dures
Et tiendrai prête la couronne
Pour l’instant où tu mourras en moi.

Para mi tristeza, violeta azul,
clavelina roja pa’ mi pasión,
y, para saber si me corresponde,
deshojo un blanco manzanillón:
si me quiere – mucho, poquito, nada –,
tranquilo queda mi corazón.

Pour ma tristesse, violette bleue,
Œillet rouge pour ma passion
Et, pour savoir s’il m’aime,
J’effeuille la blanche marguerite :
S’il m’aime — un peu, beaucoup, pas du tout —,
Mon cœur s’apaise.

Creciendo irán poco a poco
los alegres pensamientos.
Cuando ya estén florecidos,
irá lejos tu recuerdo.

Petit à petit grandiront
Les pensées de bonheur
Et lorsqu’elles fleuriront
Ton souvenir se sera éteint.

De la flor de la amapola
seré su mejor amiga.
La pondré bajo la almohada
para dormirme tranquila.

De la fleur du pavot
Je serai la meilleure amie.
Je la mettrai sous l’oreiller
Pour m’endormir en paix.

Cogollo de toronjil,
cuando me aumenten las penas,
las flores de mi jardín
han de ser mis enfermeras.

Rameau de mélisse
Si mes peines reprennent :
Les fleurs de mon jardin
Seront mes infirmières.

Y si acaso yo me ausento
antes que tú te arrepientas,
heredarás estas flores:
¡ven a curarte con ellas!

Et si je venais à partir
Avant qu’advienne ton repentir,
Tu hériterais de ces fleurs :
Viens, elles t’aideront à guérir !
Violeta Parra (1917-1967). La jardinera (1954?).
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Violeta Parra (1917-1967). La jardinière, traduit de : La jardinera (1954?) par L. & L.

C’est à L’Escale que le tout jeune Paco Ibáñez a débuté, d’abord en complétant à la guitare le duo formé par Jesús-Rafael Soto et Carmen Requeta et formant avec eux le trio « Los Yares », puis en accompagnant Carmen Requeta seule. C’est avec elle, pour l’album Chansons d’Amérique du Sud qu’elle publie en 1963, qu’il connaît sa première expérience d’enregistrement en studio. Même après la parution de son propre premier album Poèmes de Federico Garcia Lorca et Luis de Gongora (voir le billet 2 novembre), il continue pendant plusieurs années à accompagner Carmen Requeta — renommée Carmela —, à la scène comme au disque. Chants d’Espagne et d’Amérique Latine (1969), leur dernière collaboration discographique, contient une version de La jardinera (tronquée d’un couplet).

Carmela (Carmen Requeta)La jardinera. Violeta Parra, paroles & musique.
Carmela, chant, tumba ; Paco Ibáñez, guitare & arrangements.
Extrait de l’album : Chants d’Espagne et d’Amérique Latine / Carmela. France, [1969?].

2 novembre

2 novembre 2021

Toulouse (Occitanie, France), cimetière de Rapas, 21 septembre 2021

Vecinitas, les dije,
¿dónde está mi sepultura?
En mi cola, dijo el sol.
En mi garganta, dijo la luna.
Federico García Lorca (1898-1936). Casida de las palomas oscuras. Dans : Diván del Tamarit (écriture : entre 1931 et 1934 ; 1ère publication : 1940).

— Petites voisines, leur dis-je,
Où donc est ma sépulture ?
— Dans ma queue, dit le soleil.
— Dans ma gorge, dit la lune.

Paco IbáñezCasida de las palomas oscuras. Poème de Federico García Lorca ; Paco Ibáñez, musique.
Paco Ibáñez, chant ; António Membrado, guitare.
Extrait de l’album Poèmes de Federico Garcia Lorca et Luis de Gongora / Paco Ibáñez. France, ℗ 1964.


Por las ramas del laurel
vi dos palomas oscuras.
La una era el sol,
la otra la luna.
Vecinitas, les dije,
¿dónde está mi sepultura?
En mi cola, dijo el sol.
En mi garganta, dijo la luna.
Y Yo que estaba caminando
con la tierra por la cintura
vi dos águilas de nieve
y una muchacha desnuda.
La una era la otra
y la muchacha era ninguna.
Aguilitas, les dije,
¿dónde está mi sepultura?
En mi cola, dijo el sol.
En mi garganta, dijo la luna.
Por las ramas del laurel
vi dos palomas desnudas.
La una era la otra
y las dos eran ninguna.

Dans les branches du laurier
J’ai vu deux colombes obscures.
L’une était le soleil,
L’autre était la lune.
— Petites voisines, leur dis-je,
Où donc est ma sépulture ?
— Dans ma queue, dit le soleil.
— Dans ma gorge, dit la lune.
Et moi qui marchais
Avec la terre à la ceinture,
J’ai vu deux aigles de neige
Et une jeune fille nue.
L’une était l’autre
Et la jeune fille n’était aucune.
— Petites aigles, leur dis-je,
Où donc est ma sépulture ?
— Dans ma queue, dit le soleil.
— Dans ma gorge, dit la lune.
Dans les branches du laurier
J’ai vu deux colombes nues.
L’une était l’autre
Et les deux n’étaient aucune.
Federico García Lorca (1898-1936). Casida de las palomas oscuras. Dans : Diván del Tamarit (écriture : entre 1931 et 1934 ; 1ère publication : 1940).
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Federico García Lorca (1898-1936). Casida des tourterelles obscures, trad. par L. & L. de Casida de las palomas oscuras. Dans : Diván del Tamarit (écriture : entre 1931 et 1934 ; 1ère publication : 1940).

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Toulouse (Occitanie, France), cimetière de Rapas, 21 septembre 2021

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