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Amália Rodrigues | Nome de rua (1965)

15 septembre 2019

Nome de rua (« Nom de rue ») est l’une des 12 pièces de l’album Fado Português, enregistré en 1964 et publié en juin 1965 – et l’une des huit compositions d’Alain Oulman (1928-1990) que compte l’album. Le texte en est dû au poète David Mourão-Ferreira (1927-1996), avec qui Amália Rodrigues collaborait déjà depuis les années 1950 (il est notamment l’auteur des paroles du célèbre Barco negro, du film Les amants du Tage d’Henri Verneuil).

Nome de rua n’est certainement pas l’un des titres les plus connus d’Amália. Elle ne l’a jamais réenregistré (du moins n’en connaît-on que cette version) et ne semble pas non plus l’avoir beaucoup chanté sur scène. Il est en outre très peu représenté dans les anthologies. Pourtant, peut-être parce que c’est l’une des rares compositions d’Alain Oulman dont le caractère évoque celui du fado traditionnel – qu’accentue le jeu très « fadiste » de Domingos Camarinha à la guitare portugaise –, Nome de rua me plaît beaucoup.

Amália Rodrigues (1920-1999) | Nome de rua. David Mourão-Ferreira, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare. Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, 1964.
Extrait de l’album Fado Português. Portugal, Valentim de Carvalho, 1965.

Deste-me um nome de rua
Duma rua de Lisboa.
Muito mais nome de rua,
Do que nome de pessoa.
Um desse nomes de rua
Que são nomes de canoa.

Tu m’as donné un nom de rue,
D’une rue de Lisbonne.
Bien plus nom de rue
Que nom de personne.
Un de ces noms de rue
Qui sont des noms de barque.
Nome de rua quieta,
Onde à noite ninguém passa,
Onde o ciúme é uma seta,
Onde o amor é uma taça.
Nome de rua secreta,
Onde à noite ninguém passa,
Onde a sombra do poeta,
De repente, nos abraça.

Nom d’une rue tranquille
Où la nuit nul ne passe,
Où la jalousie est une flèche,
Où l’amour est une coupe.
Nom d’une rue secrète
Où la nuit nul ne passe,
Où l’ombre du poète
Soudain nous étreint.
Com um pouco de amargura,
Com muito da Madragoa.
Com a ruga de quem procura,
E o riso de quem perdoa.

Avec un peu d’amertume
Et beaucoup de la Madragoa*,
Avec la ride de celui qui cherche
Et le rire de celui qui pardonne.

David Mourão-Ferreira (1927-1996). Nome de rua. David Mourão-Ferreira (1927-1996). Nom de rue, traduit de : Nome de rua par L. & L.
* La Madragoa est un quartier de Lisbonne qui surplombe le Tage en aval du centre de la ville.

Jeanne Moreau | J’ai la mémoire qui flanche

13 septembre 2019

Comme elle manque, n’est-ce pas ?

— Votre carrière de chanteuse…
— Pas de carrière de chanteuse, n’employez pas cette expression, ça m’agace. Je suis une personne qui joue la comédie. J’ai eu la chance de pouvoir chanter, mais c’est un prolongement naturel de la comédie.
Jeanne Moreau, Ludovic Perrin et Antoine de Baecque, Dans le tourbillon de Jeanne, Dans : Libération [en ligne], le 20 décembre 2002. [Lien].

Jeanne Moreau (1928-2017) | J’ai la mémoire qui flanche. Cyrus Bassiak [pseudonyme de Serge Rezvani], paroles et musique.
Jeanne Moreau, chant ; accompagnement de piano.
Extrait de l’émission Continents sans visa du 14 mai 1963 ; Jean-Jacques Lagrange, réalisation. Production : Suisse : RTS [Radio télévision suisse], 1963.

Reprise

10 septembre 2019

Reprendre joyeusement l’affreux harnais écrit Monsieur Songe. Et puis il biffe l’affreux. Et puis il biffe harnais. Reste reprendre joyeusement.
Il pose la plume et dit reprendre joyeusement quoi ?
Robert Pinget (1919-1997). Le harnais (1984). Paris, Les Éditions de Minuit, impr. 1984, ISBN 2-7073-0675-4, p. 9.

Car qui peut être joyeux alors que le monde s’est mis à dévaler la pente qui le mène à sa perte ?

Pour septembre, voici donc une chanson triste – mais d’une tristesse voluptueuse – dans la voix délicieuse de Bidu Sayão (prononcer : Bidou Sayaon, en disant « aon » d’une seule syllabe).


Bidu Sayão (1902-1999) | A casinha pequenina. Paroles & musique traditionnelles (Brésil) ; Ernani Braga (1898-1948), harmonisation et arrangements.
Bidu Sayão, soprano ; Milne Charnley, piano. Enregistrement : États-Unis, 1947.

Tu não te lembras da casinha pequenina
onde o nosso amor nasceu?
Tinha um coqueiro do lado
que, coitado, de saudade, já morreu.

Tu ne souviens pas de la maisonnette si petite
Qui a vu naître notre amour ?
Contre elle se serrait un palmier
Qui aujourd’hui, le pauvre, est mort de tristesse.
Tu não te lembras das juras, ó perjuras!
que fizeste com fervor?
Do teu beijo demorado, prolongado
que selou o nosso amor?

Tu ne souviens pas des serments – des parjures !
Que tu as faits avec ferveur ?
De ton long baiser prolongé
Qui a scellé notre amour ?
Tu não te lembras do olhar que, a meu pesar,
dou-te o adeus da despedida?
Eu ficava, tu partias, tu sorrias
e eu chorei por toda a vida.

Tu ne souviens pas de mon regard quand j’ai dû
Pleine de regrets, te dire adieu ?
Je restais, tu partais, tu souriais,
Et j’ai pleuré toute ma vie.

Traditionnel brésilien (Nordeste). A casinha pequenina. Traditionnel brésilien (Nordeste). La maisonnette, traduit de : A casinha pequenina par L. & L.

L’été 19

1 septembre 2019

Durant cet intervalle, il régna sur l’île un été immuable et splendide ; cependant que, dans la Maison des « guaglioni », le temps mûrissait, obscur et inconstant, s’acheminant vers la tempête finale…
Elsa Morante (1912-1985). L’île d’Arturo. Traduit de L’isola di Arturo (1957) par Michel Arnaud (1963). L’île d’Arturo : mémoires d’un adolescent, Gallimard, impr. 2018 (Folio ; 1076), ISBN 978-2-07-037076-4, page 436.

Durante quell’intervallo, sull’isola regnò un’estate ferma e stupenda ; mentre che nella Casa dei guaglioni il tempo maturava, oscuro e inconstante, verso la tempesta finale…
Elsa Morante (1912-1985). L’isola di Arturo (1957). L’isola di Arturo, Einaudi, 2014 (ET Scrittori), ISBN 978-88-06-22264-2, page 275.

Toute la nuit ce vent a hurlé, sous les portes, dans les failles des murs, dans la tête, les vallées, le cœur, le sommeil. […] Des gens ont parlé, ils avaient peur, ils ont dit : c’est le bruit des convois, c’est celui de la guerre. Ils voyaient dans les plaintes du vent des signes de l’Est, ces signes de mort, vous savez comme ils sont, comme nous sommes, dans quel trouble de nos esprits, dans quel oubli, toujours, de toute raison, comment nous sommes toujours prêts à rejoindre la caverne noire de notre peur des loups. Mais non, ce n’était rien, rien que bruits de la mer et du vent. Et vous voyez, le soleil s’est levé sur le monde.
Marguerite Duras (1914-1996). L’été 80 (1980). Dans : Œuvres complètes III / Marguerite Duras, Gallimard, impr. 2014 (Bibliothèque de la Pléiade ; 596), ISBN 978-2-07-012229-5, page 838.

Bruno Martino (1925-2000) | Estate. Bruno Brighetti, paroles ; Bruno Martino, musique.
Bruno Martino, chant ; orchestre dirigé par Ib Glindemann. Italie, 1960. 1ère publication sous le titre : « Odio l’estate ».

Estate
Sei calda come i baci che ho perduto
Sei piena di un amore che è passato
Che il cuore mio vorrebbe cancellare

Été
Tu es chaud comme les baisers que j’ai perdus
Tu es plein d’un amour que je n’ai plus
Et que mon cœur voudrait oublier.
Odio l’estate
Il sole che ogni giorno ci donava
Gli splendidi tramonti che creava
Adesso brucia solo con furor

Je hais l’été,
Le soleil qu’il nous donnait chaque jour
Et qui formait de si beaux crépuscules
N’est plus à présent qu’une fureur qui brûle
Tornerà un altro inverno
Cadranno mille petali di rose
La neve coprirà tutte le cose
E il cuore un po’ di pace troverà

Un nouvel hiver viendra
Tomberont mille pétales de rose
Et la neige couvrira toute chose
Alors mon cœur un peu de paix retrouvera.
Odio l’estate
Che ha dato il suo profumo ad ogni fiore
L’ estate che ha creato il nostro amore
Per farmi poi morire di dolor

Je hais l’été
Qui a donné son parfum à chaque fleur
L’été qui a créé notre amour
Pour me faire ensuite mourir de douleur.

Bruno Brighetti (1926-2018). Estate (1960). Bruno Brighetti (1926-2018). Été, traduit de : Estate (1960) par L. & L.

Mais au centre du vide il y a une autre fête

17 août 2019

Toulouse (Occitanie, France), rue d'Astorg, 16 août 2019

Toulouse (Occitanie, France), rue d’Astorg, 16 août 2019

21
A veces parece
que estamos en el centro de la fiesta.
Sin embargo,
en el centro de la fiesta no hay nadie.
En el centro de la fiesta está el vacío.

Pero en el centro del vacío hay otra fiesta.
Roberto Juarroz (1925-1995). Extrait de : Duodécima Poesía Vertical, 1991.

………

21
On dirait parfois
que nous sommes au centre de la fête.
Cependant
au centre de la fête il n’y a personne.
Au centre de la fête c’est le vide.

Mais au centre du vide il y a une autre fête.
Roberto Juarroz (1925-1995). Extrait de : Douzième poésie verticale, traduit de l’espagnol par Fernand Verhesen. Dans : Roberto Juarroz, présentation de Michel Camus, Éditions La Différence, 1993, (Orphée ; 147).

Mina | Come sinfonia

22 juillet 2019

Sogno, sogno
e tu sei con me
chiudo gli occhi
e in cielo splende già
una luce.
[…]
Ascolto
e ti sento ancora più vicino
la musica che sento
è come sinfonia
[…]
Pino Donaggio. Come sinfonia (extrait).

………

Je rêve, je rêve
Et tu es avec moi.
Je ferme les yeux
Et dans le ciel resplendit déjà
Une lumière.
[…]
J’écoute
Et je te sens encore plus près.
La musique que j’entends
Est comme symphonie.
[…]

Si vous avez vu Douleur et gloire, le dernier film de Pedro Alomdóvar (et l’un des meilleurs, selon moi), vous avez entendu cette interprétation de Come sinfonia par la géniale Mina.

Come sinfonia (« Comme une symphonie ») concourait au Festival di Sanremo en 1961, présentée par son auteur-compositeur, Pino Donaggio. Bien qu’elle n’ait pas remporté la victoire, c’est elle qui a connu ensuite le plus grand succès commercial des chansons en compétition, grâce en particulier à sa reprise immédiate par Mina.

Dans la vidéo que voici, l’image est celle d’un clip réalisé également en 1961 pour la chanson Io bacio tu baci, montée sur la bande-son de Come sinfonia par le « youtubeur » Mister 2 note. Elle est superbe (la coiffure même de la chanteuse est une authentique œuvre d’art).

Mina [Anna Maria Mazzini] | Come sinfonia. Pino Donaggio, paroles & musique.
Mina, chant ; Orchestra Tony De Vita ; Antonio De Vita, direction. Italie, 1961. Enregistrement sonore utilisé dans la bande originale du film Dolor y gloria (Douleur et gloire), écrit et réalisé par Pedro Almodóvar, sorti en 2019.
Vidéo (image) : extraite d’un clip réalisé en 1961 pour la chanson Io bacio tu baci, interprétée par Mina. Montage réalisé par Mister 2 note. 2019 (mise en ligne).

La voyageuse

12 juillet 2019

Urbino (Marche, Italia), Palazzo ducale, 28 juin 2019

Madame ! Que faites-vous ici, à Urbin ? Vous êtes en villégiature sans doute.

De passage. C’est ça. Vous parcourez l’Europe. Inverness, Göttingen, la mer de paille, la grande porte de Kiev.

Qu’avez-vous vu à Göttingen ? À Marienbad ?

Demain l’île de Krk, puis l’île de Sein, celles de la Frise ; vous aimez les îles. Et l’Engadine, Tolède, Salonique, Helsinki, les Dardanelles, quel beau voyage ! Que de photographies ! N’allez-vous pas les confondre, une fois retournée dans vos enfers familiers ?

Peu importe, n’est-ce pas. L’important c’est de les avoir prises. Vous reviendrez l’année prochaine.

Έλλη Πασπαλά [Éllī Paspalá] | Youkali, tango-habanera. Roger Fernay, paroles ; Kurt Weill, musique. Musique extraite de la musique de scène composée par Kurt Weill pour la pièce de théâtre Marie Galante (1934), de Jacques Deval (1890–1972), d’après son roman Marie Galante (1931). Les paroles ont été ajoutées en 1935.
Έλλη Πασπαλά [Éllī Paspalá], chant ; Θεόδωρος Κοτεπάνος [Theódōros Kotepános], arrangements et direction d’orchestre.
Extrait de l’album Στη Λάμψη του Φεγγαριού [Stī Lámpsi tou Fengarioú]. Grèce, 1988.

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