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La plainte à voix d’ombre des saudades

18 janvier 2021

Lisbonne. Vue depuis la terrasse de l'église São Vicente de Fora (Igreja de São Vicente de Fora), 19 mars 2017
Lisbonne, quartier d’Alfama. Vue depuis la terrasse de l’église São Vicente de Fora (Igreja de São Vicente de Fora), 19 mars 2017.

[…]
Mon sang portugais s’est perdu dans la mer de ma Négritude.
Amalia Rodriguez [sic], chante ô chante de ta voix basse les saudades de mes amours anciennes
Des fleuves des forêts des voiles, des océans des plages de soleil
Et les coups donnés et le sang versé pour des choses futiles.

J’écoute au plus profond de moi la plainte à voix d’ombre des saudades.
Léopold Sédar Senghor (1906-2001). Élégie des saudades, dans : Nocturnes (1961).

Amália Rodrigues (1920-1999)Alfama. José Carlos Ary dos Santos ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Martinho d’Assunção, guitare classique.
Extrait de l’album Cantigas numa língua antiga / Amália Rodrigues. Portugal : Edições Valentim de Carvalho, ℗ 1977.


Quando Lisboa anoitece
como um veleiro sem velas
Alfama toda parece
Uma casa sem janelas
Aonde o povo arrefece.

Quand Lisbonne s’enfonce dans la nuit
Comme un voilier sans voiles,
Alfama* toute entière
Semble une maison sans fenêtres
Où le peuple prend froid.

É numa água-furtada
No espaço roubado à mágoa
Que Alfama fica fechada
Em quatro paredes de água
Quatro paredes de pranto
Quatro muros de ansiedade
Que à noite fazem o canto
Que se acende na cidade
Fechada em seu desencanto
Alfama cheira a saudade.

C’est dans une mansarde,
Espace volé à la tristesse,
Qu’Alfama reste prise
Entre quatre murs d’eau,
Quatre murs de larmes,
Quatre murs d’inquiétude
Qui, la nuit, font le chant
Qui s’allume dans la ville
Enfermée dans sa désillusion.
Alfama a une odeur de saudade.

Alfama não cheira a fado
Cheira a povo, a solidão,
Cheira a silêncio magoado
Sabe a tristeza com pão
Alfama não cheira a fado
Mas não tem outra canção.

Alfama n’a pas une odeur de fado.
Elle sent le peuple, la solitude,
Elle sent le silence meurtri,
Elle a un goût de tristesse et de pain.
Alfama n’a pas une odeur de fado,
Mais elle n’a pas d’autre chanson.
José Carlos Ary dos Santos (1936-1984). Alfama (1970).
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José Carlos Ary dos Santos (1936-1984). Alfama, trad. par L. & L. de Alfama (1970).
* Alfama est un quartier de Lisbonne. José Carlos Ary dos Santos, l’auteur du poème, y demeurait. Sa maison était située dans la rua da Saudade — la rue de la Saudade.

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Lisbonne, quartier d'Alfama, 19 mars 2017

Lola Flores • ¡Ay, pena, penita, pena!

17 janvier 2021

Et ta danse sera toute de frissons
Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz (1877-1939). La danse de la vie, dans : Les sept solitudes (1906).

¡Ay, pena, penita, pena! (1953). Extrait. Miguel Morayta, réalisation ; Paulino Masip, Alejandro Verbitzky & Miguel Morayta, scénario ; Lola Flores (Carmela) ; Luis Aguilar (Luis) ; Antonio Badú (Carlos)…, acteurs. Production : Mexique : Diana Films ; Espagne : Suevia Films, 1953.
Chanson :

Lola Flores (1923-1995)¡Ay pena, penita, pena!. Quintero, León y Quiroga [Antonio Quintero, Rafael de León y Manuel Quiroga], paroles & musique.
Lola Flores, chant ; accompagnement d’orchestre.
Espagne, ℗ 1953.


Si en el firmamento poder yo tuviera,
esta noche negra lo mismo que un pozo,
con un cuchillito de luna, lunera,
cortara los hierros de tu calabozo.
Si yo fuera reina de la luz del día,
del viento y del mar,
cordeles de esclava yo me ceñiría
por tu libertad.

Si au firmament j’avais du pouvoir,
En cette nuit noire, aussi noire qu’un puits,
Avec un petit couteau de lune lunatique
Je couperais les barreaux de ton cachot
Si j’étais reine de la lumière du jour,
Du vent et de la mer,
Je me ceindrais des cordes de l’esclave
Pour ta liberté.

¡Ay, pena, penita, pena, pena!
pena de mi corazón,
que me corre por las venas, pena,
con la fuerza de un ciclón.
Es lo mismo que un nublao
de tiniebla y pederná.
Es un potro desbocao
que no sabe dónde va.
Es un desierto de arena, pena,
es mi gloria en un penal, ¡ay, pena, ay, pena!
¡Ay, pena, penita, pena!

Ah ma peine, ma peine !
Chagrin de mon cœur,
Qui coule dans mes veines
Avec la force d’un ouragan,
Comme une nuée
De ténèbre et de silex,
Comme un cheval affolé
Qui ne sait pas où il va,
Comme un désert de sable, ma peine,
Mon joyau dans une prison, ah ma peine !
Ah ma peine, ma peine !

Yo no quiero flores, dinero, ni palmas,
quiero que me dejen llorar tus pesares
y estar a tu vera, cariño del alma,
bebiéndome el llanto de tus soleares.
Me duelen los ojos de mirar sin verte,
reniego de mi,
que tienen la culpa de tu mala suerte,
mis rosas de abril.

Je ne veux ni fleurs, ni argent, ni bravos.
Je veux qu’on me laisse pleurer tes peines
Et être avec toi, amour de mon âme
Et boire les larmes de tes « soleares ».
Les yeux me brûlent de regarder sans te voir
Pauvre de moi !
Car la cause de ta mauvaise fortune,
Ce sont mes roses d’avril.
Rafael de León (1908-1982). ¡Ay, pena, penita, pena! (1951).
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Rafael de León (1908-1982). Ah ma peine, ma peine !, trad. par L. & L. de ¡Ay, pena, penita, pena! (1951).

Μαρινέλλα [Marinélla] • Σύνορα η αγάπη δεν γνωρίζει [Sínora ī agápī den gnōrízei]

14 janvier 2021

Un peu de variété grecque démodée, ça ne fait pas de mal. La chanteuse, Marinella, est accompagnée par le groupe « Les Athéniens » auquel appartenait Nana Mouskouri à ses débuts.

Μαρινέλλα [Marinélla]Σύνορα η αγάπη δεν γνωρίζει [Sínora ī agápī den gnōrízei]. Σώτια Τσώτου [Sótia Tsótou], paroles ; Κώστας Χατζής [Kóstas Chatzís], musique.
Μαρινέλλα [Marinélla], chant ; Les Athéniens (Οι Αθηναίοι), ensemble vocal et instrumental ; Αδελφοί Τζαβάρα [Frères Tzavára], guitare et chant.
Captation : Athènes, scène musicale Zoom, novembre 1976.
Vidéo : Δάφνη Τζαφέρη [Dáfnī Tzaférī], réalisation. ΕΡΤ [ERT] (Ελληνική Ραδιοφωνία Τηλεόραση [Ellinikí Radiofōnía Tileórasī]), production. Grèce, 1976.


Άσε με να κάτσω πλάι σου
κι ό,τι θέλεις συλλογίσου,
δε θα σου μιλήσω, δε θα σου μιλήσω.
Μίλα με τους άλλους γύρω σου
για ν’ ακούω τη φωνή σου,
σε παρακαλώ, σε παρακαλώ.

Laisse-moi m’asseoir près de toi
Et pense à ce que tu veux.
Je ne te parlerai pas, je ne te parlerai pas.
Toi, parle aux autres, à ceux qui t’entourent,
Que je puisse entendre ta voix,
S’il te plaît, s’il te plaît.

Σύνορα η αγάπη δε γνωρίζει,
πόσο σ’ αγαπώ, πόσο σ’ αγαπώ.
Γέρνεις και ο ίσκιος σου μ’ αγγίζει
κι εγώ ριγώ, κι εγώ ριγώ.

L’amour ne connaît pas de limites,
Comme je t’aime, comme je t’aime !
Tu te penches et ton ombre me touche
et je frissonne, et je frissonne.

Άσε με απ’ το ποτήρι σου
μια γουλιά να πιω ακόμα,
δίψασα πολύ, δίψασα πολύ.
Φεύγει η ζωή και χάνεται
και τ’ αφίλητό μου στόμα
καίει για ένα φιλί, καίει για ένα φιλί.

Laisse-moi boire encore
Une gorgée dans ton verre.
Que j’avais soif, que j’avais soif !
La vie s’en va et se perd
et ma bouche, qu’aucune bouche n’a effleurée
brûle pour un baiser, brûle pour un baiser.
Σώτια Τσώτου [Sótia Tsótou] (1942-2011). Σύνορα η αγάπη δεν γνωρίζει [Sínora ī agápī den gnōrízei].
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Σώτια Τσώτου [Sótia Tsótou] (1942-2011). L’amour ne connaît pas de limites, trad. par L. & L. de Σύνορα η αγάπη δεν γνωρίζει [Sínora ī agápī den gnōrízei], à partir d’une traduction italienne. Source : stixoi.info..

Florelle • Le roi d’Aquitaine (Marie Galante)

13 janvier 2021

Le roi d’Aquitaine est une chanson extraite de Marie Galante, pièce de théâtre de Jacques Deval (1890-1972) créée à Paris en décembre 1934, avec une musique de scène composée par Kurt Weill (1900-1950) — dont nous connaissons déjà J’attends un navire et Le grand Lustucru.

Dans la pièce, Le roi d’Aquitaine, qui a l’allure d’une chanson traditionnelle, est dévolu à Marie, le personnage principal de l’ouvrage, dont le rôle, à la création, était tenu par Florelle (1898-1974).

Florelle a enregistré à l’époque toutes les chansons de son personnage, bien que sur des arrangements de Wal-Berg, chef d’orchestre et compositeur extrêmement actif dans les années 30 et 40 surtout, et non sur l’instrumentation originale de Kurt Weill.

Florelle (1898-1974)Le roi d’Aquitaine. Roger Fernay & Jacques Deval, paroles ; Kurt Weill, musique. Extrait de la pièce de théâtre Marie Galante (1934), de Jacques Deval (1890–1972), d’après son roman éponyme (1931).
Florelle, chant ; accompagnement d’orchestre ; Wal-Berg, direction et arrangements.
Enregistrement : France, 15 décembre 1934. Publication : France, DL 1940.

Un canard gris, un canard bleu, un canard blanc.
Le gris marche derrière et le bleu va devant.
C’est le blanc le plus gros, je le vendrai vingt francs,
Le bleu est tout petit, je le vendrai six francs.

Le roi d’Aquitaine,
S’il vient au marché,
Pour servir la reine
M’enverra chercher.
Le roi d’Aquitaine
Me prendra la main,
Tant pis pour la reine
Demain.

Un prince gris, un prince bleu, un prince blanc.
Le blanc a des rubis et le bleu des diamants,
Le gris a sa couronne et son épée au flanc,
Le bleu m’aime le mieux et j’aime mieux le blanc.

Le roi d’Aquitaine
M’a vue au marché,
Tant pis pour la reine,
J’aurai un duché.
Le roi d’Aquitaine
Me prendra la main,
Tant pis pour la reine
Demain.
Roger Fernay (1905-1983) & Jacques Deval (1890-1972). Le roi d’Aquitaine. Extrait de Marie Galante, pièce de théâtre de Jacques Deval, musique de scène de Kurt Weill.

Fado classique • Pés descalços

10 janvier 2021

Pés descalços no rio
Pés descalços
Corpo nu aos teus olhos
Corpo nu

Pieds nus dans le fleuve
Pieds nus
Corps nu à tes yeux
Corps nu.

Le fado se fait aussi à Paris, voyez — avec un quatuor à cordes.

Fado classiquePés descalços. [Roseta Caixinha, paroles & musique ?]
Rosete Caixinha, chant ; Mathilde Borsarello Herrmann & Alix Catinchi, violon ; Alexandra Brown, alto ; Caroline Boita, violoncelle ; José Martins, arrangements.
Enregistrement : Paris, Abbey Road Institute, 16 juin 2020. France : Bly Music Group, ℗ 2021.
Vidéo : Rosete Caixinha, participante ; Mélina Chahih, danseuse ; Gaël Grzeskowiak, direction artistique ; [pas d’indication relative à la réalisation ni à la production]. 2021 (mise en ligne)


Nel blu dipinto di blu

9 janvier 2021

Aujourd’hui 9 janvier est l’anniversaire de Domenico Modugno (1928-1994), inoubliable — et inoublié, comme on voit — créateur de Volare (Nel blu dipinto di blu), ainsi que d’autres innombrables chansons. Il était aussi acteur (par exemple : dans Che cosa sono le nuvole? de Pasolini dans le film à sketches Capriccio all’italiana, 1968) et, à partir de 1987, député, puis sénateur, sous l’étiquette du Parti radical (gauche).

Ciao Domenico! Tanti auguri! (Ci vedi? No? Meno male.)

Domenico Modugno (1928-1994)Volare (Nel blu dipinto di blu). Franco Migliacci & Domenico Modugno, paroles ; Domenico Modugno, musique.
Domenico Modugno, chant ; accompagnement d’orchestre ; Alberto Semprini, direction.
Vidéo : extrait de la retransmission du Concours Eurovision de la Chanson 1958, AVRO Studios, Hilversum, Pays-Bas, 12 mars 1958. Production : Pays-Bas, Nederlandse Televisie Stichting (NTS), 1958.



Penso che un sogno così
non ritorni mai più,
mi dipingevo le mani
e la faccia di blu.
Poi d’improvviso venivo
dal vento rapito
e incominciavo a volare
nel cielo infinito.

Je crois qu’un rêve pareil
Ne se reproduira jamais plus.
Je me peignais les mains
Et le visage en bleu.
Et puis soudain
Le vent m’emportait
Et je me mettais à voler
Dans l’infini du ciel !

Volare, oh oh!
Cantare, oh oh oh oh!
Nel blu dipinto di blu,
felice di stare lassù.
E volavo, volavo
felice, più in alto del sole
ed ancora più su.
Mentre il mondo, pian piano,
spariva lontano laggiù
una musica dolce suonava
soltanto per me.

Voler, oh oh !
Chanter, oh oh oh oh !
Dans le bleu, peint en bleu,
Heureux d’être là-haut.
Et je volais, je volais
Heureux, plus haut que le soleil
Et encore plus haut !
Alors que peu à peu le monde
Disparaissait sous moi,
Une douce musique résonnait
Rien que pour moi.

Volare, oh oh!
Cantare, oh oh oh oh!
Nel blu dipinto di blu,
felice di stare lassù.

Voler, oh oh !
Chanter, oh oh oh oh !
Dans le bleu, peint en bleu,
Heureux d’être là-haut.

Ma tutti i sogni
nell’alba svaniscon perché
quando tramonta la luna
li porta con se.
Ma io continuo a sognare
negli occhi tuoi belli
che sono blu come un cielo
trapunto di stelle.

Mais tous les rêves
S’évanouissent à l’aube
Parce que la Lune en se couchant
Les emporte avec elle.
Mais je continue à rêver
Dans tes beaux yeux
Qui sont bleus comme un ciel
Semé d’étoiles.

Volare, oh oh!
Cantare, oh oh oh oh!
Nel blu degli occhi tuoi blu,
Felice di stare quaggiù.
E continuo a volare felice,
più in alto del sole
ed ancora più su.
Mentre il mondo,
pian piano, scompare
negli occhi tuoi blu
la tua voce è una musica dolce
che suona per me.

Voler, oh oh !
Chanter, oh oh oh oh !
Dans le bleu de tes yeux bleus,
Heureux d’être ici-bas.
Et je continue à voler
Heureux, plus haut que le soleil
Et encore plus haut !
Alors que peu à peu le monde
Disparaît,
Dans tes yeux bleus
Ta voix est une douce musique
Qui résonne pour moi.

Volare, oh oh!
Cantare, oh oh oh oh!
Nel blu degli occhi tuoi blu,
felice di stare quaggiù.
Nel blu degli occhi tuoi blu,
felice di stare quaggiù
con te.

Voler, oh oh !
Chanter, oh oh oh oh !
Dans le bleu de tes yeux bleus,
Heureux d’être ici-bas.
Dans le bleu de tes yeux bleus,
Heureux d’être ici-bas
Avec toi.
Domenico Modugno (1928-1994). Nel blu dipinto di blu (Volare) (1958).
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Domenico Modugno (1928-1994). Voler (Dans le bleu, peint en bleu), trad. par L. & L. de Nel blu dipinto di blu (Volare) (1958).

Sandy Denny, Nina Simone • Who knows where the time goes?

8 janvier 2021

Who knows where the time goes? est, à juste titre, l’une des chansons les plus connues du mouvement de renouveau de la folk music britannique des années soixante et soixante-dix. Elle était déjà reprise par la chanteuse américaine Judy Collins avant même que son autrice, Sandy Denny (1947-1978), ait eu le temps d’en réaliser un enregistrement autrement que sous forme de maquette, en 1967.

La chanson, devenue un classique, a depuis été reprise par quantité d’interprètes. L’émouvante version de Nina Simone, enregistrée en concert, date d’octobre 1969.

Nina Simone (1933-2003)Who knows where the time goes?. Sandy Denny, paroles & musique.
Nina Simone, chant, piano, arrangements ; Weldon Irvine, orgue ; Tom Smith & Emile Latimer, guitare ; Don Alias, batterie ; Juma Sultan, percussions.
Enregistrement public : New York (États-Unis), Philharmonic Hall, 26 octobre 1969.
Première publication dans l’album Black gold / Nina Simone. États-Unis, ℗ 1970.Voir la notice Discogs.


Across the evening sky, all the birds are leaving
But how can they know it’s time for them to go?
Before the winter fire, I will still be dreaming
I have no thought of time

Dans le ciel du soir, on voit les oiseaux partir
Mais comment savent-ils qu’il est temps pour eux de partir ?
Moi je reste à rêver, devant mon feu d’hiver.
Je ne pense pas au temps qui passe.

For who knows where the time goes?
Who knows where the time goes?

Car qui sait où va le temps ?
Qui sait où va le temps ?

Sad, deserted shore, your fickle friends are leaving
Ah, but then you know it’s time for them to go
But I will still be here, I have no thought of leaving
I do not count the time

Rivages tristes et désertés, tes amis volages s’en vont
Mais tu sais, il est temps pour eux de partir…
Mais moi je reste, je ne pense pas à partir.
Je ne compte pas le temps qui passe.

For who knows where the time goes?
Who knows where the time goes?

Car qui sait où va le temps ?
Qui sait où va le temps ?

And I am not alone while my love is near me
I know it will be so until it’s time to go
So come the storms of winter and then the birds in spring again
I have no fear of time

Je ne suis pas seule tant que mon amour est près de moi.
Nous resterons ainsi, jusqu’au jour où il faudra partir.
Les vents de l’hiver peuvent venir, puis les oiseaux du printemps,
Je ne crains pas le temps qui passe.

For who knows where the time goes?
Who knows where the time goes?

Car qui sait où va le temps ?
Qui sait où va le temps ?
Sandy Denny (1947-1978). Who knows where the time goes? (1967 ?).
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Sandy Denny (1947-1978). Qui sait où va le temps ?, trad. par L. & L. de Who knows where the time goes? (1967 ?).

La première interprétation de Who knows where the time goes? publiée officiellement par Sandy Denny elle-même est celle parue en juillet 1969 sur l’album Unhalfbricking, du groupe Fairport Convention qu’elle a rejoint épisodiquement, de 1968 à 1969, puis de 1974 à 1975.

Entre cet enregistrement et la maquette réalisée par Sandy Denny deux ans plus tôt il y en a eu un autre, capté au cours de l’été 1968 au Danemark, où la chanteuse se produisait avec un groupe nommé The Strawbs. Un album studio, resté inédit jusqu’en 1973, a alors été enregistré à Copenhague. Sandy Denny, seule avec sa guitare, y reprenait Who knows where the time goes?, dans un tempo plus rapide que dans la version avec Fairport Convention.

Sandy Denny (1947-1978)Who knows where the time goes?. Sandy Denny, paroles & musique.
Sandy Denny, chant, guitare.
Enregistrement : Copenhague (Danemark), août 1968.
Extrait de l’album All our own work / Sandy Denny & The Strawbs. Royaume-Uni, ℗ 1973.Voir la notice Discogs.

José Afonso • Verdes são os campos

6 janvier 2021

Si j’ai bonne mémoire, Verdes são os campos (« Vertes sont les prairies ») est la première chanson de José Afonso que j’aie entendue, du moins la première qui ait attiré mon attention : c’était il y a très longtemps. J’avais sans doute été frappé alors par la douceur de la voix — aujourd’hui je dirais aussi : sa fragilité — et par la mélodie, bien dans la manière des ballades de Coimbra.

Verdes são os campos est un vilancete, ou vilancico, de Luís de Camões, le grand poète portugais de la Renaissance (né en 1524 ou 1525, mort en 1580).

José Afonso (1929-1987)Verdes são os campos. Poème de Luís de Camões ; José Afonso, musique.
José Afonso, chant ; Carlos Correia (Bóris) & Filipe Colaço, guitare.
Enregistrement : Londres (Royaume-Uni), Pye Records studio, 1970.
Extrait de l’album Traz outro amigo também / José Afonso. Portugal, ℗ 1970.


Mote (anónimo) :
Verdes são os campos,
De cor de limão;
Assim são os olhos
Do meu coração.

« Mote » [Thème] (anonyme) :
Vertes sont les prairies,
Couleur de citron ;
Et verts sont aussi
Les yeux de mon cœur.

Voltas (Camões) :
Campo, que te estendes
Com verdura bela;
Ovelhas, que nela
Vosso pasto tendes,
De ervas vos mantendes
Que traz o Verão,
E eu das lembranças
Do meu coração.

« Voltas » [Glose] (Camões) :
Prairie, qui t’étends
Avec belle verdure ;
Brebis, qui de cette verdure
Faites votre pâture,
Vous vivez des herbes
Qu’apporte l’été,
Moi des souvenirs
Que j’ai de mon cœur.

Gados que pasceis
Com contentamento,
Vosso mantimento
Não no entendeis:
Isso que comeis
Não são ervas, não:
São graças dos olhos
Do meu coração.

Troupeaux qui paissez
Jusqu’à satiété
Vous ne savez pas
De quoi vous vivez :
Ce que vous mangez
N’est pas l’herbe, non,
Ce sont les beautés
Des yeux de mon cœur.
Luís de Camões (1524 ou 1525-1580). Verdes são os campos.
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Luís de Camões (1524 ou 1525-1580). Vertes sont les prairies, trad. par L. & L. de Verdes são os campos.

Voici quelques autres versions de Verdes são os campos, en commençant par un instrumental à la guitare seule, qui montre à quel point José (dit Zeca) Afonso était un remarquable mélodiste. Elle est extraite d’un album de Pedro Jóia (Zeca, 2020) entièrement consacré aux musiques de José Afonso.

Pedro JóiaVerdes são os campos. José Afonso, musique.
Pedro Jóia, guitare.
Extrait de l’album Zeca / Pedro Jóia. Portugal, ℗ 2020.

Celle-ci est attendrissante. Elle est due à l’inénarrable Salvador Sobral en duo avec le guitariste madérien André Santos, dans le cadre de leur projet de recréation d’un répertoire de chansons qui leur tiennent à cœur à l’un et à l’autre, nommé Quinta das canções (« Ferme aux chansons »).

Salvador Sobral & André SantosVerdes são os campos. Poème de Luís de Camões ; José Afonso, musique.
Salvador Sobral, chant ; André Santos, guitare.
Vidéo : Salvador Sobral & André Santos, 2019.

Enfin celle de Cristina Branco, alors en tout début de carrière, captée lors d’un concert organisé à Amsterdam par le Círculo de cultura portuguesa na Holanda. L’enregistrement, publié à l’époque par cette association, a constitué le premier album de la chanteuse.

Cristina BrancoVerdes são os campos. Poème de Luís de Camões ; José Afonso, musique.
Cristina Branco, chant ; Custódio Castelo, guitare portugaise ; Alexandre Silva, guitare.
Enregistrement public : Amsterdam (Pays-Bas), Zal 100, 25-27 avril 1997.
Extrait de l’album In Holland / Cristina Branco. Pays-Bas : Círculo de cultura portuguesa na Holanda, ℗ 1997.

Wien

5 janvier 2021

Affiches à Vienne (Autriche), 24 avril 2014
Affiches à Vienne (Autriche), 24 avril 2014

Aller à Vienne, plus possible. De Shanghai à Bangkok sur une coque de noix, encore moins. À Nantes oui, peut-être — et encore. Il y faut une raison impérieuse.

Quelque chose s’est abattu sur nous. C’est tout.

Barbara (1930-1997)Vienne. Barbara, paroles ; Barbara & Roland Romanelli, musique.
Barbara, chant, piano.
Extrait de l’émission de télévision Le grand échiquier. Jacques Chancel, producteur ; André Flédérick, réalisateur. Première diffusion : mercredi 9 mai 1973. Production : France, ORTF (Office de radiodiffusion-télévision française), 1973.

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Vienne (Autriche), station de métro Karlsplatz, 24 avril 2014

Maria Ana Bobone • Meu nome é nome de mar

4 janvier 2021

Elle ressemble à Françoise Hardy, non ? Avec une voix plus aiguë et crispée, un peu acide et monochrome. Maria Ana Bobone a une formation classique, voix et piano (dont elle s’accompagne parfois), et s’adonne au fado depuis les années 1990. Meu nome é nome de mar (« Mon nom est un nom de mer »), sur un poème de Manuel Alegre, a fourni le titre de son troisième album solo, paru en 2006.

Maria Ana BoboneMeu nome é nome de mar. Poème de Manuel Alegre ; João Braga, musique.
Maria Ana Bobone, chant ; Ricardo Rocha, guitare portugaise ; Carlos Manuel Proença, guitare ; Marino de Freitas, basse acoustique ; Ricardo Rocha, direction musicale et arrangements. Captation : église de Graça, Lisbonne.
Vidéo : Toni Ferrino, réalisation ; Cláudio Oliveira, assistant de production ; Cláudio Ribeiro, photographie. Production : Portugal, Persona Non Grata, 2006.


Meu nome é nome de mar
Onde o longe é mais visível
Nome de sonho embarcado
Para um amor impossível.
Meu nome é nome de mar.

Mon nom est un nom de mer,
D’où le lointain est plus visible,
Nom d’un rêve embarqué
Pour un amour impossible.
Mon nom est un nom de mer.

Meu nome é nome de vento
Escrito na areia e na espuma
E na flor do pensamento
Que é luz por dentro da bruma.
Meu nome é nome de vento.

Mon nom est un nom de vent
Écrit sur le sable, sur l’écume
Et sur la fleur de la pensée,
Lumière au-dedans de la brume.
Mon nom est un nom de vent.

Meu nome é nome de fado
Nome de casa e de rua
Nome de encontro marcado
Na outra face da lua.
Meu nome é nome de fado.

Mon nom est un nom de fado
Nom de maison, nom de rue,
Nom d’un rendez-vous fixé
Sur la face cachée de la Lune.
Mon nom est un nom de fado.
Manuel Alegre. Meu nome é nome de mar.
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Manuel Alegre. Mon nom est un nom de mer, trad. par L. & L. de Meu nome é nome de mar.

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