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À l’est de la ville

22 mai 2017

Insensiblement nous sortons de la ville. Ou c’est elle qui nous quitte.

Elle se distend, laisse place à d’autres paysages.

Paris (France), bois de Vincennes, 18 mai 2017

Une plaine immense. Nous marchons.

L’un de nous dit : nous nous sommes écartés de l’itinéraire.

Mais non. C’est la direction. À ce croisement nous trouverons une indication.

Rien.

Un homme. Il faut lui demander. Monsieur s’il vous plaît.

Paris (France), cartoucherie, bois de Vincennes, 18 mai 2017

Il ne répond pas, ne semble pas comprendre.

Il pleure. On ne sait de quel malheur.

L’un de nous dit : il ne comprend pas. Monsieur, vous êtes turc ?

Cette question, pour qu’elle soit entendue de l’homme, il faudrait la poser en turc. Aucun de nous ne connaît cette langue.

L’homme pleure. Il pleure sur la douleur de la Turquie.

Ces musiques au loin… Anatoliennes, oui… Vous croyez ?

Nous marchons.

Nous longeons la paroi d’une falaise blanche ornée de loin en loin de peintures rupestres. L’une d’elle nous intrigue. On y reconnaît un éléphant, il n’y a pas à s’y méprendre.

Paris (France), cartoucherie, bois de Vincennes, 18 mai 2017

Les Indes ? Une telle distance parcourue déjà ?

Nous atteignons un fleuve.

Paris (France), bois de Vincennes, 18 mai 2017

C’est l’un des plus grands du monde. Nous décidons d’en longer la rive, vers ce que nous croyons être son aval.

La végétation se fait d’une densité impitoyable. Il devient difficile de se tenir au plus près du cours du fleuve. Parfois nous nous en éloignons.

Nous le retrouvons grâce au tumulte de ses eaux.

Un pont.

Paris (France), jardin d'agronomie tropicale de Paris, bois de Vincennes, 18 mai 2017

La végétation s’est fermée sur nous. Nous sommes incarcérés, prisonniers de la plus inexpugnable des forteresses.

Nous nous sentons observés.

Paris (France), jardin d'agronomie tropicale de Paris, bois de Vincennes, 18 mai 2017

Menacés.

Paris (France), jardin d'agronomie tropicale de Paris, bois de Vincennes, 18 mai 2017

Nous débouchons soudain dans une clairière que rien n’annonçait.

Un silence terrible s’est établi.

Ces traces sur le sol : les tigres.

Paris (France), jardin d'agronomie tropicale de Paris, bois de Vincennes, 18 mai 2017

Vers le soir nous atteignons la frontière de la Chine.

Paris (France), jardin d'agronomie tropicale de Paris, bois de Vincennes, 18 mai 2017

Kardeş Türküler | Tencere tava havası.
Kardeş Türküler, ensemble instrumental et vocal. Turquie, 2013.

Paris (France), jardin d'agronomie tropicale de Paris, bois de Vincennes, 18 mai 2017

Désormais dans la lune

20 mai 2017

Ainsi paraît la gloire du monde.

Paris (France), bois de Vincennes, 18 mai 2017

Ainsi passe-elle.

Paris (France), bois de Vincennes, 18 mai 2017

Dissoute. Car toute splendeur est vouée à sa perte.

Lula Pena | Extraits de : Pero a mí nunca jamás, paroles d’Atahualpa Yupanqui, musique de Pablo del Cerro ; Canción de la madre del Amargo, poème de Federico García Lorca, musique de Lula Pena ; Estranha forma de vida, paroles d’Amália Rodrigues, musique d’Alfredo Marceneiro (Fado bailado).
Lula Pena, chant et guitare. Captation : Lanzarote (îles Canaries, Espagne), Cueva de los Verdes, 11 novembre 2011.
Vidéo : Cláudia Varejão, 2011.

De loma en loma has de ir
y mi huella buscarás
El rastro de las vicuñas
Eso solo encontrarás
Pero a mí nunca jamás
Atahualpa Yupanqui (1908-1992). Pero a mí nunca jamás (extrait).

Tu iras de colline en colline
Et tu chercheras ma trace
Mais tu ne trouveras
Que celles des vigognes
Moi, tu ne me trouveras jamais plus.

Lo llevan puesto en mi sábana
mis adelfas y mi palma.

Día veintisiete de agosto
con un cuchillito de oro.

La cruz. ¡Y vamos andando!
Era moreno y amargo.

Vecinas, dadme una jarra
de azófar con limonada.

La cruz. No llorad ninguna.
El Amargo está en la luna.
Federico García Lorca (1898-1936). Canción de la madre del Amargo. Dans : Poema del cante jondo (1921).

On l’emporte enveloppé dans mon drap
posé sur mes lauriers-roses et ma palme.

Le vingt-sept août
avec un petit couteau d’or.

La croix. Et en route !
Il était brun et amer.

Voisines, donnez-moi de la citronnade
dans un pichet de cuivre.

La croix. Pas de larmes.
L’Amer est désormais dans la lune.

Foi por vontade de Deus
Que eu vivo nesta ansiedade
Que todos os ais são meus,
Que é toda a minha saudade
Foi por vontade de Deus.
C’est Dieu qui a voulu
Que je vive dans cette inquiétude
Que toutes les plaintes soient miennes
Que toute la saudade soit mienne
C’est Dieu qui l’a voulu.
Que estranha forma de vida
Tem este meu coração
Vive de vida perdida
Quem lhe daria o condão?
Que estranha forma de vida.
Étrange façon de vivre
Que celle de mon cœur
Vivre une vie d’égarement
Être sans emprise sur soi-même
Étrange façon de vivre.
Coração independente
Coração que não comando
Vives perdido entre a gente
Teimosamente sangrando
Coração independente.
Cœur indépendant
Cœur désobéissant
Tu vis perdu dans le monde
Tu saignes, obstinément
Cœur indépendant.
Eu não te acompanho mais
Para, deixa de bater
Se não sabes onde vais,
Porque teimas em correr?
Eu não te acompanho mais.
Je ne t’accompagne plus
Arrête-toi, cesse de battre
Si tu ne sais pas où tu vas
Pourquoi t’obstiner à courir ?
Moi, je ne t’accompagne plus.
Amália Rodrigues (1920-1999). Estranha forma de vida. Amália Rodrigues (1920-1999). Étrange façon de vivre, traduit de Estranha forma de vida par L. & L.

Paris (France), cartoucherie, bois de Vincennes, 18 mai 2017

Eurovisão

13 mai 2017

Il n’y a pas de sondages avant l’Eurovision. Il y a les classements établis par les bookmakers tout au long des semaines, des mois même, qui précèdent l’événement. Ces listes se constituent dès l’annonce des premières sélections, vers janvier, et ne fluctuent guère jusqu’au début des répétitions sur le lieu, sur la scène même, du concours. Dès ce moment tout peut changer, des favoris dériver, des outsiders s’insinuer dans les premières places. Quoi qu’il en soit l’état des cotes tel qu’il s’était fixé juste avant les deux demi-finales (qui se sont déroulées cette semaine à Kiev) en a préfiguré les résultats d’une manière assez convenable.

La finale a lieu ce soir. L’Italie a constamment tenu le premier rang des pronostics dès l’annonce, par le vainqueur du Festival de Sanremo 2017, le Toscan Francesco Gabbani, qu’il acceptait de représenter son pays à l’Eurovision avec son étonnant Occidentali’s karma (voir ci-dessous). Avec lui dans le groupe de tête — mais derrière lui : la Suède et la Bulgarie avec des chansons et des mises en scène typiquement « Eurovision », c’est à dire sans intérêt, sans utilité en dehors de ce contexte.

Or voici que le Portugal, représenté par l’inattendu Salvador Sobral et sa chanson Amar pelos dois, qui montait doucement dans l’estime des parieurs depuis une dizaine de jours, s’est hissé hier à la première place des pronostics (quoique de justesse).

Salvador Sobral, grand garçon qui s’exprime autant par sa gestuelle que par un chant absolument dépourvu d’artifice, a manqué la première semaine de répétitions à Kiev pour raisons de santé. Sa sœur Luísa (l’autrice et compositrice de la chanson) a été son homme de paille au cours des séances de réglage des éclairages, des cadrages etc. Elle chantait à sa place. Aucune scénographie à ajuster : il chante sur une petite scène annexe, devant un micro fixe, comme au Festival da canção. Le voici lors de sa demi-finale de mardi :

Salvador Sobral | Amar pelos dois. Luísa Sobral, paroles et musique.
Salvador Sobral, chant ; accompagnement d’orchestre.
Vidéo : Concours Eurovision de la chanson 2017, 1re demi-finale, 9 mai 2017 (extrait). Production : European Broadcasting Union, 2017.

Arrivé à Kiev il y a moins d’une semaine, il a découvert avec un certain effarement les coulisses frénétiques de ce qui est devenu, paraît-il, le spectacle télévisuel non sportif le plus suivi au monde. Fan zone en ville comme pour une coupe du monde de foot, inauguration fastueuse à laquelle les délégations se rendent en cortège au long d’un interminable tapis rouge bordé de photographes pour lesquels il faut poser, de micros dans lesquels il faut répondre chaque fois aux mêmes questions. Il faut vraiment endurer ça ?

Le lieu du spectacle lui-même : une halle immense où une scène démesurée, bourrée d’électronique, a été construite, et avec ça une salle de presse, des loges pour les artistes des 42 pays participants, des policiers partout. Des concurrents plus ou moins doués, plus ou moins sympathiques, prenant parfois la compétition très au sérieux. Des mises en scène extravagantes, incroyables, tout ça pour trois minutes exactement sur scène pour chacun, pas une seconde de plus, et des chansons qui, pour la plupart, ne valent même pas la peine qu’on les écoute.

Il a dit qu’il ne s’attendait pas à un tel cirque.

La chanson de Gabbani lui plaît, il l’a dit aussi.

C’est surtout le texte d’Occidentali’s karma qui est remarquable, son ton sarcastique et ses références à Shakespeare par ci, à l’essai Le singe nu de Desmond Morris par là, à Marx (Karl), Héraclite (la formule « panta rhei ») et autres. Mais c’est probablement sa musique pop et ses arrangements bien fichus qui ont valu au clip officiel de dépasser les 100 millions de visualisations sur YouTube.

Qui va gagner ? Peut-être aucun des deux finalement. Ça leur sera probablement égal, à l’un comme à l’autre.

Francesco Gabbani | Occidentali’s karma. Francesco Gabbani, Fabio Ilacqua et Luca Chiaravalli, paroles ; Francesco Gabbani, Filippo Gabbani et Luca Chiaravalli, musique.
Francesco Gabbani, chant ; accompagnement d’orchestre.
Vidéo : Festival di Sanremo 2017, 11 février 2017 (extrait). Production : Italie, RAI 1, 2017.

Essere o dover essere
Il dubbio amletico contemporaneo
Come l’uomo del neolitico
Nella tua gabbia 2×3 mettiti comodo
Intellettuali nei caffè, internettologi
Soci onorari del gruppo dei selfisti anonimi.

 

Être ou devoir être :
Le doute hamlétique contemporain.
Comme l’homme du néolithique,
Mets-toi à l’aise dans ta niche de 2 m sur 3.
Intellectuels de comptoir, internettologues,
membres d’honneur de l’association des selfistes anonymes.
L’intelligenza è démodé
Risposte facili, dilemmi inutili
Cercasi
Storie dal gran finale
Sperasi
Comunque vada, panta rei
And singing in the rain.

 

L’intelligence est démodée.
Réponses faciles, dilemmes inutiles…
Cherche
histoires grandioses
(si possible).
De toute façon : panta rhei
and Singing in the rain.
Lezioni di Nirvana
C’è il Buddha in fila indiana
Per tutti un’ora d’aria, di gloria
La folla grida un mantra
L’evoluzione inciampa
La scimmia nuda balla
Occidentali’s karma
La scimmia nuda balla
Occidentali’s karma!

 

Cours de Nirvana,
voici Bouddha en file indienne :
pour tous une heure d’oxygène, de gloire.
La foule crie un mantra,
l’évolution trébuche
et le singe nu danse.
Occidentaux’s karma
Le singe nu danse
Occidentaux’s karma !
Piovono gocce di Chanel
Su corpi asettici
Mettiti in salvo
Dall’odore dei tuoi simili
Tutti tuttologi col web
Coca dei popoli
Oppio dei poveri
Cercasi
Umanità virtuale
Sex appeal
Comunque vada, panta rei
And singing in the rain

 

Il pleut des gouttes de Chanel
sur des corps ascétiques
Protège-toi bien
de l’odeur de tes semblables !
Tous toutologues grâce au Web,
cocaïne du peuple,
opium du pauvre.
Cherche
humanité virtuelle,
sex appeal.
De toute façon : panta rhei
and Singing in the rain.
Quando la vita si distrae
cadono gli uomini…
Occidentali’s karma
La scimmia si rialza
Namastè! Alè!
Quand la vie est distraite
les hommes trébuchent…
Occidentaux’s karma
Mais le singe se relève
Namaste ! Allez !
Francesco Gabbani, Fabio Ilacqua et Luca Chiaravalli.
Occidentali’s karma
.
Francesco Gabbani, Fabio Ilacqua et Luca Chiaravalli.
Occidentali’s karma
. Traduction L. & L.

Träume

9 mai 2017

Ainsi paraît la gloire du monde.

Toulouse (Occitanie, France), place Sainte-Scarbes, 6 mai 2017

Ainsi passe-elle.

Toulouse (Occitanie, France), place Sainte-Scarbes, 6 mai 2017

Dissoute dans l’éternité, comme la vapeur des rêves.

Françoise Hardy | Träume. Fred Weyrich, paroles ; Martin Böttcher, musique.
Françoise Hardy, chant ; accompagnement d’orchestre ; Saint-Preux, direction.
Vidéo extraite de l’émission Sacha show, France, 1969.

Träume, die bei Nacht entstehen
und am Tag vergehen
sind meistens gar nicht wahr
weil sie unter den Millionen
unsrer Illusionen
geboren sind

 

Ces rêves qui naissent la nuit
Pour se dissoudre le jour
Ne sont presque jamais vrais
Car ils surgissent
Parmi les millions
De toutes nos illusions.
Träume sind wie ferne Wolken
denen andre folgen
solang es Leben gibt
sag mir, sag wohin sie treiben
wo sie einmal bleiben
weiss nur der Wind

 

Les rêves sont comme de lointains nuages
Que d’autres poursuivent
Leur vie durant.
Mais dis-moi, dis-moi où ils mènent…
Le but de leur voyage,
Seul le vent le connaît.
Wie ein Wunder ist die Welt
jeder Baum und jedes Feld
wie ein Wunder ist die Welt

 

Le monde est un miracle,
Chaque arbre, chaque pré
Le monde est un miracle.
Träume, die uns nichts bedeuten
sollte man beizeiten
mit andern Augen sehn
weil sie oftmals unser Denken
auf die Wege lenken
die wir dann gehn
Ces rêves, qui ne veulent rien dire,
Il faut savoir à temps
Les voir avec d’autres yeux
Car souvent ils imposent
Leur cours à nos pensées
Et nous les laissons faire.
Fred Weyrich (1921-1999).Träume.
Fred Weyrich (1921-1999).
Rêves
, traduit de Träume par L. & L.

L’épée d’Yseut et de Tristan fut un parapluie.

Louis Scutenaire (1905-1987). Dans : Mes inscriptions 1945-1963. Allia, 2017, ISBN 979-10-304-0521-7, p. 292


Toulouse (Occitanie, France), place Sainte-Scarbes, 6 mai 2017

Pedro Barateiro | The current situation

7 mai 2017

La vidéo The current situation est ce qui subsiste, au Museu Coleção Berardo de Lisbonne, d’une installation de Pedro Barateiro intitulée Palmeiras bravas réalisée dans ce même lieu en 2015. On peut voir un extrait de cette vidéo, celui correspondant au texte transcrit ci-dessous, dit en voix off par Lula Pena, sur le site du magazine O Publico.

Lisbonne, Museu Coleção Berardo, 23 mars 2017. The current situation, vidéo de Pedro Barateiro (2015).
Lisbonne, Museu Coleção Berardo, 23 mars 2017. The current situation, vidéo de Pedro Barateiro (2015).

A situação atual tem a ver com uma incapacidade de reagir.
La situation actuelle a à voir avec l’incapacité de réagir.
As mãos movem-se numa direção enquanto, do outro lado, o resto do corpo.
Les mains bougent dans une direction et le reste du corps dans une autre.
Um objeto para escrever, enquanto as mãos estão cansadas de todos os pedidos.
Un objet à écrire, alors que les mains sont fatiguées de toutes les demandes.
Um gesto simbólico transformado em economia. É economia. Tudo é.
Un geste symbolique transformé en économie. Il est économie. Tout l’est.
Um padrão. Reconhecimento. Um diálogo ou uma conversa sem fim, consigo próprio.
Un schéma. Reconnaissance. Un dialogue ou une conversation sans fin, avec soi-même.
Paisagem ampliada.
Paysage élargi.
Paisagem e mãos.
Paysage et mains.
Cercas invisíveis.
Barrières invisibles.
Centros de distribuição e satisfação.
Centres de distribution et de satisfaction.
Números fantasma que vivem tão perto de nós que respiram o nosso ar.
Chiffres fantômes qui vivent si près de nous qu’ils respirent notre air.
E nós somos de pedra.
Et nous sommes de pierre.
E todas as notícias que perpetuam a atualidade não são mais do que a necessidade de compreensão. Mas compreender o quê? A justiça das imagens que controlam o mundo?
Et toutes les nouvelles qui perpétuent l’actualité (le présent) ne sont rien d’autre que la nécessité de comprendre. Mais comprendre quoi ? La justice des images qui contrôlent le monde ?
Um sorriso. Todas as expressões faciais comprimidas numa só imagem vazia.
Un sourire. Toutes les expressions faciales comprimées en une seule image vide.
O efeito afirmativo de um sistema que pretende apenas a criação de um sistema sem lógica.
L’effet d’affirmation d’un système qui ne recherche que la création d’un système sans logique.
Copiar a natureza.
Copier la nature.
A perda total de referências.
La perte totale de références.
O sistema nervoso central.
Le système nerveux central.
Qualquer ato é justificado por uma imagem.
Tout acte est justifié par une image.
A situação atual.
La situation actuelle.
Pedro Barateiro. Extrait de : The current situation, texte lu (par Lula Pena) dans la vidéo éponyme (2015). Traduction française L. & L.

Lisbonne, Museu Coleção Berardo, 23 mars 2017
Lisbonne, Museu Coleção Berardo, 23 mars 2017.

………

Références :

Στο Σείριο υπάρχουνε παιδιά | Georges Dalaras, Mános Hadjidákis

6 mai 2017

Cometa

En Sirio,
hay niños.
Federico García Lorca (1898-1936). Dans : Noche, suite para piano y voz emocionada (1921).

Comète

Sur Sirius,
Il y a des enfants.

Γιώργος Νταλάρας [Giṓrgos Ntaláras (Georges Dalaras)]. Στο Σείριο υπάρχουνε παιδιά [Sto Seírio ypárchoune paidiá] . Νίκος Γκάτσος [Níkos Gkátsos (Níkos Gátsos)], paroles ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Hatzidákis (Mános Hadjidákis)], musique.
Γιώργος Νταλάρας [Giṓrgos Ntaláras (Georges Dalaras)], chant ; Νίκος Κυπουργός [Níkos Kypourgós], dir. Extrait du spectacle Στον Σείριο υπάρχουνε παιδιά [Ston Seírio ypárchoune paidiá], enregistrements publics réalisés au Μουσικό Κέντρο Αθηνών (Centre de musique d’Athènes) du 27 octobre 1987 au 3 février 1988.
Extrait de l’album Στον Σείριο υπάρχουνε παιδιά [Ston Seírio ypárchoune paidiá]. Grèce, 1988.

Στο Σείριο υπάρχουνε παιδιά
ποτέ δε βάλαν έγνοια στην καρδιά
δεν είδανε πολέμους και θανάτους
και πάνω απ’ τη γαλάζια τους ποδιά
φοράν τις Κυριακές τα γιορτινά τους.

 

Sur Sirius il y a des enfants
Jamais encore leur cœur n’a connu l’inquiétude
Ils n’ont vu ni guerre ni morts
Et par-dessus leurs sarraus bleus
Ils portent le dimanche l’habit de fête.
Τις νύχτες που κοιτάν τον ουρανό
ένα άστρο σαν φτερό θαλασσινό
παράξενα παιδεύει το μυαλό τους
τους φαίνεται καράβι μακρινό
και πάνε και ρωτάν το δάσκαλό τους.

 

Quand ils regardent le ciel de la nuit
Une étoile semblable à une plume de mer
Leur obsède étrangement l’esprit
Elle leur apparaît comme un lointain navire
Et ils s’en vont interroger leur maître.
Αυτή τους λέει παιδιά μου είναι η γη
του σύμπαντος αρρώστια και πληγή
εκεί τραγούδια λένε γράφουν στίχους
κι ακούραστοι του ονείρου κυνηγοί
κεντάνε με συνθήματα τους τοίχους.

 

Enfants, répond le maître, ce navire est la Terre,
Maladie et plaie de l’univers.
On y chante des chants, on y écrit des vers
Et d’inlassables chasseurs de rêves
Y dessinent des slogans sur les murs.
Στο Σείριο δακρύσαν τα παιδιά
και βάλαν από κείνη τη βραδιά
μιαν έγνοια στη μικρούλα τους καρδιά.
Les enfants de Sirius pleurèrent
Et après cette nuit ils sentirent un peu
D’inquiétude dans leur petit cœur.
Νίκος Γκάτσος [Níkos Gátsos] (1911-1992).
Στο Σείριο υπάρχουνε παιδιά.
Νίκος Γκάτσος [Níkos Gátsos] (1911-1992).
Sur Sirius il y a des enfants
, traduit de Στο Σείριο υπάρχουνε παιδιάpar L. & L., en s’appuyant sur la traduction italienne de Gian Piero Testa

Caetano Veloso | Itapuã

28 avril 2017

Saudades. Nostalgie d’un temps révolu — celui d’un bonheur fulgurant — et du lieu où ce bonheur éclatait ; ce temps était celui de la jeunesse, révolue elle aussi. Souvent, voilà ce que chantent les fados.

Parfois aussi des chansons brésiliennes, par exemple Saudades de Itapoã, de Dorival Caymmi. Caetano Veloso l’a chantée cette chanson-là, car Itapuã, ce quartier de Salvador de Bahia, est lié à sa propre jeunesse autant qu’à celle de son aîné.

Plus tard, comme un hommage délicat à son prédécesseur et à cette chanson qu’il a chantée, il en a lui-même écrit une sorte de paraphrase personnelle, faite des saudades de sa propre jeunesse et d’un bonheur inoubliable vécus là, dans ce même lieu : Itapuã.

Cette chanson nouvelle s’appelle Itapuã tout court.

D’Itapuã elle évoque non la plage bordée de cocotiers, chère à Caymmi, mais la boue, les algues, les maisons laides, la pleine lune se reflétant dans l’étang d’Abaeté. Il y a un amour aussi à Itapuã, celui de sa compagne d’alors Andréa Gadelha, « Dedé » (« Ela foi a minha guia quando eu era alegre e jovem » : elle a été mon guide quand j’étais insouciant et jeune). Il y a un tout petit enfant, leur fils Moreno (« nosso fruto do futuro » : notre fruit du futur).

Caetano Veloso | Itapuã. Caetano Veloso, paroles et musique.
Caetano Veloso, chant, guitare ; Torquato Mariano, guitare ; Arthur Maia, basse ; Marie Springuel, alto ; Alceu Reis, Jorge Ranewsky, violoncelle ; Jaques Morelenbaum, violoncelle et arrangements des cordes ; Marcos Amma, congas ; Carlos Bala, batterie ; Moreno Veloso, voix.
Captation : Rio de Janeiro (Brésil), Metropolitan, 1995, dans le cadre des « Heineken concerts ».

La vidéo est extraite d’une captation d’un concert de 1995. Parmi les musiciens qui entouraient Caetano Veloso à cette occasion se trouvaient Ryuichi Sakamoto et Jaques Morelenbaum. C’est d’eux qu’il parle avant de chanter. Il avait 53 ans à cette époque de sa vie mais on lui voyait encore ce merveilleux profil égyptien qui lui a fait un si long usage, son sourire lumineux (vers 3:00 : « Nada estanca em Itapuã / Ainda sou feliz » : D’Itapuã rien ne s’épuise / Encore aujourd’hui je suis heureux).

Nosso amor resplandecia sobre as águas que se movem
Ela foi a minha guia quando eu era alegre e jovem
Nosso ritmo, nosso brilho, nosso fruto do futuro
Tudo estava de manhã
Nosso sexo, nosso estilo, nosso reflexo do mundo
Tudo esteve em Itapuã

 

Notre amour resplendissait sur les eaux mouvantes
Elle était mon guide et j’étais insouciant, j’étais jeune
Notre rythme, notre splendeur, notre fruit du futur,
Tout était comme un matin
Notre sexe, notre style, ce que nous reflétions du monde,
Ce tout, c’était Itapuã
Itapuã
Tuas luas cheias, tuas casas feias
Viram tudo, tudo
O inteiro de nós
Itapuã
Tuas lamas, algas
Almas que amalgamas
Guardam todo, todo
O cheiro de nós
Abaeté
Essa areia branca ninguém nos arranca
E` o que em deus nos fiz
Nada estanca em Itapuã
Ainda sou feliz

 

Itapuã
Les pleines lunes sur tes maisons laides
Ont tout vu de nous
Tout su de nous
Itapuã
La boue, les algues
Les âmes que tu amalgames
Gardent tout
De l’odeur de nous
Abaeté
Ce sable blanc personne ne nous l’enlèvera
C’est lui qui nous a faits en Dieu
D’Itapuã rien ne s’épuise
Je suis encore heureux
Itapuã
Quando tu me faltas, tuas palmas altas
Mandam um vento a mim
Assim: Caymmi
Itapuã
Quand tu me manques, tes palmes brandies
M’envoient dans un souffle de vent
Ce nom : Caymmi
Itapuã
O teu sol me queima e o meu verso teima
Em cantar teu nome
Teu nome sem fim

Ton soleil me brûle et mon poème s’entête
À chanter ton nom
Sans fin ton nom
Abaeté
Tudo meu e dela
A lagoa bela
Sabe, cala e diz
Eu cantar-te nos constela em ti
Eu sou feliz
Abaeté
Tout à moi, tout à elle
L’étang si beau
Le sait, le tait, le dit
Mon chant nous fait scintiller en toi
Je suis heureux
Ela foi a minha guia quando eu era alegre e jovem
Elle était mon guide et j’étais insouciant, j’étais jeune
Caetano Veloso.
Itapuã
(1991).
Caetano Veloso.
Itapuã
(1991). Traduction L. & L.

Un enregistrement studio d’Itapuã — avec la participation de Moreno Veloso, discrète mais voulue par son père — avait été publiée quatre ans auparavant dans l’album Circuladô (1991).

Caetano Veloso | Itapuã. Caetano Veloso, paroles et musique.
Caetano Veloso, chant, guitare ; Torquato Mariano, guitare ; Arthur Maia, basse ; Marie Springuel, alto ; Alceu Reis, Jorge Ranewsky, violoncelle ; Jaques Morelenbaum, violoncelle et arrangements des cordes ; Marcos Amma, congas ; Carlos Bala, batterie ; Moreno Veloso, voix.
Extrait de l’album : Circuladô / Caetano Veloso (Brésil, 1991).

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