Aller au contenu principal

Έλλη Πασπαλά [Éllī Paspalá] • Memed αγάπη μου [Memed agápī mou]

19 janvier 2020

Cette chanson, Memed αγάπη μου [Memed agápī mou] (« Memed mon amour ») est extraite de la bande originale du film brito-yougoslave Memed, my hawk (« Memed, mon faucon », 1984) réalisé par Peter Ustinov, adaptation du fameux roman Memed le mince de Yaşar Kemal.

Pour l’essentiel, la musique du film est l’œuvre de Mános Hadjidákis, qui a eu recours pour les paroles de l’unique chanson de la b.o. à son ami Níkos Gátsos (1911 ou 1914-1992), et pour le chant à la belle voix d’Élli Paspalá.

Έλλη Πασπαλά [Éllī Paspalá] • Memed αγάπη μου [Memed agápī mou]. Νίκος Γκάτσος [Níkos Gkátsos] (Níkos Gátsos), paroles ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Chatzidákis] (Mános Hadjidákis), musique.
Έλλη Πασπαλά [Éllī Paspalá], chant ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Chatzidákis] (Mános Hadjidákis), arrangements et direction.
Extrait de la bande originale du film Memed γεράκι μου [Memed geráki mou] = Memed, my hawk (Royaume-Uni, Yougoslavie, 1984), Peter Ustinov, réalisation. Grèce, ℗ 1984.


Κάποιος περνά
μες στα βουνά
κάθε φορά
στο κάλεσμα πιστός.

Quelqu’un passe
à travers la montagne
chaque fois
fidèle à l’appel.

Αχ
ποιος είν’ αυτός,
είν’ ο μεγάλος
πράσινος αϊτός.

Ah
Qui est-ce ?
C’est le grand
aigle vert.

Κάθε φορά
απλώνει τη χαρά
στα κορφοβούνια τα χλωρά.

Chaque fois
Il répand la joie
sur les crêtes vertes.

Κάθε φορά
μ’ ολάνοιχτα φτερά
φέρνει του ήλιου τα κλαδιά
για τα παιδιά.

Chaque fois,
Les ailes grandes ouvertes
Il apporte les rayons du soleil
Aux enfants.

Κάποιος περνά
μες στα βουνά
κάθε φορά
στο κάλεσμα πιστός.

Quelqu’un passe
à travers la montagne
chaque fois
fidèle à l’appel.

Αχ
ποιος είν’ αυτός,
είν’ ο μεγάλος
άρχοντας αϊτός.

Ah
Qui est-ce ?
C’est le seigneur,
le grand aigle.

Κάποιος περνά
μες στα βουνά
κάθε φορά
στον πόνο του κλειστός.

Quelqu’un passe
à travers la montagne
chaque fois
reclus dans sa douleur.

Αχ
ποιος είν’ αυτός
είν’ ο θλιμμένος
έφηβος Χριστός.

Ah
Qui est-ce ?
C’est le Christ adolescent
accablé de tristesse.

Κάθε φορά
αγιάζει τα νερά
στα περιγιάλια τ’ αρμυρά.

Chaque fois
il bénit les eaux
salées des rivages.

Κάθε φορά
στου κόσμου την πυρά
ρίχνει του ονείρου τα κλειδιά
για τα παιδιά.

Chaque fois
Sur le brasier du monde
il jette les clés du rêve
pour les enfants.

Κάποιος περνά
μες στα βουνά
κάθε φορά
στον πόνο του κλειστός.

Quelqu’un passe
à travers la montagne
chaque fois
reclus dans sa douleur.

Αχ
ποιος είν’ αυτός
είν’ ο θλιμμένος
άρχοντας Χριστός.

Ah
Qui est-ce ?
C’est le Christ adolescent
accablé de tristesse.
Νίκος Γκάτσος [Níkos Gkátsos] (Níkos Gátsos) (1911 ou 1914-1992). Memed αγάπη μου [Memed agápī mou] (1984).
.
Νίκος Γκάτσος [Níkos Gkátsos] (Níkos Gátsos) (1911 ou 1914-1992). Memed mon amour, traduit de : Memed αγάπη μου [Memed agápī mou] (1984) par L. & L., à partir d’une traduction espagnole (source : stixoi.info)

Trio Kymata • Θλιμμένη Κυριακή [Thlimménī Kyriakí]

18 janvier 2020

Continuation de cette petite saison grecque de janvier.

Le trio Kymata, formé en France en 2016, est composé de Maria Simoglou, originaire de Salonique (chant, percussions), Iacob Maciuca (violon) et Kevin Seddiki (guitare, percussions et direction artistique). Son répertoire est fait de traditionnels grecs ou roumains ou de compositions originales. Dans le cas de Θλιμμένη Κυριακή [Thlimménī Kyriakí], il s’agit d’une adaptation grecque d’une célèbre chanson hongroise du début des années 30, réputée pour ses vertus désespérantes : Szomorú Vasárnap, popularisée en France par Damia sous le titre Sombre dimanche (1936).

Kymata TrioΘλιμμένη Κυριακή [Thlimménī Kyriakí]. Maria Simoglou, paroles ; Rezső Seress, musique. Adaptation grecque de Szomorú Vasárnap (1933), paroles originales hongroises de László Jávor.
Trio Kymata, ensemble instrumental et vocal (Maria Simoglou, chant ; Iacob Maciuca, violon ; Kevin Seddiki, guitare) ; Trio Kymata, adaptation & arrangement ; Kevin Seddiki, direction artistique) ; Anne Laurin, prise de son ; Csaba Tóth Bagi, mixage.
Vidéo : Isabelle Montoya, réalisation, montage ; Antonio Carola, cadrage.
Bande-son extraite de l’album Kymata. France, ℗ 2017, © 2018.


Ήταν σαν σήμερα μια Κυριακή
μ’ εκατοντάδες λευκά λουλούδια
που σε περίμένα με προσμονή
τα όνειρα γίναν του πένθους τραγούδια.
Τώρα τα δάκρυα πέφτουν γλυκά
θλίψη τα λόγια μου τα λατρευτά
Θλιμμένη Κυριακή.

C’était un dimanche comme aujourd’hui
avec des centaines de fleurs blanches
je t’attendais avec impatience
les rêves sont devenus des chants de deuil.
Maintenant les larmes coulent doucement
mes mots si chers sont devenus tristesse.
Sombre dimanche.

Θα ‘ναι σαν σήμερα μια Κυριακή
που οι προσευχές μου θα ηχούνε στ’αυτιά σου
μα η ψυχή μου δε θα ‘ναι εκεί
για ν’ αντικρύσει ξανά τη δικιά σου.
Με τη στερνή μου αναπνοή
σε χαιρετάω, αγάπη γλυκιά μου.
Θλιμμένη Κυριακή.

Ce sera un dimanche comme aujourd’hui
quand mes prières sonneront dans tes oreilles
mais mon âme ne sera pas là
pour revoir la tienne en face.
Avec mon dernier souffle
je te dis au revoir, mon cher amour.
Sombre dimanche.
Maria Simoglou. Θλιμμένη Κυριακή [Thlimménī Kyriakí].
.
Maria Simoglou. Sombre dimanche, traduit de : Θλιμμένη Κυριακή [Thlimménī Kyriakí] par Reguina Hatzipetrou-Andronikou. Source : livret d’accompagnement de l’album « Kymata », © Buda musique 2018

Kymata Trio
Kymata (2017)

Kymata. France, 2017
Kymata / Kymata Trio (Maria Simoglou, chant, percussions ; Iacob Maciuca, violon ; Kevin Seddiki, guitare, percussions, direction artistique) ; Anne Laurin, prise de son ; Csaba Tóth Bagi, mixage ; produit par Karim Seddiki & Klaus Wildner.
Production : France : Magic Takadin, ℗ 2017.

Enregistrement : France, abbaye de Noirlac (Cher), 19 au 21 octobre 2017. Mixage : Hongrie, Budapest, studio Péter Kaszás, 15 et 16 décembre 2017.

CD : Buda musique, © 2018. – Distribution (France) : Socadisc. – EAN 3341348603278

Νένα Βενετσάνου [Néna Venetsánou], Paul Éluard • En vertu de l'amour

17 janvier 2020

Néna Venetsánou a composé et interprété plusieurs chansons sur des poèmes de Paul Éluard. En voici une deuxième : En vertu de l’amour. Le poème, daté de 1946, a été publié l’année suivante dans le recueil Le temps déborde.

Néna Venetsánou a résidé quelques années en France dans sa jeunesse. Elle y a travaillé le chant auprès de sa compatriote, la grande mezzo Írma Kolássi (1918-2012).

Νένα Βενετσάνου [Néna Venetsánou] • En vertu de l’amour. Poème de Paul Éluard ; Νένα Βενετσάνου [Néna Venetsánou], musique.
Νένα Βενετσάνου [Néna Venetsánou], chant ; Τάσος Καρακατσάνης [Tásos Karakatsánīs], arrangements et direction.
Enregistré à : Polysound Studio, Athènes (Grèce).
Extrait de l’album Στα Ελληνικά τραγούδια της [Sta Ellīniká tragoúdia tīs] ; Chante Paul Eluard / Νένα Βενετσάνου [Néna Venetsánou]. Grèce, ℗ 1980.

J’ai dénoué la chambre où je dors, où je rêve,
Dénoué la campagne et la ville où je passe,
Où je rêve éveillé, où le soleil se lève,
Où, dans mes yeux absents, la lumière s’amasse.

Monde au petit bonheur, sans surface et sans fond,
Aux charmes oubliés sitôt que reconnus,
La naissance et la mort mêlent leur contagion
Dans les plis de la terre et du ciel confondus.

Je n’ai rien séparé mais j’ai doublé mon cœur.
D’aimer, j’ai tout créé : réel, imaginaire,
J’ai donné sa raison, sa forme, sa chaleur
Et son rôle immortel à celle qui m’éclaire.
Paul Éluard (1895-1952). En vertu de l’amour (27 novembre 1946). Dans : Le temps déborde (1947, première publication).

Νένα Βενετσάνου [Néna Venetsánou], Paul Éluard • L'amoureuse

16 janvier 2020

Encore un peu de la Grèce – et de la France aussi, celle d’il y a presque cent ans.

Au programme de son tout premier album, paru en 1980, Néna Venetsánou a fait figurer cinq chansons, composées par elle-même, sur des poèmes de Paul Éluard extraits de divers recueils. L’amoureuse provient de Capitale de la douleur (1926).

Νένα Βενετσάνου [Néna Venetsánou] • L’amoureuse. Poème de Paul Éluard ; Νένα Βενετσάνου [Néna Venetsánou], musique.
Νένα Βενετσάνου [Néna Venetsánou], chant ; Τάσος Καρακατσάνης [Tásos Karakatsánīs], arrangements et direction.
Enregistré à : Polysound Studio, Athènes (Grèce).
Extrait de l’album Στα Ελληνικά τραγούδια της [Sta Ellīniká tragoúdia tīs] ; Chante Paul Eluard / Νένα Βενετσάνου [Néna Venetsánou]. Grèce, ℗ 1980.

Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens,
Elle a la forme de mes mains,
Elle a la couleur de mes yeux,
Elle s’engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.

Elle a toujours les yeux ouverts
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Font s’évaporer les soleils,
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire.
Paul Éluard (1895-1952). L’amoureuse. Dans : Capitale de la douleur (1926, première publication).

Θάνος Μικρούτσικος [Thános Mikroútsikos] (1947-2019)

14 janvier 2020

Athanásios « Thános » Mikroútsikos (1947-2019), compositeur et homme politique grec, est mort il y a quelques semaines à peine, juste avant le changement d’année. France Musique s’est chargée de publier sur son site une notice à son sujet, dans laquelle est inséré le splendide enregistrement de Οι γερόντοι [Oi geróntoi] (« Les vieillards ») par María Dimitriádi, sur un poème de Yannis Ritsos. Pas de notice Wikipédia en français (mais il en existe une en anglais). Liens ci-dessous.

Ce qui suit provient d’un autre projet, intitulé Κρατάει χρόνια αυτή η κολώνια (« Cette eau de toilette dure des années », d’après une traduction automatique), mené avec la parolière Lína Nikolakopoúlou et la chanteuse Haris Alexiou, bien connue à l’étranger, notamment en France.

Les paroles de Μια πίστα από φώσφορο [Mia písta apó fósforo] sont assez énigmatiques, à commencer par le titre, dont l’équivalent littéral serait « Une piste de phosphore ». J’ai dû m’appuyer sur plusieurs traductions, notamment anglaises, pour établir une version française qui se tienne à peu près (mais dont je ne garantis aucunement l’exactitude). Beaucoup extrapolent cette « piste » en « piste de danse », sans que ce détail éclaire beaucoup le texte dans son ensemble.

Χάρις Αλεξίου [Cháris Aleksíou] = Haris AlexiouΜια πίστα από φώσφορο [Mia písta apó fósforo]. Λίνα Νικολακοπούλου [Lína Nikolakopoúlou], paroles ; Θάνος Μικρούτσικος [Thános Mikroútsikos], musique.
Χάρις Αλεξίου [Cháris Aleksíou] = Haris Alexiou, chant ; Θύμιος Παπαδόπουλος [Thýmios Papadópoúlos], arrangements et direction musicale.
Extrait de l’album Κρατάει χρόνια αυτή η κολώνια [Kratáei chrónia avtí ī kolónia]. Grèce, ℗ 1990.


Αν ήτανε το έδαφός σου πρόσφορο
θα σου `φτιαχνα μια πίστα από φώσφορο
με δώδεκα διαδρόμους
δώδεκα τρόμους
με βύσματα κι εντάσεις φορητές
με πείσματα κι αεροπειρατές

Si ton sol le permettait
Je ferais pour toi une piste de phosphore
Avec douze couloirs,
Douze terreurs,
Remplie de prises et d’intensités portables
D’entêtements et de pirates de l’air.

Αν ήτανε η αγκαλιά σου όαση
θα σου `φερνα δισκάκια για ακρόαση
στο λίκνισμα της άμμου
στάλα η καρδιά μου
κι η διψασμένη μου ψυχή στρατός
και πάνω της ζωής ο αετός

Si ton étreinte était une oasis
Je t’apporterais des disques à écouter.
Dans le balancement du sable
Mon cœur est une goutte,
Mon âme assoiffée est une armée
Au-dessus de laquelle plane l’aigle de la vie.

Όνειρα όνειρα
φλόγες μακρινές μου
Του φευγιού μου όνειρα
κι άγνωστες φωνές μου

Rêves, rêves,
Flammes lointaines,
Mes rêves de fuite,
Voix inconnues.

Κοιμήσου εσύ κι εγώ θα ονειρεύομαι
σαν ήσυχος θεός θα εκπορεύομαι
απ’τ’άσπρο σου το χιόνι
δίχως σεντόνι
στα νύχια του κακού τη νύχτα αυτή
κι ο θάνατος λυπάται να κρυφτεί

Dors, et moi je rêverai.
Tel un dieu serein j’émergerai
De ta neige blanche
Sans linceul
Entre les griffes du mal, cette nuit même,
Et la mort est trop dépitée pour se cacher.
Λίνα Νικολακοπούλου [Lína Nikolakopoúlou]. Μια πίστα από φώσφορο [Mia písta apó fósforo] .
.
Λίνα Νικολακοπούλου [Lína Nikolakopoúlou]. Une piste de phosphore, traduit de : Μια πίστα από φώσφορο [Mia písta apó fósforo] par L. & L., à partir de plusieurs traductions anglaises et italienne.

Mia písta apó fósforo, paru en Grèce en 1990, a connu une version turque dès l’année suivante (Her şeyi yak, par Sezen Aksu), puis une version française, une bulgare – et aussi une version italienne, fruit d’une collaboration entre le compositeur Thános Mikroútsikos et la chanteuse Milva dans le cadre d’un album intitulé Volpe d’amore (« Renard d’amour » – renard est féminin en italien), publié en Grèce en 1994 et diffusé ensuite plus largement sous le titre Milva canta Thanos Mikroutsikos (1998).

Entièrement réécrite par l’auteur-compositeur-interprète Maurizio Piccoli, Mia písta apó fósforo s’est transformée en Il canto di un’Eneide diversa (« Le chant d’une autre Énéide »).

MilvaIl canto di un’Eneide diversa . Maurizio Piccoli, paroles ; Θάνος Μικρούτσικος [Thános Mikroútsikos], musique. Adaptation italienne de Μια πίστα από φώσφορο [Mia písta apó fósforo], paroles originales grecques de Λίνα Νικολακοπούλου [Lína Nikolakopoúlou].
Milva, chant ; Natale Massara, arrangements. Enregistrement : Polysound Studio, Athènes (Grèce).
Extrait de l’album Volpe d’amore / Milva. Grèce, ℗ 1994.


Se nei tuoi occhi avessi bombe al fosforo
E quei miracoli di sole al Bosforo,
La lingua del serpente più velenoso,
Bruciassi nuvole nel cuore tuo,
Noi forse torneremmo a vivere.

Si tu avais dans les yeux des bombes au phosphore
Et ces miracles de soleil du Bosphore,
La langue du serpent le plus venimeux,
Si tu brûlais des nuages dans ton coeur,
Alors peut-être, nous pourrions revivre.

Se la tua carne fosse ancora un’oasi,
Olimpo da salire, inebriandosi,
Il canto amico di un’Eneide diversa,
Nei tuoi fondali costruirei città,
Noi forse torneremmo a vivere

Si ta chair était encore une oasis
Un Olympe grisant à escalader,
Le chant ami d’une autre Énéide,
Dans tes entrailles je construirais des villes,
Et peut-être, nous pourrions revivre.

Sognerò, sognerò
D’ incontrarti un po’ a sud
Pregherò, pregherò
Oggi fiamme inventerò

Je rêverai
De te rencontrer vers le Sud,
Je prierai
J’inventerai des flammes.

Se la tua notte fosse ancora musica,
Un’onda di ritorno o solo fisica,
Non più quel tuo lenzuolo d’ansia scaduta
Ma solo un volo come d’aquila,
Noi forse torneremmo a vivere.

Si ta nuit était encore musique,
Flot de ressac ou seulement physique,
Et non plus ton drap d’angoisse périmée,
Mais un vol comme celui d’un aigle,
Alors peut-être, nous pourrions revivre.
Maurizio Piccoli. Il canto di un’Eneide diversa .
.
Maurizio Piccoli. Le chant d’une autre Énéide, traduit de : Il canto di un’Eneide diversa par L. & L.

Mísia • Pura vida (banda sonora) (2019)

8 janvier 2020

Mísia | Pura vida (banda sonora) (2019)

Mísia | Pura vida (banda sonora) (2019)

Nasceu uma rosa negra
Junto ao muro do calvário
Abre quando a noite chega
Ao meu peito solitario.
Mísia. Rosa negra no meu peito (extrait)

Voici qu’est née une rose noire
Contre le mur du calvaire.
Elle s’ouvre quand la nuit tombe
Sur mon cœur solitaire.

La pochette montre Mísia, les cheveux couleur fauve, la tête ceinte d’une tiare ouvragée en forme de couronne d’épines, adressant un sourire indéchiffrable à quelqu’un ou quelque chose situé à sa gauche, hors de cadre de l’image. Est-ce le mauvais larron, ou bien la « rose noire » qui a poussé « près du mur du calvaire » ?

Cette rose noire est celle du morceau par lequel s’ouvre Pura vida (banda sonora) : Rosa negra no meu peito II (« Rose noire dans mon cœur II »).

« II », parce qu’en 2013, à l’occasion de sa participation à l’album Mediterraneo de L’Arpeggiata, l’ensemble de Christina Pluhar, Mísia a déjà enregistré une Rosa negra no meu peito. Écouter l’une puis l’autre est comme passer de la vive clarté d’un après-midi d’été au noir absolu d’une nuit éternelle et glacée. Le texte, de Mísia elle-même, est commun aux deux versions. Mais si, dans celle de 2013, il est chanté sur l’allègre Fado corrido dans un accompagnement instrumental exubérant, c’est une voix douloureusement transie qui la psalmodie en 2019 sur le Fado menor, comme au cœur d’un lieu austère et vide, en la seule présence d’une clarinette basse qui, loin de l’accompagner, lui fait un écho lugubre.

C’est qu’entre temps il y a eu la maladie. Cette « rose noire » qui en 2013 était celle de la solitude est devenue, en s’enracinant dans le corps même de la fadiste, une fleur moins métaphorique et tout aussi dévorante.


MísiaRosa negra no meu peito II. Mísia, paroles ; musique traditionnelle (Fado Menor).
Mísia, chant ; Paulo Gaspar, clarinette basse, arrangement.
Extrait de l’album Pura vida (banda sonora). Portugal, ℗ 2019.


À beira do teu destino
Pousei o meu coração
Perdeste-o pelo caminho
Ai a minha solidão.

Au bord de ta destinée
J’ai déposé mon cœur ;
Tu l’as perdu chemin faisant,
Ah cette solitude !

Nasceu uma rosa negra
Junto ao muro do calvário
Abre quando a noite chega
Ao meu peito solitario.

Voici qu’est née une rose noire
Contre le mur du calvaire.
Elle s’ouvre quand la nuit tombe
Sur mon cœur solitaire.

Revivendo o que me espera
Vou e venho desde sempre
Minha estrada de quimera
À saudade sempre rente.

Revivant ce qui m’attend
Je n’ai fait que parcourir
Ma route de chimères
Qui toujours côtoie la saudade

Neste palco iluminado
Bate meu coraçao perfeito
Hoje á noite canto o fado
« Rosa negra no meu peito »

Sur cette scène illuminée
Me voici, le cœur battant.
Ce soir, je chante le fado
« Rose noire dans mon cœur ».
Mísia. Rosa negra no meu peito .
.
Mísia. Rose noire dans mon cœur, traduit de : Rosa negra no meu peito par L. & L.

Cependant il faut vivre et combattre. Pura vida n’est pas le journal de ce combat, mais bien la « bande-son » de cette période de vie, de « vie pure », pleinement vécue, enfer et ciel selon les propres mots de l’artiste. C’est pourquoi sa voix s’y déploie – dans une palette de couleurs plus étendue que dans les albums précédents et avec des façons de chanter qui ne lui étaient jamais venues jusqu’ici – sur des sons crissés, des stridences inhabituelles, des instruments qui jouent violent et sale (la guitare électrique), d’autres qui jouent sombre (la clarinette basse) et la laissent souvent à découvert. Cependant des voix amies (Ricardo Ribeiro, Daniel Melingo) rejoignent parfois la sienne, qui à d’autres moments s’abandonne à la suavité réconfortante de la chère guitare portugaise et du piano, ou reçoit en soutien l’énergie du bandonéon.

Le plus souvent, les musiques sont celles de fados traditionnels : « seule une musique d’une pareille noblesse, écrit Mísia en préambule, permet l’emploi de ses mélodies les plus symboliques à la manière d’un peintre qui, à l’aide des couleurs primaires, exprime à sa guise ce que son âme lui dicte. » La pulsation du tango (ce n’est pas la première fois) et quelques thèmes originaux complètent la palette.

Le tout est chanté dans les deux langues de prédilection de la fadiste, le portugais et l’espagnol, avec ses propres mots ou ceux de quelques autres – parmi lesquels Miguel Torga auquel elle emprunte deux poèmes d’une grande beauté quoique très dépouillés. L’amertume, la désillusion, les larmes, le vide, la fatigue, la douleur, l’amour, l’espoir, la rébellion, enfin de rageuses exhortations adressées à soi-même : tout cela est parcouru dans l’arc de treize morceaux compris entre Rosa negra no meu peito II et le vigoureux tango d’Astor Piazzolla Preludio para el año 3001 : « Je renaîtrai à Buenos Aires, un autre après-midi de juin, / Avec cette puissante envie d’aimer et de vivre. / […] Dans de l’argile et du sel je me pétrirai un nouveau cœur indestructible / Et trois cireurs de souliers, trois clowns et trois sorciers, / Mes immortels complices, viendront m’encourager : « Allez ! Vas-y ! »

N’est-ce pas cela le Fado ? Paradoxalement, la chanteuse s’en défend : « […] dans cet album il y a des musiques de fados, mais ce n’est pas un album de Fado. » Que serait-ce alors ? Sans doute peut-on au moins suggérer que, plus que jamais peut-être dans sa discographie, Mísia est ici fadista. Et Pura vida son œuvre la plus sincère et l’un de ses meilleurs opus.

L’album se clôt en réalité sur un quatorzième morceau, Viagem (« Voyage »), qualifié de « bonus ». Ce beau poème extrait du Journal de Miguel Torga, pour lequel le guitariste Mário Pacheco a composé une musique mélodieuse et apaisante, est chanté sur un accompagnement instrumental moelleux qui sonne presque orchestral : c’est comme un bis offert en fin de spectacle, comme un rideau baissé sur le théâtre des vicissitudes personnelles, comme un regard de gratitude tendrement posé sur le Portugal.


MísiaViagem. Miguel Torga, paroles ; Mário Pacheco, musique.
Mísia, chant ; Fabrizio Romano, piano, arrangement ; Luís Guerreiro, guitare portugaise ; Filipe Felizardo, guitare électrique ; Luís Cunha, violon ; Paulo Gaspar, clarinette basse.
Extrait de l’album Pura vida (banda sonora). Portugal, ℗ 2019.

É o vento que me leva
O vento lusitano.
É este sopro humano
Universal
Que enfuna a inquietação de Portugal.
É este fúria de loucura mansa
Que tudo alcança
Sem alcançar.
Que vai de céu em céu,
De mar em mar,
Até nunca chegar.
É esta tentação de me encontrar
Mais rico de amargura
Nas pausas da ventura
De me procurar…

Miguel Torga (1907-1995). Viagem (1973). Dans : Diário (daté : « Coimbra, 17 de Maio de 1973 »)

C’est le vent qui m’emmène,
Le vent lusitanien.
C’est ce souffle humain
Universel
Qui gonfle l’inquiétude portugaise.
C’est cette fureur de folie tranquille
Qui à tout parvient
Sans y parvenir.
Qui va de ciel en ciel,
De mer en mer,
Sans jamais accoster.
C’est cette tentation de me trouver
Plus riche d’amertume
Lorsque je me repose dans cette aventure
Qu’est la recherche de moi-même…

Miguel Torga (1907-1995). Voyage, traduit de : Viagem (1973), par L. & L.. Dans : Diário (daté : « Coimbra, 17 de Maio de 1973 »)


Mísia
Pura vida (banda sonora) (2019)

Mísia. Pura vida (banda sonora). Portugal, 2019
Pura vida (banda sonora) / Mísia, conception ; Mísia & Fabrizio Romano, production musicale ; Fabrizio Romano, direction musicale ; Fabrizio Romano, arrangements, sauf Rosa negra no meu peito II (Paulo Gaspar), Lágrima (Raül Refree) et Ouso dizer (Luís Guerreiro & Fabrizio Romano).
Mísia, chant ; Fabrizio Romano, piano ; Luís Guerreiro, guitare portugaise ; Cláudio Romano & Filipe Felizardo, guitare électrique ; Luís Cunha, violon ; Paulo Gaspar, clarinette basse ; Pedro Santos, accordéon ; Walter Hidalgo, bandonéon. Avec la participation de : Daniel Melingo & Ricardo Ribeiro, chant ; Gaspar Varela, guitare portugaise ; Raül Refree, guitare électrique.
Production : Portugal : Liberdades poéticas ; Museu do Fado, ℗ 2019.

Enregistrement : Portugal, Atlântico Blue Studios, janvier 2019.

CD : Museu do Fado, 2019 (Portugal). – Galileo (hors Portugal), EAN 4250095800863

Il se fait tard

6 janvier 2020

Exposition « AL. Mécanisme d’aurores pour horloge crépusculaire », Montpellier (Occitanie, France), Carré Sainte-Anne, 2017
Exposition « AL. Mécanisme d’aurores pour horloge crépusculaire », Montpellier (Occitanie, France), Carré Sainte-Anne, 2017

Entre los últimos brotes
la rosa no se ve rara,
ni la alondra al levantarse
atiende a que el sol retrasa,
o el racimo ya tardío
cuida si es mustia la parra.
Pero tu cariño nuevo
la estación piensa acabada.

Pues la alondra con su canto
siempre puebla la mañana
y la rosa y el racimo
siempre llenan la mirada,
entonces, deja, no pienses
en que es tarde. ¿Hubo tardanza
jamás para olor y zumo
o el revuelo de algún ala?

Fuerza las puertas del tiempo,
amor que tan tarde llamas.

Luis Cernuda (1902-1963). Haciéndose tarde, extrait de Con las horas contadas (1950-1956).

………

Parmi les derniers bourgeons
La rose ne se voit pas rare,
L’alouette en prenant son vol
Oublie que le soleil tarde,
Et la dernière grappe ignore
La treille déjà flétrie.
Mais ta tendresse nouvelle
Pense la saison finie.

Si l’alouette de son chant
Peuple toujours le matin,
Si la rose, si la grappe,
Charment toujours le regard,
Laisse, alors, ne pense pas
Qu’il est tard. Qu’est le retard
Pour le parfum et la saveur
Ou le battement d’une aile ?

Force les portes du temps,
Amour qui si tard appelle.

Luis Cernuda (1902-1963). Il se fait tard, traduit de Haciéndose tarde par Bruno Roy. Extrait de : Con las horas contadas (1950-1956).
Dans : Poèmes pour un corps / Luis Cernuda ; [illustrations de] Luis Caballero ; [texte français de Bruno Roy]. France : Fata Morgana, impr. 2010. Bilingue espagnol français. ISBN 978-2-85194-781-9. P. 24.

%d blogueurs aiment cette page :