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Souvenir d’Italie

28 juillet 2021

« Tout le monde déteste la police ». Crémone (Lombardie, Italie) = Cremona (Lombardia, Italia), 27 juin 2021
« Tout le monde déteste la police ». Crémone (Lombardie, Italie) = Cremona (Lombardia, Italia), 27 juin 2021

Françoise HardyL’età dell’amore. Vito Pallavicini, paroles ; Jacques Dutronc, musique. Adaptation italienne de : Le temps de l’amour. André Salvet & Lucien Morisse, paroles originales.
Françoise Hardy, chant ; accompagnement d’orchestre ; Ezio Leoni, direction. Italie, ℗ 1963.

« Je suis du béton ». Crémone (Lombardie, Italie) = Cremona (Lombardia, Italia), 27 juin 2021

Amália Rodrigues • Sombra

27 juillet 2021

És a noite que à noite me procura.
David Mourão-Ferreira (1927-1996). Sombra (1964).

Tu es la nuit qui la nuit me cherche.

Amália Rodrigues (1920-1999)Sombra. David Mourão-Ferreira, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare classique. Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, 1964.
Extrait de l’album Fado português / Amália Rodrigues. Portugal, Edições Valentim de Carvalho, ℗ 1965.

Contrairement à Água e mel, Sombra (« Ombre »), issu des mêmes sessions d’enregistrement, fait partie du programme de l’album Fado português d’Amália Rodrigues, tel qu’il a été publié en 1965. David Mourão-Ferreira en a composé le poème tout spécialement pour Amália, en reprenant toutefois, légèrement réécrits, deux quatrains provenant respectivement de deux sonnets préexistants, Casa (« Maison ») et Paraíso (« Paradis »), publiés en 1962 dans son recueil Infinito pessoal ou A arte de amar. La musique, très éloignée du style du Fado traditionnel, est d’Alain Oulman.


*Bebi por tuas mãos esta loucura
De não poder viver longe de ti
És a noite que à noite me procura
És a sombra da casa onde nasci.

Tu m’as fait boire dans tes mains
Cette impossibilité de vivre loin de toi.
Tu es la nuit qui la nuit me cherche,
Tu es l’ombre de la maison où je suis née.

**Deixa ficar comigo a madrugada
Para que a luz do Sol me não constranja
Numa taça de sombra estilhaçada
Deita sumo de lua e de laranja.

Je voudrais que tu retiennes l’aube
Pour me garder de la lumière du soleil.
Dans une coupe lacérée d’ombre
Verse-moi un jus d’orange et de lune.

Só os frutos do céu que não existe
Só os frutos da terra que me deste
Hão-de fazer-te a ausência menos triste
Tornar-me a solidão menos agreste.

Seuls les fruits du ciel qui n’existe pas
Seuls les fruits de la terre que tu me donnes
Te feront l’absence moins triste,
Me rendront la solitude moins dure.

Vou recolher à casa onde nasci
Por teus dedos de sombra edificada
Nunca mais, nunca mais longe de ti
Se comigo ficar a madrugada.

Je vais rentrer dans la maison où je suis née,
Celle que tes doigts d’ombre ont bâtie.
Plus jamais, plus jamais loin de toi,
Si pour moi toujours l’aube demeure.
David Mourão-Ferreira (1927-1996). Sombra (1964).
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David Mourão-Ferreira (1927-1996). Ombre, trad. par L. & L. de Sombra (1964).
*Ce quatrain est repris par D. Mourão-Ferreira, avec quelques modifications mineures, de son sonnet Casa (« Maison »), publié dans son recueil Infinito pessoal ou A arte de amar (1962).
**Ce quatrain est repris par D. Mourão-Ferreira, presque à l’identique, de son sonnet Paraíso (« Paradis »), publié dans son recueil Infinito pessoal ou A arte de amar (1962).
 

Amália Rodrigues • Água e mel

26 juillet 2021

Amália Rodrigues (1920-1999)Água e mel. Carlos Barbosa de Carvalho, paroles ; Miguel Ramos, musique (Fado Miguel).
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare classique. Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, 1964.
Première publication : Portugal, Edições Valentim de Carvalho, ℗ 1989.

Ce fado, Água e mel (« Eau et miel ») a été enregistré par Amália Rodrigues en 1964 au cours des sessions de l’album Fado português, paru en 1965. Pour Amália, les années 1960 sont celles de l’évolution vers un nouveau répertoire, plus sophistiqué que celui du Fado traditionnel, porté par les compositions d’Alain Oulman et par des textes puisés dans la riche littérature poétique, ancienne et contemporaine, du Portugal. C’est aussi la décennie de la splendeur vocale, alliée à un art de l’interprétation incomparable, qui ne cesse de se perfectionner et qui atteindra son plein épanouissement avec les enregistrements de Com que voz réalisés en 1969.

L’album Fado português comporte huit compositions d’Alain Oulman, sur des poèmes d’auteurs reconnus (Alexandre O’Neill, José Régio, David Mourão Ferreira, Pedro Homem de Mello), ainsi que sur une « cantiga de amigo » médiévale du troubadour Mendinho et sur le sonnet Erros meus, má fortuna, amor ardente (« Mes erreurs, un mauvais sort, l’amour ardent ») du grand Luís de Camões, le poète des poètes. En dépit de sa mélodie spectaculaire qui convenait à merveille à la voix de la fadiste, Água e mel ne peut se prévaloir du prestige d’une si grande signature quant à son texte, fourni par Carlos Barbosa de Carvalho, frère du directeur de la maison de disques d’Amália, Rui Valentim de Carvalho. Un vers en particulier : « Fui pela estrada nacional » (« Je suis partie sur la route nationale »), gênait Amália qui ne l’a pas retenu pour l’album de 1965.

Il est resté inédit jusqu’à son inclusion, en 1989, dans une compilation réalisée à l’occasion des 50 ans de carrière d’Amália (Amália 50 anos). On le trouve en outre dans l’édition augmentée de Fado português publiée en 2015.


Entre os ramos de pinheiro
Vi o luar de Janeiro
Quando ainda havia sol.
E numa concha da praia
Ouvi a voz que desmaia
Do secreto rouxinol.

Entre les branches des pins
J’ai vu la lune de janvier
Quand le soleil brillait encore.
Et dans le creux d’un coquillage
J’ai entendu s’éteindre
La voix secrète du rossignol.

Com água e mel
Comi pão com água e mel
E do vão duma janela
Beijei sem saber a quem.
Tenho uma rosa
Tenho uma rosa e um cravo
Num cantarinho de barro
Que me deu a minha mãe.

De l’eau et du miel,
J’ai mangé du pain avec de l’eau et du miel
Et de l’embrasure d’une fenêtre
J’ai embrassé des inconnus.
Je possède une rose,
Une rose et un œillet,
Dans une cruche en terre
Que m’a donnée ma mère.

Fui pela estrada nacional
E pela mata real
Atrás dum pássaro azul.
No fundo dos olhos trago
A estrada de Santiago
E o cruzeiro do Sul.

Je suis partie sur la grand route
Et dans la forêt royale
À la poursuite d’un oiseau bleu.
Je porte au fond des yeux
La route de Saint-Jacques
Et la Croix du Sud.

Abri meus olhos
Abri meus olhos ao dia
E escutei a melodia
Que ao céu se eleva do pó
Do vinho novo
Se provei o vinho novo
Se amei o rei e o povo
Meu Deus por que estou tão só.

J’ai ouvert les yeux,
J’ai ouvert les yeux au jour,
J’ai écouté la mélodie
Qui de la poussière s’élève au ciel.
Du vin nouveau,
Si j’ai goûté au vin nouveau,
Si j’ai aimé et le peuple et le roi,
Mon Dieu, pourquoi suis-je si seule ?
Carlos Barbosa de Carvalho (1924-1994). Água e mel (1964).
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Carlos Barbosa de Carvalho (1924-1994). Eau et miel, trad. par L. & L. de Água e mel (1964).

Água e mel a été repris par Cristina Branco dans son album Live (2006). Par ailleurs, sur cette même musique du guitariste Miguel Ramos, surnommée Fado Miguel, Mísia a enregistré en 1999 Paixões diagonais (« Passions diagonales », paroles de João Monge), en deux versions, dont une avec accompagnement de piano seul par rien moins que Maria João Pires — et la voix qui tire un peu dans certains aigus. Par coïncidence, l’album Paixões diagonais qui contient ces deux enregistrements est paru en France le 6 octobre 1999, le jour même de la disparition d’Amália Rodrigues.

MísiaPaixões diagonais. João Monge, paroles ; Miguel Ramos, musique (Fado Miguel).
Mísia, chant ; Maria João Pires, piano. Enregistrement : Lisbonne, studios Xangri La, 1er juillet 1999.
Extrait de l’album Paixões diagonais / Mísia. France, Erato, ℗ 1999.

Do que fala a madrugada
O murmúrio na calçada
Os silêncios de licor?
Do que fala a nostalgia
De uma estrela fugidia?
Falam de nós, meu amor.
Do que sabem as vielas
E a memória das janelas
Ancoradas no sol-pôr?
Do que sabem os cristais
Das paixões diagonais?
Sabem de nós, meu amor.
Porque volta esta tristeza
O destino à nossa mesa
O silêncio de um andor?
Porque volta tudo ao mar
Mesmo sem ter de voltar?
Voltam por nós, meu amor
Porque parte tudo um dia
O que nos lábios ardia
Até não sermos ninguém?
Tudo é água que corre
De cada vez que nos morre
Nasce um pouco mais além.
De quoi parlent l’aube,
Le murmure sur le pavé
Les silences de liqueur ?
De quoi parle la nostalgie
D’une étoile fugitive ?
Ils parlent de nous, mon amour.
Que savent les rues ?
De quoi se souviennent les fenêtres
Ancrées dans le couchant ?
Et que connaissent les cristaux
Des passions diagonales ?
Ils nous connaissent, mon amour.
Pourquoi cette tristesse revient-elle ?
Et le destin à notre table ?
Les saints muets des processions ?
Pourquoi tout retourne-t-il à la mer
Sans même le vouloir ?
C’est pour nous, mon amour.
Pourquoi tout s’en va-t-il un jour,
— Tout ce qui embrasait nos lèvres
Jusqu’à nous anéantir ?
Tout est fleuve qui s’écoule
Et ce qui meurt en nous
Renaît ailleurs, mon amour.
João Monge. Paixões diagonais.
João Monge. Passions diagonales, traduit de : Paixões diagonais, par L. & L.

Canción china en Europa (La señorita del abanico)

25 juillet 2021

Merveille.

Paco IbáñezLa señorita del abanico. Poème de Federico García Lorca ; Paco Ibáñez, musique.
Paco Ibáñez, chant, guitare ; Antonio Membrado, guitare. Enregistrement : Paris, 1964.
Première publication dans l’album Poèmes de Federico García Lorca et Luis de Góngora / Paco Ibáñez. France, Polydor, ℗ 1964.


La señorita
del abanico,
va por el puente
del fresco río.

La demoiselle
à l’éventail
passe sur le pont
du frais ruisseau.

Los caballeros
con sus levitas,
miran el puente
sin barandillas.

Les messieurs
en redingote
regardent le pont
sans garde-fou.

La señorita
del abanico
y los volantes
busca marido.

La demoiselle
à l’éventail
et robe à volants
cherche un mari.

Los caballeros
están casados,
con altas rubias
de idioma blanco.

Les messieurs
sont mariés,
avec de grandes blondes
qui parlent une langue blanche.

Los grillos cantan
por el Oeste.

Les grillons chantent
du côté de l’Ouest.

(La señorita,
va por lo verde).

(La demoiselle
va du côté du vert.)

Los grillos cantan
bajo las flores.

Les grillons chantent
sous les fleurs.

(Los caballeros,
van por el Norte).

(Les messieurs
vont vers le Nord.)
Federico García Lorca (1898-1936). Canción china en Europa, extrait de : Canciones para niños. Dans : Canciones (1921-1924), 1927 (1ère publication).
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Federico García Lorca (1898-1936). Chanson chinoise en Europe, trad. par L. & L. de Canción china en Europa, extrait de : Canciones para niños. Dans : Canciones (1921-1924), 1927 (1ère publication).

Minutieuse fourmi

22 juillet 2021

Né le 8 juillet 1621 à Château-Thierry, ce qui lui fait quatre-cents ans tout juste sonnés : qui est-ce ?

Hé ! bonjour, Monsieur du Corbeau… Ils sont trop verts, dit-il, et bons pour des goujats. Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras… Le Héron au long bec emmanché d’un long cou… C’est assez, dit le rustique ; Demain vous viendrez chez moi.

On s’en souvient, n’est-ce pas ? Quand j’étais enfant on les apprenait par cœur, ces Fables de La Fontaine, et elles se déposaient sans effort dans nos mémoires encore intactes, quand bien même certains mots nous en étaient inconnus et leurs tournures Grand siècle parfois incompréhensibles. Je sais toujours, d’un bout à l’autre, La cigale et la fourmi. Vous aussi, sans aucun doute.

Cul-de-lampe extrait de l'édition originale (Barbin, 1668) des « Fables choisies mises en vers [...] » de Jean de La Fontaine

La Cigale ayant chanté
Tout l’Esté,
Se trouva fort dépourveuë
Quand la bise fut venuë.
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la Fourmy sa voisine ;
La priant de luy prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu’à la saison nouvelle.
Je vous payray, luy dit-elle,
Avant l’Oust, foy d’animal,
Interest & principal.
La Fourmy n’est pas prêteuse :
C’est là son moindre défaut.
Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
Nuit & jour à tout venant
Je chantois, ne vous déplaise.
Vous chantiez ? j’en suis fort aise :
Et bien, dansez maintenant.
Jean de la Fontaine (1621-1695). La Cigale & la Fourmy (1668). Transcription de l’édition originale (Barbin, 1668).

La cigale et la fourmi a été mise en musique à de nombreuses reprises, par Gounod, Offenbach ou même Chostakovitch (sur un texte russe un peu plus bavard que celui de La Fontaine). On en a fait des chansons : les Frères Jacques en 1964, ou Charles Trenet (en 1942 avec Django Reinhardt, puis en 1960), pour ne citer qu’eux.

Cul-de-lampe extrait de l'édition originale (Barbin, 1668) des « Fables choisies mises en vers [...] » de Jean de La Fontaine

En voici une déclinaison absolument insolite : une version portugaise mise en musique par le compositeur franco-portugais Alain Oulman à partir d’un poème d’Alexandre O’Neill (1924-1986). Velha fábula em bossa nova (« Vieille fable en forme de bossa nova »), c’est son titre, très librement adaptée de la fable originale, s’en distingue par un ton persifleur qui se résout en une morale effrontée. Une antimorale, pourrait-on dire. Publié à Lisbonne en 1965, ce poème prend le contrepied du discours officiel salazariste de l’époque, qui fait du travail une valeur fondamentale et une vertu cardinale de tout bon Portugais. Il exprime en outre une revendication du statut de l’artiste dans la société.

Musicalement, Alain Oulman en fait effectivement une bossa nova. Elle est enregistrée fin 1968 par Amália Rodrigues, avec accompagnement de guitare portugaise et de guitare classique — raison pour laquelle, probablement, son titre a été changé par facétie en Formiga bossa nossa (nossa, littéralement « nôtre », se substituant au nova attendu). Ce nouveau titre, intraduisible tel quel, pourrait être rendu par : « Fourmi bossa [nova] à notre manière ».

En réalité, Alain Oulman a composé Formiga bossa nossa à la demande de l’actrice portugaise Isabel Ruth* : c’est l’une des très rares œuvres qu’il ait accepté de réaliser pour quelqu’un d’autre qu’Amália Rodrigues. Celle-ci a néanmoins tenu à l’enregistrer pour l’intégrer au programme, à la tonalité d’ensemble assez sombre, de son extraordinaire album Com que voz (1970). La chanson y fait suite, comme une délivrance, à l’oppressant et morbide Cuidei que tinha morrido (« Je me suis crue morte »).

*Source : catalogue de l’exposition As mãos que trago : Alain Oulman, 1928-1990, Lisbonne : EGEAC, 2009.

Amália Rodrigues (1920-1999)Formiga bossa nossa. Alexandre O’Neill, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Fernando Alvim, guitare.
Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, 21 novembre 1968.
Portugal : Edições Valentim de Carvalho, ℗ 1969.


Minuciosa formiga
não tem que se lhe diga:
leva a sua palhinha
asinha, asinha.

Minutieuse fourmi,
Pas besoin de le lui dire :
Elle prend sa petite paille,
Et allez, hop !

Assim devera eu ser
e não esta cigarra
que se põe a cantar
e me deita a perder.

Voilà comment je devrais être,
Et non cette cigale
Qui se met à chanter
Et qui gâche sa vie.

Assim devera eu ser:
de patinhas no chão,
formiguinha ao trabalho
e ao tostão.

Voilà comment je devrais être,
Les pattes sur terre,
Petite fourmi travailleuse
Et économe.

Assim devera eu ser
se não fora
não querer.

Voilà comment je devrais être,
Mais voilà :
Je ne veux pas.

(— Obrigado,formiga!
Mas a palha não cabe
onde você sabe…)

(— Merci, fourmi !
Mais la paille ne rentre pas
Là où vous savez…)
Alexandre O’Neill (1924-1986). Velha fábula em bossa nova. Dans : Feira Cabisbaixa (1965).
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Alexandre O’Neill (1924-1986). Vieille fable en forme de bossa nova, trad. par L. & L. de Velha fábula em bossa nova, extrait de : Feira Cabisbaixa (1965).

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Cul-de-lampe extrait de l'édition originale (Barbin, 1668) des « Fables choisies mises en vers [...] » de Jean de La Fontaine
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Bien entendu, il nous faut aussi entendre le génial Charles Trenet — ici en récital à Bruxelles en 1965.

Charles Trenet (1913-2001)La cigale et la fourmi. Poème de Jean de La Fontaine ; Charles Trenet, musique.
Charles Trenet, chant ; instrumentistes non crédités. Captation : Bruxelles, Palais des Beaux-Arts.
Vidéo : extrait de l’émission Face au public du 16 février 1965. Jacques Vernel & Philippe Marouani, réalisation. Production : Belgique, RTB (Radiodiffusion-télévision belge, émissions françaises), 1965. Voir l’émission complète : https://www.sonuma.be/archive/face-au-public-du-16021965

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Cul-de-lampe extrait de l'édition originale (Barbin, 1668) des « Fables choisies mises en vers [...] » de Jean de La Fontaine
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Jamais deux sans trois, comme on dit. Après Amália sarcastique et Trenet fantaisiste et virtuose, voici un sketch désopilant de Robert Hirsch (1925-2017), donné au théâtre de la Comédie Française en avril 1974 et rediffusé à la télévision, la même année, dans le cadre d’un numéro de l’émission Le grand échiquier consacrée à Louis Seigner (1903-1991), alors doyen de la troupe. On peut décidément tout faire avec les Fables de La Fontaine.

Robert Hirsch (1925-2017)La cigale et la fourmi. Poème de Jean de La Fontaine.
Robert Hirsch, acteur. Autres participants : Jacques Charon, Isabelle Adjani.
Vidéo : extrait de l’émission Le grand échiquier du 17 juillet 1974. André Flédérick, réalisateur ; Jacques Chancel, producteur. Diffusion : Deuxième chaîne de l’ORTF. Production : France, Office national de radiodiffusion télévision française, 1974.

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Cul-de-lampe extrait de l'édition originale (Barbin, 1668) des « Fables choisies mises en vers [...] » de Jean de La Fontaine

Μακριά. Loin.

15 juillet 2021

Vitrine à Brescia (Lombardie, Italie), 29 juin 2021
Vitrine à Brescia (Lombardie, Italie), 29 juin 2021

Θα ’θελα αυτήν την μνήμη να την πω…
Μα έτσι εσβήσθη πια… σαν τίποτε δεν απομένει —
γιατί μακριά, στα πρώτα εφηβικά μου χρόνια κείται.

Δέρμα σαν καμωμένο από ιασεμί…
Εκείνη του Αυγούστου — Αύγουστος ήταν; — η βραδιά…
Μόλις θυμούμαι πια τα μάτια· ήσαν, θαρρώ, μαβιά…
Α ναι, μαβιά· ένα σαπφείρινο μαβί.
Κωνσταντίνος Καβάφης [Kōnstantínos Kaváfīs] (1863-1933). Μακριά [Makriá] (1914).

Je voudrais raconter ce souvenir…
Mais le voici effacé désormais… Il n’en subsiste presque rien —
car il gît loin, très loin dans ma prime jeunesse.

La peau comme du jasmin…
Cette soirée d’août — était-ce en août ? — une soirée…
C’est à peine si je me rappelle les yeux ; ils étaient bleus, je crois…
Ah oui, bleus ; d’un bleu de saphir.
Constantin Cavafy = Κωνσταντίνος Καβάφης [Kōnstantínos Kaváfīs] (1863-1933). Loin. Dans : En attendant les barbares et autres poèmes, trad. du grec, préfacé et annoté par Dominique Grandmont, Gallimard, 2003 (Poésie ; 283), ISBN 978-2-07-030305-2. P. 97.

Amália Rodrigues (1920-1999)Gaivota. Alexandre O’Neill, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; instrumentistes non identifiés.
Vidéo : [Carlos Vilardebó?], réalisation. Portugal, vers 1963.

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Vitrine à Brescia (Lombardie, Italie), 29 juin 2021

Je me souviens Des jours anciens

14 juillet 2021

Il y a quelqu’un.
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Crémone (Lombardie, Italie) = Cremona (Lombardia, Italia), 27 juin 2021

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Il n’y a plus personne.
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Crémone (Lombardie, Italie) = Cremona (Lombardia, Italia), 27 juin 2021

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Ainsi passe la gloire du monde.

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Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon cœur
D’une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure

Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.

Paul Verlaine (1844-1896). Chanson d’automne, dans : Poèmes saturniens (1866).

V’là l’rideau rouge qui bouge

13 juillet 2021

Église Saint-Jean, Saluces (province de Coni, Piémont, Italie) = Chiesa di San Giovanni, Saluzzo (Cuneo, Piemonte, Italia)
Église Saint-Jean, Saluces (province de Coni, Piémont, Italie) = Chiesa di San Giovanni, Saluzzo (Cuneo, Piemonte, Italia)

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Charles Trenet (1913-2001)Moi, j’aime le music-hall. Charles Trenet, paroles et musique.
Charles Trenet, chant ; accompagnement d’orchestre ; Guy Luypaerts, direction.
France, ℗ 1955.

Moi j’aime le music-hall
Ses jongleurs, ses danseuses légères
Et le public qui rigole
Quand il voit des petits chiens blancs portant faux col.
Moi, j’aime tous les samedis,
Quand Paris allume ses lumières,
Prendre vers huit heures et demie
Un billet pour être assis
Au troisième rang, pas trop loin,
Et déjà v’là le rideau rouge
Qui bouge, qui bouge, bouge,
L’orchestre attaque un air ancien du temps de Mayol
Bravo c’est drôle, c’est très drôle !
Ça c’est du bon souvenir,
Du muguet qui ne meurt pas, cousine !
Ah ! comme elles poussaient des soupirs,
Les jeunes fillettes d’antan,
Du monde ou d’l’usine,
Qui sont devenues à présent
De vieilles grand-mamans !
Ce fut vraiment Félix Mayol,
Le bourreau des cœurs de leur music-hall.

Mais depuis mille neuf cent
Si les jongleurs n’ont pas changé,
Si les petits toutous frémissants
Sont restés bien sages sans bouger
Debout dans une pose peu commode,
Les chansons ont connu d’autres modes.
Et s’il y a toujours Maurice Chevalier,
Édith Piaf, Tino Rossi et Charles Trenet,
Il y a aussi et Dieu merci,
Patachou, Brassens, Léo Ferré.

Moi, j’aime le music-hall !
C’est le refuge des chanteurs poètes,
Ceux qui se montent pas du col
Et qui restent pour ça de grandes gentilles vedettes.
Moi j’aime Juliette Gréco,
Mouloudji, Ulmer, les Frères Jacques,
J’aime à tous les échos,
Charles Aznavour, Gilbert Bécaud.
J’aime les boulevards de Paris
Quand Yves Montand qui sourit
Les chante et ça m’enchante !
J’adore aussi ces grands garçons
De la chanson,
Les Compagnons,
Ding, ding, dong !
Ça c’est du music-hall,
On dira tout c’qu’on peut en dire,
Mais ça restera toujours toujours l’école
Où l’on apprend à mieux voir,
Entendre, applaudir, à s’émouvoir
En s’fendant de larmes ou de rire.
Voilà pourquoi, la, do, mi, sol,

Église Saint-Sigismond, Crémone (Lombardie, Italie) = Chiesa di San Sigismondo, Cremona (Lombardia, Italia)

J’aim’rai toujours le music-hall
J’aim’rai toujours, toujours, toujours,
Toujours, toujours, le music-hall.
Charles Trenet (1913-2001). Moi, j’aime le music-hall (1955).

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Église Saint-Jean, Saluces (province de Cuneo, Piémont, Italie) = Chiesa di San Giovanni, Saluzzo (CN, Piemonte, Italia)

Temps perdu

10 juillet 2021

Albergo del Tempo Perduto, Bagolino (province de Brescia, Lombardie, Italie), 2 juillet 2021
Albergo del Tempo Perduto, Bagolino (province de Brescia, Lombardie, Italie), 2 juillet 2021.

Je venais de comprendre pourquoi le duc de Guermantes, dont j’avais admiré, en le regardant assis sur une chaise, combien il avait peu vieilli bien qu’il eût tellement plus d’années que moi au-dessous de lui, dès qu’il s’était levé et avait voulu se tenir debout, avait vacillé sur des jambes flageolantes comme celles de ces vieux archevêques sur lesquels il n’y a de solide que leur croix métallique et vers lesquels s’empressent les jeunes séminaristes, et ne s’était avancé qu’en tremblant comme une feuille sur le sommet peu praticable de quatre-vingt-trois années, comme si les hommes étaient juchés sur de vivantes échasses grandissant sans cesse, parfois plus hautes que des clochers, finissant par leur rendre la marche difficile et périlleuse, et d’où tout d’un coup ils tombent. Je m’effrayais que les miennes fussent déjà si hautes sous mes pas, il ne me semblait pas que j’aurais encore la force de maintenir longtemps attaché à moi ce passé qui descendait déjà si loin, et que je portais si douloureusement en moi ! Si du moins il m’était laissé assez de temps pour accomplir mon œuvre, je ne manquerais pas de la marquer au sceau de ce Temps dont l’idée s’imposait à moi avec tant de force aujourd’hui, et j’y décrirais les hommes, cela dût-il les faire ressembler à des êtres monstrueux, comme occupant dans le Temps une place autrement considérable que celle si restreinte qui leur est réservée dans l’espace, une place, au contraire, prolongée sans mesure, puisqu’ils touchent simultanément, comme des géants, plongés dans les années, à des époques vécues par eux, si distantes — entre lesquelles tant de jours sont venus se placer — dans le Temps.
Marcel Proust (1871-1922). Le temps retrouvé, 7e partie de À la recherche du temps perdu (1927, première publication).

Sergio CammariereTempo perduto. Roberto Kunstler, paroles ; Sergio Cammariere, musique.
Sergio Cammariere, chant & piano ; autres instrumentistes non identifiés.
Vidéo : Manetti Bros. (Marco Manetti & Antonio Manetti), réalisation. Rome, avril 1998.


Tempo, perduto tempo
Piazza Navona come altri cento
Giorni di vento, vento e fontane
Segnano il tempo con le campane

Temps, temps perdu,
Place Navone comme cent autres
Jours de vent, vent et fontaines
Avec les cloches, scandent le temps.

Tempo da noi sconfitto
L’ultimo raggio da un cielo fitto
Castigo nero, puntuale
Piove sopra a un ospedale
E dolcemente sulla via

Temps, que nous avons vaincu.
Du haut d’un ciel épais, un dernier rayon,
Noir châtiment, ponctuel,
Pleut sur un hôpital
Et doucement sur la rue.

Tempo, mondo di sogno
Mezze creature superumane
Sento chitarre, gatti suonare
E lancinanti come zanzare

Temps, monde de rêve
Demies créatures surhumaines
J’entends jouer des guitares, des chats
Lancinants comme des moustiques.

Tempo, sembra leggero
Poi d’improvviso tutto è importante
Ogni dettaglio significante
Può divenire significato

Temps, à l’air léger
Et puis soudain tout prend de l’importance,
Tout détail signifiant
Peut devenir signifié.

Ed ora non c’è patria e non c’è Dio
Ma ci sei tu, ci sono io
E tutto il resto sembra caos, sembra niente

À présent il n’y a ni patrie ni Dieu,
Mais il y a toi, il y a moi
Et tout le reste paraît chaos, néant.

Tempo, lascia passare
Questo tempo che forse stanotte ci fa cantare

Temps, laisse s’écouler
Ce temps qui ce soir peut-être
Nous fait chanter.

Tempo, basta parlare
Solo ascoltare quello che hai dentro
Ma prima che il fuoco del tutto sia spento
Trova una strada e battila in fondo

Temps, assez parlé,
Écoute ce que tu as en toi.
Mais avant que le feu ne s’éteigne
Trouve une route et suis-la jusqu’au bout.

Tempo ci lascia muti
Ad osservare i nostri errori
Tempo, fermare il tempo!
Sarebbe a dire l’eternità

Temps, qui nous laisse, sans voix,
Observer nos erreurs.
Temps, arrêter le temps !
Ce serait comme dire : l’éternité.

Ed ora non c’è patria e non c’è Dio
Ma ci sei tu, ci sono io
E tutto il resto sembra caos, sembra niente

À présent il n’y a ni patrie ni Dieu,
Mais il y a toi, il y a moi
Et tout le reste paraît chaos, néant.

Tempo, lascia passare
Questo tempo che forse stanotte ci fa cantare

Temps, laisse s’écouler
Ce temps qui ce soir peut-être
Nous fait chanter.
Roberto Kunstler. Tempo perduto.
.
Roberto Kunstler. Temps perdu, trad. par L. & L. de Tempo perduto.

Angélique Ionatos

9 juillet 2021

Voici bien l’une des nouvelles les plus tristes de cette année disgracieuse : la mort d’Angélique Ionatos, annoncée hier.

Son album le plus célèbre, le splendide Sappho de Mytilène (1991), enregistré en duo avec Néna Venetsánou, est constitué de poèmes de Sappho ― traduits en grec moderne par Odysséas Elýtis ―, choisis et mis en musique par elle-même.

C’est de cet album qu’est extrait Πάλι πάλι ο έρωτας` [Páli páli o érōtas] : À nouveau, à nouveau l’amour.

À lire :

Angélique Ionatos (Αγγελική Ιονάτου) (1954-2021) & Νένα Βενετσάνου [Néna Venetsánou]Πάλι πάλι ο έρωτας` [Páli páli o érōtas]. Poème de Σαπφώ [Sapphṓ], adapté en grec moderne par Οδυσσέας Ελύτης [Odysséas Elýtis] ; Angélique Ionatos, musique.
Angélique Ionatos, chant, guitare ; Νένα Βενετσάνου [Néna Venetsánou], chant ; Henri Agnel, oud, percussion, zarb ; Christian Boissel, synthétiseur, hautbois, flûte ; Jean-François Roger, tabla, vibraphone, percussion ; Bruno Sansalone, clarinette, clarinette basse ; Christian Boissel, arrangements.
Enregistrement : 1990.
Extrait de l’album Sappho de Mytilène / Angélique Ionatos, Néna Venetsanou. France, ℗ 1991.


Πάλι πάλι ο έρωτας` ο έρωτας με παιδεύει
και πώς να τον παλέψω Ατθίδα μου` που
αυτός με τα φαρμάκια και τις γλύκες του
μου κόβει τα ήπατα το τέρας!
κι εσύ πάει με βαρέθηκες`
κάνεις φτερά το ξέρω για την Ανδρομέδα
ποια `ναι λοιπόν αυτή που σε ξετρέλανε
η χωριάτα που μήτε
καν πώς να κρατήσει το φουστάνι της πάνω
από τον αστράγαλο δεν ξέρει;

Eros encore, le délieur de membres,
me secoue, doux-amer invincible animal.
Atthis, il t’est devenu odieux de penser
à moi, et vers Andromède tu voles.
Eros qui donne la douleur
Eros qui tisse les mensonges
Eros encore a ébranlé mon cœur
comme un vent de montagne s’abattant sur les chênes.
Σαπφώ [Sapphṓ] (0612?-0557? av. J.-C.). Adaptation en grec moderne : Οδυσσέας Ελύτης [Odysséas Elýtis] (1911-1996). Για την Ατθίδα.
.
Σαπφώ [Sapphṓ] (0612?-0557? av. J.-C.). De nouveau l’amour, traduction partielle de Pascal Charvet, extraite de : Sappho, Poèmes et fragments, la Délirante, 1989. Reproduit dans le livret d’accompagnement de l’album Sappho de Mytilène / Angélique Ionatos, Néna Venetsanou. France, Auvidis, ℗ 1991.

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