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La chanson du dimanche [133]. Tout va très bien, madame la marquise (1935)

11 octobre 2026

On déplore un tout petit rien – comme dirait le ministre.

………

Ray Ventura et ses Collégiens • Tout va très bien, madame la marquise. Paul Misraki, paroles & musique.
Ray Ventura et ses Collégiens, ensemble instrumental & vocal.
Enregistrement : 22 mai 1935 (d’après Encyclopédisque).
Première publication : disque 78 t Tout va très bien (Madame la marquise) ; Je crois bien que c’est l’amour / Ray Ventura et ses Collégiens. France, Pathé, 1935.

………

Allô, allô ! James,
Quelles nouvelles ?
Absente depuis quinze jours,
Au bout du fil
Je vous appelle.
Que trouverai-je à mon retour ?

Tout va très bien, madame la marquise,
Tout va très bien, tout va très bien.
Pourtant il faut, il faut que l’on vous dise,
On déplore un tout petit rien :
Un incident, une bêtise,
La mort de votre jument grise…
Mais à part ça, madame la marquise
Tout va très bien, tout va très bien.

Allô, allô ! Martin,
Quelles nouvelles ?
Ma jument grise, morte aujourd’hui ?
Expliquez-moi,
Cocher fidèle.
Comment cela s’est-il produit ?

Cela n’est rien, madame la marquise,
Cela n’est rien, tout va très bien.
Pourtant il faut, il faut que l’on vous dise,
On déplore un tout petit rien :
Elle a péri
Dans l’incendie
Qui détruisit vos écuries.
Mais à part ça, madame la marquise
Tout va très bien, tout va très bien.

Allô, allô ! Pascal,
Quelles nouvelles ?
Mes écuries ont donc brûlé ?
Expliquez-moi,
Mon chef modèle.
Comment cela s’est-il passé ?

Cela n’est rien, madame la marquise,
Cela n’est rien, tout va très bien.
Pourtant il faut, il faut que l’on vous dise,
On déplore un tout petit rien :
Si l’écurie brûla, Madame,
C’est que le château était en flammes.
Mais à part ça, madame la marquise
Tout va très bien, tout va très bien.

Allô, allô ! Lucas,
Quelles nouvelles ?
Notre château est donc détruit !
Expliquez-moi,
Car je chancelle.
Comment cela s’est-il produit ?

Eh bien voilà, madame la marquise,
Apprenant qu’il était ruiné,
À peine fut-il revenu de sa surprise
Que m’sieur le marquis s’est suicidé,
Et c’est en ramassant la pelle
Qu’il renversa toutes les chandelles,
Mettant le feu à tout l’château
Qui s’consuma de bas en haut.
Le vent soufflant sur l’incendie
Le propagea sur l’écurie
Et c’est ainsi qu’en un moment
On vit périr votre jument.
Mais à part ça, madame la marquise,
Tout va très bien, tout va très bien.

Paul Misraki (1908-1998). Tout va très bien, madame la marquise (1935).

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La chanson du dimanche [132]. Édith Piaf • La fille et le chien (1936)

4 octobre 2026

Édith Piaf (1915-1963) • La fille et le chien. Jacques-Charles & Charles-Louis Pothier, paroles ; Charles Borel-Clerc, musique.
Édith Piaf, chant ; Walter J. [Walter Joseph], piano.
Enregistrement : 15 janvier 1936 (d’après Encyclopédisque).
Première publication : disque 78 t La fille et le chien ; Reste / La môme Piaf. France, Polydor, 1936.

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Minuit s’décroche dans le vent qui sanglote,
Tout semble noir dans l’grand Paris qui dort.
Il fait friot et il tombe de la flotte
à pas flanquer même un cabot dehors.
Tiens mais là-bas mais en v’là un d’caniche
Salut frangin ! Viens qu’on voie ton museau !
C’est y des fois comme moi
Qu’t’aurais pas d’niche pour t’abriter
Les soirs qu’y tombe de l’eau ?

Pauv’ cabot t’as l’air miséreux,
Cependant t’as une gueule honnête
Et la douceur se lit dans tes bons yeux
Malgré que tu ne sois qu’une bête…
Doucement tu lèches ma main,
Vas-y donc, va, y’a pas d’offense,
J’suis qu’une pauvre fille
Et toi t’es qu’un pauv’ chien…
Enchantée d’faire ta connaissance !

Tu ne sors pas, oh non ! d’chez une richarde,
Tu fouettes un peu et t’as pas un panto.
T’es purotin comme moi je suis clocharde,
On est tous deux logés au même garno.
Vrai t’es pas gras, t’as pas bouffé sans doute,
Va j’connais ça, moi j’dîne pas tous les jours !
Tu r’çois des coups plus souvent qu’t’as la croûte,
Moi pour bouffer, quand y faut j’vends d’l’amour.

Pauv’ cabot on dirait vraiment
Qu’tu comprends toute ma vie d’misère.
Quand ton regard me fixe tristement
J’vois comme une larme à ta paupière.
Mais ton sort est pareil au mien
Et ta vie vaut pas mieux qu’la mienne.
Tu peux maudire autant que moi l’destin
Et lui garder un chien d’ta chienne !

On est tous deux cette nuit dans la rue,
Pas un passant qui se montre en chemin.
Personne encore cette nuit dans la rue
Ne ramass’ra ni la fille ni le chien !
Tout grelottants dans la bise qui souffle,
Sous quelque pont, viens on va s’abriter
Et puisqu’on est des copains d’la mistoufle
J’ s’rais ta frangine, on va plus se quitter !

Pauv’ cabot on est pas vernis,
Délaissés sous la pluie battante…
Pourtant des hommes t’es le meilleur ami
Et moi dans l’fond j’suis pas méchante.
Et pourtant vois-tu vieux poteau,
Quand sonnera l’heure dernière,
Moi je crèverai p’t’êt’ dans le ruisseau,
Toi tu s’ras bon pour la fourrière…

Jacques-Charles (1882-1971) & Charles-Louis Pothier (1881-1962). La fille et le chien (1936).

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Luis Cernuda • Déjame esta voz (1931)

1 octobre 2026

Dicono che chi non piange si allarga dentro (On dit que ceux qui ne pleurent pas s’inondent au-dedans). Vicenza (Vénétie, Italie), 29 juin 2023. Photo Philippe Le Pape.

Dicono che chi non piange si allarga dentro (On dit que ceux qui ne pleurent pas s’inondent au-dedans). Vicenza (Vénétie, Italie), 29 juin 2023.

………

Déjame esta voz que tengo,
Lo mismo que a la pampa le dejan
Sus matorrales de deseo,
Sus ríos secos colgando de las piedras.

Laisse-moi cette voix que j’ai
De même qu’on laisse à la pampa
Ses halliers de désir,
Ses rivières à sec suspendues à ses pierres.
Déjame vivir como acero mohoso,
Sin puño, tirado en las nubes;
No quiero saber de la gloria envidiosa
Con rabo y cuernos de ceniza.

Laisse-moi vivre comme un poignard rouillé,
Sans manche, jeté vers les nuages ;
Je ne veux rien savoir de cette gloire envieuse,
Avec sa queue et ses cornes de cendre.
Un anillo tuve de luna
Tendida en la noche a comienzos de otoño;
Lo dí a un mendigo tan joven
Que sus ojos parecían dos lagos.

J’avais une bague faite de lune
Éclairant une nuit du début de l’automne ;
Je l’ai donnée à un mendiant si jeune
Que ses yeux ressemblaient à deux lacs.
Me ahogué en fin, amigos;
Ahora duermo donde nunca despierte.
No saber más de mí mismo es algo triste;
Dame la guitarra para guardar las lágrimas.

J’ai fini par me noyer, mes amis ;
Je dors à présent là où on ne se réveille pas.
Ne plus rien savoir de moi est une chose triste ;
Donne-moi la guitare pour recueillir les larmes.
…

…
Luis Cernuda (1902-1963). Déjame esta voz, extrait de : Los placeres prohibidos (1931).
Luis Cernuda (1902-1963). Laisse-moi cette voix, traduit de : Déjame esta voz, extrait de : Los placeres prohibidos (1931), par L. & L.

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Amália Rodrigues (1920-1999) • Com que voz. Poème attribué à Luís de Camões ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Raul Nery & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare ;Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, 1966.
Première publication dans l’album : Com que voz [nouvelle éd. 2010] / Amália. Portugal, Edições Valentim de Carvalho, ℗ 2010.

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Com que voz chorarei meu triste fado,
que em tão dura paixão* me sepultou,
que mor não seja a dor que me deixou
o tempo, de meu bem desenganado?
De quelle voix pleurerai-je mon triste sort,
Qui en si dure passion* m’a enseveli ?
Car plus grande ne saurait être la douleur
Que m’a laissée le temps, désabusé de mon amour.
Mas chorar não se estima neste estado,
aonde suspirar nunca aproveitou;
triste quero viver, pois se mudou
em tristeza a alegria do passado.
Mais les pleurs sont sans effet sur cet état,
Que jamais les soupirs n’ont su guérir;
Triste je veux vivre, car la joie d’autrefois
S’est changée en tristesse.
De tanto mal, a causa é amor puro,
devido a quem de mi tenho ausente
por quem a vida, e bens dela, aventuro.
D’un mal si grand la cause est pur amour
Envers qui me prive de sa présence,
Pour qui je compromets ma vie, et ses plaisirs.
Luís Vaz de Camões (1524?-1580) ? Com que voz chorarei meu triste fado (15??). Extrait.
* « prisão » dans le poème original.
–
Luís Vaz de Camões (1524?-1580) ? De quelle voix pleurerai-je mon triste sort, traduit de Com que voz chorarei meu triste fado (15??). Extrait, par L. & L.
* « prison » dans le poème original.

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…

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Dicono che chi non piange si allarga dentro (On dit que ceux qui ne pleurent pas s’inondent au-dedans). Vicenza (Vénétie, Italie), 29 juin 2023. Photo Philippe Le Pape.

La chanson du dimanche [131]. Catherine Ringer • Il patinait merveilleusement

20 septembre 2026

«Je me souviens d’une fois où on marchait tous les deux dans la nuit. Un policier montait la garde devant un monument ou une ambassade, je ne sais plus. Elle s’est arrêtée et elle lui a chanté, de façon très rapprochée à l’oreille, “non je ne regrette rien”. L’homme était sidéré d’un bout à l’autre.
Propos d’Alfredo Arias sur Catherine Ringer dans : Clémentine Mercier, Catherine Ringer par Alfredo Arias : «Elle avait un pouvoir unique sur les mots», dans Libération [en ligne], 15 septembre 2026.

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Il patinait merveilleusement est l’un des 25 poèmes de Verlaine dédiés à son ami de cœur Lucien Létinois (1860-1883), emporté brutalement par la fièvre typhoïde ; trois d’entre eux ont été mis en musique par Léo Ferré.

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Les Rita Mitsouko • Il patinait merveilleusement. Poème de Paul Verlaine ; Léo Ferré, musique.
Catherine Ringer, chant ; Orchestre des concerts Lamoureux ; Bruno Fontaine, direction.
Enregistré en direct à Paris, théâtre des Champs-Élysées.
Extrait de l’album Les Rita Mitsouko en concert avec l’Orchestre Lamoureux. France, Virgin, ℗ 2004. Voir dans Discogs.

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Il patinait merveilleusement,
S’élançant, qu’impétueusement !
R’arrivant si joliment vraiment.

Fin comme une grande jeune fille.
Brillant, vif et fort, telle une aiguille,
La souplesse, l’élan d’une anguille.

Des jeux d’optique prestigieux,
Un tourment délicieux des yeux,
Un éclair qui serait gracieux.

Parfois il restait comme invisible.
Vitesse en route vers une cible
Si lointaine, elle-même invisible…

Invisible de même aujourd’hui.
Que sera-t-il advenu de lui ?
Que sera-t-il advenu de lui ?

Paul Verlaine (1844-1896). Il patinait merveilleusement (Amour. Lucien Létinois. X ; 1888, 1ère publication).

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La chanson du dimanche. [130]. Bobby Solo • Una lacrima sul viso (1964)

6 septembre 2026

1964 oui. Suffisait d’allumer la radio pour l’entendre… N’est-ce pas ?

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Bobby Solo (né en 1945) • Una lacrima sul viso. Mogol, paroles ; Lunero, musique.
Bobby Solo, chant ; con l’Orchestra diretta da Gianni Marchetti e il Coro di Franco Potenza.
Première publication dans le disque 45 t Una lacrima sul viso ; Non ne posso più / Bobby Solo. Italie, Ricordi, ℗ 1964.

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Da una lacrima sul viso
Ho capito molte cose
Dopo tanti e tanti mesi, ora so
Cosa sono per te

Par cette larme sur ton visage
J’ai compris bien des choses…
Au bout de tant de mois, je sais
Enfin ce que je suis pour toi.
Uno sguardo ed un sorriso
M’han svelato il tuo segreto
Che sei stata innamorata di me
Ed ancora lo sei

Un regard et un sourire
M’ont révélé ton secret :
Tu m’aimais
Et tu m’aimes toujours !
Non ho mai capito
Non sapevo che
Che tu, che tu
Tu mi amavi, ma come me
Non trovavi mai
Il coraggio di dirlo, ma poi

Je n’avais jamais compris,
Je ne savais pas que
Que toi, que toi,
Tu m’aimais mais que comme moi
Tu n’as jamais trouvé
Le courage de le dire, mais
Quella lacrima sul viso
È un miracolo d’amore
Che si avvera in questo istante per me
Che non amo che te

Cette larme sur ton visage
Est un miracle d’amour
Qui m’éblouit soudain,
Moi qui n’aime que toi.
Non ho mai capito
Non sapevo che
Che tu, che tu
Tu mi amavi, ma come me
Non trovavi mai
Il coraggio di dirlo, ma poi

Je n’avais jamais compris,
Je ne savais pas que
Que toi, que toi,
Tu m’aimais mais que comme moi
Tu n’as jamais trouvé
Le courage de le dire, mais
Quella lacrima sul viso
È un miracolo d’amore
Che si avvera in questo istante per me
Che non amo che te
Che te, che te, che te
Te, te, che te, che te
Te, che te, che te, che te

Cette larme sur ton visage
Est un miracle d’amour
Qui m’éblouit soudain,
Moi qui n’aime que toi.
Que toi, que toi, que toi
Toi, toi, que toi, que toi,
Toi, que toi, que toi, que toi !
…

…
Mogol (né en 1936). Una lacrima sul viso (1964).
Mogol (né en 1936). Une larme sur ton visage, traduit de : Una lacrima sul viso (1964), par L. & L.

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La chanson du dimanche [129]. Lucienne Delyle • Mon amant de Saint-Jean

30 août 2026

Comment ne pas perdre la tête,
Serrée par des bras audacieux ?
Car l’on croit toujours
Aux doux mots d’amour
Quand ils sont dits avec les yeux.
Moi qui l’aimais tant,
Mon bel amour, mon amant de Saint-Jean,
Il ne m’aime plus,
C’est du passé,
N’en parlons plus.

Léon Agel (1910-1999). Mon amant de Saint-Jean (1942). Extrait.

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Mon amant de Saint-Jean, enregistrée par Lucienne Delyle en 1942 et publiée la même année, est sans aucun doute l’une des plus célèbres chansons françaises. Et moi je ne l’ai entendue pour la première fois qu’en 1980, en voyant au cinéma Le dernier métro, le film de Truffaut, dont c’est la chanson du générique.

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Lucienne Delyle (1913-1962) • Mon amant de Saint-Jean. Léon Agel, paroles ; Émile Carrara, musique.
Lucienne Delyle, chant ; accompagnement d’orchestre ; Jacques Météhen, direction.
Enregistrement : Paris, 7 juillet 1942.
Première publication : disque 78 t J’ai tout gardé pour toi ; Mon amant de Saint-Jean / Lucienne Delyle. France, Columbia, ℗ 1942.

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Bárbara Bandeira & Amália • Rapariga

26 août 2026

C’est une curiosité. La jeune chanteuse Bárbara Bandeira, née en 2001, qui ne peut être suspectée d’exploiter le filon du fado (en dépit d’un joli duo avec Carminho : Onde vais, paru en 2021) a publié au mois de mai dernier une sorte de duo posthume avec Amália Rodrigues. Pour ce faire elle a obtenu de la maison Valentim de Carvalho un enregistrement inédit de la Diva, réalisé en 1989, probablement dans le cadre des sessions dont est issu Obsessão (1990), l’ultime album studio d’Amália.

Les paroles, écrites par Amália elle-même, sont faites de ce qu’on appelle en portugais des quadras soltas, des quatrains sans lien les uns avec les autres. C’est un dispositif assez fréquent dans la chanson traditionnelle et dans le fado, auquel la musique de Carlos Gonçalves, aux allures de « vira », cette valse rapide du Nord du Portugal, convient bien. Carlos Gonçalves (1938-2020) était l’un des guitaristes d’Amália et son principal pourvoyeur de musiques dans la dernière partie de sa carrière.

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Bárbara Bandeira (née en 2001) & Amália Rodrigues (1920-1999) • Rapariga, rapariga. Amália Rodrigues, paroles ; Carlos Gonçalves, musique.
Bárbara Bandeira & Amália Rodrigues, chant ; Migz e Ariel, production.
Élaboré à partir d’un enregistrement inédit d’Amália Rodrigues réalisé en 1989.
Extrait de l’album Lusa, ato II / Bárbara Bandeira. Portugal, Bárbara Bandeira, ℗ 2026

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Rapariga, rapariga
Não vás ao rio lavar
Tem cuidado, rapariga
Que esse rio vai dar ao mar.

Ma fille, ma fille,
Ne vas pas laver dans le fleuve !
Sois prudente ma fille,
Car ce fleuve court vers la mer !
Rapariga, rapariga
Não vás ao rio lavar
Tem cuidado, rapariga
Que esse rio vai dar ao mar.

Ma fille, ma fille,
Ne vas pas laver dans le fleuve !
Sois prudente ma fille,
Car ce fleuve court vers la mer !
Olha o sol como aquece
Olha o mar como é frio
Ai, o amor que se esquece
É o teu amor, esqueci-o.*

Vois le soleil comme il brûle,
Vois la mer comme elle est froide !
Ah l’amour qu’on oublie
C’est le tien, je l’ai oublié.*
Rapariga, rapariga
Não vás ao rio lavar
Tem cuidado, rapariga
Que esse rio vai dar ao mar.

Ma fille, ma fille,
Ne vas pas laver dans le fleuve !
Sois prudente ma fille,
Car ce fleuve court vers la mer !
Ai, capa de estudante
Que é da cor da saudade
Dos meus olhos distantes
Anda a minha mocidade.

Ah cette cape d’étudiant,
Cette cape couleur de saudade !
Au plus loin de mes yeux
Ma jeunesse s’en va !
Rapariga, rapariga
Não vás ao rio lavar
Tem cuidado, rapariga
Que esse rio vai dar ao mar.

Ma fille, ma fille,
Ne vas pas laver dans le fleuve !
Sois prudente ma fille,
Car ce fleuve court vers la mer !
Tenho um lindo passarinho
De pequenino tamanho
Mesmo assim, tão pequenino
Já tem as penas que eu tenho.

Je possède un bel oiseau,
J’ai un oiseau tout petit.
Même ainsi, même tout petit,
Il a déjà les peines que j’ai.**
…

…
Amália Rodrigues (1920-1999). Rapariga (1989 ?), version Bárbara Bandeira.
*Texte original : Eu tive um amor, esqueci-o.
Amália Rodrigues (1920-1999). Ma fille, traduit de : Rapariga (1989 ?), version Bárbara Bandeira, par L. & L.
*Texte original : J’ai eu un amour, je l’ai oublié.
**Exploitation du double sens de pena en portugais, qui est à la fois « peine » et plume ».

………

Je dois dire qu’à la première écoute de cette curieuse combinaison, j’ai été pris d’une grande émotion en entendant s’élever la voix d’Amália – 69 ans au moment de l’enregistrement – au bout de près de deux minutes de celle, juvénile et lisse, de Bárbara Bandeira. C’est comme si la maîtresse prenait soudain la parole et donnait vie à cette chanson toute simple, après l’exercice d’une élève appliquée mais encore en herbe.

J’ai trouvé sur le Web un exemplaire de l’enregistrement original d’Amália. Le son n’est pas très bon, on dirait l’enregistrement d’un enregistrement. L’ordre dans lequel les quatrains sont chantés n’est pas le même que celui du montage réalisé pour la version de Bárbara Bandeira. L’accompagnement instrumental est bien sûr celui d’origine, totalement absent de la version Bandeira.

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Amália Rodrigues (1920-1999) • Rapariga, rapariga. Amália Rodrigues, paroles ; Carlos Gonçalves, musique.
Amália Rodrigues, chant ; [accompagnement instrumental probable : Carlos Gonçalves & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Jorge Fernando, guitare, Joel Pina, basse acoustique.]
Enregistrement : Paço d’Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, 1989.
Inédit commercialement.

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Olha o sol como aquece
Olha o mar como é frio
Ai, o amor que se esquece
Eu tive um amor, esqueci-o.

Vois le soleil comme il brûle,
Vois la mer comme elle est froide !
Ah l’amour, comme on l’oublie !
J’ai eu un amour, je l’ai oublié.
Rapariga, rapariga
Não vás ao rio lavar
Tem cuidado, rapariga
Que esse rio vai dar ao mar.

Ma fille, ma fille,
Ne vas pas laver dans le fleuve !
Sois prudente ma fille,
Car ce fleuve court vers la mer !
Ai, capa de estudante
Que é da cor da saudade
Dos meus olhos distantes
Anda a minha mocidade.

Ah cette cape d’étudiant,
Cette cape couleur de saudade !
Au plus loin de mes yeux
Ma jeunesse s’en va !
Tenho um lindo passarinho
De pequenino tamanho
Mesmo assim, tão pequenino
Já tem as penas que eu tenho.

Je possède un bel oiseau,
J’ai un oiseau tout petit.
Même ainsi, même tout petit,
Il a déjà les peines que j’ai.*
Rapariga, rapariga
Não vás ao rio lavar
Tem cuidado, rapariga
Que esse rio vai dar ao mar.

Ma fille, ma fille,
Ne vas pas laver dans le fleuve !
Sois prudente ma fille,
Car ce fleuve court vers la mer !
…

…
Amália Rodrigues (1920-1999). Rapariga (1989 ?), par L. & L.
Amália Rodrigues (1920-1999). Ma fille, traduit de : Rapariga (1989 ?), par L. & L.
*Exploitation du double sens de pena en portugais, qui est à la fois « peine » et plume ».

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La chanson du dimanche [128]. Cora Vaucaire • Souper d’adieu

23 août 2026

Adieu aussi à cet été qui n’en était pas un. Qui était une saison encore inconnue, nouvelle et dure comme l’avenir.

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Cora Vaucaire (1918-2011) • Souper d’adieu. Michel Vaucaire, paroles ; Rolf Marbot, musique.
Cora Vaucaire, chant ; accompagnement d’orchestre ; Jean Lemaire, direction.
Première publication : disque 45 t Cora Vaucaire chante les amours perdues. France, Pathé-Marconi, 1959.

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La chanson du dimanche [127]. Marie-Paule Belle

2 août 2026

Je l’ai vue une fois en vrai, Marie-Paule Belle. C’était en septembre 1985, au premier des cinq concerts donnés par Amália Rodrigues à l’Olympia où elle revenait après une longue absence. Durant tout le récital j’étais debout au pied de la scène ; Marie-Paule Belle était assise dans les premiers rangs, le deuxième ou le troisième. Je me suis trouvé tout près d’elle une fois le spectacle fini, alors que le public refluait vers les sorties. Je l’ai entendue déclarer, s’adressant à des tiers : « Moi ce soir j’ai pris une sacrée leçon de jeunesse », avec cette voix un peu pointue qu’elle avait et cette propension à traîner sur les è : « jeuneesse ».

Elle-même n’avait pas 40 ans ce jour-là et le fait est qu’Amália, qui en avait 65 (ainsi qu’elle s’en est vantée sur scène, suscitant applaudissements frénétiques, clameurs et même sifflets d’admiration), semblait de plus en plus pétulante au fil des deux heures de son récital : une vraie « bête de scène » comme on dit. À la fin elle dansait.

Marie-Paule a sans nul doute profité de cette « sacrée leçon » vu sa propre longévité en tant qu’artiste.

Pour lui rendre hommage voici, plutôt que les sempiternels La Parisienne ou Wolfgang et moi, une chanson qui évoque sa passion pour le piano.

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Marie-Paule Belle (1946-2026) • L’impromptu de Schubert. Françoise Mallet-Joris & Marie-Paule Belle, paroles ; Marie-Paule Belle, musique ; Serge Perathoner, arrangement. Incipit : Franz Schubert (1797-1828), Impromptu en la bémol majeur, D 899, op. 90, No 4 (extrait).
Marie-Paule Belle, chant ; Philippe Perathoner & Serge Perathoner, piano & synthétiseur ; Roland Romanelli, accordéon ; Jean-Jacques Cramier, guitare ; Bernard Rosati, basse ; Dominique Rollin, cithare ; Alain Hatot, Claude Romano, David Rose, André Laïda, Michel Gaucher, cuivres ; David Rose, violon électrique ; Équipe Hubert Varron, cordes & bois ; Alain Hatot, saxophone ; Jacques Rosati, percussion & batterie ; Marie-Paule Belle, réalisation artistique.
Enregistrement : D’Husion-Longueville (Essonne, France), studio Vénus.
Extrait de l’album Paris, fais-toi faire un lifting / Marie-Paule Belle. France, Carrère, ℗ 1982.

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La chanson du dimanche [126]. Marianne Oswald • Mes sœurs, n’aimez pas les marins

26 juillet 2026

Je les aimais et je les crains
Car ils n’aiment que leur navire.
Mes sœurs, n’aimez pas les marins !

Jean Cocteau (1889-1963). Mes sœurs, n’aimez pas les marins (vers 1935)

………

Marianne Oswald (1901-1985) • Mes sœurs, n’aimez pas les marins. Jean Cocteau, paroles & musique.
Marianne Oswald, chant ; accompagnée par Wal-Berg et son orchestre.
Première publication : disque 78 t Mes sœurs, n’aimez pas les marins ; Les boules de neige / Mlle Marianne Oswald. France, Columbia, 1936.

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Mes sœurs, n’aimez pas les marins !
À peine ils sont venus qu’ils partent,
Mes sœurs, n’aimez pas les marins !
Il faut vivre dans le chagrin
Et les suivre sur une carte,
Mes sœurs, n’aimez pas les marins !

Mes sœurs, n’aimez pas les marins !
Nous n’avons pas vu ce qu’ils virent.
Mes sœurs, n’aimez pas les marins !
Je les aimais et je les crains
Car ils n’aiment que leur navire.
Mes sœurs, n’aimez pas les marins !

Mes sœurs, n’aimez pas les marins !
La solitude est leur royaume.
Mes sœurs, n’aimez pas les marins !
Où les suivre et sur quel terrain ?
On n’aime en eux que des fantômes.
Mes sœurs, n’aimez pas les marins !

Mes sœurs, n’aimez pas les marins !
Ils vous embrassent pour la forme.
Mes sœurs, n’aimez pas les marins !
Ils vous mettent le cœur en train,
Ils font l’amour et ils s’endorment.

Mes sœurs, n’aimez pas les marins !
J’en aimais un qui m’a tuée.
Mes sœurs, n’aimez pas les marins !
Leur départ vous casse les reins
Et ils rient des prostituées.
Mes sœurs, n’aimez pas les marins !

Jean Cocteau (1889-1963). Mes sœurs, n’aimez pas les marins (vers 1935)

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