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Barbara | Le bel âge (1965)

23 février 2019

L’hiver est déjà passé, vous avez vu ; il fait un temps de mai.

Un des derniers hivers du monde.

La population, surprise par la pétulance de l’avènement de la chaleur, n’a pas eu le réflexe de puiser dans la garde-robe d’été. Mais dès lundi les jeunes gens iront en short, dans les rues, le long du fleuve.


Barbara (1930-1997) | Le bel âge. Barbara, paroles & musique.
Barbara, chant, piano ; Joss Baselli, accordéon ; Pierre Nicolas, contrebasse.
Extrait de l’émission Moi j’aime, diffusée le lundi 14 juin 1965. Invitée principale : Monique de La Bruchollerie (1915-1972), pianiste. Présentation : Aimée Mortimer. Producteur : Office national de radiodiffusion télévision française. France, 1965.

La Chanson de Tessa | Mouloudji, Irène Joachim, Éllī Paspalá

11 février 2019

La plus connue des versions de La Chanson de Tessa est probablement celle enregistrée en 1954 par Mouloudji (1922-1994) — qui prend quelques libertés avec le texte :

Mouloudji (1922-1994) | La Chanson de Tessa, op. 44a. Jean Giraudoux, paroles ; Maurice Jaubert, musique. Extrait de la pièce de théâtre Tessa, la nymphe au cœur fidèle (1934), de Jean Giraudoux (1882–1944), d’après le roman The Constant Nymph (1924) de Margaret Kennedy (1896–1967).
Mouloudji, chant ; accompagnement d’orchestre ; Michel Legrand, direction. France, 1954.

À la suite de Mouloudji, plusieurs chanteurs de « variétés », comme on disait alors (Jacques Douai, Michèle Arnaud et d’autres, jusqu’à Valérie Lagrange en 1966) ont mis La chanson de Tessa à leur répertoire. Dans sa version originale, la chanson est pourtant destinée à un duo, celui formé par Lewis et Tessa, les deux personnages principaux de la pièce de théâtre Tessa, la nymphe au cœur fidèle de Jean Giraudoux (1882–1944), représentée pour la première fois au Théâtre Louis Jouvet, à Paris, le 14 novembre 1934.

Tessa, en réalité une adaptation d’une pièce anglaise intitulée The Constant Nymph (1926), elle-même tirée du roman éponyme de l’écrivaine anglaise Margaret Kennedy (1896–1967), bénéficiait en effet d’une musique de scène, composée par Maurice Jaubert (1900-1940).

Quelques enregistrements, exécutés par des chanteuses lyriques, ont précédé celui de Mouloudji dès les années 1940. Par exemple celui de la soprano Irène Joachim (1913-2001), dont la Bibliothèque nationale référence une publication de 1948, avec accompagnement au piano de Jean Germain. Celui-ci, splendide, est plus tardif : il a été réalisé par la radio et fait partie d’un récital diffusé le 11 novembre 1959. Irène Joachim y est accompagnée par une autre pianiste, Nadine Desouche :

Irène Joachim (1913-2001) | La Chanson de Tessa, op. 44a. Jean Giraudoux, paroles ; Maurice Jaubert, musique. Extrait de la pièce de théâtre Tessa, la nymphe au cœur fidèle (1934), de Jean Giraudoux (1882–1944), d’après le roman The Constant Nymph (1924) de Margaret Kennedy (1896–1967).
Irène Joachim, soprano ; Nadine Desouche, piano. Enregistré le 23 mai 1959. France : Radiodiffusion Télévision Française, 1959.

Mais voici une troisième version de La chanson de Tessa, très surprenante et tout aussi belle que les deux précédentes. Elle est interprétée par la chanteuse grecque Έλλη Πασπαλά [Éllī Paspalá], née en 1957, sur son premier album, daté de 1988, sur lequel on trouve aussi, entre autres merveilles, Youcali, de Kurt Weill :

Έλλη Πασπαλά [Éllī Paspalá] | La Chanson de Tessa, op. 44a. Jean Giraudoux, paroles ; Maurice Jaubert, musique. Extrait de la pièce de théâtre Tessa, la nymphe au cœur fidèle (1934), de Jean Giraudoux (1882–1944), d’après le roman The Constant Nymph (1924) de Margaret Kennedy (1896–1967).
Έλλη Πασπαλά [Éllī Paspalá], chant ; Θεόδωρος Κοτεπάνος [Theódōros Kotepános], arrangements et direction d’orchestre.
Extrait de l’album Στη Λάμψη του Φεγγαριού [Stī Lámpsi tou Fengarioú]. Grèce, 1988.

LEWIS, chante et avec une ferveur qui stupéfie les autres
Reste ici bas, mon cœur fidèle
Si tu t’en vas la vie est ma peine éternelle.

SUZANNE. — Maman, je peux prendre un des gâteaux empoisonnés ?
PAULINA. — Chut.

LEWIS
Si tu meurs, les oiseaux se tairont pour toujours
Si tu es froide, aucun soleil ne brûlera…
Au matin, la joie de l’aurore
Ne lavera plus mes yeux…
Tout autour de ta tombe, les rosiers épanouis
Laisseront pendre et flétrir leurs fleurs !
La beauté mourra avec toi,
Mon seul amour…

TESSA
Si je meurs, les oiseaux ne se tairont qu’un soir
Si je meurs, pour une autre un jour tu m’oublieras.
De nouveau la joie de vivre
Alors lavera ton regard.
Au matin tu verras la montagne illuminée
Sur ma tombe t’offrir mille fleurs.
La beauté revivra sans moi,
Mon seul amour !

Un silence, chacun est assez impressionné.

KATE, qui a écouté du haut de la galerie. — C’est bien.
LINDA. — Trop bien, si vous voulez mon avis.
PAULINA. — C’est à vous, Lewis !

Lewis ne répond pas.

LEWIS. — A quel moment chantons-nous que le Pape avait mis du contrepoison ?

Jean Giraudoux (1882-1944). Tessa : la nymphe au cœur fidèle (1934), adapté de The Constant Nymph (1926), de Margaret Kennedy (1896-1967) et Basil Dean (1888-1978). Acte premier, premier tableau, scène 13.

Duarte | Fado Escorpião

3 février 2019

Le répertoire de Duarte est fait, aux deux tiers, aux trois quarts peut-être, de fados castiços (traditionnels, c’est à dire sans refrain), sur lesquels il chante ses propres textes.

Il en est ainsi de ce Fado Escorpião (« Fado Scorpion »), extrait de son album Sem dor nem piedade, paru en 2015, pour lequel il a mis à contribution le célèbre Fado Meia Noite de Filipe Pinto (voir le billet « Tivoli 62 »).

Duarte | Fado Escorpião. Duarte Coxo, paroles ; Filipe Pinto (Fado Meia Noite).
Duarte, chant ; Pedro de Castro, guitare portugaise ; Carlos Manuel Proença, guitare classique.
Vidéo : extrait de l’émission 5 Para a Meia Noite, présentée par Filomena Cautela. Production : RTP [Rádio e Televisão de Portugal], Portugal, 2016.
On aperçoit Aldina Duarte au début de la séquence.

Escorpião relacional
Sou de matar e morrer
Meu movimento letal
É só porque tem de ser

Scorpion relationnel
Je suis du genre à tuer et mourir
Un mouvement mortel
Que nul ne peut retenir.
Já tentei fazer diferente
Já tentei não me afogar
Mas a força da corrente
Nunca me deixou mudar

J’ai voulu faire autrement
Pour éviter de me noyer
Mais la force du courant
Ne m’a jamais permis de changer.
Atracção pelos excessos
Ou simples curiosidade
Não são todos os começos
Princípio de eternidade?

Attirance pour les excès
Ou simple curiosité
Tout commencement n’est-il pas
Principe d’éternité ?
O que eu faço não se faz
Já tanta gente mo disse
Mas eu nunca fui capaz
Nem vou ser porque alguém disse

Ce que je fais ne se fait pas
Tout le monde me l’a déjà dit
Mais on me dira ce qu’on voudra
Je ne peux pas faire autrement.
Escorpião relacional
Sou de matar e morrer
Por condição afinal
Sou assim, tenho que ser

Scorpion relationnel
Je suis du genre à tuer et mourir
C’est ainsi que je suis fait
Et ainsi je resterai.

Duarte Coxo.
Fado Escorpião
.
Duarte Coxo.
Fado Scorpion
, traduit de : Fado Escorpião par L. & L.

À propos de Duarte, voir aussi :

Hier est si loin déjà

2 février 2019

Toulouse (Occitanie, France). 26 janvier 2019
Toulouse (Occitanie, France). 26 janvier 2019

Hier ou demain,
Je t’aurais dit oui.
Hier ou demain,
Mais pas aujourd’hui.
Hier est si loin déjà
Et je ne t’aimais pas
Et dès demain si tu penses à moi
Je ne serai plus là.
Serge Gainsbourg (1928-1991). Hier ou demain (1967)

Marianne Faithfull | Hier ou demain. Serge Gainsbourg, paroles et musique. Extrait de la comédie musicale Anna, Pierre Koralnik, scénario, Jean-Loup Dabadie, dialogues,…
Marianne Faithfull, chant ; accompagnement d’orchestre ; Michel Colombier, direction.
Extrait d’une production de télévision non identifiée (captation d’une répétition pour le téléfilm Anna, diffusé sur la 1ère chaîne de l’ORTF le 13 janvier 1967 ?). Jean Pierre Spiero, réalisateur ; Marianne Faithfull, participante. Production France : ORTF [Office de radiodiffusion-télévision française], 1967.
Captation : 11 janvier 1967.

Gribouille | Mathias

1 février 2019

Une bulle de mémoire enfouie dans un tréfonds et qui brusquement remonte à la surface, mystérieusement.

Gribouille (1941-1968) | Mathias. Gribouille, paroles ; Gérard Bourgeois, Jean-Max Rivière, musique.
Vidéo : non identifiée. La bande-son est probablement l’enregistrement studio de la chanson et non le son direct.
Gribouille, chant ; orchestre, direction Jo Moutet. France, 1965.

Noite | Beatriz da Conceição, Marco Rodrigues, Carlos do Carmo, Max

28 janvier 2019

Noite
Companheira dos meus gritos
Rio de sonhos aflitos
Das aves que abandonei
Noite
Céu dos meus casos perdidos
Vêm de longe os sentidos
Nas canções que eu entreguei
Vasco de Lima Couto (1923-1980). Noite (1974).

Nuit
Compagne de mes cris
Fleuve de rêves navrés
Des oiseaux que j’ai abandonnés
Nuit
Ciel de mes batailles perdues
Elles viennent de loin les émotions
Dont sont faites mes chansons.

L’auteur des paroles de Noite (« Nuit »), Vasco de Lima Couto (1923-1980), a mené une longue carrière d’acteur de théâtre avant de se passionner pour l’écriture de poèmes destinés au fado et de s’immerger dans l’univers nocturne de l’activité fadiste.

Noite est un hommage à cette nuit-là, qui tient à distance les contraintes, la fadeur, la mesquinerie de la vie ordinaire. La nuit, tout est plus fort, plus pénétrant : amours, parfums, amertumes, désastres.

La langue même de la nuit ne semble pas observer les conventions de la conversation diurne : les mots employés dans ce fado diffèrent selon les versions chantées par tel ou tel fadiste. « Trago rugas nos meus dedos » pour les uns (« J’ai des rides plein les doigts »), « Trago ruas nos meus dedos » pour d’autres (« J’ai des rues plein les doigts ») ; « guardarem os segredos » (« garder les secrets ») ou « contarem os segredos » (« conter les secrets ») ; « fontes do amor » (« sources de l’amour ») ou « pontes do amor » (« ponts de l’amour »). Il n’est pas facile de citer les paroles de ce curieux et très beau fado et encore moins de les traduire.

La musique de Noite est de Max (pseudonyme de Maximiano de Sousa), qui en a enregistré la première version en 1974, en même temps que Pomba branca, des mêmes auteurs.

Bien qu’il s’agisse davantage d’une chanson que d’un fado, Noite a été repris par bon nombre de fadistes. Par exemple Beatriz da Conceição, qui en a réalisé un enregistrement studio. La voici captée sur le vif, tard dans sa carrière, psalmodiant presque, dans une sorte de sprechgesang, plus qu’elle ne chante :


Beatriz da Conceição (1939-2015) | Noite. Vasco de Lima Couto, paroles ; Max [Maximiano de Sousa], musique
Beatriz da Conceição, chant ; instrumentistes non identifiés.
Vidéo : Jaume Coy. Captation : Lisbonne (Portugal), Tasca do Chico, mars 2012.

On aura une idée plus précise de la mélodie de Noite avec la version publiée en 2015 par Marco Rodrigues. On ne peut pas dire qu’il fasse rêver, avec son allure de représentant de commerce qui connaît les restaurants où on peut se resservir d’estufado et d’iscas de bacalhau. Son interprétation de Noite, quoique parfaitement exécutée, en paraît un peu singulière :

Marco Rodrigues | Noite. Vasco de Lima Couto, paroles ; Max [Maximiano de Sousa], musique
Marco Rodrigues, chant ; Ângelo Freire, guitare portugaise ; guitare et basse acoustique non identifiées. Extrait de l’album Fados do fado / Marco Rodrigues. Portugal : Universal Music Portugal, ℗ 2015.
Vidéo : Lionel Balteiro, réalisation. Production : Mínima Ideia. Portugal, 2015.
Captation : Ginjal Terrasse, Almada (Portugal).

Une troisième version pour faire bonne mesure, celle de Carlos do Carmo, captée par la télévision portugaise dans les années 1980. Elle est précédée d’un long hommage du fadiste à Max, le compositeur de Noite (disparu en mai 1980). Le fado lui-même commence vers 1 min 30. Il souffre d’un arrangement instrumental chargé et de l’ajout d’un intermède dansé des plus insolites.

Carlos do Carmo | Noite. Vasco de Lima Couto, paroles ; Max [Maximiano de Sousa], musique.
Carlos do Carmo, chant ; instrumentistes non identifiés.
Production : RTP [Rádio e Televisão de Portugal], Portugal, années 1980.

Sou da noite um filho noite
Trago ruas nos meus dedos
De guardarem os segredos
Das altas pontes do amor

J’appartiens à la nuit, je suis fils de la nuit
J’ai des rues plein les doigts
À force d’y serrer les secrets
Des grands ponts de l’amour
E canto porque é preciso
Raiar a dor que me impele
E gravar na minha pele
As fontes da minha dor

Et je chante parce qu’il faut
Que rayonne la douleur qui m’anime
Et que dans ma peau s’imprime
Les sources d’où coule mon mal.
Noite,
Companheira dos meus gritos
Rio de sonhos aflitos
Das aves que abandonei
Noite,
Céu dos meus casos perdidos
Vêm de longe os sentidos
Nas canções que eu entreguei

Nuit
Compagne de mes cris
Fleuve de rêves navrés
Des oiseaux que j’ai abandonnés
Nuit
Ciel de mes batailles perdues
Elles viennent de loin les émotions
Dont sont faites mes chansons.
Oh minha mãe de arvoredos
Que penteias a saudade
Com que vi a humanidade
A minha voz soluçar

Oh ma mère forêt
Toi qui démêles la saudade
À travers laquelle j’ai vu
L’humanité pleurer dans ma voix.
Dei-te um corpo de segredos
Onde arrisquei minha mágoa
E onde bebi essa água
Que se prendia no ar

Je t’ai donné un corps de secrets
Sur lequel j’ai misé ma peine
Et d’où j’ai bu cette eau
Qui se cueillait dans l’air.

Vasco de Lima Couto (1923-1980).
Noite
.
Vasco de Lima Couto (1923-1980).
Nuit
, traduit de : Noite par L. & L.

Voici enfin la version originale, celle créée par le compositeur lui-même, Max :

Max (1918-1980) | Noite. Vasco de Lima Couto, paroles ; Maximiano de Sousa, musique.
Max, chant ; Orquestra de Jorge Machado ; Jorge Machado, arrangements et direction.
Portugal, 1974.

Les Ourgouilles

28 janvier 2019

Toulouse (Occitanie, France), 19 janvier 2019
Toulouse (Occitanie, France), 19 janvier 2019

Les Ourgouilles habitent l’embouchure du fleuve Ogal. Les Carasques, les hauts plateaux. Ceux-ci sont pauvres et leurs chants mélancoliques, et ils envient les Ourgouilles, qui s’empiffrent, qui n’ont souci de rien, et vivent sans rien faire.

Les Ourgouilles en rient, et se pavanent inexpugnables, dans un climat qui fait fondre et verdit les autres races qui essaient d’y vivre de temps à autre et de les combrattre, les Carasques, les Ratavestes et les Cliffets, et les oblige bientôt à remonter, ânes rachitiques, vers leurs tristes plateaux, chantant leurs chants mélancoliques, devenus plus mélancoliques encore.
Henri Michaux (1899-1984). Les Ourgouilles, extrait de : Voyage en Grande Garabagne (1936).

MrJaifroid | Les yeux pour pleurer. MrJaifroid, réalisation, production. 2010 (mise en ligne).
Bande son :
Nana Mouskouri | Les yeux pour pleurer. Serge Gainsbourg, paroles et musique.
Nana Mouskouri, chant ; orchestre, direction Jacques Denjean. France, 1964.

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