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Bon week-end !

22 avril 2017
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Toulouse (Occitanie, France), place de la Bourse, 22 avril 2017

Il fait chaud. Les rues, les places, les terrasses sont peuplées d’une foule heureuse — heureuse de cette lumière éclatante qui lui est donnée aujourd’hui.

Un samedi d’insouciance.

On ne pense pas à demain, après-demain. C’est aujourd’hui pour quelques heures encore. Rien n’est arrivé.

On se salue, les voix sont enjouées, on se dit « Bon week-end ! » comme si de rien n’était.

Toulouse (Occitanie, France), rue Boulbonne, 22 avril 2017

Dorival Caymmi, Amália Rodrigues, Caetano Veloso | Saudades de Itapoã

11 avril 2017

J’ignorais que cette chanson, que je connais depuis 30 ans peut-être, interprétée par Amália Rodrigues, était de Dorival Caymmi. Je n’y avais jamais fait attention.

Itapuã est un quartier de Salvador de Bahia, patrie de Dorival Caymmi. Sa plage est célèbre. La chanson Saudades de Itapoã (ou Itapoan, ou Itapuã, selon les versions du titre) évoque cette plage, ses cocotiers, le vent qui en agite les palmes en les faisant chanter, et plus encore une femme à la peau brune — tout ce dont est privé celui qui par son chant en exprime la nostalgie.

Dorival Caymmi a enregistré cette chanson en 1948 avec orchestre et chœurs, mais cette version-ci est datée de 1954. Elle a été publiée  sur un disque 33 t 25 cm intitulé Canções praieiras.

Dorival Caymmi | Saudades de Itapoã. Dorival Caymmi, paroles et musique.
Dorival Caymmi, chant, guitare.
Extrait de l’album Canções praieiras (Brésil, 1954).

« Je me suis toujours sentie bien au Brésil. Je trouve d’ailleurs que la samba et le fado ont une atmosphère commune. » Ainsi s’exprime Amália Rodrigues dans son autobiographie (Vítor Pavão dos Santos (né en 1937) et Amália Rodrigues (1920-1999). Amália, uma biografia (1987). 2a ed., Editorial Presença, 2005, page 83. Traduction L. & L.)

Saudades de Itapoã n’est certes pas une samba, mais pourrait se trouver englobée dans cette « atmosphère commune ». Amália Rodrigues a enregistré cette chanson alors qu’elle était sous contrat avec la firme française Ducretet-Thomson, disparue depuis. Elle figure sur un disque 45 t publié en 1958 sous le titre on ne peut moins approprié de Amália Rodrigues à Alfama. L’accompagnement en est très portugais (les musiciens ne sont pas crédités sur le disque) et placé très en arrière-plan de la voix d’Amália qui imite l’accent brésilien comme souvent lorsqu’elle chante des chansons brésiliennes — à l’exception notable de Saudades do Brasil em Portugal, écrite pour elle par Vinicius de Moraes.

Amália Rodrigues | Saudades de Itapoã. Dorival Caymmi, paroles et musique.
Amália Rodrigues, chant ; instrumentistes non identifiés (probablement Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare classique). Enregistré en France, vers 1958.
Première publication : disque 45 t Amália Rodrigues à Alfama, France, Ducretet-Thomson, 1958, sous le titre Saudade di Itapoã.

Coqueiro de Itapoã, coqueiro
Areia de Itapoã, areia
Morena de Itapoã, morena
Saudade de Itapoã me deixa.

 

Cocotier d’Itapoã, cocotier…
Le sable d’Itapoã, le sable…
Sa peau brune à Itapoã, brune…
Nostalgie d’Itapoã, laisse-moi !
Oh vento que faz cantiga nas folhas
No alto dos coqueirais
Oh vento que ondula as águas
Eu nunca tive saudade igual
Me traga boas notícias daquela terra toda manhã
E joga uma flor no colo de uma morena de Itapoã

 

Vent qui fait chanter les palmes
En passant dans les cocotiers,
Vent qui fait des rides sur la mer…
Jamais je n’ai connu pareil manque.
Apporte-moi tous les jours des nouvelles de ce pays,
Et jette une fleur dans le décolleté d’une brune d’Itapoã !
Coqueiro de Itapoã, coqueiro
Areia de Itapoã, areia
Morena de Itapoã, morena
Saudade de Itapoã me deixa
Me deixa, me deixa.
Cocotier d’Itapoã, cocotier…
Le sable d’Itapoã, le sable…
Sa peau brune à Itapoã, brune…
Nostalgie d’Itapoã, laisse-moi !
Laisse-moi, laisse-moi !
Dorival Caymmi.
Saudades d’Itapoã
.
Dorival Caymmi.
Saudades d’Itapoã
. Traduction L. & L.

Autre version, celle de Caetano Veloso — bahianais comme Dorival Caymmi —, publiée dans l’album Cores, nomes (1982), adorable.

Caetano Veloso | Coqueiro de Itapoã. Dorival Caymmi, paroles et musique.
Caetano Veloso, chant, guitare. Enregistrement : décembre 1981.
Première publication : album Cores, nomes, Brésil, Philips, 1982.

Dorival Caymmi, Salvador Sobral | Nem eu

9 avril 2017

Dorival Caymmi, Rio de Janeiro, 1938
Dorival Caymmi, Rio de Janeiro, 1938. Source : Wikimedia Commons.

Ce n’est pas que je connaisse grand chose de lui. Je ne sais rien, à vrai dire presque rien. Je connais son nom, Dorival Caymmi, pour l’avoir lu dans des textes en relation avec Caetano Veloso (interviews, notes sur des pochettes de disque ou autres), qui en fait grand cas.

Dorival Caymmi (1914-2008) était un auteur compositeur interprète, natif de Salvador de Bahia comme Caetano Veloso, souvent associé à ce genre un peu fourre-tout désigné du nom de « Música popular brasileira », ou plus fréquemment « MPB », qui s’est constitué vers 1965 et dont les représentants les plus fameux, outre Caetano Veloso, sont Chico Buarque, Tom Jobim, João Gilberto ou encore Elis Regina. Dorival Caymmi était leur aîné à tous : sa carrière était déjà bien entamée en 1965.

C’est en cherchant à connaître un peu mieux l’univers de Salvador Sobral que j’ai à nouveau croisé le nom de Dorival Caymmi. Je suis tombé sur cette merveille : Salvador Sobral, accompagné au piano par Júlio Resende — que nous connaissons pour sa splendide version de Medo avec la voix d’Amália. La chanson s’appelle Nem eu (« Moi non plus »).

Salvador Sobral | Nem eu. Dorival Caymmi, paroles et musique.
Salvador Sobral, chant ; Júlio Resende, piano.
Vidéo : prod. Edições Valentim de Carvalho S.A., 2016.

En voici l’original. Il date de 1952, c’est à dire bien avant l’avènement de la MPB.

Dorival Caymmi | Nem eu. Dorival Caymmi, paroles et musique.
Dorival Caymmi, chant ; accompagnement d’orchestre. Première publication : disque 78 t Odeon ‎13.288 (Brésil, 1952).

Não fazes favor nenhum
Em gostar de alguém
Nem eu, nem eu, nem eu
Quem inventou o amor
Não fui eu
Não fui eu, não fui eu
Não fui eu nem ninguém
O amor acontece na vida
Estavas desprevenida
E por acaso eu também
E como o acaso é importante querida
De nossas vidas a vida
Fez um brinquedo também

 

Quand tu aimes quelqu’un,
Ce n’est pas une faveur que tu lui fais
Moi non plus, moi non plus
Ce n’est pas moi
Qui ai inventé l’amour
Ce n’est pas moi, ce n’est pas moi
Ce n’est ni moi ni personne
L’amour surgit dans la vie
Tu ne t’y attendais pas
Et par hasard moi non plus
Et comme le hasard est important, mon amour,
De nos deux vies la vie
S’est fait un jouet.
Dorival Caymmi.
Nem eu
.
Dorival Caymmi.
Nem eu
. Traduction L. & L.

Salvador Sobral | Amar pelos dois

10 mars 2017

J’adore. Aussi bien la chanson elle-même — qui fait un peu années 50 — que le personnage, du moins ce qu’on en voit ici. Cette façon d’être en scène, à l’opposé de toute convention et de l’histrionisme ambiant. Cette gestuelle étonnante, qui tient un peu du mime, sans parler de la coiffure ni de la garde-robe. On croirait un Monsieur Hulot contemporain. On ne serait pas étonné de voir le micro se décrocher, ou un chien accourir en agitant la queue en signe d’amitié.

Salvador Sobral a 27 ans. La chanson qu’il interprète est une œuvre de sa sœur Luísa Sobral, son aînée de deux ans. Autrice-compositrice-interprète, elle illustre une tendance de la chanson portugaise qui fait florès depuis quelques années, influencée par le jazz.

Salvador Sobral | Amar pelos dois. Luísa Sobral, paroles et musique.
Salvador Sobral, chant ; accompagnement d’orchestre.
Vidéo : Festival RTP da canção 2017, 1re demi-finale, 17 février 2017 (extrait). Production : Portugal, RTP [Rádio e Televisão de Portugal], 2017.

Se um dia alguém
Perguntar por mim
Diz que vivi
Para te amar.

 

Si un jour quelqu’un
T’interroge sur moi
Dis-lui que je n’ai fait
Que t’aimer.
Antes de ti
Só existi
Cansado e sem nada p’ra dar
Meu bem
Ouve as minhas preces
Peço que regresses
Que me voltes a querer.

 

Avant toi
Je n’avais
Envie de rien, ni rien à donner
Mon amour
Écoute-moi
Je voudrais que tu reviennes
Et que tu m’aimes à nouveau.
Eu sei
Que não se ama sozinho
Talvez devagarinho
Possas voltar a aprender

 

Je sais
Qu’en amour il faut être deux
Si on y va doucement
Peut-être que tu y arriverais ?
Se o teu coração
Não quiser ceder
Não sentir paixão
Não quiser sofrer
Mais si ton cœur
Ne veut pas t’obéir
S’il ne veut pas aimer
S’il ne veut pas souffrir,
Sem fazer planos
Do que virá depois
O meu coração
Pode amar pelos dois.
Sans vouloir te forcer
Sache que
Mon cœur à moi
Peut bien aimer pour deux.
Luísa Sobral.
Amar pelos dois
.
Luísa Sobral .
Amar pelos dois
. Traduction L. & L.

La vidéo est un extrait d’une émission de la télévision publique portugaise, le Festival RTP da canção 2017, télé-crochet destiné à désigner la chanson qui représentera le pays au prochain Concours Eurovision. Celle présentée par Salvador Sobral, opposée à 15 œuvres assez vilaines je dois dire, dont beaucoup ressortissaient à une forme de variété portugaise particulièrement moche, en est sortie miraculeusement victorieuse.

Lula Pena | Archivo pittoresco (2017)

5 mars 2017

Lula Pena | Archivo pittoresco (2017)
Lula Pena. Archivo pittoresco (2017).

Choro sem motivo que lhes possa dizer, é como uma mágoa que me atravessa, é necessário que alguém chore, é como se fosse eu.

Vous reconnaissez ? M.D. « Je pleure sans raison que je pourrais vous dire, c’est comme une peine qui me traverse, il faut bien que quelqu’un pleure, c’est comme si c’était moi. » C’est ça. Telle est l’humeur de cet Archivo pittoresco, mélancolique et compassionnel.

Troubadour a précédé Archivo pittoresco, c’est vrai, privant ce nouvel album, qui paraît près de sept ans plus tard, d’un effet d’émerveillement qui a déjà eu lieu. Pourtant : présence de la Grèce — à travers une chanson de Mános Hadjidákis qui plus est —, de la Sardaigne, de la Belgique, de Cuba, du Portugal, du Brésil ; hommage à Violeta Parra ; précieuses découvertes comme ces deux chansons du sambista Ederaldo Gentil (1947-2012), la Cantiga de amigo d’Elomar — le « troubadour du Sertão » —, étonnant raccourci entre la chanson médiévale portugaise et celle du Nordeste brésilien, ou ce Poème de Louis Scutenaire (1905-1987).

« Je suis de la famille des vers à soie » déclare en ouverture la voix singulière de Lula Pena, accompagnée comme toujours de sa seule guitare. À la façon qu’a le chant de s’orner d’infimes accidents mélodiques qui sont autant de micro-intervalles, on pourrait penser qu’il cherche pour lui-même une couleur orientale, ou que sans la chercher il la produit d’instinct. Chant qui se dilue parfois dans une brume sonore jusqu’à rendre les textes indistincts, comme entendus à travers l’épaisseur de l’atmosphère d’une cathédrale. Du poème de Louis Scutenaire que voici, intégralement déclamé, seuls sont parfaitement audibles l’antépénultième et le dernier vers :

Je ne suis pas d’une grande pauvreté
Je n’ai pas de besoins torturants
Il y a des gens qui m’aiment
J’ai une taille et des habits qui me conviennent
Je regarde les rivières
Y jetant quand il me plaît et bien d’aplomb une grosse pierre
Pendant que d’autres font des ricochets
Que je contemple et les mille spectacles qui me sollicitent
J’ai fait des choses qui me sont sympathiques
Je vis avec une femme que j’aime
Et j’ai cinquante années
Et je suis triste.
Louis Scutenaire (1905-1987). Dans : Mes inscriptions (1945-1963)

L’instant suivant la voix devient claire, très proche, pour plus tard s’éloigner à nouveau. C’est que les rôles respectifs de la guitare et de la voix s’intervertissent de temps à autre au fil de l’album : plus encore que dans Troubadour, la guitare, orchestre et surtout instrument de percussion, cherche souvent à se placer en devanture. Cette mise en espace crée l’illusion d’un paysage avec ses plans qui se développent jusque dans ses lointains. L’illusion d’un déplacement aussi, d’une divagation de région en région, à travers l’archive pittoresque ici déployée.

Archivo pittoresco : semanário illustrado. No. 1, julho 1, 1857

Archivo pittoresco : semanário illustrado. — Lisboa : 1857-1868. — No. 1, julho 1, 1857.

Archivo pittoresco (on écrirait, en portugais moderne : Arquivo pitoresco) était le titre d’un hebdomadaire artistique et littéraire publié à Lisbonne de 1857 à 1868. Assez abondamment illustré de gravures originales, il était fait surtout de descriptions de paysages, de villes, de lieux remarquables de la terre. Son premier numéro (celui reproduit ci-contre) était consacré au Brésil. La bibliothèque municipale de Lisbonne en a numérisé une collection complète, que l’on peut consulter en ligne.

De même l’album de Lula Pena parcourt une géographie subjective, où le Brésil est très présent, et c’est la diversité des langues et des accents employés au long des 13 titres qu’il réunit (le français, l’espagnol, le grec, le sarde, l’anglais, différentes variétés de portugais) qui lui tient lieu d’illustration. Le tout dans une temporalité floue qui pour évoquer le présent convoque aussi bien des textes et des musiques contemporains que des œuvres du XVIIe ou du siècle dernier, sans qu’il soit possible à l’écoute d’en discerner la chronologie.

Ainsi c’est au moyen d’une chanson de Mános Hadjidákis remontant aux années 60 que sont évoqués les tourments vécus aujourd’hui par les Grecs — et par extension ceux endurés par les autres peuples européens (les Portugais notamment) frappés par la crise et dépris par la force de leur propre destin. Pes mou mia lexi : dis-moi un mot — le mot, celui que je désire t’entendre dire et par lequel viendra la consolation et la délivrance. Ce mot que tu me refuses.

Lula Pena | Πες μου μια λέξη [Pes mou mia léksī]. Αλέκος Σακελλάριος [Alékos Sakellários], paroles ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Hatzidákis], musique.
Lula Pena, arrangements, chant et guitare.
Vidéo : aucune information. 2017?

Πες μου μια λέξη, αυτή τη μόνη λέξη,
σε λίγο πια θα φέξει,
θα `ρθει η χλωμή αυγή.
Dis-moi un mot, ce seul mot.
Dans un instant le soleil va se lever
Et viendra l’aube pâle.
Κοντεύει έξι,
ας πούμε αυτή τη λέξη
που `χει στα χείλη μπλέξει
και δεν τολμά να βγει.
Il est presque six heures
Disons-le, ce mot
Qui reste accroché à nos lèvres
Sans oser les franchir.
Ο ουρανός, ο μεγάλος ουρανός
είν’ ακόμα σκοτεινός
και η νύχτα κυλά.
Μα εκεί ψηλά
κοίτα έν’ άστρο που δειλά
μοναχό φεγγοβολά και μας χαμογελά.
Le ciel, le ciel immense
Est encore sombre
Et la nuit s’étire.
Mais tout là-haut,
Timide et seule,
Une étoile brille et nous sourit.
Νύχτα ασημένια
κι η κάθε μου η έννοια
σ’ απόχη μεταξένια
από ξανθά μαλλιά.
Nuit d’argent
Et chaque pensée que je forme
Se prend dans un filet soyeux
De cheveux blonds.
Γλυκοχαράζει αλλά δε σε πειράζει
που γέμισε μαράζι η άδεια μου αγκαλιά.
L’aube vient dans sa douceur, mais peu t’importe
Que mon étreinte amère se referme sur le vide.
Αλέκος Σακελλάριος [Alékos Sakellários] (1913-1991). Πες μου μια λέξη [Pes mou mia léksī] (1961).
Αλέκος Σακελλάριος [Alékos Sakellários] (1913-1991).
Dis-moi un mot
, traduit de : Πες μου μια λέξη [Pes mou mia léksī] par L. & L. à partir de la traduction anglaise publiée sur le site stixoi.info.

Déambulation entre des peines, des douleurs de tous les continents (car bien que l’album lui-même n’explore que l’Europe et l’Amérique, Lula Pena dit chanter d’autres douleurs encore lors de ses récitals, dans d’autres langues : de l’Inde, de l’Afrique), Archivo pittoresco est un acte de compassion, c’est-à-dire, selon l’étymologie de ce mot, l’expression d’une sympathie pour ceux qui souffrent. C’est l’accomplissement de l’une des œuvres de miséricorde : consoler les affligés.

Pleurer avec ceux qui pleurent : il faut entendre Archivo pittoresco comme une complainte.

À lire :

Sur ce blog :

Lula Pena
Archivo pittoresco

Lula Pena | Archivo pittoresco (2017)Archivo pittoresco / Lula Pena, chant, guitare. — Production : Belgique : Crammed records, ℗2017.

Enregistrement : Bruxelles, 2015.

CD : Crammed records, 2017. — Référence commerciale : cram 270. — EAN 876623007548.

Ederaldo Gentil (1947-2012) | O ouro e a madeira

5 mars 2017

O ouro afunda no mar
Madeira fica por cima
Ostra nasce do lodo
Gerando pérolas finas.
Ederaldo Gentil (1947-2012). O ouro e a madeira (1975)

La mer engloutit l’or
Mais laisse flotter le bois
Et c’est l’huître, née de la vase
Qui donne les perles fines.

Lula Pena fait découvrir, dans son récent album Archivo pittoresco, deux morceaux du sambista bahianais Ederaldo Gentil (Salvador de Bahia, 1947-2012), compatriote et presque contemporain de Caetano Veloso (né en 1942 à Santo Amaro, banlieue de Salvador de Bahia).

Les deux chansons, O ouro e a madeira (ci-dessous) et Rose, sont issues du premier album d’Ederaldo Gentil, Samba, canto livre de um povo, publié en 1975.

Ederaldo Gentil (1947-2012) | O ouro e a madeira. Ederaldo Gentil, paroles et musique.
Ederaldo Gentil, chant et guitare.
Captation : Brésil, 1974

Não queria ser o mar
Me bastava a fonte
Muito menos ser a rosa
Simplesmente o espinho.
Pourquoi vouloir être la mer
Être source me suffirait
Et je veux moins être la rose
Que juste son épine.
Não queria ser caminho
Porém o atalho
Muito menos ser a chuva
Apenas o orvalho.
Pourquoi vouloir être la route
Être sentier me suffirait
Et je veux moins être la pluie
Que juste la rosée.
Não queria ser o dia
Só a alvorada
Muito menos ser o campo
Me bastava o grão.
Pourquoi vouloir être le jour
Être l’aube me suffirait
Et je veux moins être le champ
Que la graine semée.
Não queria ser a vida
Porém o momento
Muito menos ser concerto
Apenas a canção.
Pourquoi vouloir être la vie
Être l’instant me suffirait
Je veux moins être le concert
Que juste la chanson.
O ouro afunda no mar
Madeira fica por cima
Ostra nasce do lodo
Gerando pérolas finas.
La mer engloutit l’or
Mais laisse flotter le bois
Et c’est l’huître, née de la vase
Qui donne les perles fines.
Ederaldo Gentil (1947-2012). O ouro e a madeira (1975).
Ederaldo Gentil (1947-2012).
L’or et le bois
, traduit de : O ouro e a madeira par L. & L.

Je ne voudrais pas être la mer

Le Poème harmonique. Étienne Moulinié (1599-1676) | Ojos, si quereis vivir

5 mars 2017

Je me souviens de ce concert du Poème harmonique, c’est le premier auquel j’ai assisté quand je suis venu travailler à Montpellier, à l’automne 2000 (avant de retourner à Toulouse trois ans plus tard). Il avait lieu à Pézenas, c’était un vendredi soir, j’en suis presque sûr. Le public était très peu nombreux dans l’église, trente, quarante personnes tout au plus, et je ne connaissais ni le Poème harmonique, qui était alors un tout jeune ensemble, ni Étienne Moulinié (1599-1676) dont une collection d’œuvres était au programme ce soir-là.

Dans ce programme (identique à celui de l’album L’humaine comédie, que le Poème harmonique avait fait paraître cette même année 2000) figurait Ojos, si quereis vivir, un « air espagnol » composé par Moulinié, probablement d’après un original espagnol. L’auteur du poème est inconnu.

Cet air, sur ce même poème, figure aussi au programme d’Archivo pittoresco, le nouvel album de Lula Pena — sans d’ailleurs qu’il y soit fait mention de Moulinié. Il y est, on s’en doute, interprété d’une toute autre façon, et se continue, sans presque aucune interruption perceptible, dans un air cubain de 1924, Que partes el alma, renommé Las penas pour l’occasion.


Étienne Moulinié (1599-1676) | Ojos, si quereis vivir (1626). Composition d’Étienne Moulinié (d’après un anonyme espagnol ?) ; poème anonyme (Espagne).
Le Poème harmonique, ensemble vocal et instrumental ; Vincent Dumestre, direction.
Extrait de l’album L’humaine comédie, Alpha productions, 2000.

Ojos, si quereis vivir,
Lloremos nuestros ojos,
Que Amor que entra por los ojos,
Por ellos ha de salir.
Mes yeux, si vous voulez vivre,
Pleurons, ô mes yeux,
Qu’Amour, entré par les yeux,
Par eux soit éconduit.
Amor bien ciego viniste
A entrar por los ojos mios.
Amour bien aveugle, tu es venu,
Tu es entré par mes yeux.
Pecho, si quereis guarir,
Souspiremos mi mal trecho,
Que Amor que entra por el pecho,
Por ello de salir.
Mon cœur, si tu veux guérir,
Sortons ce mal par nos soupirs,
Qu’Amour, entré par le cœur
Par lui soit rejeté.
Amor bien ciego viniste
A entrar por los ojos mios.
Amour bien aveugle, tu es venu,
Tu es entré par mes yeux.
Cielo, si quieres oyr,
Abra la oreja a mi duelo,
Que Amor, que oye del cielo,
En ello ha de salir.
Ciel, si tu veux entendre,
Prête ton oreille à ma douleur,
Qu’Amour, venu du ciel,
Par lui soit rappelé.
Amor bien ciego viniste
A entrar por los ojos mios.
Amour bien aveugle, tu es venu,
Tu es entré par mes yeux.
Anonyme (Espagne, XVIIe siècle). Ojos, si quereis vivir. Source : manuscrit Mus. 1370, Biblioteca nacional de España, cité dans le livret d’accompagnement de l’album Estienne Moulinié. L’humaine comédie, par Le poème harmonique. France, Alpha, 2000. 1 CD. Réf. : Alpha 005.
Anonyme (Espagne, XVIIe siècle). Ojos, si quereis vivir. Traduction extraite du livret d’accompagnement de l’album Estienne Moulinié. L’humaine comédie, par Le poème harmonique. France, Alpha, 2000. 1 CD. Réf. : Alpha 005.

Étienne Moulinié (1599-1676)
L’humaine comédie

Estienne Moulinié. L'humaine comédie / Le Poème harmonique Alpha, 2000L’humaine comédie / Estienne Moulinié ; Le Poème harmonique, ensemble vocal et instrumental ; Vincent Dumestre, direction. — Production : France : Alpha productions, ℗2000.

Enregistrement : Paris, chapelle de l’hôpital Notre-Dame de Bon Secours, septembre et novembre 1999.

CD : Alpha, 2000. — Référence commerciale : Alpha 005. — EAN 3760014190056.

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