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Gisela João

27 janvier 2013

Voir aussi le billet Gisela João, dans la nuit bleue du fado

Gisela João
Gisela João. Photo © Pedro Mendes | email: pedro@pedromendes.com.

Gisela João sera-t-elle une grande fadiste ?

Sera-t-elle une fadiste ?

Gisela João. Quando era pequenina / paroles et musique traditionnelles (Beira Baixa, Portugal) ; Gisela João, chant ; Pedro Soares, guitare classique. 2012.

Quando era pequenina
Acabada de nascer.
Quand j’étais toute petite
Quand je venais de naître
‘Inda mal abria os olhos
Já era para te ver
Acabada de nascer.
J’ouvrais à peine les yeux
Et déjà c’était pour te voir
Quand je venais de naître.
E quando já for velhinha
Acabada de morrer.
Et quand je serai vieille
Et quand je serai morte
Olha bem para os meus olhos
Sem vida, hão de te ver
Acabados de morrer.
Regarde bien mes yeux
Sans vie, ils te verront encore
Quand je serai morte.
Traditionnel (Beira Baixa, Portugal). Quando era pequenina, ou Canção da Beira Baixa. Gisela João ne chante que les deux premiers couplets.
Traditionnel (Beira Baixa, Portugal). Quando era pequenina, ou Canção da Beira Baixa.. Trad.L. & L.

Des qualités vocales hors du commun, un timbre riche et profond parcourant une tessiture assez grave (alors que la mode, pour les voix féminines, est depuis dix ans aux voix aiguës et dépourvues de caractère) ; et une présence dramatique, un véritable tempérament. Cet extrait de la captation d’un spectacle donné à Lisbonne en 2012 en témoigne. Quando era pequenina est une chanson traditionnelle de la Beira Baixa, région située au centre-est du Portugal, qu’Amália Rodrigues, elle-même originaire de cette région, avait à son répertoire. C’est probablement cette version qui a inspiré Gisela João.

Elle-même est du nord, de la région du Minho, limitrophe de la Galice. Elle a 29 ans (née en 1983), et dit avoir découvert le fado très tôt, très précisément en entendant à la radio Que Deus me perdõe. Amália. À cet instant-là elle a su que c’était pour elle.

«Um dia estava a lavar a loiça e ouvi na rádio ‘Que Deus me Perdoe’, da Amália. Aquilo dizia: ‘Se a minha alma fechada/ Se pudesse mostrar/ E o que eu sofro calada/ Se pudesse contar/ Toda a gente veria/ Quanto sou desgraçada/ Quanto finjo alegria/ Quanto choro a cantar…’. E pensei: esta sou eu». Comprou uma cassete de Amália e, fechada no quarto, cantava.
Dans : A miúda que todos começam a conhecer, sur Sol (en ligne), 14 janvier 2013.

« Un jour, en faisant la vaisselle, j’ai entendu à la radio « Que Deus me perdoe », d’Amália. Les paroles disaient : « Si mon âme secrète / Pouvait se montrer / Et si ce que je souffre en silence / Pouvait se dire / Tout le monde verrait / Comme je suis malheureuse / Comme je feins d’être heureuse / Comme je pleure en chantant… » Et j’ai pensé : c’est moi. » Elle s’est procurée une cassette d’Amália et, enfermée dans sa chambre, s’est mise à chanter.
Trad. L. & L.

Elle fait tellement toc cette histoire qu’elle est probablement vraie. Dans cette même interview, on apprend que, après des débuts à Barcelos, sa ville natale, puis à Porto, Gisela João se laisse convaincre par le fadiste et producteur Hélder Moutinho de descendre à la capitale. Malgré une première année « très dure » elle noue à Lisbonne quelques amitiés précieuses : le réalisateur João Botelho, la chorégraphe Anne Teresa de Keersmaeker par exemple. De cette époque date la série de 5 vidéos réalisées par Tiago Pereira dans l’extraordinaire projet A música portuguesa a gostar dela própria (voir les billets A música portuguesa a gostar dela própria ; A música portuguesa a gostar de António Zambujo ; Raquel Tavares & Pedro JóiaDeste-me um beijo e vivi , O afinador) :

Gisela João. Lá na minha aldeia / Alberto Janes, paroles et musique ; Gisela João, chant ; Pedro Soares, guitare classique. Tiago Pereira, réalisation. Filmé à Lisbonne, Jardim da Estrela, 4 mars 2011.

Dans chacun des cinq clips — des morceaux du répertoire d’Amália, tous, parmi lesquels une touchante interprétation du fado Não é desgraça ser pobre, de Norberto Araújo et José Joaquim Cavalheiro Jr. (Fado menor do Porto) — éclate la fraîcheur et la spontanéité de la chanteuse.

Entre temps elle collabore avec le groupe Atlantihda, dont elle était alors la voix, et dont l’album éponyme est publié en avril 2011.

Atlantihda. Na calma dos teus olhos / José Flávio Martins, paroles ; Atlantihda, musique ; Atlantihda, groupe vocal et instrumental (Gisela João, chant ; João Campos, guitare classique et flûte traversière ; Miguel Teixeira, guitare classique, viola braguesa, adufe et bilha ; José Flávio Martins, basse acoustique et cajon ; Fátima Santos, accordéon ; Mélanie Paula, violoncelle ; Frederico Pereira, production et direction musicale). Portugal, 2009.

(Impossible de ne pas penser à Madredeus.)

Gisela João chante actuellement au Senhor Vinho, la casa de fados bien connue du quartier de Lapa à Lisbonne, dont la patronne, la fadiste Maria da Fé, a toujours su s’entourer (Aldina Duarte s’y produit depuis de longues années) et fait souvent preuve de discernement lorsqu’il s’agit de déceler le talent véritable chez les jeunes artistes (António Zambujo a été pensionnaire du Sr. Vinho bien avant que ne survienne sa notoriété internationale, et lui est resté fidèle jusqu’en janvier 2012).

Elle n’a pas encore d’album à son actif, du moins en tant que soliste, mais une publication est annoncée pour mars 2013. Quelques clips réalisés avec un grand soin permettent de s’en faire une idée.

Gisela João. Meu amigo está longe / José Carlos Ary dos Santos, paroles ; Alain Oulman, musique ; Gisela João, chant ; Guilherme Banza, guitare portugaise ; Pedro Soares, viola de fado (guitare classique) ; Francisco Gaspar, basse acoustique.
Nota : cette vidéo, vraiment splendide, a été déclarée privée sur Youtube depuis la publication de ce billet. On peut cependant la voir encore sur le site Metropolis d’Arte.

Nem um poema, nem um verso, nem um canto,
Tudo raso de ausência, tudo liso de espanto
Amiga, noiva, mãe, irmã, amante,
Meu amigo está longe
E a distância é tão grande.
Pas un poème, pas un vers, pas un chant
Tout est ras de l’absence, tout est lisse de l’effroi
Amie, fiancée, mère, sœur, amante,
Mon ami est loin
Et la distance est immense.
Nem um som, nem um grito, nem um ai
Tudo calado, todos sem mãe nem pai
Amiga noiva mãe irmã amante,
Meu amigo esta longe
E a tristeza é tão grande.
Pas un son, pas un cri, pas une plainte
Tout est silence, tous sans père ni mère,
Amie fiancée mère sœur amante,
Mon ami est loin
Et la tristesse est immense.
Ai esta magoa, ai este pranto, ai esta dor
Dor do amor sózinho, o amor maior
Amiga, noiva, mãe, irmã, amante,
Meu amigo esta longe
E a saudade é tão grande.
Ah cette peine, ah ce sanglot, cette douleur
Douleur de l’amour privé de son amour
Amie, fiancée, mère, sœur, amante,
Mon ami est loin
Et la saudade est immense
José Carlos Ary dos Santos (1937-1984). Meu amigo está longe.
José Carlos Ary dos Santos (1937-1984). Meu amigo está longe. Trad. L. & L.

Encore un fado puisé dans le répertoire d’Amália, celui-ci composé par Alain Oulman sur un poème d’Ary dos Santos. La ligne vocale est proche de l’interprétation originale, tandis que l’arrangement instrumental, très intéressant, se libère au contraire du modèle.

Je dois dire que depuis l’apparition de Carminho (voir les billets Carminho — A Bia da Mouraria ; Carminho — Meu amor marinheiro : Sur les quais), et jusqu’à ce qu’en furetant je découvre Gisela João, je n’avais plus rien entendu qui soit digne du moindre intérêt dans le domaine du fado — de mon point de vue du moins. J’avais cru que la renaissance du fado s’achevait avec Carminho. Mais là, quelque chose est possible. Ce qu’il faut à Gisela João – dont Camané prédit qu’elle sera la sensation de 2013 –, c’est avant tout un répertoire qui lui soit propre et qu’elle sache investir.

Reste pour elle à démontrer qu’elle peut employer les moyens vocaux et dramatiques exceptionnels dont elle dispose pour se forger une véritable personnalité de fadiste, car « não é fadista quem quer, só é fadista quem calha » (n’est pas fadista celui qui veut l’être, mais celui à qui cela échoit) [Fado da Adiça, paroles Rodrigo de Melo, musique Armandinho, interprété par Amália Rodrigues].

Gisela João. Meu corpo / José Carlos Ary dos Santos, paroles ; Fernando Tordo, musique ; Gisela João, chant ; Guilherme Banza, guitare portugaise ; Pedro Soares, viola de fado (guitare classique) ; Nando Araújo, basse acoustique. Captation : Lisbonne, Teatro do Bairro, 22 février 2012.

Bonne chance !

L. & L.

7 commentaires leave one →
  1. 20 août 2013 18:59

    Boa tarde,
    A foto que incluiram no post é de minha autoria e não da HM Música. Será que podem rectificar? Obrigado,
    Pedro Mendes

    • 20 août 2013 20:40

      Ai não sabia, desculpe!
      Rectifiquei : https://jepleuresansraison.com/2013/01/27/gisela-joao/
      Muito obrigado!
      Philippe

      • 20 août 2013 20:46

        Obrigado eu, um abraço!

  2. cruz jorge permalink
    15 septembre 2013 19:02

    chercher et écouter meu corpo chanté par Bevinda. chanté à capella plus fort, plus intense que la version de gisela que j’adore

    • 15 septembre 2013 21:47

      Oui la version de Bevinda est très bien en effet. Mais de toutes celles que je connais, ma préférée est celle de Celeste Rodrigues — pour moi inégalable !

  3. Phil Solal permalink
    8 avril 2015 22:54

    Nouveau lien YT pour le clip « Meu amigo está longe » :
    m.youtube.com/watch?v=KntKPfAq3j0
    Sur Vimeo : https://vimeo.com/55941535

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  1. Gisela João, dans la nuit bleue du fado | Je pleure sans raison que je pourrais vous dire

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