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Épiphanie métropolitaine

31 janvier 2012

Vittore Carpaccio (1460?-1526?). Il battesimo dei seleniti (1502 ou 1503), détail. Venezia, San Giorgio agli Schiavoni
Vittore Carpaccio (1460?-1526?). Il battesimo dei seleniti (1502 ou 1503), détail.
Venise, San Giorgio degli Schiavoni.

C’est dans le métro de Toulouse, un des premiers dimanches de janvier vers deux heures de l’après-midi. La rame arrivant, un jeune homme, trente ans ou moins, pas très grand mais bien bâti, cheveux noirs presque ras me précède à peine pour y monter. Visage intéressant, « décidé » comme on dit, une belle bouche. Il porte un caban foncé, des jeans, un sac de sport. C’est donc ça : un sportif pratiquant, et — on le voit à la façon dont il est entré dans la rame et à celle qu’il a de ne regarder les choses et les personnes que pendant les quelques instants qui lui suffisent à les apprécier –, sérieux en tout, responsable, bien sous tous rapports, le genre à céder sa place aux retraités dans les transports en commun.

Il y a du monde encore, comme si les fêtes de fin d’année traînaient en longueur ; il faut rester debout, se tenir aux barres. La main du jeune homme, pleine et nette, porte une alliance. Il fait évidemment un époux irréprochable et un bon père de famille, aucun doute là-dessus.

Il a trouvé à s’asseoir à la première station. À la suivante, d’une voix étonnamment grave, une voix de Boris Godounov ou de Kékszakállú, il offrait son siège à une femme à peine cinquantenaire qui n’en a pas voulu, vexée de cette sollicitude importune. L’enfer est pavé n’est-ce pas…

Dans cette même rame voyage un autre jeune homme, noir. Il est comme un roi mage, amené jusqu’ici par l’étoile qu’il poursuit depuis Rawalpindi. Il est svelte de corps, tout en cils et en regard, ce regard qui s’est embrasé dès lors que le trentenaire sportif et courtois lui est apparu. C’est extraordinaire comme ce regard s’est transformé. S’agrandissant de désir et presque aussitôt, au bout d’un délai infinitésimal, le temps d’un battement de cils, se voilant de douleur. Une sorte de transfiguration soudaine, flagrante.

Jamais il n’a obtenu d’être regardé à son tour, jamais. Une femme de cinquante ans oui, mais lui, qui n’entrait dans aucune catégorie d’assistés possibles, envers qui aucune courtoisie particulière n’avait à s’exercer, n’était pas même en droit d’être vu. Cela il l’a su immédiatement. De même il a mesuré à l’instant exact où il en était foudroyé la portée de l’envoûtement qui le frappait, sa puissance irrésistible, le génie de dévastation qui l’animait. En cet instant-là il s’est vu perdu, comme si l’enfant que l’étoile avait désigné s’était détourné du trésor qu’il était venu déposer à ses pieds.
Amêndoa amarga / Amália Rodrigues, chant ; Fontes Rocha, guitare portugaise ; Martinho d’Assunção, guitare ; José Carlos Ary dos Santos, paroles ; Alain Oulman, musique. Première publication dans Cantigas numa língua antiga (1977).

Por ti falo e ninguém pensa
mas eu digo minha amêndoa, meu amigo, meu irmão
meu tropel de ternura, minha casa
meu jardim de carências, minha asa.

Por ti vivo e ninguém pensa
mas eu sigo um caminho de silvas e de nardos
uma intensa ternura que persigo
rodeado de cardos por tantos lados.

Por ti morro e ninguém sabe
mas eu espero o teu corpo que sabe a madrugada
o teu corpo que sabe a desespero
ó minha amarga amêndoa desejada.
José Carlos Ary dos Santos (1937-1984). Amêndoa amarga, d’après Retrato de Amigo (1970).

C’est par toi que je parle et nul n’y pense.
Mais moi je dis : mon amande, mon ami, mon frère
mon flot d’amour, ma maison
mon jardin d’absences, mon aile.

C’est par toi que je vis et nul n’y pense.
Mais je parcours un chemin de nards et de ronces
à la poursuite d’une tendresse infinie,
assailli de chardons de tous côtés.

C’est par toi que je meurs et nul n’en sait rien.
Mais c’est ton corps que j’attends, ton corps au goût d’aurore
Ton corps au goût de désespoir,
O mon amande amère, désirée !
José Carlos Ary dos Santos (1937-1984). Amêndoa amarga, d’après Retrato de Amigo (1970). Traduction L. & L.

Autre hypothèse, plus cruelle encore : cet amour il en est la proie depuis longtemps. Et le jeune homme parfait, dont le manque lui est un supplice et la vue une blessure atroce, le sait.

L. & L.

Ici Groningue

22 janvier 2012

Je ne sais pas si tu as remarqué ce petit cartouche en bas de la page, tout en bas, une minuscule mappemonde mangée par des points rouges, sous le titre VISITEURS (DEPUIS LE 22 / 12/ 2009). En cliquant dessus on sait d’où se sont connectés les derniers visiteurs. On voit ceci :

Visites 22 janvier 2012

J’aime bien savoir d’où viennent les gens qui arrivent ici. Une fois il y a eu Imatra, SF. J’ai regardé sur G*** maps où se trouve Imatra, Finlande. C’est tout près de la frontière russe. Je me suis un peu promené virtuellement dans les rues de cette bourgade grâce à la street view. J’ai même parcouru toute la route jusqu’à la frontière. Après : plus de street view. La Russie reste un peu secrète, elle a son quant-à-soi.

Très souvent dans la liste des derniers visiteurs il y a : Groningen, NL. Mais très souvent. Il y a quelqu’un là-bas, à Groningen, NL, qui garde un œil ici. Aujourd’hui, c’était à 16 heures 12.

En français on dit Groningue, rimant avec wassingue (il faut dire ouassingue, tu le sais). Le nom français sonne ancien, XVIIe, du temps des guerres de Hollande, tu sais la paix de Nimègue, Louis XIV, le roi d’Espagne et tout le tremblement.

Je ne sais pas ce qui attire ici quelqu’un de Groningue. Quelqu’un qui aime le fado peut-être, et qui lit le français.

J’ai aussi exploré Groningue par G*** street view. C’est une très jolie ville à ce qu’il en semble.

En retour voici quelque chose de hollandais. De néerlandais devrais-je dire. Je l’ai trouvé par accident, alors que j’étais à la recherche de vidéos sur Cathy Berberian. Aucun rapport entre Cathy Berberian et cette chanson, sinon le côté un peu kitsch de l’une et de l’autre, et le fait que ceci se trouvait sur un site consacré à une certaine Jasperina De Jong (dont j’ignore tout, je n’ai pas cherché à approfondir) : http://jasperina.net/ fournissant également des documents audio et vidéo sur Cathy Berberian.

Malheureusement je n’ai pas étudié le néerlandais. J’ai donc sollicité le service de traduction automatique de G***, qui cette fois encore s’est tenu à la hauteur de sa réputation ; tu pourras savourer son œuvre, transcrite après le texte original ci-dessous. On y rencontre cette singulière aubépine éperlan : une variété frisonne fleurissant en poissons probablement ; et cette formulation des plus originales — quoique imprécise — pour indiquer l’heure : Il était environ une blonde avec un trou dans la joue. À moins bien sûr qu’aux Pays-Bas l’apparition d’une telle blonde se produise à une certaine heure, connue de tous. Enfin une chose est certaine : le goudron frais joue un rôle de premier plan dans l’histoire, de même qu’une avenue nommée d’après Alexander de Savornin Lohman, homme politique natif de… Groningue (m’apprend Wikipedia).

Pas geteerd / Joost Prinsen, chant ; Hans Dorrestijn, paroles, Harry Bannink ; John Knap, vidéo. Pas geteerd : extrait de l’album Aan Lager Wal (1979).

Pas geteerd
Begin van de lente, schitterend weer
De vogels, die gingen als gekken tekeer
De wereld in bloei, ‘t was lente en hoe
Ik reed niets vermoedend op de fiets naar haar toe
De meidoorn geurde, ik neuriede zacht
Ik glimlachte telkens als ik aan haar dacht
Wie zou er niet lachen, een prachtige dag
Hij zou er wel gek zijn, die de zon zij niet zag

De Savornin Lohman, zo heette die laan
Daar zag ik een wals en een teerwagen staan
De wegwerkers zwoegden en zongen hun lied
Wat er stond te gebeuren, dat wisten ze niet
Ze liet me niet binnen, ik stond verstomd
Toen ze zei:  » ‘t Is beter als jij nooit meer komt »
De asfaltlaag walmde in ‘t scherpe licht
En ze deed voor altijd de deur voor me dicht
De Savornin Lohman, zo heette die laan

Ik liep over ‘t tuinpad, nog steeds klonk gezang
‘t Ging over een blondje met een kuil in haar wang
De Savornin Lohman, met ‘t bord: ‘Pas geteerd’
Die dag, jaren geleden, ging alles verkeerd
In enk’le seconden was alles voorbij
De lente, de liefde bestond niet voor mij
Ik stond verslagen in ‘n walm van teer
De vogels, die gingen als gekken tekeer

Nog altijd, als ergens de weg wordt geteerd
Is ‘t of m’n hart in m’n lichaam omkeert
Hans Dorrestijn. Pas geteerd.

Seuls goudronneuses
Début du printemps, le beau temps
Les oiseaux, qui étaient battant comme un fou
Le monde en fleurs, c’était le printemps, et comment
J’ai roulé sans se douter d’elle sur un vélo
L’aubépine éperlan, je fredonnais doucement
J’ai souri chaque fois que je pensais à elle
Qui ne serait pas rire, une belle journée
Il serait fou qu’elle ne voit pas le soleil

Le Lohman Savornin, qui était l’avenue
J’ai vu une valse délicate et un chariot
Les travailleurs de la route peiné et chanté leur chanson
Qu’est-ce qui allait arriver, qu’ils n’ont pas
Elle m’a laissé entrer, j’ai été étonné
Puis elle dit : « C’est mieux si vous ne venez jamais »
Flottait dans la lumière de l’asphalte ‘s forte
Et elle était à jamais fermé la porte pour moi
Le Lohman Savornin, qui était l’avenue

J’ai couru à travers la trajectoire de jardin il, toujours chantant sonné
Il était environ une blonde avec un trou dans la joue
Le Lohman Savornin, avec ‘t signe: « Méfiez-vous goudronneuses »
Ce jour-là, il ya longtemps, tout a mal tourné
En quelques secondes il était plus enk’le
Printemps, l’amour n’était pas pour moi
Je jouais «goudron de la fumée n
Les oiseaux, qui étaient battant comme un fou

Pourtant, si la route est goudronnée, quelque part
Est-ce mon corps ou mon cœur à l’envers
Hans Dorrestijn. Pas geteerd. Traduction Google (22 janvier 2012).

Charmant, vind je niet?

L. & L.

Raquel Tavares & Pedro Jóia — Deste-me um beijo e vivi

20 janvier 2012

C’est encore une vidéo de cette série épatante, tu sais ? A música portuguesa a gostar dela própria. Elle n’a pas cessé de s’accroître, il s’y publie parfois plusieurs clips par jour.

Et là tu vois, c’est Raquel Tavares (on la connaît elle aussi, dans ce billet-ci, dans celui-là, et dans cet autre), en duo avec Pedro Jóia, guitariste (et compositeur).

Deste-me um beijo e vivi / Raquel Tavares, chant ; Pedro Jóia, guitare ; Vasco de Lima Couto, paroles ; Alfredo Marceneiro, musique (Fado cravo) ; Andreia Silva, réalisation. Enregistrement : Antiga fábrica da Viúva Lamego, Lisbonne, 28 novembre 2011. (A música portuguesa a gostar dela própria).

Tous les deux sont excellents dans ce Fado cravo, une des plus belles compostions d’Alfredo Marceneiro (Amália le tenait pour « uma maravilha », une merveille).

Petit à petit ils emmènent ce fado profondément castiço, c’est à dire issu de la plus pure veine du fado traditionnel, vers l’Andalousie. En tant qu’instrumentiste Pedro Jóia s’est un temps tourné du côté du flamenco. Il est à présent rendu à ses racines portugaises, ayant consacré son dernier album (Á espera de Armandinho, 2007) à douze magistrales transcriptions des compositions originales du grand joueur de guitare portugaise et compositeur Armandinho (1891-1946). Tout cela on l’entend ici, c’est vraiment magnifique.

Raquel Tavares elle aussi est impressionnante. On ne saurait mieux montrer à quel point le fado est un art de la tension et de la vibration : le chant lui-même doit être dans cet état de stress qui est à l’image de la vie. Lula Pena, après le concert d’Évreux l’autre soir, évoquait une expérience à laquelle elle a participé à Gérone, en Catalogne : il s’agissait de mesurer au moyen de l’appareillage médical approprié, et de visualiser sur un écran, l’effort fourni par son propre cœur durant un concert. Il s’avérait que le cœur était d’autant plus sollicité – et que les écrans d’affichage s’affolaient d’autant plus — que la voix était retenue.

L’absence de tension tue le fado, il le rend fade, morne, insipide, ennuyeux. Ici non.

Deste-me um beijo e vivi
Na força que veio de ti
Encontrei a fé perdida
Negando o barro e o mito
O meu corpo feito grito
Pediu à vida mais vida

Acontecemos um só
Sob a luz dum mesmo sol
Cores do mesmo matiz
Razões de uma só razão
Pedaços do mesmo chão
Troncos da mesma raíz

Dá-me as tuas carícias mais gratas
Das tuas mãos regressadas
Vindas do fundo do tempo
Mil madrugadas esperei
Presença viva que sei
Amor com força de vento

E o meu corpo feito grito
Teve força de granito
Força que veio de ti
Encontrei a fé perdida
Deste-me um beijo e vivi
Pedi à vida mais vida.
Vasco de Lima Couto. Deste-me um beijo e vivi.

Ton baiser m’a fait revivre
Dans cette force qui vient de toi
J’ai puisé la foi perdue
Refusant l’argile et le mythe
Mon corps qui n’est plus qu’un cri
Réclame à nouveau sa part de vie

Nous ne faisons qu’un
Dans l’éclat d’un même soleil
Couleurs d’une même palette
Raisonnant d’une même raison
Pétris d’une même terre
Troncs d’une même racine

Apaise-moi des plus douces caresses
De tes mains que je retrouve
Venues du fond du temps
Mille fois j’ai attendu cette aube
Présence vive que je connais
Amour aussi fort que le vent

Et mon corps qui n’est qu’un cri
A repris une vigueur de granit
Une vigueur qui vient de toi
J’ai retrouvé la foi perdue
Ton baiser m’a fait revivre
Je veux encore ma part de vie
Vasco de Lima Couto. Deste-me um beijo e vivi. Traduction L. & L.

C’est à Beatriz da Conceição — originaire de Porto — qu’est due la création de cette version particulière du Fado cravo, sur Deste-me um beijo e vivi (Ton baiser m’a fait revivre), un poème qui facilite probablement l’avènement de la tension voulue, grâce notamment à ses rimes appuyées en « i », une voyelle tendue.

Deste-me um beijo e vivi / Beatriz da Conceição, chant ; Vasco de Lima Couto, paroles ; Alfredo Marceneiro, musique (Fado cravo).

L. & L.

A música portuguesa a gostar dela própria — Site
Raquel Tavares sur Myspace
Pedro Jóia sur Myspace

2012, l’an de l’huître

14 janvier 2012

Ce mot, huître, est l’un des plus étonnants de la langue française. Cette diphtongue ui, propre au français, incompréhensible. Pourquoi s’est–elle produite, alors que les autres langues romanes ont conservé le o du latin et du grec — ostra, ostrica ? Un cahot peut-être au moment de l’enregistrement du mot dans le dictionnaire, ou un sanglot à l’instant précis où il était prononcé pour la première fois.

Encore que non, je ne crois pas à la théorie du sanglot. Le mot huître porte en lui une forme de grâce souriante due à l’accent circonflexe placé sur le i. Mais la perfection de sa première syllabe vient buter sur une fin chaotique, sans couleur, presque sans possibilité d’articulation, de sorte que le mot huître est doté, aussi, de quelque chose de mystérieusement indéchiffrable.

J’ai pris le train assez tôt ce matin, à la gare d’Évreux. La nuit a été glaciale, le haut de la cathédrale émergeait à peine d’une vapeur froide qui stagnait encore dans le creux de la ville. Sur la vallée de la Seine, les champs, les toits, les monticules normands, s’était déposée une pellicule de givre, la brume estompait le paysage, le faisant

plus pur,
plus proche.

Aux abords de Paris tout avait disparu, et ces villes dont on donne les noms parfois dans les journaux, Mantes, Poissy, Sartrouville, sont passées dans la lumière éclatante de ce samedi.

Je ne peux pas dire comment était le concert de Lula Pena, vendredi 13 janvier, Évreux. Elle, elle apparaît avec sa guitare, il y a sa voix, naturelle, à découvert, le balancement du corps et de la parole chantée, le souffle, l’élan, l’élan de l’autre, la perle de l’autre, la perle de l’huître, quanto é doce, quanto é bom, il n’y a pas de début ni de fin ; si ce n’est que le théâtre impose son protocole, le spectacle commence à telle heure, et arrive un moment où l’artiste sort de scène. Mais dans le cas de Lula c’est plutôt comme si la vie avait fait qu’on se soit trouvés pendant un moment au même endroit, face à face. Et pendant ce moment-là il y a eu les sept actes de Troubadour.

Plus un.

Lula Pena, affiche

Plus encore un, en dehors du théâtre, nous n’étions plus que quatre : Lula, deux lecteurs de ce blog, et moi. On parlait d’huîtres, de péninsules, de verres à soie, à soi.

L. & L.

António Zambujo à Toulouse, 6 janvier 2012

7 janvier 2012

Para que quero eu olhos / António Zambujo et Raquel Tavares, chant ; António Zambujo, guitare et grimaces ; paroles et musiques traditionnelles (Beira Baixa, Portugal) ; Tiago Pereira, réalisation. Enregistrement : Tasca do Chico, Lisbonne, 15 décembre 2011. (A música portuguesa a gostar dela própria).

Cette salle bleue de l’espace Croix-Baragnon, qui est petite, était remplie à peine au tiers, on aurait pu se compter. Mauvaise date, trop proche des fêtes de fin d’année ? Absence de promotion ?

Pas d’accueil du public, ni de présentation des artistes, contrairement à ce qui s’est fait lors les concerts de Lucilla Galeazzi l’an dernier et d’autres auxquels j’ai assisté dans cette salle : à peine le minimum syndical.

De pareilles circonstances, moi ça me met mal à l’aise en tant que spectateur, me retenant de m’abandonner complètement au spectacle.

António Zambujo entre en scène, d’abord seul, avec sa guitare. Il dit Bonsoir, avec ce r un peu appuyé parce que pour un Portugais ce n’est pas naturel de le grasseyer à la fin d’un mot, prend son inspiration pour attaquer le premier morceau ; un grésillement intempestif survient à ce moment précis, il reste en apnée le temps que le silence revienne, puis entame Fui colher uma romã, chanson traditionelle de l’Alentejo dont il est natif.

Apparition de Bernardo Couto (guitare portugaise) et Ricardo Cruz (contrebasse) pour le fado Loucura (« Sou do fado, como sei… ») qui convient si bien à Zambujo. Toujours ces problèmes de son, d’équilibre entre les différents instruments et la voix, qui auront gâché le premier quart du concert, sans parler de l’éclairage : bombardé par un projecteur qui l’atteignait au sommet de la tête l’excellent Bernardo Couto, le visage déformé par l’ombre de sa propre chevelure paraissait fantomatique (mais quand même, n’a-t-il pas un peu grossi ?)

En dehors des deux premiers morceaux, l’ensemble de ce qui a été chanté et joué provenait des deux derniers albums, Outro sentido (Amor de mel amor de fel, Eu já não sei, Quando tu passas por mim, Lábios que beijei, Nem às paredes confesso, Fadista louco) et Guia (Guia, Apelo, Não me dou longe de ti, A tua frieza gela, Readers Digest, Zorro, Barroco tropical, Fado da vida bela), les trois musiciens déjà cités recevant le renfort de José Conde (clarinette) et de Jon Luz (cavaquinho).

Ce qui frappe dans les concerts d’António Zambujo, outre la maîtrise vocale du chanteur qui ne se dément pas, c’est la grande complicité qui unit les musiciens. António Zambujo, un être extrêmement sympathique, installe cette atmosphère-là. Souvent ils se parlent entre eux, ils plaisantent — mais jamais au détriment du public, le chanteur ne s’en éloignant pas un seul instant, expliquant au besoin ce qui se passe entre eux. Complicité musicale aussi, plus forte encore que lors du précédent concert auquel j’ai assisté, à l’été 2010.

Sourire irrésistible, grimaces (dont une effrayante au moment d’évoquer le Benfica dans Zorro), amabilité facétieuse (« Vive Toulouss ! » « … ter mulher fiel, filhos, fado, anel, e lua de mel em Toulouss » dans Readers Digest : « avoir une femme fidèle, des gosses, du fado, bague au doigt et lune de miel à Toulouse »), voilà comment António Zambujo fait face à l’adversité de cette salle clairsemée — mais chaleureuse.

Présentant le dernier morceau (un avant-goût du 5e album, prévu pour avril ?), il rend hommage aux trois personnages selon lui les plus importants dans l’histoire du fado : Amália Rodrigues, « parfaite en tout », Armandinho (1891-1946), souvent considéré en effet comme le plus grand joueur de guitare portugaise que le fado ait connu, et Alfredo Marceneiro. C’est sur un fado composé par ce dernier (Marcha do Marceneiro) que se clôt le concert. En voici une version par le prodigieux Marceneiro lui-même, sur le poème Amor é água que corre :

Amor é água que corre / Alfredo Marceneiro, musique et chant ; Augusto de Sousa, paroles.

L. & L.

Lula Pena en France le 13 janvier

6 janvier 2012

Pena a deux sens en portugais : à la fois peine et plume, comme dans le fado As penas qui sans cesse joue sur cette ambivalence.

Lula aussi se trouve dans le dictionnaire : c’est un calamar.

Oui, et alors, c’est quoi ce lacanisme à la gomme ?

Alors la Conserveira de Lisboa (Conserverie de Lisbonne) a édité en 2010 une boîte à l’intérieur de laquelle s’en trouvent deux autres : une boîte de conserve de calamars à l’encre (lulas com tinta em conserva) et une boîte à musique (caixinha de música) qui joue un air composé par Lula Pena :

le lancement s’étant effectué avec la participation de Lula elle-même, en personne :

Lula Pena est une artiste extrêmement singulière.

Selon moi, et bien qu’elle n’emploie aucun des moyens formels du fado dans l’interprétation (ni la technique vocale, ni l’instrumentarium), que son chant soit dans le murmure plus que dans la puissance et que son répertoire puise à bien des sources, elle est une des plus émouvantes fadistes actuellement en exercice. Je dis une des fadistes parce que la langue française est ainsi faite, mais je veux dire une des plus grandes parmi tous les fadistes, femmes ou hommes.

Un des lieux communs du fado est qu’on naît fadiste, et qu’à moins de ça il n’y a rien : on chantera ce qu’on voudra, ce ne sera jamais du fado. Ou alors si, ce sera du fado — peut-être. Mais le fado n’adviendra pas, selon cette autre formule souvent entendue : o fado acontece, le fado advient.

De ce point de vue Lula Pena est comme Amália : leur expression, à l’une et à l’autre, est fado ; dans le chant, celui qu’elles choisissent de donner, même si c’est — pour Lula Pena — Luna Tucumana d’Atahualpa Yupanqui, ou « Eu quero a Rosa Rosa … Just to love And be loved In return … You’ve got pollen on your nose, Where’ve you been? Where’ve you been? » (successivement de Lula Pena, Eden Ahbez et Mirah, fragments enchaînés dans l’acte VII de Troubadour, l’album de 2010), ou encore une chanson traditionnelle alentejane qui dit que l’amour qu’on a se trouve sur l’autre rive du fleuve et que le bateau reste à quai :

Ribeira vai cheia e o barco não anda
Tenho o meu amor lá da outra banda,
Lá na outra banda e eu cá deste lado
Ribeira vai cheia e o barco parado

Pour Amália c’est une chanson italienne, mettons Canzone per te de Sergio Endrigo, ou espagnole (El toro y la luna, ou autre). Ou Quando eu era pequenina, traditionnel de sa région d’origine, Beira Baixa, ou même, au fond, les compositions d’Alain Oulman, qui formellement n’étant pas des fados ne le deviennent que portés par l’artiste qui a le fado en soi.

Senhora do Almortão / Lula Pena, chant et guitare ; paroles et musique traditionnelles

Et ce sont aussi des fados véritables, As penas, Libertação, Lago, Fria claridade, diamants qui sont passés de l’une à l’autre, resplendissant chaque fois d’un éclat incomparable.

Lula Pena est à Évreux la semaine prochaine, c’est son seul concert prévu en France. Quant à moi, bien qu’il me faille pour cela traverser tout le pays, j’y vais.

(Au passage, chère Scène nationale d’Évreux, lorsqu’on reproduit [ici] des phrases qu’on a trouvées ou , on n’oublie pas les guillemets, ni la citation de la source, merci.)

L. & L.

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Lula Pena en concert
Vendredi 13 janvier 2012, 20h30

Évreux (27 – Eure) – Scène nationale Évreux-Louviers
Le Cadran
Palais des congrès du Grand Évreux – Boulevard de Normandie
27000 Évreux
Tél : +33 (0)2 32 78 85 25
7 € à 18 € (prix indicatif)

Voir ce concert sur le site du théâtre

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Pena, Lula
Troubadour (2010)

Lula Pena -- Troubadour. 2010Troubadour / Lula Pena, chant, guitare. — Lisboa : Mbari, 2010.

Mbari 09.

Disponible sur CDGO, Fnac (Portugal)
Télécharger sur Amazon, Fnac

Lula Pena sur MySpace

Cette année-là

4 janvier 2012

2012. Tu le sais, elle pourrait être la dernière du monde, c’est ce qu’on dit.

Ce qu’il faudrait c’est qu’elle soit palpitante et amusante.

Comme je reviens de Spolète (en Ombrie), et qu’à l’été 2004, pendant le Festival des deux mondes, j’ai visité dans cette ville une exposition … Voilà : c’était une exposition sur le travail d’Emanuele Luzzati (1921-2007) — extraordinaire dessinateur et illustrateur génois –, en relation avec les opéras de Rossini et de Mozart pour lesquels il a créé des décors. On circulait parmi ceux réalisés pour La flûte enchantée notamment, et peut-être aussi pour Le barbier de Séville et Le Turc en Italie de Rossini, je n’en suis plus certain.

Une salle était consacrée aux films d’animation auxquels il a collaboré, comme cette étincelante Sinfonia de La pie voleuse :

La gazza ladra. Sinfonia / musica di Gioacchino Rossini ; una produzione di Emanuele Luzzati ; soggetto e sceneggiatura di Gianini e Luzzati ; animazione e fotografia di Giulio Gianini ; disegni di Emanuele Luzzati ; orchestra diretta da Arturo Basile. 1965.

Un enchantement.

Comme la dernière année du monde ?

C’est ce rêve qu’il faut faire.

L. & L.

Spoleto (Umbria, Italia) -- Spolète (Ombrie, Italie). 31 décembre 2011 Spoleto (Umbria, Italia) — Spolète (Ombrie, Italie). 31 décembre 2011

Amália & Camões. 3. Erros meus

24 décembre 2011

Fait suite à : Amália & Camões. 1
et à : Amália & Camões. 2. Dura memória

Os poetas pertencem ao povo: eu sou do povo!
Les poètes appartiennent au peuple : moi je suis du peuple !
Amália Rodrigues en 1965.

Com que voz, film de Nicholas Oulman (2009). Affiche
Affiche de Com que voz, film documentaire de Nicholas Oulman (2009), consacré à son père Alain Oulman et à la collaboration de celui-ci avec Amália Rodrigues.

1965 au Portugal : le pont suspendu sur le Tage est en cours de construction, il sera achevé l’année suivante et baptisé Pont Salazar (Amália Rodrigues est invitée à chanter lors des cérémonies de l’inauguration). En février Humberto Delgado, officier de l’armée de l’air portugaise et principale figure de l’opposition à Salazar, est abattu par la PIDE en Espagne, près de la frontière. Candidat malheureux aux élections présidentielles truquées de 1958 à la suite desquelles il s’exile au Brésil puis en Algérie, instigateur en 1962 d’un coup d’état qui tourne court, il rentrait au Portugal.

Les guerres coloniales battent leur plein en Afrique, mais bernée par la censure d’État qui frappe la presse, la majorité des Portugais n’a aucune idée de ce qui se passe réellement, ignorant que leur pays est en guerre, croyant à de simples attaques terroristes. C’est ce qui leur est dit.

Les Rolling Stones chantent (I can’t get no) satisfaction ; France Gall Poupée de cire poupée de son.

Le disque 45 tours intitulé Amália canta Luís de Camões est publié cette année-là, 1965 (en février ?).

Amália canta Luís de Camões. Disque 45 t. V. de Carvalho, 1965.Trois poèmes du « grand poète national » y figurent, tous mis en musique par Alain Oulman (1928-1990) : deux sonnets (Dura memória et Erros meus) avec accompagnement de guitare portugaise et de guitare classique et de discrets rehauts de piano pour le premier, et une chanson avec« mote » et « voltas » (Lianor), desservie par un arrière-plan orchestral aussi malencontreux qu’inattendu.

Les deux sonnets sont splendides.

Cependant, qu’une chanteuse de fado s’autorise à mettre Camões à son répertoire en scandalise plus d’un, tant dans les milieux intellectuels que dans celui du fado, pour des raisons contraires.

La polémique fait la une du Diário Popular du 23 octobre 1965 (« Amália canta Camões: acha bem? Acha mal? », Amália chante Camões : d’accord ? Pas d’accord ?) et se poursuit dans les pages intérieures. On en voit les fac-similés dans le catalogue de l’exposition As mãos que trago : Alain Oulman 1928-1990 (Lisbonne, Museu do Fado, 2009).

La réponse de l’écrivain José Cardoso Pires, qui pourtant, dans son Lisbonne, livre de bord (1997) n’est pas mal disposé envers Amália, bien au contraire, est d’une grande dureté :

Se for bem cantado, não acho mal. Mas é possivel gostar-se ao mesmo tempo, da cantiga da boa gente e de Luís de Camões? A demagogia barata daquelas e de outras letras cabem no mesmo paladar de um soneto de primeira grandeza? Um texto musical, mesmo da qualidade dos de Alain Oulman, não suporta vícios de voz — penso eu.

À condition que ce soit bien chanté, je n’ai rien contre. Mais est-il possible d’aimer en même temps la Cantiga da boa gente et Luís de Camões ? Est-ce que la démagogie bon marché des paroles de cette chanson et d’autres peut cohabiter dans la même gorge avec un sonnet de première grandeur ? Un texte musical, fût-il de la qualité de ceux d’Alain Oulman, ne supporte pas une mauvaise voix, voilà ce que je pense.
Traduction L. & L..

Cantiga da boa gente est une chanson, en effet regrettable, tirée du film Fado corrido (1964) dans lequel Amália elle-même tenait un rôle, et qui fut un très grand succès populaire.

Côté fadistes, la réponse de la grande Maria Teresa de Noronha :

Mal não acho. Amália pode cantar tudo. Só não concordo que saia do fado. É uma pena que Amália cante espanholadas e coisas semelhantes. Foi a única que podia levar o fado lá fora: foi a única que o não fez. Amália pode cantar tudo — até Camões. Eu não o faria; acho que não é isso o fado. Mas como ela tem cantado tantas coisas…

Je ne suis pas contre. Amália peut tout chanter. Mais je regrette qu’elle s’éloigne du fado. C’est dommage qu’Amália chante des espagnolades et des choses de ce genre. Elle était la seule à pouvoir exporter le fado à l’étranger, elle est la seule à ne pas l’avoir fait. Amália peut tout chanter, même Camões. Moi je ne le ferais pas ; pour moi ce n’est pas ça le fado. Mais comme elle chante tellement de choses…
Traduction L. & L..

D’autres réactions encore, extrêmement virulentes, voire violentes.

Dans le camp des « pour » on trouve sans surprise certains des poètes ayant écrit pour Amália, les plus progressistes : David Mourão-Ferreira, qui qualifie de « magistrales » les interprétations des sonnets, Alexandre O’Neill, qui n’est pas avare d’amabilités envers ses collègues (« isoler un génie dans sa propre gloire, le rendre prisonnier de sa propre complexité, le tuer à petit feu dans l’hôpital des grammairiens ou dans la somnolence des sessions solennelles, ce sont des pratiques de sociétés de benêts »), et bien sûr Alain Oulman.

Quant à Amália, interrogée elle aussi, sa réponse la voici :

Eu não sei. Camões é que devia achar mal. Cantei os versos — porque gostei deles! Os versos que os poetas escrevem são para ser cantados e conhecidos. Os poetas pertencem ao povo: eu sou do povo!

Moi je ne sais pas. Ce serait à Camões de le dire. J’ai chanté ces poèmes parce qu’ils me plaisaient. Les vers que les poètes écrivent, il faut les chanter et les faire connaître. Les poètes appartiennent au peuple : moi je suis du peuple !
Traduction L. & L..

Erros meus / Amália Rodrigues, chant ; Luís de Camões, paroles ; Alain Oulman, musique. RTP, 1965.

Erros meus, má fortuna, amor ardente
em minha perdição se conjuraram;
os erros e a fortuna sobejaram,
que para mim bastava o amor somente.

Tudo passei; mas tenho tão presente
a grande dor das cousas que passaram,
que as magoadas iras me ensinaram
a não querer já nunca ser contente.

Errei todo o discurso de meus anos;
dei causa que a Fortuna castigasse
as minhas mal fundadas esperanças.

De amor não vi senão breves enganos.
Oh! quem tanto pudesse que fartasse
este meu duro génio de vinganças!
Luís de Camões (1524?-1580). Erros meus, má fortuna, amor ardente.

Mes fautes, un mauvais sort, l’amour ardent
S’étaient ligués dans le but de me perdre;
Les fautes et le sort étaient de trop,
Pour moi l’amour et lui seul suffisait.

Tout a passé; mais je sens si présente
L’âpre douleur des choses qui passèrent
Qu’en ma fureur chagrine j’ai appris
À ne vouloir plus jamais être heureux.

J’ai perdu tout le cours de mes années;
Le Sort cruel par ma faute a sévi
Contre mes espérances mal fondées.

D’amour je n’ai connu qu’illusions brèves.
Si seulement je pouvais assouvir
Mon dur Génie, à force de vengeances!
Luís de Camões (1524?-1580). Erros meus, má fortuna, amor ardente.. Traduction Anne-Marie Quint & Maryvonne Boudoy.

Et toi, qu’est-ce que tu en penses ?

L. & L.

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Camões, Luís de (1524?-1580). Sonnets. Choix. Portugais et traduction française (Quint). Chandeigne, 2011.Camões, Luís de (1524?-1580)
Sonnets. Choix. Portugais et traduction française (Quint & Boudoy)

Sonnets / Luís de Camões ; choix et traduction d’Anne-Marie Quint ; en collaboration avec Maryvonne Boudoy. — Édition bilingue. — Paris : Chandeigne, 2011. — 109 pages ; 18 cm.
(Bibliothèque lusitane, ISSN 1254-9630)

Réunit 45 sonnets. Traductions françaises en regard des textes originaux portugais.
ISBN 978-2915540-82-6

Noël de crise : Damia — J’suis dans la dèche

24 décembre 2011

Damia (1889-1978). J’suis dans la dèche / Damia, chant ; Raymond Asso et Michel Lukine, paroles ; Léo Poll, musique. 1937.

Le ciel est bas morne, insipide
Et rien ne brille au firmament
Sur le boulevard d’un pas rapide
Les gens passent indifférents
Et moi, je vais la tête vide
Tremblant de froid
Les membres lourds
Courbant le dos, le front livide
Et mon cœur frappe
À grands coups sourds.

J’suis dans la dèche
Je n’en peux plus
J’voudrais dormir
J’ai même plus de crèche
J’ai l’cœur tout vide
Les mains toutes rêches
J’suis dans la dèche
Je n’en peux plus

J’ose pas rester dans les lumières
Les gens me r’ gardent d’un air curieux
Et dans le brouillard, les réverbères
Rigolent de tous leurs petits yeux
Faut l’habitude de la mistoufle
Ça s’apprend pas comme ça, d’un coup
J’ai peur du bruit, du vent qui souffle
J’ai peur des hommes
J’ai peur de tout

J’suis dans la dèche
Je n’en peux plus
J’voudrais dormir
J’ai même plus de crèche
J’ai l’cœur tout vide
Les mains toutes rêches
J’suis dans la dèche
Je n’en peux plus

J’m’arrête un peu, les jambes lourdes
Un homme approche,
Comme il fait noir
J’ose tendre la main
Ah, c’que j’suis gourde
I’ m’prend pour une fille de trottoir
Et dans la nuit je pars maudite
Sans savoir où mènent mes pas
La rage au cœur, je vais plus vite
Tiens l’eau qui coule là tout en bas

Elle clapote
Tout doux, tout doux
Ça cogne là dans ma pauv’ caboche
Hop !
Dans la flotte !
Qu’est-ce que ça fout !
Raymond Asso et Michel Lukine. J’suis dans la dèche

Joyeux Noël !

L. & L.

Caro Nanni

23 décembre 2011

Tu sais, je ne sais pas si on pourra aller en Italie cette année, il y a un problème avec l’assurance de la voiture.

Je regardais tout à l’heure Caro diario (Journal intime), le film de Nanni Moretti. Il date de 94, tout ce temps passé c’est comme un abîme… Tu l’as vu ? As-tu remarqué qu’il change de vêtements à chaque scène, Nanni Moretti, même quand il est en voyage dans les îles Lipari ?

J’ai aimé ce film. Bien qu’il parle de lui-même, Nanni Moretti, c’est comme si c’était de moi.  (Et donc de toi aussi, probablement.) J’ai déjà vu trois fois la première partie, celle de la divagation dans Rome. Ce quartier de Garbatella, tu le connaissais ? Moi non. Je ne connais pas bien Rome tu sais.

Roma. Quartiere Garbatella, par mcalamelli sur Flickr Roma. Quartiere Garbatella, Casa popolare #3, par mcalamelli sur Flickr

La dernière image du film est très belle. C’est lui, son visage à lui, ses yeux qui te regardent et qui t’appellent, mais doucement, un cri quasi silencieux. Ou bien ce sont mes yeux ; ou les tiens.

Je n’ai pas été aussi transporté par Habemus papam (parce qu’il n’y avait pas de vespa, oui tu crois que c’est ça ? Tu l’as vu ?)

L. & L.

Post-scriptum : c’est à peu près réglé pour la voiture !