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António Zambujo à Toulouse, 6 janvier 2012

7 janvier 2012

Para que quero eu olhos / António Zambujo et Raquel Tavares, chant ; António Zambujo, guitare et grimaces ; paroles et musiques traditionnelles (Beira Baixa, Portugal) ; Tiago Pereira, réalisation. Enregistrement : Tasca do Chico, Lisbonne, 15 décembre 2011. (A música portuguesa a gostar dela própria).

Cette salle bleue de l’espace Croix-Baragnon, qui est petite, était remplie à peine au tiers, on aurait pu se compter. Mauvaise date, trop proche des fêtes de fin d’année ? Absence de promotion ?

Pas d’accueil du public, ni de présentation des artistes, contrairement à ce qui s’est fait lors les concerts de Lucilla Galeazzi l’an dernier et d’autres auxquels j’ai assisté dans cette salle : à peine le minimum syndical.

De pareilles circonstances, moi ça me met mal à l’aise en tant que spectateur, me retenant de m’abandonner complètement au spectacle.

António Zambujo entre en scène, d’abord seul, avec sa guitare. Il dit Bonsoir, avec ce r un peu appuyé parce que pour un Portugais ce n’est pas naturel de le grasseyer à la fin d’un mot, prend son inspiration pour attaquer le premier morceau ; un grésillement intempestif survient à ce moment précis, il reste en apnée le temps que le silence revienne, puis entame Fui colher uma romã, chanson traditionelle de l’Alentejo dont il est natif.

Apparition de Bernardo Couto (guitare portugaise) et Ricardo Cruz (contrebasse) pour le fado Loucura (« Sou do fado, como sei… ») qui convient si bien à Zambujo. Toujours ces problèmes de son, d’équilibre entre les différents instruments et la voix, qui auront gâché le premier quart du concert, sans parler de l’éclairage : bombardé par un projecteur qui l’atteignait au sommet de la tête l’excellent Bernardo Couto, le visage déformé par l’ombre de sa propre chevelure paraissait fantomatique (mais quand même, n’a-t-il pas un peu grossi ?)

En dehors des deux premiers morceaux, l’ensemble de ce qui a été chanté et joué provenait des deux derniers albums, Outro sentido (Amor de mel amor de fel, Eu já não sei, Quando tu passas por mim, Lábios que beijei, Nem às paredes confesso, Fadista louco) et Guia (Guia, Apelo, Não me dou longe de ti, A tua frieza gela, Readers Digest, Zorro, Barroco tropical, Fado da vida bela), les trois musiciens déjà cités recevant le renfort de José Conde (clarinette) et de Jon Luz (cavaquinho).

Ce qui frappe dans les concerts d’António Zambujo, outre la maîtrise vocale du chanteur qui ne se dément pas, c’est la grande complicité qui unit les musiciens. António Zambujo, un être extrêmement sympathique, installe cette atmosphère-là. Souvent ils se parlent entre eux, ils plaisantent — mais jamais au détriment du public, le chanteur ne s’en éloignant pas un seul instant, expliquant au besoin ce qui se passe entre eux. Complicité musicale aussi, plus forte encore que lors du précédent concert auquel j’ai assisté, à l’été 2010.

Sourire irrésistible, grimaces (dont une effrayante au moment d’évoquer le Benfica dans Zorro), amabilité facétieuse (« Vive Toulouss ! » « … ter mulher fiel, filhos, fado, anel, e lua de mel em Toulouss » dans Readers Digest : « avoir une femme fidèle, des gosses, du fado, bague au doigt et lune de miel à Toulouse »), voilà comment António Zambujo fait face à l’adversité de cette salle clairsemée — mais chaleureuse.

Présentant le dernier morceau (un avant-goût du 5e album, prévu pour avril ?), il rend hommage aux trois personnages selon lui les plus importants dans l’histoire du fado : Amália Rodrigues, « parfaite en tout », Armandinho (1891-1946), souvent considéré en effet comme le plus grand joueur de guitare portugaise que le fado ait connu, et Alfredo Marceneiro. C’est sur un fado composé par ce dernier (Marcha do Marceneiro) que se clôt le concert. En voici une version par le prodigieux Marceneiro lui-même, sur le poème Amor é água que corre :

Amor é água que corre / Alfredo Marceneiro, musique et chant ; Augusto de Sousa, paroles.

L. & L.

7 commentaires leave one →
  1. 8 janvier 2012 21:26

    J’étais au deuxième rang ce samedi dans la salle bleue de la Croix Baragnon.
    C’est pas possible vous êtes critique musical!
    De ce concert, je ne retiendrai que le bonheur d’écouter de vrais musiciens dans la justesse, la sincérité et l’inventivité musicale. Comment Zambujo a réussi à placer sa voix en inflexions lâchées ou retenues à la perfection sur le tapis musical parfois improbable du cavaquinho.
    La complicité, l’écoute extrême et la douceur attentive de chacun des musiciens pour l’autre. Celle toute sensuelle ( sourire irrésistible )et bienveillante de Zambujo.( particulièrement pour le clarinettiste et ses ponctuations didgeridiennes ). Les autres solides et exigeants comme le regard foudroyant du guitariste pour ce son grésillant qui l’empêchait d’embarquer dès le début du concert!
    Merci de signaler les évènements à venir qui en valent la peine.

    • lili-et-lulu permalink*
      11 janvier 2012 23:29

      Non non, je ne suis pas critique musical, ou alors à la petite semaine ! En tout cas pas plus que vous.
      C’est amusant qu’on se soit trouvé dans le même lieu au même moment… D’après ce que vous dites, nous avons bien assisté au même concert, aucun doute. (La clarinette, je dois dire que je l’ai trouvé un peu intrusive parfois : problème d’équilibre déjà souligné.

      A bientôt ?

  2. 9 janvier 2012 00:08

    Voilà qui m’aurait bien plu…

    Peux-tu par la même occasion prendre note de ma nouvelle adresse :
    http://lalitoutsimplement.com

    Au plaisir de t’y retrouver!

    • lili-et-lulu permalink*
      11 janvier 2012 23:31

      Et voilà, le lien est mis à jour.

      A bientôt !

  3. 21 janvier 2012 10:14

    Alors la prochaine fois, je pleure sans raison et sanglote pour attirer votre attention et nous allons trinquer à l’âme du Fado qui vous serre et ouvre le coeur à l’en fatiguer démesurément!
    Voici ce que me dit un ami du concert de Zambujo hier à Bayonne:

    « Quel moment!!!et salle à l’unisson(peu de portugais???) concert un peu court mais on ne l’a pas laché;4 rappels dont un final « impro » où ils se sont lachés!!!au bord des larmes le petit zambujo(et il est plus beau que sur les photos!!!) Je voulais acheter son dernier cd sur itunes et je n’arrive plus à utiliser ce truc. »

    • lili-et-lulu permalink*
      21 janvier 2012 13:39

      Non ce qu’il faut faire c’est monter sur la scène, y danser un vira, en le chantant bien sûr. Ce genre-ci :

      Ou alors une valse du Ribatejo comme celle-ci :

  4. 5 février 2012 11:50

    très beau ! merci

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