Amália & Camões. 2. Dura memória
Fait suite à : Amália & Camões. 1

Amália Rodrigues. Une des rééditions en CD de l’ « álbum do Busto » de 1962
C’est à Paris, dans les coulisses de l’Olympia, probablement en 1959, que s’est produite la rencontre entre Amália Rodrigues et Alain Oulman (1928-1990), compositeur et éditeur franco-portugais. Là, avant le tour de chant, cet homme qu’Amália ne connaissait aucunement et qu’elle reçoit cependant, exécute fiévreusement sur un piano la mélodie de ce qui allait devenir Vagamundo dans l’album sans titre de 1962, à la pochette illustrée d’un buste sculpté d’Amália et désigné depuis sous le nom de disco do Busto.
Cette rencontre et cet album marquent une rupture dans la carrière d’Amália. Une rupture nette. Comme si désormais une seconde carrière commençait. Il y a rupture aussi avec l’univers du fado traditionnel, et la portée de cette rupture-là s’étend à l’histoire même du fado : de cette seconde manière d’Amália, plus européanisée, où on entend l’influence de la culture française d’Oulman, est issu le courant le plus abondant du fado contemporain — qui n’est souvent « fado » que parce qu’il se prétend tel. Car pour que le fado advienne, il faut qu’il soit porté par un ou une fadista.
Dès 1961 des fados d’Oulman sont chantés. À la télévision Amália donne celui-ci, Dura memória, dont le texte est constitué d’un sonnet de Camões. Au début de la séquence, on l’entend nommer le compositeur, puis à une question pratiquement inaudible du présentateur, qui se trouve hors du cadre, elle répond avec un haussement d’épaules « estavam num livro », « ils étaient dans un livre ». Ils : les vers, os versos.
Dura memória / Amália Rodrigues, chant ; Luís de Camões, paroles ; Alain Oulman, musique. RTP, 1961.
— E os versos?
— Estavam num livro!
Memória de meu bem, cortado em flores
por ordem de meus tristes e maus Fados,
deixai-me descansar com meus cuidados
nesta inquietação de meus amores.Basta-me o mal presente, e os temores
dos sucessos que espero infortunados,
sem que venham, de novo, bens passados
afrontar meu repouso com suas dores.Perdi nũa hora quanto em termos
tão vagarosos e largos alcancei;
leixai-me, pois, lembranças desta glória.Cumpre acabe a vida nestes ermos,
porque neles com meu mal acabarei
mil vidas, não ũa só, dura memória!
Luís de Camões (1524?-1580). Memória de meu bem, cortado em flores.
Mémoire de mon bien, coupé en fleurs
par ordre de mon triste et mauvais sort,
laissez qu’avec mes soucis je repose
dans cette inquiétude de mon amour.
Luís de Camões (1524?-1580). Memória de meu bem, cortado em flores. Traduction Frédéric Magne.
Splendide. Amália est alors aux mieux de sa forme vocale. Pourquoi taire le nom de l’auteur ? Par prudence. Ce fado est un acte de lèse-majesté, et le tumulte que soulèvera en 1965 la première édition portugaise de son enregistrement (publié en France en 1963 dans l’album Amália 1963, Ducretet) en témoignera. Faits aggravants, Erros meus et Lianor, deux autres compositions d’Oulman sur des vers de Camões figurent sur même disque ; et ce disque est intitulé Amália canta Luís de Camões.
L. & L.
À suivre : Amália & Camões. 3. Erros meus
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Camões, Luís de (1524?-1580)
Sonnets. Choix. Portugais et traduction française (Magne)
Sonnets lyriques / Luís de Camoens ; traduit du portugais par Frédéric Magne ; frontispice d’Antonio Seguí. Paris : La Délirante, 2000. — 45 pages : frontispice, couverture illustrée ; 24 cm.
Réunit 18 sonnets, dont Mémoire de mon bien… . Textes originaux portugais et traductions françaises en regard.
ISBN 2-85745-071-0
Amália & Camões. 1
Cela semble incompréhensible aujourd’hui : la parution en 1965 au Portugal d’un disque 45 tours intitulé Amália canta Luís de Camões fit scandale, parce qu’il s’agissait de Camões.

Portrait de Camões, extrait de : Os Lusíadas de Luiz de Camões. – Leipzig : Giesecke & Devrient, 1880. Source : Biblioteca nacional digital. Biblioteca Nacional de Portugal.
Luís de Camões (1524?-1580), contemporain de Ronsard (1524-1585), auteur de nombreux poèmes lyriques parmi lesquels les magnifiques Sonnets, est le grand poète de la Renaissance portugaise.
C’est à dire que Camões est un grand homme au Portugal, un symbole national. La place qui porte son nom se trouve en plein cœur de Lisbonne, en haut du quartier du Chiado. Il a son tombeau dans le Panteão nacional, ainsi qu’un mausolée dans le monastère des Jerónimos, à Belém, où la nuit, quand les touristes sont partis, son esprit peut converser avec celui de Fernando Pessoa qui quant à lui repose ici en personne, en compagnie de quelques rois du Portugal et de Vasco da Gama.
Praça Luís de Camões, Lisbonne, 12 mars 2011 (manifestation de la « geração à rasca »)
Aux yeux des Portugais, Camões est aussi celui qui, s’embarquant en 1553 sur le São Bento, un navire de la flotte de Fernão Álvares Cabral, a fait à nouveau le voyage de Vasco da Gama vers l’Orient ; celui qui « en chantant [a répandu] sur la terre » l’épopée de ces valeureux explorateurs de « mers jamais encore naviguées » (« mares nunca de antes navegados », Os Lusíadas, chant I).
Os Lusíadas (les Lusiades), c’est ce long poème célébrant les « découvertes », la gloire de ce petit pays devenu maître de l’un des plus grands empires du monde, le Portugal, et celle de ses navigateurs. Un poème dans lequel les Portugais peuvent puiser la force d’être eux-mêmes et de vivre encore, cela d’autant plus qu’il est aussi l’expression de leur génie poétique — le leur et celui de leur langue ; et qui peut être brandi comme un drapeau chaque fois que le sentiment national a besoin d’être sollicité.
« Les armes et les barons signalés qui, depuis la plage occidentale lusitanienne, par mers jamais encore sillonnées, passèrent au-delà de Taprobane, endurcis par les périls et les guerres plus que le promettait la force humaine, et qui édifièrent chez des peuples lointains un nouveau royaume qu’ils firent tant sublime ;
Et aussi les exploits mémorables de ces rois qui s’en furent reculer les frontières de leur Empire et de la Foi, dévastant sans trêve les contrées infidèles d’Afrique et d’Asie ;et les hommes que leurs actes valeureux ont soustraits à la loi de la mort ; voilà ce que chantant je répandrai par le monde, si jusque là me secondent et l’art et le génie. »
Luís de Camões (1524?-1580). Os Lusíadas (extrait). Traduction Roger Bismut.
Illustration : Camões, Luís de (1524?-1580). Os Lusíadas. Edition de 1572. Source : Biblioteca nacional digital. Biblioteca Nacional de Portugal. Il s’agit du premier ouvrage numérisé par la bibliothèque.
Il faudrait essayer d’imaginer le Portugal du début des années 1960, chose probablement impossible à moins de s’y être trouvé soi-même. Le pays, toujours dirigé par Salazar déjà âgé (il était né en 1889), vit replié sur lui-même et ses colonies auxquelles il n’est aucunement envisagé d’octroyer une quelconque parcelle d’autonomie. Cela, alors que d’autres pays européens démontent bon gré mal gré leurs propres empires, notamment en Afrique. La guerre éclate en Angola en 1961, gagnant la Guinée-Bissau et le Mozambique. Salazar reste intraitable.
En 1960 est inauguré à Lisbonne, au bord du Tage, non loin du monastère des Jerónimos et de la Tour de Belém, le monument des Découvertes figurant une caravelle. À sa proue se tient Henri le navigateur, et ses flancs sont peuplés de tous les champions de l’ère glorieuse où les Portugais étaient les meilleurs marins du monde. Dans cette foule héroïque : Camões.
Vu de l’arrière le monument évoque à la fois une épée et un crucifix gigantesques fichés dans le sol.
Padrão dos Descobrimentos, Lisbonne. Photo illustir sur Flickr. Camões est le personnage tenant à la main droite les rouleaux déployés d’un manuscrit, probablement celui des Lusiades, qu’il a sauvé in extremis de la destruction lors d’un naufrage devant les bouches du Mékong.
Amália Rodrigues a chanté 7 poèmes de Camões tout au long de sa carrière, depuis le sonnet Memória de meu bem, cortado em flores qu’elle donne à la télévision en 1961 sans livrer le nom de son auteur, jusqu’à Alma minha gentil que te partiste et Sete anos de pastor Jacob servia du dernier album de studio, Obsessão (1990). Entre temps : Descalça vai pera fonte et Erros meus, má fortuna, amor ardente (1965), Com que voz chorarei meu triste fado auquel le somptueux album Com que voz de 1970 emprunte son titre, et Perdigão perdeu a pena (1977). Tous sont mis en musique par Alain Oulman, sauf ceux figurant sur l’album Obsessão, dont la musique est de Carlos Gonçalves.
L. & L.
À suivre : Amália & Camões. 2. Dura memória
Et : Amália & Camões. 3. Erros meus
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Camões, Luís de (1524?-1580)
Os Lusíadas (1572). Portugais et traduction française (Bismut)
Les Lusiades = Os Lusíadas / Camões ; traduction du portugais, [introduction et notes] par Roger Bismut ; [préface par Eduardo Lourenço] ; [présentation par José V. de Pina Martins]. — Édition bilingue portugais-français. — Paris : R. Laffont, 1996. – XL-582 pages : cartes ; 20 cm.
(Bouquins).
Traduction française en regard du texte original portugais.
ISBN 2-221-08243-5. — EAN 9782221082430
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Camões, Luís de (1524?-1580)
Os Lusíadas (1572). Portugais (en ligne)
Os Lusíadas [en ligne] / Luís de Camões ; leitura, prefácio e notas de Álvaro Júlio da Costa Pimpão ; apresentação de Aníbal Pinto de Castro. — Lisboa : Instituto Camões, cop. 2002.
Texte intégral : http://cvc.instituto-camoes.pt/bdc/literatura/lusiadas/, consulté le 20 décembre 2011.
Cesária Évora est morte
Voir :
La chanteuse Cesaria Evora est morte, LeMonde.fr, 17 décembre 2011, consulté le 18 décembre 2011
Morreu cantora Cesária Évora, Correio da Manhã [en ligne], 17 décembre 2011, consulté le 18 décembre 2011
Cesaria Evora, c’étaient ses îles à elle, Les Inrocks [en ligne], 17 décembre 2011, consulté le 18 décembre 2011
VIDEOS. Cesaria Evora, la « diva aux pieds nus », Le Nouvel observateur [en ligne], 17 décembre 2011, consulté le 18 décembre 2011
Cela s’est produit hier samedi 17 décembre à l’hôpital Baptista de Sousa, dans l’île de São Vicente de l’archipel du Cap-Vert, son pays natal. Cesária Évora, née le 27 août 1941 à Mindelo, sur cette même île, a connu un succès international tardif mais fulgurant et durable, grâce aux enregistrements qu’elle effectue en France : La diva aux pieds nus (1988), Mar azul (1991), et surtout Miss Perfumado (1992) qui s’ouvre sur le célèbre Sodade, reprise du chanteur auteur et compositeur angolais Bonga Kuenda. Elle aura fait connaître au monde la morna, ce style musical typique du Cap-Vert.
Il y a près de trois mois, épuisée, Cesária Évora avait annoncé qu’elle mettait fin à sa carrière.
Lua nha testemunha / Cesária Évora, chant ; B. Leza, paroles et musique.
Bô ka ta pensâ
nha kretxeu
Nen bô ka t’imajiâ,
o k’lonj di bó m ten sofridu.Perguntâ
lua na séu
lua nha kompanhêra
di solidão.
Lua vagabunda di ispasu
ki ta konxê tud d’nha vida,
nha disventura,
El ê k’ ta konta-bu
nha kretxeu
tud k’um ten sofridu
na ausênsia
y na distânsia.Mundu, bô ten roladu ku mi
num jogu di kabra-séga,
sempri ta persigi-m,
Pa kada volta ki mundu da
el ta traze-m un dor
pa m txiga más pa DéuzMundu, bô ten roladu ku mi
num jogu di kabra-séga,
sempri ta persigi-m,
Pa kada volta ki mundu da
el ta traze-m un dor
pa m txiga más pa DéuzBô ka ta pensâ
nha kretxeu
Nen bô ka t’imajiâ,
o k’lonj di bó m ten sofridu.Perguntâ
lua na séu
lua nha kompanhêra
di solidão.
Lua vagabunda di ispasu
ki ta konxê tud d’nha vida,
nha disventura,
El ê k’ ta konta-bu
nha kretxeu
tud k’um ten sofridu
na ausênsia
y na distânsia.Mundu, bô ten roladu ku mi
num jogu di kabra-séga,
sempri ta persigi-m,
Pa kada volta ki mundu da
el ta traze-m un dor
pa m txiga más pa DéuzMundu, bô ten roladu ku mi
num jogu di kabra-séga,
sempri ta persigi-m,
Pa kada volta ki mundu da
el ta traze-m un dor
pa m txiga más pa Déuz.
B. Leza. Lua nha testemunha
L. & L.
Na fonte está Lianor — José Afonso
Na fonte está Lianor est un thème qu’on peut aussi entendre, sur une musique composée par José Afonso, interprété par lui-même sur son premier album (Baladas e canções, 1964). L’ambiance musicale de cette version est à l’opposé de celle de Sete Lágrimas que nous connaissons.
Na fonte está Lianor / José Afonso, chant ; Luís de Camões, paroles ; José Afonso, musique ; Rui Pato, guitare.
Fait partie de : Baladas e canções (1964).
Ici, les paroles sont attribuées à Luís de Camões (1524?-1580) — le grand poète de la Renaissance portugaise –, ce qui à proprement parler n’est pas tout à fait juste car le poème de Camões est sensiblement plus long. En outre les triples répétitions du 2e vers de chaque strophe dans la chanson de José Afonso (qui est très belle) modifient le rythme et le caractère du poème.
La première strophe est celle du vilancete utilisé par Sete Lágrimas. Elle n’est pas de Camões, et lui sert, selon un modèle répandu à la Renaissance, de thème ou de motif (« mote ») à partir duquel le poète compose ses « voltas », qui pourraient être un équivalent de variations sur un thème donné en musique. Le « mote » est soit du poète lui-même soit d’autrui (« mote alheio ») comme c’est le cas dans Na fonte está Lianor.
Ceci d’abord. C’est le texte original de Camões :
Cantiga
a esta cantiga alheia :Na fonte está Leanor
lavando a talha e chorando,
às amigas perguntando :
vistes la o meu amor ?Voltas
Posto o pensamento nele,
porque a tudo o Amor a obriga
cantava, mas a cantiga
eram suspiros por ele.
Nisto estava Leanor
o seu desejo enganando,
às amigas perguntando
vistes lá o meu amor ?O rosto sobre ũa mão,
os olhos no chaõ pregados,
que, do chorar já cansados,
algum descanso lhe dão.
Desta sorte Leanor
suspende de quando em quando
sua dor ; e em si tornando,
mais pesada sente a dor.Não deita dos olhos água,
que não quer que a dor se abrande
Amor, porque em mágoa grande
seca as lágrimas a mágoa.
Que depois de seu amor
soube novas preguntando,
d’emproviso, a vi chorando.
Olhai que extremos de dor !
Luís de Camões (1524?-1580). Cantiga (Na fonte está Leanor). Extrait de : Rimas (1616, 1ère publication). Source : Camões, Luís de. Rimas. Pimpão, Álvaro J. da Costa, éd. [Universidade de Coimbra], 1953. (Acta Universitatis Conimbrigensis). P. 62.
Camões, Luís de (1524?-1580). Na fonte está Lianor. Dans : Rimas. Édition de 1616, la première dans laquelle apparaît Na fonte está Lianor. Source : Biblioteca nacional digital. Biblioteca Nacional de Portugal.
Voici maintenant ce que chante José Afonso :
Na Fonte Está Lianor
Lavando a talha e chorando, lavando a talha e chorando, lavando a talha e chorando
Às amigas perguntando :
Vistes lá o meu amor, Vistes lá o meu amor, Vistes lá o meu amorNisto estava Lianor
O seu desejo enganando, o seu desejo enganando, o seu desejo enganando
Às amigas perguntando
Vistes lá o meu amor, Vistes lá o meu amor, Vistes lá o meu amorO rosto sobre ua mão
Os olhos no chão pregados, os olhos no chão pregados, os olhos no chão pregados
Que de chorar já cansados
Algum descanso lhe dão, algum descanso lhe dão, algum descanso lhe dãoNa Fonte Está Lianor
Lavando a talha e chorando, lavando a talha e chorando, lavando a talha e chorando
Às amigas perguntando
Vistes lá o meu amor, Vistes lá o meu amor, Vistes lá o meu amor
Luís de Camões (1524?-1580). Na Fonte Está Lianor, tel que le poème est chanté par José Afonso.
Je ne me risque pas à traduire Camões. Ceci je l’ai fait juste pour donner une idée du texte de la chanson de José Afonso :
À la fontaine se tient Lianor
Elle lave en pleurant
Interrogeant ses compagnes
Avez-vous vu mon amour ?Dans ces pensées
Lianor endormait son désir
Demandant à ses compagnes
Avez-vous vu mon amour ?Le visage posé sur une main
Les yeux cloués au sol
Qui déjà las de pleurer
Lui donnent un peu de reposÀ la fontaine se tient Lianor
Elle lave en pleurant
Interrogeant ses compagnes
Avez-vous vu mon amour ?
Luís de Camões (1524?-1580). Na Fonte Está Lianor, tel que le poème est chanté par José Afonso. Traduction Lili & Lulu.
L. & L.
Éclipse twist — Mina

Affiche tchèque du film L’eclisse (L’éclipse) de Michelangelo Antonioni (1962). Source : MoviePosterDB.com
C’est Noël, il faut un twist, italien de préférence. Celui-ci, chanté par Mina, accompagne le générique de L’éclipse, le film de Michelangelo Antonioni (1962) avec la splendide Monica Vitti. On entend ici la version française de la chanson — bien entendu chantée en italien dans le film, cependant le disque 45 t publié par Philips à l’époque (référence commerciale Philips 433 704 BE) comportait bien l’une et l’autre versions.
L’auteur des paroles — qui ne sont pas piquées des hannetons — serait Antonioni lui-même, mais je n’ai pas pu l’établir avec certitude. Quelqu’un sait ?
Les étoiles et la lune
Pour les amants s’allument
Oui, mais pour moi, tu sais,
Tout ça c’est bien.Il est bi biologique
Le plus grand amour
Il est zoologique
Même le plus pur.La radioactivité
Peut bien nous faire frémir
Mais toi, mais toi
Tu, tu m’ fais mourir.
Éclipse twist / Mina, chant ; orchestre sous la direction de Tony De Vita ; Giovanni Fusco, musique ; Ammonio [Michelangelo Antonioni ?], paroles. Version française de Eclisse twist, du film L’eclisse de Michelangelo Antonioni (Italie-France, 1962).
L. & L.
Triste fado
Dans le métro à l’instant, debout face à moi se tenait une fillette — elle pouvait avoir quel âge ? 7 ans je dirais –, les lèvres maquillées d’un pourpre grisâtre, une couleur obscène qui lui faisait un visage de femme de 70 ans. Puis j’ai vu son père, qui était assis et qu’elle me cachait jusque là. Une bouche identique, même dessin exactement, même couleur.
L. & L.
C’est tout.
À Montpellier, qui est une petite ville, je suis toujours perdu. Je n’en connais pas le mode d’emploi. Je ne sais pas s’il en existe un emploi possible d’ailleurs. Tandis que Toulouse, où je ne suis pas né, c’est comme si c’était chez moi. Cela au point que je n’ai pas besoin de rester tard en ville, je n’ai pas besoin de la voir, il me suffit de la savoir là.
L. & L.
Na fonte está Lianor — Sete Lágrimas
Sete Lágrimas (Sept larmes), ce nom bien portugais fait pourtant référence aux Lachrimae, or Seaven Teares de John Dowland (1563-1626). C’est celui d’un ensemble instrumental et vocal de musique ancienne formé à Lisbonne en 2000, d’abord sous le nom L’Antica Musica. Les Sept larmes ont commencé en 2007 la publication d’une discographie maintenant assez riche dont le 7e volume, Terra, sort ces jours-ci.
Sur l’une des pages de leur compte Facebook, cette nouvelle œuvre semble porter en sous-titre Diáspora, vol. 2, c’est à dire qu’on pourrait l’entendre comme la continuation d’ un précédent travail : Diaspora.pt (2008), un parcours dans les musiques anciennes de tous styles, essentiellement des XVIe et XVIIe siècles, des régions lusophones de la terre. Portugal, Brésil, Cap Vert, Timor, Macau, Inde, plus l’Espagne.
En voici un adorable échantillon, Na fomte está Lianor (À la fontaine se tient Lianor) :
Na fomte está Lianor / Sete Lágrimas, ensemble instrumental et vocal ; paroles et musique traditionnelles (vilancete anonyme du XVIe siècle, Portugal), et arrangement sur la Recercada segunda de Diego Ortiz. Fait partie de : Diaspora.pt (2008).
Un délice, je ne m’en fatigue pas.
Na fomte está Lianor est un vilancete anonyme du XVIe siècle, auquel les deux directeurs musicaux du groupe, Filipe Faria et Sérgio Peixoto, ont mêlé un arrangement de la Recercada segunda sobre el passamezzo moderno du compositeur espagnol Diego Ortiz (1510-1570). L’allégresse de la musique fait contrepoint au texte quant à lui pour le moins fébrile, Lianor en larmes cherchant son amant, ne le trouvant pas, interrogeant ses compagnes — mais nul n’a vu cet homme, et la passion de Lianor pour lui grandit à mesure de son inquiétude.
De même la vidéo semble sans rapport avec la pièce de musique. Délice aussi de se trouver à bord de cette auto qui quitte Lisbonne à toute vitesse et file vers le Sud, vers Caparica qui sait, ou vers l’Alentejo, dans cette lumière vorace qui digère le mauvais gras de la vie, comme lors du bonheur. Qui conduit ? Qui tu veux.
Sais-tu qu’on peut en restituer exactement l’itinéraire à l’aide de Google street view ? Essaie. Deux indices : vers la 57e seconde on voit devant soi une portion de l’Aqueduto das Águas Livres (l’aqueduc des Eaux libres, qui se développe dans le nord-ouest de Lisbonne). Et vers la fin de la vidéo, c’est bien sûr le Christ-roi qui apparaît en surplomb de la route.
Tu n’y arrives pas ? Nouvel indice : on part du quartier de Campo de Ourique.
Solution à la fin du billet.
Na fomte está Lianor
Na fomte está Lianor,
lavamdo pote, chorando.
He as amigas preguntando:
vistes lá ho meu amor.Nenhuma lhe da rrezão
De que ela fique contente,
De que ela fique contentePorque não no ter presente
Iso lhe da mais payxão,
Iso lhe da mais payxão.Ho caminho está olhando
Cos olhos que lhe dão dor,
E ás que vinhão preguntando:
Vistes lá o meu amor,
Vistes lá o meu amor.Humas vem e outras vão
Nenhuma vinha a quem,
Nenhuma vinha a quem.Pregunte pelo seu bem
Que dele lhe de rrezão,
Que dele lhe de rrezão.Estava triste, cuidando
Rremedio pera tal dor.
Deixa a talha e chorando
Vay buscar ho seu amor,
Vay buscar ho seu amor.
Na fomte está Lianor. Anonyme (Portugal, XVIe siècle). Source : XV Festival de Música Antigua de Úbeda y Baeza 2011, consulté le 8 décembre 2011.
Juste pour comparer, une version de la Recercada Segunda d’Ortiz, par Jordi Savall et alii :
Diego Ortiz (1510-1570). Recercada Primera sobre el passamezzo Antiguo ; Recercada Segunda sobre el passamezzo Moderno / Diego Ortiz ; Jordi Savall, basse de viole de gambe ; Rolf Lislevand, vihuela ; Ton Koopman, clavecin ; Andrew Lawrence-King, harpe Renaissance ; Lorenz Duftschmid, violone ; Paolo Pandolfo, viole de gambe. La Recercada Segunda débute à 1 min 38.
L’itinéraire : la vidéo commence à peu près au niveau du 120, Rua do Campo de Ourique, en direction de l’ouest. Au bout de cette rue, l’auto continue à droite dans la Rua Maria Pia qui rejoint la Rua do Arco Carvalhão sous l’Avenida Eng. Duarte Pacheco, tourne à gauche dans la Rua Particular à Rua do Arco do Carvalhão (Campolide), encore à gauche dans la Rua projectada à Calçada da Quintinha (drôle de nom) jusqu’à l’Avenida Eng. Duarte Pacheco où elle s’engage, prenant immédiatement, à droite, la bretelle d’accès à l’autoroute du sud en direction du pont du 25 avril, qu’elle franchit.
L. & L.
Sete Lágrimas
Diaspora.pt (2008)
Diaspora.pt / Sete Lágrimas, ensemble instrumental et vocal ; Filipe Faria et Sérgio Peixoto, direction et arrangements. — [Lisboa] : Mu, 2008.
Mu MU0103.
Détail
J’ai pris le train de 17h46 aujourd’hui, 50 minutes de retard à l’arrivée à Toulouse : modeste.
Séparé de moi par le couloir central un jeune homme jouait sur son ordinateur dans ce train. À un moment du voyage il s’est levé et dans le mouvement m’a demandé de surveiller son ordinateur : « Excusez-moi monsieur, est-ce que vous pouvez surveiller mon ordinateur ? » Il avait de grands yeux noirs, un visage affable fait pour le sourire, un visage qui aurait plu à Pasolini. Je lui ai dit : « il a tendance à faire des bêtises ? »
Figure-toi que ça ne l’a pas amusé du tout, c’est un euphémisme.
Il est revenu, a dit Merci monsieur. Vu les circonstances, je me suis contenté de baisser brièvement les paupières, manière de dire Il n’y a pas de quoi. Ce faisant je me suis rendu compte qu’il chaussait au moins du 45, un détail qui n’altérait son charme en aucune manière.
L. & L.
Φλέρυ Νταντωνάκη [Fléry Dandonáki] — Οδός Ονείρων [Odós oneíron]
Οδός Ονείρων [Odós oneíron] (Rue des rêves) est extrait du spectacle musical éponyme composé par Mános Hadjidakis en 1962. Quatre années plus tard, fuyant le régime des colonels, il s’exile aux États-Unis où il rencontre Fléry Dandonáki, voir le billet précédent.
L’enregistrement que voici (je n’en ai pas la date) est donc postérieur à 1970.
Οδός Ονείρων [Odós Oneírōn] / Φλέρυ Νταντωνάκη [Fléry Dandonáki], chant ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Hadjidakis], paroles et musique.
Οδός Ονείρων
Κάθε κήπος έχει
μια φωλιά για τα πουλιά.
Κάθε δρόμος έχει
μια καρδιά για τα παιδιά.Μα κυρά μου εσύ,
σαν τι να λες με την αυγή
και κοιτάς τ’ αστέρια
που όλο πέφτουν σαν βροχή.Δως μου τα μαλλιά σου
να τα κάνω προσευχή,
για να ξαναρχίσω
το τραγούδι απ’ την αρχή.Κάθε σπίτι κρύβει
λίγη αγάπη στη σιωπή.
Μα ένα αγόρι έχει
την αγάπη για ντροπή.
Μάνος Χατζιδάκις [Mános Hadjidákis] (1925-1994). Οδός Ονείρων [Odós Oneírōn] (1962). Source : http://www.stixoi.info.Rue des rêves
Chaque jardin a
Un nid pour les oiseaux.
Chaque rue a
Un cœur pour les enfantsMais toi ma chérie
Que peux-tu-dire à l’aube
Quand tu regardes les étoiles filantes
Qui tombent inlassablement comme la pluieDonne-moi tes cheveux
Que j’en fasse une prière
Pour recommencer
Le chant à zéroChaque huis cache
Un peu d’amour dans le silence
Mais il y a un garçon
Qui considère l’amour comme une honte.
Μάνος Χατζιδάκις [Mános Hadjidákis] (1925-1994). Rue des rêves (1962). Source de la traduction : http://www.stixoi.info.
Autre version, également magnifique, par cette autre grande voix grecque, Νένα Βενετσάνου [Néna Venetsánou] (quatre chansons pour le prix d’une, la dernière est spelndide) :
Οδός Ονείρων [Odós Oneírōn] / Νένα Βενετσάνου [Néna Venetsánou], chant ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Hadjidakis], paroles et musique.
Avec en prime : Η μαύρη Φόρντ [Ī mávrī Fórd] ; Οι αδελφές Τατά [Oi adelfés Tatá] / Μάνος Χατζιδάκις [Mános Hadjidakis], paroles et musique. Πάει έφυγε το τρένο [Páei éfyge to tréno] / Νίκος Γκάτσος [Níkos Gkátsos], paroles ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Hadjidakis], musique.
L. & L.


