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Milva • La canzone della Moldava (Brecht & Eisler)

14 juin 2021

La notte più lunga eterna non è.
Bertolt Brecht (1898-1956), adaptation italienne de Luigi Lunari (1934-2019). La canzone della Moldava (1975), adapté de Das Lied von der Moldau (1943, 1ère publication 1956).

Même la nuit la plus longue n’est pas éternelle, prophétisait Brecht en 1943. Acceptons-en l’augure, nous qui entrons dans un crépuscule qui s’obscurcit de jour en jour.

J’ai trouvé la semaine dernière, dans une boutique de disques vinyles d’occasion, l’album Brecht de Milva — non pas l’extraordinaire et indispensable Milva canta Brecht de 1971, enregistré en studio, mais la captation d’un spectacle du Piccolo Teatro de Milan donné à Prato, près de Florence, en mars 1975. Le son en est un peu moins bon, bien sûr, mais ce récital, intitulé Io, Bertolt Brecht n. 2 (« Moi, Bertolt Brecht. No 2 »), est tout aussi captivant que le premier.

Il y a la voix et la présence incomparables de Milva, très à l’aise dans ce répertoire qui semble être le sien propre. Il faut dire que les adaptations italiennes des textes de Brecht, réalisées par Luigi Lunari (1934-2019), lui-même homme de lettres et musicien, s’adaptent aux musiques de Weill ou d’Eisler avec un tel naturel qu’elles semblent même plus fluides que les versions originales allemandes.

Milva (1939-2021)La canzone della Moldava. Luigi Lunari, paroles italiennes ; Hanns Eisler, musique, d’après le motif principal de Vltava = la Moldau, poème symphonique de Bedřich Smetana. Adaptation italienne de Das Lied von der Moldau, poème posthume de Bertolt Brecht (édition Eisler) intégré, également de manière posthume, à sa pièce Schweyk im Zweiten Weltkrieg (« Schweyk dans la Deuxième Guerre mondiale », 1943).
Milva, chant ; Beppe Moraschi, piano.
Enregistrement public : spectacle Io, Bertolt Brecht n. 2, mise en scène de Giorgio Strehler ; spectacle du Piccolo Teatro di Milano ; avec Giorgio Strehler et Milva. Prato (Toscane, Italie), Teatro Metastasio, 15 & 16 mars 1975.
Extrait de l’album Brecht / Milva. Italie : Ricordi, ℗ 1975.


In fondo alla Moldava vanno le pietre,
Sepolti a Praga riposan tre re.
A questo mondo niente rimane uguale,
La notte più lunga eterna non è.

Au fond de la Vltava dérivent les pierres,
Sous la terre de Prague reposent trois rois.
Dans ce monde rien ne perdure,
Si longue que soit la nuit, elle n’est pas éternelle.

Si mutano i tempi, l’inutile lotta
Di galli violenti futuro non ha.
I folli progetti di tutti i potenti
Si oppongono invano al tempo che va.

Car les temps changent. Les vaines luttes
Des coqs sanguinaires n’ont pas d’avenir
Et le temps qui passe viendra à bout
De la folie des puissants d’aujourd’hui.

In fondo alla Moldava vanno le pietre,
Sepolti a Praga riposan tre re.
A questo mondo niente rimane uguale,
La notte più lunga eterna non è.

Au fond de la Vltava dérivent les pierres,
Sous la terre de Prague reposent trois rois.
Dans ce monde rien ne perdure,
Et même la plus longue des nuits n’est pas éternelle.
Bertolt Brecht (1898-1956), adaptation italienne de Luigi Lunari (1934-2019). La canzone della Moldava (1975), adapté de Das Lied von der Moldau (1943, 1ère publication 1956).
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Bertolt Brecht (1898-1956). Le chant de la Vlatava, trad. par L. & L. de l’adaptation italienne La canzone della Moldava (1975) réalisée par Luigi Lunari (1934-2019) de Das Lied von der Moldau (1943, 1ère publication 1956).

Le texte original allemand de cette Chanson de la Vltava, tel qu’il est connu dans sa forme publiée, n’est pas directement de Brecht lui-même. Il a été établi en 1956, à la mort du dramaturge, par Hanns Eisler à partir d’un long poème de 1943, laissé inachevé par Brecht. C’est ce texte, mis en musique par Eisler (sur la base d’un motif mélodique issu de Vltava, ou La Moldau, le poème symphonique de Smetana), qui a ensuite été intégré à la pièce Schweyk im Zweiten Weltkrieg (« Schweyk dans la Deuxième Guerre mondiale »), écrite par Brecht en 1943. Das Lied von der Moldau semble avoir été créé par Gisela May (1924-2016), actrice et chanteuse dans le Berliner Ensemble, la compagnie fondée à Berlin par Brecht.

Gisela May (1924-2016)Das Lied von der Moldau. Bertolt Brecht, paroles ; Hanns Eisler, musique, d’après le motif principal de Vltava = la Moldau, poème symphonique de Bedřich Smetana. Poème de Bertolt Brecht (édition Eisler) intégré de façon posthume à sa pièce Schweyk im Zweiten Weltkrieg (« Schweyk dans la Deuxième Guerre mondiale », 1943).
Gisela May, chant ; accompagnement d’orchestre ; Henry Krtschil, direction.
Extrait de l’album Lieder mit Gisela May / Eisler. Allemagne (RDA) : Nova, ℗ 1973.

Am Grunde der Moldau wandern die Steine
Es liegen drei Kaiser begraben in Prag.
Das Große bleibt groß nicht und klein nicht das Kleine.
Die Nacht hat zwölf Stunden, dann kommt schon der Tag.

Es wechseln die Zeiten. Die riesigen Pläne
Der Mächtigen kommen am Ende zum Halt.
Und gehn sie einher auch wie blutige Hähne
Es wechseln die Zeiten, da hilft kein Gewalt.

Am Grunde der Moldau wandern die Steine
Es liegen drei Kaiser begraben in Prag.
Das Große bleibt groß nicht und klein nicht das Kleine.
Die Nacht hat zwölf Stunden, dann kommt schon der Tag.
Bertolt Brecht (1898-1956). Das Lied von der Moldau (1943, 1ère publication 1956). Poème posthume de Bertolt Brecht intégré, également de manière posthume, à sa pièce Schweyk im Zweiten Weltkrieg (« Schweyk dans la Deuxième Guerre mondiale », 1943)

Il existe aussi une version française de cette chanson (Le chant de la Moldau), enregistrée par Pia Colombo dès 1962 à l’occasion de sa participation, dans le rôle de Madame Patocka, au spectacle Schweyk dans la Deuxième Guerre mondiale monté par Roger Planchon au Théâtre de la Cité (futur TNP) de Villeurbanne. Malgré tout le respect dû à Pia Colombo et à Planchon, je trouve cette version beaucoup moins convaincante que celle du spectacle du Piccolo Teatro — le texte français, à la métrique assez bancale, ne sonne pas bien et n’aide guère la chanteuse.

Pia Colombo (1934-1986)Chant de la Moldau. André Gisselbrecht & Joël Lefebvre, paroles françaises ; Hanns Eisler, musique, d’après le motif principal de Vltava = la Moldau, poème symphonique de Bedřich Smetana. Adaptation française de Das Lied von der Moldau, poème posthume de Bertolt Brecht (édition Eisler) intégré, également de manière posthume, à sa pièce Schweyk im Zweiten Weltkrieg (« Schweyk dans la Deuxième Guerre mondiale », 1943).
Pia Colombo, chant ; Claude Lochy, Oswald D’Andréa, piano.
Extrait de l’album Schweyk / Bertolt Brecht, Hanns Eisler . France : Philips, ℗ 1962.

Les eaux de la Moldau roulent même les pierres
Les grands passent du trône à la terre
Prague a vu trois empereurs et les trois sont sous terre
Les longues nuits pâlissent au passage des heures.

Tout se transforme et la nuit salue le jour
Ils ont dressé des plans, mais leur temps a un terme
Ils ont pu parader, la mort salue la vie
Rien ne ressemblera à ce qui a été, la mort salue le jour.

Les eaux de la Moldau roulent même les pierres
Au travers des ruines passe l’avenir
Prague a vu trois empereurs et les trois sont sous terre
Et si la nuit est longue, c’est que le jour est là.
Bertolt Brecht (1898-1956), adaptation française d’André Gisselbrecht & Joël Lefebvre. Chant de la Moldau (1962), adapté de Das Lied von der Moldau (1943, 1ère publication 1956).

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