Alain Resnais est mort
Hier soir, samedi 1er mars (Le Monde en ligne).
Pour moi qui n’ai aucune culture cinématographique, mais aucune, Alain Resnais c’est Hiroshima mon amour — et un peu aussi L’année dernière à Marienbad, et On connaît la chanson, c’est tout. Mais Hiroshima mon amour. Et ce film-là, j’y trouve, et j’y entends surtout Marguerite Duras, son efficacité, sa concision, les phrases qui claquent et qui frappent comme autant d’éclairs, comme toutes celles de ce court extrait :
Alain Resnais (1922-2014), réalisateur | Hiroshima, mon amour (extrait) / Alain Resnais, réalisateur ; Marguerite Duras, scénario ; Emmanuelle Riva (Elle), Eiji Okada (Lui)…, acteurs ; Georges Delerue, Giovanni Fusco, musique. France, 1959.
Déforme-moi à ton image afin qu’aucun autre, après toi, ne comprenne plus du tout le pourquoi de tant de désir.
La promenade

Un matin, l’envie me prenant de faire une promenade, je mis le chapeau sur la tête et, en courant, quittai le cabinet de travail ou de fantasmagorie pour dévaler l’escalier et me retrouver dans la rue. Dans l’escalier, je fus croisé par une femme qui avait l’air d’une Espagnole, d’une Péruvienne ou d’une créole, et qui affichait quelque majesté pâle et fanée.
Pour autant que je m’en souvienne, je me trouvai, en débouchant dans la rue vaste et claire, d’une humeur aventureuse et romantique qui m’emplit d’aise.
Robert Walser (1878-1956). La promenade, traduit de Der Spaziergang (1917) par Bernard Lortholary. Gallimard, impr. 2013 (L’imaginaire), ISBN 978-2-07-078347-2, page 9.


Estrela da tarde | Ary dos Santos (António Zambujo, Yamandú Costa, Carlos do Carmo, Mafalda Arnauth)
L’autre jour on a parlé d’António Zambujo à la radio, à propos d’un spectacle donné conjointement avec l’ensemble Doulce Mémoire il y a de cela plus d’un an, à Orléans je crois. Vu que je m’en suis désintéressé ces derniers mois (du bel António), il était temps de voir ce qu’il devenait ; réparer un tant soit peu cette négligence. J’ai donc consulté le célèbre moteur de recherche qui sait tout sur tout le monde, suffit d’ouvrir les vannes et il en tombe des cataractes.
Là-dedans il y a des choses parfois intéressantes — de quoi me fournir la matière de deux ou trois billets –, mais ces choses intéressantes le sont moins pour ce brave António, qui poursuit sa route gentiment, que pour ceux ou celles avec qui il collabore, l’espace d’un duo sur telle scène du Brésil, de France ou d’ailleurs.
Par exemple cette Estrela da tarde (« Étoile du soir »), une chanson des années 1970 appartenant au répertoire du fadiste Carlos do Carmo, sur un poème de José Carlos Ary dos Santos (1937-1984) dont j’ai déjà parlé plusieurs fois [voir : Amália Rodrigues et alii — Cantigas d’amigos (1971). Édition 2012].
Ary dos Santos est mort le 18 janvier 1984, c’est à dire 30 ans jour pour jour — à quelques heures près–, avant le concert où cette vidéo a été prise. On peut donc penser qu’il s’agit de la part du chanteur d’un hommage au poète, et peut-être aussi à son ami Fernando Tordo, compositeur de cette chanson comme de beaucoup d’autres écrites par Ary dos Santos, et dédicataire du poignant Cantiga de amigo (chanté par Amália sous le titre Meu amigo está longe, repris récemment par Gisela João). [Voir : Gisela João, dans la nuit bleue du fado.]
António Zambujo & Yamandú Costa | Estrela da tarde / José Carlos Ary dos Santos, paroles ; Fernando Tordo, musique ; António Zambujo, chant ; Yamandú Costa, guitare. Captation : la Miranda, à Lagoa, Rio de Janeiro (Brésil), 17 janvier 2014.
Internet :
- Yamandú Costa dans Wikipédia (fr)
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Comme toujours, António Zambujo chante bien, avec toute la sobriété requise, un peu du nez. Rien à dire. Manque peut-être un peu d’engagement. Mais la véritable découverte, ou les découvertes plutôt, sont respectivement le guitariste, Yamandú Costa, originaire du sud du Brésil, aux confins de l’Argentine et de l’Uruguay : étincelant. Un émerveillement. N’est-ce pas ? (Je ne le connaissais pas, alors qu’il est célèbre au Brésil et ailleurs. Tout le monde le connaît, sauf moi. À suivre désormais.)
Et la chanson elle-même, dont j’ai certainement entendu la version originale de Carlos do Carmo puisque j’en possède un enregistrement, mais que j’avais oubliée. Il faut dire qu’elle est desservie par un accompagnement orchestral qui n’incite guère à y revenir. En tout cas je n’en avais jamais écouté les paroles, vraiment belles. J’ai tenté de les rendre en français sans y parvenir — mais ça donne une idée, même poussive, de la tonalité du poème.
| Era a tarde mais longa de todas as tardes que me acontecia Eu esperava por ti, tu não vinhas, tardavas e eu entardecia Era tarde, tão tarde, que a boca, tardando-lhe o beijo, mordia Quando à boca da noite surgiste na tarde tal rosa tardia. |
C’était le soir le plus long de tous les soirs de ma vie Je t’attendais, et tu ne venais pas, Tu tardais et je perdais espoir. Il était tard, si tard, que la bouche, À qui tant tardait le baiser, mordait. Alors à l’embouchure de la nuit tu surgis Dans le soir comme une rose tardive. |
| Quando nós nos olhámos tardámos no beijo que a boca pedia E na tarde ficámos unidos ardendo na luz que morria Em nós dois nessa tarde em que tanto tardaste o sol amanhecia Era tarde de mais para haver outra noite, para haver outro dia. |
Regard dans regard nous avons retardé Ce baiser que tant voulait la bouche Et dans le soir nous étions un même feu Brûlant dans la lumière mourante. Dans ce soir où tu avais tardé, en nous deux Le soleil s’éveillait Il était trop tard désormais pour toute autre nuit, Et pour tout autre jour. |
| Meu amor, meu amor Minha estrela da tarde Que o luar te amanheça e o meu corpo te guarde Meu amor, meu amor Eu não tenho a certeza Se tu és a alegria ou se és a tristeza Meu amor, meu amor Eu não tenho a certeza. |
Mon amour, mon amour, Mon étoile du soir, Que la lune t’éveille et que mon corps te garde Mon amour, mon amour. Et je ne sais pas Si tu es la tristesse ou si tu es la joie, Mon amour, mon amour, Je ne le sais pas. |
| Foi a noite mais bela de todas as noites que me adormeceram Dos nocturnos silêncios que à noite de aromas e beijos se encheram Foi a noite em que os nossos dois corpos cansados não adormeceram E da estrada mais linda da noite uma festa de fogo fizeram. |
Cette nuit fut la plus belle de toutes les nuits Qui m’aient jamais bercé, Nuit des silences que l’ombre a remplis D’arômes et de baisers. Cette nuit fut celle où nos deux corps Exténués n’eurent pas de repos, Illuminant le chemin de la nuit De leur propre feu. |
| Foram noites e noites que numa só noite nos aconteceram Era o dia da noite de todas as noites que nos precederam Era a noite mais clara daqueles que à noite amando se deram E entre os braços da noite de tanto se amarem, vivendo morreram. |
Des nuits et des nuits dans une seule nuit contenues… Ce jour était celui de la nuit de toutes les nuits écoulées Cette nuit était la plus claire pour les amants Qui se sont donnés à la nuit Et qui dans les bras de la nuit, de tant s’aimer, Moururent frémissants. |
| Eu não sei, meu amor, se o que digo é ternura, se é riso, se é pranto É por ti que adormeço e acordo e acordado recordo no canto Essa tarde em que tarde surgiste dum triste e profundo recanto Essa noite em que cedo nasceste despida de mágoa e de espanto. |
Ce que je dis mon amour, est-ce rire, est-ce larme Ou tendresse, je ne sais. C’est pour toi que je m’endors et m’éveille, Et qu’éveillé j’évoque dans le chant Ce soir-là où tu surgis si tard D’une ombre profonde et triste Cette nuit délivrée de toute peine en laquelle tu naquis. |
| Meu amor, nunca é tarde nem cedo para quem se quer tanto! |
Mon amour, il n’est jamais trop tard, ni trop tôt Pour qui s’aime d’un tel amour ! |
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José Carlos Ary dos Santos (1937-1984). Estrela da tarde
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José Carlos Ary dos Santos (1937-1984). Étoile du soir, traduit de Estrela da tarde par L. & L. |
La version originale, la voici.
Pour bien comprendre ce qui se passe dans la vidéo, il faut savoir qu’il s’agit d’un extrait du Festival RTP da canção de 1976. Ce festival est destiné à désigner la chanson qui représentera le Portugal au Concours Eurovision. En 1976, huit chansons, toutes interprétées par Carlos do Carmo, étaient en compétition, parmi lesquelles donc Estrela da tarde, classée finalement 6e [source : Wikipédia (pt)]. Il faut dire que l’intervention du poète lui-même, qui déclame deux couplets, produit un effet presque comique (mais probablement pas en 1976, au Portugal). L’accompagnement d’orchestre, identique à celui de l’enregistrement publié, gâche la prestation sensible de Carlos do Carmo.
Carlos do Carmo | Estrela da tarde / José Carlos Ary dos Santos, paroles ; Fernando Tordo, musique ; Carlos do Carmo, chant ; José Carlos Ary dos Santos, voix parlée ; Joaquim Luís Gomes, arrangements ; orchestre sous la direction de Thilo Krasmann.
Vidéo : extrait du Festival da canção 1976. RTP [Rádio e Televisão de Portugal], 28 février 1976.
Pour la petite histoire, c’est Uma flor de verde pinho, une belle chanson je dois dire, sur un poème de Manuel Alegre, qui a gagné. Et qui s’est classée 12e sur 18 à l’Eurovision (la moitié de ses points provenant du jury français, qui lui a attribué la note maximale) [source : Wikipédia (fr)].
Une dernière version d’Estrela da tarde, réalisée celle-ci dans le cadre d’un hommage (discographique) à Ary dos Santos publié en 2009, pour le 25e anniversaire de sa mort. L’album, intitulé Rua da Saudade (cette rue existe vraiment à Lisbonne, dans le quartier d’Alfama, et Ary dos Santos y demeurait), réunit quatre chanteuses parmi lesquelles Mafalda Arnauth, qu’on entend ici.
Mafadla Arnauth | Estrela da tarde / José Carlos Ary dos Santos, paroles ; Fernando Tordo, musique ; Mafadla Arnauth, chant. 2009.
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Amália Rodrigues | Cuidei que tinha morrido

Un fado pour aujourd’hui, 6 février 2014.
Amália Rodrigues (1920-1999) | Cuidei que tinha morrido / Pedro Homem de Mello, poème ; Alain Oulman, musique ; Amália Rodrigues, chant ; Fontes Rocha, guitare portugaise ; Pedro Leal, guitare classique. Enregistrement : Lisbonne, janvier 1969. Extrait de l’album Com que voz, EMI-V. de Carvalho, ℗1970.
Ao passar pelo ribeiro
Onde às vezes me debruço,
Fitou-me alguém corpo inteiro
Dobrado como um soluço.En longeant ce ruisseau
Sur lequel parfois je me penche
J’ai vu quelqu’un qui me fixait,
Froissé comme un sanglot.Que palidez nesse rosto
Sob o lençol de luar !
Tal e qual quem ao sol posto,
Estivesse a agonizar.Quelle pâleur sur ce visage
Sous le linceul du clair de lune !
Une pâleur d’agonisant
Mourant au crépuscule.
Aquelas pupilas baças
Acaso seriam minhas?
Meu amor quando me enlaças
Porventura as adivinhas?Ces pupilles ternes et lasses
Seraient-elles les miennes ?
Mon amour quand tu m’enlaces
Est-ce que tu les devines ?
Deram-me então, por conselho
Tirar de mim o sentido…
Mas depois vendo-me ao espelho
Cuidei que tinha morrido!On m’a conseillé d’oublier
De cesser d’y penser…
Mais un miroir alors
M’a renvoyé l’image d’un mort.
Pedro Homem de Mello (1904-1984). Cuidei que tinha morrido
Pedro Homem de Mello (1904-1984). Je me suis cru mort, traduit de Cuidei que tinha morrido par L. & L. ………
Note : dans le fado tel qu’il est chanté, les 2e et 3e strophes sont inversées, et quelques changements ont été pratiqués dans le texte :« Estivera a agonizar » au lieu de : « Estivesse a agonizar » (2e strophe du poème) ; « Pupilas negras tão lassas / Raízes iguais às minhas » au lieu de : « Aquelas pupilas baças / Acaso seriam minhas? » (3e strophe du poème).
......
Pour février
Voici.
Dans Lisbonne la belle, jamais trop encensée, ville des villes, célèbre havre de douceur nimbé de ciboires et de palmiers, la mode des tortues exotiques finit un jour par lasser.
Mário de Carvalho. L’art de mourir au loin. Traduit de : A arte de morrer longe (2010) par Marie-Hélène Piwnik. Les allusifs, 2013, ISBN 978-2-923682-34-1, page 15.

Travaux pratiques
C’est pas mal ça, pour la pause de quatre heures ; il est bon de se dégourdir les jambes lorsqu’on exerce un travail sédentaire, et de divertir les bras et les poignets qui s’ankylosent sur les claviers d’ordinateurs.
Pauliteiros de Mirando do Douro. Dança dos paus. Vidéo : Tiago Pereira, réalisation ; Sara Morais, son. Enregistrement : Miranda do Douro, district de Bragança (Portugal), 12 mars 2011. (A música Portuguesa a gostar dela própria ; projecto 174).
Et ceci, pour couper une réunion un peu longue et stressante, un séminaire par exemple, devrait être fort efficace. Ça repose un peu les neurones, ça réveille d’autres fibres.
Sans aucun doute.
Grupo de Pauliteiros de Mirando do Douro. Salto ao castelo. Vidéo : Tiago Pereira, réalisation ; Sara Morais, son. Enregistrement : Miranda do Douro, district de Bragança (Portugal), 13 mars 2011. (A dança Portuguesa a gostar dela própria).
Jamais Souisse n’est sans couteau
Lire le Journal du voyage de Michel de Montaigne en Italie par la Suisse & l’Allemagne est une activité très distrayante, autant qu’instructive. En quelques endroits on ne comprend pas ce qui est écrit. La première partie du récit n’est d’ailleurs pas de la main de Montaigne, mais de celle de son secrétaire, souvent d’humeur facétieuse. C’est lui qui nous apprend ceci : en 1580 les Suisses manifestaient une aversion particulière pour les Espagnols, qu’ils recevaient sans courtoisie. Et que les Suissesses portaient des coiffures étranges, qu’on pouvait leur ôter en passant, par jeu (il en a sûrement fait l’expérience) ; et peu leur en chalait. J’ignore ce qu’il en est de nos jours de cette coutume de l’escamotage des chapeaux. C’est à voir — du moins si on s’aventure là-bas, car aujourd’hui comme autrefois, « jamais Souisse n’est sans couteau, duquel ils prennent toutes choses ». On voit que la Croix-rouge devait nécessairement issir de cette intrigante contrée. En outre il est piquant — c’est le cas de le dire — d’observer que la bannière suisse figure un sparadrap impeccablement appliqué sur une peau entièrement et uniment ensanglantée, et que l’emblème de la Croix-rouge en dérive par inversion des couleurs, le sparadrap ayant absorbé le sang, lessivant du même coup une peau désormais blanche à faire peur. Quoi qu’il en soit : il est nécessaire de s’armer de la plus grande prudence dans tout commerce avec les Souisses. À plus forte raison si on est espaignol.
Ils reçoivent à la vérité le nom du Roy en tous ces quartiers là, avec reverence & amitié, & nous y font toutes les courtoysies qu’il est possible. Les Espaignols y sont mal.
[…]
Les vestemans ordinaires des fames me samblent aussi propres que les nostres, mesme l’acoustremant de teste qui est un bonnet à la cognarde ayant un rebras par derriere, & par devant, sur le front, un petit avancemant : cela est anrichi tout au tour de flocs de soye de bords de forrures ; le poil naturel leur pand par derriere tout cordonné. Si vous leur ostés ce bonnet par jeu, car il ne tient non plus que les nostres, elles ne s’en offencent pas, & voiés leur teste tout à nud. Les plus jeunes, au lieu de bonnet, portent des guirlandes sulemant sur la teste.
[…]
M. de Montaigne, pour essayer tout à faict la diversité des mœurs & façons, se laissoit partout servir à la mode de chaque païs, quelque difficulté qu’il y trouvat. Toutefois en Souisse il disoit qu’il n’en souffroit nulle, que de n’avoir à table qu’un petit drapeau d’un demi pied pour serviette, & le mesme drapeau, les Souisses ne le deplient par sulemant en leur disner & si ont force sauces & plusieurs diversité de potages ; mais ils servent tousjours autant de ceuillieres de bois, manchées d’argent, comme il y a d’homes. Et jamais Souisse n’est sans cousteau, duquel ils prennent toutes choses & ne mettent guiere la main au plat.Michel de Montaigne (1533-1592). Journal du voyage de Michel de Montaigne en Italie par la Suisse & l’Allemagne en 1580 & 1581. Avec des notes par M. de Querlon. Partie 1 (rédigée par le secrétaire de Montaigne). Bade. A Rome : chez Le Jay, 1774. Reproduction numérique : http://dx.doi.org/10.3931/e-rara-8505
......

Cette voix
C’est à cause de cette fatigue… Lorsque je parle je perçois ma propre voix comme à travers la tuyauterie du chauffage. C’est qu’elle parvient à peine à se former, elle n’a rien, pas de matière, elle peine à s’extirper de la gorge et en sort exténuée. Une fois dans l’air elle n’a que la densité d’une plume, incapable de se gouverner elle-même.
Heureusement, je n’ai pas à prendre la parole en public ces jours-ci, ni de cours à donner, on s’impatienterait, on me sommerait de parler plus fort. Autant me mettre en demeure de rajeunir de 20 ans séance tenante. D’accord, mais vous avez la procédure pour ça ? Vous l’avez ? Donnez.
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Amália Rodrigues (1920-1999) | Recado a Lisboa / João Villaret, paroles ; Armando da Câmara Rodrigues, musique ; Amália Rodrigues, chant ; instrumentistes non identifiés. Années 1990.
On croirait l’enregistrement effectué à travers la tuyauterie du chauffage central tant il est mauvais. On ne sait pas d’où ça vient : exécrable copie volée d’un enregistrement studio (inédit) ? Simple captation de travail d’une séance d’essais ou de répétition ? Et puis c’est la voix esquintée des dernières années. Ce qui reste alors à cette Amália de 70 ans passés c’est le style, un art du chant inégalable, et la juste appréciation de la portée de ce qu’elle interprète. Il s’agit en l’occurrence d’une petite chanson dont on pourrait rendre le titre par « Lettre à Lisbonne » : un Lisboète exilé écrit à sa ville, la priant de porter son bon souvenir à tous ses quartiers. Il ne faut aucune emphase (comme on en constate chez d’autres interprètes de ce titre), juste une couleur de saudade.
Et toujours cet instinct phénoménal, affûté par plus de 50 ans de métier. Écouter comment elle s’arrange lorsqu’il y a contradiction entre l’accentuation de la mélodie et celle de la langue, par exemple sur le mot saudade du dernier vers (normalement accentué sur la syllabe -da-).
Lisboa querida mãezinha
Com o teu xaile traçado
Recebe esta carta minha
Que te leva o meu recadoLisbonne petite mère
Avec ton châle bien noué
Reçois cette lettre
Qui t’apporte ma demande.Que Deus te ajude, Lisboa
A cumprir esta mensagem
Dum português que está longe
E que anda sempre em viagemQue Dieu t’assiste, Lisbonne
Pour accomplir ce message
D’un Portugais en exil
Et toujours en voyage.
Vai dizer adeus à Graça
Que é tão bela, que é tão boa
Vai por mim beijar a Estrela
E abraçar a Madragoa
E mesmo que esteja frio
Que os barcos fiquem no rio
Parados sem navegar
Passa por mim no Rossio
E leva-lhe o meu olharVa pour moi saluer la Graça
Qui est si belle et si bonne,
Fais mes baisers à l’Estrela
Et embrasse Madragoa.
Et même s’il fait froid,
Même si les bateaux
Restent amarrés au quai,
Passe pour moi au Rossio
Regarde-le pour moi.
Se for noite de São João
Lá pelas ruas da Alfama
Acende o meu coração
No fogo da tua chamaSi c’est la nuit de la Saint-Jean
À travers les rues d’Alfama
Allume mon cœur
À ta flamme.
Depois leva-o p´la cidade
Num vaso de manjerico
Para ele matar a saudade
Desta saudade em que ficoPuis emporte-le dans la ville
Dans un pot de basilic
Pour qu’il apaise la saudade
De cette saudade qui m’habite.
João Villaret (1913-1961). Recado a Lisboa
.João Villaret (1913-1961). Lettre à Lisbonne, traduit de Recado a Lisboa par L. & L.






