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Silence

10 novembre 2013

« Chère Christiane Taubira,

Je viens de lire votre interview dans Libération, tout ce que vous dites est vrai, juste, ce n’est pas de ça que je veux parler, je veux vous parler de la fin de votre interview, on vous demande : « Avez-vous été déçue par la faiblesse des réactions qui ont suivi les attaques dont vous avez été victime ? » Entre crochets, il y a d’abord écrit : « soupir ». Vous poussez donc un soupir puis vous répondez. Vous parlez des messages de soutien qui vous ont été adressés à titre personnel, vous expliquez que c’est gentil mais que ce n’est pas le propos, et vous avez raison. Vous parlez de l’analyse de l’historien Pascal Blanchard, que vous dites juste mais qui n’est pas une alerte, et vous avez aussi raison. Vous dites que des consciences françaises pourraient dire que les injures racistes dont vous avez fait l’objet ne sont pas périphériques mais sont « une alarme », ne sont plus un signe mais une alarme, un signal d’alarme, dites-vous, car quelque chose dans notre société se « délabre », c’est votre mot, se dégrade, fout le camp, pourrit, est sale, est crade, est dégueulasse, est nul, est fini, est foutu, et vous avez raison. Et puis vous dites, je vous cite : « Ce qui m’étonne le plus, c’est qu’il n’y a pas eu de belle et haute voix qui se soit levée pour alerter sur la dérive de la société française. »

Là encore, vous avez raison, mais puisque vous dites que vous êtes étonnée, permettez-moi une explication. Nous n’avons rien dit parce que nous ne savons pas comment faire, comment dire ce que nous ressentons, nous ne trouvons pas les mots pour expliquer la terreur qui nous saisit à la gorge, la peine radicale, plus que profonde, radicale, une tristesse qui touche le fond, que nous éprouvons, cette histoire de banane nous tue. […] »
Christine Angot. «Chère Christiane Taubira…», par Christine Angot. Libération (en ligne), 6 novembre 2013.

Je n’ai pas accès au reste du texte, n’étant pas abonné à Libération, et n’ayant pas non plus un exemplaire papier de l’édition du 6 novembre. Mais quand même, cette justification : « nous n’avons rien dit parce que nous ne savons pas comment faire, comment dire ce que nous ressentons, nous ne trouvons pas les mots… etc. » a de quoi étonner elle aussi.

Une autre explication au fait « qu’il n’y [ait] pas eu de belle et haute voix qui se soit levée pour alerter sur la dérive de la société française » pourrait être que les « belles et hautes voix » ont disparu de France. La dernière, celle de Patrice Chéreau, vient à peine de s’éteindre.

Dans les années quatre-vingt, quatre-vingt-dix, un silence pareil était inconcevable. Il ne se serait pas produit, les réactions auraient été immédiates et nombreuses, surtout après la scène ahurissante qui s’est déroulée à Angers le 25 octobre dernier. Quelqu’un comme Marguerite Duras — pour ne citer qu’elle, parce qu’elle n’avait pas sa langue dans sa poche, et qu’elle était bien la dernière à user d’un argument tel que « nous n’avons rien dit parce que nous ne savons pas comment faire » — se serait manifestée toutes affaires cessantes. Durement. Le personnel politique de l’époque — moins le FN, évidemment — aurait unanimement donné de la voix pour soutenir la ministre et condamner cette chose insensée. Le président de la République aurait solennellement mis les choses au point.

D’ailleurs cette chose n’aurait pas eu lieu : des enfants, sous le regard amusé de leurs parents — et certainement instruits par eux, car comment des enfants pourraient-ils avoir une idée pareille — insultant une ministre qui n’a pas le même point de vue sur la société que leurs parents. Une ministre noire donc, la traitant de guenon et brandissant une peau de banane. Cette chose-là n’aurait pas eu lieu, parce que jusqu’aux années 2000 ça ne se faisait pas. Maintenant , si.

Pourquoi ne pas dire à la mère et au père de cette gamine qu’on voit brandir la peau de banane dans la ville d’Angers, Maine-et-Loire (il y a une vidéo), et aux mères et aux pères des autres enfants qui crient des insultes, que ce qu’ils font à travers leurs enfants est ignoble ? Que ces enfants, qui méritent au minimum une paire de gifles chacun, auront plus tard, les plus intelligents d’entre eux du moins, honte de leurs parents ? Et que les plus sensibles auront de surcroît honte d’eux-mêmes ?

L. & L.

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À défaut de « belle et haute voix » française, en voici une roumaine, celle de Maria Tănase (1913-1963) :

Maria Tănase (1913-1963). Doină din Dolj / Maria Tănase, paroles ; adaptation française Nicole Maria Magdalena Sachelarie ; musique traditionnelle ; Maria Tănase, chant ; OMPR [Orchestra de Muzică Populară Radio] ; Victor Predescu, direction. Enregistrement : 1955, Bucarest (Roumanie).

Jour de malchance

9 novembre 2013

Toulouse (France), 9 novembre 2013

Il aura fallu faire preuve de patience, mais en voici la récompense : un après-midi parfait pour le meurtre au parapluie.

La matinée n’en laissait rien paraître pourtant, et d’aucuns, ayant mis au point de longue date un plan, l’ayant même minutieusement répété par beau temps, munis d’accessoires de substitution, seront bien imprudemment sortis sans parapluie. Impuissants, ils auront croisé, à l’endroit précis où l’acte devait être mené à bien, le ou la destinataire du meurtre implacablement rôdé, tout sourire et leur adressant un joyeux Bonjour ! Mais quel temps hein, dire qu’il faisait si beau ce matin !

Ajoutant : Heureusement, j’avais pris mon parapluie !

Ajoutant en se retournant : Bonne soirée !

Amália Rodrigues, « comme une feuille »

7 novembre 2013

Mon pays le voici : Amália Rodrigues présente le Portugal (extrait) / Amália Rodrigues, participante.
Vidéo : ORTF [Office national de radiodiffusion télévision française], production ; Nicolas Ribowski, réalisateur. 1ère diffusion : 14 juin 1974. France, INA [Institut national de l’audiovisuel].
Na vida de uma mulher (fado) / Armando Neves, paroles ; musique non identifiée (Fado menor ?).

Tanto vale a mulher bela
Como a mais feia mulher
Perdido de amor por ela
Há sempre um homem qualquer
Armando Neves. Ironia (Na vida de uma mulher), extrait.

Il en va d’une belle femme
Comme de la plus laide d’entre elles
Toujours il existe un homme
Éperdu d’amour pour elle
Traduction L. & L.

Coincé au milieu d’un long film documentaire des années 70, ce tout petit bout de fado m’obsède, il est comme une sorte d’écume se reformant sans cesse à la surface des vaguelettes qui clapotent dans ma tête, et parfois, acquérant de la force, il forme une lame qui déferle, puis le ressac le reprend, il repart (il fait mine de repartir vers le large), il s’effiloche, se reforme et déferle à nouveau… un tout petit bout de fado, comme un éclat, surtout la mélodie de ces deux vers : perdido de amor pour ela / há sempre un homem qualquer (éperdu d’amour pour elle / il existe toujours un homme). Avec ce suspens miraculeux après perdido pour que ce mot s’illumine : « éperdu ». Éperdu d’amour pour elle.

On pensera que je m’attache à des détails. En effet oui, à des détails de ce genre.

Et vraiment, ces deux vers et leur mélodie me trottent dans la tête comme on dit, depuis longtemps. Je ne savais plus d’où ils sortaient jusqu’à ce que je retrouve la vidéo sur le site de l’INA, et qu’au sein de cette vidéo je localise ce trop court moment. Tellement court, comme si on regardait par une fenêtre ouverte en passant dans la rue… C’est un fado qu’Amália a enregistré, sur la musique du Fado menor, dans les années 50 ou 60 (il n’y a pas de date sur le CD que j’ai, Amália 50 anos — Rara e inédita, Columbia, 1989). L’enregistrement est magnifique, mais différent de ce qui est chanté ici. Ici, c’est une sorte d’improvisation, pratiquement sur un coin de table, ce n’est rien de calculé. Et voilà : spontanément, ce poème assez quelconque, Amália le transforme en une chose magique, illustrant à merveille ce qu’elle dit en voix off, à savoir qu’elle ne travaille pas ses interprétations, qu’elle se soumet « au hasard… comme une feuille. »

Le fado, chanté aussi par Alfredo Marceneiro sur une musique composée par lui, est connu sous deux titres : Ironia (Ironie), et Na vida de uma mulher (Dans la vie d’une femme).

L. & L.

Malfaçon

4 novembre 2013

Alors, si j’ai bien compris, il va falloir se mouvoir jusqu’au bout sur deux pieds ! Ce n’est pas nous qui serions nés avec un ventre d’écailles luisantes, vertes ou blanches, sur lequel ramper puis dormir dans le même mouvement. Trop bon pour l’homme, sans doute, voué dès l’origine aux pires avanies et aux équilibres précaires. Nous voici donc dotés de ces extrémités gourdes et sans prise qui ne savent que bleuir dans la neige et puer abondamment quand le temps se réchauffe, comme si les turpitudes que notre visage dissimule derrière le doux rideau des cils et la parfaite grimace du sourire, nos pieds cyniquement s’en vantaient, éventails éventés affichant notre noirceur jusque sur les plages fréquentées par l’enfance innocente, sur ce sable que la patte tridactyle de la mouette délicatement festonne avant que notre empreinte grotesque ne saccage son ouvrage — puis il ne faut rien de moins qu’un tsunami pour effacer nos traces.

[…]
Alors que faire ? Je ne vois qu’une solution : amputons ! Mes amis ! Coupons la jambe au niveau de la cheville. Vivons sur ces pointes, telle la danseuse virevoltante et gracieuse, et, plutôt que de les fouler aux pieds pour nous blesser à leurs tessons, laissons-nous émouvoir enfin par la douceur des choses.
Éric Chevillard. Péloponnèse (2013). Fata Morgana, impr. 2013, ISBN 978-2-85194-879-3, pages41-43.

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Éric Chevillard -- Péloponnèse. Fata Morgana, 2013Éric Chevillard
Péloponnèse (2013)

Péloponnèse, ou De qui se moque-t-on ? / Éric Chevillard ; dessins de Jan Voss. — Fata Morgana, 2013. — 104 p. ; 22 cm.

ISBN 978-2-85194-879-3 (livre imprimé).

El día de los muertos

3 novembre 2013

Cimetière de Blajan (Haute-Garonne, France), 2 novembre 2013

Cimetière de Blajan (Haute-Garonne, France), 2 novembre 2013

Cimetière de Blajan (Haute-Garonne, France), 2 novembre 2013

Cimetière de Blajan (Haute-Garonne, France), 2 novembre 2013

Pour mon cas personnel, j’hésite entre ce modèle entièrement végétal, charmant (sur le cliché on distingue mal les rosiers qui bordent l’arrière), mais qui demande certainement beaucoup d’entretien :

Cimetière de Saint-Girons (Ariège, France), 2 novembre 2013

et l’incinération.

Je vais réfléchir.

Cimetière de Blajan (Haute-Garonne, France), 2 novembre 2013

Pour voir

3 novembre 2013

Montpellier (France) -- La Panacée, centre d'art contemporain, 5 octobre 2013

— C’est quoi ce qu’il y a à voir ?
— Peux pas te dire.
— Ah bon, tu sais pas ? T’as pas vu ?
— Si, mais si je te le disais ça te servirait à rien.
— Ah pourquoi ?
— Parce que toi tu pourrais pas le voir.
— Mais pourquoi ?
— Parce qu’il faut faire un certain geste pour le voir et…
— Un geste ? Quel geste ?
— Un certain geste. Et que dans ton cas…
— Mais quel cas, je suis dans un cas ?
— Oh arrête, tu sais bien ce que je veux dire !
— Je vois pas du tout de quoi tu parles.
— Mais arrête à la fin ! Tout le monde est au courant.
— Mais, au courant de quoi ?
— Bon. On se voit demain ? Je file.

Pour voir

2 novembre 2013
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Toulouse (France), 10 octobre 2013

Toulouse (France), 10 octobre 2013

— Voir quoi ?
— Ça là-bas.
— Quoi, ça ?
— Mais ça là, en face, tu vois bien.
— Je vois rien.
— Tant pis pour toi.

Lula Pena, rapport d’activité

29 octobre 2013

Lula Pena n’est jamais dans l’inactivité créatrice. Toujours au contraire dans un pétillement, animée d’une bougeotte exploratrice qui s’exerce dans tous les domaines à sa portée, graphisme, cinéma, poésie, musique.

En témoigne ce collage sonore réalisé sur le film (muet) de Jean Vigo, À propos de Nice réalisé en 1929 [voir la notice Wikipédia (fr)], et dont voici un extrait de quelques minutes :

Lula Pena. À propos de Nice de Jean Vigo, collage sonore (2013). Extrait. L’intégralité de l’œuvre a été présentée au Museu Soares dos Reis, Porto (Portugal), le 17 août 2013.
À propos de Nice (1929) : film muet de Jean Vigo (1905-1934).

Ou encore cet enregistrement « home made » (dans le puits, on dirait, ou dans la buanderie), vieux de quelques jours, qui fait entendre à nouveau la voix singulière et renversante de l’artiste — du moins tel est l’effet produit sur moi, d’autant plus irrésistible, ou moins résistible, qu’il s’agit d’un poème de Lorca, suivi d’un petit bout d’une chanson d’Atahualpa Yupanqui (Yupankí ainsi qu’elle préfère l’écrire) :

Lula Pena. Fragmento #1 (2013) / Lula Pena, chant et guitare.
Poèmes : Canción de la madre del Amargo, de Federico García Lorca ; Pero a mí nunca jamás, d’Atahualpa Yupanqui, musique de Pablo del Cerro.

Lo llevan puesto en mi sábana
mis adelfas y mi palma.

Día veintisiete de agosto
con un cuchillito de oro.

La cruz. ¡Y vamos andando!
Era moreno y amargo.

Vecinas, dadme una jarra
de azófar con limonada.

La cruz. No llorad ninguna.
El Amargo está en la luna.
Federico García Lorca (1898-1936). Canción de la madre del Amargo. Dans : Poema del cante jondo (1921).

De loma en loma has de ir
y mi huella buscarás
El rastro de las vicuñas
Eso solo encontrarás
Pero a mí nunca jamás
Atahualpa Yupanqui (1908-1992). Pero a mí nunca jamás (extrait).

Gisela João, dans la nuit bleue du fado

28 octobre 2013

Gisela João -- Gisela João (album ; 2013)
Gisela João. Gisela João (2013).

Cette chanteuse, Gisela João, originaire du Nord du Portugal et non de Lisbonne, est décidément une nature (voir le billet du 27 janvier 2013).

Voilà plus d’un mois que j’ai cet album et que je l’écoute. Je n’en ai rien écrit jusqu’à présent, de crainte de me laisser emporter par mon enthousiasme, et d’avoir à le regretter.

Mais non. Au bout de six semaines, ou sept, je n’ai pas changé d’opinion. Cet album sans nom, sinon celui de son interprète, est mon préféré dans toute la production discographique de fado depuis le retrait d’Amália — du moins celle dont j’ai connaissance, moi qui vis hors du Portugal. Cela à une exception près : le génial Troubadour de Lula Pena, ce dernier n’étant pas exactement un album de fado, et restant hors d’atteinte. Du reste, quelque chose de Troubadour se retrouve ici : le souffle du vivant.

Le morceau d’ouverture de Gisela João est sidérant : une interprétation hors du commun de l’ample et magnifique mélodie du Fado menor do Porto (celle du Não é desgraça ser pobre d’Amália) sur le poème Madrugada sem sono, déjà employé par  Beatriz da Conceição en 1967 associé à une autre musique. C’est à dire que la chanteuse semble vivre profondément ce fado, en tout cas l’interpréter, sachant retenir sa puissance vocale dans la tension d’un murmure aussi longtemps qu’il le faut, pour ensuite la déchaîner à bon escient. Ainsi réalisé, ce fado est une pièce d’anthologie [Écouter]. J’ai tenté, sans grand succès je dois dire, une traduction du poème, pour en donner une idée :

Na solidão a esperar-te,
Meu amor fora da lei
Mordi meus lábios sem beijos
Tive ciúmes, chorei.
Dans cette solitude à t’attendre
Mon amour que j’aime hors la loi
À me mordre mes lèvres privées des tiennes
La jalousie, et les larmes me viennent.
Despedi-me do teu corpo
E por orgulho fugi,
Andei dum corpo a outro corpo,
Só p’ra me esquecer de ti.
Résignée au manque de ton corps
Je m’en suis allée, par fierté,
Passant d’un corps à un autre corps
Croyant me déprendre de toi.
Embriaguei-me, cantei
E busquei estrelas na lama,
Naufraguei meu coração
Nas ondas loucas da cama.
Je me suis enivrée, j’ai chanté
Et j’ai fouillé la boue, y cherchant des étoiles
Et j’ai noyé mon cœur
Dans le déferlement des vagues des draps.
Ai abraços frios de raiva,
Ai beijos de nojo e fome,
Ai nomes que murmurei
Com a febre do teu nome.
Que d’étreintes glacées de rage,
Que de baisers avides, que de dégoût
Ah combien de noms murmurés
Dans le seul désir de ton nom !
De madrugada sem sono,
Sem luz, nem amor, nem lei
Mordi os brancos lençóis,
Tive saudades, chorei.
Au bout de cette nuit blanche
Sans feu, sans amour et sans loi,
Je mords ces draps dans lesquels tu n’es pas
Et les larmes me viennent avec le mal de toi.
Goulart Nogueira (1924-1993). Madrugada sem sono.

Goulart Nogueira (1924-1993). Nuit blanche, traduit de Madrugada sem sono par L. & L.

Parfaitement en accord avec le chant dans son déroulement et sa dynamique, l’accompagnement instrumental est remarquable, dans ce fado comme dans l’album entier. La guitare portugaise de Ricardo Parreira, qui joue plutôt dans le style de Coimbra, avec parfois la sécheresse percussive d’un clavecin, donne à l’album une forme d’intensité, parfois de violence, qui fait contrepoint à la présence et à l’expressivité incroyables de la chanteuse, dont la production a eu la bonne idée de ne pas gommer la respiration, qu’on entend. Ce qui en fait un album vivant, humain, dans lequel passe le frisson du fado.

Peu d’originaux dans l’album. Une présence du répertoire d’Amália, bien servi, interprété avec esprit (des chansons traditionnelles choisies dans l’album Folclore à guitarra e à viola de 1972, un « remake » malicieux de Casa da Mariquinhas — l’original de La maison sur le port) ou avec la profondeur requise, notamment dans le fado Meu amigo está longe :

Gisela João. Meu amigo está longe / José Carlos Ary dos Santos, paroles ; Alain Oulman, musique ; Gisela João, chant ; Ricardo Parreira, guitare portugaise ; Tiago Oliveira, viola de fado (guitare classique) ; Francisco Gaspar, basse acoustique ; Frederico Pereira, direction musicale.

(J’aime moins cette vidéo que celle, plus ancienne et superbe, qu’on peut encore voir sur le site Metropolis d’Arte.)

Nem um poema, nem um verso, nem um canto,
Tudo raso de ausência, tudo liso de espanto
Amiga, noiva, mãe, irmã, amante,
Meu amigo está longe
E a distância é tão grande.
Pas un poème, pas un vers, pas un chant
Tout est plein de l’absence, tout est lisse de l’effroi
Amie, fiancée, mère, sœur, amante,
Mon ami est loin
Et la distance est immense.
Nem um som, nem um grito, nem um ai
Tudo calado, todos sem mãe nem pai
Amiga noiva mãe irmã amante,
Meu amigo esta longe
E a tristeza é tão grande.
Pas un son, pas un cri, pas une plainte
Tout est silence et tous sont orphelins,
Amie fiancée mère sœur amante,
Mon ami est loin
Et la tristesse est immense.
Ai esta magoa, ai este pranto, ai esta dor
Dor do amor sózinho, o amor maior
Amiga, noiva, mãe, irmã, amante,
Meu amigo esta longe
E a saudade é tão grande.
Ah cette peine, ah ce sanglot, cette douleur
Douleur de l’amour privé de son amour
Amie, fiancée, mère, sœur, amante,
Mon ami est loin
Et la saudade est immense.
José Carlos Ary dos Santos (1937-1984). Meu amigo está longe.
José Carlos Ary dos Santos (1937-1984). Meu amigo está longe. Trad. L. & L.

L’interprétation de Maldição, un des plus beaux fados d’Amália, sur la splendide mélodie du Fado cravo d’Alfredo Marceneiro, me convainc un peu moins : péché de gourmandise.

À l’évidence la maison de disques croit en Gisela João, puisque cet album, le premier en solo de la chanteuse, a été réalisé avec le même soin et les mêmes moyens que celui d’un artiste confirmé, phoniquement et graphiquement. Le livret est bleu sombre, comme cette nuit du fado dans laquelle se tient Gisela João : telle est sa place, indiscutablement.

L. & L.
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Gisela João
Gisela João (2013)

Gisela João -- Gisela João (2013)Gisela João / Gisela João, chant ; Ricardo Parreira, guitare portugaise ; Tiago Oliveira et Rogério Ferreira, viola de fado (guitare classique) ; Francisco Gaspar, basse acoustique ; Frederico Pereira, direction musicale. — [Portugal] : Valentim de Carvalho, ℗2013. — 1 CD

Enregistrement : février 2013..

Valentim de Carvalho 0299-2. — EAN 5605231029926.

Internet : Gisela João — Site officiel

Heure d’hiver

27 octobre 2013

Montpellier (France), esplanade du Peyrou, 27 octobre 2013

À nouveau dans le noir. L’hiver est revenu, et il s’annonce terrible. Des événements avant-coureurs des malheurs à venir ont déjà eu lieu.

Cependant une tiédeur insolite pour une fin octobre, presque malsaine, trompeuse.

Où fuir ? À Lampedusa peut-être ?