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Estrela da tarde | Ary dos Santos (António Zambujo, Yamandú Costa, Carlos do Carmo, Mafalda Arnauth)

18 février 2014

L’autre jour on a parlé d’António Zambujo à la radio, à propos d’un spectacle donné conjointement avec l’ensemble Doulce Mémoire il y a de cela plus d’un an, à Orléans je crois. Vu que je m’en suis désintéressé ces derniers mois (du bel António), il était temps de voir ce qu’il devenait ; réparer un tant soit peu cette négligence. J’ai donc consulté le célèbre moteur de recherche qui sait tout sur tout le monde, suffit d’ouvrir les vannes et il en tombe des cataractes.

Là-dedans il y a des choses parfois intéressantes — de quoi me fournir la matière de deux ou trois billets –, mais ces choses intéressantes le sont moins pour ce brave António, qui poursuit sa route gentiment, que pour ceux ou celles avec qui il collabore, l’espace d’un duo sur telle scène du Brésil, de France ou d’ailleurs.

Par exemple cette Estrela da tarde (« Étoile du soir »), une chanson des années 1970 appartenant au répertoire du fadiste Carlos do Carmo, sur un poème de José Carlos Ary dos Santos (1937-1984) dont j’ai déjà parlé plusieurs fois [voir : Amália Rodrigues et alii — Cantigas d’amigos (1971). Édition 2012].

Ary dos Santos est mort le 18 janvier 1984, c’est à dire 30 ans jour pour jour — à quelques heures près–, avant le concert où cette vidéo a été prise. On peut donc penser qu’il s’agit de la part du chanteur d’un hommage au poète, et peut-être aussi à son ami Fernando Tordo, compositeur de cette chanson comme de beaucoup d’autres écrites par Ary dos Santos, et dédicataire du poignant Cantiga de amigo (chanté par Amália sous le titre Meu amigo está longe, repris récemment par Gisela João). [Voir : Gisela João, dans la nuit bleue du fado.]

António Zambujo & Yamandú Costa | Estrela da tarde / José Carlos Ary dos Santos, paroles ; Fernando Tordo, musique ; António Zambujo, chant ; Yamandú Costa, guitare. Captation : la Miranda, à Lagoa, Rio de Janeiro (Brésil), 17 janvier 2014.

Internet :

…………

Comme toujours, António Zambujo chante bien, avec toute la sobriété requise, un peu du nez. Rien à dire. Manque peut-être un peu d’engagement. Mais la véritable découverte, ou les découvertes plutôt, sont respectivement le guitariste, Yamandú Costa, originaire du sud du Brésil, aux confins de l’Argentine et de l’Uruguay : étincelant. Un émerveillement. N’est-ce pas ? (Je ne le connaissais pas, alors qu’il est célèbre au Brésil et ailleurs. Tout le monde le connaît, sauf moi. À suivre désormais.)

Et la chanson elle-même, dont j’ai certainement entendu la version originale de Carlos do Carmo puisque j’en possède un enregistrement, mais que j’avais oubliée. Il faut dire qu’elle est desservie par un accompagnement orchestral qui n’incite guère à y revenir. En tout cas je n’en avais jamais écouté les paroles, vraiment belles. J’ai tenté de les rendre en français sans y parvenir — mais ça donne une idée, même poussive, de la tonalité du poème.

Era a tarde mais longa de todas as tardes
que me acontecia
Eu esperava por ti, tu não vinhas,
tardavas e eu entardecia
Era tarde, tão tarde, que a boca,
tardando-lhe o beijo, mordia
Quando à boca da noite surgiste
na tarde tal rosa tardia.
C’était le soir le plus long de tous les soirs
de ma vie
Je t’attendais, et tu ne venais pas,
Tu tardais et je perdais espoir.
Il était tard, si tard, que la bouche,
À qui tant tardait le baiser, mordait.
Alors à l’embouchure de la nuit tu surgis
Dans le soir comme une rose tardive.
Quando nós nos olhámos tardámos
no beijo que a boca pedia
E na tarde ficámos unidos
ardendo na luz que morria
Em nós dois nessa tarde em que tanto tardaste
o sol amanhecia
Era tarde de mais para haver outra noite,
para haver outro dia.
Regard dans regard nous avons retardé
Ce baiser que tant voulait la bouche
Et dans le soir nous étions un même feu
Brûlant dans la lumière mourante.
Dans ce soir où tu avais tardé, en nous deux
Le soleil s’éveillait
Il était trop tard désormais pour toute autre nuit,
Et pour tout autre jour.
Meu amor, meu amor
Minha estrela da tarde
Que o luar te amanheça e o meu corpo te guarde
Meu amor, meu amor
Eu não tenho a certeza
Se tu és a alegria ou se és a tristeza
Meu amor, meu amor
Eu não tenho a certeza.
Mon amour, mon amour,
Mon étoile du soir,
Que la lune t’éveille et que mon corps te garde
Mon amour, mon amour.
Et je ne sais pas
Si tu es la tristesse ou si tu es la joie,
Mon amour, mon amour,
Je ne le sais pas.
Foi a noite mais bela de todas as noites
que me adormeceram
Dos nocturnos silêncios que à noite de aromas
e beijos se encheram
Foi a noite em que os nossos dois corpos
cansados não adormeceram
E da estrada mais linda da noite
uma festa de fogo fizeram.
Cette nuit fut la plus belle de toutes les nuits
Qui m’aient jamais bercé,
Nuit des silences que l’ombre a remplis
D’arômes et de baisers.
Cette nuit fut celle où nos deux corps
Exténués n’eurent pas de repos,
Illuminant le chemin de la nuit
De leur propre feu.
Foram noites e noites que numa só noite
nos aconteceram
Era o dia da noite de todas as noites
que nos precederam
Era a noite mais clara daqueles que à noite
amando se deram
E entre os braços da noite de tanto se amarem,
vivendo morreram.
Des nuits et des nuits dans une seule nuit
contenues…
Ce jour était celui de la nuit de toutes les nuits
écoulées
Cette nuit était la plus claire pour les amants
Qui se sont donnés à la nuit
Et qui dans les bras de la nuit, de tant s’aimer,
Moururent frémissants.
Eu não sei, meu amor, se o que digo é ternura,
se é riso, se é pranto
É por ti que adormeço e acordo
e acordado recordo no canto
Essa tarde em que tarde surgiste
dum triste e profundo recanto
Essa noite em que cedo nasceste
despida de mágoa e de espanto.
Ce que je dis mon amour, est-ce rire, est-ce larme
Ou tendresse, je ne sais.
C’est pour toi que je m’endors et m’éveille,
Et qu’éveillé j’évoque dans le chant
Ce soir-là où tu surgis si tard
D’une ombre profonde et triste
Cette nuit délivrée de toute peine
en laquelle tu naquis.
Meu amor, nunca é tarde nem cedo para quem
se quer tanto!
Mon amour, il n’est jamais trop tard, ni trop tôt
Pour qui s’aime d’un tel amour !
José Carlos Ary dos Santos (1937-1984). Estrela da tarde
José Carlos Ary dos Santos (1937-1984). Étoile du soir, traduit de Estrela da tarde par L. & L.

La version originale, la voici.

Pour bien comprendre ce qui se passe dans la vidéo, il faut savoir qu’il s’agit d’un extrait du Festival RTP da canção de 1976. Ce festival est destiné à désigner la chanson qui représentera le Portugal au Concours Eurovision. En 1976, huit chansons, toutes interprétées par Carlos do Carmo, étaient en compétition, parmi lesquelles donc Estrela da tarde, classée finalement 6e [source : Wikipédia (pt)]. Il faut dire que l’intervention du poète lui-même, qui déclame deux couplets, produit un effet presque comique (mais probablement pas en 1976, au Portugal). L’accompagnement d’orchestre, identique à celui de l’enregistrement publié, gâche la prestation sensible de Carlos do Carmo.


Carlos do Carmo | Estrela da tarde / José Carlos Ary dos Santos, paroles ; Fernando Tordo, musique ; Carlos do Carmo, chant ; José Carlos Ary dos Santos, voix parlée ; Joaquim Luís Gomes, arrangements ; orchestre sous la direction de Thilo Krasmann.
Vidéo : extrait du Festival da canção 1976. RTP [Rádio e Televisão de Portugal], 28 février 1976.

Pour la petite histoire, c’est Uma flor de verde pinho, une belle chanson je dois dire, sur un poème de Manuel Alegre, qui a gagné. Et qui s’est classée 12e sur 18 à l’Eurovision (la moitié de ses points provenant du jury français, qui lui a attribué la note maximale) [source : Wikipédia (fr)].

Une dernière version d’Estrela da tarde, réalisée celle-ci dans le cadre d’un hommage (discographique) à Ary dos Santos publié en 2009, pour le 25e anniversaire de sa mort. L’album, intitulé Rua da Saudade (cette rue existe vraiment à Lisbonne, dans le quartier d’Alfama, et Ary dos Santos y demeurait), réunit quatre chanteuses parmi lesquelles Mafalda Arnauth, qu’on entend ici.

Mafadla Arnauth | Estrela da tarde / José Carlos Ary dos Santos, paroles ; Fernando Tordo, musique ; Mafadla Arnauth, chant. 2009.
.

4 commentaires leave one →
  1. 24 février 2014 07:07

    La traduction que vous faites de ce poème est en elle-même magnifique.
    Merci.

  2. zanzibar permalink
    31 mars 2014 14:59

    En petit remerciement de toutes ces magnifiques traductions, un extrait d’un film du finlandais Mika Kaurismaki – Brasileirinho – où l’on peut retrouver le public brésilien communier avec Yamandu Costa sur un des plus grands titres de leur patrimoine « Carinhoso »

    • 31 mars 2014 15:05

      Magnifique, merci 🙂

Trackbacks

  1. Carlos do Carmo | Vim para o fado | Je pleure sans raison que je pourrais vous dire

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