3 voyages en train
Il y avait des trains, autrefois. On s’y asseyait. Il y avait d’autres voyageurs, on engageait la conversation.
On disait « – Vous allez jusqu’à Paris ? – Oui, je prend toujours ce train. J’ai horreur du tgv, vous savez. Et puis, devoir passer par Bordeaux pour aller à Paris quand on vient de Toulouse, quelle abomination, quelle absurdité ! Vraiment je préfère ce train, par Limoges. C’est plus long bien sûr, mais quelle importance ? D’ailleurs j’aime mieux arriver gare d’Austerlitz. »
On disait ça, ou autre chose. Parfois rien.
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José Afonso (1929-1987) • No comboio descendente. Poème de Fernando Pessoa ; José Afonso, musique.
José Afonso, chant ; José Niza, direction musicale et production.
Enregistrement : Madrid (Espagne), studio Celada, 6-13 novembre 1972.
Extrait de l’album Eu vou ser como a toupeira / José Afonso. Portugal, ℗ 1972.
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No comboio descendente
Vinha tudo à gargalhada,
Uns por verem rir os outros
E os outros sem ser por nada —
No comboio descendente
De Queluz à Cruz Quebrada…
Dans le train descendant
Tous les gens rigolaient,
De voir rire les autres
Ou sans aucun motif —
Dans le train descendant :
Queluz-Cruz Quebrada…
No comboio descendente
Vinham todos à janela,
Uns calados para os outros
E os outros a dar-lhes trela —
No comboio descendente
Da Cruz Quebrada a Palmela…
Dans le train descendant
Tous étaient aux fenêtres,
Les uns ne pipant mot
À leurs bonimenteurs —
Dans le train descendant :
Cruz Quebrada-Moita…
No comboio descendente
Mas que grande reinação!
Uns dormindo, outros com sono,
E os outros nem sim nem não —
No comboio descendente
De Palmela a Portimão…
Dans le train descendant
Mais quel grand canular !
Dormeurs, ensommeillés,
D’autres entre les deux —
Dans le train descendant
Moita-Portimão…
Fernando Pessoa (1888-1935). No comboio descendente, extrait de Poemas para Lili (sans date). Fernando Pessoa (1888-1935). Dans le train descendant, traduit de : No comboio descendente (sans date) par Patrick Quillier. Source : Fernando Pessoa, Œuvres poétiques, Gallimard, 2001 (Bibliothèque de la Pléiade), page 1308.
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Jeanne Moreau (1928-2017) • Les wagons longs de lit. Cyrus Bassiak [pseudonyme de Serge Rezvani], paroles & musique.
Jeanne Moreau, chant ; Elek Bacsik, guitare ; Michel Gaudry, contrebasse ; Elek Bacsik, , arrangements. Enregistrement : Paris, studios Arsonor.
Extrait de l’album Jeanne Moreau chante 12 nouvelles chansons de Cyrus Bassiak. France, ℗ 1967.
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Il m’regardait
J’me détournais
Il m’souriait
J’m’en empêchais
Et il m’a dit en se penchant :
« La fumée, s’il vous plaît, est-ce qu’ça vous déplaît ?
Vous fumez ? Permettez ! Alors, c’est parfait
Voulez-vous mes journaux car le temps est long ?
Pour le tuer, parlons donc, wagons longs de lit »On s’est connus dans le wagon de lit de long
Le wagon long, le wagon long de nuit
Du Paris–Lyon–Marseille-Menton qui file de nuit
Et nous emporte vers l’Italie
On s’est souri
Dans les sanglots de lit de long, les sanglots longs
Du wagon long de nuit
Et il m’a dit au creux d’l’oreille :
« Dites-moi tu, dis-moi toi, j’vous dirai pareil
À quoi bon nos prénoms
Appelez-moi chéri
Appelle-moi mon amour
On s’connaît à peine
Qu’on s’dise vous, qu’on s’dise tu
Qu’importe, pour une nuit ? »Dans le wagon de lit de long, passé minuit
On s’est aimé, aimé à la folie
Le Paris–Lyon–Marseille–Menton toute la nuit
Nous emportait vers l’Italie.On s’est aimé dans les sanglots de lit de long
Les sanglots longs des wagons longs de nuit
Et je lui dis au creux d’l’oreille :
« Être à tu, être à toi, être vous et moi
Quand on n’ se connaît pas
À tu et à toi
Savez-vous, sais-tu bien, qu’j’suis follement émue
D’être à vous, d’être à tu, d’être dans vos bras. »Le lendemain, il m’a souri « Adieu chérie
J’descends ici
J’te quitte à Vintimille. »
Le Paris–Lyon–Marseille–Menton de lit de long
De long de lit m’a emportée, nous séparant
Vers le soleil à tout jamais,
Bien loin, bien loin, vers l’Italie.
Cyrus Bassiak (pseudonyme de Serge Rezvani). Les wagons longs de lit (1967).
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Alice & Franco Battiato • I treni di Tozeur. Franco Battiato & Rosario (Saro) Cosentino, paroles ; Franco Battiato & Giusto Pio, musique.
Alice & Franco Battiato, chant ; Filippo Destrieri, claviers ; Alberto Radius, guitares ; Alfredo Riccardi, violoncelle ; Lino Capra Vaccina, tabla ; Gianfranco d’Adda, batterie ; Marilyn Turner, chœurs ; Franco Battiato, arrangement ; Giusto Pio, direction.
Enregistrement : Milan (Italie), studio Radius. Italie, ℗ 1984.
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Nei villaggi di frontiera guardano passare i treni
Le strade deserte di Tozeur
Da una casa lontana tua madre mi vede
Si ricorda di me, delle mie abitudini
Dans les villages de frontière, les routes désertes de Tozeur
Regardent passer les trains.
D’une maison éloignée ta mère me voit,
Elle se souvient de moi, de mes habitudes.
E per un istante ritorna la voglia di vivere
A un’altra velocità
Passano ancora lenti i treni per Tozeur
Et, un instant, revient l’envie de vivre
À une autre vitesse.
Les trains qui vont à Tozeur passent encore avec lenteur.
Nelle chiese abbandonate si preparano rifugi
E nuove astronavi per viaggi interstellari
In una vecchia miniera distese di sale
E un ricordo di me, come un incantesimo
Dans les églises abandonnées on prépare des refuges
Et de nouveaux astronefs pour des voyages interstellaires
Dans une ancienne mine, des plaques de sel
Et un souvenir de moi, comme un sortilège.
E per un istante ritorna la voglia di vivere
A un’altra velocità
Passano ancora lenti i treni per Tozeur
Et, un instant, revient l’envie de vivre
À une autre vitesse.
Les trains qui vont à Tozeur passent encore avec lenteur.
Nei villaggi di frontiera guardano passare
I treni per Tozeur
Dans les villages de frontière, les gens
Regardent passer les trains qui vont à Tozeur.
Franco Battiato & Rosario (Saro) Cosentino. I treni di Tozeur (1984). Franco Battiato & Rosario (Saro) Cosentino. Les trains de Tozeur, traduit de : I treni di Tozeur (1984) par L. & L.
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Le temps maudit toujours m’oppresse
« Le temps qui va son lent balancement… »
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Jeanne Moreau (1928-2017) • Le blues indolent. Cyrus Bassiak [pseudonyme de Serge Rezvani], paroles & musique. Musique signée Ward Swingle pour des raisons administratives propres à la Sacem (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique).
Jeanne Moreau, chant ; accompagnement d’orchestre ; Ward Single, arrangement & direction.
Enregistrement : Paris, Comédie des Champs-Elysées.
Extrait de l’album Jeanne Moreau chante 12 chansons de Cyrus Bassiak. France, ℗ 1963.
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Je suis indolente, mes yeux sont vagues, vagues, vagues
Et je balance mes hanches vaguement
Mes lèvres remuent, fardées de mots si vagues, vagues
Les passants hésitent en me croisant
Le temps maudit toujours les presse
Le vent si lent pour celle qui attend
Le temps me berce de paresse
Alors je chante sans fin ce vague chant.Refrain
Les jeux de l’amour sont comme les jeux du hasard
Qui rêve de cœur souvent est servi de pique noir
Qui cherche un regard reçoit des rires moqueurs.Les hommes nonchalants me font des signes vagues, vagues
Et me frôlent de l’épaule vaguement
Une étreinte vague entre deux êtres vagues, vagues
C’est un peu renier le néant
Le temps maudit toujours nous presse
Le temps pourtant qui va si lentement
Le temps efface mes caresses
Alors je chante sans fin ce vague chant.Et je suis si triste quand les hommes vagues, vagues, vagues
Se reposent dans mes bras vaguement
Vaguement divaguent dans leur sommeil si vague, vague
Quand ils dorment, ils ressemblent aux enfants
Le temps maudit toujours m’oppresse
Le temps qui va son lent balancement
Le temps emporte ma tendresse
Alors je chante sans fin ce vague chant.
Serge Rezvani (né en 1928). Le blues indolent (1963).
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Comme si de rien n’était
¿Mi tierra?
Mi tierra eres tú.¿Mi gente?
Mi gente eres tú.El destierro y la muerte
Para mí están adonde
No estés tú.¿Y mi vida?
Dime, mi vida,
¿Qué es, si no eres tú?
Luis Cernuda (1902-1963). Contigo, extrait de Poemas para un cuerpo (1957).………
Ma terre ?
Ma terre, c’est toi.Mon peuple ?
Mon peuple, c’est toi.L’exil et la mort
Pour moi sont là
Où tu n’es pas.Et ma vie ?
Dis-moi, ma vie,
Qu’est-elle, sinon toi ?
Luis Cernuda (1902-1963). Avec toi, traduit de Contigo par Bruno Roy. Extrait de : Poèmes pour un corps (1957).
Dans : Poèmes pour un corps / Luis Cernuda ; [illustrations de] Luis Caballero ; [texte français de Bruno Roy]. France : Fata Morgana, impr. 2010. Bilingue espagnol français. ISBN 978-2-85194-781-9. P. [36-37].
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José Afonso (1929-1987) • Canto da primavera. José Afonso, musique.
Rui Pato, guitare & arrangement.
Enregistrement : Porto (Portugal), Studios RTP, Monte da Virgem.
Extrait de l’album Baladas e canções / José Afonso. Portugal, ℗ 1964.
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Histoire de Jo le Pinson (História do Zé Passarinho)
Ala dos Namorados • História do Zé Passarinho. João Monge, paroles ; João Gil, musique.
Ala dos Namorados, ensemble instrumental et vocal. Autres participants : Raquel Tavares, chant ; João Gil & José Moz Carrapa, guitare.
Extrait de l’album Razão de ser. Portugal, ℗ 2013.
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Ala dos Namorados (le « Bataillon des amoureux ») est un groupe fondé en 1992 par le compositeur et guitariste João Gil, le prolifique parolier (et accessoirement compositeur) João Monge et le pianiste et compositeur Manuel Paulo, auxquels se sont joints le guitariste José Moz Carrapa et surtout le chanteur Nuno Guerreiro dont la voix de contre-ténor est restée la marque particulière, l’emblème de ce groupe qui a connu bien des vicissitudes.
Après une éclipse de plusieurs années, Ala dos Namorados s’est réactivé en 2012 autour de Manuel Paulo et Nuno Guerreiro pour un concert marquant le vingtième anniversaire de sa création. Sur la lancée il a enregistré l’année suivante, avec le concours de nombreuses vedettes de la scène portugaise, un album intitulé Razão de ser (« Raison d’être »), réunissant de nouvelles interprétations d’anciens titres du groupe.
História do Zé Passarinho, un des plus grands succès d’Ala dos Namorados, est une sorte de fado humoristique dont la première version (voir à la fin du billet) était interprétée à la sauce pop des premières années du groupe. Dans Razão de ser la présence de la fadiste Raquel Tavares aux côtés Nuno Guerreiro lui donne un tout autre caractère, une forme de verve pince-sans-rire qui en fait un délice.
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Pela saída que tem
Da vadiagem alguém
Chamou-lhe o Zé Passarinho
Fala em verso e as mulheres
Ao fim de duas colheres
Leva-as no bico p’ró ninho
Vu le bagout qu’il a
Et vu sa distinction
On l’a surnommé Jo le Pinson
Il parle en vers et les femmes
Lui tombent dans le bec
Il a plus qu’à les emmener dans son nid
Sabe os fados do Alfredo
Rima que até mete medo
Nesta função é doutor
Tem os tiques de fadista
Mão no bolso, lenço e risca
« Baixem a luz por favor! »
Il connaît les fados d’Alfredo*
Il fait des rimes que ça fait peur,
Personne ne peut lui en remontrer
Il a tous les tics du vrai fadiste
Main dans la poche, foulard, costard rayé
« Baissez les lumières s’il vous plaît ! »
Uma triste noite ao frio
Cantava-se ao desafio
Para aquecer as paixões
Quando um estranho se levanta
Para mostrar como se canta
Faz-se à Rosa dos Limões
Par une triste et froide nuit
On chantait « ao desafio** »
Histoire de réchauffer l’ambiance.
Et voilà qu’un étranger se lève,
Décidé à montrer à tout le monde
Comment on chante la « Rosa dos limões*** »
O povo ficou sentido
Com aquele destemido
Hás-de morrer engasgado!
Palavra puxa palavra
Desata tudo à estalada
Com o posto ali ao lado
Ca n’a pas trop plu,
Ce genre d’insolence…
« Je vais t’étrangler ! »
Et le ton est monté,
Ils en sont venus aux mains,
Avec le poste juste à côté
Nem foi preciso a carrinha
Tudo na sua perninha
Numa linda procissão
Das perguntas com carinho
Ficou preso o Passarinho
Só para investigação
Pas eu besoin du panier à salade
Tout le monde y alla sur ses gambettes
En une belle procession
Avec ménagement, le Pinson
Fut interrogé et bouclé
(Juste pour enquête).
Nasce o dia atrás da Sé
E ninguém arreda pé
Nem por dó, nem por esmola
O povo ficou sentado
Para ouvir cantar o fado
Passarinho na gaiola
Le jour se lève derrière la Sé****
Et personne ne fait mine de rentrer
Et ce n’est pas par pitié :
Tout le monde est resté
Pour entendre chanter
Le fado du Pinson dans la cage !
João Monge. História do Zé Passarinho (1995).
.João Monge. Histoire de Jo le Pinson, traduit de : História do Zé Passarinho (1995) par L. & L. .
.* Alfredo : Alfredo Marceneiro (1891-1982), un des plus grands fadistes du XXe siècle, très soucieux de son élégance et qui chantait foulard autour du cou, une main dans la poche de son costume rayé.
** cantar ao desafio : littéralement : « chanter au défi » : joute entre plusieurs fadistes qui se « défient » sur une même musique.
*** A Rosinha dos limões (« Rose la vendeuse de citrons ») : célèbre fado créé par le Madérois Max (1918-1980) dans les années 1950.
**** La Sé : la cathédrale de Lisbonne, située dans le quartier d’Alfama.
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Ala dos Namorados • História do Zé Passarinho. João Monge, paroles ; João Gil, musique.
Ala dos Namorados, ensemble instrumental et vocal.
Bande son extraite de l’album Por minha dama. Portugal, ℗ 1995.
Vidéo : aucune information. Portugal, [1995 ?]
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Quatrains d’avril
Андрей Тарковский (Andreï Tarkovski) (1932-1986). Réalisation • Андрей Рублёв [Andrej Rublev]. Extrait. Андрей Тарковский (Andreï Tarkovski), réalisation ; Андрей Тарковский (Andreï Tarkovski) & Андрей Кончаловский (Andreï Kontchalovski), scénario ; Анатолий Солоницын (Anatoli Solonitsyne) (Andreï Roublev), Иван Лапиков (Ivan Lapikov) (le moine Kirill), Николай Гринько (Nikolaï Grinko) (le moine Daniil Tcherny [Daniel le Noir]),… acteurs.
Titre français : Andreï Roublev. Union soviétique, 1966 (production), 1969 (sortie).
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La guerre et la peste ? — On en voit vite la fin.
Leur jugement est bientôt prononcé.
Mais qui nous défendra de la terreur,
À la course du temps autrefois fiancée ?
1961Regards de feu,
Sourire moqueur,
Premier avril,
Ne me trahis pas !
31 mars 1963, KomarovoAnna Akhmatova (1889-1966). Extrait de : Un chapelet de quatrains, traduit de Вереница четверостиший [Verenitsa četverostnišij] par Christian Mouze. Dans : Элегии [Èlegii] = Élégies / Анна Ахматова = Anna Akhmatova. Harpo &, 2012. ISBN 978-2-913886-83-4.
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Что войны, что чума? – Конец им виден скорый,
Их приговор почти произнесен,
Но кто нас защитит от ужаса, который
Был бегом времени когда-то наречен?
1961Взоры огненней огня
И усмешка Леля…
Не обманывай меня,
Первое апреля!
31 марта 1963, КомаровоАнна Ахматова [Anna Akhmatova] (1889-1966). Extrait de : Вереница четверостиший [Verenitsa četverostnišij].
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Il est si loin, le futur…
Um corredor longo e escuro
Uma porta por abrir
Fica tão longe o futuro
Porquê sonhar sem dormir?
Luís de Macedo (1925-1987). Interior triste (années 1950).
Un couloir long et sombre
Une porte qui reste à ouvrir
Il est si loin, le futur
Pourquoi rêver sans dormir ?
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Interior triste. Luís de Macedo, paroles ; musique généralement attribuée à Armando Goes [pourrait être d’António Menano ?].
Amália Rodrigues, chant ; Jaime Santos, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare.
Extrait de l’album Fados & flamencos. ℗ 1955.
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Silêncio por toda a casa
Horas cansadas sem fim
Lentas canções murmuradas
Tristezas longas de mim
Silence dans toute la maison
Heures lasses, interminables
Lentes chansons murmurées
Mes tristesses qui durent
Pinheiros altos erguidos
Ao céu que nunca terei
Silêncios interrompidos
Por saudades que não sei
Grands pins dressés
Vers le ciel que je n’aurai jamais
Silences interrompus
Par je ne sais quelles saudades
Um corredor longo e escuro
Uma porta por abrir
Fica tão longe o futuro
Porquê sonhar sem dormir?
Un couloir long et sombre
Une porte qui reste à ouvrir
Il est si loin, le futur
Pourquoi rêver sans dormir ?
Luís de Macedo (1925-1987). Interior triste (années 1950).
Luís de Macedo (1925-1987). Tristesse, traduit de : Interior triste (années 1950) par L. & L.
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Interior triste : une des quelques chansons de Coimbra interprétées par Amália Rodrigues dans les années 1950. Le mot portugais interior peut désigner l’intérieur de la demeure, comme en français, mais aussi l’intérieur de l’être. Il a probablement ces deux sens dans le poème de Luís de Macedo.
Sur une musique très proche, attribuée au grand compositeur de ballades de Coimbra António Menano, Amália Rodrigues a enregistré en 1958 Fado final.
………
Abril
- Fait suite au billet : Il y a un virus dans les syllabes d’Avril
………
Quant à son activité littéraire, Manuel Alegre s’est surtout illustré en tant que poète, jouissant d’ailleurs d’une grande notoriété en raison de l’utilisation de certains de ses textes comme paroles de chansons « d’intervention » selon la terminologie portugaise des années 1960. En France, on parlait alors de chansons « engagées ». Les plus célèbres sont Trova do vento que passa (« Chanson du vent qui passe ») et Canção com lágrimas (« Chanson de larmes »), créées par Adriano Correia de Oliveira : deux textes très anti-salazaristes.
D’où le grand étonnement de Manuel Alegre lorsque, dans son exil algérien, lui est parvenu une lettre du compositeur Alain Oulman le priant de l’autoriser à composer une nouvelle musique pour la Trova do vento que passa pour Amália Rodrigues, qui n’était pas particulièrement associée à la résistance au régime salazariste, bien au contraire, en dépit de son Fado de Peniche de 1962. Alegre accepte cependant et Trova do vento que passa deviendra l’un des titres de l’album Com que voz publié en 1970. Alain Oulman composera ensuite des musiques pour trois autres de ses poèmes à l’intention d’Amália : As facas (« Les couteaux »), Meu amor é marinheiro (« Mon amour est un marin ») et Abril (« Avril »), qui figureront toutes les trois sur l’album Cantigas numa língua antiga de 1977 – le premier dans lequel la voix de la chanteuse montre des signes de meurtrissure.
Abril pourrait passer pour une ode au 25 avril 1974, date de la Révolution des œillets et de la chute de l’ancien régime. L’écriture et la composition du fado sont pourtant antérieures à cet événement. Amália en avait enregistré une esquisse dès 1973, publiée avec d’autres inédits en 1997 (voir à la fin du billet). D’ailleurs le poème avait paru en 1965 dans un recueil intitulé Praça da canção (« Place de la chanson ») où Manuel Alegre, comme par intuition, consacrait plusieurs poèmes au « Pays d’avril » qui pourrait être à la fois la poésie elle-même et un Portugal rêvé, libéré.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Abril. Manuel Alegre, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Martinho D’Assunção, guitare.
Enregistrement : studio Valentim de Carvalho, Paço de Arcos (Portugal).
Extrait de l’album Cantigas numa língua antiga/ Amália Rodrigues. Portugal : Valentim de Carvalho, ℗ 1977.
………
Habito o sol dentro de ti
Descubro a terra, aprendo o mar,
por tuas mãos, naus antigas, chego ao longe,
que era sempre tão longe, aqui tão perto.
J’habite le soleil en toi
Je découvre la terre, j’apprends la mer,
Par tes mains, antiques navires, ce lointain
qui restait si lointain, je le trouve ici même.
Tu és meu vinho. Tu és meu pão.
Guitarra e fruto. Meu navio,
este navio onde embarquei
para encontrar dentro de ti, o País de Abril.
Tu es mon vin. Tu es mon pain.
Guitare et fruit. Mon navire,
Ce navire à bord duquel j’ai embarqué
Pour découvrir en toi le Pays d’avril.
E eu procurava-te nas pontes da tristeza
cantava adivinhando-te cantava,
Quando o País de Abril se vestia de ti
e eu perguntava quem eras.
Et je te cherchais sur les ponts de la tristesse
Je chantais, en te devinant je chantais,
Tandis que le Pays d’avril se revêtait de toi
Et je demandais qui tu étais.
Meu amor por ti cantei. E tu me deste
um chão tão puro, algarves de ternura.
Por ti cantei, à beira-povo à beira-terra
e achei achando-te o País de Abril.
Mon amour, j’ai chanté pour toi. Et tu m’as donné
Un sol si pur, des Algarves de tendresse.
Pour toi j’ai chanté, au bord du peuple et de la terre
Et te trouvant j’ai trouvé le Pays d’avril.
Manuel Alegre (né en 1936) • Abril.
Manuel Alegre (né en 1936) • Avril, traduit de : Abril par L. & L.
………
Le poème publié dans Praça da canção, intitulé A rapariga do País de Abril (« La jeune fille du Pays d’avril ») était sensiblement différent de la version chantée. Je suppose que les modifications apportées au texte du fado sont de Manuel Alegre lui-même, mais je n’ai trouvé aucun renseignement sur ce point. Il reste à attendre la nouvelle édition de l’album Cantigas numa língua antiga dans le cadre de l’édition intégrale en cours. Nul doute que la réponse s’y trouvera. En attendant, voici le poème original :
………
Habito o sol dentro de ti
descubro a terra aprendo o mar
rio acima rio abaixo vou remando
por esse Tejo aberto no teu corpo.
J’habite le soleil en toi
Je découvre la terre, j’apprends la mer
Je rame vers l’amont, vers l’aval
de ce Tage ouvert dans ton corps.
E sou metade camponês metade marinheiro
apascento meus sonhos iço as velas
sobre o teu corpo que de certo modo
é um país marítimo com árvores no meio.
Et je suis mi-paysan, mi-matelot
Je pais mes rêves, je hisse les voiles
Sur ton corps qui est un peu
Un pays maritime planté d’arbres en son centre.
Tu és meu vinho. Tu és meu pão.
Guitarra e fruta. Melodia.
A mesma melodia destas noites
enlouquecidas pela brisa no País de Abril.
Tu es mon vin. Tu es mon pain.
Guitare et fruit. Mélodie.
La même que celle de ces nuits
que la brise ensorcelait au Pays d’avril.
E eu procurava-te nas pontes da tristeza
cantava adivinhando-te cantava
quando o País de Abril se vestia de ti
e eu perguntava atónito quem eras.
Et je te cherchais sur les ponts de la tristesse
Je chantais, en te devinant je chantais
Tandis que le Pays d’avril se revêtait de toi
Et je demandais stupéfait qui tu étais.
Por ti eu me perdi ou me encontrei
por ti que eras ausente e tão presente
por ti cheguei ao longe aqui tão perto.
E achei achando-te o País de Abril.
Par toi je me suis perdu ou trouvé
Toi qui étais absente et pourtant si présente
Par toi je suis parvenu à ce lointain si proche.
Et te trouvant, j’ai trouvé le Pays d’avril.
Manuel Alegre (né en 1936) • A rapariga do País de Abril, dans : Praça da canção (1965).
Manuel Alegre (né en 1936) • La jeune fille du Pays d’avril, traduit de : A rapariga do País de Abril, extrait de Praça da canção (1965), par L. & L.
………
Amália Rodrigues (1920-1999) • Abril. Manuel Alegre, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha & Carlos Gonçalves, guitare portugaise ; Pedro Leal, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : studio Valentim de Carvalho, Paço de Arcos (Portugal), 1973.
Première publication : album Segredo / Amália Rodrigues. Portugal : Edições Valentim de Carvalho, ℗ 1997.
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Il y a un virus dans les syllabes d’Avril
O buraco do ozono está nos versos
há um rio poluído um enfisema
a cidade morrendo-se e dois terços
da humanidade fora do poemaHá um vírus nas sílabas de Abril
um tóxico no ritmo e na palavra
há pássaros que trazem Chernobyl
e já não fala a água que falavaNa terza rima alteração genética
há uma aranha a cantar de cotovia
de pernas para o ar Hegel e a estéticaEis o inferno. E já não há Virgílio
para guiar-me a um reino de harmonia.
Por isso o meu cantar é outro exílio.
Manuel Alegre (né en 1936). Vírus. 1ère publication dans Sonetos do obscuro quê (1993).Le trou d’ozone se trouve dans les poèmes
il y a un fleuve pollué un emphysème
la ville qui se meurt et deux tiers
de l’humanité en dehors du poèmeIl y a un virus dans les syllabes d’Avril
un poison dans le rythme et dans le mot
il y a des oiseaux qui apportent Tchernobyl
et désormais l’eau qui parlait ne parle plusDans la « terza rima », modification génétique
il y a une araignée qui chante comme une alouette
les jambes en l’air Hegel et l’esthétiqueVoici l’enfer. Et Virgile n’est plus là
pour me guider vers un royaume d’harmonie.
C’est pourquoi mon chant est un nouvel exil.
Manuel Alegre (né en 1936). Virus, traduit de Vírus (1993) par L. & L.
………
Manuel Alegre (né en 1936), poète et opposant au régime salazariste, emprisonné en Angola pendant la guerre coloniale, avait, peu après son retour à Lisbonne en 1964, été contraint à la clandestinité et à l’exil, d’abord en France, puis en Algérie (voir le billet Canção com lágrimas — Manuel Alegre, Adriano Correia de Oliveira). Rentré au Portugal quelques jours après la Révolution des œillets, il y a mené ensuite une longue carrière d’homme politique tout en poursuivant son activité d’écrivain.
Le poème Vírus (« Virus ») a été publié pour la première fois en 1993. Sur le site Internet de Manuel Alegre on peut l’entendre – ne serait-ce que pour la beauté incomparable du son de la langue portugaise –, dit par le poète lui-même.
Celui qui suit, Lisboa ainda (« Lisbonne encore ») a été écrit le 20 mars dernier et publié aussitôt par Manuel Alegre sur ses comptes Facebook et Instagram, ainsi que sur son site. Il rend hommage à la ville confinée.
………
Lisboa não tem beijos nem abraços
não tem risos nem esplanadas
não tem passos
nem raparigas e rapazes de mãos dadas
tem praças cheias de ninguém
ainda tem sol mas não tem
nem gaivota de Amália nem canoa
sem restaurantes sem bares nem cinemas
ainda é fado ainda é poemas
fechada dentro de si mesma ainda é Lisboa
cidade aberta
ainda é Lisboa de Pessoa alegre e triste
e em cada rua deserta
ainda resiste.
Manuel Alegre (né en 1936). Lisboa ainda (20 mars 2020). Source : site Internet de Manuel Alegre.Lisbonne est sans baisers, sans embrassades,
sans rires, sans terrasses
sans ses milliers de pas
sans filles et garçons se tenant par la main
elle a des places remplies de personne
elle a encore le soleil mais n’a plus
ni mouette d’Amália ni barque
elle est sans restaurants sans bars sans cinémas
elle est encore fado elle est encore poèmes
refermée en elle-même elle est encore Lisbonne
ville ouverte
elle est encore la Lisbonne de Pessoa joyeuse et triste
et en chaque rue déserte
toujours elle résiste
Manuel Alegre (né en 1936). Lisbonne encore, traduit de Lisboa ainda (20 mars 2020) par L. & L.
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Carlos do Carmo • Canoas do Tejo. Frederico de Brito, paroles & musique.
Carlos do Carmo, chant ; António Chainho & António Luís Gomes, guitare portugaise ; Martinho d’Assunção, guitare ; José Maria Nóbrega, basse acoustique.
Extrait de l’album Dez fados vividos. Portugal : Trova, ℗ 1978.
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La chanson de la terre qui se désagrège
Passavano soldati e soldati sulla strada di San Costanzo, e cantavano Lili Marlène, una canzone che Cenzo Rena aveva imparato e che gli pareva tristissima, diceva che era la canzone della terra che si sfasciava.
Natalia Ginzburg (1916-1991). Tutti i nostri ieri (1952).Il ne passait que des soldats sur la route de San Costanzo, et ces soldats chantaient Lili Marlène, une chanson que Cenzo Rena avait apprise et qui lui semblait très triste. Il disait que c’était la chanson de la terre qui se désagrégeait.
Natalia Ginzburg (1916-1991). Tous nos hiers, traduit de Tutti i nostri ieri (1952) par Nathalie Bauer. Dans : Tous nos hiers / Natalia Ginzburg ; [préface Fabio Gambaro], Liana Levi, © 2003, impr. 2019 (Piccolo ; 19), ISBN 978-10-349-0072-5, page 259.
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Lale Andersen (1905-1972) • Lili Marlen : Lied eines jungen Wachtpostens. Hans Leip, paroles ; Norbert Schultze, musique.
Lale Andersen, chant ; accompagnement d’orchestre ; Bruno Seidler-Winkler, direction. Enregistrement : 2 août 1939.
Première publication : Allemagne, 1939.
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Suzy Solidor (1900-1983) • Lili Marlène. Henri Lemarchand, paroles françaises ; Norbert Schultze, musique. Adaptation de Lili Marlen, paroles originales de Hans Leip.
Suzy Solidor, chant ; accompagnement d’orchestre et chœurs ; Georges Briez, direction. Enregistrement : 12 février 1942.
Première publication : France, 1942.
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Le Mékong partout
Marguerite Duras, elle, avait ses petites bottines de quatre centimètres, tout de même, de hauteur. Elle ne marchait pas beaucoup, sauf à Trouville parfois. Elle s’intéressait aux mouettes, comme à tout. « Tu vois, ces bâtons dans l’eau, c’est le Mékong. » « Tu vois, cette avenue, Pierre-Ier-de-Serbie, c’est le Mékong. » Elle voyait le Mékong partout.
Bulle Ogier, avec Anne Diatkine. J’ai oublié (2019). Éditions du Seuil, impr. 2019, ISBN 978-2-02-141722-7. Pages 41-42.
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Nous ne marchons plus beaucoup nous non plus. Nous disons que telle partie de la promenade, jusqu’au banc, c’est le Mékong. La suivante, jusqu’au pont de la rocade, le Gange. Puis nous rebroussons chemin. Remontons le Gange. Remontons le Mékong. Rentrons dans l’appartement.
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Jeanne Moreau (1928-2017) & Marguerite Duras (1914-1996) • La rumba des îles. Marguerite Duras, paroles ; Carlos d’Alessio, musique.
Jeanne Moreau & Marguerite Duras, voix ; Karel Trow, orchestration.
Première publication : France, 1975.
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