Madame tient à voir si elle va tomber de la scène ?
Carlos Gonçalves (1938-2020) • Lágrima. Carlos Gonçalves, musique.
Carlos Gonçalves, guitare portugaise ; Lelo Nogueira, guitare classique.
Enregistrement : studio Valentim de Carvalho (Paço de Arcos, Portugal).
Première publication : album A essência da guitarra portuguesa. Portugal : Companhia Nacional de Música, 2004.
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On a appris hier la mort de Carlos Gonçalves, à l’âge de 81 ans.
Dévoué à Amália Rodrigues qu’il a accompagné à la guitare portugaise à partir de la fin des années 1960, il était devenu le principal compositeur de la fadiste dans la dernière partie de sa carrière, une fois que la collaboration de celle-ci avec Alain Oulman s’était distendue du fait de l’éloignement géographique, elle à Lisbonne, lui à Paris. Il est de ce fait le compositeur de la voix vieillie d’Amália, cette voix de plus en plus limitée dans son émission, dans sa justesse même. Or c’est toujours avec un respect absolu pour sa fadiste de prédilection, avec même un amour teinté de tendresse et d’une grande simplicité, qu’il a composé pour elle, en tenant compte des contraintes imposées par l’évolution de sa voix, des musiques qui sont parfois d’une très grande beauté. Les plus justement célèbres sont Lágrima et Grito en 1983, sur des textes d’Amália Rodrigues elle-même. On lui doit aussi le déchirant Faz-me pena de la fin, juste avant que le rideau ne tombe définitivement sur la carrière et la vie de cette femme hors du commun.
Leurs rapports étaient, semble-t-il, amicaux et complices. Une de leurs amies communes, Valéria Mendez, ancienne professoresse au conservatoire de musique de Madère, fadiste amatrice elle-même, relatait en février 2017 cette anecdote sur son compte Facebook :
Tinham ambos forte personalidade e chegava a ser divertida a forma como se comportavam em cena. Amália tinha a mania de se aproximar demasiado da beira do palco, e Carlos Gonçalves, muitas vezes dizia-lhe baixinho para chegar-se mais atrás. Amália olhava de soslaio para ele, e com um ar contrariado soltava um « aiiii »… E o Carlos insistia. Amália obedecia e dava um passo atrás […]. Depois, no camarim, era mais um chorrilho de repreensões: « A Senhora quer mesmo ver se cai pelo palco abaixo! ». E Amália displicente: « Oh Carlos, então eu não estava a ver? »
Valéria Mendez, sur son compte Facebook, 16 février 2017.Ils avaient tous les deux une forte personnalité et leur comportement sur scène était parfois assez drôle. Amália avait la manie de s’approcher trop près du bord du plateau, et Carlos Gonçalves lui disait souvent à voix basse de se reculer. Amália le regardait de biais et lui adressait un « aiiii » contrarié. Mais Carlos insistait. Amália obtempérait et reculait d’un pas […]. Après, dans la loge, c’était une cascade de récriminations : « Apparemment, Madame tient à tout prix à voir si elle va tomber du plateau ! » Et Amália, avec légèreté : « Mais enfin Carlos, comme si je ne voyais pas ! »
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Voici un extrait du dernier album studio d’Amália Rodrigues, Obsessão (« Obsession »), publié en 1990 et dont sept des douze morceaux sont des compositions de Carlos Gonçalves : Flor do verde pinho (« Fleur du pin vert »), sur un poème de Afonso Lopes Vieira (1878-1946). La musique n’a rien d’un fado : on l’imaginerait accompagnée au piano plutôt que par un ensemble de guitares.
À noter que les deux distiques Ai flores do verde pinho / Dizei que novas sabedes… et Ai flores do verde ramo / Dizei que novas sabedes… sont des quasi-citations d’une célèbre cantiga de amigo du roi troubadour Dom Diniz (Denis 1er de Portugal, 1261-1325).
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Flor do verde pinho. Afonso Lopes Vieira, paroles ; Carlos Gonçalves, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Carlos Gonçalves & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Jorge Fernando, guitare classique ; Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : studio Valentim de Carvalho (Paço de Arcos, Portugal).
Première publication : album Obsessão. Portugal : Edições Valentim de Carvalho, 1990.
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Ó meu jardim de saudades,
Verde catedral marinha,
E cuja reza caminha
Pelas reboantes naves…
Ô mon jardin de saudades,
Verte cathédrale marine,
Dont le prière chemine
Dans le tintamarre des navires…
Ai flores do verde pinho,
Dizei que novas sabedes
Da minha alma, cujas sedes
Ma perderam no caminho!
Ah, fleurs du pin vert,
Dites quelles nouvelles vous avez
De mon âme que ses désirs
Ont perdue en chemin.
Revejo-te e venho exangue;
Acolhe-me com piedade,
Longo jardim da saudade
Que me puseste no sangue.
Je te revois, je viens exsangue,
Accueille-moi, aie pitié,
Long jardin, de la saudade
Que tu m’as mise dans le sang.
Ai flores do verde ramo,
Dizei que novas sabedes
Da minha alma, cujas sedes
Ma alongaram do que eu amo!
Ah, fleurs du vert rameau,
Dites quelles nouvelles vous avez
De mon âme que ses désirs
Ont éloignée de ce que j’aime.
– A tua alma em mim existe,
E anda no aroma das flores,
Que te falam dos amores
De tudo o que é lindo e triste.
– Ton âme en moi existe,
Elle est dans l’arôme des fleurs
Qui te parlent des amours
De tout ce qui est beau et triste.
A tua alma, com carinho,
Eu guardo-a, e deito-a, a cantar,
Das flores do verde pinho
– Àquelas ondas do mar.
Ton âme, avec tendresse,
Je la garde et je l’étends, en chantant,
Des fleurs du pin vert
Jusqu’aux vagues de la mer.
Afonso Lopes Vieira (1878-1946). Flores do verde pinho, dans : País lilás, desterro azul (1922).
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Afonso Lopes Vieira (1878-1946). Fleurs du pin vert, traduit de : Flores do verde pinho, dans : País lilás, desterro azul [Pays lilas, exil azur] (1922) par L. & L.
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Amália Rodrigues • Fado português
Constantino Fernandes (1878 – 1920). O marinheiro (1913). Museu do Chiado, Lisbonne
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Fado português (« Fado portugais ») est l’unique poème du romancier, poète et essayiste José Régio (1901-1969) qu’ait chanté Amália Rodrigues. Encore ce poème, qui date de 1941, n’a-t-il pas été écrit pour elle et elle n’en chante d’ailleurs qu’une partie. C’est Alain Oulman, le compositeur français avec qui elle collaborait depuis la fin des années 1950, qui a obtenu du poète l’autorisation d’en mettre quelques fragments en musique à l’intention de la fadiste. Régio et lui sont tombés d’accord sur le choix des strophes et sur le principe de la répétition de l’une d’elle (« Ai, que lindeza tamanha… ») à la fin du fado, comme un refrain.
Fado português évoque le mythe de l’origine maritime du Fado, qui serait né de la solitude des marins portugais parcourant les océans du monde et dont les racines seraient donc associées de longue date à l’histoire du Portugal. Ce type de récit, poétique mais privé de tout fondement historique, pourrait passer pour de la complaisance à l’égard d’un pouvoir nationaliste comme l’était l’Estado novo. Pour autant ni Alain Oulman ni José Régio (co-fondateur de la revue Presença, l’une des plus importantes revues littéraires portugaises du XXe siècle, liée au Modernisme et qui comptait parmi ses collaborateurs Miguel Torga ou encore les peintres Maria Helena Vieira da Silva et Árpád Szenes), n’étaient aucunement favorables au régime salazariste.
Ce fado donne son titre au deuxième album composé essentiellement de musiques d’Alain Oulman : Fado português (1965).
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Fado português. José Régio, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare classique.
Vidéo : production RTP [Rádio e Televisão de Portugal]. Portugal, années 1960 (1964?).
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O Fado nasceu um dia
Quando o vento mal bulia
E o céu o mar prolongava
Na amurada dum veleiro
No peito dum marinheiro
Que, estando triste, cantava.
Le Fado est né un jour
Où le vent soufflait à peine
Et où le ciel prolongeait la mer,
Au bastingage d’un voilier,
Dans le cœur d’un marin
Qui était triste et chantait.
Ai, que lindeza tamanha
Meu chão, meu monte, meu vale
De folhas, flores, frutos de oiro
Vê se vês terras de Espanha
Areias de Portugal
Olhar ceguinho de choro!
Ah, quelle immense beauté,
Ma terre, ma montagne, ma vallée,
Feuilles, fleurs, fruits d’or !
Vois si tu aperçois les côtes d’Espagne,
Les plages du Portugal,
Regard aveuglé de larmes !
Na boca dum marinheiro
Do frágil barco veleiro
Morrendo a canção magoada
Diz o pungir dos desejos
Do lábio a queimar de beijos
Que beija o ar, e mais nada.
Dans la bouche d’un matelot
Sur le frêle voilier,
La douloureuse chanson qui se meurt
Dit la morsure du désir
Sur les lèvres brûlantes de baisers
Qui ne reçoivent que le baiser du vent.
Mãe, adeus. Adeus, Maria
Guarda bem no teu sentido
Que aqui te faço uma jura
Que ou te levo à sacristia
Ou foi Deus que foi servido
Dar-me no mar sepultura.
Mère, adieu. Adieu Maria
Garde bien dans ta mémoire
Ce serment que je te fais :
Je te mènerai à la sacristie
À moins qu’il plaise à Dieu
De faire de la mer ma sépulture.
Ora eis que embora outro dia
Quando o vento nem bulia
E o céu o mar prolongava
À proa de outro veleiro
Velava outro marinheiro
Que, estando triste, cantava.
Or voici qu’un autre jour
Où le vent soufflait à peine
Et le ciel prolongeait la mer,
À la proue d’un autre voilier
Veillait un autre marin
Qui était triste et chantait.
José Régio (1901 -1969). Fado português (1941).
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José Régio (1901 -1969). Fado portugais, traduit de : Fado português (1941) par L. & L.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Fado português. José Régio, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare classique.
Enregistrement : studio Valentim de Carvalho (Paço de Arcos, Portugal), 1964.
Première publication : album Fado português. Portugal : Edições Valentim de Carvalho, 1965.
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Biraz kül, biraz duman o benim işte
Kerem misali yanan o benim işte
İnanma gözlerine ben ben değilim
Beni sevdiğin zaman o benim işte.
Ümit Yaşar Oğuzcan (1926-1984). Biraz kül, biraz duman o benim işteJe suis cendre, je suis fumée
Je brûle comme Kerem
Ne crois pas tes yeux, je ne suis pas moi
C’est quand tu m’aimes que je suis moi.
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Nesrin Sipahi (née en 1934) • Biraz kül, biraz duman o benim işte. Poème de Ümit Yaşar Oğuzcan ; Avni Anıl, musique.
Nesrin Sipahi, chant ; accompagnement instrumental (informations non disponibles).
Turquie, date non disponible.
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Kerem est le personnage d’une légende populaire turque : amoureux d’une jeune fille nommée Asli, il épouse celle-ci, mais victime d’un sortilège, il brûle et se transforme en cendres lors de la nuit de noces, communiquant ce feu à son épouse.
Dans la seconde partie de son double album Ruas de 2009, constitué de chansons provenant de villes du monde entier entretenant « un même rapport tragique [que Lisbonne] au Destin », Mísia a enregistré une version de Biraz kül, biraz duman, accompagnée au ney, une flûte orientale, par l’un des maîtres de cet instrument, Kudsi Ergüner.
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Mísia • Biraz kül, biraz duman. Poème de Ümit Yaşar Oğuzcan ; Avni Anıl, musique.
Mísia, chant ; Kudsi Ergüner, ney (flûte turque) ; Laurent Guéneau, programmations.
Première publication : album Ruas. France, 2009.
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Amália Rodrigues • Primavera
« Ah, printemps funeste ! » Il est là, depuis hier 20 mars officiellement.
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Ai funesta primavera!
Quem me dera, quem nos dera
ter morrido nesse dia.
David Mourão-Ferreira (1927-1996). Primavera (1953).Hélas, printemps funeste !
Comme je voudrais être morte,
Que nous soyons morts ce jour-là !
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En 1953, David Mourão-Ferreira (1927-1996) offrait pour la première fois un de ses poèmes à Amália Rodrigues, déjà en pleine gloire.
Le premier enregistrement de Primavera (« Printemps »), sur une musique de Pedro Rodrigues, a eu lieu cette même année 1953 dans un studio assez précaire, aménagé à l’étage de la maison Valentim de Carvalho, éditeur, disquaire et marchand d’instruments de musique, située 95-97 rua Nova do Almada, dans le quartier du Chiado en plein centre de Lisbonne. Le rez-de-chaussée de l’immeuble, qui a brûlé dans le grand incendie du Chiado de 1988, était occupé par le magasin de disques, aujourd’hui disparu. Les enregistrements avaient lieu la nuit, de manière à bénéficier de l’atténuation des bruits de la ville (cependant Amália Rodrigues, indépendamment de toute autre considération, a de toute façon toujours préféré enregistrer de nuit). La cabine technique avait été aménagée dans « un espace qui donnait accès à la salle de bains plus que privée du vieux Valentim de Carvalho », nous apprend Vítor Pavão dos Santos dans le riche livret d’accompagnement de l’album Amália no Chiado (2014), qui rassemble les enregistrements, publiés et inédits, effectués dans ce lieu de 1951 à 1954.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Primavera. David Mourão-Ferreira, paroles ; Pedro Rodrigues, musique (Fado Primavera).
Amália Rodrigues, chant ; Jaime Santos, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare classique.
Enregistrement : studio Valentim de Carvalho, rua Nova do Almada (Lisbonne, Portugal), 1953.
Première publication : disque 78 t comprenant : Zanguei-me com o meu amor ; Primavera. Portugal, Columbia, 1953. Réédition : album Amália no Chiado. Portugal : Edições Valentim de Carvalho, 2014.
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Todo o amor que nos prendera
como se fora de cera
se quebrava e desfazia.
Ai funesta primavera!
Quem me dera, quem nos dera
ter morrido nesse dia.
Tout l’amour qui nous avait emprisonnés,
Comme s’il était fait de cire,
Se brisait et se défaisait.
Hélas, printemps funeste !
Comme je voudrais être morte,
Que nous soyons morts ce jour-là !
E condenaram-me a tanto
viver comigo meu pranto
viver, viver e sem ti
vivendo sem no entanto
eu me esquecer desse encanto
que nesse dia perdi.
On m’a condamnée à cette peine
De vivre, avec mes larmes,
De vivre, de vivre sans toi,
De vivre, sans que jamais
Je puisse oublier cet enchantement
Que j’ai perdu ce jour-là.
Pão duro da solidão
é somente o que nos dão
o que nos dão a comer
que importa que o coração
diga que sim ou que não
se continua a viver.
Pain sec de la solitude,
Voilà tout ce qu’on nous donne
Ce qu’on nous donne à manger.
Qu’importe que le cœur
Dise oui ou dise non
Puisqu’il continue à vivre !
Todo o amor que nos prendera
se quebrara e desfizera
em pavor se convertia.
Ninguém fale em primavera!
Quem me dera, quem nos dera
ter morrido nesse dia!
Tout l’amour qui nous avait emprisonnés,
S’était brisé et défait
Et se changeait en effroi.
Qu’on ne me parle pas du printemps !
Comme je voudrais être morte,
Que nous soyons morts ce jour-là !
David Mourão-Ferreira (1927-1996). Primavera (1953).
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David Mourão-Ferreira (1927-1996). Printemps, traduit de : Primavera (1953) par L. & L.
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Primavera fait également partie du récital enregistré en public en 1955 au Café Luso, célèbre « maison de fados » de Lisbonne, qui ne sera publié qu’en 1974. C’est une version sublime de ce fado. Pour moi, la plus belle.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Primavera. David Mourão-Ferreira, paroles ; Pedro Rodrigues, musique (Fado Primavera).
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare classique ; Filipe Pinto, présentation.
Captation : Café Luso (Lisbonne, Portugal), décembre 1955.
Extrait de l’album Amália no Café Luso. Portugal : Edições Valentim de Carvalho, ℗ 1974.
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D’autres enregistrements studios de Primavera ont été réalisés une dizaine d’années plus tard dans des conditions techniques bien meilleures, dont celui publié dans l’album Fados 67. L’effectif instrumental est doublé par rapport aux sessions des années 50 (deux guitares portugaises, une guitare acoustique et une basse acoustique au lieu d’une seule guitare portugaise et d’une guitare acoustique), ce qui le rend à la fois somptueux, presque orchestral et de ce fait, moins souple. De surcroît le style de chant d’Amália, qui entre temps a rencontré le compositeur français Alain Oulman, s’est un peu éloigné du fado castiço (traditionnel). La voix a mûri et gagné en splendeur et en expressivité, mais je dois dire que j’aime mieux la verdeur des enregistrements des années 1950, leur accompagnement ténu avec leurs si beaux contrechants de guitare portugaise.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Primavera. David Mourão-Ferreira, paroles ; Pedro Rodrigues, musique (Fado Primavera).
Amália Rodrigues, chant ; Raul Nery & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare classique ; Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : studio Valentim de Carvalho, Paço de Arcos (Portugal), mars ou avril 1967.
Première publication : album Fados 67. Portugal, 1967. Réédition : album Fados 67 (nouvelle édition). Portugal : Edições Valentim de Carvalho, 2017.
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Solo Bobby!
Il a eu 75 ans avant-hier, le beau Bobby (« … le lent débit des longs bidons du débit d’eau de Bobby… » Vous voyez ce que je veux dire). Confiné lui aussi, quelque part en Italie, sans doute.
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Bobby Solo • Una lacrima sul viso. Mogol (Giulio Rapetti Mogol), paroles ; Bobby Solo, musique.
Bobby Solo, chant ; Orchestra di musica leggera del Festival di Sanremo. Captation : Sanremo (Ligurie, Italie), Casinò di Sanremo, janvier ou février 1964, dans le cadre du 14e Festival internazionale della canzone italiana (« Festival di Sanremo »).
Vidéo : production RAI (Radiotelevisione Italiana), Italie, 1964. Première diffusion : janvier ou février 1964 (Italie : Rai 1, en direct).
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J'attendrré. J'attendrré toujours.
Chantons, pour exercer nos codes vocales et les maintenir en forme au matin de cette deuxième journée complète de confinement. Allons, plus que… quelques semaines à tenir !
Rina Ketty (1911-1996), d’origine italienne, était née dans la petite ville ligure de Sarzana – bien connue des lecteurs de Marguerite Duras –, aux confins de la Toscane.
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Rina Ketty (1911-1996) • J’attendrai. Nino Rastelli, paroles originales ; Louis Poterat, adaptation française ; Dino Olivieri, musique (inspirée du Chœur à bouche fermée de l’acte II de l’opéra Madama Butterfly, de Giacomo Puccini). Titre original : Tornerai.
Rina Ketty, chant ; accompagnement d’orchestre ; Marcel Cariven, direction.
France, 1938 (1ère publication).
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Bien sûr, l’une ne va pas sans l’autre : il nous faut aussi « je sens revivre dans mon cœûr / en dépit des montâgnes / un souvenir charmeûr / ardent comme une fleûr d’Espââgne », Sombreros et mantilles ! Les deux enregistrements ont d’ailleurs été publiés ensemble.
Rina Ketty (1911-1996) • Sombreros et mantilles. Chanty (Léon Depoisier), paroles ; Jean Vaissade, musique.
Rina Ketty, chant ; accompagnement d’orchestre ; Marcel Cariven, direction.
France, 1938 (1ère publication).
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Renaceré en Buenos Aires en otra tarde de junio
con esas ganas tremendas de querer y de vivir.
Renaceré fatalmente, será el año 3001…
Horacio Ferrer (1933-2014) • Preludio para el año 3001. Extrait.Je renaîtrai à Buenos Aires, un autre après-midi de juin,
Avec cette puissante envie d’aimer et de vivre.
Je renaîtrai fatalement, ce sera en 3001…
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Renaître, oui espérons-le ; en juin peut-être. Le temps nous aura tellement duré que ce sera comme être en 3001. À Buenos Aires et partout.
Amelita Baltar aura 80 ans cette année, en septembre. Elle a été un temps la muse d’Ástor Piazzolla, avec qui elle a eu une liaison, orageuse paraît-il, de quelques années. C’est elle qui, à partir de 1968, a créé ces « tangos-chansons » inventés par Piazzolla et le poète uruguayen Horacio Ferrer (1933-2014). D’abord « l’opéra-tango » María de Buenos Aires dans lequel la Baltar tenait – avec quelle classe ! – le rôle-titre, puis, l’année suivante, la célèbre Balada para un loco qui connaîtra un succès planétaire et plusieurs adaptations en diverses langues (parmi lesquelles la version française d’Étienne Roda-Gil créée par Julien Clerc). Preludio para el año 3001 date de la même période.
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Amelita Baltar • Preludio para el año 3001. Horacio Ferrer, paroles ; Ástor Piazzolla, musique.
Amelita Baltar, chant ; Ástor Piazzolla, bandonéon, arrangements, direction ; Antonio Agri, violon ; Oscar López Ruiz & Kicho Díaz, guitare.
Extrait de l’album Amelita Baltar interpreta a Piazzolla y Ferrer. Argentine, 1970 (1ère publication).
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Renaceré en Buenos Aires en otra tarde de junio
con esas ganas tremendas de querer y de vivir.
Renaceré fatalmente, será el año 3001
y habrá un domingo de otoño por la Plaza San Martín.Le ladrarán a mi sombra los perritos vagabundos,
con mi modesto equipage llegaré del más allá
y arrodillado en mi Río de la Plata lindo y sucio,
me amasaré otro incansable corazón de barro y sal.Y vendrán tres lustrabotas, tres payasos y tres brujos,
mis inmortales compinches gritándome « ¡Fuerza, che,
nacé, nacé, dale pibe, metéle hermano, que es duro,
pero muy bueno el oficio de morir y renacer! »[…]
Traeré un clavel de otro planeta en el ojal,
porque si nadie ha renacido ¡yo podré!
Ciudad del siglo treinta y uno, ya verás:
renaceré, renaceré, ¡renaceré!
Horacio Ferrer (1933-2014) • Preludio para el año 3001 (extrait).Je renaîtrai à Buenos Aires, un autre après-midi de juin,
Avec cette puissante envie d’aimer et de vivre.
Je renaîtrai fatalement, ce sera en 3001
Et il y aura un dimanche d’automne sur la Plaza San Martín.Les chiens errants aboieront après mon ombre.
Avec mon modeste bagage, j’arriverai de l’au-delà.
Agenouillé dans mon Río de la Plata beau et sale,
Avec de l’argile et du sel je me pétrirai un nouveau cœur infatigable.Et trois cireurs de souliers, trois clowns et trois sorciers,
Mes immortels complices, viendront m’encourager « Allez ! Courage !
Nais, nais ! Vas-y ! Courage, mon frère, ça va être dur,
Mais que c’est bon de mourir et de renaître ! »[…]
À la boutonnière, je porterai un œillet d’une autre planète
Parce que même si personne n’a pu renaître, moi je pourrai !
Ville du trente-et-unième siècle, tu verras !
Je renaîtrai, je renaîtrai, je renaîtrai !
Horacio Ferrer (1933-2014) • Prélude pour l’an 3001 (extrait), traduit de : Preludio para el año 3001 (extrait) par L. & L.
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L’attachement de Mísia au tango se manifeste régulièrement dans sa discographie depuis de nombreuses années, jusqu’à son dernier album en date, Pura vida (banda sonora), sorti en 2019, qui en comporte deux : Corazón y hueso, de Daniel Melingo – assez proche d’un fado dans sa réalisation – et le Preludio para el año 3001 de Piazzolla.
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Mísia • Preludio para el año 3001. Horacio Ferrer, paroles ; Ástor Piazzolla, musique.
Mísia, chant ; Fabrizio Romano, piano, arrangement ; Luís Cunha, violon ; Paulo Gaspar, clarinette basse ; Pedro Santos, accordéon ; Walter Hidalgo, bandonéon.
Extrait de l’album Pura vida (banda sonora). Portugal, ℗ 2019.
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Je dois dire pourtant qu’une de mes versions préférées du Preludio para el año 3001 est celle créée par Milva, accompagnée de Piazzolla à la tête de son Quinteto Tango nuevo, au théâtre des Bouffes du Nord à Paris, en 1984, lors d’un spectacle extraordinaire simplement nommé El Tango. Un enregistrement sonore en a été réalisé et publié presque immédiatement, en France et en Allemagne, sous la forme d’un album intitulé Live at the Bouffes du Nord. Il en a aussi été réalisé une captation vidéo, dont on trouve quelques bribes sur l’Internet.
Milva chante quelques-uns des tangos du concert, dont le Preludio para el año 3001, dans une version italienne d’Angela Tarenzi. Je n’ai malheureusement trouvé qu’une vidéo de piètre qualité pour cet extrait.
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Milva • Preludio para el año 3001 (Rinascerò). Horacio Ferrer, paroles originales ; Angela Tarenzi, adaptation italienne ; Ástor Piazzolla, musique.
Milva, chant ; Ástor Piazzolla, bandonéon ; Quinteto Tango nuevo (Pablo Ziegler, piano ; Fernando Suárez Paz, violon ; Oscar López Ruiz, guitare électrique ; Héctor Console, contrebasse).
Captation du spectacle El Tango présenté au théâtre des Bouffes du Nord, Paris, septembre 1984.
Vidéo : aucune information.
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Pour rendre justice à ce spectacle – auquel j’avais assisté à l’époque et dont j’avais été émerveillé – en voici un autre extrait, de meilleure qualité. Balada para mi muerte, lui aussi chanté en italien, était, je crois, le deuxième morceau du concert (si je ne me trompe pas, le premier était un instrumental, qui ne figure pas dans l’album publié). Quoi qu’il en soit je me souviens parfaitement, dans ce théâtre magique des Bouffes du Nord, de cette apparition de Milva alors que le noir complet s’était fait dans la salle, surgissant de cette porte qui s’ouvrait côté cour sur une lumière de fanal. « Je mourrai à Buenos Aires, à l’aube / Je regarderai avec douceur les choses de la vie. » Le programme débutait donc par l’évocation de la mort, dans laquelle Milva déployait son savoir-faire d’actrice de théâtre.
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Milva • Morirò in Buenos Aires. Horacio Ferrer, paroles originales ; Angela Tarenzi, adaptation italienne ; Ástor Piazzolla, musique. Titre original : Balada para mi muerte.
Milva, chant ; Ástor Piazzolla, bandonéon ; Quinteto Tango nuevo (Pablo Ziegler, piano ; Fernando Suárez Paz, violon ; Oscar López Ruiz, guitare électrique ; Héctor Console, contrebasse).
Captation du spectacle El Tango présenté au théâtre des Bouffes du Nord, Paris, septembre 1984.
Vidéo : aucune information.
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Ewa Demarczyk • Canción de las voces serenas
Des voix sereines pour ces jours difficiles et ceux à venir.
Le poème est de l’écrivain mexicain Jaime Torres Bodet (1902-1974), qui était aussi un diplomate et un homme politique. C’est avec cette Canción de las voces serenas que la grande Ewa Demarczyk ouvrait le récital qu’elle présentait au cours de la saison 1979-1980. Un enregistrement sonore de la soirée donnée au Théâtre juif de Varsovie (Teatr Żydowski w Warszawie) en décembre 1979 a été publié en 1982 sous la forme d’un double album intitulé Live (on y trouve une belle version de cette adorable et poignante chanson : Tomaszów). La télévision polonaise a de son côté capté une représentation donnée en mai 1980 au Théâtre polonais de Poznań (Teatr Polski w Poznaniu).
Des voix sereines, vraiment ? Il ne faut pas y croire. À entendre – et à voir – l’interprétation d’Ewa Demarczyk, tendue d’inquiétude comme souvent, on y croit moins encore.
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Ewa Demarczyk • Canción de las voces serenas. Poème de Jaime Torres Bodet ; Andrzej Zarycki, musique.
Ewa Demarczyk, chant ; instrumentistes non identifiés. À titre indicatif, voici la distribution instrumentale du récital enregistré au Théâtre juif de Varsovie (Teatr Żydowski w Warszawie) en décembre 1979 et publié en 1982 sous le titre Live : Andrzej Zarycki, Roman Opuszyński, piano ; Zbigniew Paleta, premier violon ; Witold Swoboda, violon ; Zenon Łacny, violoncelle ; Janusz Kopytko, contrebasse ; Andrzej Modrzejewski, guitare ; Adam Pukalak, batterie ; Andrzej Zarycki, direction musicale.
Captation : Poznań (Pologne), Teatr Polski w Poznaniu, mai 1980.
Vidéo : TVP (Telewizja Polska), production. Pologne, 1980.
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Se nos ha ido la tarde
en cantar una canción,
en perseguir una nube
y en deshojar una flor.
À chanter une chanson,
à poursuivre un nuage
et à effeuiller une fleur,
notre après-midi est passée.
Se nos ha ido la noche
en decir una oración,
en hablar con una estrella
y en morir con una flor.
À dire une prière,
à parler avec une étoile
et à mourir avec une fleur,
notre nuit est passée.
Y se nos irá la aurora
en volver a esa canción,
en perseguir otra nube
y en deshojar otra flor.
Et à reprendre cette chanson,
à poursuivre un autre nuage
et à effeuiller une autre fleur,
notre aurore passera.
Y se nos irá la vida
sin sentir otro rumor
que el del agua de las horas
que se lleva el corazón…
Et sans autre rumeur
que celle de l’eau des heures
qui emporte nos cœurs
notre vie s’en ira…
Jaime Torres Bodet (1902-1974) • Canción de las voces serenas. Dans : Nuevas canciones (1923, 1ère publication).
.Jaime Torres Bodet (1902-1974) • Chanson des voix sereines, traduit de Canción de las voces serenas. Dans : Nuevas canciones (1923, 1ère publication), par L. & L.
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Quand reverrons-nous l’Italie ?
Si nous la revoyons.
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Gianni Emilio Simonetti • Mutica, Dadaismutt (1966). Détail. Technique mixte sur carton. Collection commune Gino di Maggio. Exposition Viva Gino ! Une vie dans l’art, musée des Abattoirs, Toulouse, 2020.
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Michelangelo Antonioni (1912-2007) • L’Eclisse. Extrait. Michelangelo Antonioni, réalisation ; Michelangelo Antonioni, Tonino Guerra, Ottiero Ottieri et Elio Bartolini, scénario ; Giovanni Fusco, musique ; Monica Vitti (Vittoria), Alain Delon (Piero), Francisco Rabal (Riccardo)…, acteurs. Pays de production : Italie et France.
Titre français : L’Éclipse.
Sortie : Italie et France, 1962.


