Ricardo Ribeiro & Pedro Jóia — Entrega
Entrega (Offrande) est un fado composé par Carlos Gonçalves pour Amália Rodrigues sur un poème de Pedro Homem de Mello. Il figure sur Obsessão (1990), dernier album de studio d’Amália.
J’ai vu Amália sur scène tu sais, mais tard, à partir de 1985, avec cette voix qui pouvait la trahir à tout moment — et qui le faisait parfois. Certains soirs (à l’Olympia), elle était entièrement délivrée de ces sortes de crises de décrépitude qui l’attaquaient sans pitié et contre lesquelles il lui fallait lutter. Alors la voix était libre, et certains moments sublimes. C’est un de ces soirs-là que j’ai entendu Entrega pour la première fois. Un émerveillement. Sur le boulevard des Capucines, ensuite, j’essayais de me le remettre en tête.
En voici une reprise splendide. D’ailleurs plutôt recréation que reprise. Ricardo Ribeiro, fadiste à la voix puissante, amateur de musiques arabes (comme Amália), en duo avec l’élégant Pedro Jóia, guitariste décidément subtil et inventif. On aimerait que tout le fado contemporain soit de cette trempe.
Entrega / Ricardo Ribeiro, chant ; Pedro Jóia, guitare ; Pedro Homem de Mello, paroles ; Carlos Gonçalves, musique ; Tiago Mata Angelino, vidéo.
La guitare est vraiment très belle.
Le poème d’Homem de Mello, d’un esprit qu’on pourrait dire franciscain, reprend pourtant (dans la troisième strophe) le thème de la blessure originelle, lié à celui de l’errance nocturne dans la rue — qui est le domaine du péché (errar a les deux sens en portugais : errer et pécher, être dans l’erreur), comme dans O rapaz da camisola verde. À noter que Ricardo Ribeiro chante suas et non tuas comme le fait Amália dans cette strophe, ce qui en modifie le sens (voir la traduction). Je ne dispose pas du texte du poème d’Homem de Mello.
Entrega
Descalço venho dos confins da infância
Que a minha infância ainda não morreu.
Atrás de mim em face ainda há distância,
Menino Deus, Jesus da minha infância,
Tudo o que tenho, e nada tenho, é teuVenho da estranha noite dos poetas,
Noite em que o mundo nunca me entendeu
Vê trago as mãos vazias dos poetas.
Menino Deus, amigo dos poetas,
Tudo o que tenho, e nada tenho, é teuFeriu-me um dardo, ensanguentei as ruas
Onde o demónio em vão me apareceu.
Porque as estrelas todas eram suas [tuas]
Menino irmão dos que erram pelas ruas
Tudo o que tenho, e nada tenho, é teu!Quem te ignorar ignora aos que são tristes
Ó meu irmão Jesus, triste como eu
Ó meu irmão, menino de olhos tristes,
Nada mais tenho além dos olhos tristes
Tudo o que tenho, e nada tenho, é teu!
Pedro Homem de Mello (1904-1984). Entrega.Offrande
Je viens pieds nus des confins de l’enfance
Car mon enfance vit toujours en moi
Derrière moi et en face il reste de la distance
Enfant Jésus, Jésus de mon enfance
Tout ce que j’ai, et je n’ai rien, est à toiJe viens de l’étrange nuit des poètes
Cette nuit où le monde jamais ne m’a compris
Vois : j’ai les mains vides des poètes
Enfant Dieu, ami des poètes
Tout ce que j’ai, et je n’ai rien, est à toiUn dard m’a blessé, j’ai ensanglanté les rues
Où le démon en vain m’est apparu
Car il était [tu étais] dans toutes les étoiles
Enfant frère de ceux qui errent par les rues
Tout ce que j’ai, et je n’ai rien, est à toiT’ignorer c’est ignorer ceux qui sont tristes
Ô mon frère Jésus, triste comme moi
Ô mon frère, enfant aux yeux tristes
Je n’ai rien, je n’ai que mes yeux tristes
Mais ce que j’ai, et je n’ai rien, est à toi.
Pedro Homem de Mello (1904-1984). Entrega. Traduction L. & L.
L. & L.
Ricardo Ribeiro — Site officiel
Ricardo Ribeiro sur Myspace
Pedro Jóia sur Myspace
Les jours rallongent
Pierre Alechinsky (1927-….). Les jours rallongent (1986). Musée Jenisch, Vevey (Suisse)
Qu’est-ce qu’on voudrait de plus ?
Qu’ils passent deux fois moins vite.
Trois fois même, ou davantage.
L. & L.
Fear a’ Bhàta — Capercaillie, Sandy Denny
Il fait si froid qu’on pourrait aussi bien être à Steòrnabhagh (Na h-Eileanan Siar), on ne sentirait pas la différence. Alors autant y aller, ce serait le moment. Entendre la langue gaélique lorsque les mouettes cessent leur tapage.
C’est une langue cousine du breton tu sais. Cousine éloignée. Mais elle use des mêmes mécanismes morphologiques, en particulier le changement de la première consone d’un mot en fonction de celui qui le précède. On appelle ça : mutation consonantique. Tu ne le savais pas ? Moi si, depuis toujours — mais bien sûr ça n’a rien d’étonnant dans mon cas. Pour autant le gaélique m’est impénétrable. Je ne le connais que de vue ; on le repère à son abondance de bh et de gh, ainsi qu’à des diphtongues insolites coiffées d’accents graves.
Parlant de cousinage, cette ballade, Fear a’ Bhàta, pourrait revendiquer une lointaine parenté avec le fado. Ce serait une parente un peu dépressive, toujours avec son ordonnance à renouveler dans son sac à main.
Mais la mélodie est belle.
Sa thématique (une jeune fille se languissant d’un jeune marin) et son cadre (le rivage de l’océan) la rapprochent d’ailleurs des cantigas de amigo.
Fear a’ Bhàta / Capercaillie, groupe vocal et instrumental (Karen Matheson, chant solo). Enregistrement public, Glasgow (Écosse), The Old Fruitmarket, 2009 ?
Fhir a’bhàta, na ho ro eile
Fhir a’bhàta, na ho ro eile
Fhir a’bhàta, na ho ro eile
Mo shoraigh slàn leat ‘s gach àit’an téid thuIs tric mi ‘sealltainn o’n chnoc a’s àirde
Dh’fheuch am faic mi fear a’bhàta
An tig thu an-diùigh no’n tig thu a-màireach?
‘S mur tig thu idir gur truagh a tà miTha mo chridhe-sa briste, brùite
‘S tric na deòir a’ruith o m’shùilean
An tig thu a-nochd no’m bi mo dhúil riut
No’n dùin mi’n dorus le osna thùrsaich?
Traditionnel. Fear a’ Bhàta (fin du 19e siècle). Source : Celtic lyrics corner (consulté le 13 février 2012).———
Oh mon marin, na hóro eile
Oh mon marin, na hóro eile
Oh mon marin, na hóro eile
Où que tu ailles, que le ciel te gardeSouvent depuis la plus haute colline
Je te cherche du regard sur l’océan, mon marin
Quand te verrai-je ? Aujourd’hui ? Demain ?
Oh ne me laisse pas dans la peine et la solitude !Mon cœur est brisé, meurtri
Les larmes coulent souvent de mes yeux
Viendras-tu ce soir, ou veillerai-je pour toi,
Refermerai-je la porte avec un soupir amer ?
Traditionnel. Fear a’ Bhàta. Traduction L. & L., d’après la traduction anglaise du site Celtic lyrics corner (consulté le 13 février 2012).
Une autre version, chantée en anglais celle-ci, par l’adorable voix de la regrettée Sandy Denny (1947-1978) dans les premières années de sa carrière :
Fhir A Bhata / Sandy Denny, chant et guitare. Enregistré en direct, Londres, BBC, 1966.
How often haunting the highest hilltop
I scan the ocean, a sail to see
Will it come tonight, love, will it come tomorrow
Or ever come, love, to comfort meFhir a bhata na horo eile
Fhir a bhata na horo eile
Fhir a bhata na horo eile
O fare thee well, love, where’er thou beThey call thee fickle, they call thee false one
And seek to change me but all in vain
Thou art my dream yet throughout the dark night
And every moment I watch the mainThere’s not a hamlet, too well I know it,
Where you go wandering or stay awhile
But all its old folk you win with talking
And charm its maidens with song and smileDost thou remember the promise made me
The tartan plaidie, the silken gown?
The ring of gold with thy hair and portrait
That gown and ring I will never own
Traditionnel. Fear a’ Bhàta. Source : Travellers Union Theatrical Company (consulté le 13 février 2012).———
Souvent je monte sur la plus haute colline
Scrutant l’océan, cherchant une voile
Viendra-t-elle ce soir mon amour, viendra-t-elle demain,
Viendra-t-elle jamais mon amour, me consoler ?Fhir a bhata na horo eile
Fhir a bhata na horo eile
Fhir a bhata na horo eile
Le ciel te garde mon amour, où que tu soisOn me dit que tu es volage, que tu es menteur
Qu’il ne faut pas t’aimer mais c’est en vain
Car tu es mon rêve tout au long de la nuit
Et toujours je regarde la merPartout dans ces villages où tu séjournes parfois
Au gré de tes voyages, je ne le sais que trop,
Tu te fais aimer des vieillards par tes discours
Tu charmes les jeunes filles par tes chansons et tes souriresTe rappelles-tu la promesse que tu m’as faite,
Le châle en tartan, la jupe de soie ?
L’anneau d’or, une mèche de tes cheveux et ton portrait ?
Cette jupe, cet anneau, je ne les aurai jamais.
Traditionnel. Fear a’ Bhàta. Traduction L. & L.
L. & L.
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Sandy Denny sur Myspace
Capercaillie sur Myspace
Apprendre le gaélique écossais : Beag Air Bheag (BBC Alba, en anglais)
Argentina Santos — Volta atrás vida vivida
Argentina Santos en 2007. Photo José Goulão (Flickr).
Enchanté de la parution de Cantigas d’amigos le jour de mon propre anniversaire, j’en ai oublié que c’est aussi celui de quelqu’un d’autre. Et cet oubli est impardonnable, d’autant plus qu’il est irréparable.
Le 6 février dernier, Argentina Santos, sans aucun doute l’une des deux ou trois plus grandes fadistes vivantes, a eu 88 ans. Elle est née en 1924 (1926 selon certaines sources), à Lisbonne.
On l’entend évoquer sa vie dans cette bande-annonce d’un documentaire de près de deux heures qui lui a été consacré en 2010 ; déchargeant la pêche sur les quais à 14 ans, vendant du poisson dans la rue à 15 ans, 16 ans.
Bande-annonce du documentaire Vida vivida / Gonçalo Megre, réalisateur ; Diogo Queiroz de Andrade, producteur. Portugal : VitriMedia, 2010.
Elle parle de son restaurant A Parreirinha de Alfama, où on a toujours chanté le fado vadio, c’est à dire le fado de tout le monde, un fado amateur, que n’importe qui peut produire, un fado spontané. Elle se contentait de tenir la maison, et d’y faire la cuisine, cela depuis 1950. Mais se joignant un soir à une desgarrada, c’est à dire un fado à plusieurs chanteurs qui tour à tour prennent un couplet, elle a su qu’elle était fadiste. Car elle dit aussi dans ce film que le fado ne peut pas s’apprendre, qu’on l’a en soi. Ou non.
Le documentaire, Viva vivida (Vie vécue), prend son titre à l’un des fados du répertoire d’Argentina Santos, Volta atrás, vida vivida, que voici en entier :
Volta atrás, vida vivida / Argentina Santos, chant ; João de Freitas, paroles ; Filipe Pinto, musique (fado Meia noite). Enregistrement public, Lisbonne, vers 2010.
Volta atrás vida vivida
Para eu tornar a ver
Aquela vida perdida
Que nunca soube viverVoltar de novo quem dera
A tal tempo, que saudade
Volta sempre a primavera
Só não volta a mocidadeA vida começa cedo
Mas assim que ela começa
Começamos por ter medo
Que ela se acabe depressaO tempo vai-se passando
E a gente vai-se iludindo
Ora rindo ora chorando
Ora chorando ora rindoMeu Deus, como o tempo passa
Dizemos de quando em quando
Afinal, o tempo fica
A gente é que vai passando
João de Freitas. Volta atrás vida vivida——
Reviens, vie vécue
Fais-moi voir à nouveau
Cette vie perdue
Que jamais je n’ai su vivreAh pouvoir encore
Revenir à ce temps-là !
Le printemps revient, oui
Mais la jeunesse jamaisLa vie commence de bonne heure
Mais à peine commence-t-elle
Que nous vient la peur
De la voir se terminerLe temps s’écoule
Sur nos illusions
On rit, puis on pleure
On pleure, puis on ritMon Dieu comme le temps passe !
C’est ce qu’on dit de temps en temps
À vrai dire le temps reste
Et c’est bien nous qui passons
João de Freitas. Volta atrás vida vivida. Traduction L. & L.
L’an dernier Argentina Santos n’allait pas très bien. Il faut lui souhaiter ce miracle : que pour elle la vie rebrousse chemin.
Et peut-être qu’elle le fera pour nous aussi ?
L. & L.
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Argentina Santos sur le site du Musée du fado (Lisbonne)
Argentina Santos dans Wikipedia (en portugais)
Amália Rodrigues — Fui à fonte lavar os cabelos
Fait suite à : Amália Rodrigues et alii — Cantigas d’amigos (1971). Édition 2012.
C’est de cet inédit-là qu’il était question dans le billet précédent : Fui à fonte lavar os cabelos (À la fontaine je suis allée laver mes cheveux) :
Fui à fonte / Amália Rodrigues, chant ; poème de João Soares Coelho ; adaptation moderne Natália Correia ; [musique Alain Oulman ?].
On ne sait rien des circonstances de l’enregistrement — mais je ne serais pas étonné qu’il fasse partie des bandes de l’album Cantigas d’amigos. En tout cas il date de cette époque-là, sans aucun doute.
Comme dans Cantigas d’amigos, les paroles sont constituées d’une version modernisée par Natália Correia d’une cantiga de amigo médiévale, dont l’auteur est cette fois un troubadour du XIIIe siècle nommé João Soares Coelho. On peut en lire la biographie (en portugais) dans la remarquable base de données Cantigas medievais galego-portuguesas.
À la fontaine je suis allée laver mes cheveux
Ma mère, et je leur ai trouvé de la grâce
Et à moi aussi.
La fontaine fait partie des lieux récurrents des cantigas de amigo (avec le rivage marin et la chapelle). La mère de la dame en est un des personnages types ; elle peut parfois, comme ici, jouer le rôle de la confidente.
Autre caractéristique du genre : divers procédés stylistiques fondés sur la répétition. Dans ce poème, c’est le dernier vers de la première strophe qui est repris dans toutes les suivantes.
Voici le texte de la cantiga originale :
Fui eu, madre, lavar meus cabelos
a la fonte e paguei-m’eu delos
e de mi, louçana.Fui eu, madre, lavar mias garcetas
a la fonte e paguei-m’eu delas
e de mi, louçana.A la fonte [e] paguei-m’eu deles;
aló achei, madr’, o senhor deles
e de mi, louçana.[E], ante que m’eu d’ali partisse,
fui pagada do que m’el[e] disse
e de mi louçana.
João Soares Coelho (vers 1210-après 1279). Fui eu, madre, lavar meus cabelos.
Source : Cantigas medievais Galego-Portuguesas
Et l’adaptation qu’en a faite Natália Correia (et que chante Amália), suivie de sa traduction :
Fui à fonte lavar os cabelos,
minha mãe, e gostei eu deles
e de mim, também.Fui à fonte as tranças lavar,
e das tranças pus-me eu a gostar
e de mim, também.Lá na fonte, onde eu gostei deles,
vi o dono dos meus cabelos
e de mim, também.Lá na fonte, antes que eu partisse,
gostei tanto do que ele me disse
e de mim, também.
João Soares Coelho (vers 1220-après 1279). Fui eu, madre, lavar meus cabelos. Adaptation de Natália Correia.
Dans : Cantares dos trovadores galego-portugueses / selecção, introdução, notas e adaptação de Natália Correia. Lisboa : Estampa, 1970. Réédité en 1978 et 1998. — ISBN 972-33-0258-6 (éd. 1998).À la fontaine je suis allée laver mes cheveux
Ma mère, et je leur ai trouvé de la grâce
Et à moi aussi.À la fontaine je suis allée laver mes tresses
Ma mère, et je leur ai trouvé de la grâce
Et à moi aussi.À la fontaine, où je leur ai trouvé de la grâce
J’ai vu le seigneur et maître de mes cheveux
Et le mien aussi.À la fontaine, avant que d’en partir
J’ai trouvé bien de la grâce à ce qu’il m’a dit
Et à moi aussi.
João Soares Coelho (vers 1220-après 1279). Fui eu, madre, lavar meus cabelos. Adaptation de Natália Correia.
Traduction L. & L.
L. & L.
Cet album, Cantigas d’amigos, n’avait jamais encore été réédité depuis sa parution originale en novembre 1971. Et voici qu’il l’est le jour même de mon anniversaire, hier 6 février : une émotion considérable.
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Rodrigues, Amália (1920-1999)
Correia, Natália (1923-1993)
Santos, José Carlos Ary dos (1937-1984)
Cantigas d’amigos (1971). Édition 2012
Cantigas d’amigos / Amália Rodrigues, chant ; Natália Correia et Ary dos Santos, voix ; Fontes Rocha et Carlos Gonçalves, guitare portugaise ; Pedro Leal, guitare classique ; Joel Pina, basse acoustique ; poèmes de Bernal de Bonaval, Fernando Esquio, Afonso X, Dom Dinis, etc. ; adaptation moderne Natália Correia ; musique Fontes Rocha.
Lisboa : Iplay, 2012.Enregistrement : Lisbonne, 1971. — Première publication : novembre 1971.
Iplay IPV 1888 2. — EAN 5604931188827.
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Cantigas d’amigos, bien qu’enregistré en studio, a été conçu dans les mêmes conditions que Amália / Vinícius, au cours d’une de ces soirées qui avaient lieu régulièrement, au cours des années 1960 et 1970, dans la maison d’Amália, rue São Bento à Lisbonne, et qui se prolongeaient jusqu’au matin. Il y venait des habitués, parmi lesquels Alain Oulman, compositeur principal de la fadiste dans ces mêmes années, le poète David Mourão-Ferreira (auteur de Libertação, Barco negro, Abandono, Maria Lisboa et autres), Maluda, peintre et amie d’Amália (auteur de la pochette de l’album).
L’un des plus assidus semble avoir été le poète José Carlos Ary dos Santos, très actif comme parolier de chansons et de fados dans les années 1960 et 1970. Carlos do Carmo en particulier lui doit beaucoup. De lui, Amália a chanté Meu limão de amargura, Amêndoa amarga, Alfama, … Opposant au régime salazariste (comme d’ailleurs Oulman et Mourão-Ferreira), affilié au Parti communiste, il militait en outre pour les droits des personnes homosexuelles, ayant fait son coming out comme on dirait aujourd’hui*. Un personnage comme on le voit des plus intéressants. Ary dos Santos aimait en outre dire de la poésie en public, et le faisait avec talent. C’est à ce titre qu’il participe à Cantigas d’amigos.
*Voir par exemple : Mauro NEVES Jr. Ary dos Santos: poeta da revolução, poeta do fado. Sophia University, Tōkyō, Japon. Dans : Bulletin of the Faculty of Foreign Studies, Sophia University, No.40 (2005).
Cependant l’initiative du projet revient probablement à une autre habituée de la rua S. Bento, poétesse elle aussi, engagée pareillement contre le régime, défenseresse quant à elle des droits des femmes : Natália Correia. S’intéressant de près à la poésie des troubadours portugais (d’ailleurs tout autant galiciens, de sorte qu’on parle en l’espèce de littérature galaïco-portugaise), elle venait de publier une sélection de poèmes, annotés et adaptés en portugais moderne par elle-même**.
**Cantares dos trovadores galego-portugueses / selecção, introdução, notas e adaptação de Natália Correia. Lisboa : Estampa, 1970. Réédité en 1978 et 1998. — ISBN 972-33-0258-6 (éd. 1998.)
C’est de ce recueil que proviennent les textes de l’album. Les poèmes sont dits (par Ary dos Santos, très en verve, ou Natália Correia, davantage dans la déclamation), parfois ponctués d’interventions chantées par Amália, ou bien entièrement chantés. Dans tous les cas, ils sont accompagnés de musiques composées par José Fontes Rocha, exécutées par le quatuor instrumental qui travaillait avec Amália à cette époque (Fontes Rocha et Carlos Gonçalves, guitare portugaise ; Pedro Leal, guitare ; Joel Pina, guitare basse). Cela à une exception près : Ermida de São Simeão, musique d’Alain Oulman, enregistré en studio quelques années plus tôt, et déjà publié dans Fado português (1965) sous le titre Cantiga de amigo. Les compositions de Fontes Rocha sont dans le style du fado, et ne cherchent aucunement à imiter un quelconque style médiéval.
Le titre de l’album, Cantigas d’amigos (Chansons d’amis), aurait été proposé par Amália. Il fait référence à la fois à la convivialité dans laquelle baignait l’entreprise, et à une forme poétique précise, la cantiga de amigo, dont l’album offre plusieurs exemples.
cantiga de amigo
La cantiga de amigo […] fleurit au Portugal et en Galice, mais s’étend en dehors de ses frontières linguistiques dans le León, en Castille, en Aragon, de la fin du XIIe à la moitié du XIVe siècle. Dans les cantigas de amigo, la parole est donnée à la dame, qui exprime tous les états émotionnels liés à son amour pour l’ami. Ce sont des compositions d’auteurs masculins mais à tonalité féminine qui participent, avec les jarchas judéo-mozarabes et les Frauenlieder allemands, à un ensemble plus vaste appelé « chansons de femme ». Elles reçoivent des noms différents selon leur thématique propre (l’aube, la mer, la danse, le pèlerinage).
Encyclopédie Larousse (en ligne). Voir aussi.Cantiga de amigo dans Wikipedia (pt) et Wikipedia (it).
Celle-ci (le superbe Ah, quizesse Deus dans l’album), dont l’auteur n’est autre que Denis 1er du Portugal (1261-1325), roi et poète, connu dans cette dernière activité sous le nom de Dom Dinis, se trouvait déjà dans quelques compilations parues en CD. Le texte original est cité en premier, suivi de l’adaptation de Natália Correia et d’une traduction française de celle-ci.
Nom sei hoj’, amigo, quem padecesse
coita qual padesco que nom morresse,
senom eu, coitada, que nom nacesse,
porque vos nom vejo com’eu queria;
e quisesse Deus que m’escaecesse
vós que vi, amigo, em grave dia.Nom sei, amigo, molher que passasse
coita qual eu passo que já durasse
que nom morress’ ou desasperasse,
porque vos nom vejo com’eu queria;
e quisesse Deus que me nom nembrasse
vós que vi, amigo, em grave dia.Nom sei, amigo, quem o mal sentisse
que eu senço que o sol encobrisse
senom eu, coitada, que Deus maldisse
porque vos nom vejo com’eu queria
e quisesse Deus que nunca eu visse
vós que vi, amigo, em grave dia.
Dom Dinis (Dinis I de Portugal ; 1261-1325). Nom sei hoj’, amigo, quem padecesse. Source : Cantigas medievais Galego-PortuguesasAh quizesse Deus / Amália Rodrigues, chant ; Fontes Rocha et Carlos Gonçalves, guitare portugaise ; Pedro Leal, guitare ; Joel Pina, guitare basse ; poème de Dom Dinis; adaptation moderne Natália Correia ; musique Fontes Rocha.
Cantiga de amigo
Não sei eu, amigo, de quem padecesse
mágoas que padeço, e que não morresse,
senão eu, coitada, antes não nascesse,
já que não vos vejo, como merecia!
Ah, quisesse Deus, que eu vos esquecesse,
amigo que vi, em tão triste dia.Não sei eu, amigo, de outra que penasse
penas como eu peno, e as suportasse
e que não morresse ou desesperasse,
já que não vos vejo, como merecia;
Ah, quisesse Deus, que eu vos não lembrasse,
amigo que vi, em tão triste dia.Não sei eu amigo, de quem tal sentisse,
e que assim sentindo, o sol encobrisse, [sol, ici : seulement]
senão eu, coitada, a quem Deus maldisse,
já que não vos vejo, como merecia;
Ah, quisesse Deus, que eu nunca vos visse,
amigo que vi, em tão triste dia.
Dom Dinis (Dinis I de Portugal ; 1261-1325). Adaptation de Natália Correia (1923-1993).
Dans : Cantares dos trovadores galego-portugueses / selecção, introdução, notas e adaptação de Natália Correia. Lisboa : Estampa, 1970. Réédité en 1978 et 1998.Cantiga de amigo
Je ne sais, mon ami, personne qui endure
Les tourments que j’endure et qui n’en meure
Sinon moi infortunée, ah que suis-je née
Puisque je ne vous vois point, comme je le mériterais !
Ah plût à Dieu que je vous oubliasse,
Ami que je vis, en si funeste jour.Je ne sais, mon ami, aucune autre qui souffre
Les peines que je souffre, et les puisse supporter
Et qui n’en meure ou ne s’en désespère
Puisque je ne vous vois point, comme je le mériterais !
Ah plût à Dieu que je vous oubliasse,
Ami que je vis, en si funeste jour.Je ne sais, mon ami, personne qui éprouve
Telle douleur que j’éprouve, et seulement la dissimule
Sinon moi infortunée, que Dieu a maudite
Puisque je ne vous vois point, comme je le mériterais !
Ah plût à Dieu que jamais je ne vous visse,
Ami que je vis, en si funeste jour.
Dom Dinis (Dinis I de Portugal ; 1261-1325). Adaptation de Natália Correia. Traduction L. & L.
La réédition de Cantigas d’amigos, qui se sera donc fait attendre plus de quarante ans, aurait pu être l’occasion de la publication d’un bel inédit connu d’Amália, Fui à fonte lavar os cabelos, une cantiga de amigo issue du recueil de Natália Correia, dont un enregistrement circule sur l’Internet. À entendre cet enregistrement, on pourrait croire qu’il a eu lieu au cours de cette même session.
L. & L.
Miguel Torga — Calendrier (Folhinha)
Calendrier
Elle s’est fanée, la fleur ouverte au soleil du temps.
Il devait en être ainsi, dans ce renouvellement
Quotidien.
Autre année,
Autre fleur,
Autre senteur.
La lame
De la fatigue
Fauche,
Et le bras
D’un autre songe
Sème.Voilà l’éternité :
La capitulation permanente de la vie.
Autre année,
Autre fleur,
Autre senteur,
Et la brillance
De je ne sais quelle illusion qui brûle sur la cime
De je ne sais quelle expression jamais atteinte.
Miguel Torga (1907-1995). Orfeu rebelde (1958). Traduction Béatrice de Chavagnac.Folhinha
Murchou a flor aberta ao flor do tempo.
Assim tinha de ser, neste renovo
Quotidiano.
Outro ano,
Outra flor,
Outro perfume.
O gume
Do cansaço
Vai ceifando,
E o braço
Doutro sonho
Semeando.É essa a eternidade:
A permanente rendição da vida.
Outro ano,
Outra flor,
Outro perfume,
E o lume
De não sei que ilusão a arder no cume
De não sei que expressão nunca atingida.
Miguel Torga (1907-1995). Orfeu rebelde (1958).
————
Torga, Miguel (1907-1995)
Orfeu rebelde (1958). Portugais et traduction française (2010)
Orphée rebelle = Orfeu rebelde / Miguel Torga ; traduit du portugais (Portugal) par Béatrice de Chavagnac. — Vichy : Librairie la Brèche ; Nérac : P. Mainard, 2010. – 99 pages ; 20 cm.
(Xénophilie).
Textes originaux portugais et traductions françaises en regard.
ISBN 978-2-913751-50-7. — EAN 9782913751507
Épiphanie métropolitaine

Vittore Carpaccio (1460?-1526?). Il battesimo dei seleniti (1502 ou 1503), détail.
Venise, San Giorgio degli Schiavoni.
C’est dans le métro de Toulouse, un des premiers dimanches de janvier vers deux heures de l’après-midi. La rame arrivant, un jeune homme, trente ans ou moins, pas très grand mais bien bâti, cheveux noirs presque ras me précède à peine pour y monter. Visage intéressant, « décidé » comme on dit, une belle bouche. Il porte un caban foncé, des jeans, un sac de sport. C’est donc ça : un sportif pratiquant, et — on le voit à la façon dont il est entré dans la rame et à celle qu’il a de ne regarder les choses et les personnes que pendant les quelques instants qui lui suffisent à les apprécier –, sérieux en tout, responsable, bien sous tous rapports, le genre à céder sa place aux retraités dans les transports en commun.
Il y a du monde encore, comme si les fêtes de fin d’année traînaient en longueur ; il faut rester debout, se tenir aux barres. La main du jeune homme, pleine et nette, porte une alliance. Il fait évidemment un époux irréprochable et un bon père de famille, aucun doute là-dessus.
Il a trouvé à s’asseoir à la première station. À la suivante, d’une voix étonnamment grave, une voix de Boris Godounov ou de Kékszakállú, il offrait son siège à une femme à peine cinquantenaire qui n’en a pas voulu, vexée de cette sollicitude importune. L’enfer est pavé n’est-ce pas…
Dans cette même rame voyage un autre jeune homme, noir. Il est comme un roi mage, amené jusqu’ici par l’étoile qu’il poursuit depuis Rawalpindi. Il est svelte de corps, tout en cils et en regard, ce regard qui s’est embrasé dès lors que le trentenaire sportif et courtois lui est apparu. C’est extraordinaire comme ce regard s’est transformé. S’agrandissant de désir et presque aussitôt, au bout d’un délai infinitésimal, le temps d’un battement de cils, se voilant de douleur. Une sorte de transfiguration soudaine, flagrante.
Jamais il n’a obtenu d’être regardé à son tour, jamais. Une femme de cinquante ans oui, mais lui, qui n’entrait dans aucune catégorie d’assistés possibles, envers qui aucune courtoisie particulière n’avait à s’exercer, n’était pas même en droit d’être vu. Cela il l’a su immédiatement. De même il a mesuré à l’instant exact où il en était foudroyé la portée de l’envoûtement qui le frappait, sa puissance irrésistible, le génie de dévastation qui l’animait. En cet instant-là il s’est vu perdu, comme si l’enfant que l’étoile avait désigné s’était détourné du trésor qu’il était venu déposer à ses pieds.
Amêndoa amarga / Amália Rodrigues, chant ; Fontes Rocha, guitare portugaise ; Martinho d’Assunção, guitare ; José Carlos Ary dos Santos, paroles ; Alain Oulman, musique. Première publication dans Cantigas numa língua antiga (1977).
Por ti falo e ninguém pensa
mas eu digo minha amêndoa, meu amigo, meu irmão
meu tropel de ternura, minha casa
meu jardim de carências, minha asa.Por ti vivo e ninguém pensa
mas eu sigo um caminho de silvas e de nardos
uma intensa ternura que persigo
rodeado de cardos por tantos lados.Por ti morro e ninguém sabe
mas eu espero o teu corpo que sabe a madrugada
o teu corpo que sabe a desespero
ó minha amarga amêndoa desejada.
José Carlos Ary dos Santos (1937-1984). Amêndoa amarga, d’après Retrato de Amigo (1970).C’est par toi que je parle et nul n’y pense.
Mais moi je dis : mon amande, mon ami, mon frère
mon flot d’amour, ma maison
mon jardin d’absences, mon aile.C’est par toi que je vis et nul n’y pense.
Mais je parcours un chemin de nards et de ronces
à la poursuite d’une tendresse infinie,
assailli de chardons de tous côtés.C’est par toi que je meurs et nul n’en sait rien.
Mais c’est ton corps que j’attends, ton corps au goût d’aurore
Ton corps au goût de désespoir,
O mon amande amère, désirée !
José Carlos Ary dos Santos (1937-1984). Amêndoa amarga, d’après Retrato de Amigo (1970). Traduction L. & L.
Autre hypothèse, plus cruelle encore : cet amour il en est la proie depuis longtemps. Et le jeune homme parfait, dont le manque lui est un supplice et la vue une blessure atroce, le sait.
L. & L.
Ici Groningue
Je ne sais pas si tu as remarqué ce petit cartouche en bas de la page, tout en bas, une minuscule mappemonde mangée par des points rouges, sous le titre VISITEURS (DEPUIS LE 22 / 12/ 2009). En cliquant dessus on sait d’où se sont connectés les derniers visiteurs. On voit ceci :
J’aime bien savoir d’où viennent les gens qui arrivent ici. Une fois il y a eu Imatra, SF. J’ai regardé sur G*** maps où se trouve Imatra, Finlande. C’est tout près de la frontière russe. Je me suis un peu promené virtuellement dans les rues de cette bourgade grâce à la street view. J’ai même parcouru toute la route jusqu’à la frontière. Après : plus de street view. La Russie reste un peu secrète, elle a son quant-à-soi.
Très souvent dans la liste des derniers visiteurs il y a : Groningen, NL. Mais très souvent. Il y a quelqu’un là-bas, à Groningen, NL, qui garde un œil ici. Aujourd’hui, c’était à 16 heures 12.
En français on dit Groningue, rimant avec wassingue (il faut dire ouassingue, tu le sais). Le nom français sonne ancien, XVIIe, du temps des guerres de Hollande, tu sais la paix de Nimègue, Louis XIV, le roi d’Espagne et tout le tremblement.
Je ne sais pas ce qui attire ici quelqu’un de Groningue. Quelqu’un qui aime le fado peut-être, et qui lit le français.
J’ai aussi exploré Groningue par G*** street view. C’est une très jolie ville à ce qu’il en semble.
En retour voici quelque chose de hollandais. De néerlandais devrais-je dire. Je l’ai trouvé par accident, alors que j’étais à la recherche de vidéos sur Cathy Berberian. Aucun rapport entre Cathy Berberian et cette chanson, sinon le côté un peu kitsch de l’une et de l’autre, et le fait que ceci se trouvait sur un site consacré à une certaine Jasperina De Jong (dont j’ignore tout, je n’ai pas cherché à approfondir) : http://jasperina.net/ fournissant également des documents audio et vidéo sur Cathy Berberian.
Malheureusement je n’ai pas étudié le néerlandais. J’ai donc sollicité le service de traduction automatique de G***, qui cette fois encore s’est tenu à la hauteur de sa réputation ; tu pourras savourer son œuvre, transcrite après le texte original ci-dessous. On y rencontre cette singulière aubépine éperlan : une variété frisonne fleurissant en poissons probablement ; et cette formulation des plus originales — quoique imprécise — pour indiquer l’heure : Il était environ une blonde avec un trou dans la joue. À moins bien sûr qu’aux Pays-Bas l’apparition d’une telle blonde se produise à une certaine heure, connue de tous. Enfin une chose est certaine : le goudron frais joue un rôle de premier plan dans l’histoire, de même qu’une avenue nommée d’après Alexander de Savornin Lohman, homme politique natif de… Groningue (m’apprend Wikipedia).
Pas geteerd / Joost Prinsen, chant ; Hans Dorrestijn, paroles, Harry Bannink ; John Knap, vidéo. Pas geteerd : extrait de l’album Aan Lager Wal (1979).
Pas geteerd
Begin van de lente, schitterend weer
De vogels, die gingen als gekken tekeer
De wereld in bloei, ‘t was lente en hoe
Ik reed niets vermoedend op de fiets naar haar toe
De meidoorn geurde, ik neuriede zacht
Ik glimlachte telkens als ik aan haar dacht
Wie zou er niet lachen, een prachtige dag
Hij zou er wel gek zijn, die de zon zij niet zagDe Savornin Lohman, zo heette die laan
Daar zag ik een wals en een teerwagen staan
De wegwerkers zwoegden en zongen hun lied
Wat er stond te gebeuren, dat wisten ze niet
Ze liet me niet binnen, ik stond verstomd
Toen ze zei: » ‘t Is beter als jij nooit meer komt »
De asfaltlaag walmde in ‘t scherpe licht
En ze deed voor altijd de deur voor me dicht
De Savornin Lohman, zo heette die laanIk liep over ‘t tuinpad, nog steeds klonk gezang
‘t Ging over een blondje met een kuil in haar wang
De Savornin Lohman, met ‘t bord: ‘Pas geteerd’
Die dag, jaren geleden, ging alles verkeerd
In enk’le seconden was alles voorbij
De lente, de liefde bestond niet voor mij
Ik stond verslagen in ‘n walm van teer
De vogels, die gingen als gekken tekeerNog altijd, als ergens de weg wordt geteerd
Is ‘t of m’n hart in m’n lichaam omkeert
Hans Dorrestijn. Pas geteerd.Seuls goudronneuses
Début du printemps, le beau temps
Les oiseaux, qui étaient battant comme un fou
Le monde en fleurs, c’était le printemps, et comment
J’ai roulé sans se douter d’elle sur un vélo
L’aubépine éperlan, je fredonnais doucement
J’ai souri chaque fois que je pensais à elle
Qui ne serait pas rire, une belle journée
Il serait fou qu’elle ne voit pas le soleilLe Lohman Savornin, qui était l’avenue
J’ai vu une valse délicate et un chariot
Les travailleurs de la route peiné et chanté leur chanson
Qu’est-ce qui allait arriver, qu’ils n’ont pas
Elle m’a laissé entrer, j’ai été étonné
Puis elle dit : « C’est mieux si vous ne venez jamais »
Flottait dans la lumière de l’asphalte ‘s forte
Et elle était à jamais fermé la porte pour moi
Le Lohman Savornin, qui était l’avenueJ’ai couru à travers la trajectoire de jardin il, toujours chantant sonné
Il était environ une blonde avec un trou dans la joue
Le Lohman Savornin, avec ‘t signe: « Méfiez-vous goudronneuses »
Ce jour-là, il ya longtemps, tout a mal tourné
En quelques secondes il était plus enk’le
Printemps, l’amour n’était pas pour moi
Je jouais «goudron de la fumée n
Les oiseaux, qui étaient battant comme un fouPourtant, si la route est goudronnée, quelque part
Est-ce mon corps ou mon cœur à l’envers
Hans Dorrestijn. Pas geteerd. Traduction Google (22 janvier 2012).
Charmant, vind je niet?
L. & L.
Raquel Tavares & Pedro Jóia — Deste-me um beijo e vivi
C’est encore une vidéo de cette série épatante, tu sais ? A música portuguesa a gostar dela própria. Elle n’a pas cessé de s’accroître, il s’y publie parfois plusieurs clips par jour.
Et là tu vois, c’est Raquel Tavares (on la connaît elle aussi, dans ce billet-ci, dans celui-là, et dans cet autre), en duo avec Pedro Jóia, guitariste (et compositeur).
Tous les deux sont excellents dans ce Fado cravo, une des plus belles compostions d’Alfredo Marceneiro (Amália le tenait pour « uma maravilha », une merveille).
Petit à petit ils emmènent ce fado profondément castiço, c’est à dire issu de la plus pure veine du fado traditionnel, vers l’Andalousie. En tant qu’instrumentiste Pedro Jóia s’est un temps tourné du côté du flamenco. Il est à présent rendu à ses racines portugaises, ayant consacré son dernier album (Á espera de Armandinho, 2007) à douze magistrales transcriptions des compositions originales du grand joueur de guitare portugaise et compositeur Armandinho (1891-1946). Tout cela on l’entend ici, c’est vraiment magnifique.
Raquel Tavares elle aussi est impressionnante. On ne saurait mieux montrer à quel point le fado est un art de la tension et de la vibration : le chant lui-même doit être dans cet état de stress qui est à l’image de la vie. Lula Pena, après le concert d’Évreux l’autre soir, évoquait une expérience à laquelle elle a participé à Gérone, en Catalogne : il s’agissait de mesurer au moyen de l’appareillage médical approprié, et de visualiser sur un écran, l’effort fourni par son propre cœur durant un concert. Il s’avérait que le cœur était d’autant plus sollicité – et que les écrans d’affichage s’affolaient d’autant plus — que la voix était retenue.
L’absence de tension tue le fado, il le rend fade, morne, insipide, ennuyeux. Ici non.
Deste-me um beijo e vivi
Na força que veio de ti
Encontrei a fé perdida
Negando o barro e o mito
O meu corpo feito grito
Pediu à vida mais vidaAcontecemos um só
Sob a luz dum mesmo sol
Cores do mesmo matiz
Razões de uma só razão
Pedaços do mesmo chão
Troncos da mesma raízDá-me as tuas carícias mais gratas
Das tuas mãos regressadas
Vindas do fundo do tempo
Mil madrugadas esperei
Presença viva que sei
Amor com força de ventoE o meu corpo feito grito
Teve força de granito
Força que veio de ti
Encontrei a fé perdida
Deste-me um beijo e vivi
Pedi à vida mais vida.
Vasco de Lima Couto. Deste-me um beijo e vivi.Ton baiser m’a fait revivre
Dans cette force qui vient de toi
J’ai puisé la foi perdue
Refusant l’argile et le mythe
Mon corps qui n’est plus qu’un cri
Réclame à nouveau sa part de vieNous ne faisons qu’un
Dans l’éclat d’un même soleil
Couleurs d’une même palette
Raisonnant d’une même raison
Pétris d’une même terre
Troncs d’une même racineApaise-moi des plus douces caresses
De tes mains que je retrouve
Venues du fond du temps
Mille fois j’ai attendu cette aube
Présence vive que je connais
Amour aussi fort que le ventEt mon corps qui n’est qu’un cri
A repris une vigueur de granit
Une vigueur qui vient de toi
J’ai retrouvé la foi perdue
Ton baiser m’a fait revivre
Je veux encore ma part de vie
Vasco de Lima Couto. Deste-me um beijo e vivi. Traduction L. & L.
C’est à Beatriz da Conceição — originaire de Porto — qu’est due la création de cette version particulière du Fado cravo, sur Deste-me um beijo e vivi (Ton baiser m’a fait revivre), un poème qui facilite probablement l’avènement de la tension voulue, grâce notamment à ses rimes appuyées en « i », une voyelle tendue.
Deste-me um beijo e vivi / Beatriz da Conceição, chant ; Vasco de Lima Couto, paroles ; Alfredo Marceneiro, musique (Fado cravo).
L. & L.
A música portuguesa a gostar dela própria — Site
Raquel Tavares sur Myspace
Pedro Jóia sur Myspace
Cantigas d’amigos / Amália Rodrigues, chant ; Natália Correia et Ary dos Santos, voix ; Fontes Rocha et Carlos Gonçalves, guitare portugaise ; Pedro Leal, guitare classique ; Joel Pina, basse acoustique ; poèmes de Bernal de Bonaval, Fernando Esquio, Afonso X, Dom Dinis, etc. ; adaptation moderne Natália Correia ; musique Fontes Rocha.

