Assurd & Enza Pagliara | Crivo
Assurd & Enza Pagliara | Crivo. Paroles traditionnelles (Campanie, Italie), recueillies par Roberto De Simone ; compositeur(s) non identifié(s).
Vidéo : Mario Piredda, réalisation (2005).
Assurd, ensemble vocal et instrumental (Cristina Vetrone, chant, accordéon diatonique ; Lorella Monti, chant ; Enza Prestia, chant) ; Enza Pagliara, chant.
Extrait de l’album Musiche per Cantata / Assurd. Italie : Suonitineranti, ℗ 2015.
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Il a déjà été question de l’ensemble napolitain Assurd. Ses trois membres (les deux cousines Cristina Vetrone et Lorella Monti, plus Enza Prestia, née à Buenos Aires de parents originaires du Sud de l’Italie) sont ici rejointes par Enza Pagliara, extraordinaire chanteuse traditionnelle des Pouilles dont la voix évolue généralement dans l’aigu.
La vidéo, assez ancienne (2005), est l’œuvre du réalisateur sarde Mario Piredda. Quant à l’enregistrement sonore, il fait partie de l’ensemble des musiques d’Assurd accompagnant le ballet Cantata de Mauro Bigonzetti, créé en 2001 par le Ballet Gulbenkian de Lisbonne (repris par le Ballet du Capitole de Toulouse).
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| Quanta pertose tene chistu crivo quanta pertose tene chistu crivo ué tanta n’hadda fa’ ué tanta n’hadda fa’ ué tanta n’hadda fa’ sòcrem’ ‘o còre. |
Que de trous dans ce tamis ! Que de trous dans ce tamis ! Autant qu’en peut faire Autant qu’en peut faire Autant qu’en peut faire ma belle-mère dans mon cœur. |
| M’ ‘o promettette ‘o figlio piccerillo m’ ‘o promettette ‘o figlio piccerillo ué mò che s’è fatto ‘ruosso ué mò che s’è fatto ‘ruosso ué mò che s’è fatto ‘ruosso nun m’ ‘o vo’ dare. |
Son fils m’avait promis le sien quand il était petit Son fils m’avait promis le sien quand il était petit À présent qu’il est grand À présent qu’il est grand À présent qu’il est grand il ne veut plus me le donner. |
| Ué angelo r’ ‘o cielo e pigliatillo ué angelo r’ ‘o cielo e pigliatillo ué nun me fa’ cala’ ué nun me fa’ cala’ ué nun me fa’ cala’ cchiù passiona. |
Oh ange du ciel, prends-le pour toi ! Oh ange du ciel, prends-le pour toi ! Ne me le fais plus brûler Ne me le fais plus brûler Ne me le fais plus brûler d’amour ! |
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Traditionnel (Campanie, Italie). Crivo.
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Traditionnel (Campanie, Italie). Tamis, traduit de Crivo par L. & L., à partir d’une traduction italienne. |
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Carminho | Maria (2018)

Carminho. Maria (novembre 2018).
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Après un troisième album de fado un peu décevant (Canto, 2014), voici que paraissait en décembre 2016 le remarquable et inattendu Carminho canta Tom Jobim, un hommage d’une grande musicalité, plein de vivacité, au grand compositeur et interprète brésilien Antônio Carlos Jobim (1927-1994).
Deux ans plus tard Carminho revient au fado au moyen de ce nouvel album, Maria, publié fin novembre dernier.
Elle dit de cet album que c’est le plus personnel de tous. Il porte son nom : connue sous le pseudonyme de « Carminho », elle se nomme à l’état-civil Maria do Carmo Carvalho Rebelo de Andrade. Maria serait en somme un exercice d’autoportrait. De fait, sur les douze morceaux de l’album, quatre sont entièrement écrits et composés par elle. Elle est en outre l’autrice des paroles d’un cinquième et la compositrice de la musique d’un sixième.
Elle dit aussi que son moyen d’expression privilégié est le Fado et que tel est l’enjeu de Maria, qui ne compte pourtant que trois fados « castiços » (traditionnels). Dans les entrevues qu’elle a données aux journaux à la sortie de l’album, elle dit avoir voulu atteindre le Fado dans sa nudité, le dépouiller de ce qui le signale d’ordinaire comme ce genre souvent galvaudé et vidé de sa propre pulpe que condamne par exemple son collègue Duarte dans son fado « Covers ». Aller jusqu’à l’os, pourvu que ce qui reste soit encore du Fado : telle est l’intention de cet album.
Le premier morceau, A tecedeira (« La tisserande »), chanté a cappella, en avertit l’auditeur :
Carminho | A tecedeira. Carminho, paroles et musique.
Carminho, chant.
Extrait de l’album Maria. Portugal : Maria Music, ℗2018.
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As voltas que ao mundo irei
Dar novamente a cantar
São com fio que fiarei
Dia e noite, sem parar
Carminho. A tecedeira (2018).Le voyage que je fais à nouveau
De par le monde, de par mon chant
Est un fil que je tisserai
Jour et nuit, obstinément.
Paroles et musique sont de Carminho. On croirait pourtant un fado très ancien ; et les guitares, absentes, peuvent être entendues intérieurement.
Les autres morceaux bénéficient d’un accompagnement instrumental, quoique toujours très économe, et même réduit en trois occasions à un seul instrument. Une instrumentation d’ailleurs assez insolite : alors que l’usage pour le fado est d’associer la guitare portugaise à la guitare classique, parfois soutenue par une basse acoustique ou une contrebasse, on peut ici l’entendre seule avec la voix, ou combinée à des instruments inhabituels (guitare électrique, pedal steel guitar). Exemple :
Carminho | O menino e a cidade. Joana Espadinha, paroles et musique.
Carminho, chant ; Bernardo Couto, guitare portugaise ; Filipe Cunha Monteiro, pedal steel guitar ; Flávio César Cardoso, guitare ; José Marino De Freitas, basse acoustique.
Extrait de l’album Maria. Portugal : Maria Music, ℗2018.
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Uma a uma as luzes da cidade vão-se despedindo
E o menino, sonhando acordado, espera o seu destino
Joana Espadinha. O menino e a cidade (2016).Une à une s’éteignent les lumières de la ville
L’enfant veille. Il rêve, il attend son destin.
O menino e a cidade (« L’enfant et la ville ») est une chanson plus qu’un fado, écrite et composée par Joana Espadinha, jeune autrice-compositrice-interprète qui s’illustre plutôt dans un registre pop-rock.
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La guitare portugaise, tenue alternativement par trois de ses meilleurs interprètes actuels : Bernardo Couto, Luís Guerreiro et José Manuel Neto, est l’instrument le plus employé tout au long de l’album. Toutefois certains des morceaux s’en dispensent, et c’est soit une guitare classique, soit une guitare électrique qui dialoguent avec la voix, ou même un piano.
Au fond, l’évidence de ce bel album, Maria, est la suprématie de la voix. En opérant un dosage très subtil entre voix et instruments, en faveur de la voix, Carminho réussit son projet. Cela, d’autant mieux qu’elle cède beaucoup moins que dans ses précédents enregistrements de fado à son défaut principal : l’emphase, l’excès d’expression.
Un dernier extrait, délicieux : une chanson encore une fois écrite et composée par Carminho, qu’elle chante en s’accompagnant elle-même à la guitare électrique. Je trouve à cette Estrela (« Étoile ») un parfum de folk-rock anglais des années 1970. Elle m’évoque le style de Sandy Denny, par exemple.
Carminho | Estrela. Carminho, paroles et musique.
Carminho, chant, guitare électrique.
Extrait de l’album Maria. Portugal : Maria Music, ℗2018.
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Tu és a estrela que guia o meu coração
Tu és a estrela que iluminou meu chão
És o sinal de que eu conduzo o destino
Tu és a estrela e eu sou o peregrino
Carminho. Estrela (2018).Tu es l’étoile qui guide mon cœur
Tu es l’étoile qui a éclairé le sol où je marche
Tu me montres que c’est moi qui conduis mon destin
Tu es l’étoile, et je suis le pèlerin.
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L’omelette, c’est pour vous ?
Georges Bizet (1838-1875) | Quatuor de l’omelette, extrait de Le docteur miracle (1856). Georges Bizet, musique ; livret de Léon Battu et Ludovic Halévy d’après St. Patrick’s Day or The Scheming Lieutenant de Richard Brinsley Sheridan (1751-1816).
Marie-Bénédicte Souquet, soprano (Laurette) ; Isabelle Druet, mezzo-soprano (Véronique) ; Jérôme Billy, ténor (Silvio) ; Guillaume Andrieux, baryton (Le podestat) ; Orchestre Lyrique de Région Avignon-Provence ; Samuel Jean, direction. Captation : Opéra-Théâtre d’Avignon (France), 30 mars 2012.
Vidéo : SAV productions.
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Non.
Nous, on a demandé du vol-au-vent forestière, des langoustines et du pot-au-feu.
Puis les fromages et le saint-honoré.
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PASQUIN.
Voici l’omelette !
Pour vous je l’ai faite
Bien soigneusement,
Bien élégamment !VÉRONIQUE, LAURETTE, LE PODESTAT.
Voici l’omelette !
Pour nous il l’a faite
Bien soigneusement,
Bien élégamment !PASQUIN.
Elle se compose
(Notez bien la chose)
De beurre et puis d’œufs
Bien battus entre eux !VÉRONIQUE, LAURETTE, LE PODESTAT.
Elle se compose
(Notons bien le chose)
De beurre et puis d’œufs
Bien battus entre eux !
Léon Battu (1828-1857) et Ludovic Halévy (1834-1908). Le docteur Miracle, livret pour l’opéra-comique de Georges Bizet (extrait).
Steeleye Span | Gower wassail

John Benjamin Stone (1838–1914). Sippers and Topers (Angleterre, vers 1900). Illustration utilisée en couverture de l’album Ten Man Mop or Mr. Reservoir Butler Rides Again de Steleye Span (1971). Domaine public. Source : Wikimedia Commons.
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Voici un chant pour la nouvelle année.
La tradition du wassailing se célébrait dans les régions cidricoles de Grande-Bretagne (c’est à dire principalement le Sud-Ouest de l’Angleterre) la Twelfth Night, « Douzième nuit » après Noël, veille de l’Épiphanie, à savoir le soir du 5 janvier. Elle était destinée à attirer la bonne fortune sur les vergers et donc à garantir à leurs propriétaires une bonne récolte au cours de l’année qui commençait. On y buvait le « wassail », une boisson faite de cidre chaud épicé, portée de maison en maison – par les pauvres, il va sans dire – en échange d’un peu d’argent ou de cadeaux (cf. Wikipedia en anglais ou, si on préfère, en gallois).
Gower est une courte péninsule du Sud-Ouest du Pays-de-Galles. Ce Gower Wassail est ici interprété en 1971 par le groupe de « folk-rock » Steeleye Span, alors encore à ses débuts et articulé autour de ses deux membres principaux : Maddy Prior, extraordinaire vocaliste à la voix claire et puissante (qu’on n’entend que dans le refrain, fait d’onomatopées) et Tim Hart, multi-instrumentiste et chanteur (c’est lui qu’on entend dans les couplets). Tim Hart est décédé en 2009.
- Voir : l’article Wassail Song / Gower Wassail sur le site Mainly Norfolk: English Folk and Other Good Music
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Steeleye Span | Gower Wassail. Paroles et musique traditionnelles (Pays de Galles).
Steeleye Span, groupe instrumental et vocal.
Extrait de l’album Ten Man Mop or Mr. Reservoir Butler Rides Again. Royaume-Uni, 1971.
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| A-wassail, a-wassail throughout all the town, Our cup it is white and our ale it is brown. Our wassail is made of the good ale and cake, Some nutmeg and ginger, the best we could bake. |
Nous portons le wassail dans la ville entière Notre tasse est blanche et notre bière est brune Notre wassail est fait de bonne bière et de bonne galette Muscade et gingembre, et tout notre cœur. |
| Our wassail is made of the elderberry bough, And so my good neighbours, we’ll drink unto thou, Besides all on earth, you have apples in store, Pray, let us come in for it’s cold by the door. |
Nous portons le wassail et la branche de sureau, Alors chers voisins nous boirons à votre santé Vous ne manquez de rien et votre cellier est plein de pommes Faites-nous donc entrer car il fait froid dehors. |
| We hope that your apple trees prosper and bear So that we may have cider when we call next year. And where you have one barrel we hope you’ll have ten So that we may have cider when we call again. |
Nous souhaitons prospérité à vos pommiers Pour que nous ayons encore du cidre l’an prochain Et pour un fût cette année nous vous en souhaitons dix Pour que nous ayons du cidre quand nous reviendrons. |
| There’s a master and a mistress sitting down by the fire While we poor wassail boys stand here in the mire. Come you pretty maid with your silver-headed pin, Pray, open the door and let us come in. |
Le maître et sa dame sont assis près du feu Et nous pauvres diables nous piétinons dans la boue Viens toi jolie fille avec ta broche d’argent Ouvre-nous la porte et laisse-nous entrer. |
| It’s we poor wassail boys so weary and cold, Please drop some small silver into our bowl, And if we survive for another New Year, Perhaps we may call and see who does live here. |
C’est nous, pauvres gars du wassail, fatigués et gelés, Jetez une petite pièce d’argent dans notre bol, Et si nous survivons jusqu’au prochain Nouvel an, Si vous permettez nous reviendrons voir qui habite ici. |
| We know by the moon that we are not too soon, And we know by the sky that we are not too high, And we know by the stars that we are not too far, And we know by the ground that we are within sound. |
D’après la lune, nous ne sommes pas venus trop tôt, D’après le ciel, nous ne sommes pas montés trop haut, D’après les étoiles, nous ne sommes pas allés trop loin, Et la terre nous dit que nous sommes au bon endroit. |
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Traditionnel (Pays de Galles). Gower Wassail.
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Traditionnel (Pays de Galles). Gower Wassail, trad. L. & L. |
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Caetano Veloso | Estranha forma de vida
Caetano Veloso | Hommage à Amália Rodrigues.
Caetano Veloso et Amália Rodrigues, participants.
Caetano Veloso | Estranha forma de vida. Amália Rodrigues, paroles ; Alfredo Marceneiro, musique (Fado Bailado).
Caetano Veloso, chant et guitare.
Captation (Hommage à Amália Rodrigues et première partie de Estranha forma de vida) : concert de Caetano Veloso au Coliseu dos Recreios, Lisbonne, 1985. Captation (seconde partie de Estranha forma de vida) : lieu et circonstances non identifiées (vers 1982?).
Extrait de : The art of Amalia / Bruno de Almeida, réalisation. Portugal : Valentim de Carvalho, 1999.
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J’ai déjà publié, il y a longtemps, cet hommage de Caetano Veloso à Amália Rodrigues, extrait du documentaire The art of Amália (1999) de Bruno de Almeida. Caetano était alors alors âgé de 42 ans ; Amália en avait 65.
Voici encore ce passage où, seul sur la grande scène du Coliseu dos Recreios à Lisbonne, semblable à un jeune homme toscan de 1480, radieux et grave comme un enfant, il déclare ceci :
[Ontem?] disse uma coisa que é profundamente verdadeira, que é uma das coisas mais fortes na minha formação foi o som que saiu sempre, e sai, e sairá e sempre soará no mundo da garganta de Amália Rodrigues. E eu… e eu cantei o Foi Deus* sem saber que Amália Rodrigues estava presente aqui hoje à noite. Ela está aqui.
[Hier?] j’ai dit une chose qui est profondément vraie : une des choses les plus fortes dans ma formation a été le son qui sortait, et qui sort, et qui sortira et toujours s’élèvera dans le monde depuis la gorge d’Amália Rodrigues. Et… et j’ai chanté « Foi Deus* » sans savoir qu’Amália Rodrigues était présente ici ce soir. Elle est là.
* « Foi Deus » est un fado d’Alberto Janes écrit pour Amália et créé par elle en 1956.
Amália, ovationnée, monte sur cette même scène où, onze ans plus tôt, alors qu’elle s’y produisait, une partie du public l’insultait. Elle rejoint Caetano qui l’embrasse et lui dit, on l’entend : « É como abraçar Portugal ». « C’est comme embrasser le Portugal ».
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Estranha forma de vida (« Étrange façon de vivre ») est l’un des premiers textes écrits par Amália Rodrigues, sur la musique du Fado Bailado d’Alfredo Marceneiro. Amália en a réalisé plusieurs enregistrements. Quant à Caetano Veloso, Estranha forma de vida figure sur son album Totalmente demais (1986), enregistré en public à Rio, en 1985.
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Foi por vontade de Deus
Que eu vivo nesta ansiedade
Que todos os ais são meus,
Que é toda a minha saudade
Foi por vontade de Deus.
C’est la volonté de Dieu
Que je vive dans cette inquiétude
Que toutes les plaintes soient miennes
Que toute la saudade soit mienne
C’est la volonté de Dieu. Que estranha forma de vida
Tem este meu coração
Vive de vida perdida
Quem lhe daria o condão?
Que estranha forma de vida.
Étrange façon de vivre
Que celle de mon cœur
Vivre une vie d’égarement
Être sans emprise sur soi-même
Étrange façon de vivre. Coração independente
Coração que não comando
Vives perdido entre a gente
Teimosamente sangrando
Coração independente.
Cœur indépendant
Cœur désobéissant
Tu vis perdu dans le monde
Tu saignes, obstinément
Cœur indépendant. Eu não te acompanho mais
Para, deixa de bater
Se não sabes onde vais,
Porque teimas em correr?
Eu não te acompanho mais.Je ne t’accompagne plus
Arrête-toi, cesse de battre
Si tu ne sais pas où tu vas
Pourquoi t’obstiner à courir ?
Moi, je ne t’accompagne plus. …… Amália Rodrigues (1920-1999).
Estranha forma de vida.Amália Rodrigues (1920-1999).
Étrange façon de vivre, traduit de : Estranha forma de vida par L. & L.
Mais elle refusait le nom de Madame Dame
Plan moyen. Yvonne (quarante-deux ans), rousse, mère de Solange et Delphine, ramasse deux verres sur une table. Josette, la servante brune, sert un cow-boy et une danseuse. […]
MAXENCE
Bonjour, Madame YvonneYVONNE
Bonjour, Monsieur Maxence
[…]
Toujours abstrait ?MAXENCE
Plus que jamais, Madame Yvonne
Jacques Demy (1931-1990). Les demoiselles de Rochefort, scénario intégral.
Cette légèreté qu’on avait en 1967, en dépit de tout…
Nous qui connaissons Les demoiselles de Rochefort par cœur, nous savons que Madame Yvonne… que Monsieur Dame… Vous n’avez pas vu le film ? Il vous reste encore ce délice à goûter.
Bonne année !
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Les demoiselles de Rochefort (extrait). Jacques Demy, réalisation, scénario, dialogues ; Norman Maen, chorégraphie ; Michel Legrand, musique ; Vladimir Cosma, arrangement et direction d’orchestre.
Distribution : Catherine Deneuve (Delphine Garnier), Françoise Dorléac (Solangne Garnier), George Chakiris (Étienne), Grover Dale (Bill), Danielle Darrieux (Yvonne Garnier), Jacques Perrin (Maxence), Michel Piccoli (Simon Dame)…
France : 1966 (production), 1967 (sortie en salles).
Dans cet extrait : Chanson d’Yvonne. Jacques Demy, paroles ; Michel Legrand, musique.
Danielle Darrieux, chant.
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Patrizia Laquidara | Fria claridade
Une curiosité pour finir l’année. Patrizia Laquidara, née à Catane mais très tôt dans sa vie émigrée en Vénétie, a manifesté à plusieurs reprises dans sa carrière une attirance pour l’univers musical des régions lusophones du monde. Son premier album (Para você querido Caé, en français « pour toi cher Caé », 2001) était même entièrement consacré à des reprises de chansons de Caetano Veloso.
Voici une interprétation du Fria claridade d’Amália Rodrigues, très sensible je trouve, et qui ne cherche aucunement à singer l’original, ni à « faire fado ». La langue est parfaitement compréhensible, avec parfois une pointe d’accent brésilien qui transperce l’accent italien. Il s’agit probablement, de la part de Patrizia Laquidara, d’un hommage à Caetano chantant Amália autant qu’à Amália elle-même. Ça me plaît beaucoup, je dois dire.
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Patrizia Laquidara | Fria claridade. Pedro Homem de Mello, paroles ; José Marques do Amaral, musique (Marcha José Marques do Amaral).
Patrizia Laquidara, chant, guitare ; Giancarlo Bianchetti & Tony Canto, guitares. Captation : Villa Sesso Schiavo, Sandrigo (Vénétie, Italie), janvier 2013.
Vidéo : Giuli Barbieri, réalisation. 2013 (mise en ligne).
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No meio da claridade
Daquele tão triste dia
Grande, grande era a cidade
E ninguém me conhecia
Au cœur de la clarté
De cette si triste journée
Grande grande était la ville
Et personne ne me connaissaitEntão passaram por mim
Dois olhos lindos, depois
Julguei sonhar, vendo enfim
Dois olhos, como há só dois
C’est alors que j’ai croisé
Un regard si merveilleux
Que j’ai cru avoir rêvé
Ces yeux comme il n’y en a que deux
Em todos os meus sentidos
Tive presságios de Deus
E aqueles olhos tão lindos
Afastaram-se dos meus
J’ai perçu de tout mon être
Des présages venant de Dieu
Et ces yeux si merveilleux
Se sont éloignés des miens
Acordei, a claridade
Fez-se maior e mais fria
Grande, grande era a cidade
E ninguém me conhecia
Le rêve passé, la clarté
S’est faite plus vive et plus froide
Grande grande était la ville
Et personne ne me connaissait
Pedro Homem de Mello (1904-1983). Fria claridade.
.
Pedro Homem de Mello (1904-1983). Froide clarté, traduit de Fria claridade par L. & L.
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A galopar | Rafael Alberti, Paco Ibañez, Pájaro
¡A galopar,
a galopar,
hasta enterrarlos en el mar!
Rafael Alberti (1902-1999). Galope (1938).Au galop,
au galop,
Jusqu’à les enfouir dans la mer !
Vu que la couleur brune est de plus en plus tendance, en Europe comme en Amérique, il est temps de réviser ses classiques.
Galope (« Galop »), du poète andalou Rafael Alberti (1902-1999), publié pour la première fois en 1938, c’est à dire en pleine guerre civile espagnole, a été popularisé par Paco Ibañez qui en a fait trente ans plus tard une chanson d’une très grande force, sous le titre A galopar (« Au galop »). C’était en 1969 – Franco tenant encore l’Espagne dans ses griffes.
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Paco Ibañez | A galopar. Poème de Rafael Alberti ; Paco Ibañez, musique.
Paco Ibañez, chant et guitare. Enregistrement : 1969. Extrait de l’album Paco Ibañez – 3. France, 1969.
Précédé de : Rafael Alberti (1902-1999) | Galope (extrait). Poème de Rafael Alberti.
Rafael Alberti, voix. Enregistrement : date non précisée.
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Las tierras, las tierras, las tierras de España,
las grandes, las solas, desiertas llanuras.
Galopa, caballo cuatralbo,
jinete del pueblo,
al sol y a la luna.
Les terres, les terres, les terres d’Espagne,
Immenses et rases, les plaines désertes.
Galope, cavalier du peuple
Galope, mon cheval balzan,
Car la terre est tienne*.
¡A galopar,
a galopar,
hasta enterrarlos en el mar!
Au grand galop,
Au grand galop,
Jusqu’à les enfouir dans la mer !
A corazón suenan, resuenan, resuenan
las tierras de España, en las herraduras.
Galopa, jinete del pueblo,
caballo cuatralbo,
caballo de espuma.
Comme un cœur qui bat sonnent et résonnent
Les terres d’Espagne sous les quatre fers.
Galope, cavalier du peuple
Mon cheval balzan,
Mon cheval d’écume.
¡A galopar,
a galopar,
hasta enterrarlos en el mar!
Au grand galop,
au grand galop,
Jusqu’à les enfouir dans la mer.
Nadie, nadie, nadie, que enfrente no hay nadie;
que es nadie la muerte si va en tu montura.
Galopa, caballo cuatralbo,
jinete del pueblo,
que la tierra es tuya.
Personne, personne, en face personne
La mort n’est personne si elle monte en croupe
Galope, cavalier du peuple
Galope, mon cheval balzan,
Car la terre est tienne.
¡A galopar,
a galopar,
hasta enterrarlos en el mar!
Au grand galop,
au grand galop,
Jusqu’à les enfouir dans la mer.
* Dans le texte original d’Alberti : « Galope, cheval balzan / Cavalier du peuple, / Au soleil et au clair de lune. »
…
Rafael Alberti (1902-1999). Galope (1938).
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.
.
.…
Rafael Alberti (1902-1999). Galop, traduit de Galope (1938) par Pierre Pascal.
Extrait des textes d’accompagnement de l’album Paco Ibañez – 3. France : Moshé-Naïm, 1980. 1ère publication : 1969.
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Encore une fois. Une version qui vient de sortir, pour ainsi dire, celle de Pájaro :
Pájaro | A galopar. Poème de Rafael Alberti ; Paco Ibañez, musique.
Andrés Herrera « Pájaro », chant, guitare. Raül Fernández, guitare, mellotron, chœurs ; Paco Lamato, guitare, chœurs ; Pepe Frías, guitare basse ; Antonio Lomas, batterie ; Ángel Sánchez, trompette.
Enregistrement : Séville (Espagne), studio Happy Place, novembre et décembre 2017.
Extrait de l’album Gran poder. Espagne : Happy Place Records, ℗2018.
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Ce pourrait être à l’occasion de Noël, ou parce que les journées sont courtes, les plus courtes de l’année. C’est une pièce très courte, merveilleuse : l’une des plus belles pages de L’enfant et les sortilèges, « fantaisie lyrique » de Maurice Ravel sur un livret de Colette, créée en 1925.
On l’entend ici par Bidú Sayão (1902-1999), cantatrice brésilienne dont la carrière, après des débuts européens, s’est principalement déroulée aux États-Unis. C’est elle qui chante dans le premier enregistrement, réalisé en 1945, de la célèbre aria de la Bachiana brasileira no. 5 de Villa-Lobos.
Elle donne ce Toi, le cœur de la rose accompagnée simplement au piano, dans un français remarquablement articulé. L’air se situe à peu près au milieu de l’œuvre, après que l’Enfant, vexé d’avoir été puni pour n’avoir pas fait ses devoirs et « éclaboussé d’encre le tapis », fait passer sa rage sur ce qui se trouve à sa portée : la tasse, la théière, le chat, la bouilloire, l’écureuil dans sa cage, l’horloge, le papier peint, les livres. Tandis qu’il s’effondre, épuisé de colère, toutes ses victimes s’animent l’une après l’autre et lui parlent, jusqu’à La Princesse du conte merveilleux, déchirée dans le livre mis en pièces : voici l’Enfant soudain seul, avec « un reflet d’or et les débris d’un rêve ».
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Bidú Sayão (1902-1999) | Toi, le cœur de la rose, extrait de L’enfant et les sortilèges. Maurice Ravel, musique ; Colette, livret.
Bidú Sayão, soprano ; Milne Charnley, piano.
Enregistré le 23 juin 1947. Première publication : États-Unis, 1949. ℗ Sony BMG Music Entertainment.
L’ENFANT (seul et désolé, à mi-voix)
Toi, le cœur de la rose,
Toi, le parfum du lys blanc,
Toi, tes mains et ta couronne,
Tes yeux bleus et tes joyaux…
Tu ne m’as laissé, comme un rayon de lune,
Qu’un cheveu d’or sur mon épaule,
Un cheveu d’or… et les débris d’un rêve…(Il se penche, et cherche parmi les feuillets épars la fin du conte de Fées, mais en vain… Il cherche…)
Sidonie-Gabrielle Colette, dite Colette (1873-1954). L’enfant et les sortilèges, livret pour la « fantaisie lyrique » de Maurice Ravel (extrait).
Silvia Pérez Cruz y Pájaro | Pequeño Vals Vienés
Bien que publié il y a quatre ans, en décembre 2014, le billet Sílvia Pérez Cruz & Raül Fernandez Miró | Pequeño vals Vienés est encore un des plus vus de ce site. On ne peut que s’en réjouir, tellement cette Petite valse viennoise, composée par Leonard Cohen sur un poème de Federico García Lorca et reprise par Sílvia Pérez Cruz dans l’album Granada de 2014, apparaît avec le temps comme l’une des plus belles réalisations de la flamboyante chanteuse catalane.
En voici une nouvelle version, enregistrée l’an dernier à Séville, en duo avec le guitariste andalou Andrés Herrera, dit El Pájaro (« L’oiseau »), ou simplement Pájaro, avec en arrière-plan le fidèle Raül Fernandez (guitare électrique) et Pepe Frías (contrebasse). Le chant de la Sílvia toujours aussi admirable – même s’il manque un (tout petit) peu de simplicité au regard de la version de 2014, je trouve –, sa voix moelleuse et rayonnante et le jeu de Pájaro, attentif et inspiré, étincelant, tandis que son visage sévère et impassible semble absorber la lumière qu’irradie celui de la chanteuse, sont un brûlant hommage à la splendeur de la poésie de Lorca.
Sílvia Pérez Cruz & Pájaro | Pequeño vals vienés. Poème de Federico García Lorca ; musique Leonard Cohen.
Sílvia Pérez Cruz, chant ; Andrés Herrera « El Pájaro », guitare ; Raül Fernandez Miró, guitare électrique ; Pepe Frías, contrebasse.
Enregistré en direct au studio Happy Place Records, Séville (Espagne), en 2017.
Vidéo : Espagne : Producciones Cibeles S.L., 2018 (mise en ligne).
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Voici à nouveau le poème de Federico García Lorca, avec cette fois une autre traduction que celle figurant dans le billet de 2014 :
| En Viena hay diez muchachas, un hombro donde solloza la muerte y un bosque de palomas disecadas. Hay un fragmento de la mañana en el museo de la escarcha. Hay un salón con mil ventanas. |
À Vienne il y a dix filles, une épaule où sanglote la mort, et un bois de colombes empaillées. Il y a un fragment de matin dans le musée du givre. Il y a un un salon avec mille fenêtres. |
| ¡Ay, ay, ay, ay! Toma este vals con la boca cerrada. |
Ah la la ! Ah la la ! Prends-la, cette valse, avec la bouche fermée. |
| Este vals, este vals, este vals, este vals, de sí, de muerte y de coñac que moja su cola en el mar. |
Cette valse, cette valse, cette valse de oui, de mort et de cognac, qui mouille sa traîne dans la mer. |
| Te quiero, te quiero, te quiero, con la butaca y el libro muerto, por el melancólico pasillo, en el oscuro desván del lirio, en nuestra cama de la luna y en la danza que sueña la tortuga. |
Je t’aime, je t’aime, je t’aime, avec le fauteuil et le livre mort, par le couloir mélancolique, dans l’obscur grenier de l’iris, dans notre lit de la lune et dans la danse que rêve la tortue. |
| ¡Ay, ay, ay, ay! Toma este vals de quebrada cintura. |
Ah la la ! Ah la la ! Prends-la, cette valse à la taille cambrée. |
| En Viena hay cuatro espejos donde juegan tu boca y los ecos. Hay una muerte para piano que pinta de azul a los muchachos. Hay mendigos por los tejados, hay frescas guirnaldas de llanto. |
À Vienne il y a quatre miroirs où jouent ta bouche et les échos. Il y a une mort pour piano qui peint en bleu les garçonss. Il y a des mendiants sur les toits. Il y a de fraîches guirlandes de pleurs. |
| ¡Ay, ay, ay, ay! Toma este vals que se muere en mis brazos. |
Ah la la ! Ah la la ! Prends-la, cette valse qui se meurt dans mes bras. |
| Porque te quiero, te quiero, amor mío, en el desván donde juegan los niños, soñando viejas luces de Hungría por los rumores de la tarde tibia, viendo ovejas y lirios de nieve por el silencio oscuro de tu frente. |
Parce que je t’aime, je t’aime, mon amour, dans le grenier où jouent les enfants, rêvant de vielles lumières de Hongrie au milieu des bruits du soir tiède, voyant brebis et lys de neige dans le silence obscur de ton front. |
| ¡Ay, ay, ay, ay! Toma este vals, este vals del « Te quiero siempre ». |
Ah la la ! Ah la la ! Prends-la, cette valse du « Je t’aimerai toujours ». |
| En Viena bailaré contigo con un disfraz que tenga cabeza de río. ¡Mira qué orillas tengo de jacintos! Dejaré mi boca entre tus piernas, mi alma en fotografías y azucenas, y en las ondas oscuras de tu andar quiero, amor mío, amor mío, dejar, violín y sepulcro, las cintas del vals. |
À Vienne, je danserai avec toi sous un déguisement qui aura l’allure d’une rivière. Regarde ces rives de jacinthes que j’ai ! Je laisserai ma bouche entre tes jambes, mon âme sur les lis et les photographies et sur les ondes obscures de tes pas je veux, mon amour, mon amour, laisser, violon et sépulcre, les rubans de la valse. |
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Federico García Lorca (1898-1936). Pequeño vals vienés, extrait de Poeta en Nueva York (1929-1930).
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Federico García Lorca (1898-1936). Petite valse viennoise, traduit de : Pequeño vals vienés par Danièle Faugeras. Dans : Federico García Lorca, Polisseur d’étoiles : œuvre poétique complète, Toulouse, Érès, 2016. |
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