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Carminho | Maria (2018)

16 janvier 2019

Carminho. Maria (2018)
Carminho. Maria (novembre 2018).

Après un troisième album de fado un peu décevant (Canto, 2014), voici que paraissait en décembre 2016 le remarquable et inattendu Carminho canta Tom Jobim, un hommage d’une grande musicalité, plein de vivacité, au grand compositeur et interprète brésilien Antônio Carlos Jobim (1927-1994).

Deux ans plus tard Carminho revient au fado au moyen de ce nouvel album, Maria, publié fin novembre dernier.

Elle dit de cet album que c’est le plus personnel de tous. Il porte son nom : connue sous le pseudonyme de « Carminho », elle se nomme à l’état-civil Maria do Carmo Carvalho Rebelo de Andrade. Maria serait en somme un exercice d’autoportrait. De fait, sur les douze morceaux de l’album, quatre sont entièrement écrits et composés par elle. Elle est en outre l’autrice des paroles d’un cinquième et la compositrice de la musique d’un sixième.

Elle dit aussi que son moyen d’expression privilégié est le Fado et que tel est l’enjeu de Maria, qui ne compte pourtant que trois fados « castiços » (traditionnels). Dans les entrevues qu’elle a données aux journaux à la sortie de l’album, elle dit avoir voulu atteindre le Fado dans sa nudité, le dépouiller de ce qui le signale d’ordinaire comme ce genre souvent galvaudé et vidé de sa propre pulpe que condamne par exemple son collègue Duarte dans son fado « Covers ». Aller jusqu’à l’os, pourvu que ce qui reste soit encore du Fado : telle est l’intention de cet album.

Le premier morceau, A tecedeira (« La tisserande »), chanté a cappella, en avertit l’auditeur :

Carminho | A tecedeira. Carminho, paroles et musique.
Carminho, chant.
Extrait de l’album Maria. Portugal : Maria Music, ℗2018.

As voltas que ao mundo irei
Dar novamente a cantar
São com fio que fiarei
Dia e noite, sem parar
Carminho. A tecedeira (2018).

Le voyage que je fais à nouveau
De par le monde, de par mon chant
Est un fil que je tisserai
Jour et nuit, obstinément.

Paroles et musique sont de Carminho. On croirait pourtant un fado très ancien ; et les guitares, absentes, peuvent être entendues intérieurement.

Les autres morceaux bénéficient d’un accompagnement instrumental, quoique toujours très économe, et même réduit en trois occasions à un seul instrument. Une instrumentation d’ailleurs assez insolite : alors que l’usage pour le fado est d’associer la guitare portugaise à la guitare classique, parfois soutenue par une basse acoustique ou une contrebasse, on peut ici l’entendre seule avec la voix, ou combinée à des instruments inhabituels (guitare électrique, pedal steel guitar). Exemple :

Carminho | O menino e a cidade. Joana Espadinha, paroles et musique.
Carminho, chant ; Bernardo Couto, guitare portugaise ; Filipe Cunha Monteiro, pedal steel guitar ; Flávio César Cardoso, guitare ; José Marino De Freitas, basse acoustique.
Extrait de l’album Maria. Portugal : Maria Music, ℗2018.

Uma a uma as luzes da cidade vão-se despedindo
E o menino, sonhando acordado, espera o seu destino
Joana Espadinha. O menino e a cidade (2016).

Une à une s’éteignent les lumières de la ville
L’enfant veille. Il rêve, il attend son destin.

O menino e a cidade (« L’enfant et la ville ») est une chanson plus qu’un fado, écrite et composée par Joana Espadinha, jeune autrice-compositrice-interprète qui s’illustre plutôt dans un registre pop-rock.

La guitare portugaise, tenue alternativement par trois de ses meilleurs interprètes actuels : Bernardo Couto, Luís Guerreiro et José Manuel Neto, est l’instrument le plus employé tout au long de l’album. Toutefois certains des morceaux s’en dispensent, et c’est soit une guitare classique, soit une guitare électrique qui dialoguent avec la voix, ou même un piano.

Au fond, l’évidence de ce bel album, Maria, est la suprématie de la voix. En opérant un dosage très subtil entre voix et instruments, en faveur de la voix, Carminho réussit son projet. Cela, d’autant mieux qu’elle cède beaucoup moins que dans ses précédents enregistrements de fado à son défaut principal : l’emphase, l’excès d’expression.

Un dernier extrait, délicieux : une chanson encore une fois écrite et composée par Carminho, qu’elle chante en s’accompagnant elle-même à la guitare électrique. Je trouve à cette Estrela (« Étoile ») un parfum de folk-rock anglais des années 1970. Elle m’évoque le style de Sandy Denny, par exemple.

Carminho | Estrela. Carminho, paroles et musique.
Carminho, chant, guitare électrique.
Extrait de l’album Maria. Portugal : Maria Music, ℗2018.

Tu és a estrela que guia o meu coração
Tu és a estrela que iluminou meu chão
És o sinal de que eu conduzo o destino
Tu és a estrela e eu sou o peregrino
Carminho. Estrela (2018).

Tu es l’étoile qui guide mon cœur
Tu es l’étoile qui a éclairé le sol où je marche
Tu me montres que c’est moi qui conduis mon destin
Tu es l’étoile, et je suis le pèlerin.

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