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Silvia Pérez Cruz y Pájaro | Pequeño Vals Vienés

23 décembre 2018

Bien que publié il y a quatre ans, en décembre 2014, le billet Sílvia Pérez Cruz & Raül Fernandez Miró | Pequeño vals Vienés est encore un des plus vus de ce site. On ne peut que s’en réjouir, tellement cette Petite valse viennoise, composée par Leonard Cohen sur un poème de Federico García Lorca et reprise par Sílvia Pérez Cruz dans l’album Granada de 2014, apparaît avec le temps comme l’une des plus belles réalisations de la flamboyante chanteuse catalane.

En voici une nouvelle version, enregistrée l’an dernier à Séville, en duo avec le guitariste andalou Andrés Herrera, dit El Pájaro (« L’oiseau »), ou simplement Pájaro, avec en arrière-plan le fidèle Raül Fernandez (guitare électrique) et Pepe Frías (contrebasse). Le chant de la Sílvia toujours aussi admirable – même s’il manque un (tout petit) peu de simplicité au regard de la version de 2014, je trouve –, sa voix moelleuse et rayonnante et le jeu de Pájaro, attentif et inspiré, étincelant, tandis que son visage sévère et impassible semble absorber la lumière qu’irradie celui de la chanteuse, sont un brûlant hommage à la splendeur de la poésie de Lorca.

Sílvia Pérez Cruz & Pájaro | Pequeño vals vienés. Poème de Federico García Lorca ; musique Leonard Cohen.
Sílvia Pérez Cruz, chant ; Andrés Herrera « El Pájaro », guitare ; Raül Fernandez Miró, guitare électrique ; Pepe Frías, contrebasse.
Enregistré en direct au studio Happy Place Records, Séville (Espagne), en 2017.
Vidéo : Espagne : Producciones Cibeles S.L., 2018 (mise en ligne).

Voici à nouveau le poème de Federico García Lorca, avec cette fois une autre traduction que celle figurant dans le billet de 2014 :

En Viena hay diez muchachas,
un hombro donde solloza la muerte
y un bosque de palomas disecadas.
Hay un fragmento de la mañana
en el museo de la escarcha.
Hay un salón con mil ventanas.
À Vienne il y a dix filles,
une épaule où sanglote la mort,
et un bois de colombes empaillées.
Il y a un fragment de matin
dans le musée du givre.
Il y a un un salon avec mille fenêtres.
¡Ay, ay, ay, ay!
Toma este vals con la boca cerrada.
Ah la la ! Ah la la !
Prends-la, cette valse, avec la bouche fermée.
Este vals, este vals, este vals, este vals,
de sí, de muerte y de coñac
que moja su cola en el mar.
Cette valse, cette valse, cette valse
de oui, de mort et de cognac,
qui mouille sa traîne dans la mer.
Te quiero, te quiero, te quiero,
con la butaca y el libro muerto,
por el melancólico pasillo,
en el oscuro desván del lirio,
en nuestra cama de la luna
y en la danza que sueña la tortuga.
Je t’aime, je t’aime, je t’aime,
avec le fauteuil et le livre mort,
par le couloir mélancolique,
dans l’obscur grenier de l’iris,
dans notre lit de la lune
et dans la danse que rêve la tortue.
¡Ay, ay, ay, ay!
Toma este vals de quebrada cintura.
Ah la la ! Ah la la !
Prends-la, cette valse à la taille cambrée.
En Viena hay cuatro espejos
donde juegan tu boca y los ecos.
Hay una muerte para piano
que pinta de azul a los muchachos.
Hay mendigos por los tejados,
hay frescas guirnaldas de llanto.
À Vienne il y a quatre miroirs
où jouent ta bouche et les échos.
Il y a une mort pour piano
qui peint en bleu les garçonss.
Il y a des mendiants sur les toits.
Il y a de fraîches guirlandes de pleurs.
¡Ay, ay, ay, ay!
Toma este vals que se muere en mis brazos.
Ah la la ! Ah la la !
Prends-la, cette valse qui se meurt dans mes bras.
Porque te quiero, te quiero, amor mío,
en el desván donde juegan los niños,
soñando viejas luces de Hungría
por los rumores de la tarde tibia,
viendo ovejas y lirios de nieve
por el silencio oscuro de tu frente.
Parce que je t’aime, je t’aime, mon amour,
dans le grenier où jouent les enfants,
rêvant de vielles lumières de Hongrie
au milieu des bruits du soir tiède,
voyant brebis et lys de neige
dans le silence obscur de ton front.
¡Ay, ay, ay, ay!
Toma este vals, este vals del « Te quiero siempre ».
Ah la la ! Ah la la !
Prends-la, cette valse du « Je t’aimerai toujours ».
En Viena bailaré contigo
con un disfraz que tenga
cabeza de río.
¡Mira qué orillas tengo de jacintos!
Dejaré mi boca entre tus piernas,
mi alma en fotografías y azucenas,
y en las ondas oscuras de tu andar
quiero, amor mío, amor mío, dejar,
violín y sepulcro, las cintas del vals.
À Vienne, je danserai avec toi
sous un déguisement qui aura
l’allure d’une rivière.
Regarde ces rives de jacinthes que j’ai !
Je laisserai ma bouche entre tes jambes,
mon âme sur les lis et les photographies
et sur les ondes obscures de tes pas
je veux, mon amour, mon amour, laisser,
violon et sépulcre, les rubans de la valse.
Federico García Lorca (1898-1936). Pequeño vals vienés, extrait de Poeta en Nueva York (1929-1930).
Federico García Lorca (1898-1936). Petite valse viennoise, traduit de : Pequeño vals vienés par Danièle Faugeras. Dans : Federico García Lorca, Polisseur d’étoiles : œuvre poétique complète, Toulouse, Érès, 2016.

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