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Fado José Marques do Amaral : Fria claridade (Amália), Não me chamem pelo nome (Mísia)

9 décembre 2018

Le Fado José Marques do Amaral, aussi appelé Marcha José Marques do Amaral, remonte au moins à 1945 (date de son premier emploi par Amália Rodrigues sur un poème intitulé Duas luzes) et probablement à plus loin encore. J’ai échoué à le dater plus précisément et je n’ai pas trouvé d’information biographique sur José Marques do Amaral, son compositeur, sinon qu’il était fadiste et guitariste.

Voici deux exemples d’emploi de ce très beau fado par deux artistes différentes, sur des textes différents : Fria claridade (« Froide clarté »), enregistré par Amália Rodrigues en 1951 (deux fois) puis en 1967, et Não me chamem pelo nome (« Ne m’appelez pas par le nom »), qui figure sur Garras dos sentidos, l’un des meilleurs albums de Mísia (1998).

Ni Amália ni Mísia n’ont écrit ni fait écrire des paroles nouvelles sur cette musique : l’une et l’autre ont utilisé des vers déjà publiés. Pedro Homem de Mello (Fria claridade) et António Botto (Não me chamem pelo nome) étaient deux poètes jouissant chacun d’une certaine renommée dans ce pays, le Portugal, où la poésie a toujours été, jusqu’à nos jours, la forme de littérature la plus prisée – et la plus productive. Tous deux étaient homosexuels. La poésie du second est transparente de ce point de vue ; celle du premier est généralement plus allusive.

Amália Rodrigues (1920-1999) | Fria claridade. Pedro Homem de Mello, paroles ; José Marques do Amaral, musique (Marcha José Marques do Amaral).
Amália Rodrigues, chant ; Raúl Nery & Fontes Rocha, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Vidéo : Extrait de l’émission Alma do fado. Ruy Ferrão, réalisation. Production : Portugal, RTP [Rádio e Televisão de Portugal], 1967.

Admirable.

Amália Rodrigues a chanté plusieurs poèmes de Homem de Mello au long de sa carrière. Celui dont elle s’est servie pour Fria claridade avait paru en 1940 sous le titre Naufrágio (« Naufrage ») dans le recueil Estrêla morta (« Étoile morte »). Il évoque la brève rencontre entre un narrateur éperdu de solitude dans les rues d’une ville inconnue, effrayante dans son immensité et son grouillement, et un regard inoubliable, qui passe et disparaît aussitôt, englouti dans la « froide clarté » de cette ville (peut-être Paris) où la solitude se fait plus écrasante encore. La rencontre est presque furtive, mais le poème compte douze strophes. Amália n’en retient que quatre, pratiquant en outre quelques légères altérations sur le texte conservé, qu’elle renomme Fria claridade. (Loin de s’en formaliser, l’auteur approuvera cette forme de réécriture de son poème, qu’il republiera en faisant siennes presque toutes les modifications décidées par la fadiste, y compris le changement de titre.)

No meio da claridade
Daquele tão triste dia
Grande, grande era a cidade
E ninguém me conhecia
Au cœur de la clarté
De cette si triste journée
Grande grande était la ville
Et personne ne me connaissait
Então passaram por mim
Dois olhos lindos, depois
Julguei sonhar, vendo enfim
Dois olhos, como há só dois
C’est alors que j’ai croisé
Un regard si merveilleux
Que j’ai cru avoir rêvé
Ces yeux comme il n’y en a que deux
Em todos os meus sentidos
Tive presságios de Deus
E aqueles olhos tão lindos
Afastaram-se dos meus
J’ai perçu de tout mon être
Des présages venant de Dieu
Et ces yeux si merveilleux
Se sont éloignés des miens
Acordei, a claridade
Fez-se maior e mais fria
Grande, grande era a cidade
E ninguém me conhecia
Le rêve passé, la clarté
S’est faite plus vive et plus froide
Grande grande était la ville
Et personne ne me connaissait
Pedro Homem de Mello (1904-1983). Fria claridade.
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Pedro Homem de Mello (1904-1983). Froide clarté, traduit de Fria claridade par L. & L.

Mísia | Não me chamem pelo nome. António Botto, paroles ; José Marques do Amaral, musique (Marcha José Marques do Amaral).
Mísia, chant ; Custódio Castelo, guitare portugaise ; António Pinto & José Moz Carrapa, guitare ; Marino Freitas, basse acoustique ; Manuel Rocha, violon ; Ricardo J. Dias, accordéon. Première publication dans l’album Garras dos sentidos / Mísia. France, Erato disques, ℗1998.

À l’inverse, pour Não me chamem pelo nome, Mísia crée sur la même musique une sorte de patchwork par accumulation de poèmes et de fractions de poèmes extraits des Canções (« Chansons ») d’António Botto.

António Botto. Canções (2e édition, 1922)

Poète « moderniste », estimé de Fernando Pessoa, António Botto était né en 1897 à Concavada, une localité des bords du Tage située à environ 150 km de Lisbonne. Canções, un recueil publié en 1920 puis réédité et augmenté à plusieurs reprises jusqu’en 1932, est son œuvre la plus connue. Certains des poèmes qui s’y trouvent évoquent ouvertement l’amour d’un homme pour un homme, ce qui, à l’époque, n’a pas manqué de choquer certains milieux au point que le recueil a rapidement été retiré de la vente, du moins provisoirement. C’est en grande partie grâce à l’intervention de Pessoa – qui en outre traduira les Canções en anglais – que l’interdiction sera levée. António Botto est mort en 1959 à Rio de Janeiro où il s’était exilé.

Mísia prend pour socle de son ouvrage Quem é que abraça o meu corpo (« Qui est-ce qui étreint mon corps ? ») un poème de deux strophes. Sans doute était-ce insuffisant de son point de vue : elle y ajoute cinq strophes qui sont souvent découpées dans d’autres poèmes. L’ensemble manque certainement de fluidité. Disparu en 1959, Botto n’a pu faire connaître son avis sur le résultat.

Quem é que abraça o meu corpo
Na penumbra do meu leito?
Quem é que beija o meu rosto,
Quem é que morde o meu peito?
Qui est-ce qui étreint mon corps
Dans la pénombre de mon lit ?
Qui me baise le visage,
Qui me mord la poitrine ?
Quem é que fala da morte
Docemente ao meu ouvido?
– És tu senhor dos meus olhos?
E sempre no meu sentido
……
Qui est-ce qui parle de la mort
À mon oreille avec douceur ?
– Est-ce toi, seigneur de mes yeux
Toujours présent dans mon cœur?
……
A tudo quanto me pedes
Porque obedeço, não sei
Quiseste que eu cantasse
Pus-me a cantar… e chorei
……
À tout ce que tu me demandes,
Pourquoi je cède, je n’en sais rien
Tu m’as demandé de chanter
J’ai chanté… et pleuré.
……
Não me peças mais canções
Porque a cantar vou sofrendo
sou como as velas do altar
que dão luz e vão morrendo
……
Ne me demande plus de chansons
Car chanter me fait souffrir
Je suis comme les cierges des autels
Qui éclairent et puis qui meurent.
……
Não me chamem pelo nome
que me deram ao nascer
sou como a folha caída
que não chegou a viver
……
Ne m’appelez pas par le nom
Qu’on m’a donné quand je suis né
Comme la feuille qui se détache
Je n’ai pas su me garder en vie.
……
Meus olhos que por alguém
deram lágrimas sem fim
Já não choram por ninguém
– Basta que chorem por mim
……
Mes yeux qui pour quelqu’un
Ont pleuré des larmes sans fin
Ne pleurent plus pour personne
Qu’il leur suffise de pleurer pour moi !
……
O que é que a fonte murmura?
O que é que a fonte dirá?
– Ai, amor, se houver ventura
Não me digas onde está.
Que dit le murmure de la source ?
Que peut bien dire la source ?
Oh mon amour, s’il existe une chance
Ne me la montre pas du doigt.
António Botto (1897-1959). Não me chamem pelo nome. Les paroles du fado sont constituées de plusieurs poèmes ou extraits de poèmes, extraits de Canções (1921-1932), compilés par Mísia. Les lignes de pointillés (« …… ») marquent les « coutures » entre les différentes pièces.
António Botto (1897-1959). Ne me donnez pas le nom, traduit de Não me chamem pelo nome par L. & L.
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