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Amália & Camões. 1

20 décembre 2011

Cela semble incompréhensible aujourd’hui : la parution en 1965 au Portugal d’un disque 45 tours intitulé Amália canta Luís de Camões fit scandale, parce qu’il s’agissait de Camões.

Portrait de Camões, extrait de : Os Lusíadas de Luiz de Camões. Leipzig : Giesecke & Devrient, 1880
Portrait de Camões, extrait de : Os Lusíadas de Luiz de Camões. – Leipzig : Giesecke & Devrient, 1880. Source : Biblioteca nacional digital. Biblioteca Nacional de Portugal.

Luís de Camões (1524?-1580), contemporain de Ronsard (1524-1585), auteur de nombreux poèmes lyriques parmi lesquels les magnifiques Sonnets, est le grand poète de la Renaissance portugaise.

C’est à dire que Camões est un grand homme au Portugal, un symbole national. La place qui porte son nom se trouve en plein cœur de Lisbonne, en haut du quartier du Chiado. Il a son tombeau dans le Panteão nacional, ainsi qu’un mausolée dans le monastère des Jerónimos, à Belém, où la nuit, quand les touristes sont partis, son esprit peut converser avec celui de Fernando Pessoa qui quant à lui repose ici en personne, en compagnie de quelques rois du Portugal et de Vasco da Gama.

Praça Luís de Camões, Lisbonne, 12 mars 2011 (manifestation de la « geração à rasca ») Praça Luís de Camões, Lisbonne, 12 mars 2011 (manifestation de la « geração à rasca »)

Aux yeux des Portugais, Camões est aussi celui qui, s’embarquant en 1553 sur le São Bento, un navire de la flotte de Fernão Álvares Cabral, a fait à nouveau le voyage de Vasco da Gama vers l’Orient ; celui qui « en chantant [a répandu] sur la terre » l’épopée de ces valeureux explorateurs de « mers jamais encore naviguées » (« mares nunca de antes navegados », Os Lusíadas, chant I).

Os Lusíadas (les Lusiades), c’est ce long poème célébrant les « découvertes », la gloire de ce petit pays devenu maître de l’un des plus grands empires du monde, le Portugal, et celle de ses navigateurs. Un poème dans lequel les Portugais peuvent puiser la force d’être eux-mêmes et de vivre encore, cela d’autant plus qu’il est aussi l’expression de leur génie poétique — le leur et celui de leur langue ; et qui peut être brandi comme un drapeau chaque fois que le sentiment national a besoin d’être sollicité.

Camões, Luís de (1524?-1580). Os Lusíadas, canto 1. Edition de 1572. Numérisation : Biblioteca Nacional de Portugal Chant I

« Les armes et les barons signalés qui, depuis la plage occidentale lusitanienne, par mers jamais encore sillonnées, passèrent au-delà de Taprobane, endurcis par les périls et les guerres plus que le promettait la force humaine, et qui édifièrent chez des peuples lointains un nouveau royaume qu’ils firent tant sublime ;

Et aussi les exploits mémorables de ces rois qui s’en furent reculer les frontières de leur Empire et de la Foi, dévastant sans trêve les contrées infidèles d’Afrique et d’Asie ;et les hommes que leurs actes valeureux ont soustraits à la loi de la mort ; voilà ce que chantant je répandrai par le monde, si jusque là me secondent et l’art et le génie. »

Luís de Camões (1524?-1580). Os Lusíadas (extrait). Traduction Roger Bismut.

Illustration : Camões, Luís de (1524?-1580). Os Lusíadas. Edition de 1572. Source : Biblioteca nacional digital. Biblioteca Nacional de Portugal. Il s’agit du premier ouvrage numérisé par la bibliothèque.

Il faudrait essayer d’imaginer le Portugal du début des années 1960, chose probablement impossible à moins de s’y être trouvé soi-même. Le pays, toujours dirigé par Salazar déjà âgé (il était né en 1889), vit replié sur lui-même et ses colonies auxquelles il n’est aucunement envisagé d’octroyer une quelconque parcelle d’autonomie. Cela, alors que d’autres pays européens démontent bon gré mal gré leurs propres empires, notamment en Afrique. La guerre éclate en Angola en 1961, gagnant la Guinée-Bissau et le Mozambique. Salazar reste intraitable.

En 1960 est inauguré à Lisbonne, au bord du Tage, non loin du monastère des Jerónimos et de la Tour de Belém, le monument des Découvertes figurant une caravelle. À sa proue se tient Henri le navigateur, et ses flancs sont peuplés de tous les champions de l’ère glorieuse où les Portugais étaient les meilleurs marins du monde. Dans cette foule héroïque : Camões.

Vu de l’arrière le monument évoque à la fois une épée et un crucifix gigantesques fichés dans le sol.

Lisbonne. Padrão dos Descobrimentos. Photo illustir sur Flickr Padrão dos Descobrimentos, Lisbonne. Photo illustir sur Flickr. Camões est le personnage tenant à la main droite les rouleaux déployés d’un manuscrit, probablement celui des Lusiades, qu’il a sauvé in extremis de la destruction lors d’un naufrage devant les bouches du Mékong.

Amália Rodrigues a chanté 7 poèmes de Camões tout au long de sa carrière, depuis le sonnet Memória de meu bem, cortado em flores qu’elle donne à la télévision en 1961 sans livrer le nom de son auteur, jusqu’à Alma minha gentil que te partiste et Sete anos de pastor Jacob servia du dernier album de studio, Obsessão (1990). Entre temps : Descalça vai pera fonte et Erros meus, má fortuna, amor ardente (1965), Com que voz chorarei meu triste fado auquel le somptueux album Com que voz de 1970 emprunte son titre, et Perdigão perdeu a pena (1977). Tous sont mis en musique par Alain Oulman, sauf ceux figurant sur l’album Obsessão, dont la musique est de Carlos Gonçalves.

L. & L.

À suivre : Amália & Camões. 2. Dura memória
Et : Amália & Camões. 3. Erros meus

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Camões. Les Lusiades = Os Lusíadas. R. Lafont, 1999Camões, Luís de (1524?-1580)
Os Lusíadas (1572). Portugais et traduction française (Bismut)

Les Lusiades = Os Lusíadas / Camões ; traduction du portugais, [introduction et notes] par Roger Bismut ; [préface par Eduardo Lourenço] ; [présentation par José V. de Pina Martins]. — Édition bilingue portugais-français. — Paris : R. Laffont, 1996. – XL-582 pages : cartes ; 20 cm.
(Bouquins).

Traduction française en regard du texte original portugais.
ISBN 2-221-08243-5. — EAN 9782221082430


Camões, Luís de (1524?-1580). Os Lusíadas [en ligne]. Instituto Camões.Camões, Luís de (1524?-1580)
Os Lusíadas (1572). Portugais (en ligne)

Os Lusíadas [en ligne] / Luís de Camões ; leitura, prefácio e notas de Álvaro Júlio da Costa Pimpão ; apresentação de Aníbal Pinto de Castro. — Lisboa : Instituto Camões, cop. 2002.

Texte intégral : http://cvc.instituto-camoes.pt/bdc/literatura/lusiadas/, consulté le 20 décembre 2011.

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