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Jeanne Moreau — Où vas-tu Mathilde ?

13 octobre 2012

Ce billet sur Meu amor é marinheiro m’a pris un temps excessif, déraisonnable, et pour quel résultat ? Personne ne le lira, il excède les capacités de lecture de quiconque sur un écran d’ordinateur. Un billet de blog ça fait douzes ligne tout au plus.

Voyons autre chose, ça nous reposera toi et moi. Quelque chose d’exquis, de léger, de parfait.

Jeanne Moreau. Où vas-tu Mathilde ? / Cyrus Bassiak [Serge Rezvani], paroles et musique ; Jeanne Moreau, chant ; arrangements Elek Bacsik ; réalisation Claude Lelouch, 1966.

Ça te plaît j’espère. C’est ce qu’on fait de mieux.

N’est-ce pas ?

 

– Où vas-tu Mathilda ?
Où vas-tu ce soir
Le long du canal,
De ce pas animal ?
– Je cherche un beau mâle
Un beau mâle, un beau malabar
Qui m’aimera ce soir
Sans jamais me revoir

Refrain
Vogue, vogue vieux navire
Vogue, vogue grand bateau
Que ton étrave déchire
Le néant des flots
Nous ne connaîtrons des îles
Que les filles à matelots
Nous ne verrons pas les Antilles
Nous ne verrons pas Macao

Des grands lascars
Aux cheveux frisés et noirs
J’en ai plein ma péniche
Viens donc, sois chiche !
Des gars tatoués
Comme des panthères
Dont les corps musclés
Ont des bras qui serrent
Viendras-tu ce soir ?

Au son des tangos
Et des valses musette
Sur mon vieux rafiot
Nous fîmes la fête
Et la fière Mathilda
Ses longs cheveux épars
Donne à chacun sa part
De son p’tit corps barbare

– Où vas-tu Mathilda ?
Où vas-tu ce soir
Le long du canal
De ce pas animal ?
– Je cherche un beau mâle
Un beau mâle, un beau malabar
Qui m’aimera ce soir
Sans jamais me revoir
Serge Rezvani. Où vas-tu Mathilde ? (1966)

L. & L.

Meu amor é marinheiro — Amália Rodrigues, Alain Oulman, Manuel Alegre

13 octobre 2012

Ce billet fait suite à : Amália Rodrigues, Tosca portugaise

……………………………

Il est assez facile de filer cette métaphore d’Amália-Tosca. Salazar serait le cruel et pervers baron Scarpia, invitant — à la manière des tyrans — sa Tosca lisboète à participer à son propre triomphe (l’inauguration du pont sur le Tage en 1966), tandis que Cavaradossi (le compositeur Alain Oulman) est retenu dans ses geôles (la prison de Caxias) pour faits d’activisme contraires au régime. Et Amália intervient pour le faire libérer (c’est vrai, elle l’a fait). Tu vois, on est bien à l’acte 2 de l’opéra de Puccini.

— Si on veut. Elle ne s’est pas jetée du haut du château Saint-Ange, Amália, que je sache.

Elle a été à deux doigts de le faire depuis un gratte-ciel new-yorkais.

— C’est quoi cette histoire, tu sors ça d’où ?

De sa biographie filmée*, c’est elle-même qui le dit. C’était au début des années 80. Elle est allée à New York dans le dessein bien arrêté de se suicider.

— C’est un vrai roman…

Non, c’est la vie telle qu’elle est dite. Un roman qui s’inspirerait de la vie d’Amália pourrait commencer ce jour-là de l’inauguration du pont, le 6 août 1966. Ce roman ferait d’Alain Oulman l’amant d’Amália, ça se fait dans les romans. Du moins, il le laisserait envisager, il laisserait se former cette hypothèse dans la conscience du lecteur comme vraisemblable, finalement la seule à même d’expliquer les faits de la fiction.

The Art of Amália (2000), Bruno de Almeida, réalisateur.

……………………………

La vie réelle n’a probablement pas suivi ce chemin-là, mais Amália a bien été priée de chanter à la cérémonie de l’inauguration du « pont Salazar », de même qu’Alain Oulman, bien que de nationalité française a été emprisonné sur ordre de la terrible PIDE la même année (mais en février).

Amália recevait chez elle régulièrement des poètes dont l’opposition au régime, parfois militante, était notoire (Ary dos Santos, David Mourão-Ferreira, Natália Correia ; voir le billet Amália Rodrigues et alii — Cantigas d’amigos (1971). Édition 2012). Elle chantait leurs textes, dont la dimension protestataire était parfois flagrante.

Interrogée à maintes reprises sur sa compréhension de la portée politique de ces poèmes, elle a toujours dit, sans varier, qu’elle lui échappait. Qu’elle les chantait parce qu’elle les trouvait beaux, c’est tout. Admettons. Cependant elle devait bien avoir conscience du risque qu’elle courait en les chantant, du moins ceux qui étaient interdits. Car elle les maintenait à son répertoire aussi bien sur scène qu’à la télévision.

Em Paris, levado pelo Alain, conheci o Manuel Alegre. Um dia não sei quem disse-me que o Manuel Alegre estava proibido, que não podia ser cantado na televisão. Tínhamos que dar um programa para saberem se podíamos ou não cantar o que escolhíamos, poque havia uma censura dentro da televisão. Mas eu, que nunca tive programas certos, nunca respeitei isso. Dava uns programas e depois cantava outros. Gravei um programa para a televisão, no Teatro Maria Matos e cantei o Meu Amor é Marinheiro [23 de Abril de 1974]. Cantei porque gostava do fado, e porque achava que não tenha medo nenhum de cantar aquele fado, que era tão bonito e não fazia mal a ninguém. Dei um programa para a televisão e depois apeteceu-me e cantei aquele, que não estava no programa.
Vítor Pavão dos Santos. Amália, uma biografia. 2a ed. Lisboa : Presença, 2005. ISBN 972-23-3468-9. P. 151.

À Paris, Alain [Oulman] m’a fait rencontrer Manuel Alegre. Un jour, je ne sais plus qui m’a dit que Manuel Alegre était interdit, qu’on ne pouvait pas le chanter à la télévision. À la télévision il fallait remettre un programme à l’avance pour savoir si on pouvait ou non chanter ce qu’on avait prévu, à cause de la censure. Mais moi, qui n’ai jamais eu de programme arrêté, je n’ai jamais respecté ça. Je donnais des programmes, et puis je chantais autre chose. J’ai enregistré une émission pour la télévision au théâtre Maria Matos et j’ai chanté Meu Amor é Marinheiro [23 avril 1974]. Je l’ai fait parce que j’aimais ce fado et je ne voyais pas pourquoi on aurait eu peur de le chanter vu qu’il était tellement beau et qu’il ne faisait de tort à personne. J’avais remis un programme, et puis j’ai eu envie de chanter ce fado-là, qui n’était pas sur le programme.
Vítor Pavão dos Santos. Amália, uma biografia. 2a ed. Lisboa : Presença, 2005. ISBN 972-23-3468-9. P. 151. Traduction L. & L.

Manuel Alegre (né en 1936), poète et opposant au régime salazariste, avait été emprisonné en Angola pendant la guerre coloniale. Peu après son retour à Lisbonne, en 1964, il avait été contraint à la clandestinité et à l’exil, d’abord en France, puis en Algérie (voir Canção com lágrimas — Manuel Alegre, Adriano Correia de Oliveira). Rentré au Portugal quelques jours après la Révolution des œillets, il y mène depuis une carrière d’homme politique.

Meu amor é marinheiro est est une chanson dont Alain Oulman a composé la musique alors qu’il était détenu dans la prison de Caxias en 1966. On en trouve les premières ébauches dans le cahier de notes daté Caxias, 21 février 1966 reproduit en fac-similé dans le catalogue de l’exposition As mãos que trago : Alain Oulman 1928-1990 (Lisbonne, Museu do Fado, 2009). Les paroles sont constituées de sept strophes (ou huit selon les versions) extraites de Trova do amor lusíada, longue ode à la liberté écrite par Manuel Alegre lors de son propre emprisonnement.

Le Portugal y est personnifié par une femme ayant « dans la bouche un goût de saudade / et des cheveux où se lèvent / les vents et la liberté ». Son amoureux est un marin, qui vit « au loin / là où croisent les navires », et qui tient ce discours à sa bien-aimée : « un jour je reviendrai / dans les eaux de nos fleuves, / je passerai dans les villes / comme le vent sur les grèves, / et j’ouvrirai toutes les fenêtres, / et j’ouvrirai toutes les prisons ».

D’inspiration sébastianiste patente (le sébastianisme est le mythe du retour providentiel du roi Sébastien 1er, apparaissant par surprise, comme un messie, pour mettre fin à tout jamais au malheur du Portugal), par exemple dans ce passage :

Sei que um dia ele virá
Assim muito de repente
Como se o mar e o vento
Nascessem dentro da gente

Como se um navio entrasse
De repente na cidade
Trazendo a voar nos mastros
Bandeiras de liberdade.
Manuel Alegre (1936- ). Trova do amor lusíada (extrait). Dans : Praça da canção (1965).

Je sais qu’un jour il viendra
Apparaissant soudain, et ce sera
Comme si la mer et le vent
Naissaient au-dedans des gens

Comme si soudain un navire
Surgissait dans la ville
Faisant claquer à ses mâts
Les drapeaux de la liberté
Manuel Alegre (1936- ). Trova do amor lusíada (extrait). Dans : Praça da canção (1965). Traduction L. & L.

le poème évoque aussi bien sûr la chanson Die Seeräuber Jenny (Jenny des corsaires) de L’opéra de quat’sous de Brecht :

Und ein Schiff mit acht Segeln
Und mit fünfzig Kanonen
Wird liegen am Kai.
[…]
Und das Schiff mit acht Segeln
Und mit fünfzig Kanonen
Wird beflaggen den Mast.
Bertolt Brecht (1898-1956). Die Seeräuber-Jenny (extrait). Dans : Die Dreigroschenoper (1928).

Et un bateau à huit voiles
Armé de cinquante canons
Se trouvera à quai.
[…]
Et le bateau aux huit voiles
Et aux cinquante canons
Pavoisera son mât.

Les deux strophes transcrites plus haut ne sont pas retenues dans la chanson, qui n’en est pas moins extrêmement explicite. On comprend que la censure ait froncé les sourcils.

Le premier enregistrement publié de Meu amor é marinheiro est celui qui figure sur l’album Cantigas numa língua antiga (1977). Cependant Amália en avait enregistré une première version dès 1970, restée inédite jusqu’en 2010. Elle avait dès lors intégré la chanson à son répertoire de scène. Ici en France, en 1973 :

Amália Rodrigues. Meu amor é marinheiro / Manuel Alegre, paroles ; Alain Oulman, musique ; Amália Rodrigues, chant ; instrumentistes non identifiés. France, janvier 1973.

L’anecdote de l’émission de télévision du 23 avril 1974 (la Révolution des œillets, comme on sait, est déclenchée le lendemain à minuit) est rapportée d’une manière un peu différente par Vítor Pavão dos Santos, le biographe d’Amália :

No dia 23 de Abril de 1974, Amália Rodrigues era convidada de honra do programa televisivo « 25 Milhões de Portugueses », apresentado por Henrique Mendes e Glória de Matos. Nessa altura, Amália cantava por todo o lado « Meu amor é marinheiro », versos de Manuel Alegre, então exilado em Argel, com música de Alain Oulman, e embora lhe tenham dito que a cantiga estava proibida na televisão, como gostava muito dela, cantou, ficou gravado e pronto a ir para o ar. Pos veio a revolução e a primeira coisa que fizeram na RTP, nessse período do maior oportunismo, foi destruir tal programa, de que não ficou rasto.

Vítor Pavão dos Santos. Livret de l’album Com que voz (iPlay, 2010), p. 42.

Le 23 avril 1974, Amália Rodrigues était l’invitée d’honneur de l’émission de télévision « 25 Milhões de Portugueses » [25 millions de Portugais], présentée par Henrique Mendes et Glória de Matos. À cette époque, Amália chantait dans ses concerts « Meu amor é marinheiro », paroles de Manuel Alegre, alors exilé à Alger, musique d’Alain Oulman, et bien qu’on lui ait fait savoir que la chanson était interdite à la télévision, comme elle lui plaisait beaucoup elle l’a chantée, l’émission a été enregistrée telle quelle, prête à être diffusée. Puis la révolution s’est produite, et la première chose qu’ils aient faite à la RTP [Radio télévision portugaise], dans cette période d’opportunisme exacerbé, fut de détruire ladite émission, dont il ne reste aucune trace.

Vítor Pavão dos Santos. Livret de l’album Com que voz (iPlay, 2010), p. 42. Traduction L. & L.

Amália Rodrigues. Meu amor é marinheiro / Manuel Alegre, paroles ; Alain Oulman, musique ; Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Martinho d’Assunção, guitare. Extrait de Cantigas numa língua antica, 1977.

Écouter cette version 1977 sur Deezer

Voici le poème Trova do amor lusíada dans son entier. Sont chantées dans la version de 1970, les strophes 6, 7, 9, 3, 12, 13, 16, 20, dans cet ordre. Dans la version de 1977 les mêmes, sauf la 16e.

1. 1.
Meu amor é marinheiro
quando suas mãos me despem
é como se o vento abrisse
as janelas do meu corpo.
Mon amour est un marin
Ses mains lorsqu’elles me dévêtent
Sont comme un vent qui ouvre
Les fenêtres de mon corps.
2. 2.
Quando seus dedos me tocam
é como se no meu sangue
nadassem todos os peixes
que nadam no mar salgado.
Quand ses doigts me touchent
C’est comme si dans mon sang
Nageaient tous les poissons
Qui nagent dans la mer salée.
3. 3.
Meu amor é marinheiro.
Quando chega à minha beira
acende um cravo na boca
e canta desta maneira
Mon amour est un marin
Lorsqu’il aborde à mon rivage
Un œillet s’allume à sa bouche
Et voici ce qu’il chante :
4. 4.
Eu sou livre como as aves
e passo a vida a cantar
coração que nasceu livre
não se pode acorrentar.
Je suis libre comme les oiseaux
ma vie se passe à chanter
Personne ne peut enchaîner
un cœur qui est né libre.
5. 5.
Trago um navio nas veias
eu nasci para marinheiro
quem quiser pôr-me cadeias
há-de matar-me primeiro.
J’ai un navire dans les veines
Je suis né pour être marin
Celui qui voudra m’enchaîner
Devra d’abord me tuer.
6. 6.
Meu amor é marinheiro
e mora no alto mar
seus braços são como o vento
ninguém os pode amarrar.
Mon amour est un marin
Sa demeure c’est le large
Ses bras sont comme le vent
Nul ne peut les amarrer
7. 7.
Quando chega à minha beira
todo o meu sangue é um rio
onde o meu amor aporta
seu coração – um navio.
Lorsqu’il aborde à mon rivage
Le sang de mon corps est un fleuve
Où mon amour accoste
Et son cœur est un navire
8. 8.
Meu amor disse que eu tinha
uns olhos como gaivotas
e uma boca onde começa
o mar de todas as rotas.
Mon amour a dit que mes yeux
Sont comme des mouettes
Et que dans ma bouche commence
L’océan de tous les voyages
9. 9.
Meu amor disse que eu tinha
na boca um gosto a saudade
e uns cabelos onde nascem
os ventos e a liberdade.
Mon amour a dit que j’ai
À la bouche un goût de saudade
Et que dans mes cheveux se lèvent
Les vents et la liberté
10. 10.
Meu amor falou-me assim:
Ó minha pátria morena
Meu país de sal e trevo
Meu cravo minha açucena
Mon amour m’a dit ceci :
Ô ma patrie brune
Mon pays de sel et de trèfle
Mon œillet mon lis
11. 11.
Vale mais ser livre um dia
Lá nas ondas do mar bravo
Do que viver toda a vida
Pobre triste preso escravo
Mieux vaut être libre un jour
Dans les vagues d’une mer mauvaise
Que de vivre une vie entière
Pauvre triste prisonnier esclave
12. 12.
Eu vivo lá longe longe
Onde passam os navios
Mas um dia hei-de voltar
Às águas dos nossos rios
Je vis là-bas au large
Là où croisent les navires
Mais un jour je reviendrai
Dans les eaux de nos fleuves
13. 13.
Hei-de passar nas cidades
Como o vento nas areias
E abrir todas as janelas
E abrir todas as cadeias
Je passerai dans les villes
Comme le vent sur les grèves
J’ouvrirai toutes les fenêtres
J’ouvrirai toutes les prisons
14. 14.
Hei-de passar a cantar
Pelas ruas da cidade
Erguendo na mão direita
A espada da liberdade.
Je passerai en chantant
Dans les rues de la ville
Tenant levé dans la main droite
Le glaive de la liberté
15. 15.
Ó minha pátria morena
Meu país de trevo e sal
Sou marinheiro e não esqueço
Que nasci em Portugal.
Ô ma patrie brune
Mon pays de sel et de trèfle
Je suis marin et je me souviens
Que je suis né au Portugal.
16. 16.
Assim falou meu amor
Assim falou-me ele um dia
Desde então eu vivo à espera
Que volte como dizia.
Voilà ce que m’a dit mon amour
Voilà ce qu’il m’a dit un jour
Et depuis lors je vis
Dans l’attente de son retour
17. 17.
Eu creio no meu amor
Meu amor é marinheiro
Quem quiser pôr-lhe cadeias
Há-de matá-lo primeiro.
J’ai foi en mon amour
Mon amour est un marin
Celui qui voudra l’enchaîner
Devra d’abord le tuer.
18. 18.
Sei que um dia ele virá
Assim muito de repente
Como se o mar e o vento
Nascessem dentro da gente
Je sais qu’un jour il viendra
Apparaissant soudain, et ce sera
Comme si la mer et le vent
Naissaient au-dedans des gens
19. 19.
Como se um navio entrasse
De repente na cidade
Trazendo a voar nos mastros
Bandeiras de liberdade.
Comme si soudain un navire
Surgissait dans la ville
Faisant claquer à ses mâts
Les drapeaux de la liberté
20. 20.
Meu amor é marinheiro
E mora no alto mar.
Coração que nasceu livre
Não se pode acorrentar.
Mon amour est un marin
Sa demeure c’est le large
Personne ne peut enchaîner
un cœur qui est né libre.
Manuel Alegre (1936- ). Trova do amor lusíada. Dans : Praça da canção (1965).
Manuel Alegre (1936- ). Trova do amor lusíada. Dans : Praça da canção (1965). Traduction L. & L.

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Voici les deux versions enchaînées, celle de 1970 puis celle de 1977 :

Amália Rodrigues. Meu amor é marinheiro (1970) / Manuel Alegre, paroles ; Alain Oulman, musique ; Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Pedro Leal, guitare. Enregistré le 7 octobre 1970. Extrait de Com que voz, édition 2010.
Amália Rodrigues. Meu amor é marinheiro (1977) / Manuel Alegre, paroles ; Alain Oulman, musique ; Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Martinho d’Assunção, guitare. Extrait de Cantigas numa língua antica, 1977.

L. & L.

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Amália Rodrigues (1920-1999)
Cantigas numa língua antiga (1977)

Amália Rodrigues -- Cantigas numa lingua antiga (1977)Cantigas numa língua antiga / Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Martinho d’Assunção, guitare.
Enregistrement : Paço d’Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho.

Alfama / José Carlos Ary dos Santos, paroles ; Alain Oulman, musique
Rosa Vermelha / José Carlos Ary dos Santos, paroles ; Alain Oulman, musique
Meu amigo está longe / José Carlos Ary dos Santos, paroles ; Alain Oulman, musique
Gondarém / Pedro Homem de Mello, paroles ; Alain Oulman, musique
Amêndoa Amarga / José Carlos Ary dos Santos, paroles ; Alain Oulman, musique
O meu é teu / José Carlos Ary dos Santos, paroles ; Alain Oulman, musique
Abril / Manuel Alegre, paroles ; Alain Oulman, musique
Meu amor é marinheiro / Manuel Alegre, paroles ; Alain Oulman, musique
Mal aventurado / Bernardim Ribeiro ; Alain Oulman, musique
Perdigão / Luís Vaz de Camões ; Alain Oulman, musique
As facas / Manuel Alegre, paroles ; Alain Oulman, musique
A minha terra é Viana / Pedro Homem de Mello, paroles ; Alain Oulman, musique

1ère publication : Lisboa : Valentim de Carvalho, 1977. — 1 disque 33 t.

Amália Rodrigues, Tosca portugaise

6 octobre 2012

Il y a 13 ans aujourd’hui qu’elle est morte.

Amália Rodrigues, Lisbonne, 1950. Photo Thurston Hopkins (collection Culturgest/CGD, Lisbonne)
Amália Rodrigues, Lisbonne, 1950. Photo Thurston Hopkins (collection Culturgest/CGD, Lisbonne)

Un aspect de la personnalité d’Amália Rodrigues qui reste mystérieux — et qui m’intrigue beaucoup je dois dire — est son rapport à la politique. Elle a toujours dit qu’elle n’y comprenait rien, qu’elle s’en fichait éperdument. Elle l’a tellement dit, c’était comme une antienne, qu’on ne sait qu’en penser. Le plus stupéfiant était son insistance à nier toute compréhension disons « politique » des quelques chansons de son répertoire dont le contenu protestataire était tellement flagrant que certaines étaient interdites par la censure salazariste. Et qu’elle n’a pas cessé de chanter pour autant.

À l’évidence utilisée par le régime salazariste parce qu’elle avait acquis rang d’icône nationale et qu’elle était devenue l’une des rares personnalités portugaises jouissant d’une renommée internationale, Amália a dû faire face, dès le lendemain de la Révolution des œillets (25 avril 1974), à des accusations parfois violentes de soutien au régime, voire de collaboration avec sa police politique,  la PIDE.

Incapable de précautions oratoires et d’autocensure « politiquement correcte » elle a dit avoir parlé au « Dr. Salazar » en deux occasions au cours de sa vie, et avoir trouvé l’homme sympathique. Cela, elle a continué à le dire même au lendemain de la révolution, au plus fort des attaques qui la visaient, ajoutant dans la même phrase éprouver autant de sympathie pour Álvaro Cunhal (1913-2005), leader du PCP (Parti communiste portugais). Elle a par ailleurs participé, un peu comme Barbara l’a fait pour Mitterrand en 1981, à la campagne du socialiste Mário Soares pour sa réélection à la présidence de la république en 1991.

Pour le régime salazariste elle était plus ou moins communiste : « Nos arquivos da PIDE, a Amália era descrita como ‘simpatizante do Partido Comunista’. » (Dans les archives de la PIDE, Amália était considérée comme une sympathisante du Parti communiste) note Bruno de Almeida, réalisateur du film The Art of Amália (2000), cité par Jean-François Chougnet (alors directeur du musée Berardo de Lisbonne) dans Um livre pensamento, un des articles de l’ouvrage collectif Amália, coração independente paru à l’occasion de l’exposition éponyme (Museu Colecção Berardo, 2009, p. 65).

Dans le même article, p. 64, Jean-François Chougnet cite Carlos Carvalhas, alors secrétaire général du PCP, déclarant dans le quotidien Público du 8 octobre 1999 : « as ajudas indirectas de Amália ao PCP eram um « facto conhecido » no interior do partido, mas nunca oficialmente » (les aides indirectes d’Amália au PCP étaient un « fait connu » à l’intérieur du parti, mais jamais admis officiellement).

Et de citer un passage d’une interview donnée quatre ans plus tôt (le 30 juillet 1995) au même Público par une autre dirigeante du PCP, Alda Nogueira (1923-1998) : « já na clandestinidade, acompanhada de outros dirigentes do PCP, bateu à porta de Amália Rodrigues, então uma vedeta, para ajusar [sic] grevistas […] A Amália abriu o cofre e deu-nos todo o dinheiro » (déjà dans la clandestinité, accompagnée d’autres dirigeants du PCP, j’ai frappé à la porte d’Amália Rodrigues, qui était alors une vedette, pour obtenir de l’aide pour des grévistes […]. Amália a ouvert son coffre et nous a donné tout ce qu’il contenait).

En vérité elle n’était selon toute vraisemblance ni fasciste ni communiste. Les actes politiques semblaient pour elle sans lien avec les personnes qui les accomplissaient. Ce qui lui importait avant tout et plus que tout c’était son art. Pour le reste, peu encline à tourner sept fois sa langue avant de parler elle ne s’embarrassait pas de périphrases, à son corps défendant.

J’ai vécu d’art, j’ai vécu d’amour, je n’ai jamais fait de mal à âme qui vive. D’une main discrète, j’ai soulagé toutes les misères dont j’ai été témoin […]
Dans cette heure de douleur, pourquoi, pourquoi Seigneur, pourquoi m’en récompenses-tu ainsi ?

Cette prière aurait pu naître d’elle : une Tosca portugaise.

Giacomo Puccini (1858-1924). Vissi d’arte, extrait de Tosca (1900). Maria Callas (1964, Covent Garden).
Livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa, d’après la pièce de Victorien Sardou ; musique de Giacomo Puccini ; Maria Callas, soprano (Floria Tosca) ; orchestre et chœurs du Royal Opera House, Covent Garden ; direction Carlo Felice Cillario. Captation : Londres, Royal Opera House, Covent Garden, 9 février 1964, mise en scène Franco Zeffirelli.

Vissi d’arte, vissi d’amore,
non feci mai male ad anima viva!
Con man furtiva
quante miserie conobbi aiutai.
[…]
Nell’ora del dolore,
perché, perché, Signore,
perché me ne rimuneri così?

Évidemment Maria Callas s’impose ici, elle dont la voix déjà déclinante bouge et vibre beaucoup dans cette célèbre captation du 2e acte de Tosca à Covent Garden en 1964.

Celle d’Amália allait connaître le même sort, une longue agonie de vingt ans dont le commencement coïncide à peu près avec la Révolution des œillets.

L. & L.

À suivre dans : Meu amor é marinheiro — Amália Rodrigues, Alain Oulman, Manuel Alegre

Ólöf Arnalds — Madrid

4 octobre 2012

Ólöf Arnalds. Madrid / Ólöf Arnalds, paroles et musique, chant, guitare. Caen, 2010.

Haustið og ég og þú hjá mér
Dagur hnígur síðasta sinn
Tilfinningin dofnar, þverr
Þræðirnir leysast
Finn þeir verða minning
um þrá sem áður var en er ei nú
Nú finn ég ró

Mykrið og við en ekki ég
Kvöldið líður síðasta sinn
Stundin verður sundurslitin, óróleg
Orðin leita, finn þau verða inni
og farveginn þrá sem horfinn er
Ég valdi aldrei að hverfa þér

Nóttin og ég ein með sjálfri mér
Dögunin bíður um sinn
Frelsi fengið frá þér
Hugurinn losnar
Finn mig snúa aftur
Og þráin sem ádur var en aldrei meir
Hún aldrei varð
Ólöf Arnalds. Madrid.

L’automne est venue, tu es encore là
Tu regardes notre dernière journée
S’ achever plus vite, flotter, s’estomper
Notre amour s’anéantir
Se transformer en souvenir
Cet amour autrefois vivant, à présent éteint
Mais je suis en paix

La nuit enfin, mais je ne suis pas là
Pour voir mourir notre dernier soir
Quelque chose dans l’air, je ne sais pas quoi
Étouffe les mots qui nous aideraient
Quoique rien ne pourrait ranimer mon amour
Il s’est évanoui même si je suis encore là

Au cœur de la nuit, je suis seule
L’aube semble ne jamais devoir poindre
Je suis libre de respirer,
Sans toi près de moi
J‘ai la tête pleine de choses que tu ne peux pas imaginer
Cet amour si vite apparu, à présent éteint
N’a jamais existé.
Ólöf Arnalds. Madrid. Trad. L. & L. d’après la traduction anglaise de Sindri Eldon figurant dans le CD Innundir Skinni, One Little Indian Records, 2010.

Le site Telerama.fr propose trois vidéos exclusives de Olöf Arnalds live enregistrées en décembre 2010 :

Vinkonur (Amies), paroles et musique Ólöf Arnalds

Innundir Skinni (Sous la peau), paroles et musique Ólöf Arnalds

That lucky old sun (1949), paroles Haven Gillespie, musique Beasley Smith.

Comme Madrid, Vinkonur et Innundir Skinni figurent sur l’album Innundir Skinni (2010), voir ci-dessous.

Madrid, gare d'Atocha, 23 septembre 2012 Madrid, gare d’Atocha, 23 septembre 2012

L. & L.

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Ólöf Arnalds
Innundir Skinni (2010)

Ólöf Arnalds -- Innundir Skinni (2010)Innundir Skinni / Ólöf Arnalds, chant, piano, guitare, violon, alto, charango, percussions, timbales ; Davíð Þór Jónsson, chant, piano, guitare, banjo, guitare basse, guitare baryton, percussions ; Skúli Sverrisson, guitare, dobro, guitare basse ; [etc.]. — London : One Little Indian, 2010. — 1 CD.

One Little Indian TPLP1065CD. — EAN 5016958130824

Innundir Skinni dans Discogs

Ólöf Arnalds sur Myspace
Ólöf Arnalds dans Wikipédia (fr)

Gente di Madrid

29 septembre 2012
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Bibliothèque nationale d'Espagne, Madrid (Espagne), 21 septembre 2012 Bibliothèque nationale d’Espagne, Madrid (Espagne), 21 septembre 2012

Musée Reina Sofía, Madrid (Espagne). Bâtiment Jean Nouvel, 22 septembre 2012 Musée Reina Sofía, Madrid (Espagne). Bâtiment Jean Nouvel, 23 septembre 2012

Madrid (Espagne), Calle del Almendro, 22 septembre 2012 Madrid (Espagne), Calle del Almendro, 22 septembre 2012

Gente di Madrid, c’est pas de l’espagnol ça
Je sais, mais je ne suis pas espagnol, non plus
— Et tu es italien, peut-être ?
Non, mais que veux-tu, ça m’est venu comme ça
— Et tu expliques ça comment ?
Je ne sais pas. Ça ne s’explique pas.
— Je te trouve bien optimiste.

L. & L.

Il fait toujours nuit à Amsterdam ?

29 septembre 2012
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Amsterdam (Pays-Bas), 19 septembre 2012 Amsterdam (Pays-Bas), 19 septembre 2012

Amsterdam, 18 septembre 2012     Amsterdam (Pays-Bas), 18 septembre 2012

Amsterdam (Pays-Bas), 19 septembre 2012     Amsterdam (Pays-Bas), 18 septembre 2012
Amsterdam (Pays-Bas), 19 septembre 2012

Amsterdam (Pays-Bas), 18 septembre 2012 Amsterdam (Pays-Bas), 19 septembre 2012

Mais non voyons, dans aucun lieu du monde il ne fait toujours nuit.
— Pourtant, sur tes photos…
Évidemment qu’il fait nuit : elles ont été prises de nuit.
— Tu en as où il fasse jour ?
Non, pas sur moi, mais ça ne prouve rien.
— Moi tu sais, je suis comme saint Thomas. Et ce que je vois, c’est une ville où il fait nuit.
Tu n’as qu’à y aller, tu verras par toi-même.
— Tu n’y penses pas, je suis nyctophobe (et tu le sais ; tu veux me nuire, c’est ça ? Tu veux me nuire ?)

L. & L.

Madrid. Musée Reina Sofía

29 septembre 2012

Dans le musée Reina Sofía, Madrid (Espagne). Bâtiment Jean Nouvel, 23 août 2012 Dans le musée Reina Sofía, Madrid (Espagne). Bâtiment Jean Nouvel, 23 septembre 2012. La ville se reflète dans l’avancée du toit.

Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, Madrid (Espagne). Exposition Espectros de Artaud. Lenguaje y arte en los años cincuenta, 23 août 2012 Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, Madrid (Espagne). Exposition Espectros de Artaud. Lenguaje y arte en los años cincuenta, 23 septembre 2012

Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, Madrid (Espagne), Exposition Espectros de Artaud, 23 août 2012 « Hasta ahora ha habido dos modelos económicos » (Jusqu’à présent il y a eu deux modèles économiques).
Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, Madrid (Espagne). Exposition Espectros de Artaud. Lenguaje y arte en los años cincuenta. Projection du film Le film est déjà commencé ?, Maurice Lemaître, 1951.

Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, Madrid (Espagne). Exposition Espectros de Artaud. Lenguaje y arte en los años cincuenta, 23 août 2012 Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, Madrid (Espagne). Exposition Espectros de Artaud. Lenguaje y arte en los años cincuenta, 23 septembre2012

Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, Madrid (Espagne). Exposition Espectros de Artaud. Lenguaje y arte en los años cincuenta, 23 août 2012 Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, Madrid (Espagne). Exposition Espectros de Artaud. Lenguaje y arte en los años cincuenta, 23 septembre 2012

Musée Reina Sofía, Madrid (Espagne). Bâtiment Jean Nouvel, 23 septembre 2012 Musée Reina Sofía, Madrid (Espagne). Bâtiment Jean Nouvel, 23 septembre 2012

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Internet :

Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, Madrid (Espagne)
Exposition Espectros de Artaud. Lenguaje y arte en los años cincuenta, 19 septembre – 17 décembre 2012

Visionner Le film est déjà commencé ? de Maurice Lemaître sur ubuweb (début du film à 2 min 35 s)
Maurice Lemaître dans Wikipédia (fr)
Le film est déjà commencé ? de Maurice Lemaître dans Wikipédia (fr)

C’est toi Bruxelles ?

27 septembre 2012
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Cht’avais pas vue

Bruxelles, Mont des Arts, 19 septembre 2012 Bruxelles, Mont des Arts, 19 septembre 2012

Bruxelles, vue depuis le Mont des Arts, 19 septembre 2012 Bruxelles, vue depuis le Mont des Arts, 19 septembre 2012

Bruxelles, Botanique, 19 septembre 2012 Bruxelles, Botanique, 19 septembre 2012

— Cht’imaginais pas comme ça

— Tu m’imaginais comment alors ?

— Chais pas trop

— Comme ça ?

Bruxelles, Parc de Bruxelles, 19 septembre 2012

« Dites-lui avec des frites », Bruxelles, Parc de Bruxelles, 19 septembre 2012

L. & L.

400e — Le fado, quel intérêt ?

26 septembre 2012

Amália Rodrigues. Tudo isto é fado / Aníbal Nazaré, paroles ; Fernando Carvalho, musique ; Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare. Enregistrement public, Olympia, Paris, 1956.

Les billets marquant les centaines, je les ai consacrés à Amália (sauf un, le 200e) : 100e : Amália invicta ; Amália & Camões. 3. Erros meus (300e). C’est une révérence nécessaire, puisque à jamais elle restera l’interprète par excellence du fado. Nul ne l’égalera : si un interprète d’un éclat et d’un génie comparables devait un jour éclore au Portugal, ce ne pourrait être que dans un genre différent.

Encore que postuler, comme on le fait généralement, qu’Amália relève purement et simplement de la catégorie « fado » ne se justifie qu’à condition de s’entendre sur ce terme même de fado. Celui d’Amália c’est le fatum, c’est-à-dire le destin de tout être. Pour Amália, chanter c’est reconnaître les forces qui s’exercent sur le cours d’une vie — la sienne comme emblème des autres vies — et le modèlent à la manière de celles qui décident du cours d’un fleuve.

Le fado (style musical) aura été son terreau et sa nourriture, mais elle ne s’est jamais souciée de « faire du fado ». Ne s’est jamais tenue ni à un style de chant, ni à un registre thématique – encore moins ne s’est laissée brider par quelque obligation de conformité que ce soit –, ne s’interdisant rien, étonnée qu’on se scandalise de ce qu’on nommait ses audaces, ou ses libertés (s’autoriser Camões, chanter les compositions d’Alain Oulman, étendre son répertoire à la chanson italienne ou française, au folklore portugais ou mexicain, etc.). Pour elle, il s’agissait seulement de donner du sens à sa carrière. De rechercher une expression toujours plus juste et plus forte de son fado à elle, c’est-à-dire de son fatum, son destin. C’est en cela qu’elle était fadiste.

À la suite d’une mésaventure personnelle survenue à Lisbonne, je me méfie désormais du fado, que j’entends avec moins d’indulgence et d’aveuglement qu’auparavant – de cécité devrais-je dire. Je ne peux plus écouter aucun des innombrables enregistrements de fado industriel de ce XXIe siècle, ni ceux des fadistes de bonne volonté mais sans réel talent d’interprète ou sans qualité de vocaliste.

Je me plais assez dans l’ancien : Alfredo Marceneiro, Hermínia Silva qui étaient les plus grands, Maria Teresa de Noronha et encore quelques autres, ceux dont le fado est une fièvre.

Alfredo Marceneiro & Lucília do Carmo. Cabelo Branco é saudade / Henrique Rêgo, paroles ; musique traditionnelle (Fado Mouraria) ; Alfredo Marceneiro & Lucília do Carmo, chant ; instrumentistes non précisés.

Quant aux contemporains, je ne me laisse plus ravir par le premier moineau venu qui pépie en portugais. Il me faut du lourd, du solide, du grave. Je trie sur le volet. Resteraient :

Lula Pena, à mon avis la seule en qui on retrouve un peu de la chair et du sang d’Amália.

Raquel Tavares (renversante dans son duo avec Pedro Jóia, malheureusement resté sans suite à ma connaissance).

Raquel Tavares & Pedro Jóia. Deste-me um beijo e vivi / Vasco de Lima Couto, paroles ; Alfredo Marceneiro, musique (Fado cravo) ; Raquel Tavares, chant ; Pedro Jóia, guitare ; Andreia Silva, réalisation. Enregistrement : Antiga fábrica da Viúva Lamego, Lisbonne, 28 novembre 2011. (A música portuguesa a gostar dela própria).

Carminho (qui bien que s’en tenant essentiellement à une réinterprétation de fados traditionnels le fait avec force, et dispose de moyens vocaux à la hauteur de son répertoire).

Et encore :

l’adorable groupe OqueStrada, qui n’a pas la renommée qu’il mérite (sa chanteuse, Marta e Miranda, pétille d’intelligence et de malice comme le faisait Hermínia Silva ; en concert, elle empoigne la scène et produit autant d’énergie qu’une centrale nucléaire ; seulement elle est sans danger pour les populations alentour, et je la crois capable de résister aux tsunamis).

OqueStrada. Senhora do Tejo / José Luís Gordo, paroles ; José Fontes Rocha, musique ; OqueStrada, groupe vocal et instrumental ; Marta Miranda, réalisation. Sony Music, 2011.

António Zambujo, bon musicien, excellent chanteur, fadiste à ses heures (mais alors quel régal !).

Mísia, qui retient du fado son rituel théâtral ; elle est remarquable en concert.

Autrement je ne vois pas. Parfois quelques bonnes surprises par ci par là… je ne demande qu’à les trouver sur ma route.

L. & L.

Edson Cordeiro. Fado Português / José Régio, poème ; Alain Oulman, musique ; Edson Cordeiro, chant ; Broder Kühne, piano. Extrait de : The woman’s voice. Allemagne, Prime records, 2009.

Probablement

19 septembre 2012

Je t’écris depuis le thalys, entre Amsterdam et Bruxelles. Nous traversons de larges fleuves.
— Le Rhin, probablement. Écoute, j’en suis heureux pour toi, mais je ne vois pas pourquoi tu me l’écris, je ne sais même pas qui tu es.
— Ah bon ? Me serais-je trompé de destinataire ?
— D’expéditeur, plutôt.

L. & L.