Désormais dans la lune
—
Ainsi paraît la gloire du monde.
—

—
Ainsi passe-elle.
—

—
Dissoute. Car toute splendeur est vouée à sa perte.
………
Lula Pena | Extraits de : Pero a mí nunca jamás, paroles d’Atahualpa Yupanqui, musique de Pablo del Cerro ; Canción de la madre del Amargo, poème de Federico García Lorca, musique de Lula Pena ; Estranha forma de vida, paroles d’Amália Rodrigues, musique d’Alfredo Marceneiro (Fado bailado).
Lula Pena, chant et guitare. Captation : Lanzarote (îles Canaries, Espagne), Cueva de los Verdes, 11 novembre 2011.
Vidéo : Cláudia Varejão, 2011.
………
De loma en loma has de ir
y mi huella buscarás
El rastro de las vicuñas
Eso solo encontrarás
Pero a mí nunca jamás
Atahualpa Yupanqui (1908-1992). Pero a mí nunca jamás (extrait).Tu iras de colline en colline
Et tu chercheras ma trace
Mais tu ne trouveras
Que celles des vigognes
Moi, tu ne me trouveras jamais plus.
………
Lo llevan puesto en mi sábana
mis adelfas y mi palma.Día veintisiete de agosto
con un cuchillito de oro.La cruz. ¡Y vamos andando!
Era moreno y amargo.Vecinas, dadme una jarra
de azófar con limonada.La cruz. No llorad ninguna.
El Amargo está en la luna.
Federico García Lorca (1898-1936). Canción de la madre del Amargo. Dans : Poema del cante jondo (1921).On l’emporte enveloppé dans mon drap
posé sur mes lauriers-roses et ma palme.Le vingt-sept août
avec un petit couteau d’or.La croix. Et en route !
Il était brun et amer.Voisines, donnez-moi de la citronnade
dans un pichet de cuivre.La croix. Pas de larmes.
L’Amer est désormais dans la lune.
………
Foi por vontade de Deus
Que eu vivo nesta ansiedade
Que todos os ais são meus,
Que é toda a minha saudade
Foi por vontade de Deus.
C’est Dieu qui a voulu
Que je vive dans cette inquiétude
Que toutes les plaintes soient miennes
Que toute la saudade soit mienne
C’est Dieu qui l’a voulu.
Que estranha forma de vida
Tem este meu coração
Vive de vida perdida
Quem lhe daria o condão?
Que estranha forma de vida.
Étrange façon de vivre
Que celle de mon cœur
Vivre une vie d’égarement
Être sans emprise sur soi-même
Étrange façon de vivre.
Coração independente
Coração que não comando
Vives perdido entre a gente
Teimosamente sangrando
Coração independente.
Cœur indépendant
Cœur désobéissant
Tu vis perdu dans le monde
Tu saignes, obstinément
Cœur indépendant.
Eu não te acompanho mais
Para, deixa de bater
Se não sabes onde vais,
Porque teimas em correr?
Eu não te acompanho mais.
Je ne t’accompagne plus
Arrête-toi, cesse de battre
Si tu ne sais pas où tu vas
Pourquoi t’obstiner à courir ?
Moi, je ne t’accompagne plus.
Amália Rodrigues (1920-1999). Estranha forma de vida. Amália Rodrigues (1920-1999). Étrange façon de vivre, traduit de Estranha forma de vida par L. & L.
………
—

Eurovisão
- Voir aussi le billet : Salvador Sobral | Amar pelos dois
Il n’y a pas de sondages avant l’Eurovision. Il y a les classements établis par les bookmakers tout au long des semaines, des mois même, qui précèdent l’événement. Ces listes se constituent dès l’annonce des premières sélections, vers janvier, et ne fluctuent guère jusqu’au début des répétitions sur le lieu, sur la scène même, du concours. Dès ce moment tout peut changer, des favoris dériver, des outsiders s’insinuer dans les premières places. Quoi qu’il en soit l’état des cotes tel qu’il s’était fixé juste avant les deux demi-finales (qui se sont déroulées cette semaine à Kiev) en a préfiguré les résultats d’une manière assez convenable.
La finale a lieu ce soir. L’Italie a constamment tenu le premier rang des pronostics dès l’annonce, par le vainqueur du Festival de Sanremo 2017, le Toscan Francesco Gabbani, qu’il acceptait de représenter son pays à l’Eurovision avec son étonnant Occidentali’s karma (voir ci-dessous). Avec lui dans le groupe de tête — mais derrière lui : la Suède et la Bulgarie avec des chansons et des mises en scène typiquement « Eurovision », c’est à dire sans intérêt, sans utilité en dehors de ce contexte.
Or voici que le Portugal, représenté par l’inattendu Salvador Sobral et sa chanson Amar pelos dois, qui montait doucement dans l’estime des parieurs depuis une dizaine de jours, s’est hissé hier à la première place des pronostics (quoique de justesse).
Salvador Sobral, grand garçon qui s’exprime autant par sa gestuelle que par un chant absolument dépourvu d’artifice, a manqué la première semaine de répétitions à Kiev pour raisons de santé. Sa sœur Luísa (l’autrice et compositrice de la chanson) a été son homme de paille au cours des séances de réglage des éclairages, des cadrages etc. Elle chantait à sa place. Aucune scénographie à ajuster : il chante sur une petite scène annexe, devant un micro fixe, comme au Festival da canção. Le voici lors de sa demi-finale de mardi :
Salvador Sobral | Amar pelos dois. Luísa Sobral, paroles et musique.
Salvador Sobral, chant ; accompagnement d’orchestre.
Vidéo : Concours Eurovision de la chanson 2017, 1re demi-finale, 9 mai 2017 (extrait). Production : European Broadcasting Union, 2017.
Arrivé à Kiev il y a moins d’une semaine, il a découvert avec un certain effarement les coulisses frénétiques de ce qui est devenu, paraît-il, le spectacle télévisuel non sportif le plus suivi au monde. Fan zone en ville comme pour une coupe du monde de foot, inauguration fastueuse à laquelle les délégations se rendent en cortège au long d’un interminable tapis rouge bordé de photographes pour lesquels il faut poser, de micros dans lesquels il faut répondre chaque fois aux mêmes questions. Il faut vraiment endurer ça ?
Le lieu du spectacle lui-même : une halle immense où une scène démesurée, bourrée d’électronique, a été construite, et avec ça une salle de presse, des loges pour les artistes des 42 pays participants, des policiers partout. Des concurrents plus ou moins doués, plus ou moins sympathiques, prenant parfois la compétition très au sérieux. Des mises en scène extravagantes, incroyables, tout ça pour trois minutes exactement sur scène pour chacun, pas une seconde de plus, et des chansons qui, pour la plupart, ne valent même pas la peine qu’on les écoute.
Il a dit qu’il ne s’attendait pas à un tel cirque.
La chanson de Gabbani lui plaît, il l’a dit aussi.
C’est surtout le texte d’Occidentali’s karma qui est remarquable, son ton sarcastique et ses références à Shakespeare par ci, à l’essai Le singe nu de Desmond Morris par là, à Marx (Karl), Héraclite (la formule « panta rhei ») et autres. Mais c’est probablement sa musique pop et ses arrangements bien fichus qui ont valu au clip officiel de dépasser les 100 millions de visualisations sur YouTube.
Qui va gagner ? Peut-être aucun des deux finalement. Ça leur sera probablement égal, à l’un comme à l’autre.
………
Francesco Gabbani | Occidentali’s karma. Francesco Gabbani, Fabio Ilacqua et Luca Chiaravalli, paroles ; Francesco Gabbani, Filippo Gabbani et Luca Chiaravalli, musique.
Francesco Gabbani, chant ; accompagnement d’orchestre.
Vidéo : Festival di Sanremo 2017, 11 février 2017 (extrait). Production : Italie, RAI 1, 2017.
………
Essere o dover essere
Il dubbio amletico contemporaneo
Come l’uomo del neolitico
Nella tua gabbia 2×3 mettiti comodo
Intellettuali nei caffè, internettologi
Soci onorari del gruppo dei selfisti anonimi.
Être ou devoir être :
Le doute hamlétique contemporain.
Comme l’homme du néolithique,
Mets-toi à l’aise dans ta niche de 2 m sur 3.
Intellectuels de comptoir, internettologues,
membres d’honneur de l’association des selfistes anonymes. L’intelligenza è démodé
Risposte facili, dilemmi inutili
Cercasi
Storie dal gran finale
Sperasi
Comunque vada, panta rei
And singing in the rain.
L’intelligence est démodée.
Réponses faciles, dilemmes inutiles…
Cherche
histoires grandioses
(si possible).
De toute façon : panta rhei
and Singing in the rain. Lezioni di Nirvana
C’è il Buddha in fila indiana
Per tutti un’ora d’aria, di gloria
La folla grida un mantra
L’evoluzione inciampa
La scimmia nuda balla
Occidentali’s karma
La scimmia nuda balla
Occidentali’s karma!
Cours de Nirvana,
voici Bouddha en file indienne :
pour tous une heure d’oxygène, de gloire.
La foule crie un mantra,
l’évolution trébuche
et le singe nu danse.
Occidentaux’s karma
Le singe nu danse
Occidentaux’s karma ! Piovono gocce di Chanel
Su corpi asettici
Mettiti in salvo
Dall’odore dei tuoi simili
Tutti tuttologi col web
Coca dei popoli
Oppio dei poveri
Cercasi
Umanità virtuale
Sex appeal
Comunque vada, panta rei
And singing in the rain
Il pleut des gouttes de Chanel
sur des corps ascétiques
Protège-toi bien
de l’odeur de tes semblables !
Tous toutologues grâce au Web,
cocaïne du peuple,
opium du pauvre.
Cherche
humanité virtuelle,
sex appeal.
De toute façon : panta rhei
and Singing in the rain. Quando la vita si distrae
cadono gli uomini…
Occidentali’s karma
La scimmia si rialza
Namastè! Alè!
Quand la vie est distraite
les hommes trébuchent…
Occidentaux’s karma
Mais le singe se relève
Namaste ! Allez ! …… Francesco Gabbani, Fabio Ilacqua et Luca Chiaravalli.
Occidentali’s karma.Francesco Gabbani, Fabio Ilacqua et Luca Chiaravalli.
Occidentali’s karma. Traduction L. & L.
………
Träume
—
Ainsi paraît la gloire du monde.
—

—
Ainsi passe-elle.
—

—
Dissoute dans l’éternité, comme la vapeur des rêves.
………
Françoise Hardy | Träume. Fred Weyrich, paroles ; Martin Böttcher, musique.
Françoise Hardy, chant ; accompagnement d’orchestre ; Saint-Preux, direction.
Vidéo extraite de l’émission Sacha show, France, 1969.
………
Träume, die bei Nacht entstehen
und am Tag vergehen
sind meistens gar nicht wahr
weil sie unter den Millionen
unsrer Illusionen
geboren sind
Ces rêves qui naissent la nuit
Pour se dissoudre le jour
Ne sont presque jamais vrais
Car ils surgissent
Parmi les millions
De toutes nos illusions. Träume sind wie ferne Wolken
denen andre folgen
solang es Leben gibt
sag mir, sag wohin sie treiben
wo sie einmal bleiben
weiss nur der Wind
Les rêves sont comme de lointains nuages
Que d’autres poursuivent
Leur vie durant.
Mais dis-moi, dis-moi où ils mènent…
Le but de leur voyage,
Seul le vent le connaît. Wie ein Wunder ist die Welt
jeder Baum und jedes Feld
wie ein Wunder ist die Welt
Le monde est un miracle,
Chaque arbre, chaque pré
Le monde est un miracle. Träume, die uns nichts bedeuten
sollte man beizeiten
mit andern Augen sehn
weil sie oftmals unser Denken
auf die Wege lenken
die wir dann gehnCes rêves, qui ne veulent rien dire,
Il faut savoir à temps
Les voir avec d’autres yeux
Car souvent ils imposent
Leur cours à nos pensées
Et nous les laissons faire. …… Fred Weyrich (1921-1999).Träume.Fred Weyrich (1921-1999).
Rêves, traduit de Träume par L. & L.
—
………
—
L’épée d’Yseut et de Tristan fut un parapluie.
Louis Scutenaire (1905-1987). Dans : Mes inscriptions 1945-1963. Allia, 2017, ISBN 979-10-304-0521-7, p. 292
………
—

Cometa
En Sirio,
hay niños.
Federico García Lorca (1898-1936). Dans : Noche, suite para piano y voz emocionada (1921).Comète
Sur Sirius,
Il y a des enfants.
………
Γιώργος Νταλάρας [Giṓrgos Ntaláras (Georges Dalaras)]. Στο Σείριο υπάρχουνε παιδιά [Sto Seírio ypárchoune paidiá] . Νίκος Γκάτσος [Níkos Gkátsos (Níkos Gátsos)], paroles ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Hatzidákis (Mános Hadjidákis)], musique.
Γιώργος Νταλάρας [Giṓrgos Ntaláras (Georges Dalaras)], chant ; Νίκος Κυπουργός [Níkos Kypourgós], dir. Extrait du spectacle Στον Σείριο υπάρχουνε παιδιά [Ston Seírio ypárchoune paidiá], enregistrements publics réalisés au Μουσικό Κέντρο Αθηνών (Centre de musique d’Athènes) du 27 octobre 1987 au 3 février 1988.
Extrait de l’album Στον Σείριο υπάρχουνε παιδιά [Ston Seírio ypárchoune paidiá]. Grèce, 1988.
………
Στο Σείριο υπάρχουνε παιδιά
ποτέ δε βάλαν έγνοια στην καρδιά
δεν είδανε πολέμους και θανάτους
και πάνω απ’ τη γαλάζια τους ποδιά
φοράν τις Κυριακές τα γιορτινά τους.
Sur Sirius il y a des enfants
Jamais encore leur cœur n’a connu l’inquiétude
Ils n’ont vu ni guerre ni morts
Et par-dessus leurs sarraus bleus
Ils portent le dimanche l’habit de fête. Τις νύχτες που κοιτάν τον ουρανό
ένα άστρο σαν φτερό θαλασσινό
παράξενα παιδεύει το μυαλό τους
τους φαίνεται καράβι μακρινό
και πάνε και ρωτάν το δάσκαλό τους.
Quand ils regardent le ciel de la nuit
Une étoile semblable à une plume de mer
Leur obsède étrangement l’esprit
Elle leur apparaît comme un lointain navire
Et ils s’en vont interroger leur maître. Αυτή τους λέει παιδιά μου είναι η γη
του σύμπαντος αρρώστια και πληγή
εκεί τραγούδια λένε γράφουν στίχους
κι ακούραστοι του ονείρου κυνηγοί
κεντάνε με συνθήματα τους τοίχους.
Enfants, répond le maître, ce navire est la Terre,
Maladie et plaie de l’univers.
On y chante des chants, on y écrit des vers
Et d’inlassables chasseurs de rêves
Y dessinent des slogans sur les murs. Στο Σείριο δακρύσαν τα παιδιά
και βάλαν από κείνη τη βραδιά
μιαν έγνοια στη μικρούλα τους καρδιά.Les enfants de Sirius pleurèrent
Et après cette nuit ils sentirent un peu
D’inquiétude dans leur petit cœur. …… Νίκος Γκάτσος [Níkos Gátsos] (1911-1992).
Στο Σείριο υπάρχουνε παιδιά.Νίκος Γκάτσος [Níkos Gátsos] (1911-1992).
Sur Sirius il y a des enfants, traduit de Στο Σείριο υπάρχουνε παιδιάpar L. & L., en s’appuyant sur la traduction italienne de Gian Piero Testa
Caetano Veloso | Itapuã
Saudades. Nostalgie d’un temps révolu — celui d’un bonheur fulgurant — et du lieu où ce bonheur éclatait ; ce temps était celui de la jeunesse, révolue elle aussi. Souvent, voilà ce que chantent les fados.
Parfois aussi des chansons brésiliennes, par exemple Saudades de Itapoã, de Dorival Caymmi. Caetano Veloso l’a chantée cette chanson-là, car Itapuã, ce quartier de Salvador de Bahia, est lié à sa propre jeunesse autant qu’à celle de son aîné.
Plus tard, comme un hommage délicat à son prédécesseur et à cette chanson qu’il a chantée, il en a lui-même écrit une sorte de paraphrase personnelle, faite des saudades de sa propre jeunesse et d’un bonheur inoubliable vécus là, dans ce même lieu : Itapuã.
Cette chanson nouvelle s’appelle Itapuã tout court.
D’Itapuã elle évoque non la plage bordée de cocotiers, chère à Caymmi, mais la boue, les algues, les maisons laides, la pleine lune se reflétant dans l’étang d’Abaeté. Il y a un amour aussi à Itapuã, celui de sa compagne d’alors Andréa Gadelha, « Dedé » (« Ela foi a minha guia quando eu era alegre e jovem » : elle a été mon guide quand j’étais insouciant et jeune). Il y a un tout petit enfant, leur fils Moreno (« nosso fruto do futuro » : notre fruit du futur).
………
Caetano Veloso | Itapuã. Caetano Veloso, paroles et musique.
Caetano Veloso, chant, guitare ; Torquato Mariano, guitare ; Arthur Maia, basse ; Marie Springuel, alto ; Alceu Reis, Jorge Ranewsky, violoncelle ; Jaques Morelenbaum, violoncelle et arrangements des cordes ; Marcos Amma, congas ; Carlos Bala, batterie ; Moreno Veloso, voix.
Captation : Rio de Janeiro (Brésil), Metropolitan, 1995, dans le cadre des « Heineken concerts ».
La vidéo est extraite d’une captation d’un concert de 1995. Parmi les musiciens qui entouraient Caetano Veloso à cette occasion se trouvaient Ryuichi Sakamoto et Jaques Morelenbaum. C’est d’eux qu’il parle avant de chanter. Il avait 53 ans à cette époque de sa vie mais on lui voyait encore ce merveilleux profil égyptien qui lui a fait un si long usage, son sourire lumineux (vers 3:00 : « Nada estanca em Itapuã / Ainda sou feliz » : D’Itapuã rien ne s’épuise / Encore aujourd’hui je suis heureux).
………
Nosso amor resplandecia sobre as águas que se movem
Ela foi a minha guia quando eu era alegre e jovem
Nosso ritmo, nosso brilho, nosso fruto do futuro
Tudo estava de manhã
Nosso sexo, nosso estilo, nosso reflexo do mundo
Tudo esteve em Itapuã
Notre amour resplendissait sur les eaux mouvantes
Elle était mon guide et j’étais insouciant, j’étais jeune
Notre rythme, notre splendeur, notre fruit du futur,
Tout était comme un matin
Notre sexe, notre style, ce que nous reflétions du monde,
Ce tout, c’était Itapuã Itapuã
Tuas luas cheias, tuas casas feias
Viram tudo, tudo
O inteiro de nós
Itapuã
Tuas lamas, algas
Almas que amalgamas
Guardam todo, todo
O cheiro de nós
Abaeté
Essa areia branca ninguém nos arranca
E` o que em deus nos fiz
Nada estanca em Itapuã
Ainda sou feliz
Itapuã
Les pleines lunes sur tes maisons laides
Ont tout vu de nous
Tout su de nous
Itapuã
La boue, les algues
Les âmes que tu amalgames
Gardent tout
De l’odeur de nous
Abaeté
Ce sable blanc personne ne nous l’enlèvera
C’est lui qui nous a faits en Dieu
D’Itapuã rien ne s’épuise
Je suis encore heureux Itapuã
Quando tu me faltas, tuas palmas altas
Mandam um vento a mim
Assim: CaymmiItapuã
Quand tu me manques, tes palmes brandies
M’envoient dans un souffle de vent
Ce nom : Caymmi Itapuã
O teu sol me queima e o meu verso teima
Em cantar teu nome
Teu nome sem fim
Ton soleil me brûle et mon poème s’entête
À chanter ton nom
Sans fin ton nom Abaeté
Tudo meu e dela
A lagoa bela
Sabe, cala e diz
Eu cantar-te nos constela em ti
Eu sou felizAbaeté
Tout à moi, tout à elle
L’étang si beau
Le sait, le tait, le dit
Mon chant nous fait scintiller en toi
Je suis heureux Ela foi a minha guia quando eu era alegre e jovemElle était mon guide et j’étais insouciant, j’étais jeune …… Caetano Veloso.
Itapuã (1991).Caetano Veloso.
Itapuã (1991). Traduction L. & L.
………
Un enregistrement studio d’Itapuã — avec la participation de Moreno Veloso, discrète mais voulue par son père — avait été publiée quatre ans auparavant dans l’album Circuladô (1991).
Caetano Veloso | Itapuã. Caetano Veloso, paroles et musique.
Caetano Veloso, chant, guitare ; Torquato Mariano, guitare ; Arthur Maia, basse ; Marie Springuel, alto ; Alceu Reis, Jorge Ranewsky, violoncelle ; Jaques Morelenbaum, violoncelle et arrangements des cordes ; Marcos Amma, congas ; Carlos Bala, batterie ; Moreno Veloso, voix.
Extrait de l’album : Circuladô / Caetano Veloso (Brésil, 1991).
Bon week-end !

………
—
Il fait chaud. Les rues, les places, les terrasses sont peuplées d’une foule heureuse — heureuse de cette lumière éclatante qui lui est donnée aujourd’hui.
Un samedi d’insouciance.
On ne pense pas à demain, après-demain. C’est aujourd’hui pour quelques heures encore. Rien n’est arrivé.
On se salue, les voix sont enjouées, on se dit « Bon week-end ! » comme si de rien n’était.
—
………

J’ignorais que cette chanson, Saudades de Itapoã, que je connais depuis 30 ans peut-être, interprétée par Amália Rodrigues, était de Dorival Caymmi. Ça ne m’avait jamais frappé.
Itapuã est un quartier de Salvador de Bahia, patrie de Dorival Caymmi. Sa plage est célèbre. Saudades de Itapoã (ou Itapoan, ou Itapuã, selon les versions du titre) évoque cette plage, ses cocotiers, le vent qui en agite les palmes en les faisant chanter, et plus encore une femme à la peau brune — tout ce dont est privé celui qui par son chant en exprime la nostalgie.
………
Dorival Caymmi a enregistré cette chanson en 1948 avec orchestre et chœurs, mais cette version-ci est datée de 1954. Elle a été publiée sur un disque 33 t 25 cm intitulé Canções praieiras.
Dorival Caymmi | Saudades de Itapoã. Dorival Caymmi, paroles et musique.
Dorival Caymmi, chant, guitare.
Extrait de l’album Canções praieiras (Brésil, 1954).
………
« Je me suis toujours sentie bien au Brésil. Je trouve d’ailleurs que la samba et le fado ont une atmosphère commune. » Ainsi s’exprime Amália Rodrigues dans son autobiographie (Vítor Pavão dos Santos (né en 1937) et Amália Rodrigues (1920-1999). Amália, uma biografia (1987). 2a ed., Editorial Presença, 2005, page 83. Traduction L. & L.)
Saudades de Itapoã n’est certes pas une samba, mais pourrait se trouver englobée dans cette « atmosphère commune ». Amália Rodrigues a enregistré cette chanson alors qu’elle était sous contrat avec la firme française Ducretet-Thomson, disparue depuis. Elle figure sur un disque 45 t publié en 1958 sous le titre on ne peut moins approprié de Amália Rodrigues à Alfama. L’accompagnement instrumental en est très portugais (les musiciens ne sont pas crédités sur le disque) et placé très en arrière-plan de la voix d’Amália qui imite l’accent brésilien comme souvent lorsqu’elle chante des chansons brésiliennes — à l’exception notable de Saudades do Brasil em Portugal, écrite pour elle par Vinicius de Moraes.
Amália Rodrigues | Saudades de Itapoã. Dorival Caymmi, paroles et musique.
Amália Rodrigues, chant ; instrumentistes non identifiés (probablement Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare classique). Enregistré en France, vers 1958.
Première publication : disque 45 t Amália Rodrigues à Alfama, France, Ducretet-Thomson, 1958, sous le titre Saudade di Itapoã.
………
Coqueiro de Itapoã, coqueiro
Areia de Itapoã, areia
Morena de Itapoã, morena
Saudade de Itapoã me deixa.Cocotier d’Itapoã, cocotier…
Le sable d’Itapoã, le sable…
Sa peau brune à Itapoã, brune…
Nostalgie d’Itapoã, laisse-moi ! Oh vento que faz cantiga nas folhas
No alto dos coqueirais
Oh vento que ondula as águas
Eu nunca tive saudade igual
Me traga boas notícias daquela terra toda manhã
E joga uma flor no colo de uma morena de ItapoãVent qui fait chanter les palmes
En passant dans les cocotiers,
Vent qui fait des rides sur la mer…
Jamais je n’ai connu pareil manque.
Apporte-moi tous les jours des nouvelles de ce pays,
Et jette une fleur dans le décolleté d’une brune d’Itapoã ! Coqueiro de Itapoã, coqueiro
Areia de Itapoã, areia
Morena de Itapoã, morena
Saudade de Itapoã me deixa
Me deixa, me deixa.Cocotier d’Itapoã, cocotier…
Le sable d’Itapoã, le sable…
Sa peau brune à Itapoã, brune…
Nostalgie d’Itapoã, laisse-moi !
Laisse-moi, laisse-moi ! …… Dorival Caymmi.
Saudades d’Itapoã.Dorival Caymmi.
Saudades d’Itapoã. Traduction L. & L.
………
Autre version, celle de Caetano Veloso — bahianais comme Dorival Caymmi —, publiée dans l’album Cores, nomes (1982), adorable.
Caetano Veloso | Coqueiro de Itapoã. Dorival Caymmi, paroles et musique.
Caetano Veloso, chant, guitare. Enregistrement : décembre 1981.
Première publication : album Cores, nomes, Brésil, Philips, 1982.
Dorival Caymmi, Salvador Sobral | Nem eu

Dorival Caymmi, Rio de Janeiro, 1938. Source : Wikimedia Commons.
Ce n’est pas que je connaisse grand chose de lui. Je ne sais rien, à vrai dire presque rien. Je connais son nom, Dorival Caymmi, pour l’avoir lu dans des textes en relation avec Caetano Veloso (interviews, notes sur des pochettes de disque ou autres), qui en fait grand cas.
Dorival Caymmi (1914-2008) était un auteur compositeur interprète, natif de Salvador de Bahia comme Caetano Veloso, souvent associé à ce genre un peu fourre-tout désigné du nom de « Música popular brasileira », ou plus fréquemment « MPB », qui s’est constitué vers 1965 et dont les représentants les plus fameux, outre Caetano Veloso, sont Chico Buarque, Tom Jobim, João Gilberto ou encore Elis Regina. Dorival Caymmi était leur aîné à tous : sa carrière était déjà bien entamée en 1965.
C’est en cherchant à connaître un peu mieux l’univers de Salvador Sobral que j’ai à nouveau croisé le nom de Dorival Caymmi. Je suis tombé sur cette merveille : Salvador Sobral, accompagné au piano par Júlio Resende — que nous connaissons pour sa splendide version de Medo avec la voix d’Amália. La chanson s’appelle Nem eu (« Moi non plus »).
………
Salvador Sobral | Nem eu. Dorival Caymmi, paroles et musique.
Salvador Sobral, chant ; Júlio Resende, piano.
Vidéo : prod. Edições Valentim de Carvalho S.A., 2016.
………
En voici l’original. Il date de 1952, c’est à dire bien avant l’avènement de la MPB.
Dorival Caymmi | Nem eu. Dorival Caymmi, paroles et musique.
Dorival Caymmi, chant ; accompagnement d’orchestre. Première publication : disque 78 t Odeon 13.288 (Brésil, 1952).
………
Não fazes favor nenhum
Em gostar de alguém
Nem eu, nem eu, nem eu
Quem inventou o amor
Não fui eu
Não fui eu, não fui eu
Não fui eu nem ninguém
O amor acontece na vida
Estavas desprevenida
E por acaso eu também
E como o acaso é importante querida
De nossas vidas a vida
Fez um brinquedo também
Quand tu aimes quelqu’un,
Ce n’est pas une faveur que tu lui fais
Moi non plus, moi non plus
Ce n’est pas moi
Qui ai inventé l’amour
Ce n’est pas moi, ce n’est pas moi
Ce n’est ni moi ni personne
L’amour surgit dans la vie
Tu ne t’y attendais pas
Et par hasard moi non plus
Et comme le hasard est important, mon amour,
De nos deux vies la vie
S’est fait un jouet. …… Dorival Caymmi.
Nem eu.Dorival Caymmi.
Nem eu. Traduction L. & L.
………
Salvador Sobral | Amar pelos dois
- Voir aussi le billet : Eurovisão
J’adore. Aussi bien la chanson elle-même — qui fait un peu années 50 — que le personnage, du moins ce qu’on en voit ici. Cette façon d’être en scène, à l’opposé de toute convention et de l’histrionisme ambiant. Cette gestuelle étonnante, qui tient un peu du mime, sans parler de la coiffure ni de la garde-robe. On croirait un Monsieur Hulot contemporain. On ne serait pas étonné de voir le micro se décrocher, ou un chien accourir en agitant la queue en signe d’amitié.
Salvador Sobral a 27 ans. La chanson qu’il interprète est une œuvre de sa sœur Luísa Sobral, son aînée de deux ans. Autrice-compositrice-interprète, elle illustre une tendance de la chanson portugaise qui fait florès depuis quelques années, influencée par le jazz.
Salvador Sobral | Amar pelos dois. Luísa Sobral, paroles et musique.
Salvador Sobral, chant ; accompagnement d’orchestre.
Vidéo : Festival RTP da canção 2017, 1re demi-finale, 17 février 2017 (extrait). Production : Portugal, RTP [Rádio e Televisão de Portugal], 2017.
………
Se um dia alguém
Perguntar por mim
Diz que vivi
Para te amar.
Si un jour quelqu’un
T’interroge sur moi
Dis-lui que je n’ai fait
Que t’aimer. Antes de ti
Só existi
Cansado e sem nada p’ra dar
Meu bem
Ouve as minhas preces
Peço que regresses
Que me voltes a querer.
Avant toi
Je n’avais
Envie de rien, ni rien à donner
Mon amour
Écoute-moi
Je voudrais que tu reviennes
Et que tu m’aimes à nouveau. Eu sei
Que não se ama sozinho
Talvez devagarinho
Possas voltar a aprender
Je sais
Qu’en amour il faut être deux
Si on y va doucement
Peut-être que tu y arriverais ? Se o teu coração
Não quiser ceder
Não sentir paixão
Não quiser sofrerMais si ton cœur
Ne veut pas t’obéir
S’il ne veut pas aimer
S’il ne veut pas souffrir, Sem fazer planos
Do que virá depois
O meu coração
Pode amar pelos dois.Sans vouloir s’illusionner
Sur l’avenir
Mon cœur à moi
Peut bien aimer pour deux. …… Luísa Sobral.
Amar pelos dois.Luísa Sobral .
Amar pelos dois. Traduction L. & L.
………
La vidéo est un extrait d’une émission de la télévision publique portugaise, le Festival RTP da canção 2017, télé-crochet destiné à désigner la chanson qui représentera le pays au prochain Concours Eurovision. Celle présentée par Salvador Sobral, opposée à 15 œuvres assez vilaines je dois dire, dont beaucoup ressortissaient à une forme de variété portugaise particulièrement moche, en est sortie miraculeusement victorieuse.



