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Adulte ? Jamais.

13 octobre 2013

Toulouse (France), place des Carmes = plaça dels Carmes, dimanche 13 octobre 2013

Venant de Montpellier, Toulouse fait un peu campagne. Un samedi comme celui-ci, nuageux et doux, elle est effervescente et joviale comme un gros marché.

Place Saint-Georges sont rassemblés tous les chocolatiers de la ville, qui sont incroyablement nombreux. Une cohue sur cette place ! Le monde a envie de chocolat et de douceur. Ça sent bon hein ? Oooh des canelés regarde, des canelés ! L’accent toulousain est d’une grande efficacité quant à l’expression des émotions, aussi ténues soient-elles.

Je suis allé à Ombres blanches, sans même me rendre compte que j’y allais. Resté là un long moment comme chaque fois, deux heures peut-être. Deux beaux jeunes hommes, sauf un qui vu de face ne l’était pas. Je lis les premières pages, ou seulement les premières lignes ; un chapitre entier d’un livre que j’ai finalement laissé — j’en avais déjà quatre en main –, un récit dont le personnage principal est Laura Betti — « la Folle » — et le lieu le fonds Pasolini dont elle s’occupait avec une passion excessive d’après ce livre, Quelque chose d’écrit (Qualcosa di scritto), d’un certain Emanuele Trevi. Je le note ici comme pense-bête, pour plus tard.

L’un des quatre (le troisième) est précisément un recueil de poèmes de Pasolini.

Adulto? Mai — mai come l’esistenza
che non matura — resta sempre acerba,
di splendido giorno in splendido giorno —
io non posso che restare fedele
alla stupenda monotonia del mistero.
Ecco perché, nella felicità,
non mi sono abbandonato — ecco
perché nell’ansia delle mie colpe
non ho mai toccato un rimorso vero.
Pari, sempre pari con l’inespresso,
all’origine di quello che io sono.
Pier Paolo Pasolini (1922-1975). Extrait de Roma 1950. Diario (1950).

Adulte ? Jamais. Jamais : comme l’existence
Qui ne mûrit pas, reste toujours verte,
De jour splendide en jour splendide.
Je ne peux que rester fidèle
À la merveilleuse monotonie du mystère.
Voilà pourquoi, dans le bonheur,
Je ne me suis jamais abandonné. Voilà
Pourquoi, dans l’angoisse de mes fautes
Je n’ai jamais atteint un remords véritable.
Égal, toujours égal à l’inexprimé
À l’origine de ce que je suis.
Pier Paolo Pasolini (1922-1975). Extrait de Rome 1950. Journal intime, traduit de Roma 1950. Diario (1950) par René de Ceccatty. Dans : Adulte ? Jamais : une anthologie (1941-1953), Points, 2013. ISBN 978-2-7578-3616-3.

J’aurais dû m’en tenir là puisque j’avais trois livres — et que leurs couvertures s’accordaient parfaitement. Or, contre absolument toute attente, j’ai vu, tout petit sur une table, tout petit, un tout petit livre : Le chrysanthème, de Robert Pinget. Un Pinget inconnu de moi.

Le Chrysanthème

Voix d’homme. Ton très proche de la confession. Nombreuses hésitations.
Robert Pinget. Le chrysanthème (1985, 1ère publication). Zoé, 2013. ISBN 978-2-88181-900-0.

Je jubile.

La couverture s’accorde mal avec les trois autres, ça me chiffonne un peu. Un beau jeune homme. Il se retourne, et non. Et c’est le même que tout à l’heure, celui qui de face ne l’était pas.

Je rentre. Dans l’ascenseur je me trouve brusquement, violemment nez à nez avec moi-même dans le miroir, je manque vaciller, il s’en faut d’un rien. Je me souviens à temps que je suis passé chez le coiffeur en début d’après-midi. L’instinct de conservation est toujours là.

L. & L.

Toulouse (France), rue Riguepels = carrièra Tira Pel, dimanche 13 octobre 2013

One Comment leave one →
  1. 6 novembre 2013 09:27

    Important de citer Pasolini, ses poèmes sont des torrents, des fleuves bien difficiles à apprivoiser, c’est heureux que Ceccaty ai décidé de sélectionner les fragments suscpetibles de nous émouvoir davantage.

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