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Sílvia Pérez Cruz | Corrandes d’exili

21 juillet 2015

Une nuit de pleine lune
Nous avons franchi la montagne
Lentement, sans dire un mot
Si la lune était pleine,
Telle était aussi notre peine.

C’est par ces vers que commence le poème de Pere Quart Corrandes d’exili, publié au Chili en 1947. Cet exil est celui des républicains catalans fuyant vers la France en 1939, abandonnant en Catalogne une « moitié endormie de [leur] vie ». Mis en musique et interprété par Lluís Llach en 1984, il figure depuis de longues années au répertoire de l’extraordinaire Sílvia Pérez Cruz, à qui une émission de la série Mezzo Voce, produite par France 3 Corse et Mareterraniu productions, a été consacrée en novembre 2014. La musicienne y parle avec une grande simplicité (en castillan, malheureusement) du choc que fut pour elle la mort de son père, et dit comment ce choc s’est traduit par la nécessité absolue de se mettre à écrire et composer ce qui deviendra son premier (et unique à ce jour) album solo, paru en 2012 sous le titre 11 de novembre. À ce sujet, lire aussi : Sílvia Pérez Cruz, une antidote à l’hiver, par Stéphane Deschamps dans Les Inrocks (en ligne), 24 octobre 2012.

Elle parle de son art, de son amour de la « mathématique » musicale selon ses mots, la « mathématique de chercher des manières, des harmonies », de ce goût pour la complexité qui lui vient de sa pratique du jazz, mais aussi de son amour de la musique populaire hérité de ses parents.

Es importante que aunque lo que haga sea super complejo, aunque sea complicado, aunque intelectualmente sea profundo, aunque hay un mensaje, sea muy popular. Afinal, cuando alguien me escucha, yo no quiero que piense si es muy difícil o no, yo quiero que sienta.

Il est important que, même si ce que je fais est super complexe, même si c’est compliqué, intellectuellement recherché, même s’il y a un message, ce soit populaire. Finalement, quand quelqu’un m’écoute, je ne veux pas qu’il se demande si c’est difficile ou non, je veux qu’il ressente.

La partie principale de cette émission, visible jusqu’au 30 juillet 2015 dans Culturebox, est faite d’un concert acoustique court donné dans un étonnant palace d’Ajaccio devant un public non moins singulier à vrai dire. On y retrouve Blancanieves, chanté a cappella, enchaîné avec Miña nai, puis Tonada de luna llena, une magnifique version de Pare meu [Mon père], Iglesias, Nonnon, Folegrandos, Não sei, Corrandes d’exili (voir l’extrait ci-dessous), Dias de paso, O meu amor é Gloria.

Une merveille.

Sílvia Pérez Cruz | Corrandes d’exili. Pere Quart, poème ; Lluís Llach, musique ; Sílvia Pérez Cruz, chant ; Mario Mas, Raül Fernandez, guitares ; Manolo Martinez del Fresno, violoncelle ; Miquel Àngel Cordero, contrebasse.
Vidéo : Extrait de Sílvia Pérez Cruz dans Mezzo Voce. France Télévisions, Mareterraniu productions, producteurs ; Sabine Rognoni, dir. artistique ; Paul Rognoni, réalisation. France, 2014. Enregistré au Cyrnos palace, Ajaccio (Corse), novembre 2014.

Una nit de lluna plena
tramuntàrem la carena,
lentament, sense dir res…
Si la lluna feia el ple
també el féu la nostra pena.

L’estimada m’acompanya
de pell bruna i aire greu
(com una Mare de Déu
que han trobat a la muntanya).

Perquè ens perdoni la guerra,
que l’ensagna , que l’esguerra.
Abans de passar la ratlla,
m’ajec i beso la terra
i l’acarona amb l’espatlla.

A Catalunya deixí
el dia de ma partida
mitja vida condormida;
l’altra meitat vingué amb mi
per no deixar-me sens vida.

Avui en terres de França
i demà més lluny potser,
no em moriré d’enyorança
ans d’enyorança viuré.

En ma terra del Vallès
tres turons fan una serra,
quatre pins un bosc espès,
cinc quarteres massa terra.
«Com el Vallés no hi ha res.»

Que els pins cenyeixin la cala,
l’ermita dalt del pujol;
i a la plana un tenderol
que batega com una ala.

Una esperança desfeta,
una recança infinita,
i una pàtria tan petita
que la somio completa.
Pere Quart (pseud. de Joan Oliver i Sallarès, 1899-1986). Corrandes d’exili. Extrait de Saló de tardor [Salon d’automne] (1947).

4 commentaires leave one →
  1. denise permalink
    22 juillet 2015 13:02

    j’écoute france musique et quelque chose me dit que le prochain post de lili&lulu pourrait bien nous parler de lucilla galeazzi…

    • 22 juillet 2015 18:51

      Je n’écoutais pas la radio, je dois dire… Je suis allé au cinéma. Il y avait la Galeazzi ? C’est un beau sujet oui, c’est vrai 🙂

      • 22 juillet 2015 21:00

        Ah mais c’est parce qu’elle est à Montpellier, d’accord ! Et moi qui suis à Toulouse… Décidément je rate tout cet été…

  2. denise permalink
    28 juillet 2015 22:49

    heureusement france musique était là!
    http://www.francemusique.fr/emission/programme-special/2014-2016/soiree-napolitaine-festa-italiana-montpellier-lucilla-galeazzi-07-22-2015-18-00

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