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L’Eclisse

2 février 2022

Morte.
2 02 2022.
Monica Vitti.

L’Eclisse (1962). Extrait. Michelangelo Antonioni, réalisation ; Michelangelo Antonioni, Tonino Guerra, Ottiero Ottieri & Elio Bartolini, scénario ; Giovanni Fusco, musique originale. Titre français : L’Éclipse.
Distribution : Monica Vitti (Vittoria) ; Alain Delon (Piero) ; Francisco Rabal (Riccardo) ; Louis Seigner (Ercoli) ; Lilla Brignone (la mère de Vittoria)…
Tournage : 1961. Production : Italie, Interopa Film (Roma) & Cineriz (Roma), 1962 ; France, Paris Film Production (Paris). Sortie : 1962 (France & Italie).

L’Eclisse (1962). Extrait. Michelangelo Antonioni, réalisation ; Michelangelo Antonioni, Tonino Guerra, Ottiero Ottieri & Elio Bartolini, scénario ; Giovanni Fusco, musique originale. Titre français : L’Éclipse.
Distribution : Monica Vitti (Vittoria) ; Alain Delon (Piero) ; Francisco Rabal (Riccardo) ; Louis Seigner (Ercoli) ; Lilla Brignone (la mère de Vittoria)…
Tournage : 1961. Production : Italie, Interopa Film (Roma) & Cineriz (Roma), 1962 ; France, Paris Film Production (Paris). Sortie : 1962 (France & Italie).

José Félix • Entrega (& Amália)

1 février 2022

Feriu-me um dardo; ensanguentei as ruas,
Onde o demónio, em vão, me apareceu,
Porque as estrelas todas eram tuas!
Menino! Irmão dos que erram pelas ruas
Tudo o que tenho (e nada tenho!) é teu!

Pedro Homem de Melo (1904-1984). Entrega.

Un dard m’a blessé ; j’ai ensanglanté les rues
Où le démon, en vain, m’est apparu,
Car tu étais dans toutes les étoiles !
Enfant, frère de ceux qui errent par les rues,
Tout ce que j’ai — et je n’ai rien ! — est à toi !

Il est rarissime que les reprises d’Amália Rodrigues par d’autres artistes soient à la hauteur des originaux. Voici une interprétation extrêmement délicate, très différente de celle d’Amália et tout aussi juste, d’Entrega (« Offrande »), de Carlos Gonçalves sur des vers de Pedro Homem de Melo (1904-1984), poète tourmenté — notamment par son homosexualité, lui qui était chrétien comme l’atteste cette Offrande.

José Félix est un jeune Espagnol dont je ne sais pas grand chose, sinon que ses posts sur Instagram sont le plus souvent localisés aux Canaries. On trouve de lui, sur les plateformes habituelles, quelques fados et des chansons espagnoles.

José FélixEntrega. Pedro Homem de Melo, paroles ; Carlos Gonçalves, musique.
José Félix, chant ; Gabriel Hernández Dorta, guitare.
Vidéo :
Iván M.V. Espagne, 2022.

Entrega est une chanson — plus qu’un fado à proprement parler — de la dernière partie de la carrière d’Amália Rodrigues. Elle figure dans le dernier album qu’elle ait enregistré en studio (Obsessão, paru en 1990).

Amália Rodrigues (1920-1999)Entrega. Pedro Homem de Melo, paroles ; Carlos Gonçalves, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Carlos Gonçalves & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Jorge Fernando, guitare ; Joel Pina, basse acoustique. Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho.
Extrait de l’album Obsessão Amália Rodrigues. Portugal, ℗ 1990.


Descalço venho dos confins da infância,
E a minha infância ainda não morreu…
Em face e atrás de mim ainda há distância.
Menino Jesus da minha infância,
Tudo o que tenho (e nada tenho!) é teu!

Pieds nus, je viens des confins de l’enfance,
Et mon enfance vit toujours en moi…
Derrière moi et en face il reste de la distance.
Enfant Jésus, Jésus de mon enfance,
Tout ce que j’ai — et je n’ai rien ! — est à toi !

Venho da estranha noite dos poetas
‒ Noite em que o mundo nunca me entendeu…
Vê: trago as mãos vazias dos Poetas!
Menino Deus! Amigo dos Poetas!
Tudo o que tenho (e nada tenho!) é teu!

Je viens de l’étrange nuit des poètes
‒ Cette nuit où le monde jamais ne m’a compris…
Vois : j’ai les mains vides des poètes !
Enfant Dieu, ami des poètes !
Tout ce que j’ai — et je n’ai rien ! — est à toi !

Feriu-me um dardo; ensanguentei as ruas,
Onde o demónio, em vão, me apareceu,
Porque as estrelas todas eram tuas!
Menino! Irmão dos que erram pelas ruas
Tudo o que tenho (e nada tenho!) é teu!

Un dard m’a blessé ; j’ai ensanglanté les rues
Où le démon, en vain, m’est apparu,
Car tu étais dans toutes les étoiles !
Enfant, frère de ceux qui errent par les rues,
Tout ce que j’ai — et je n’ai rien ! — est à toi !

Quem te ignorar ignora os que são tristes,
Ó pálido Jesus, triste como eu!
Ó meu irmão! Menino de olhos tristes!
Nada mais tenho além dos olhos tristes
Mas o que tenho (ai! nada tenho!) é teu!

T’ignorer c’est ignorer ceux qui sont tristes,
Ô pâle Jésus, triste comme moi !
Ô mon frère ! Enfant aux yeux tristes !
Je n’ai rien, je n’ai que mes yeux tristes,
Mais ce que j’ai — et je n’ai rien ! — est à toi !
Pedro Homem de Melo (1904-1984). Entrega.
.
Pedro Homem de Melo (1904-1984). Offrande, traduit de : Entrega par L. & L.

La chanson du dimanche [8]

30 janvier 2022

Elle nous vient de la Hongrie et de l’année 1967, si lointaines l’une et l’autre… Le « rideau de fer » qui court à travers l’Europe est dûment cadenassé, mais de part et d’autre : on chante. En témoigne le « Festival de la chanson de danse » organisé par la télévision hongroise depuis 1966, l’année même de la construction de la portion austro-hongroise dudit « rideau de fer ».

Szécsi Pál (1944-1974)Csak egy tánc volt. Varga Kálmán, paroles ; Vadas Tamás, musique.
Szécsi Pál, chant ; Magyar Rádió És Televízió Tánczenekara, orchestre.
Vidéo :
Extrait de l’émission : Táncdalfesztivál 1967 Döntő [Finale du Festival de la chanson de danse 1967]. Production : Hongrie, Magyar Televízió, 1967.

C’est le moment de la remise des prix et la chanson Csak egy tánc volt (« C’était juste une danse ») en a obtenu un, à la joie éclatante de son compositeur et de son auteur, deux jeunes hommes, l’un brun, l’autre très blond, ravissants : assis à l’orchestre, le premier entoure de son bras les épaules de l’autre, les deux visages se rapprochent, on dirait deux amoureux, ils vont s’embrasser, croit-on.

Le chanteur, Pál Szécsi, ou Szécsi Pál selon la mode hongroise, est devenu célèbre ce soir-là. Jusque alors il a vécu une vie tourmentée : son père, mort en 1945 alors qu’il n’a pas un an ; l’enfant confié par sa mère à une famille d’accueil, avec son frère et sa sœur — cette mère qui s’enfuit aux États-Unis lors de l’insurrection de Budapest en 1956, abandonnant sur place les deux garçons, traînant leur sœur jusqu’à Vienne et la laissant là, à la gare. Le succès considérable et durable de Pál n’empêchera pas son suicide peu après son trentième anniversaire.

Csak egy tánc volt, mit tőled kértem én,
Azután ment minden könnyedén,
Együtt mentünk haza az úton,
És a többit nem tudom.

Csak egy csók volt, boldog pillanat,
Amit loptam kaputok alatt.
Többször mondtad: – És most búcsúzom.
És a többit nem tudom.

Nyílt a kapu, ki várt reád?
Nem volt az más, csak a mamád.
Rád is mordult: – Gyere be,
Többé nem engedlek el vele!

Csak egy tánc volt, mit tőled kértem én,
De már több kell, maradj az enyém!
Meg is kérem a kezed ezúton,
És a többit nem tudom.

Nyílt a kapu, ki várt reád?
Nem volt az más, csak a mamád.
Rád is mordult: – Gyere be,
Többé nem engedlek el vele!

Csak egy tánc volt, mit tőled kértem én,
De már több kell, maradj az enyém!
Meg is kérem a kezed ezúton,
És a többit nem tudom.
Varga Kálmán. Csak egy tánc volt (1967).

Chá-chá-chá em Lisboa

29 janvier 2022

C’est samedi : il faut aller au bal, masqués.

Avec Max :

Max (Maximiano de Sousa ; 1918-1980)Chá-chá-chá em Lisboa. Artur Ribeiro, paroles ; Ferrer Trindade, musique.
Max, chant ; accompagnement d’orchestre [Gaya e seu conjunto ?].
Extrait du disque 45 t Saudades da Ilha / Max. Enregistrement : Lisbonne, Teatro Taborda. Portugal, Columbia, ℗ 1959.

Avec Mísia :

MísiaChá-chá-chá em Lisboa. Artur Ribeiro, paroles ; Ferrer Trindade, musique.
Mísia, chant ; Melech Mechaya, groupe instrumental et vocal ; Fabrizio Romano, direction musicale.
Extrait de l’album Delikatessen café concerto / Mísia. Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Atlântico Blue, juin 2013. Portugal, Liberdades poéticas, ℗ 2013.
Vidéo :
Frederico Corado, réalisation. Tournage : Lisbonne, café Buenos Aires, rua do Duque. 2013.


O chá-chá-chá em Lisboa
Virou fadista,
Passou na Madragoa,
Fez-se bairrista,
Andou nas ruas
Pela Moirama
E fez das suas nos becos de Alfama.
Depois pegou numa guitarra
E até cantou o Menor numa barra.


À Lisbonne le cha-cha-cha
S’est fait « fadista »,
Passant dans la Madragoa,
Il s’est mêlé au populo,
Il a flâné dans les rues
De la Mouraria
Et fait des siennes dans les p’tites rues d’Alfama
Et puis il a attrapé une guitare
Pour chanter le « fado menor » dans un troquet.

Andou todo emproado pelos salões,
Depois foi ao mercado
Ver a Rosinha dos limões
E agora vai-se embora
E até chora para ficar por cá!
Coitado, já deu em fado,
Não quer ser chá-chá-chá!

On l’a vu dans les salons, l’air hautain,
Puis au marché
Pour voir Rosinha la marchande de citrons.
Maintenant il s’en va
Alors qu’il voudrait tant rester !
Le pauvre, il est fou de fado,
Il ne veut plus être cha-cha-cha !
Artur Ribeiro (1924-1982). Chá-chá-chá em Lisboa (1956).
.
Artur Ribeiro (1924-1982). Cha-cha-cha à Lisbonne, traduit de : Chá-chá-chá em Lisboa (1956) par L. & L.

A coroa do rei • Amália, Dircinha Batista

28 janvier 2022

A coroa do rei
Não é de ouro e nem de prata.
Eu também já usei
E sei que ela é de lata!
David Nasser (1917-1980). A coroa do rei (1949).

La couronne du roi
N’est ni en or ni en argent.
Moi je l’ai déjà portée,
Je sais qu’elle est en fer-blanc !

Amália Rodrigues (1920-1999)A coroa do rei. David Nasser, paroles ; Haroldo Lobo, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Raúl Nery, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare.
Enregistrement : Lisbonne, Studios V. de Carvalho, rua Nova da Almeida, 1951.
Première publication dans l’album Rara e inédita / Amália Rodrigues. Portugal, 1989. Nouvelle publication dans l’album Amália no Chiado. Portugal, 2014.

Très tôt dans sa carrière, c’est à dire dès 1945, Amália Rodrigues s’est rendue au Brésil. En quelques mois, elle y est devenue aussi populaire qu’au Portugal et l’est restée toute sa vie. C’est là qu’elle a réalisé ses premiers enregistrements : huit disques 78 tours de deux chansons chacun (avec notamment Ai, Mouraria de Frederico Valério, l’un de ses plus grands succès). Elle y a rencontré son second mari, César Seabra (un Portugais expatrié), et s’y est même installée quelque temps avec lui, avant que le couple ne regagne définitivement le Portugal. Mais elle est restée très liée affectivement à ce pays, qui lui était une seconde patrie.

De même que Caetano Veloso et sa sœur Maria Bethânia l’admiraient et lui ont rendu hommage à plusieurs reprises en mettant à leur propre répertoire l’un ou l’autre de ses fados, de même Amália s’est laissée aller, dans la première partie de sa carrière, à reprendre quelques chansons brésiliennes. Par exemple la savoureuse A coroa do rei (« La couronne du roi ») qu’elle avait entendue au carnaval de Rio de 1950, chantée par Dircinha Batista, ou Baptista (1922-1999). Elle l’a l’enregistrée à son tour à Lisbonne l’année suivante, en tentant d’imiter l’accent carioca.


A coroa do rei
Não é de ouro e nem de prata.
Eu também já usei
E sei que ela é de lata!

La couronne du roi
N’est ni en or ni en argent.
Moi je l’ai déjà portée,
Je sais qu’elle est en fer-blanc !

Não é ouro, nem nunca foi
A coroa que o rei usou.
É de lata barata e, olhe lá,
Borocoxô!

Elle n’a jamais été en or,
La couronne du roi,
Elle est en fer-blanc bon marché,
Fatigué !

Na cabeça do rei andou
E na minha andou também.
É por isso que eu digo
Que não vale um vintém!

Le roi l’a mise sur sa tête
Et moi sur la mienne
Et c’est pour ça que je dis
Qu’elle ne vaut pas un sou !
David Nasser (1917-1980). A coroa do rei (1949).
.
David Nasser (1917-1980). La couronne du roi, traduit de : A coroa do rei (1949) par L. & L.

Dircinha Batista (1922-1999)A coroa do rei. David Nasser, paroles ; Haroldo Lobo, musique.
Dircinha Batista, chant ; accompagnement d’orchestre.
Première publication : Brésil, 1949.

Je reviens toujours

26 janvier 2022

Ξανά σαν κόκκινο μπαλόνι που πετάει
ανάμεσα στου κόσμου τις βλαστήμιες
σαν το μεθυσμένο που γελάει
μονάχος του στην πλώρη βαποριού,
κοιτάζοντας να φεύγουν τους αφρούς…

[…]
Je reviens, je reviens toujours.

Βασίλης Νικολαΐδης [Vasílīs Nikolaídīs]. Je reviens toujours (1987).

Encore une fois, tel un ballon rouge
Qui répand ses malédictions sur le monde,
Tel l’ivrogne qui rit tout seul
À la proue d’un paquebot
En regardant s’éloigner l’écume…
[…]
Je reviens, je reviens toujours.

Χάνομαι Γιατί Ρεμβάζω [Chánomai Giatí Remvázō]Je reviens toujours. Βασίλης Νικολαΐδης [Vasílīs Nikolaídīs], paroles ; Χάρης Γ. Καβαλλιεράτος [Chárīs G. Kavallierátos], musique.
Χάνομαι Γιατί Ρεμβάζω [Chánomai Giatí Remvázō], ensemble instrumental et vocal (Barbara Sauter, chant, violon, piano ; Γιάννης Κερκύρας [Giánnīs Kerkýras], cor ; Γιώργος Φιλιππάκης [Giórgos Filippákīs], chant, flûte ; Χάρης Καβαλλιεράτος [Chárīs Kαvαllierátos], chant, guitare, percussions).
Extrait de l’album Τα Παροίνια [Ta paroínia] / Χάνομαι Γιατί Ρεμβάζω [Chánomai Giatí Remvázō]. Enregistrement : Athènes, Polysound Studio. Grèce, ℗ 1987.

Étonnant, n’est-ce pas ? Quel malheur de ne pas comprendre le grec, tout de même — quel scandale !

Ξανά σαν κόκκινο μπαλόνι που πετάει
ανάμεσα στου κόσμου τις βλαστήμιες
σαν το μεθυσμένο που γελάει
μονάχος του στην πλώρη βαποριού,
κοιτάζοντας να φεύγουν τους αφρούς.

Ξανά σαν άρρωστο σκυλί που ξεψυχάει,
ανάμεσα σ’ ωραίες δεσποινίδες
σαν το ξεχασμένο που χτυπάει
με πέτρες τα παράθυρα σπιτιού,
εκεί που ξέρει πως δεν έχει πια γνωστούς.

Je reviens toujours…

Ξανά σαν λέξη τόση δα που παραφυλάει
να βρει μια θέση σε γελοίες ιστορίες
σαν το φυλακισμένο που τρυπάει
υπόκωφα τον τοίχο του κελιού,
για να βρει πάλι τους δρόμους αδειανούς.

Ξανά σαν αστεράκι που κατρακυλάει
ανάμεσα σ’ ακίνητους πλανήτες
σαν τον μάγο που πιστά ακολουθάει
ίσαμε να βρει τη φάτνη του Χριστού,
ενώ το ξέρει πως δεν έχει πια Χριστούς.

Je reviens toujours…

Ξανά σαν κείνον που κανείς δεν τον κρατάει
στις ίδιες τις χαρές, στις ίδιες λύπες
σαν εκείνον που ξαναγυρνάει
εκεί που άλλο δεν έχει δρόμο γυρισμού
γιατί ποτέ δεν έχει ο δρόμος γυρισμούς.

Ξανά σαν κείνον που ό,τι αρχίζει το χαλάει
και παίρνει το φεγγάρι απ’ τις ακτίνες
στους άλλους να φωτίσει το τραβάει
και κρεμασμένος απ’ το φως του φεγγαριού
βλέπει τους άλλους να μένουν σκοτεινούς.

Je reviens toujours…
Βασίλης Νικολαΐδης [Vasílīs Nikolaídīs]. Je reviens toujours (1987).

La chanson du dimanche [7]

2 janvier 2022

Elle nous vient d’Italie — avec une regrettable participation franco-bulgare.

Quell’anno furoreggiava un disco di Sylvie Vartan, che traeva spunto dal tema della Sinfonia K 550 di Mozart, quella piú dolorosamente umana, quella piú disperatamente intrisa d’un pessimismo tragico che la pervade tutta. E il larvato ricordo sinfonico, dai juke-boxe dei bar e dai mangianastri, avvolgeva perfino il teso clima emotivo della festa popolare cui assistevo.
Roberto De Simone. Angelo K 550. Dans : Novelle K 666 : fra Mozart e Napoli, Torino, Einaudi, (L’Arcipelago), 2007, ISBN 978-88-06-18685-2. Page 80.

Cette année-là, un disque de Sylvie Vartan faisait fureur, inspiré du thème de la Symphonie K 550 de Mozart, la plus douloureusement humaine, la plus désespérément empreinte d’un pessimisme tragique qui l’imprègne toute. Et le souvenir symphonique entêtant qu’en laissaient les juke-box et les lecteurs de cassettes enveloppait jusqu’au climat émotionnel tendu de la fête populaire à laquelle j’assistais.

La « fête populaire » en question est le pèlerinage du lundi de Pâques à l’église de la Madonna dell’Arco, à une dizaine de kilomètres à l’est de Naples. Roberto De Simone, compositeur, musicologue, acteur, ancien directeur du théâtre San Carlo, l’opéra de Naples, le décrit comme une scène d’hystérie catholique rappelant celles des films de Fellini (La dolce vita et surtout Les nuits de Cabiria). S’ensuit un retour en train et la rencontre, à la gare de Naples, avec Angelo, un bébé souffrant d’addiction à la fameuse chanson de Sylvie Vartan.

Sylvie VartanCaro Mozart. Francesco Valgrande, Italo Greco & Paolo Dossena, paroles & musique. Musique inspirée du 1er mouvement (allegro molto) de la Symphonie No. 40, K 550, de Wolfgang Amadeus Mozart.
Vidéo : extrait d’un épisode de l’émission Punto e basta, Romolo Siena, réalisation ; Sylvie Vartan, chant ; accompagnement d’orchestre ; Pino Calvi, direction & arrangements. Production : Italie, RAI, 1975.

Puisqu’il flotte dans l’air…

1 janvier 2022

… outre les myriades de Delta et d’Omicron, un fort relent des années 30, célébrons la nouvelle année mit Marlene !

Der blaue Engel (1930). Extrait. Josef von Sternberg, réalisation ; Josef von Sternberg, Carl Zuckmayer, Karl Vollmöller & Robert Liebmann, scénario ; Friedrich Hollaender, musique. Adaptation de : Professor Unrat, roman de Heinrich Mann. Titre français : L’ange bleu
Distribution : Emil Jannings (le professeur Immanuel Rath) ; Marlene Dietrich (Lola-Lola / Fröhlich) ; Kurt Gerron (Kiepert, le magicien) ; Rosa Valetti (Guste Kiepert)…
Production : Allemagne : UFA – Universum-Film AG (Berlin), 1930. Sortie : 1930 (Allemagne, France).
Chanson :

Ich bin von Kopf bis Fuß auf Liebe eingestellt. Friedrich Hollaender, paroles & musique.
Marlene Dietrich, chant ; accompagnement de piano.
Allemagne, ℗ 1930.


Ich bin von Kopf bis Fuß
Auf Liebe eingestellt,
Denn das ist meine Welt
Und sonst gar nichts.
Das ist, was soll ich machen,
Meine Natur,
Ich kann halt lieben nur
Und sonst gar nichts.


Je suis faite pour l’amour
De la tête aux pieds.
Mon univers c’est l’amour,
Et rien d’autre.
Qu’est-ce que j’y peux ?
C’est ma nature.
Je ne sais qu’aimer
Et rien d’autre.

Männer umschwirr’n mich,
Wie Motten um das Licht.
Und wenn sie verbrennen,
Ja dafür kann ich nicht.
Ich bin von Kopf bis Fuß
Auf Liebe eingestellt,
Ich kann halt lieben nur
Und sonst gar nichts.


Les hommes me tournent autour
Comme des papillons autour de la lumière.
Et s’ils se brûlent
Qu’est-ce que j’y peux ?
Je suis faite pour l’amour
De la tête aux pieds.
Je ne sais qu’aimer
Et rien d’autre.
Friedrich Hollaender (1896-1976). Ich bin von Kopf bis Fuß auf Liebe eingestellt (1930).
.
Friedrich Hollaender (1896-1976). Je suis faite pour l’amour de la tête aux pieds, traduit de : Ich bin von Kopf bis Fuß auf Liebe eingestellt (1930) par L. & L.

Il nous faut aussi l’enregistrement de 1960, bien sûr — car les années 30 ne durent pas éternellement :

Marlene Dietrich (1901-1992)Ich bin von Kopf bis Fuß auf Liebe eingestellt. Friedrich Hollaender, paroles & musique.
Marlene Dietrich, chant ; accompagnement d’orchestre ; Burt Bacharach, direction.
Extrait de l’album Wiedersehen mit Marlene / Marlene Dietrich. Allemagne, ℗ 1960.

Natal dos simples • José Afonso, Amália Rodrigues

31 décembre 2021

Vamos cantar as janeiras
Vamos cantar as janeiras
Por esses quintais adentro vamos
Às raparigas solteiras

José Afonso (1929-1987). Natal dos simples (1968).

Janeiro (le j initial est prononcé comme en français, non à l’espagnole), c’est « janvier ». Cantar as janeiras — comme si on disait en français : « chanter les janvières » — est le nom portugais d’une tradition répandue en Europe, qu’on appelle en français « chant de quête », je crois. Il s’agit, après les fêtes et leurs agapes, de passer en groupe de maison en maison et de chanter sur le seuil de chacune dans l’espoir de recueillir une obole de ses occupants. Vamos cantar as janeiras est l’incipit, très connu au Portugal, de Natal dos simples (« Noël des gens simples »), une chanson de José Afonso de 1968, reprise par Amália Rodrigues en 1970.

José Afonso (1929-1987)Natal dos simples. José Afonso, paroles & musique.
José Afonso, chant, guitare ; Rui Pato, guitare.
Extrait de l’album Cantares do andarilho / José Afonso. Enregistrement : Lisbonne (Portugal), studios Polysom. Portugal, ℗ 1968.


Vamos cantar as janeiras
Vamos cantar as janeiras
Por esses quintais adentro vamos
Às raparigas solteiras


Allons chanter les « janeiras »
Allons chanter les « janeiras »
Entrons dans ces jardins
Allons voir les jeunes filles.

Vamos cantar orvalhadas
Vamos cantar orvalhadas
Por esses quintais adentro vamos
Às raparigas casadas


Allons chanter la rosée
Allons chanter la rosée
Passons par ces jardins
Allons voir les filles mariées.

Vira o vento e muda a sorte
Vira o vento e muda a sorte
Por aqueles olivais perdidos
Foi-se embora o vento norte


Le vent tourne et tourne la chance
Le vent tourne et tourne la chance
Vers ces oliveraies perdues
S’est enfui le vent du Nord.

Muita neve cai na serra
Muita neve cai na serra
Só se lembra dos caminhos velhos
Quem tem saudades da terra


Il neige dru dans la montagne
Il neige dru dans la montagne
Seul se souvient des vieux chemins
Celui qui se languit de son pays,

Quem tem a candeia acesa
Quem tem a candeia acesa
Rabanadas pão e vinho novo
Matava a fome à pobreza


Celui qui tient la lampe allumée
Celui qui tient la lampe allumée.
Pain perdu, pain et vin nouveau
Trompait la faim des pauvres.

Já nos cansa esta lonjura
Já nos cansa esta lonjura
Só se lembra dos caminhos velhos
Quem anda à noite à ventura


C’est loin et nous sommes fatigués
C’est loin et nous sommes fatigués
Seul se souvient des vieux chemins
Celui qui va la nuit chercher fortune.
José Afonso (1929-1987). Natal dos simples (1968).
.
José Afonso (1929-1987). Noël des gens simples, traduit de : Natal dos simples (1968) par L. & L.

Amália Rodrigues (1920-1999)Natal dos simples. José Afonso, paroles & musique.
Amália Rodrigues, chant, guitare ; accompagnement d’orchestre ; Paul Gerard, direction.
Extrait du disque 45 t Natal dos simples ; Balada do sino / Amália Rodrigues. Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho. Portugal, ℗ 1970.

Tudo isto é fado

30 décembre 2021


Amor, ciúme,
Cinzas e lume,
Dor e pecado:
Tudo isto existe,
Tudo isto é triste,
Tudo isto é fado.

Aníbal Nazaré (1908-1975). Tudo isto é fado (1949).

Amour, jalousie,
Cendres et braise,
Douleur et péché :
Tout cela existe,
Tout cela est triste,
Tout cela fait le fado.

Qu’est-ce que le fado ? Quand exactement est-il apparu ? Comment s’est-il formé, à partir de quel substrat musical, dans quelles circonstances, dans quels lieux de Lisbonne ? À toutes ces questions qui suscitent encore aujourd’hui des controverses entre spécialistes, le fado lui-même, lorsqu’il n’avoue pas sa propre perplexité (dans Fado, não sei quem és : « Fado, je ne sais pas qui tu es »), répond de façon poétique, sans aucun souci de vraisemblance. Par exemple dans le très beau Fado português, poème de José Régio mis en musique par Alain Oulman pour Amália Rodrigues :

Le Fado est né un jour
Où le vent soufflait à peine,
Où le ciel prolongeait la mer,
Au bastingage d’un voilier,
Dans le cœur d’un marin
Qui était triste et chantait.

Ou encore de façon plus ingénue, dans Tudo isto é fado (« Tout cela est le fado »), qui joue un peu sur le double sens du mot fado (qui veut aussi dire « destin »).

Amália Rodrigues (1920-1999)Tudo isto é fado. Aníbal Nazaré, paroles ; Fernando de Carvalho, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Raul Nery, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare.
Enregistrement : Londres (Royaume-Uni), studios EMI, 1952.
Première publication dans le disque 78t Tudo isto é fado ; Faz hoje um ano / Amália Rodrigues. Royaume-Uni, Columbia, ℗ 1952.


Perguntaste-me outro dia
Se eu sabia o que era o fado;
Eu disse que não sabia,
Tu ficaste admirado.
Sem saber o que dizia,
Eu menti naquela hora
E disse que não sabia,
Mas vou-te dizer agora.

L’autre jour, tu m’as demandé
Si je savais ce qu’est le fado.
Je t’ai dit que je l’ignorais,
Et tu t’en es étonné.
Sans savoir ce que je disais,
Je t’ai menti ce jour-là.
Je t’ai dit que je ne savais pas,
Mais je vais te le dire à présent.

Almas vencidas,
Noites perdidas,
Sombras bizarras,
Na Mouraria
Canta um rufia,
Choram guitarras.
Amor, ciúme,
Cinzas e lume,
Dor e pecado:
Tudo isto existe,
Tudo isto é triste,
Tudo isto é fado.

Âmes vaincues,
Nuits perdues,
Ombres bizarres…
Dans la Mouraria*
Un voyou chante,
Pleurent les guitares.
Amour, jalousie,
Cendres et braise,
Douleur et péché :
Tout cela existe,
Tout cela est triste,
Tout cela fait le fado.

Se queres ser o meu senhor
E teres-me sempre a teu lado,
Não me fales só de amor,
Fala-me também de fado.
Que o fado, que é meu castigo
Só nasceu p’ra me perder.
O fado é tudo o que eu digo
Mais o que eu não sei dizer.

Si tu veux être mon seigneur
Et m’avoir toujours près de toi,
Ne me parle pas seulement d’amour,
Parle-moi aussi de fado.
Car le fado, qui est ma malédiction,
N’est né que pour me perdre.
Le fado, c’est tout ce que je dis
Et tout ce que je ne sais pas dire.
Aníbal Nazaré (1908-1975). Tudo isto é fado (1949).
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Aníbal Nazaré (1908-1975). Tout cela est fado, trad. par L. & L. de Tudo isto é fado (1949).
* La Mouraria est l’un des plus anciens quartiers de Lisbonne.

Ce « fado-canção » (« fado-chanson », ainsi nommé en raison de la présence d’un refrain, contrairement au fado dit castiço, « authentique », qui n’en comporte pas) a été popularisé par l’actrice et chanteuse Irene isidro (1907-1993) dans une revue intitulée Feira da avenida donnée à partir d’août 1949 au Teatro Variedades (aujourd’hui désaffecté), situé dans le Parque Mayer à Lisbonne.

Amália Rodrigues a beaucoup chanté ce fado et l’a enregistré à plusieurs reprises : deux fois en studio (1952 et 1967), deux fois en public. Dans son récital de Rio de Janeiro (1972), elle n’en chante que la première moitié et l’expédie sans conviction en moins d’une minute trente. À l’inverse, dans la belle version captée à l’Olympia en 1956, elle en laisse de côté le premier couplet.

Amália Rodrigues (1920-1999)Tudo isto é fado. Aníbal Nazaré, paroles ; Fernando de Carvalho, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare.
Enregistrement public : Olympia (Paris), avril ou mai 1956.
Première publication dans l’album Amalia à l’Olympia / Amália Rodrigues. France, Pathé Marconi, ℗ 1957.

En complément de celles d’Amália, voici deux interprétations récentes de Tudo isto é fado. La première par une très jeune fadiste, Beatriz Felizardo, enregistrée en pleine rue, probablement à Lisbonne, avec les spectateurs qui reprennent spontanément le refrain. La seconde est extraite d’Amália, l’album-hommage à Amália Rodrigues réalisé en 2013 par le pianiste de jazz Júlio Resende (c’est cet album qui se conclut sur Medo, un sidérant duo virtuel avec la fadiste).

Beatriz FelizardoTudo isto é fado. Aníbal Nazaré, paroles ; Fernando de Carvalho, musique.
Beatriz Felizardo, chant ; instrumentistes non crédités.
Captation : Lisbonne, [2017?].
Vidéo : Isidoro Fernandes. 2017 (mise en ligne).

Júlio ResendeTudo isto é fado. Fernando de Carvalho, musique.
Júlio Resende, piano.
Enregistrement : information manquante.
Première publication dans l’album Amália / Júlio Resende. Portugal, Valentim de Carvalho, ℗ 2013.