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Amália Rodrigues | Ai Mouraria

7 juin 2015

Pour un dimanche de célébration de la nostalgie des parfums désormais éventés et des couleurs irrémédiablement passées.

Amália Rodrigues (1920-1999) | Ai Mouraria. Amadeu do Vale, paroles ; Frederico Valério, musique ; Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare classique.
Vidéo : producteur non identifié. Lieu de captation non identifié. Années 1950.

« Ai, Mouraria, da velha rua da Palma… » C’est l’un des incipits de fado les plus évocateurs et les plus fameux, à juste titre.

Ai, Mouraria est une chanson plus qu’un fado. C’est presque un fado. Il dit le souvenir poignant d’un amour que « le vent, comme une plainte, a emporté ». Un amour révolu, indissociable du quartier de Lisbonne dans lequel il a eu lieu, la Mouraria (littéralement : la Maurerie, le lieu des Maures), aujourd’hui encore l’un des plus dépaysants de cette ville exotique où le temps suit un cours singulier.

Ai, Mouraria da velha Rua da Palma, onde eu um dia deixei presa a minha alma, por ter passado mesmo ao meu lado certo fadista de cor morena, boca pequena e olhar trocista.

Ah Mouraria… Ah la vieille rue de la Palme… cette rue dans laquelle mon âme s’est laissée prendre au passage de certain fadiste, la peau brune, la bouche petite et l’œil moqueur.

Ai, Mouraria do homem do meu encanto que me mentia, mas que eu adorava tanto. Amor que o vento, como um lamento, levou consigo, mais que ainda agora a toda a hora trago comigo.

Ah Mouraria… Ah l’homme de mon ravissement. Il me mentait, mais je l’adorais, je l’adorais. Amour que le vent, comme une plainte, a emporté, mais qu’aujourd’hui encore, à chaque instant, je porte en moi.

Dommage que le dernier couplet soit fait de clichés.

Ai, Mouraria dos rouxinóis nos beirais, dos vestidos cor-de rosa, dos pregões tradicionais. Ai, Mouraria das procissões a passar, da Severa em voz saudosa, da guitarra a soluçar.

Ah Mouraria… Les rossignols sous les toits, les robes roses, les cris traditionnels des vendeurs de rue, les processions, la voix mélancolique de la Severa, les sanglots des guitares…

Ai Mouraria, cette chanson au caractère si portugais et qui fut l’un des premiers très grands succès d’Amália Rodrigues, a pourtant été composée au Brésil, en 1945. Amália s’y produisait alors, principalement à Rio, accompagnée d’une sorte de troupe préalablement constituée au Portugal, au sein de laquelle se trouvaient le compositeur et chef d’orchestre Frederico Valério et le parolier Amadeu do Vale.

C’est au Théâtre República*, au cours de cette saison-là**, que Valério et Amadeu do Vale ont écrit Ai, Mouraria, et c’est là que je l’ai créé. Pour moi Ai, Mouraria est vraiment le fado de Valério. Celui qui est éternel. Quand je chante ce fado il s’établit tout de suite un courant. J’aime la musique et j’aime les paroles. Quelqu’un qui parle d’une rue, d’un quartier, d’un amour qu’elle a eu, et qu’elle a perdu.
* à Rio de Janeiro
** 1945

Vítor Pavão dos Santos (né en 1937) et Amália Rodrigues (1920-1999). Amália, uma biografia (1987). Traduction L. & L.

Foi no Teatro República*, nessa temporada**, que o Valério e o Amadeu do Vale fizeram o Ai, Mouraria, foi lá que o estreiei. Para mim, o Ai, Mouraria é mesmo o fado do Valério. Aquele que é eterno. Quando canto o Ai, Mouraria há logo uma corrente que se estabelece. Gosto da música e gosto dos versos. Alguém que fala duma rua, dum bairro, duns amores que teve e perdeu.
Vítor Pavão dos Santos (né en 1937) et Amália Rodrigues (1920-1999). Amália, uma biografia (1987). 2a ed., Editorial Presença, 2005, page 79 / 1a ed., Contexto, 1987, page 77.

Frederico Valério (1913-1982) est le compositeur le plus déterminant de la première partie de la carrière d’Amália Rodrigues.

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