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Amália Rodrigues & Júlio Resende | Medo

25 mars 2014

Amália Rodrigues & Júlio Resende | Medo / Reinaldo Ferreira, paroles ; Alain Oulman, musique ; Amália Rodrigues, chant ; Júlio Resende, piano. La voix d’Amália Rodrigues est extraite d’un enregistrement réalisé en 1966.
Vidéo : Pedro Cláudio, réalisation, montage. Portugal : Ed. Valentim de Carvalho, 2013. Enregistrement : Lisbonne, studios Valentim de Carvalho, 7 juin 2013.

Duo étonnant que celui formé par le pianiste de jazz Júlio Resende, plié sur son clavier à la manière de Glenn Gould, et la voix d’Amália captée 47 ans plus tôt, détachée par des traitements sophistiqués du tout qu’elle formait avec les guitares de l’enregistrement d’origine. Cela à l’occasion d’un album, Amália por Júlio Resende [Amália par Júlio Resende], publié en octobre 2013 chez Valentim de Carvalho qui était aussi l’éditeur discographique de la chanteuse.

Le milieu des années 1960 est l’époque où le chant d’Amália atteint la plénitude de sa splendeur.

Cette splendeur est là, flagrante du fait de l’ablation de l’accompagnement instrumental d’origine, elle éclate comme comme les feux d’une pierre précieuse posée sur un velours sombre.

L’enregistrement original de ce fado, réalisé en 1966, n’a été publié pour la première fois qu’en 1997 dans un album d’inédits : Segredo [Secret]. Il semble qu’Amália ne l’ait jamais porté à la scène en dépit de la beauté de la mélodie d’Alain Oulman, peut-être en raison du caractère morbide et désespéré du poème, œuvre de Reinaldo Ferreira (1922-1959), qui aura vécu presque toute sa vie au Mozambique, alors colonie portugaise. Il y est mort très jeune, d’un cancer dont ce poème, non daté, est peut-être un écho.

Quem dorme à noite comigo?
É meu segredo, é meu segredo!
Mas se insistirem, desdigo*.
O medo mora comigo,
Mas só o medo, mas só o medo!
Qui dort avec moi la nuit ?
C’est mon secret, c’est mon secret !
Mais si vous insistez je m’en délie.
La peur est ma compagne,
La peur seule, elle seule !
E cedo, porque me embala
Num vaivém de solidão,
É com silêncio que fala,
Com voz de móvel que estala
E nos perturba a razão.
Et bientôt, comme elle me berce
D’un balancement de solitude,
C’est en silence qu’elle parle,
D’une voix de bois qui travaille,
Et vous détraque la raison.
Que farei quando, deitado,
Fitando o espaço vazio,
Grita no espaço fitado
Que está dormindo a meu lado,
Lázaro e frio?
Étendu, que puis-je faire,
Les yeux grands ouverts sur le vide,
Quand elle crie dans ce vide
Qu’elle se tient près de moi,
Lépreuse et glacée ?
Gritar? Quem pode salvar-me
Do que está dentro de mim?
Gostava até de matar-me.
Mas eu sei que ele há-de esperar-me
Ao pé da ponte do fim.
Crier ? Qui peut me délivrer
De ce qui est en moi ?
Je voudrais me tuer.
Mais je sais qu’elle m’attendra
Au pont qui mène à l’autre rive.
Reinaldo Ferreira (1922-1959). Quem dorme à noite comigo?
*Chanté : « lhes digo » (« je vous le dis »). La 3e strophe n’est pas chantée.
Source : Poemas / Reinaldo Ferreira [en ligne]
Reinaldo Ferreira (1922-1959). Seule la peur, traduit de Quem dorme à noite comigo? par L. & L.


L. & L.

Internet :

5 commentaires leave one →
  1. jacques permalink
    25 mars 2014 22:47

    muito obrigado !

    • 25 mars 2014 22:50

      Por nada!

  2. 1 août 2014 13:19

    je n’en reviens toujours pas : ce type qui tisse un châle pour les épaules d’une morte, qui tisse un tapis pour les pieds d’une morte, c’est bouleversant !

    • 1 août 2014 14:47

      Comme c’est bien dit !

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  1. Dorival Caymmi, Salvador Sobral | Nem eu | Je pleure sans raison que je pourrais vous dire

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