Fado Vitória. 3. Igreja de Santo Estêvão
Voir aussi :
- Fado Vitória. 1. Joaquim Campos, Camané, Maria Alice
- Fado Vitória. 2. Maria Teresa de Noronha, José Porfírio
- Fado Vitória. 4. Povo que lavas no rio (Amália) [1ère partie]
- Fado Vitória. 5. Povo que lavas no rio (Amália) [2e partie]
- Fado Vitória. 6. D’autres Povo que lavas no rio
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Igreja de Santo Estêvão (« Église Saint-Étienne ») est l’un des emplois les plus connus de la musique du Fado Vitória de Joaquim Campos.
Bien qu’il n’en soit pas le créateur, ce fado est resté associé au nom de Fernando Maurício (1933-2003), un fadiste authentiquement populaire qui a ses admirateurs. Pour eux il est o Rei, « le Roi ». Né en plein cœur de la Mouraria, l’un des anciens quartiers maures de Lisbonne, et même dans la Rua do Capelão (rue du Chapelain), celle-là même où la légendaire Maria Severa (1820-1846) avait vécu, il chantait déjà à l’âge de huit ans. On apprécie généralement son timbre plein et son style de chant très lyrique.
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Fernando Maurício (1933-2003) • Igreja de Santo Estêvão. Gabriel de Oliveira, paroles ; Joaquim Campos, musique (Fado Vitória).
Fernando Maurício, chant ; João Alberto & Manuel Mendes, guitare portugaise ; Eduardo César, guitare ; Raul Silva, basse acoustique. Enregistrement : Lisbonne, Estúdio Musicorde, années 1960.
Portugal, [196?].
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Na igreja de Santo Estêvão
Junto ao cruzeiro do adro
Houve em tempos guitarradas
Não há pincéis que descrevam
Aquele soberbo quadro
Dessas noites bem passadas
À Saint-Étienne autrefois,
Près du crucifix du parvis
Se tenaient des « guitarradas ».
Aucun pinceau ne peut rendre
Le superbe tableau
De ces nuits si palpitantes.
Mal que batiam trindades
Reunia a fadistagem
No adro da santa Igreja
Fadistas, quantas saudades
Da velha camaradagem
Que já não há quem a veja
À peine l’angélus sonné,
Se rassemblait la compagnie
Sur le parvis de l’église.
Fadistes, quelle nostalgie
De cette ancienne camaraderie
Qui aujourd’hui a disparu !
Santo Estêvão, padroeiro
Desse recanto de Alfama
Faz o milagre sagrado
Que voltem ao teu cruzeiro
Esses fadistas de fama
Que sabem cantar o fado
Saint Étienne, saint patron
De ce petit coin d’Alfama,
Accomplis le miracle sacré :
Que reviennent sur ton parvis
Tous ces fadistes de renom
Qui savent chanter le fado !
Gabriel de Oliveira (1891-1953). Igreja de Santo Estêvão (19??).
Gabriel de Oliveira (1891-1953). Église Saint-Étienne, trad. par L. & L. de Igreja de Santo Estêvão (19??).
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On peut penser que Fernando Maurício a entendu Povo que lavas no rio, qu’Amália chantait depuis le début des années 1960 sur ce même Fado Vitória. Elle y mettait tout le poids et le sentiment dramatique requis par le poème de Pedro Homem de Mello qu’elle avait choisi. Les vers de Gabriel de Oliveira, que chante Maurício, ne composent au fond qu’une scène de genre et n’ont pas besoin d’un engagement aussi intense. Par ailleurs, pour un fadiste de Lisbonne, Fernando Maurício n’est pas un champion de l’agilité vocale, de sorte que les mélismes qu’il exécute sur le dernier vers (Que sabem cantar o fado) sont un peu laborieux.
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À suivre.
Fado Vitória. 2. Maria Teresa de Noronha, José Porfírio
Voir aussi :
- Fado Vitória. 1. Joaquim Campos, Camané, Maria Alice
- Fado Vitória. 3. Igreja de Santo Estêvão
- Fado Vitória. 4. Povo que lavas no rio (Amália) [1ère partie]
- Fado Vitória. 5. Povo que lavas no rio (Amália) [2e partie]
- Fado Vitória. 6. D’autres Povo que lavas no rio
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Avec Maria Teresa de Noronha (1918-1993) on pénètre dans le territoire de l’excellence du chant, un Olympe du fado où ne résident que les étoiles de première magnitude. Étant issue d’une famille d’aristocrates, comtesse par son mariage, cette styliste incomparable ne se produisait en public que lors d’occasions extraordinaires. En revanche elle a enregistré des disques et, fait exceptionnel, elle a produit pendant plus de vingt ans, à la radio publique portugaise, une série intitulée Fados e guitarradas qui passait toutes les deux semaines. Chaque émission comportait une « guitarrada » (c’est à dire un instrumental) et trois fados chantés (par elle). C’est avec la dernière de Fados e guitarradas, diffusée le 25 décembre 1962, jour de Noël, qu’elle a mis fin à sa carrière, au sommet de son savoir-faire. Le programme s’ouvrait sur le Fado da verdade (« Fado de la vérité »), chanté sur la musique du Fado Vitória.
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Maria Teresa de Noronha (1918-1993) • Fado da verdade. António de Bragança, paroles ; Joaquim Campos, musique (Fado Vitória).
Maria Teresa de Noronha, chant ; Raul Nery & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Joaquim do Vale & Júlio Gomes, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : Lisbonne, studios de l’Emissora Nacional de Radiodifusão, 25 décembre 1962. Réalisé et diffusé en direct à la radio.
Première publication : Mara Teresa de Noronha : inéditos para a história do fado. Portugal, Estoril, ℗ 1995.
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Houve alguém que disse um dia
Que o fado adormecia
Os que ouvissem seus gemidos
Que o fado tira energias
Que nos leva as alegrias
Que é uma canção de vencidos
Quelqu’un a dit un jour
Que le fado endort
Ceux qui écoutent ses gémissements ;
Que le fado prive d’énergie,
Qu’il nous ôte toute joie,
Que c’est une chanson de vaincus.
É heresia, é pecado
Dizer tal coisa do fado
Fazer tal afirmação
Se o fado é triste cantar
Ele apenas faz chorar
A quem tem um coração
Quelle hérésie ! C’est un péché
De parler ainsi du fado,
De faire pareille affirmation.
Si le fado est un chant triste,
Il ne fait pleurer
Que ceux qui ont un cœur.
E quem do fado diz mal
Não nasceu em Portugal
Ou sem querer, falta à verdade
O fado, cantar tão terno
Não acaba e é eterno
Para nossa felicidade
Celui qui du fado dit du mal
N’est pas né au Portugal,
Ou bien c’est qu’il ignore la vérité.
Le fado, ce chant si tendre,
Est éternel, inépuisable,
Pour notre plus grand bonheur.
Não faz ninguém infeliz
Abençoado País
Que tem tal preciosidade
Do amor, ele é irmão
Tem por pai o coração
E por mãe tem a saudade
Il ne fait le malheur de personne.
Pays béni,
Celui qui possède un tel trésor !
Le fado est frère de l’amour.
Il a pour père le cœur
Et pour mère la saudade.
António José de Bragança (1895-1964). Fado da verdade.
.António José de Bragança (1895-1964). Fado de la vérité, trad. par L. & L. de Fado da verdade.
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Maîtrise absolue de la conduite du chant, des nuances dynamiques, du rubato. Suprême élégance. Le texte, comme souvent, est le point faible. Peut-être faut-il voir dans cette défense du fado un épilogue à l’entière carrière, une forme de testament. Le postulat contre lequel il plaide : « Houve alguém que disse um dia / Que o fado […] é uma canção de vencidos » (« Quelqu’un a dit un jour / Que le fado […] est une chanson de vaincus ») fait clairement référence à un ouvrage paru en 1936 : O Fado, canção de vencidos (« Le fado, chanson de vaincus »), transcription de huit causeries radiophoniques diffusées sur l’antenne de l’Emissora Nacional, la radio publique, celle-là même où Maria Teresa de Noronha allait, seulement quelques années plus tard, commencer ses propres émissions. L’auteur, un certain Luís Moita (1894-1967), fervent partisan de l’Estado novo, germanophile, y fustige le fado — genre musical dégénéré, bâtard, contraire aux valeurs de l’État, d’ailleurs d’origine étrangère (brésilienne) — et surtout ses effets délétères sur la population. Son livre est dédié à la Mocidade Portuguesa, un mouvement de jeunesse créé cette même année 1936 par le régime.
En 1962, il est évident que le fado, très encadré, n’est plus regardé en haut lieu d’un œil aussi hostile, de sorte que le Fado da verdade paraît quelque peu anachronique. Mais puisqu’on nous y invite, retournons au tournant des années 20 et 30, avec, à nouveau, un emploi précoce du Fado Vitória avec O rouxinol do choupal (« Le rossignol dans les peupliers »), d’inspiration bucolique, enregistré en 1929 par José Porfírio, fadiste à la courte carrière, décédé en 1940 à l’âge de 31 ans.
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José Porfírio (1909?-1940) • O rouxinol do choupal. Fernando Telles, paroles ; Joaquim Campos, musique (Fado Vitória).
José Marques, guitare portugaise ; Martins [sic] d’Assunção [c’est à dire : Martinho d’Assunção], guitare.
Enregistrement : Lisbonne, 20 juin 1929. Portugal, 1929.
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Ainda o céu não mostra o dia
Já mostrou o choupal
Da linda estrada aldeã
O rouxinol desafia
A toutinegra real
Que espera a luz da manhã
Le jour n’est pas encore levé
Qu’on voit déjà les peupliers
Bordant la route campagnarde.
Le rossignol y défie
La fauvette orphée
Qui attend la lumière du matin.
Quando à linda luz do sol
Oiço o meu amor cantar
Com sua voz feiticeira
Julgo ouvir o rouxinol
Numa noite de luar
Junto à fonte ou na ribeira
Quand, dans les vifs rayons du soleil
J’entends mon amour chanter
De sa voix ensorcelante,
Je crois entendre le rossignol
Une nuit de pleine lune,
Au bord de la fontaine ou du ruisseau.
Quem me dera possuir
A voz que o rouxinol tem
Sem ter outro que o afronte
Havia-de conseguir
Entreter-me com o meu bem
Na ribeira junto à fonte
Ah, comme j’aimerais avoir
La voix du rossignol,
Que nul ne peut affronter !
Je pourrais alors
M’entretenir avec mon amour
Au bord du ruisseau ou de la fontaine.
Fernando Telles (ou Teles). O rouxinol do choupal (1929).
.
.Fernando Telles (ou Teles). Le rossignol dans les peupliers, trad. par L. & L. de O rouxinol do choupal (1929).
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À suivre.
Fado Vitória. 1. Joaquim Campos, Camané, Maria Alice
Voir aussi :
- Fado Vitória. 2. Maria Teresa de Noronha, José Porfírio
- Fado Vitória. 3. Igreja de Santo Estêvão
- Fado Vitória. 4. Povo que lavas no rio (Amália) [1ère partie]
- Fado Vitória. 5. Povo que lavas no rio (Amália) [2e partie]
- Fado Vitória. 6. D’autres Povo que lavas no rio
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Joaquim Campos (1911-1981 ou 1899-1979), compositeur du Fado Vitória. Collection Museu do Fado (Lisbonne).
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De toutes les musiques de fados « traditionnels » (« castiços »), celle connue sous le nom de Fado Vitória est l’une des plus célèbres, pour avoir été chantée par Amália Rodrigues sur des vers extraits de Povo (« Peuple »), un poème de Pedro Homem de Mello. Povo que lavas no rio (« Peuple, qui laves dans l’eau du fleuve »), l’un des morceaux les plus renommés du répertoire d’Amália, est aussi sans aucun doute l’un des sommets de l’art du fado. Un billet y sera consacré dans quelques jours.
Pour se mettre cette musique dans l’oreille, en voici un emploi (presque) contemporain : Esta contínua saudade (« Cette continuelle saudade »), extrait du premier album de Camané, Uma noite de Fados (1995) :
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Camané • Esta contínua saudade. Vasco de Lima Couto, paroles ; Joaquim Campos (Fado Vitória).
Camané, chant ; Paulo Parreira & António Parreira, guitare portugaise ; Carlos Manuel, guitare ; Pedro Nóbrega , basse acoustique ; José Mário Branco, arrangement.
Extrait de l’album : Uma noite de Fados / Camané. Enregistrement : Lisbonne, Galeria Valentim de Carvalho, du 9 au 12 janvier 1995. Enregistré dans les conditions du direct. Portugal, EMI – Valentim de Carvalho, ℗ 1995.
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Esta contínua saudade
Que me afasta do que digo
E me deserta do amor
Tem uma voz e uma idade
Contra as quais eu não consigo
Mais força que a minha dor
Cette continuelle saudade,
Qui m’éloigne de ce que je dis
Et tarit en moi tout amour,
Possède une voix et un âge
Contre lesquels je ne dispose
D’autre force que ma douleur.
Esta contínua e perigosa
Saudade que prende a mágoa
E enfraquece o entendimento
É uma fonte rigorosa
Onde eu bebo a angústia d’água
Que me assombra o pensamento
Cette continuelle et dangereuse
Saudade, qui retient la peine
En éteignant le jugement,
Est cette source rigoureuse
À laquelle je bois l’angoisse
Qui noircit mes pensées.
Mas para um tempo tão puro
Como é o de esperar
O sonho no olhar que trazes
É que eu no vento procuro
Todo o bem que posso dar
Em todo o mal que me fazes
Mais pendant un temps aussi pur
Que l’est celui de l’attente,
Il y a dans ton regard un rêve
De moi qui cherche dans le vent
Tout le bien que je peux tirer
De tout le mal que tu me fais.
Vasco de Lima Couto (1924-1980). Esta contínua saudade.
.Vasco de Lima Couto (1924-1980). Cette continuelle saudade, trad. par L. & L. de Esta contínua saudade.
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Le Fado Vitória (ou Victória) remonte aux années 1920, une décennie cruciale pour l’histoire du Portugal en raison de l’installation de la dictature — laquelle affecte à son tour le devenir du fado, déjà en pleine mutation pour d’autres raisons. Il est l’œuvre d’un fadiste, Joaquim Campos (1911-1981 ou 1899-1979 selon les sources), un homme dont les photos trahissent la physionomie un peu mastoc et qu’Amália tenait pour l’un des trois plus grands compositeurs de fado castiço :
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[…] existem três grandes compositores no meio do fado : o Armandinho, o Alfredo Marceneiro e o Joaquim Campos. Gosto muito de cantar a música deles.
Vítor Pavão dos Santos, Amália, uma biografia, 2a ed., Ed. Presença, 2005, ISBN 972-23-3468-9, p. 137.[…] il existe trois grands compositeurs dans le milieu du fado : Armandinho, Alfredo Marceneiro et Joaquim Campos. J’aime beaucoup chanter leurs musiques.
Traduction L. & L.
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Outre le Fado Vitória, Amália, de fait, a eu recours à plusieurs de ses musiques, parmi lesquelles le Fado Tango (pour Cansaço, « Lassitude » — autre joyau de son répertoire).
On ignore l’origine du nom de ce fado. Quelques hypothèses ont été formulées, certaines fantaisistes (la composition aurait été achevée au moment de la victoire des alliés, mettant fin à la Première guerre mondiale). Plus simplement, Vitória pourrait être le prénom de sa dédicataire.
Quant à la métrique, le Fado Vitória est fait pour des sextilhas (« sizains », ou strophes de six vers), chacune subdivisée en deux tercets de sept pieds. Ce détail a de l’importance, vu que le développement de la mélodie tient compte de la répétition obligatoire de chacun des tercets, comme on l’entend dans Esta perpétua saudade ; en outre, les rimes se répondent d’un tercet à l’autre (en principe, les deux premières rimes de chaque tercet sont sensées être identiques, ce qui n’est pas le cas ici) :
Esta contínua saudade
Que me afasta do que digo
E me deserta do amor
(bis)
Tem uma voz e uma idade
Contra as quais eu não consigo
Mais força que a minha dor
(bis)

Maria Alice (1904-1996), années 1930.
Les premiers enregistrements disponibles du Fado Vitória sont datés de 1929. Voici par exemple celui de Maria Alice (1904-1996), qui n’était pas encore l’épouse de l’éditeur Valentim de Carvalho, propriétaire de la maison de disques du même nom. Dans son style très daté (on croirait entendre Mistinguett en portugais), elle chante ce fado sur des paroles de Frederico de Brito, dit « Britinho » (1894-1977), qui, bien plus tard, allait contribuer au répertoire d’Amália avec Carmencita, Antigamente et plusieurs autres textes. O louco (« Le fou »), connu aussi sous le titre Sombras da noite escura (« Ombres de la nuit brune ») évoque un homme rendu fou d’amour : Lá vai um pobre tolinho / A cantar pelo caminho / De olhos pregados no chão / Como quem reza e procura / Nas sombras da noite escura / Uma perdida ilusão (« Voyez ce pauvre fou / Qui chante en marchant, / Les yeux rivés au sol / Comme s’il priait et cherchait / Dans les ombres de la nuit brune / Une illusion perdue »).
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Maria Alice (1904-1996) • O Louco ou Sombras da noite escura. [Joaquim] Frederico de Brito (Britinho), paroles ; Joaquim Campos (Fado Vitória).
Maria Alice, chant ; accompagnement de guitare portugaise et de guitare (instrumentistes non identifiés).
Enregistrement : Lisbonne, 1929. Portugal, 1929.
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Cependant Joaquim Campos a enregistré lui-même son Fado Vitória en 1930, à Madrid, sur un poème sans titre. Son art, très différent de celui de Maria Alice, se rapproche d’un style de chant plus moderne, aux effets mélodramatiques moins appuyés, tel qu’il allait se développer au cours des décennies ultérieures. Il recourt à d’autres effets, par exemple les points d’orgue expressifs dans le chant, qui reste un instant suspendu sur une même note tandis que l’accompagnement instrumental s’interrompt brièvement (cette technique allait être utilisée à grande échelle par certains fadistes, surtout par Amália Rodrigues dont c’est presque une signature).
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Joaquim Campos (1911-1981 ou 1899-1979) • Fado Victória. T.L.R. (Fernando Telles, Álvaro Leal & Henrique Rêgo), paroles ; Joaquim Campos, musique (Fado Vitória).
Joaquim Campos, chant ; João Fernandes, guitare portugaise ; Georgino de Sousa, guitare.
Enregistrement : Madrid, 1930. Portugal, [1930?].
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J’ai cherché en vain une transcription des paroles de cette chanson. Il m’a donc fallu en réaliser une moi-même, ce que j’ai fait avec beaucoup de difficulté. L’exactitude de ce qui suit n’est aucunement garantie (il est même plus que probable qu’il s’y trouve des inexactitudes).
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No seu olhar castanho e terno
São pedaços desse inferno
Dantesco todo ele abrolhos
Atrai, encanta, seduz
Afinal foi ele a cruz
Onde preguei os meus olhos
Dans son regard tendre et mordoré
Il y a des fragments de cet enfer
Dantesque, hérissé d’épines,
Qui attire, enchante et séduit,
Mais qui fut la croix
Où le mien s’est crucifié.
Porque os seus olhos castanhos
São dois calvários, dois lenhos
Para o meu olhar sereno
Que Deus pare meus desgostos
Por grande castigo aposto
Nesse seu olhar moreno
Parce que ses yeux mordorés
Sont deux calvaires, deux branches d’une croix
Pour mon regard limpide et clair,
Que Dieu mette fin à mes tourments
En déchaînant son châtiment
Sur ce regard brun qui est le sien.
Fernando Telles (ou Teles), Álvaro Leal & Henrique Rêgo. Fado Victória (192?). Fernando Telles (ou Teles), Álvaro Leal & Henrique Rêgo. Fado Victória, trad. par L. & L. de Fado Victória (192?).
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À suivre.
بعدك على بالي [Baadak ala bali] • Fairouz, Dorsaf Hamdani
Tu occupes toujours mes pensées
Ô plus beau de tous
Ô pétale d’automne
Ô mon or précieuxTu occupes toujours mes pensées
Ô beauté fière
Ô senteur de basilic étendu
Sur les terrasses des hauteurs
عاصي الرحباني [Assy Rahbani] (1923-1986) et منصور الرحباني [Mansour Rahbani] (1925-2009). بعدك على بالي [Baadak ala bali]. Traduction Jeremy Taylor, dans le livret d’accompagnement de l’album : Dorsaf Hamdani, Barbara Fairouz, France, Accords croisés, ℗ 2013.
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فيروز [Fairuz] (née en 1934 ou 1935) • بعدك على بالي [Baadak ala bali]. Frères Rahbani (عاصي الرحباني [Assy Rahbani] et منصور الرحباني [Mansour Rahbani]), paroles & musique.
فيروز [Fairuz], chant ; الفرقة الشعبية اللبنانية = the Lebanese Group of Folkloric Arts.
Première publication : Liban, 1963..
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Tu occupes toujours mes pensées est une chanson du répertoire de Fairouz, « l’âme du Liban », écrite et composée par les frères Assy et Mansour Rahbani (respectivement son mari et son beau-frère), au début des années 1960.
La chanteuse tunisienne Dorsaf Hamdani en a enregistré une belle version en 2013, dans un album rapprochant les univers de Fairouz et de Barbara — ce qui, à mon avis, était une fausse bonne idée.
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الحمداني, درصاف [Dorsaf Hamdani] (née en 1975) • بعدك على بالي [Baadak ala bali]. Frères Rahbani (عاصي الرحباني [Assy Rahbani] et منصور الرحباني [Mansour Rahbani]), paroles & musique.
الحمداني, درصاف [Dorsaf Hamdani], chant ; Lucien Zerrad, guitare, oud ; Mohamed Lassoued, violon, oud ; Daniel Mille, accordéon ; Lofti Soua, percussions ; Daniel Mille & Lucien Zerrad, arrangements ; Daniel Mille, direction.
Extrait de l’album : Barbara Fairouz / Dorsaf Hamdani. France, ℗ 2013.
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La chanson du dimanche [29]
Le groupe est slovaque et se nomme Hrdza — pour prononcer ce nom, qui signifie « rouille » : se racler la gorge en tâchant d’y placer le son d, puis éternuer en faisant a, le tout en deux secondes au maximum ; les langues de cette région de l’Europe nécessitent une agilité buccale particulière et une musculature faciale adaptée.
La chanson est ruthène et dit : « Je suis amoureuse de Štefan / Je suis amoureuse de lui, de lui, de lui seul / Laisse-moi, maman, laisse-moi l’épouser. »
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Hrdza • Štefan. Paroles & musique traditionnelles (Ruthénie) ; Susanna Jara, Szymon Piotrowski & Slavomír Gibarti, adaptation.
Hrdza, groupe vocal et instrumental.
Extrait de l’album : Neskrotený / Hrdza. Slovaquie, ℗ 2018.
Vidéo : Jaroslav Jaris Valk, réalisation, scénario, caméra & montage ; Zuzana Kopkášová, chorégraphie ; Matúš Chovanec, cadreur.
Tourné les 21 et 22 novembre 2018 à l’hôtel Sliezsky Dom, Vysoké Tatry (Hautes Tatras, Slovaquie). Slovaquie, 2018.
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Poľubyla ja Štefana
Poľubyla-m joho, lem joho, lem joho
Dajte ňa, mamyčko, dajte ňa za ňoho
Dajte ňa za ňoho!Heja-hoja, heja, heja, hoja
Vydajte ňa, mamko moja!Jak na mene vin pohľane
To ja až zomľiju, zomľiju, zomľiju
Ja joho čekala – skazaty ne vmiju
Skazaty ne vmiju!Heja-hoja, heja, heja, hoja
Vydajte ňa, mamko moja!Bo ja sobi, ľuba mamko
Lem joho vybrala, vybrala, vybrala
Bo ja inčych chlopciv ľubyty ne znala
Ľubyty ne znalaHeja-hoja, heja, heja, hoja
Vydajte ňa, mamko moja!Vydavajte sia ďivčata
Jak vas chlopci prosiat, jak prosiat, jak prosiat
Naj vas zly jazyky v seli ne roznosiat
V seli ne roznosiat!Heja-hoja, heja, heja, hoja
Vydajte ňa, mamko moja!
Traditionnel (Ruthénie). Štefan.
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La chanson du dimanche [28]
Eivør Pálsdóttir est féroïenne. J’apprends à l’instant que la langue des Îles Féroé (føroyar) est très proche de l’islandais, mais que leurs prononciations respectives sont si différentes que la compréhension mutuelle est très difficile oralement. Vous le saviez ? Eivør Pálsdóttir, née en 1983, a déjà une longue carrière derrière elle. Trøllabundin (« Envoûtée »), dont elle est l’autrice et la compositrice, est issu de son troisième album, Eivør (2004).
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Eivør Pálsdóttir (née en 1983) • Trøllabundin. Eivør Pálsdóttir, paroles & musique.
Eivør Pálsdóttir, chant & tambour.
Vidéo : Copenhagen records, production. 2010 (mise en ligne).
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Trøllabundin eri eg eri eg
Galdramaður festi meg festi meg
Trøllabundin djúpt í míni sál í míni sál
Í hjartanum logar brennandi bál brennandi bálTrøllabundin eri eg eri eg
Galdramaður festi meg festi meg
Trøllabundin inn í hjartarót í hjartarót
Eyga mítt festist har ið galdramaðurin stóð
Eivør Pálsdóttir (née en 1983). Trøllabundin (2004).
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Bis.
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Eivør Pálsdóttir (née en 1983) • Trøllabundin. Eivør Pálsdóttir, paroles & musique.
Eivør Pálsdóttir, chant & tambour ; Vamp, groupe instrumental et vocal.
Captation (en direct et en public) : Aurland (Norvège), ferme de montagne Stigen, 2 août 2013.
Vidéo :
Production : Norvège, NRK (Norsk rikskringkasting), 2013.
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Deux chansons maritimes
… dont les titres commencent par Les goé.
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Catherine Sauvage (1929-1998) • Les goémons. Serge Gainsbourg, paroles & musique.
Catherine Sauvage, chant ; Jacques Loussier et son ensemble.
Première publication dans le disque 45 t Catherine Sauvage chante Serge Gainsbourg. France, ℗ 1962.
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Version GainsbourgAlgues brunes ou rouges,
Dessous la vague bougent
Les goémons.
Mes amours leur ressemblent.
Il n’en reste il me semble
Que goémons.
Que des fleurs arrachées
Se mourant comme les
Noirs goémons.
Que l’on prend, que l’on jette,
Comme la mer rejette
Les goémons.
Mes blessures revivent
À la danse lascive
Des goémons.
Dieu comme elle était belle !
Vous souvenez-vous d’elle,
Les goémons ?
Elle avait la langueur
Et le goût et l’odeur
Des goémons.
Je pris son innocence
À la sourde cadence
Des goémons.
Algues brunes ou rouges,
Dessous la vague bougent
Les goémons.
Mes amours leur ressemblent.
Il n’en reste il me semble
Que goémons.
Que des fleurs arrachées
Se mourant comme les
Noirs goémons.
Que l’on prend, que l’on jette,
Comme la mer rejette
Les goémons.
Version SauvageAlgues brunes ou rouges,
Dessous la vague bougent
Les goémons.
Mes amours leur ressemblent.
Il n’en reste il me semble
Que goémons.
Que des fleurs arrachées
Se mourant comme les
Noirs goémons.
Que l’on prend, que l’on jette,
Comme la mer rejette
Les goémons.
Mes blessures revivent
À la danse lascive
Des goémons.
Que la rive était belle
Sous la noire dentelle
Des goémons !
Nous roulâmes ensemble,
Enchaînés il me semble,
Aux goémons.
Remuant en silence
À la sourde cadence
Des goémons.
Algues brunes ou rouges,
Dessous la vague bougent
Les goémons.
Mes amours leur ressemblent.
Il n’en reste il me semble
Que goémons.
Que des fleurs arrachées
Se mourant comme les
Noirs goémons.
Que l’on prend, que l’on jette
Comme la mer rejette
Les goémons.Serge Gainsbourg (1928-1991). Les goémons (1962).
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Damia (1889-1978) • Les goélands. Lucien Boyer, paroles & musique.
Mme Damia, chant ; accompagnement d’orchestre ; sous la direction de M. Pierre Chagnon.
Première publication : France, 1929.
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Les marins qui meurent en mer
Et que l’on jette au gouffre amer
Comme une pierre,
Avec les chrétiens refroidis
Ne s’en vont pas au paradis
Trouver saint Pierre !Ils roulent d’écueil en écueil
Dans l’épouvantable cercueil
Du sac de toile.
Mais fidèle, après le trépas,
Leur âme ne s’envole pas
Dans une étoile.Désormais vouée aux sanglots
Par ce nouveau crime des flots
Qui tant le navre,
Entre la foudre et l’Océan
Elle appelle dans le néant
Le cher cadavre.Et nul n’a pitié de son sort
Que la mouette au large essor
Qui, d’un coup d’aile,
Contre son cœur tout frémissant,
Attire et recueille en passant
L’âme fidèle.L’âme et l’oiseau ne font plus qu’un.
Ils cherchent le corps du défunt
Loin du rivage,
Et c’est pourquoi, sous le ciel noir,
L’oiseau jette avec désespoir
Son cri sauvage.Ne tuez pas le goéland
Qui plane sur le flot hurlant
Ou qui l’effleure,
Car c’est l’âme d’un matelot
Qui plane au-dessus d’un tombeau
Et pleure… pleure !
Lucien Boyer (1876-1942). Les goélands (1905).
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Noviembre
Cascabel vacío.
Tarde desmoronada
sobre piras de silencio.
Federico García Lorca (1898-1936). Noviembre (1920).Grelot vide.
Soir effondré
sur des bûchers de silence.
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Todos los ojos
estaban abiertos
frente a la soledad
despintada por el llanto.
Tous les yeux
étaient ouverts
face à la solitude
décolorée par les larmes.
Tin
tan,
tin
tan.
Tin
tan,
tin
tan.
Los verdes cipreses
guardaban su alma
arrugada por el viento,
y las palabras como guadañas
segaban almas de flores.
Les verts cyprès
lui gardaient son âme
ridée par le vent,
et les mots comme des faux
coupaient les âmes des fleurs.
Tin
tan,
tin
tan.
Tin
tan,
tin
tan.
El cielo estaba marchito.
¡Oh tarde cautiva por las nubes,
esfinge sin ojos!
Obeliscos y chimeneas
hacían pompas de jabón.
Le ciel était fané.
Ô soir, captif des nuages,
sphinx aveugle !
Obélisques et cheminées
faisaient des bulles de savon.
Tin
tan,
tin
tan.
Tin
tan,
tin
tan.
Los ritmos se curvaban
y se curvaba el aire,
guerreros de niebla
hacían de los árboles
catapultas.
Les rythmes se courbaient
et se courbait l’air,
des guerriers de brume
faisaient des arbres
des catapultes.
Tin
tan,
tin
tan.
Tin
tan,
tin
tan.
¡Oh tarde,
tarde de mi otro beso!
Tema lejano de mi sombra,
¡sin rayo de oro!
Cascabel vacío.
Tarde desmoronada
sobre piras de silencio.
Ô soir,
soir de mon autre baiser !
Thème lointain de mon ombre,
sans un rayon d’or !
Grelot vide.
Soir effondré
sur des bûchers de silence.
Tin
tan,
tin
tan.
Tin
tan,
tin
tan.
Federico García Lorca (1898-1936). Noviembre (1920).
.Federico García Lorca (1898-1936). Novembre, trad. par L. & L. de Noviembre (1920).
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Leo Brouwer (né en 1939) • Un día de Noviembre. Leo Brouwer, compositeur.
Leo Brouwer, guitare.
Première publication dana l’album De Bach a los Beatles / Leo Brouwer . Enregistrement : La Havane (Cuba), studios EGREM, 1981. Cuba, ℗ 1981.
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Amores eu tenho • Natália Correia & Amália Rodrigues

Natália Correia (1923-1993). Bibliothèque publique et Archives régionales de Ponta Delgada (Açores, Portugal).
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La dernière station de ce petit parcours consacré à Natália Correia (1923-1993) rejoint la première : l’album Cantigas d’amigos (« Chansons d’amis », 1971). Ce titre fait référence à la fois à une forme poétique précise, la cantiga de amigo, dont l’album offre plusieurs exemples, à la convivialité dans laquelle baignait l’entreprise et à l’amitié qui unissait ses protagonistes : Natália, Amália Rodrigues, le poète José Carlos Ary dos Santos (1936-1984) et José Fontes Rocha, auteur des musiques de l’album (sauf une, signée d’Alain Oulman, récupérée de l’album Fado português publié en 1965).
Les textes de Cantigas d’amigos, on l’a dit, proviennent de Cantares dos trovadores galego-portugueses (« Chants des troubadours galégo-portugais », 1970), un choix de cantigas d’auteurs galégo-portugais du Moyen Âge (XIIIe siècle essentiellement) réécrits en portugais moderne par Natália Correia. Ils sont soit dits (par Ary dos Santos ou Natália Correia), soit chantés par Amália. Dans tous les cas, ils sont soutenus par le quatuor instrumental qui travaillait avec Amália à cette époque.
Le pittoresque et délicieux Amores eu tenho, d’après le troubadour Pero Meogo dont on ne sait à peu près rien, sinon qu’il était probablement galicien et qu’il vivait au XIIIe siècle, est un dialogue entre une jeune fille amoureuse et sa mère qui la blâme pour sa conduite. Il est alternativement déclamé par Natália (la mère) et chanté par Amália (la fille). La première avait 48 ans à l’époque, la seconde trois de plus.
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Natália Correia (1923-1993) & Amália Rodrigues (1920-1999) • Amores eu tenho. Natália Correia, paroles en portugais moderne ; José Fontes Rocha, musique. Adaptation du poème Digades, filha, mia filha velida du troubadour Pero Meogo.
Natália Correia, voix ; Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha & Carlos Gonçalves, guitare portugaise ; Pedro Leal, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Extrait de l’album Cantigas d’amigos / Amália Rodrigues, Natália Correia, Ary dos Santos. Enregistrement : studios Valentim de Carvalho, Paço d’Arcos (Portugal), 29 septembre et 1er octobre 1971. Portugal, ℗ 1971.
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— Responde, filha, formosa filha,
Porque tardaste na fonte fria?
— Amores eu tenho!
— Réponds, ma fille, gracieuse fille,
Qu’as-tu tardé à la source froide ?
— D’amours je suis prise !
— Filha, formosa filha, responde:
Porque tardaste na fria fonte?
— Amores eu tenho!
— Ma fille, gracieuse fille, réponds :
Qu’as-tu tardé à la froide source ?
— D’amours je suis prise !
Tardei, minha mãe, na fonte fria,
Cervos do monte a água volviam.
Amores eu tenho!
J’ai tardé, ma mère, à la source froide,
Car les cerfs des monts en agitaient l’onde.
D’amours je suis prise !
Tardei, minha mãe, na fria fonte,
Volviam a água cervos do monte.
Amores eu tenho!
J’ai tardé, ma mère, à la froide source,
Car les cerfs des monts l’onde en agitaient.
D’amours je suis prise !
— Que escondes, filha, por teu amigo?
Cervos do monte não volvem o rio.
— Amores eu tenho!
— Que caches-tu, ma fille, au nom de ton ami ?
Les cerfs des monts n’agitent pas la rivière.
— D’amours je suis prise !
— Por teu amado, filha, que escondes?
O mar não volvem cervos do monte.
— Amores eu tenho!
— Pour ton ami, ma fille, que caches-tu ?
Les cerfs des monts ne troublent pas la mer.
— D’amours je suis prise !
Natália Correia (1923-1993). Amores eu tenho (1970), d’après Pero Meogo (12??-12??) Digades, filha, mia filha velida (XIIIe siècle).
.Natália Correia (1923-1993). D’amours je suis prise, trad. par L. & L. de Amores eu tenho (1970), d’après Pero Meogo (vers 12??-12??) Digades, filha, mia filha velida (XIIIe siècle).
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- Voir le texte original de la cantiga dans la base Cantigas medievais galego-portugueses (Universidade nova de Lisboa) : https://cantigas.fcsh.unl.pt/cantiga.asp?cdcant=1221
La chanson du dimanche [27]
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Vera Gran (Wiera Gran), Kviawiak ; Swiety Antoni ; Trzy Listy, disque 45 t, France, 1958.
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La chanson de ce dimanche est triste comme le sont les chansons polonaises. Trzy listy (« Trois lettres ») a été un grand succès de Wiera Gran, de son nom véritable Dwojra Grynberg ou Grinberg (1916–2007). Wiera Gran était juive. Au début de la guerre elle fuit Varsovie, mais y rentre en 1941. Elle vit et travaille dans le ghetto, dont elle parvient à s’échapper au début des déportations massives. La guerre finie, elle est accusée de collaboration avec l’occupant allemand, ce dont elle se défend très vivement et qui n’a jamais pu être établi. En 1950 elle s’exile à Paris où elle meurt en 2007, à l’âge de 91 ans.
Wiera Gran a réalisé plusieurs enregistrements de Trzy listy. Celui-ci est français et date de 1958.
- À lire : Agata Tuszyńska, Wiera Gran, l’accusée, Grasset, 2011, trad. de Oskarżona : Wiera Gran (2010).
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Wiera Gran (1916-2007) • Trzy listy. Jerzy Jurandot, paroles ; Leon Boruński, musique.
Vera Gran (Wiera Gran), chant ; Tito Fuggi et son orchestre.
France, ℗ 1958.
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Już było bardzo późno.
Mój Boże, co z tego?
Po prostu nie spostrzegłam
Że przecież biegł czas.
Siedziałam i myślałam,
Myślałam, jak napisać do niego
I że piszę ostatni już raz.
Il était très tard.
Mon Dieu, quelle importance ?
Je ne m’étais pas rendu compte
Que le temps avait passé.
J’étais assise, je me demandais
Comment tourner cette lettre,
La dernière que je luis écris.
Bądź zdrów, wszystko wiem.
Nie zobaczysz mnie więcej
Jeśli ci ze mną źle.
Ten list potem spal,
Niech nie wpadnie w jej ręce.
Spal i zapomnij mnie.
Adieu, je sais tout.
Tu ne me reverras plus
Puisque tu es malheureux avec moi.
Brûle cette lettre,
Qu’elle ne tombe pas entre ses mains.
Brûle-la, oublie-moi.
Tylko powiedz, dlaczego
Za tyle, tyle dni…?
Tylko powiedz, jak mogłeś
Jak mogłeś, właśnie ty?
Bądź zdrów, jedno wiedz:
Nienawidzę goręcej
Niż wpierw kochałam cię.
Dis-moi seulement pourquoi,
Au bout de tant de jours… ?
Dis-moi comment peux-tu,
Toi, justement toi ?
Adieu. Sache seulement
Que je te hais bien plus
Que je ne t’ai aimé.
A potem list przejrzałam
Uważnie, powoli.
Przejrzałam i podarłam.
O Boże, nie, nie!
Inaczej! Tak nie można!
Niech nie wie, że aż tak mnie to boli,
Że mi będzie bez niego tak źle.
Et j’ai relu la lettre
Lentement, avec soin,
Je l’ai relue et je l’ai déchirée.
Mon Dieu, non, non !
Je ne peux pas l’envoyer ainsi !
Il ne faut pas qu’il sache que je souffre autant,
Que je suis si malheureuse sans lui.
Bądź zdrów, wszystko wiem.
Jestem bardzo szczęśliwa.
Sama już chciałam iść.
No cóż, zwykła rzecz:
Mam cię dosyć, więc zrywam;
Ty też tak zrobiłbyś.
Adieu, je sais tout.
Je suis très heureuse,
Car moi aussi je voulais rompre.
Au fond, rien que de très banal :
Je suis lassée de toi, je te quitte.
Tu agirais de même.
I nie będę tęskniła.
No skąd, na pewno nie!
Pójdę dzisiaj do kina,
Jest obraz z Boyer.
Bądź zdrów, jedno wiedz:
Nie chcę dłużej ukrywać,
Że nie kochałam cię.
Et tu ne me manqueras pas,
Non, sûrement pas !
Ce soir je vais au cinéma,
On donne un film avec [Charles] Boyer.
Adieu. Sache seulement
Que je ne veux plus cacher
Que je ne t’aimais pas.
Mój Boże, « nie kochałam »…
A jeśli uwierzy?
Wyrzuci z serca nawet
Wspomnienia tych dni.
Nie, nie, tak być nie może!
Niech do mnie chociaż przeszłość należy.
Więc inaczej, spod serca, przez łzy.
Mon Dieu, « je ne t’aimais pas »…
Et s’il allait le croire ?
Il effacera de son cœur
Jusqu’aux souvenirs de tous ces jours.
Non, non, ce n’est pas possible !
Qu’au moins le passé me reste encore !
Différemment, enfoui dans mon cœur, mouillé de larmes.
Bądź zdrów, wszystko wiem.
Nie męcz się nadaremnie.
Zrób tak, jak serce chce.
Że ja? No to nic.
Nie chcę, żebyś przeze mnie…
Już nie zobaczysz mnie.
Adieu, je sais tout.
Inutile de te torturer pour rien.
Fais ce que te dicte ton cœur.
Moi ? Quelle importance.
Je ne veux pas que par ma faute tu…
Tu ne me verras plus.
Tylko proszę, pamiętaj:
Na deszcz ten szalik noś
I już nie pal tak dużo:
Dwadzieścia sztuk to dość.
Bądź zdrów. Nie znam jej.
Może lepiej ode mnie
Potrafi kochać cię.
Une dernière chose. Je t’en prie,
Mets cette écharpe quand il pleut
Et ne fume pas autant ;
Vingt cigarettes, c’est assez.
Adieu. Je ne la connais pas.
Elle t’aimera peut-être
Mieux que je ne l’ai fait.
Jerzy Jurandot (1911-1979). Trzy listy (1939).
.Jerzy Jurandot (1911-1979). Trois lettres, trad. par L. & L. de Trzy listy (1939), à partir d’une traduction automatique et d’une traduction anglaise.
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