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Fado Vitória. 2. Maria Teresa de Noronha, José Porfírio

12 décembre 2022

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Avec Maria Teresa de Noronha (1918-1993) on pénètre dans le territoire de l’excellence du chant, un Olympe du fado où ne résident que les étoiles de première magnitude. Étant issue d’une famille d’aristocrates, comtesse par son mariage, cette styliste incomparable ne se produisait en public que lors d’occasions extraordinaires. En revanche elle a enregistré des disques et, fait exceptionnel, elle a produit pendant plus de vingt ans, à la radio publique portugaise, une série intitulée Fados e guitarradas qui passait toutes les deux semaines. Chaque émission comportait une « guitarrada » (c’est à dire un instrumental) et trois fados chantés (par elle). C’est avec la dernière de Fados e guitarradas, diffusée le 25 décembre 1962, jour de Noël, qu’elle a mis fin à sa carrière, au sommet de son savoir-faire. Le programme s’ouvrait sur le Fado da verdade (« Fado de la vérité »), chanté sur la musique du Fado Vitória.

Maria Teresa de Noronha (1918-1993)Fado da verdade. António de Bragança, paroles ; Joaquim Campos, musique (Fado Vitória).
Maria Teresa de Noronha, chant ; Raul Nery & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Joaquim do Vale & Júlio Gomes, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : Lisbonne, studios de l’Emissora Nacional de Radiodifusão, 25 décembre 1962. Réalisé et diffusé en direct à la radio.
Première publication : Mara Teresa de Noronha : inéditos para a história do fado. Portugal, Estoril, ℗ 1995.


Houve alguém que disse um dia
Que o fado adormecia
Os que ouvissem seus gemidos
Que o fado tira energias
Que nos leva as alegrias
Que é uma canção de vencidos

Quelqu’un a dit un jour
Que le fado endort
Ceux qui écoutent ses gémissements ;
Que le fado prive d’énergie,
Qu’il nous ôte toute joie,
Que c’est une chanson de vaincus.

É heresia, é pecado
Dizer tal coisa do fado
Fazer tal afirmação
Se o fado é triste cantar
Ele apenas faz chorar
A quem tem um coração

Quelle hérésie ! C’est un péché
De parler ainsi du fado,
De faire pareille affirmation.
Si le fado est un chant triste,
Il ne fait pleurer
Que ceux qui ont un cœur.

E quem do fado diz mal
Não nasceu em Portugal
Ou sem querer, falta à verdade
O fado, cantar tão terno
Não acaba e é eterno
Para nossa felicidade

Celui qui du fado dit du mal
N’est pas né au Portugal,
Ou bien c’est qu’il ignore la vérité.
Le fado, ce chant si tendre,
Est éternel, inépuisable,
Pour notre plus grand bonheur.

Não faz ninguém infeliz
Abençoado País
Que tem tal preciosidade
Do amor, ele é irmão
Tem por pai o coração
E por mãe tem a saudade

Il ne fait le malheur de personne.
Pays béni,
Celui qui possède un tel trésor !
Le fado est frère de l’amour.
Il a pour père le cœur
Et pour mère la saudade.
António José de Bragança (1895-1964). Fado da verdade.
.
António José de Bragança (1895-1964). Fado de la vérité, trad. par L. & L. de Fado da verdade.

Maîtrise absolue de la conduite du chant, des nuances dynamiques, du rubato. Suprême élégance. Le texte, comme souvent, est le point faible. Peut-être faut-il voir dans cette défense du fado un épilogue à l’entière carrière, une forme de testament. Le postulat contre lequel il plaide : « Houve alguém que disse um dia / Que o fado […] é uma canção de vencidos » (« Quelqu’un a dit un jour / Que le fado […] est une chanson de vaincus ») fait clairement référence à un ouvrage paru en 1936 : O Fado, canção de vencidos (« Le fado, chanson de vaincus »), transcription de huit causeries radiophoniques diffusées sur l’antenne de l’Emissora Nacional, la radio publique, celle-là même où Maria Teresa de Noronha allait, seulement quelques années plus tard, commencer ses propres émissions. L’auteur, un certain Luís Moita (1894-1967), fervent partisan de l’Estado novo, germanophile, y fustige le fado — genre musical dégénéré, bâtard, contraire aux valeurs de l’État, d’ailleurs d’origine étrangère (brésilienne) — et surtout ses effets délétères sur la population. Son livre est dédié à la Mocidade Portuguesa, un mouvement de jeunesse créé cette même année 1936 par le régime.

En 1962, il est évident que le fado, très encadré, n’est plus regardé en haut lieu d’un œil aussi hostile, de sorte que le Fado da verdade paraît quelque peu anachronique. Mais puisqu’on nous y invite, retournons au tournant des années 20 et 30, avec, à nouveau, un emploi précoce du Fado Vitória avec O rouxinol do choupal (« Le rossignol dans les peupliers »), d’inspiration bucolique, enregistré en 1929 par José Porfírio, fadiste à la courte carrière, décédé en 1940 à l’âge de 31 ans.

José Porfírio (1909?-1940)O rouxinol do choupal. Fernando Telles, paroles ; Joaquim Campos, musique (Fado Vitória).
José Marques, guitare portugaise ; Martins [sic] d’Assunção [c’est à dire : Martinho d’Assunção], guitare.
Enregistrement : Lisbonne, 20 juin 1929. Portugal, 1929.


Ainda o céu não mostra o dia
Já mostrou o choupal
Da linda estrada aldeã
O rouxinol desafia
A toutinegra real
Que espera a luz da manhã

Le jour n’est pas encore levé
Qu’on voit déjà les peupliers
Bordant la route campagnarde.
Le rossignol y défie
La fauvette orphée
Qui attend la lumière du matin.

Quando à linda luz do sol
Oiço o meu amor cantar
Com sua voz feiticeira
Julgo ouvir o rouxinol
Numa noite de luar
Junto à fonte ou na ribeira

Quand, dans les vifs rayons du soleil
J’entends mon amour chanter
De sa voix ensorcelante,
Je crois entendre le rossignol
Une nuit de pleine lune,
Au bord de la fontaine ou du ruisseau.

Quem me dera possuir
A voz que o rouxinol tem
Sem ter outro que o afronte
Havia-de conseguir
Entreter-me com o meu bem
Na ribeira junto à fonte

Ah, comme j’aimerais avoir
La voix du rossignol,
Que nul ne peut affronter !
Je pourrais alors
M’entretenir avec mon amour
Au bord du ruisseau ou de la fontaine.
Fernando Telles (ou Teles). O rouxinol do choupal (1929).
.
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Fernando Telles (ou Teles). Le rossignol dans les peupliers, trad. par L. & L. de O rouxinol do choupal (1929).

À suivre.

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