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Il faudrait revenir à Ljubljana

17 Mai 2014

Gare de Ljubljana (Slovénie), 11 mai 2014

Gare de Ljubljana (Slovénie), 11 mai 2014

Quand je suis arrivé à Ljubljana le temps était à l’orage.

À Maribor il pleuvait un déluge et la nuit était presque tombée, il n’était pas huit heures. Je n’en ai presque rien vu, pris par ce que j’étais venu y faire.

Je ne connaissais pas ce pays. Les gens y sont très affables. Souvent ils disaient : Quand la Yougoslavie s’est désintégrée…, ou Quand la Yougoslavie existait encore, ou Du temps de la Yougoslavie, et même une fois Du temps de l’Autriche, comme si le temps avait toujours été celui de quelqu’un d’autre, comme si c’était difficile pour la Slovénie d’exister en tant qu’état indépendant, et pour les Slovènes de se penser souverains de leur territoire et maîtres de leur destin (cela on ne l’est jamais, comme on sait). Un pays de vingt ans. On entend aussi : La Slovénie est toute petite ; On est un petit pays ; Nous ne pouvons rien faire sans nous grouper avec d’autres.

Au retour j’ai pu me promener un peu, quelques heures, dans Ljubljana. Une très jolie ville, très jolie. Charmante.

L’avion partait dans l’après-midi. L’aéroport est à mi-chemin de la frontière autrichienne, juste au pied des montagnes. À peine prend-on un peu d’altitude qu’on voit sur la gauche toute la plaine du Frioul, coupée en son milieu par ce fleuve incroyablement large, le Tagliamento. On voit le golfe de Trieste et l’Istrie, les lagunes, celle de Grado et, au fond, celle de Venise. Mais on est déjà sur les Alpes, déjà en Autriche.

Ljubljana (Slovénie), 15 mai 2014

Ljubljana (Slovénie), 15 mai 2014

Colapesce | S’illumina

17 Mai 2014

Étonnant non ? Ce qui est jeté dans la valise, comme un amas de témoignages d’une adolescence avec laquelle il s’agirait d’en finir. (Ou bien s’agit-il d’une mesure de sauvegarde ?)

Mais traces d’une époque révolue depuis bien longtemps. Beaucoup datent des années 1970 : Léo Ferré In italiano : 1972 ; le film de Visconti La mort à Venise : 1971 ; l’album Canzoni de Fabrizio de André (1940-1999) : 1974 ; L’amore è un marinaio, de Rosanna Fratello : 1970 ; Five leaves left, de Nick Drake : 1969 ; les albums Heroes, de David Bowie, et Death of a ladies’ man, de Leonard Cohen : 1977 ; une cassette VHS (créée en 1977, utilisée jusque dans les années 2000).

Une édition des Illuminations de Rimbaud : l’adolescence.

Il malpensante (1987), le livre de l’auteur sicilien Gesualdo Bufalino, et pour finir le téléphone portable qui sonne en affichant « chiamata in arrivo – Claudia – Palermo » (appel entrant, Claudia, Palerme) : la Sicile, terre dont est originaire Colapesce.

Colapesce est en concert ce soir à Paris (Festival Maggio).
Voir : Au festival Maggio, une autre variété italienne est possible, dans Le Monde en ligne, 14 mai 2014.

Colapesce | S’illumina / Lorenzo Urciullo, paroles et musique ; Colapesce, ensemble vocal et instrumental. Extrait de : Un meraviglioso declino. [Italie] : 42 records, 2012.

[…]
Rianimo le vesti sparse nel parquet
Due giovani sul tetto scrutano la piazza
Sbircio anch’io

M’illumino la notte non c’è stata mai
M’illumino la notte non c’è stata mai
M’illumino la notte non c’è stata mai
E dalle feritoie sanguina il castello

S’illumina, la notte poi s’illumina
Si spengono i cartelli luminosi
E piove luce intorno a noi
[…]
La civiltà s’illumina di meno e noi
Restiamo qui a sperare che qualcosa cambi
…Ma non cambia mai
Lorenzo Urciullo. S’illumina (2012).

[…]
Je ranime les vêtements épars sur le parquet
Sur le toit deux jeunes scrutent la place
Je regarde moi aussi

Je m’illumine, il n’y a jamais eu de nuit
Je m’illumine, il n’y a jamais eu de nuit
Je m’illumine, il n’y a jamais eu de nuit
Et des blessures saigne le château.

S’illumine, la nuit alors s’illumine
S’éteignent les enseignes lumineuses
Et la lumière tombe en pluie autour de nous.
[…]
La civilisation se fait moins lumineuse, et nous
Restons là dans l’attente que quelque chose change
… Mais rien ne change jamais.
Lorenzo Urciullo. S’illumina (2012). Traduction L. & L.

S’illumina la notte poi s’illumina
Si spengono i cartelli luminosi
E piove luce intorno a noi

Riflettono le barche dentro casa tua
Riemergono dal cuore dei palazzi le signore
E’ giorno ormai

M’illumino mi vesto insieme all’ombra tua
Programmo le mie ore per l’accumulo di luce
Insieme a te

Rianimo le vesti sparse nel parquet
Due giovani sul tetto scrutano la piazza
Sbircio anch’io

M’illumino la notte non c’è stata mai
M’illumino la notte non c’è stata mai
M’illumino la notte non c’è stata mai
E dalle feritoie sanguina il castello

S’illumina, la notte poi s’illumina
Si spengono i cartelli luminosi
E piove luce intorno a noi

Riflettono le barche dentro casa tua
Riemergono dal cuore dei palazzi le signore
E’ giorno ormai

La civiltà s’illumina di meno e noi
Restiamo qui a sperare che qualcosa cambi
…Ma non cambia mai
M’illumino la notte non c’è stata mai
M’illumino la notte non c’è stata mai
M’illumino la notte non c’è stata mai
E dalle feritoie sanguina il castello

Lorenzo Urciullo. S’illumina (2012).

Écouter sur Deezer

Sílvia Pérez Cruz & Raül Fernandez Miró : nouvel album en forme de grenade

2 Mai 2014

Le nouvel album de Sílvia Pérez Cruz, non pas seule mais en duo avec son collègue et complice de longue date Raül Fernández, est annoncé pour dans quelques jours, le 6 je crois. Il s’appelle granada — sans majuscule apparemment.

Il comprendra des morceaux que Sílvia Pérez Cruz a portés à son répertoire depuis longtemps comme Corrandes d’exili de Lluís Llach ou Gallo rojo, gallo negro, de Chicho Sánchez Ferlosio. Sont annoncés par ailleurs [voir : Sílvia Pérez Cruz i Raül Fernández presenten ‘Granada’] des choses plus inattendues, comme une chanson d’Édith Piaf (laquelle ? nulle autre que L’hymne à l’amour) et ce lied de Schumann, extrait du cycle Dichterliebe [Les amours du poète], op. 48. Sera-ce une forme d’homenatje à son illustre compatriote Victòria dels Àngels ?

Robert Schumann (1810-1856) | Aus meinen Tränen sprießen, extrait de Dichterliebe, op. 48. Musique de Robert Schumann ; poème de Heinrich Heine ; Sílvia Pérez Cruz, chant ; Raül Fernández, guitare. De l’album Granada / Sílvia Pérez Cruz & Raül Fernández Miró, mai 2014.

Aus meinen Tränen sprießen
Viel blühende Blumen hervor,
Und meine Seufzer werden
Ein Nachtigallenchor.

Und wenn du mich lieb hast, Kindchen,
Schenk’ ich dir die Blumen all’,
Und vor deinem Fenster soll klingen
Das Lied der Nachtigall.
Heinrich Heine (1797-1856). Aus meinen Tränen sprießen (1823)

De mes larmes ont éclos
Nombre de fleurs épanouies
Et mes soupirs forment
Un chœur de rossignols.

Et si tu m’aimes bien, petite,
Je t’offrirai toutes les fleurs,
Et devant ta fenêtre résonnera
Le chant du rossignol.
Heinrich Heine (1797-1856). Aus meinen Tränen sprießen (1823) [français]. Traduction Claire Placial, dans Le festin de Babel (blog).

Enrique Granados [Enric Granados] (1867-1916) | El majo tímido. De aquel majo amante. El tra-la-la y el punteado. Extraits de Tonadillas escritas en estilo antiguo (1910). Enrique Granados [Enric Granados], musique ; Fernando Periquet, textes ; Victoria de los Ángeles [Victòria dels Àngels], chant ; Felix Zanetti, piano. Captation : Besançon (France), 14 novembre 1967.
Cotient aussi :
Amadeo Vives (1871/1932) | El amor y los ojos. El retrato de Isabela. Extraits de : Canciones epigramáticas (1916).
Xavier Montsalvatge (1912-2002) | Canción de cuna para dormir a un negrito, extraite de : Cinco canciones negras (1945).

Mayte Martín, Atahualpa Yupanqui | Milonga del solitario

2 Mai 2014

Je méprise la charité
Pour la honte qu’elle renferme
Je suis comme le lion des montagnes
Je vis et meurs dans la solitude.
Atahualpa Yupanqui (1908-1992). Milonga del solitario (extrait).

Une autre grande artiste ibérique dans le répertoire d’Atahualpa Yupanqui.

Amália se définissait ainsi, une « artiste ibérique », et indiscutablement c’est ce que sont également Lula Pena, et plus encore Mayte Martín, extraordinaire interprète du flamenco et très à son aise dans le fado (voir son interprétation de Lágrima d’Amália). Toutes ont en commun le refus de se lier d’esclavage à un type de répertoire particulier, aussi puissamment caractérisé soit-il comme le sont le fado et le flamenco, mais au contraire de se nourrir de ces répertoires et de les intérioriser.

Tout est maîtrisé dans cette interprétation de la Milonga del solitario, riche de toute l’expérience de Mayte Martín : splendide hommage à Atahualpa Yupanqui. (Visionner la vidéo en plein écran, elle le mérite.)

http://vimeo.com/93090637

Mayte Martín | Milonga del solitario. Atahualpa Yupanqui, paroles et musique ; Mayte Martín, chant ; Juan Ramón Caro & José Luís Montó, guitare ; Chico Fargas, percussion. Captation : La Casa Murada, Banyeres del Penedès (Catalogne), septembre 2013.
Vidéo : Macià Florit, Raimon Fransoy, Julián Kancepolski & Xavier Puig, image ; Jordi C. Corchs, son et mixage. Production Elsabeth Produccions, 2014.

Me gusta de vez en cuando
perderme en un bordoneo,
porque bordoneando veo
que ni yo mismo me mando.
Las cuerdas van ordenando
los rumbos del pensamiento,
y en el trotecito lento
de una milonga campera
va saliendo campo afuera,
lo mejor del sentimiento.

Ninguno debe pensar
que vengo en son de revancha,
no es mi culpa si en la cancha
tengo con qué galopear.
El que me quiera ganar,
ha ‘i tener buen parejero,
yo me quitaré el sombrero,
porque así me han enseña’o,
y me doy por bien paga’o
dentrando atrás del primero.

Siempre bajito he canta’o
porque gritando no me hallo
–grito al montar a caballo
si en la caña me he bandea’o
pero tratando un versea’o
a’nde se canten quebrantos,
apenas mi voz levanto
para cantar despacito,
que el que se larga a los gritos
no escucha su propio canto.

Si la muerte traicionera
me acogota a su palenque,
háganme con dos rebenques
la cruz pa’ mi cabecera;
si muero en mi madriguera
mirando los horizontes,
no quiero cruces ni aprontes,
ni encargos para el Eterno,
tal vez pasando el invierno
me dé sus flores el monte.

Toda la noche he cantado
con el alma estremecida,
que el canto es la abierta herida
de un sentimiento sagrado,
a naides tengo a mi lado
porque no busco piedad,
desprecio la caridad
por la vergüenza que encierra;
soy como el león de las sierras,
vivo y muero en soledad.
Atahualpa Yupanqui (1908-1992). Milonga del solitario. Source : Cancioneros.com

Lula Pena | Fria claridade

1 Mai 2014

Lula Pena | Fria claridade. Pedro Homem de Mello, paroles ; José Marques do Amaral, musique ; Lula Pena, chant & guitare. En guise de coda : un couplet de El payador perseguido, de Atahualpa Yupanqui.
Captation : récital Lula Pena per i Lampi di Musicamorfosi, Villa Tittoni Traversi, Desio (Lombardie), Italie, 23 février 2014.

Esprit du fado es-tu là ? Un coup pour oui.
Toc.
Esprit es-tu là ? Un coup pour oui.
Toc.

Interrogations absolument vaines en vérité. Il suffit de dire ce nom : Lula Pena.

La captation a été réalisée lors du récital donné par la singulière artiste à la villa Tittoni Traversi à Desio, près de Milan, en février dernier. Le moment est probablement la fin du spectacle, il s’agit d’un bis je dirais. Le morceau est Fria claridade, un fado du répertoire d’Amália Rodrigues : la vision fulgurante de deux yeux sublimes dans la ville hostile et inconnue, baignée d’une « froide clarté », deux yeux qui s’éloignent, peut-être indifférents.

Voir le billet : Amália Rodrigues, Pedro Homem de Mello — Fria claridade

Cependant, là où le poème dit ninguém me conhecia (« personne ne me connaissait ») Lula, à la dernière strophe, chante ninguém nos conhecia (« personne ne nous connaissait »), ce qui en modifie totalement la perspective.

En guise de coda, fidèle à sa pratique du collage et à son goût pour l’œuvre du grand Atahualpa Yupanqui, Lula Pena articule au fado une strophe d’un long poème de ce dernier, El payador perseguido. Achevant par un ¡por favor! à la manière de Mercedes Sosa.

No meio da claridade
Daquele tão triste dia
Grande, grande era a cidade
E ninguém me conhecia
Au cœur de la clarté
De cette si triste journée
Grande grande était la ville
Et personne qui me connaisse
Então passaram por mim
Dois olhos lindos, depois
Julguei sonhar, vendo enfim
Dois olhos, como há só dois
Alors me traversèrent
Deux yeux profonds et beaux
J’ai cru rêver les avoir vus
Ces yeux incomparables
Em todos os meus sentidos
Tive presságios de adeus
E aqueles olhos tão lindos
Afastaram-se dos meus
J’ai perçu de tout mon être
Les présages de l’adieu
Et ces yeux si beaux
Se sont éloignés des miens
Acordei, a claridade
Fez-se maior e mais fria
Grande, grande era a cidade
E ninguém me [nos] conhecia
Le rêve passé, la clarté
S’est faite plus vive et plus froide
Grande grande était la ville
Et personne qui me [nous] connaisse
Pedro Homem de Mello (1904-1983). Fria claridade.
Pedro Homem de Mello (1904-1983). Froide clarté, traduit de Fria claridade par L. & L.

En el trance [arte] de elegir
que mire el hombre p’adentro,
ande se hacen los encuentros
de pensares y sentires.
Después… que tire ande tire,
con la conciencia por centro.

Atahualpa Yupanqui (1908-1992). El payador perseguido.
Source : http://sreyes.org/old/atacancionero.htm#26

Assomption d’un lapin et autres viennoiseries

26 avril 2014

Vienne (Autriche) = Wien (Österreich), Franziskaner Platz, 26 avril 2014

Vienne a des maisons couleur de nougat : vert d’eau, jaune pâle, crème, rose ou bleu layette. (Autrefois c’étaient des couleurs un peu passées, moroses, comme mélangées à de la terre, ou à de la poussière. C’est en banlieue peut-être qu’on les verrait encore ?)

Église des Jésuites : baroque, avec un maître-autel à baldaquin et dans le fond, au-dessus de l’autel, en lieu et place d’une Assomption annoncée par le guide, est représenté sur une tenture blanche un lapin gigantesque emmailloté comme une momie dans un linceul constitué de sa propre fourrure.

Vienne (Autriche) = Wien (Österreich), Église des Jésuites, 26 avril 2014

Il bruine avec obstination depuis ce matin. On fait la queue pour entrer dans la cathédrale, dont seuls le vestibule et le bas-côté gauche sont accessibles librement. La foule y est considérable, bruyante et photographeuse. Ça parle et ça fait clic de tout côté, quel brouhaha, on se croirait dans une criée. La partie payante est plus calme, mais cette division de l’église (immense) en deux zones est bien réelle, c’est-à-dire qu’elle empêche qu’on en perçoive l’espace comme un tout. C’est comme une ville traversée par un mur, le comptoir où on achète son billet faisant check point.

Mangé un goulasch et une pâtisserie genre Sachertorte accompagnée comme il se doit de crème fouettée (« mit Schlagobers », ça je sais le dire), dans un petit restaurant voûté tenu par un Bernois. Ah la France, la belle France me dit-il (accent allemand, r roulés). Belle dis-je, pas toujours. Mais comment donc, la Camargue, la Provence, la Loire, Paris. Et Rouen. Mais pourquoi avoir brûlé Jeanne d’Arc ? Je réponds que je n’y suis pour rien, que d’ailleurs je n’étais même pas né à l’époque. Il a l’obligeance de me croire sur parole. Excellent café, ici comme ailleurs à Vienne.

J’ai déambulé encore, je suis entré dans des palais, dans d’autres églises. Il y a du monde partout. Des touristes comme moi, je ne vois que ça. C’est un peu triste d’être seul pour visiter une ville pareille. Curieusement ça la rend irréelle puisqu’on reste à l’intérieur de soi – comme Mrs. Dalloway.

Vienne (Autriche) = Wien (Österreich), Palais du prince Eugène de Savoie, 26 avril 2014

Mitteleuropa

24 avril 2014

Wien (Österreich) = Vienne (Autriche), Naschmarkt, 24 avril 2014

Pour se saluer on dit Grüssgott. Aucun doute possible : c’est l’Autriche. C’est sa capitale, Vienne.

Je ne dispose pas du temps qu’il faudrait, juste ce jeudi qui s’achève, et puis j’aurai samedi, après-demain.

J’ai marché toute la journée sans avoir rien vu du tout : une ville pareille, en quelques heures c’est impossible. Une chaleur lourde, désagréable. L’orage qui a couvé tout l’après-midi éclate maintenant.

Affiches à Vienne (Autriche), 24 avril 2014

On entend des langues slaves (je n’identifie que le russe, et le polonais à cause de ses consonnes qui viennent en paquets et se frottent les unes aux autres, mais il y a aussi probablement du tchèque, du bulgare, du slovène etc. : l’Europe centrale est en vacances de Pâques et vient à Vienne. Beaucoup d’Italiens, quelques Français. Parmi les conversations entendues en allemand je suis incapable de déceler celles des voix qui sont viennoises.

Les panneaux indicateurs disent Budapest, ou Preßburg, qui est le nom local de Bratislava.

Vienne (Autriche) = Wien (Österreich), Stadtpark

Je ne parle pas la langue, ou si peu, et ce peu je n’ose pas l’employer : j’ai peur qu’on me réponde en allemand, et je n’y comprendrai rien. Une incompétence qui forme comme un écran et fait qu’on reste en dehors.

C’est pourquoi je ne sais pas quelle ville est Vienne. Le fait est qu’on y trouve des choses étonnantes, comme cet édifice recouvert de plaques bleues ou bleu-vert, dont l’architecture cherche plus ou moins à évoquer l’Égypte ancienne, ou Babylone, on ne sait pas :

Vienne (Autriche) = Wien (Österreich), Vordere Zollamtsstraße, 24 avril 2014

C’est encore lui :

Vienne (Autriche) = Wien (Österreich),  Vordere Zollamtsstraße, 24 avril 2014

Au fil de la promenade :

Vienne (Autriche) = Wien (Österreich), Löwengasse, 24 avril 2014

Vienne (Autriche) = Wien (Österreich), 24 avril 2014

Pour finir, la classique déambulation dans les jardins du Schloß Belvedere.

Vienne (Autriche) = Wien (Österreich), Belvedere, 24 avril 2014

Vienne (Autriche) = Wien (Österreich), Belvedere, 24 avril 2014

 Vienne (Autriche) = Wien (Österreich), Karlsplatz

Parfaitement bien

21 avril 2014

Montpellier (France), 19 avril 2014

II arriva que le fils du roi donna un bal et qu’il en pria toutes les personnes de qualité. Nos deux demoiselles en furent aussi priées, car elles faisoient grande figure dans le pays. Les voilà bien aises et bien occupées à choisir les habits et les coëffures qui leur seïeroient le mieux. Nouvelle peine pour Cendrillon, car c’estoit elle qui repassoit le linge de ses sœurs et qui godronoit leurs manchettes. On ne parloit que de la maniere dont on s’habilleroit.

« Moy, dit l’aînée, je mettray mon habit de velours rouge et ma garniture d’Angleterre.

— Moy, dit la cadette, je n’auray que ma juppe ordinaire ; mais, en récompense, je mettray mon manteau à fleurs d’or et ma barriere de diamans, qui n’est pas des plus indifférentes. »

On envoya querir la bonne coëffeuse pour dresser les cornettes à deux rangs, et on fit achetter des mouches de la bonne faiseuse. Elles appellerent Cendrillon pour luy demander son avis, car elle avoit le goût bon. Cendrillon les conseilla le mieux du monde, et s’offrit mesme à les coëffer, ce qu’elles voulurent bien. En les coëffant, elles luy disoient :

« Cendrillon, serois-tu bien aise d’aller au bal ?

— Helas ! Mesdemoiselles, vous vous mocquez de moy ; ce n’est pas là ce qu’il me faut.

— Tu as raison, on riroit bien si on voyoit un Cucendron aller au bal. »

Une autre que Cendrillon les aurait coëffées de travers ; mais elle estoit bonne, et elle les coëffa parfaitement bien.

Charles Perrault (1628-1703). Extrait de : Cendrillon ou La petite pantoufle de verre (1697). Source : édition de 1697 dans Wikisource

Montpellier (France), 19 avril 2014

Voir l’amour

20 avril 2014

Montpellier (France), 19 avril 2014

VOIX 1, temps.
À la fin du bal elle a crié, j’en suis sûre… Quoi ?

VOIX 2
Qu’elle veut les SUIVRE pour ne pas cesser de les VOIR.

VOIX 1
… de les voir.

VOIX 2
Oui.
VOIR L’AMOUR.
« Blue Moon » très fort.

VOIX 1
Ils ne l’ont plus entendue crier.

VOIX 2
Non.

Marguerite Duras (1914-1996). La femme du Gange (1973). Dans : Marguerite Duras. Œuvres complètes II, Gallimard, impr. 2011 (Bibliothèque de la Pléiade), ISBN 978-2-07-012232-5, page 1483.

Montpellier (France), 19 avril 2014

Tranquille à mes alarmes

19 avril 2014

Montpellier (France), 19 avril 2014

HERMIONE, seule

Où suis-je ? Qu’ai-je fait ? Que dois-je faire encore ?
Quel transport me saisit ? Quel chagrin me dévore ?
Errante, et sans dessein, je cours dans ce Palais.
Ah ! Ne puis-je savoir si j’aime ou si je hais !
Le cruel ! De quel œil il m’a congédiée ?
Sans pitié, sans douleur au moins étudiée.
L’ai-je vu se troubler et me plaindre un moment ?
En ai-je pu tirer un seul gémissement ?
Muet à mes soupirs, tranquille à mes alarmes,
Semblait-il seulement qu’il eût part à mes larmes ?

Jean Racine (1639-1699). Andromaque (1667), acte V, scène 1. Source : Racine, Œuvres complètes, I, Bibliothèque de la Pléiade, page 247.

Montpellier (France), 19 avril 2014