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Mayte Martín — Garrotín, Lágrima (Amália), Por la mar chica del puerto

16 mars 2013

Mayte Martín, dont le premier album (Muy frágil) est paru en 1994, est pour moi une découverte récente — probablement parce que jusqu’ici je ne me suis jamais vraiment intéressé à l’Espagne. Mais par deux fois, en très peu de temps, j’ai trouvé ouvertes lors de mes divagations sur la toile les portes d’univers singuliers : celui de Sílvia Pérez Cruz d’abord, puis celui de Mayte Martín, l’une et l’autre catalanes. Mayte Martín, née à Barcelone en 1965, est une chanteuse de flamenco, l’une des plus grandes à ce qu’il paraît (j’apprends par la même occasion qu’il existe une tradition du chant flamenco en Catalogne).

Souvent elle se produit avec le guitariste Juan Ramón Caro. Ensemble, ils forment un duo fascinant :

Mayte Martín. Garrotín / traditionnel ; Mayte Martín, chant et palmas ; Juan Ramón Caro, guitare.

Je n’y connais pour ainsi dire rien encore : le flamenco est un univers aussi vaste que celui du fado et je ne sais rien de ses différents styles, ni de ses rites. Mais je vois que fado et flamenco ont plusieurs exigences en commun : ils nécessitent des voix extrêmement agiles et dynamiques, et surtout : on ne peut les chanter, l’un et l’autre, que si on les laisse s’emparer de soi.

Dans la vidéo que voici, Mayte Martín prouve qu’elle serait aussi une grande fadista.

Il s’agit de la célèbre Lágrima d’Amália Rodrigues, interprétée successivement par Lídia Pujol (en catalan), Mayte Martín (en portugais), et Dulce Pontes. La première est rébarbative (c’est peu dire). La troisième, qui est portugaise, admiratrice d’Amália, et dont le répertoire est fait en large partie de fados, semble donner des leçons à ses deux collègues et ne parvient qu’à se rendre ridicule. Tandis qu’avec l’apparition de Mayte Martín (vers 1 min 55 s) advient le fado. Elle, son chant est complètement intériorisé, en contraste flagrant avec les simagrées de Dulce Pontes. En dehors de celles d’Amália elle-même et d’Argentina Santos, je ne connais pas de meilleure interprétation de ce fado — même celle de Mísia, qui n’est pourtant pas mal du tout.

Lídia Pujol, Mayte Martín & Dulce Pontes. Lágrima / Amália Rodrigues, paroles ; Carlos Gonçalves, musique ; Lídia Pujol, Mayte Martín & Dulce Pontes, chant ; Dani Espasa, piano. Captation : Barcelone, Teatro Romea, 8 avril 2006.

Il y a quelques années (2009), Mayte Martín a publié alCantarAManuel (Al cantar a Manuel — « En chantant Manuel » –, ou Alcántara Manuel), un splendide album de chansons composées par elle sur les poèmes de Manuel Alcántara, écrivain et journaliste originaire de Málaga. (On peut écouter l’album sur Qobuz ou sur Spotify, et en lire une recension sur l’excellent blog Mediamus.) La voix fait merveille dans des chansons comme A Miguel Hernández, ou Niño del 40 (« L’enfant de 1940 », ma préférée), sur des arrangements très sobres.

J’aime un peu moins le violon de Por la mar chica del puerto, donnée ici à Madrid au moment de la sortie de l’album, mais la mélodie est superbe et devient vite entêtante :

Mayte Martín. Por la mar chica del puerto / poème de Manuel Alcántara ; Mayte Martín, musique, chant, guitare. Captation : Teatro Español de Madrid (Espagne), 2009.

Por la mar chica del puerto
andan buscando los buzos
la llave de mis recuerdos.
Dans la baie que forme le port
Les plongeurs
Recherchent la clé de mes souvenirs.
(Se le ha borrado a la arena
la huella del pie descalzo
pero le queda la pena.
(Sur le sable a disparu la trace
Du pied nu
Mais il y reste la peine,
Y eso no puede borrarlo.) Impossible à détruire.)
Por la mar chica del puerto
el agua que era antes clara
se está cansando de serlo.
Dans la baie que fait le port
L’eau qui était claire
Se lasse de sa clarté.
(A la sombra de una barca
me quiero tumbar un día;
echarme todo a la espalda
y soñar con la alegría.)
(À l’ombre d’une barque
Je voudrais me coucher un jour ;
Et tout abandonner
Et rêver de bonheur.)
Por la mar chica del puerto
el agua se pone triste
con mi naufragio por dentro.
Dans la baie que fait le port
L’eau devenue triste
Se ferme sur mon naufrage.
Manuel Alcántara. Por la mar chica del puerto, dans : La misma canción (1992). Source : Fundación Manuel Alcántara
Manuel Alcántara. Por la mar chica del puerto. Trad.L. & L.


L. & L.

………

Mayte Martín
alCantarAManuel (2009)

Mayte Martín -- AlCantarAManuel (World Village, 2009)alCantarAManuel / Manuel Alcántara, poèmes ; Mayte Martín, musiques, chant, guitare ; José Luís Montón, guitare ; Olvido Lanza & Biel Graells, violon ; Guillermo Prats, contrebasse ; Chico Fargas, percussion. — World village France ; distrib. Harmonia mundi distribution, ℗ et © 2009 et 2010. — 1 CD + 1 brochure de 23 p.

World village 468087. — EAN 713746808723

………

Internet :

Mayte Martín — Site officiel

6 commentaires leave one →
  1. TRIVIÑO Dolores permalink
    30 mai 2013 14:01

    Pour le frisson voir aussi « La vidalita » de Mayté Martin (http://www.youtube.com/watch?v=CFXYVUsDTPg ) faire abstraction des images et écouter la voix.

    • 30 mai 2013 14:27

      Ah oui c’est magnifique Vidalita, comme d’ailleurs l’ensemble de l’album Querencia dont ce morceau est extrait… Mais il existe des vidéos prises sur le vif, comme celle-ci, que vous connaissez probablement :

      (L’image n’est pas très bonne non plus, mais peu importe)

      • Dolores TRIVIÑO permalink
        3 juin 2013 00:18

        Oui super, cette video est à peu près correcte au niveau son, ce n’est pas le cas de toutes.
        Sinon, il y a eu ,il y a, et malheureusement il y aura encore, une forte immigration andalouse vers Barcelona, même avant Carmen Amaya (le film Los Tarantos est une version de Roméo et Juliette transposée dans la BCN des années 60 dans des familles de gitans andalous). Le chanteur de flamenco considéré comme le plus grand du moment s’appelle Miguel Poveda et fait partie lui aussi comme Mayté Martin ou Chicuelo guitariste de renom qui les a accompagnés les deux, de cette communauté installée sur la périphérie de la ville, Santa Coloma de Gramanet, Hospitalet de Llobregat … Il existe la FECCAC (federacion de entidades culturales andaluzas en Catalunya) Les andalous disent de Barcelone que c’est la neuvième province andalouse !

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