Sic transit.
Il y a quelqu’un.

Il n’y a plus personne.

Comme le temps passe.
Demande à Moustique
Propos de tram à Montpellier : « Demande à Moustique. J’espère qu’il les aura pas donné[e]s à Mouton. »
Qu’aurait pu donner Moustique à Mouton, sans savoir peut-être qu’il y avait un inconvénient à cela ?
D’un autre côté, Moustique était peut-être fondé à faire ce don à Mouton, s’il l’a fait.
Quelque chose me dit qu’il l’a fait oui, un peu distraitement, sans intention particulière autre que celle de faire plaisir à Mouton, ou de lui rendre service. Moustique, je pense, est sans malice. Sans beaucoup de jugeote non plus probablement. Interrogé, il répondra : « Eh bé oui, je les ai données à Mouton, pourquoi je les aurais pas données à Mouton ? »
Mouton pareil. Il aura reçu le don de Moustique en toute innocence.
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Rodrigo Amarante | O não-pedido de casamento
J’ai l’honneurr de ne pas te demander ta mon
Ne gravons pas nos noms au bas d’un parrchemon
Eu tenho a honra de não te pedir a mão
P’ra quê firmar no pergaminho essa união?
Rodrigo Amarante | O não-pedido de casamento / Georges Brassens, paroles & musique ; Rodrigo Amarante, adaptation, chant & guitare. Adaptation de : Georges Brassens (1921-1981), La non-demande en mariage.
Captation : Paris, France-culture, 11 février 2014. Extrait de : La session de Rodrigo Amarante, dans l’émission Le rendez-vous de Laurent Goumarre sur France Culture, diffusée en direct le 14 février 2014.
Adorable.
(En portugais on dit le non-demande de mariage. Et l’honneur est au féminin. J’ai l’honneure de ne pas te demander la main, voilà comment on dit. Pour quoi signer dans le parchemin cette union.)
Vues
Une plaque de laiton élégante, rivée à un mur du centre de la ville :
Le cabinet de Me T.
est transféré au
24 Bd du Jeu de Paume
Le plombier l’aura déclaré irréparable. Le pauvre homme, quel inconfort ! (Mais pourquoi une telle publicité, on se perd en conjectures.)
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Été soudain, déclenché d’un jour à son lendemain. Silhouettes jeunes, impeccables divaguant dans les rues. Des bras, des mollets, des genoux fermes et suaves, désormais dévoilés. Des épaules aussi. Mais parfois lorsque le visage se révèle, il est maussade et renfrogné ; repoussant comme un navet oublié dans le bac à légumes.
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Sans titre, par Luca Cerabona (« ckOrange ») sur Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)
Les yeux verts — Ojos verdes

[…] regarde, écoute, ce temps étrange, il vient, long, il est long, lent, il n’y a plus de travail, n’y aura plus de travail, les longs chômages de la fin du 20ème siècle, tu as entendu dire, ont commencé, vont rester là, devenir séculaires, disons la même chose de l’été, l’été commence, disons-le comme ça, l’été commence, les longues journées de l’été, elles sont lentes et profondes, en resteront là pour l’éternité, viens, viens qu’on parle, encore, de tout, c’est le bonheur de la vie, de cette ville océane, c’est de là qu’elle sortira des eaux, de ce fleuve, elle est celle de l’autre versant, écoute, regarde-la, elle vient, elle est celle qui vient, elle, la perte du monde, regarde, la voici, tu la reconnais, elle est notre sœur, notre jumelle, elle vient, salut, on lui sourit, si jeune elle est, si belle, habillée de peau blanche, les yeux verts.
Marguerite Duras (1914-1996). Pour Jean-Pierre Ceton, les yeux verts (1980). Dans : Marguerite Duras, Les yeux verts, Petite bibliothèque des Cahiers du cinéma, impr. 2006, ISBN 2-86642-177-9, page 72.
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Des yeux verts, verts comme le basilic
Verts comme le blé vert
Et le vert citron vert.
Des yeux verts, verts, étincelants comme des couteaux
Plantés dans mon cœur.
Pour moi il n’y a ni soleils, ni étoiles ni lune,
Il n’y a plus que des yeux qui sont ma vie.
Des yeux verts, verts comme le basilic
Verts comme le blé vert
Et le vert citron vert.
Rafael de León (1908-1982). Ojos verdes. Traduction L. & L.
Amália Rodrigues (1920-1999) | Ojos verdes / Rafael de León, paroles ; Manuel Quiroga & Salvador Valverde, musique ; Amália Rodrigues, chant ; orquestra de guitarras de Fernando de Freitas. Enregistrement : Rio de Janeiro (Brésil), 1945.
Amália Rodrigues a vingt-cinq ans lorsque sa voix est enregistrée pour la première fois. C’est au Brésil, alors qu’elle est déjà célèbre depuis plusieurs années dans son propre pays. Les lieux où elle se produit à Lisbonne se remplissent dès qu’elle y est annoncée, c’est pourquoi son imprésario de l’époque lui a interdit d’enregistrer. Il craint que le public se contente des disques. C’est en son absence, loin de lui, qu’Amália se laisse persuader. Il y a parmi les seize titres enregistrés cette remarquable version d’Ojos verdes, une chanson andalouse des années 1930. Science instinctive de l’interprétation, en elle dès le commencement, et témoignage de son « ibérité » revendiquée.
Apoyá en er quisio de la mansebía
miraba ensenderse la noche de mayo;
pasaban los hombres y yo sonreía
hasta que a mi puerta paraste el caballo.
« Serrana, ¿me das candela? »
Y yo te dije: « Gaché,
ven y tómala en mis labios
que yo fuego te daré ».
Dejaste er caballo
y lumbre te di,
y fueron dos verdes luceros de mayo
tus ojos pa mí.Ojos verdes, verdes como la albahaca.
Verdes como el trigo verde
y el verde, verde limón.
Ojos verdes, verdes, con brillo de faca,
que están clavaítos en mi corazón.
Pa mí ya no hay soles, luceros ni luna,
no hay más que unos ojos que mi vía son.
Ojos verdes, verdes como la albahaca.
Verdes como el trigo verde
y el verde, verde limón.Vimos desde el cuarto despertar el día
y sonar el alba en la Torre la Vela.
Dejaste mis brazos cuando amanecía
y en mi boca un gusto de menta y canela.
« Serrana, para un vestío
yo te quiero regalá ».
Yo te dije: « Estás cumplío,
no me tienes que dar na ».
Subiste ar caballo,
te fuiste de mí
y nunca una noche
más bella de mayo
he vuelto a viví.
Rafael de León (1908-1982). Ojos verdes (1937, 1ère publication). Source du texte : Poemas del alma
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Monique et Francine
Dans le bus que je prends parfois le matin de préférence au tram voyagent surtout des personnes âgées, probablement parce qu’elles vivent dans ces vastes zones résidentielles dont semble faite une grande partie de la ville de Montpellier, que le tram évite et que dessert ce bus. Elles rentrent des parties de la ville où on fait ses courses, portant les commissions dans des cabas, ou plus fréquemment dans des chariots à petites roues spécialement conçus pour cet usage.
Je me suis assis à rebours de la marche, face aux passagers de l’arrière. Devant moi, au-delà de l’espace central ménagé pour les poussettes, les handicapés en chaise et les personnes debout, une femme assise retient un de ces chariots, dont la poche est formée d’une toile cirée, noire ou en tout cas d’une couleur très sombre, portant des inscriptions blanches en différentes polices de caractères, imprimées dans tous les sens pour faire gai : salade ; carotte ; pain ; tomate ; fromage ; salade encore ; et une ou deux autres que je ne déchiffre pas. Elle parle avec sa voisine. Elles se parlent toutes les deux oui, avec vivacité, de tout le corps. Je n’entends pas ce qu’elles se disent, juste qu’elles ont l’accent d’ici. Soixante-dix ans passés, soixante-douze mettons. Elles sont sœurs jumelles. C’est incroyable comme elles se ressemblent, aussi bien dans les traits du visage, dans les proportions et la forme du corps (les mêmes avant-bras un peu potelés, le même cou large, les mêmes yeux, le même nez), que dans les attitudes. Elles sont fascinantes. Elles semblent avoir mis un soin particulier à ne rien porter de semblable, à se différencier totalement par le vêtement. Oui, mais elles ont exactement la même coupe de cheveux, elles ont dû tout essayer pour conclure que voilà, c’était cette coupe-là qui convenait, elles sont d’accord avec la coiffeuse, ça ne sert à rien d’essayer autre chose, c’est cette coupe-là on n’en parle plus.
Soixante-douze ans de tissu osseux, de cellules nerveuses, de viscères, de globules et de phanères ayant vécu parallèlement, dans deux corps distincts, une vie identique.
Elles descendent au même arrêt — elles vivent ensemble peut-être, au moins dans le même immeuble. Les voilà debout. La taille, la corpulence sont exactement semblables. Si elles se tenaient l’une derrière l’autre l’une serait absolument invisible. C’est celle au chariot (sa sœur a un cabas, on va quand même pas tout faire pareil, on n’est plus des gamines) qui se charge de dire Merci au revoir en direction du chauffeur avant de descendre, inutile de se mettre à deux elles l’auraient fait à l’unisson.
Amália Rodrigues (1920-1999) | O fado de cada um / Silva Tavares, paroles ; Frederico de Freitas, musique ; Amália Rodrigues, chant. Extrait du film : Fado, história d’uma cantadeira (Portugal, 1947) ; Perdigão Queiroga, réalisateur.
Bem pensado
Todos temos nosso fado
E quem nasce malfadado,
Melhor fado não terá
Fado é sorte
E do berço até a morte,
Ninguém foge, por mais forte
Ao destino que Deus dáQuand on y pense
Nous avons tous notre fado
Et si on naît avec un sort contraire
On n’en aura jamais de meilleur
Chacun son destin
Et du berceau jusqu’à la mort
Qu’on soit faible ou qu’on soit fort
On n’échappe pas à celui que Dieu nous donne.— — No meu fado amargurado
A sina minha
Bem clara se revelou
Pois cantando
Seja quem for adivinha
Na minha voz, soluçando
Que eu finjo ser quem não souDans mon fado d’amertume
Ma destinée
S’est clairement révélée
Et quand je chante
N’importe qui le devine
Dans ma voix, mes sanglots,
Je fais semblant d’être quelqu’un d’autre— — Bom seria poder um dia
Trocar-se o fado
Por outro fado qualquer
Mas a gente
Já traz o fado marcado
E nenhum mais inclemente
Do que este de ser mulher Quel bonheur ce serait
De pouvoir un jour
Troquer son fado contre un autre
Mais chacun
Naît avec son propre fado
Et il n’en existe aucun de plus dur
Que le mien, qui est d’être femme. Silva Tavares. O fado de cada um.Silva Tavares. O fado de cada um. Traduction L. & L.
Mercedes Sosa (1935-2009) | Guitarra, dímelo tú / Atahualpa Yupanqui, paroles; Pablo del Cerro [Paule Antoinette Pepin Fitzpatrick], musique ; Mercedes Sosa, chant ; Nicolás Brizuela, guitare. Captation : Lugano (Suisse), 1980.
Vidéo : Lugano : RTSI [Radiotelevisione svizzera di lingua italiana], 1980.
En 1980, au moment de ce récital télévisé produit par la télévision suisse de langue italienne, Mercedes Sosa, « la Negra » comme elle était affectueusement surnommée par son public, est exilée en France. L’Argentine connaît un nouveau régime de dictature militaire depuis le coup d’état de Videla (24 mars 1976).
Le récital (qui est disponible en DVD) est précédé d’une interview — les questions en italien, les réponses en espagnol — au cours de laquelle on lui suggère qu’elle serait à l’Amérique latine ce que sont respectivement Amália Rodrigues au Portugal, Joan Baez aux États-Unis et Oum Kalsoum aux « peuples musulmans ». Cela la fait sourire. Elle se définit en effet elle-même comme « une chanteuse populaire », qui s’efforce d’être la voix du continent entier. Elle se dit simple, mais non pas humble, aucun artiste ne l’est dit-elle. Il n’y a pas d’humilité en soi — il y a de la peur — lorsqu’on vient dans les théâtres au devant des publics, dans le monde entier comme elle le fait alors, au nom de son pays et de sa musique.
Le programme débute par plusieurs chansons d’Atahualpa Yupanqui dont Mercedes Sosa aura été une infatigable interprète tout au long de sa vie, et auquel elle avait consacré un magnifique album trois ans plus tôt (Mercedes Sosa interpreta a Atahualpa Yupanqui, 1977), accompagnée de ce même guitariste discrètement efficace et idiomatique, Nicolás Brizuela, qui lui est resté fidèle jusqu’à la fin.
Cette chanson, Guitarra, dímelo tú, Atahualpa Yupanqui n’en a écrit que les paroles. La musique est de sa femme Antoinette Paule Pepin, dite Nenette, et qui signait alors Pablo del Cerro. Est-ce qu’on imagine une chose pareille ? Nenette, une pianiste formée en France, était née à Saint-Pierre et Miquelon le 9 avril 1908, nous apprennent diverses sources (par exemple le site de la Fondation Atahualpa Yupanqui, ici). Elle s’est assez tôt établie en Argentine où elle s’est intéressée à la musique traditionnelle de ce pays. Elle est morte en 1990, deux ans avant que « Don Ata » ne vienne d’éteindre à Nîmes, au cours d’une tournée.
Si yo le pregunto al mundo,
el mundo me ha de engañar.
Cada cual cree que no cambia,
y que cambian los demás.
À quoi bon interroger le monde,
Le monde ne me dit pas la vérité.
Chacun se croit immuable,
Chacun croit que seuls les autres changent.Y paso las madrugadas,
buscando un rayo de luz.
Porqué, la noche es tan larga,
guitarra, dímelo tu.
Et tous les matins je cherche en vain
Un rayon de lumière
Pourquoi la nuit est-elle si longue ?
Dis-le-moi toi, ma guitare.
Se vuelve cruda mentira,
lo que fue tierna verdad
y hasta la tierra fecunda,
se convierte en arenal.
Ce qui fut tendre vérité
Se change en mensonge éhonté
Et même la terre féconde
Devient sable mouvant.
Los hombres son dioses muertos,
de un templo ya derrumbao.
Ni sus sueños se salvaron,
sólo una sombra ha quedao.
Les hommes sont les dieux morts
d’un temple désormais détruit
Leurs rêves même n’ont pas survécu
Seule en demeure une ombre.
Atahualpa Yupanqui (1908-1992). Guitarra, dímelo tú.Atahualpa Yupanqui (1908-1992). Dis-le-moi toi, ma guitare, traduit de Guitarra, dímelo tú par L. & L.
Atahualpa Yupanqui (1908-1992) | Guitarra, dímelo tú / Atahualpa Yupanqui, paroles; Pablo del Cerro [Paule Antoinette Pepin Fitzpatrick], musique ; Atahualpa Yupanqui, chant, guitare. Vers 1970.
Szomorú vasárnap
Samedi, en feuilletant un manuel de turc pour débutants, j’ai appris que le mot coiffeur avait été adopté tel quel dans cette langue, écrit kuaför. De même le mot petit-beurre, écrit pötibör. C’est cela qui sidère, un tel amour des Turcs pour les petits-beurres.
Aujourd’hui dimanche : voter, et l’après-midi aux Abattoirs.
Vers le soir, le ciel se couvre de lourdes nuées noires.




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Pál Kalmár | Szomorú vasárnap [Sombre dimanche] / László Jávor, paroles ; Rezső Seress, musique ; Pál Kalmár, chant ; accompagnement orchestral. 1935.
Damia | Sombre dimanche / László Jávor, paroles ; Jean Marèze et François-Eugène Gonda, adaptation française ; Rezső Seress, musique ; Damia, chant ; accompagnement orchestral. 1936. Adapté de : Szomorú vasárnap (Hongrie, 1933).
Sombre dimanche
Les bras tout chargés de fleurs
Je suis entrée dans notre chambre, le cœur las
Car je savais déjà que tu ne viendrais pas
Et j’ai chanté des mots d’amour et de douleur
Je suis restée toute seule et j’ai pleuré tout bas
En écoutant hurler la plainte des frimas
Sombre dimancheJe mourrai un dimanche où j’aurai trop souffert
Alors tu reviendras mais je serai partie
Des cierges brûleront comme un ardent espoir
Et pour toi, sans effort, mes yeux seront ouverts
N’aie pas peur, mon amour, s’ils ne peuvent te voir
Ils te diront que je t’aimais plus que ma vie
Sombre dimanche
Jean Marèze et François-Eugène Gonda. Sombre dimanche (1936), adapté de : László Jávor. Szomorú vasárnap (Hongrie, 1933).
Billie Holiday | Gloomy Sunday / László Jávor, paroles ; Sam Lewis, adaptation anglaise ; Rezső Seress, musique ; Damia, chant ; accompagnement orchestral. 1936. Adapté de : Szomorú vasárnap (Hongrie, 1933).
Un pareil moment est source d’émerveillement : Cançó de suburbi [Chanson de banlieue], une chanson si simple et si parfaite dans l’interprétation de Sílvia Pérez Cruz et du maître Toti Soler.
J’aime le jardin malingre
Que l’usine fait souffrir
Et j’aime que ma vie se passe
Dans ce paysage banal.
Quelque chose comme ça. La vidéo est extraite du très beau film Toti Soler, d’una manera silenciosa, réalisé en 2013 par la chaîne catalane TV3. On peut le visionner intégralement sur le site de TV3.
Toti Soler & Sílvia Pérez Cruz | Cançó de suburbi. Josep Maria de Sagarra (1894-1961), poème ; Toti Soler, musique ; Sílvia Pérez Cruz, chant ; Toti Soler, guitare.
Extrait du film Toti Soler, d’una manera silenciosa, Jordi Turtós, direction ; Àngel Leiro, Joan Simó, réalisation. Catalogne, TV3, Televisió de Catalunya, 2013.
M’estimo l’horta escanyolida
que de la fàbrica es ressent,
i em plau voltar la meva vida
d’aquest paisatge indiferent.I em plau l’estona virolada:
gent d’amanida i berenar.
Una donzella espitregada
i una cançó que fa plorar.I l’home humil que a l’aire ensenya
un front valent i un ull esclau,
i va amb la gorra i l’espardenya
i el farcellet i el vestit blau.Aquí jo veig que el món se m’obre
fred i terrible com la mort.
I és tan mesquina i és tan pobra
la campaneta del meu cor!Dels llagoters fuig la corrua
i en el meu rostre no hi ha vel
i em puc mirar l’ànima nua
sense cap mica de recel.Estimo l’horta desolada;
el presseguer ensopit que es mor,
i l’arengada platejada,
porró de sang, tomàquet d’or.Jo vaig seguint la vostra dèria,
homes estranys de bones dents,
que tornareu a la misèria
una miqueta més contents!Durin els mals, durin les penes,
llàgrima, rosa, perla i bes.
Duri aquest cor i aquestes venes,
duri aquest ull que no veu res.Vestit encès que el goig estripa,
dansa per mi! Home lleial,
vine, fumem la nostra pipa
damunt de l’herba virginal.Digue’m les vives meravelles
del teu treball, del teu turment.
Sota el concert de les estrelles,
anem fumant tranquil·lament.
Josep Maria de Sagarra (1894-1961). Cançó de suburbi. Source : Cancioneros.com




