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Courte passeggiata lyonnaise

23 août 2014

Lyon (France), place des Terreaux, 21 août 2014

Lyon a deux fleuves. Ils s’avancent vers le Sud, larges, mornes et placides, n’ayant pour perspective que de se noyer dans la Méditerranée. (Les eaux de la Garonne, ou celles de la Loire, qui dès leur source ont cette connaissance de leur destin qui est de se mêler au bout de leur course à la grande mer atlantique, ont une autre prestance. Elles, pour faire durer les préliminaires et retarder le moment de l’éclaboussement, des hurlements des mouettes, c’est d’abord vers le Nord qu’elles se dirigent.)

C’est une ville que j’avais connue grise autrefois, poussiéreuse, presque sale. Vieille, comme arrêtée dans les années trente, quarante. Je la vois ripolinée à la manière italienne, désireuse probablement de se donner pour piémontaise, ou du moins d’avertir qu’elle a Turin pour cousine (Turin ne l’entend peut-être pas ainsi quant à elle).

D’avertir qui ? Paris tiens, accusée de s’la péter. Lyon a des ambitions de capitale et se donne des airs. « Lyon capitale » on voit ça partout. Capitale de quoi, ce n’est pas dit. À l’appui de cette prétention elle s’est construit un centre des congrès immense, à la Georges Frêche. Et puis, situé juste à la pointe de la « Presqu’île », un nouveau quartier fait d’édifices modernes et de bâtiments anciens détournés de leur usage premier, qui aurait fait mourir de jalousie le déjà feu empereur de Septimanie.

Lyon (France), la Saône, 21 août 2014

Quelques Italiens flânent dans ses rues. Mais moins que de Catalans à Toulouse. (Du reste, sans l’avoir recherché du tout, Toulouse fait plus authentiquement italienne que Lyon, au point que s’il lui prenait la fantaisie de partir s’établir entre Modène et Bologne nul ne la prendrait pour une immigrée.)

Lyon n’est pas italienne. Il suffit de s’éloigner de cette partie de la ville qui fait vitrine pour retrouver une province française vieillotte et jolie, pleine de charme. Une France comme on n’en voit plus nulle part. C’est ce qu’elle a cette ville de Lyon, à défaut de réelle beauté : du charme, une personnalité singulière. Une forme de poésie dans les noms qu’elle donne à ses rues, à ses lieux.

Lyon (France), rue des Fantasques, 19 août 2014

De là, et de ses escarpements qui font des pentes et des escaliers, des paliers, des belvédères, ce peu d’étrangeté qui suffit à la rendre intéressante.

J’ai trouvé ses habitants aimables. La ville – c’est rare pour une française –, vivable.

Lyon (France), place Sathonay, 21 août 2014

Est-ce l’effet de l’été ?

Ça va mal

16 août 2014

De quelque côté qu’on regarde les choses…

Hortensias, Ariège (France), 10 août 2014

Cette année les hortensias étaient en abondance, pleins, lisses, doux et bleus comme une nostalgie d’enfances qu’on aimerait avoir eues.

L’huile venait de Sicile. On avait acheté sur le marché une tomate énorme, grande comme une assiette ou presque, dont on prélevait de quoi comme d’un jambon.

Mais il n’a pas fait beau.

Cette année l’huile était en abondance, pleine, lisse, douce et bleue comme une nostalgie d’enfances qu’on aimerait avoir eues.

11 août 2014

Les hortensias venaient de Sicile. On avait acheté sur le marché une assiette énorme, grande comme un jambon ou presque, dont on prélevait de quoi comme d’une tomate.

Mais il n’a pas fait beau.

Cette année le jambon était en abondance, plein, lisse, doux et bleu comme une nostalgie d’enfances qu’on aimerait avoir eues.

La tomate venait de Sicile. On avait acheté sur le marché des hortensias énormes, grands comme des assiettes ou presque, dont on prélevait de quoi comme d’une huile.

Col de l'Arrech (Ariège, France), 9 août 2014

Mais il n’a pas fait beau.

… on arrive à la même conclusion.

………

Hortensias, Ariège (France), 10 août 2014

 

Les yeux verts cheveux noirs — Ewa Demarczyk, Nina Simone

8 août 2014

Tu as des yeux verts, verts comme une brise d’été passant sur des forêts enchantées, et des prés enchantés.

Masz takie oczy zielone, zielone, jak letni wiatr z zaczarowanych lasów i zaczarowanych pól.
Julian Kacper. Groszki.

Ewa Demarczyk | Groszki i róże / Julian Kacper & Henryk Roztworowski, paroles ; Zygmunt Konieczny, musique ; Ewa Demarczyk, chant ; instrumentistes non identifiés.
Vidéo : TVP [Telewizja Polska], 1970.

Internet :

Noir : c’est la couleur des cheveux de mon amour
Son visage est doux et merveilleusement clair
Les yeux les plus purs
Et les mains les plus fortes
J’aime le sol sur lequel il se tient.

Black is the colour of my true love’s hair
His face is soft and wondrous fair
The purest eyes
And the strongest hands
I love the ground whereon he stands.
Black is the colour of my true love’s hair. Chanson traditionnelle, d’origine écossaise ou anglaise selon les sources, répandue aux États-Unis (Appalaches).

Nina Simone (1933-2003) | Black is the color of my true love’s hair / paroles et musique traditionnelles (Grande-Bretagne) ; Nina Simone, chant et piano ; Emile Latimer, chant et guitare. Vers 1969.

Internet :

La radio

7 août 2014

J’ai envie ddire que voilà quoi… Et là du coup ça va très très vite, ça va très très très vite, mais moi en tout cas oui, moi je déteste le mot répétition, y a pas d’idée de, voilà, pas d’idée de répétition, c’est complètement idiot, mon travail c’est pas ça… comment ? Oui, enfin un peu… comment dire… Tragique ? Tragique oui un peu, enfin vous savez je sais pas comment vous répondre, mais à un moment donné on se dit oui, comment, enfin voilà, tout d’un coup on se dit ben oui, enfin voilà quoi, c’est beau ça enfin, c’est vraiment incroyable, mais en fait je cherche pas ça, et puis en fait oui voilà, enfin voilà, voilà ça va permettre de… j’aime bien avoir une écriture, enfin voilà, et à la fin de renverser complètement ça, c’est… enfin voilà.

Françoise Hardy | Voilà / Françoise Hardy, paroles, musique, chant ; orchestre sous la direction de Jacques Denjean. ℗1967.
Vidéo : production ORTF (Office de radiotélévision française), 1967.

Alfredo Marceneiro, Amália Rodrigues | Fado cravo : A viela ; Maldição

2 août 2014

Amália Rodrigues (1920-1999) | Amália Rodrigues chante un extrait de A Viela, en présence d’Alfredo Marceneiro / Guilherme Pereira da Rosa, paroles ; Alfredo Marceneiro, musique (Fado Cravo) ; Amália Rodrigues, chant ; instrumentistes non identifiés. Captation : 1967 ?
Extrait de : Amália Rodrigues au Portugal. France, INA [Institut national de l’audiovisuel]. Production Office national de radiodiffusion télévision française [ORTF], 1967. Première diffusion dans l’émission Cinq colonnes à la une, le 5 mai 1967. Voir le film complet sur le site de l’INA.

Em vez disso no entanto,
No seu rosto só vi pranto,
Só vi desgosto e descrença.
Fui-me embora amargurado
Era fado, mas o fado,
Não é sempre o que se pensa.
Pourtant, au lieu de ça
Je n’ai vu que des larmes
sur son visage amer et désabusé.
Je me suis éloigné, plein de tristesse.
Elle était le fado, mais le fado
N’est pas toujours ce que l’on croit.
[…]
Na pena que me desgarra
Só me lembra uma guitarra
A chorar penas da vida.
[…]
Dans cette peine qui m’emporte
J’ai comme le souvenir d’une guitare
Pleurant les peines de la vie.
Guilherme Pereira da Rosa. A viela (extrait). Guilherme Pereira da Rosa. La ruelle (extrait), traduit de A viela par L. & L.

On voit ici réunis les deux plus grands personnages du fado au XXe siècle, et probablement même de toute l’histoire du fado : Amália Rodrigues et Alfredo Marceneiro. Il s’agit d’une captation des années 1960 (1966 ou 1967) réalisée pour la télévision publique française.

En dépit de l’extravagante sottise du commentaire en voix off, qui de surcroît recouvre la reprise finale pour laquelle Marceneiro joint sa voix à celle d’Amália, c’est un document précieux parce qu’on y voit, fait rarissime, Amália et Marceneiro ensemble ; et parce qu’Amália y interprète ce fado dans un style « castiço », propre au milieu fadiste, style qu’elle délaisse progressivement dès la fin des années 1950 pour ne plus jamais y revenir. Sa rencontre avec le compositeur français Alain Oulman en 1961 marque à cet égard une sorte de point de non-retour. À l’époque de cette captation elle a déjà abandonné cette manière de chanter le fado, dans laquelle pourtant elle excelle, ce film le montre.

Le fado « cravo » tire son nom du poème pour lequel Alfredo Marceneiro l’avait composé dans les années 1930 à son propre usage (Fado do cravo, Fado de l’œillet). Il n’en existe pas de trace discographique pour autant que je sache. En revanche il l’a lui même réemployé sur un autre texte, intitulé A viela (La ruelle). C’est celui qu’on entend ici.

A viela témoigne d’une époque où les femmes qui s’adonnaient au fado étaient souvent des prostituées (c’était encore le cas lorsque Amália Rodrigues débute en 1939, devenant une sorte de brebis galeuse au sein de sa propre famille). Le mot fado lui-même était associé à la mauvaise vie, et à la nuit. « J’allais de ruelle en ruelle / Je l’ai trouvée dans l’une d’elles /J’en suis resté ensorcelé… / Dans la lueur d’un réverbère / Se tenait le fado en personne / Car tout en elle était fado. » Le narrateur, passant près de la femme, s’attend à « l’invitation habituelle », au lieu de quoi il la voit en proie à un désarroi extrême. « Elle était le fado, mais le fado / N’est pas toujours ce que l’on croit. »

Alfredo Marceneiro (1891-1982). A Viela / Guilherme Pereira da Rosa, paroles ; Alfredo Marceneiro, musique (Fado Cravo) ; Alfredo Marceneiro, chant ; José Pracana & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Francisco Peres et José Carlos da Maia, guitare classique. Captation : années 1970 ?
Vidéo : Portugal, RTP, 19–.

Fui de viela em viela
Numa delas, dei com ela
E quedei-me enfeitiçado…
Sob a luz dum candeeiro,
Estava ali o fado inteiro,
Pois toda ela era fado.
Em vez disso no entanto,
No seu rosto só vi pranto,
Só vi desgosto e descrença.
Fui-me embora amargurado
Era fado, mas o fado,
Não é sempre o que se pensa.
Arvorei um ar gingão,
Um certo ar fadistão
Que qualquer homem assume.
Pois confesso que aguardei
Quando por ela passei
O convite do costume.
Ainda recordo agora
A visão, que ao ir-me embora
Guardei da mulher perdida.
Na pena que me desgarra
Só me lembra uma guitarra
A chorar penas da vida.
Guilherme Pereira da Rosa. A viela.

Marceneiro, né en 1891, est resté fidèle toute sa vie à ce type de thématique : la vidéo ci-dessus date des années 1970. Il était un vestige vivant, intact et génial, du fado du début du siècle.

Amália Rodrigues, sa cadette de près de 30 ans, le considérait comme tel. Elle n’a cependant jamais manqué d’exprimer son admiration pour lui, y voyant surtout un compositeur exceptionnel.

Gosto muito dos fados clássicos, e existem três grandes compositores dentro do meio do fado: o Armandinho, o Alfredo Marceneiro, e o Joaquim Campos.
Amália Rodrigues (1920-1999), Vítor Pavão dos Santos. Amália, uma biografia (1986). Presença, 2005, ISBN 972-23-3468-9, page 137.

J’aime beaucoup les fados classiques, et il existe trois grands compositeurs dans le milieu du fado : Armandinho, Alfredo Marceneiro, et Joaquim Campos.

C’est dans les musiques de Joaquim Campos (1911-1981) qu’elle a puisé pour les pièces les plus emblématiques de son répertoire de « fados classiques » comme elle dit : le célèbre Povo que lavas no rio (Fado Vitória), ou encore Cansaço (Fado Tango). D’Armandinho (Armando Freire, 1891-1946), l’un des plus grands interprètes de guitare portugaise de l’histoire de cet instrument, elle a enregistré plusieurs fados au début de sa carrière, parmi lesquels le merveilleux As Penas (Fado Bacalhau, 1945), repris à sa manière par Lula Pena.

Quant aux musiques de Marceneiro, on retiendra notamment le Fado bailado sur lequel elle a elle-même écrit les vers de son Estranha forma de vida, et ce Fado cravo, celui-là de A viela, qu’elle adorait tout particulièrement, et qu’elle a employé pour Maldição (sur un poème d’Armando Vieira Pinto). Elle en a enregistré plusieurs versions à différents moments de sa carrière. La voici d’abord dans une captation de 1958, c’est semble-t-il sa première apparition à la télévision portugaise.

Amália Rodrigues (1920-1999). Maldição / Armando Vieira Pinto, paroles ; Alfredo Marceneiro, musique (Fado Cravo) ; Amália Rodrigues, chant ; José Pracana & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Francisco Peres et José Carlos da Maia, guitare classique.
Vidéo : Portugal, RTP, 1958.

La mélodie est bien la même que celle de A viela, c’est bien le Fado cravo, mais on a complètement changé d’univers musical et poétique.

Autre version du même fado : l’enregistrement discographique de 1967 (et non 1973 comme mentionné au générique de fin par erreur), c’est à dire l’année même du film français dans lequel elle interprète A viela en présence de Marceneiro. (La vidéo se termine incongrûment par un court extrait d’un enregistrement de Maldição par Maria Bethânia.)

Amália Rodrigues (1920-1999). Maldição / Armando Vieira Pinto, paroles ; Alfredo Marceneiro, musique (Fado Cravo) ; Amália Rodrigues, chant ; Raul Nery & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare classique ; Joel Pina, basse acoustique. Bande son extraite de l’album Fados 67, ℗1967.

Le style presque déclamatoire dans lequel Amália interprète ce Maldição, qui est d’ailleurs bien dans sa manière, montre à quel point le cadre auquel elle le destine n’est aucunement l’intimité des maisons de fado, mais bien plutôt l’ampleur du théâtre.

Que destino, ou maldição
Manda em nós, meu coração?
Um do outro assim perdidos
Somos dois gritos calados
Dois fados desencontrados
Dois amantes desunidos.
Quel destin, quelle malédiction
Règne sur nous mon cœur ?
Car nous sommes étrangers l’un à l’autre,
Deux cris silencieux
Deux destins qui s’ignorent
Deux amants désunis.
Por ti sofro e vou morrendo
Não te encontro, nem te entendo
Amo e odeio sem razão
Coração… quando te cansas
Das nossas mortas esperanças
Quando paras, coração?
Tu me fais souffrir, tu me fais mourir
Je te cherche sans te comprendre
J’aime et je hais sans raison
Mon cœur… quand te lasses-tu
De nos espoirs anéantis
Quand t’arrêtes-tu, mon cœur ?
Nesta luta, esta agonia
Canto e choro de alegria
Sou feliz e desgraçada.
Que sina a tua, meu peito
Que nunca estás satisfeito
Que dás tudo… e não tens nada.
Dans cette lutte, cette agonie
Je chante et je pleure de joie
Je suis heureuse et malheureuse.
Quel destin que le tien mon cœur,
Toi, jamais satisfait
Qui donnes tout… et qui n’as rien !
Na gelada solidão
Que tu me dás coração
Não há vida nem há morte
É lucidez, desatino
De ler no próprio destino
Sem poder mudar-lhe a sorte.
Dans cette solitude glacée
Que tu me donnes, mon cœur,
Il n’y a ni vie ni mort.
C’est lucidité et c’est folie
De lire dans sa propre destinée
Sans pouvoir agir sur son cours.
Armando Vieira Pinto (1906-1964). Maldição.
Armando Vieira Pinto. Malédiction, traduit de Maldição par L. & L.

Loin de Gonesse

24 juillet 2014

C’est où Gonesse ?

Leonessa (Lazio, Italie), 8 juillet 2014

Leonessa (Lazio, Italie), 8 juillet 2014

À 1650 km d’ici.

Leonessa (Lazio, Italie), 8 juillet 2014
Leonessa (Lazio, Italie), 8 juillet 2014

Allez viens Maurice

24 juillet 2014

Je déjeune seul « aux boîtes » [voir ce billet], à la fenêtre.

Une voix de femme, une voix sonore, derrière moi disant : Au revoir Madame bonne journée, Allez viens Maurice.

(Maurice, on s’appelle encore Maurice.)

Bruits de la porte qu’on ouvre et qu’on franchit, et quelques secondes plus tard la voilà cette femme, blonde, un peu épaisse, en jupe blanche assez courte, oui vraiment courte, un haut turquoise, marchant d’un pas de militaire au défilé ; traînant de la main droite un roquet blanc qui trottine au bout d’une laisse, de la gauche un homme plus petit qu’elle, les menant jusqu’à une voiture stationnée en contrebas, les y faisant monter avant de s’installer au volant. On voit le visage, bouffi, sans aucun doute perdu avec la boisson comme on dit chez moi (kollet gand ar boesson en v.o.). La cinquantaine. L’homme à peu près le même âge, chauve.

L’homme et le chien s’appellent donc tous les deux Maurice. Ou plutôt : Maurice est un nom collectif, désignant une entité composée de deux êtres, à laquelle cette femme s’adresse en effet comme s’ils constituaient un tout. Allez viens Maurice.

Avec les anges

22 juillet 2014

Ferrare (Italie), Église de Santa Maria in Vado = Ferrara (Italia), Chiesa di Santa Maria in Vado, 4 juillet 2014

Ferrare (Italie), Église de Santa Maria in Vado = Ferrara (Italia), Chiesa di Santa Maria in Vado, 4 juillet 2014

Mais… mais qu’est-ce que tu fais là, ça fait une heure que je te cherche ! Mais… mais t’es tout nu, non mais t’es malade, non mais qu’est-ce que tu fabriques ! Quoi ? Et c’est qui ce type avec qui tu es bonjour Monsieur… Comment ? Non mais t’es malade hein t’es complètement malade ! Descends ! Descends immédiatement tu m’entends ! Tu me rends dingue, tu me fais tourner en bourrique, c’est pas possible, moi j’en peux plus hein.

Quoi ?

Ferrare (Italie), Église de Santa Maria in Vado = Ferrara (Italia), Chiesa di Santa Maria in Vado, 4 juillet 2014

Lula Pena est là

18 juillet 2014
  • Lula Pena au Festival de Radio-France & Montpellier Languedoc-Roussillon

Saint Alban sur Limagnole (Lozère), Château
Jeudi 24 juillet, 19 h 30
Voir sur le site du Festival

Écouter l’album Troubadour (2010)

Lula Pena est une artiste des plus singulières. Son album Troubadour (2010) est un univers. [Voir le billet Lula Pena — Troubadour (2010), et les nombreux autres qui lui sont consacrés sur ce blog.]

Lula. En portugais : calmar. Lulas grelhadas : calmars grillés.
Pena. En portugais : plume, ou douleur. Penas de pavão : plumes de paon (ou peines de paon). Penas de coração : peines de cœur (ou plumes de cœur).

Lula Pena serait donc à la fois calmar, plume et douleur.

De la connivence entre plume et douleur elle rend compte dans le fado As penas qui surgit presque toujours dans le continuum musical et poétique qu’elle livre lors de ses prestations scéniques, seule avec les instruments de sa passion : sa guitare, sa voix profonde et sablonneuse.

São bem felizes as aves / como são leves, suaves / as penas que Deus lhes deu! / As minhas pesam-me tanto / Ai! se tu soubesses quanto! / Sabe-o Deus, e sei-o eu.
Fernando Caldeira. As penas (1945?).

Comme ils sont heureux les oiseaux, comme elles sont légères et douces, les [penas] que Dieu leur a données ! Les miennes me sont si lourdes, ah si su savais ! Dieu le sait lui, et je le sais aussi.
Fernando Caldeira. As penas (1945?). Traduction L. & L.


Lula Pena | Troubadour. Acto II / Lula Pena, chant, guitare.
Comprend des extraits du fado As penas (Fernando Caldeira, paroles ; Armando Freire dit Armandinho, musique [fado Bacalhau], souvent attribuée à José António Augusto da Silva [José Bacalhau], premier interprète de ce fado) et de la chanson Fui à fonte beber água (traditionnel de l’Alentejo). Captation : Allemagne, 9 juin 2011.

Calmar.
Les calmars ou teuthides (Teuthida) constituent un ordre, apparu au début du Jurassique, de céphalopodes décapodes marins apparentés aux seiches et regroupant près de 300 espèces. La plupart des espèces n’ont pas de nom vernaculaire spécifique et sont donc désignées en français sous le nom générique de « calmar ».
Article Calmar dans Wikipédia (fr).

« Céphalopode décapode marin » : marin oui, certainement. À y réfléchir c’est bien une voix marine, celle de Lula Pena. Une voix océanique et très ancienne, issue des profondeurs. Les couleurs de cette voix absolument particulière sont en effet le bleu, le gris, le blanc, le vert.

Céphalopode : marchant sur la tête ; voyant l’envers des choses de même que leur endroit ; c’est bien ça.

Décapode : dix doigts pour faire sonner la guitare, dix tentacules pour méduser l’auditoire.

Extrait de :  Description de l'Egypte..., Histoire naturelle, T. II, Paris, 1887
Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Les gens dans les musées

16 juillet 2014

Les gens dans les musées font leur muscu, assidument. Tous les jours, sauf ceux de fermeture : trop faut n’en pot. Trop pot n’en faut. Trop foin… C’est comment déjà ?

Mantoue (Italie), Palais ducal = Mantova (Italia), Palazzo Ducale, 2 juillet 2014

Les gens dans les musées se recueillent, songeant à leur splendeur ancienne désormais retournée à la cendre ; à ces millénaires enfuis comme autant de fétus emportés dans un souffle, si brefs, comme condensés en un minuscule instant, réduits à rien.

Mantoue (Italie), Palais ducal = Mantova (Italia), Palazzo Ducale, 2 juillet 2014

Les gens dans les musées sont mélancoliques.

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Mantoue (Italie), Palais ducal = Mantova (Italia), Palazzo Ducale, 2 juillet 2014

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