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Ewa Demarczyk | Tomaszów

2 avril 2014

C’est une chanson d’une tristesse incommensurable (peut-être est-ce une tristesse polonaise, je ne sais pas, il faudrait que se renseigner sur cette tristesse particulière). De quoi porter un accès de cafard jusqu’à un paroxysme. Le cafard qui prend les gens le dimanche soir par exemple.

Le cafard des enfants ces soirs-là. Le cafard d’un enfant polonais qu’on ramène en voiture à la pension dans la ville de Cracovie – une pension catholique ; la radio passe cette chanson-là tandis qu’il voit s’éloigner sa maison, ses montagnes des Tatras, et disparaître dans la nuit les lieux dans lesquels il est heureux. Il s’agit d’une histoire qui n’est pas la sienne pourtant, mais il entend parler de séparation et de douleur, d’une maison blanche, du silence de septembre, de raisin : winogrona. Pour lui c’est comme si la main qui lui étreint déjà la poitrine se resserrait encore, à la broyer.

Mais plus tard, couché dans le dortoir et près de s’endormir, le souvenir de cette chanson, belle autant qu’elle est triste, lui sera comme un baume.

Ewa Demarczyk | Tomaszów / poème de Julian Tuwim ; Zygmunt Konieczny, musique ; Ewa Demarczyk, chant ; instrumentistes non identifiés. Texte d’après le poème Przy okrągłym stole [À la table ronde] de Julian Tuwim (1ère publication dans le recueil : Siódma jesień, Varsovie, 1922).
Vidéo : TVP [Telewizja Polska], 1970.

Internet :

Ewa Demarczyk (née en 1941) est une actrice et chanteuse polonaise parmi les plus célèbres de son pays. Son répertoire chanté s’appuie sur des poèmes de grands auteurs polonais et étrangers (parmi lesquels Rilke, Mandelstam, Goethe). Le texte de Tomaszów est une adaptation d’un poème de Julian Tuwim (1894-1953) Przy okrągłym stole (À la table ronde). L’ordre des strophes du poème original est largement modifié, certaines sont chantées deux, ou même trois fois, tandis que l’une d’elle, celle précisément dont le poème tire son titre et qui en est la clé de voûte (pour ce que j’en comprends), est omise.

Voici d’abord le texte de la chanson (celui du poème est plus bas) :

A może byśmy tak, najmilszy,
wpadli na dzień do Tomaszowa?
Może tam jeszcze zmierzchem złotym
ta sama cisza trwa wrześniowa…
Mon amour, si on allait
Passer une journée à Tomaszów ?
Peut-être y retrouverions-nous
Ce même silence de septembre, dans le crépuscule d’or…
W tym białym domu, w tym pokoju
gdzie cudze meble postawiono,
musimy skończyć naszą dawną
rozmowę, smutnie nie skończoną.
Dans cette maison blanche, dans ce salon
Que des étrangers ont rempli de leurs meubles,
Il nous faut reprendre notre conversation,
Entamée autrefois, et si tristement interrompue…
Więc może byśmy tak, najmilszy,
wpadli na dzień do Tomaszowa?
Może tam jeszcze zmierzchem złotym
ta sama cisza trwa wrześniowa…
Alors mon amour, si on allait
Passer une journée à Tomaszów ?
Peut-être y retrouverions-nous
Ce même silence de septembre, dans le crépuscule d’or…
Jeszcze mi tylko z oczu jasnych
spływa do warg kropelka słona,
a ty mi nic nie odpowiadasz
i jesz zielone winogrona.
Seule une goutte salée se fraie un chemin
De mes yeux clairs jusqu’à mes lèvres
Mais tu ne me réponds rien,
Et tu manges du raisin blanc.
Ten biały dom, ten pokój martwy
do dziś się dziwi, nie rozumie…
Wstawili ludzie cudze meble
i wychodzili stąd w zadumie…
Cette maison blanche, ce salon mort…
Il se demande encore, incrédule, ce qui est advenu…
D’autres y ont posé leurs meubles,
Et sont repartis dans une tristesse pensive…
A przecież wszystko tam zostało!
Nawet ta cisza trwa wrześniowa…
Więc może byśmy tak, najmilszy,
wpadli na dzień do Tomaszowa?
Pourtant, tout s’y trouve encore, inchangé !
Même ce silence de septembre…
Alors mon amour, si on allait
Passer une journée à Tomaszów ?
Jeszcze ci wciąż spojrzeniem śpiewam:
Du holde Kunst*… – i serce pęka!
I muszę jechać… więc mnie żegnasz,
lecz nie drży w dłoni mej twa ręka.
Pourtant je te chante encore du regard :
« Du holde Kunst* »… et mon cœur se brise !
Et il faut que je parte… et tu me dis adieu,
Mais ta main ne tremble pas dans la mienne.
I wyjechałam, zostawiłam,
jak sen urwała się rozmowa.
Błogosławiłam, przeklinałam:
Du holde Kunst! Więc tak? Bez słowa?
Et je m’en suis allée.
Cette conversation s’est rompue comme un rêve,
Je t’ai béni et maudit :
« Du holde Kunst… » C’est donc ainsi ? Sans un mot ?
A może byśmy tak, najmilszy,
wpadli na dzień do Tomaszowa?
Może tam jeszcze zmierzchem złotym
ta sama cisza trwa wrześniowa.
Mon amour, si on allait
Passer une journée à Tomaszów ?
Peut-être y retrouverions-nous
Ce même silence de septembre, dans le crépuscule d’or…
Jeszcze mi tylko z oczu jasnych
splywa do warg kropelka slona,
a ty mi nic nie odpowiadasz
i jesz zielone winogrona…
Seule une goutte salée se fraie un chemin
De mes yeux clairs jusqu’à mes lèvres
Mais tu ne me réponds rien,
Et tu manges du raisin blanc.
Tomaszów, d’après Przy okraglym stole, de Julian Tuwim (1894-1953).
*« Du holde Kunst » (Ô art aimable) : les premiers mots du lied An die Musik (À la musique) de Franz Schubert, sur un poème de Franz von Schober.
Tomaszów, d’après À la table ronde, de Julian Tuwim (1894-1953), traduit approximativement  par L. & L. à partir de deux traductions anglaises, l’une par Katarzyna Skonieczna, l’autre par VidMak.

Je ne comprends pas le polonais malheureusement ; tout au plus suis-je capable de reconnaître quelques mots qui ressemblent à leurs équivalents russes. Mon professeur de russe (je n’ai étudié cette langue qu’un an, avec une grande assiduité) disait que le polonais était une langue impossible à apprendre, trop difficile. Toutes les difficultés du russe multipliées par elles-mêmes, plus d’autres entièrement originales. C’est ce qu’il disait — avec un peu de partialité peut-être. Je me suis donc aidé de deux traductions anglaises, l’une par Katarzyna Skonieczna, l’autre publiée par VidMak en complément de la vidéo Youtube que voici. La bande son est constituée de l’enregistrement studio de Tomaszów réalisé pour l’album Ewa Demarczyk ‎śpiewa piosenki Zygmunta Koniecznego (Ewa Demarczyk chante les chansons de Zygmunt Konieczny, 1967).

Ewa Demarczyk | Tomaszów / poème de Julian Tuwim ; Zygmunt Konieczny, musique et arrangements ; Ewa Demarczyk, chant ; ensemble instrumental dirigé par Zygmunt Konieczny. Enregistrement original : Polskie Nagrania Muza, ℗1967.
Texte d’après le poème Przy okrągłym stole [À la table ronde] de Julian Tuwim (1ère publication dans le recueil : Siódma jesień, Varsovie, 1922).
Vidéo : VidMak. Contient des scènes du film Pociąg (Train de nuit), réalisé par Jerzy Kawalerowicz en 1959.

A może byśmy tak, jedyna,
Wpadli na dzień do Tomaszowa?
Może tam jeszcze zmierzchem złotym
Ta sama cisza trwa wrześniowa…
Mon amour, si on allait
Passer une journée à Tomaszów ?
Peut-être y retrouverions-nous
Ce même silence de septembre, dans le crépuscule d’or…
W tym białym domu, w tym pokoju,
Gdzie cudze meble postawiono,
Musimy skończyć naszą dawną
Rozmowę, smutnie nie skończoną.
Dans cette maison blanche, dans ce salon
Que des étrangers ont rempli de leurs meubles,
Il nous faut reprendre notre conversation,
Entamée autrefois, et si tristement interrompue.
Do dzisiaj przy okraglym stole
Siedzimy martwo, jak zakleci!
Kto odczaruje nas? Kto wyrwie
Z nieublaganej niepamieci?
Là-bas, assis à la table ronde
Nous nous tenons encore, comme figés par un sortilège
Qui nous en délivrera ?
Qui nous éveillera d’un inexorable oubli ?
Jeszcze mi ciagle z jasnych oczu
Splywa do warg kropelka slona,
A ty mi nic nie odpowiadasz
I jesz zielone winogrona.
La goutte salée se fraie toujours un chemin
De mes yeux clairs jusqu’à mes lèvres
Et tu ne me réponds rien,
Et tu manges du raisin blanc.
Jeszcze ci wciąż spojrzeniem śpiewam:
« Du holde Kunst »*… — i serce pęka!
I muszę jechać… więc mnie żegnasz,
lecz nie drży w dłoni mej twa ręka.
Et pourtant je te chante du regard :
« Du holde Kunst* »… et mon cœur se brise !
Et il faut que je parte… et tu me dis adieu,
Mais ta main ne tremble pas dans la mienne.
I wyjechałem, zostawiłem,
jak sen urwała się rozmowa.
Błogosławiłem, przeklinałem:
Du holde Kunst! Więc tak? Bez słowa?
Et je m’en suis allé.
Cette conversation s’est rompue comme un rêve,
Je t’ai bénie et maudite :
« Du holde Kunst… » C’est donc ainsi ? Sans un mot ?
Ten biały dom, ten pokój martwy
Do dziś się dziwi, nie rozumie…
Wstawili ludzie cudze meble
I wychodzili stad w zadumie…
Cette maison blanche, ce salon mort…
Il se demande encore, incrédule, ce qui est advenu…
Des étrangers y ont posé leurs meubles,
Et sont repartis dans une tristesse pensive…
A przecież wszystko tam zostało!
Nawet ta cisza trwa wrześniowa…
Więc może byśmy tak, najmilszy,
wpadli na dzień do Tomaszowa?
Pourtant, tout s’y trouve encore, inchangé !
Même ce silence de septembre…
Alors mon amour, si on allait
Passer une journée à Tomaszów ?
Julian Tuwim (1894-1953). Przy okraglym stole.
*« Du holde Kunst » (Ô art aimable) : les premiers mots du lied An die Musik (À la musique) de Franz Schubert, sur un poème de Franz von Schober.
Julian Tuwim (1894-1953). À la table ronde, traduit approximativement de Przy okraglym stole par L. & L. par l’intermédiaire de deux traductions anglaises, l’une par Katarzyna Skonieczna, l’autre par VidMak.

Ewa Demarczyk
Ewa Demarczyk ‎śpiewa piosenki Zygmunta Koniecznego (1967). Réédité en CD

Ewa Demarczyk ‎śpiewa piosenki Zygmunta Koniecznego (1967)Ewa Demarczyk ‎śpiewa piosenki Zygmunta Koniecznego / poèmes de Miron Białoszewski, Bolesław Leśmian, Julian Tuwim… [et d’autres] ; Zygmunt Konieczny, musique et arrangements ; Ewa Demarczyk, chant ; ensemble instrumental dirigé par Zygmunt Konieczny ; Orkiestra Polskiego Radia [Orchestre de la radio polonaise] ; Stefan Rachoń, direction.
Enregistré en janvier et février 1967.

Première publication : Polskie Nagrania Muza, ℗1967. — 1 disque 33t.
Réédité en format CD : Polskie Nagrania Muza, distribution EMI, 1999. PNCD 445 A/B. — EAN 5907783494451.

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