Aldina Duarte | Romance(s) (2015)

Aldina Duarte | Romance(s) (2015).
Un album bien singulier que celui-ci, qui est le dernier en date d’Aldina Duarte, 48 ans, personnage éminemment sympathique de la scène du fado de Lisbonne, femme de gauche et féministe.
Aldina Duarte interprète généralement des fados traditionnels sur des textes qu’elle écrit parfois elle-même ou qu’elle commande à des paroliers de talent, s’efforçant de faire de ses albums de véritables projets artistiques articulés autour d’une thématique ou d’un fil conducteur. Ainsi par exemple de Mulheres ao espelho (« Femmes au miroir », 2008) ou de Contos de fados (« Contes de fados » – titre jouant sur la proximité avec l’expression contos de fadas, « contes de fées » –, 2011).
Un album doublement double
Romance(s) (2015), un album double, poursuit sur cette lancée. Il est construit sur un récit à épisodes, celui des vicissitudes d’un couple qui se forme, vit sa petite vie de tous les jours et se défait. Le point de vue est celui de la femme, délaissée par son mari en faveur de sa meilleure amie, plus sexy qu’elle : voici une histoire des plus banales, à peine digne d’un roman-photo. Encore s’agit-il plutôt d’une sorte de journal intime dont chacun des 14 morceaux de l’album formerait un feuillet : tout est écrit à la première personne, hormis l’épisode de la rencontre (voir plus bas) et le dernier « chapitre » du cycle, qui constitue une sorte de péroraison.
Le récit est donné deux fois. La première partie se présente musicalement comme une collection de fados traditionnels accompagnés à la guitare portugaise et à la guitare classique. L’autre contient les mêmes (paroles et musiques identiques), exécutés dans un style beaucoup plus libre, avec un accompagnement d’instruments divers, des techniques d’enregistrement et de traitement du son qui relèvent du pop, du rock ou des musiques électroniques actuelles (les arrangements sont de Pedro Gonçalves, du duo Dead Combo).
Une voix qui ne chante pas…
Est-ce par intention que la voix est mise très en avant dans la première partie, celle exécutée « comme du fado » ? Toujours est-il que l’enregistrement est sans complaisance vis-à-vis de la chanteuse dont l’émission semble blanche et morne, dépourvue de corps, de musicalité, assez poussive même dans les ornements. C’est une voix qui ne chante pas et qui produit un fado triste avec comme un pli d’amertume aux commissures ; un fado privé de cette jubilation du chant susceptible de produire un effet de catharsis. On croirait le ressassement d’une personne en dépression (ce qui est peut-être l’effet recherché). Seulement, c’est bien connu, ça n’intéresse personne dans la vraie vie ce type de récit, bien au contraire. Le fait est qu’on s’ennuie.
La seconde partie paraît plus vivante. La chanteuse y abandonne toute velléité d’interprétation « alla fadista », ce qui rend sa ligne de chant plus naturelle (et illustre a contrario, et à ses dépens, l’adage « não é fadista quem quer », c’est-à-dire : « n’est pas fadiste qui veut »).
…et d’autres si
L’étonnant, c’est que les trois collègues fadistes (Camané, Ana Moura et Filipa Cardoso) dont elle a sollicité la participation dans cette seconde partie font ce qu’on aurait attendu d’elle dans la première. C’est ainsi que les qualités vocales intrinsèques d’Ana Moura (richesse du timbre, souplesse du chant) resplendissent au détriment de la grisaille de la voix d’Aldina dans l’épisode mettant en scène une conversation entre la femme délaissée, amère et désabusée et son ancienne meilleure copine qui est aussi la suborneuse du mari volage. On n’a aucune peine à imaginer Ana Moura dans ce rôle… Il est vrai que le déséquilibre entre les présences vocales de l’une et de l’autre sert le récit. (On peut écouter ce morceau, O recomeço: cessar fogo, c’est à dire « Recommencement : cessez-le-feu », ci-dessous.)
Quant à Camané, qui interprète en solo un morceau sur un arrangement de style rock’n roll années 60, il y est absolument fadiste, comme si chez lui ça se faisait tout seul, naturellement. Détail qui n’est pas anodin : Camané est l’ex-mari d’Aldina Duarte. Or ce qu’il chante (As duas Graças: o encontro, c’est-à-dire : « Les deux Grâces : la rencontre ») est le seul épisode du récit écrit à la 3e personne et non à la 1ère : c’est comme s’il tenait le rôle de l’homme de l’histoire, de sorte que le public portugais n’a pu manquer d’attribuer – probablement à tort – une composante autobiographique à cette Romance.
Au final, j’avoue ne pas savoir à quoi m’en tenir sur cet album, ni en avoir compris le projet. Il a peut-être besoin de mûrir en moi : avec l’âge, tout est plus lent.
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Aldina Duarte & Ana Moura | O recomeço: cessar fogo. Maria do Rosário Pedreira, paroles ; Pedro Rodrigues, musique (Fado Pedro Rodrigues) ; Aldina Duarte & Ana Moura, chant ; Pedro Gonçalves, arrangements, guitare électrique, guitare acoustique, contrebasse, piano, voix. Extrait de : Aldina Duarte, Romance(s) (Portugal, 2015).
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Aldina Duarte
Romance(s) (2015)
Romance(s) / Maria do Rosário Pedreira, paroles ; musiques de fados traditionnels ; Aldina Duarte, chant ; José Manuel Neto et Paulo Parreira, guitare portugaise ; Rogério Ferreira, guitare classique ; Pedro Gonçalves, guitare électrique, guitare acoustique, contrebasse, orgue, piano, mellotron, percussion, voix. — Production : Portugal : Sony Music Entertainment Portugal, ℗2015.
Autres interprètes : Camané, Filipa Cardoso, Ana Moura, chant ; Ainhoa Vidal, voix.
Enregistré entre décembre 2014 et janvier 2015.
2 CD : Sony Music Entertainment Portugal, 2015. — EAN 888750943125.
Duarte | Fado de novembro
Un fado de saison.
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Duarte | Fado de novembro. Duarte Coxo [Duarte], paroles ; musique traditionnelle (Fado menor) ; Duarte, chant ; instrumentistes non identifiés. Captation : lieu et dates non précisés (vers 2012).
Ça marche à tous les coups, le Fado menor, surtout lorsqu’il est bien interprété comme c’est le cas ici. Le chant est magnifique, la guitare portugaise remarquable. Duarte est originaire d’Évora, la capitale de l’Alentejo, terre de chant riche d’innombrables formations chorales, principalement masculines.
Fado novembro figure sur l’album Aquelas coisas da gente (2011), le deuxième publié par le chanteur. Il en a écrit les paroles, assez convenues mais à la métrique impeccable mettant bien en valeur le Fado menor, qui est à lui seul l’alpha et l’oméga du fado « castiço » (le fado traditionnel).
Surprise : Duarte se produira à Toulouse, accompagné par Pedro Amendoeira (guitare portugaise) et Rogério Ferreira (guitare classique), dans l’inconfortable salle bleue de l’espace Croix-Baragnon, le jeudi 10 décembre à 20h30 [programme de la saison (fichier .pdf)]. D’autres concerts sont prévus dans plusieurs villes de France en 2016.
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Trago em todos os meus fados
Um não sei quê de saudade
Corações danificados
E dias sem ter vontade
…Il y a dans tous mes fados
Un je ne sais quoi de saudade
Il y a des cœurs abîmés
Et des journées sans but.
… Trago em todos os meus fados
Aquela melancolia
De quem anda sem cuidados
A fazer das noites dia
…Il y a dans tous mes fados
Cette mélancolie
De ceux dont les nuits
Sont aussi longues que les jours.
… Faço coisas que não digo
Digo coisas que não faço
Às vezes fado é castigo
Outras vezes é cansaço
…Je fais des choses que je ne dis pas
Je dis des choses que je ne fais pas
Le fado est parfois punition
Il n’est parfois que lassitude.
… Por cada fado que canto
Pago uma noite perdida
Mas se eu perdesse este canto
Perdia também a vida.
…Chaque fado que je chante
Je le paie d’une nuit perdue
Mais si je perdais ce chant-là
Je perdrais aussi bien ma vie.
… Duarte Coxo. Fado novembro (2005).Duarte Coxo. Fado de novembre, traduit de Fado novembro (2005) par L. & L.
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Internet :
June Tabor | Where are you tonight?

Toulouse (France), 19 octobre 2015
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Where are you tonight I wonder?
And where will you be tonight when I cry?
Will sleep for you come easy,
Though I alone can’t slumber
Will you welcome in the morning
At another man’s side?How easy for you the years slipped under
And left me a shadow the sun can’t dispel
I built for you a tower of love and admiration
But I set you so high I could not reach myself.I look through my window at a world filled with strangers
The face in my mirror is the one face I know
You have taken all that’s in me, so my heart is in no danger
My heart is in no danger, but I’d still like to know.If there is a silence then it can be broken
If there beats a pure heart to her I will go
And time will work its healing and the spirit will grow stronger
Ah, but in the meantime I’d still like to know.
Andy M. Stewart. Where are you tonight? (1987)………
Où es-tu ce soir, je me le demande,
Et quand je pleurerai ce soir, où seras-tu ?
Glisseras-tu doucement dans le sommeil
Tandis que dans ma solitude je ne pourrai le trouver ?
Accueilleras-tu le matin
Dans les bras d’un autre ?Comme le temps a glissé sur toi !
Sur moi il a posé une ombre qu’aucun soleil ne peut dissiper
Pour toi j’avais bâti une tour d’amour et d’admiration
Je t’y ai placé si haut que je ne pouvais t’y atteindre.Je vois de ma fenêtre un monde rempli d’étrangers
Mon miroir me renvoie le seul visage qui me soit familier
Mon cœur n’est pas en danger, car tu m’as pris tout ce que j’étais
Mon cœur n’est pas en danger, mais j’aimerais bien savoir.S’il y a un silence, il peut être rompu
S’il y a un cœur pur, j’irai jusqu’à lui
Le temps apaisera la souffrance et fortifiera l’âme
Ah mais en attendant j’aimerais bien savoir.
Andy M. Stewart. Où es-tu ce soir ?, traduit de Where are you tonight? (1987) par L. & L.
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June Tabor | Where are you tonight?. Andy M. Stewart, paroles et musique ; June Tabor, chant ; instrumentistes non identifiés. Exécuté probablement en direct lors d’une émission de radio. Lieu et date de captation probables : Royaume-Uni, BBC 1 [radio], émission Andy Kershaw’s show, 1988.
An holl livioù
An holl livioù. Toutes les couleurs.
Livioù eus ar fenn ar bed. Couleurs du bout du monde.
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Quoique écrite à Granville, la remarque de Stendhal selon laquelle « le voisinage de la mer détruit la petitesse » s’applique pleinement à tout ce qui accompagne l’avancée téméraire de la côte bretonne dans l’océan. Je me souviens que, dans les exemples qu’il donne d’objets fractals, Benoît Mandelbrot cite tout naturellement cette côte si festonnée et tourmentée, bruyante et tragique quand le temps est fort, inconcevablement lumineuse quand il fait beau, ce qui arrive malgré une réputation tenace, mais « fractal », ce pourrait être, par sa sonorité, l’adjectif qui convient le mieux aux résultats visibles et changeants de cet affrontement inlassable entre deux états de matière, qui voit la roche, comme si elle avait derrière elle la poussée de toute la masse continentale, se déchiqueter en formant, comme en Trégor, d’infinies ponctuations d’îles et d’îlots affleurants que la marée découvre ou, comme aux pointes les plus occidentales, face à Ouessant ou à Sein, face à rien, plus rien, des promontoires brisés qui s’enfoncent dans les flots, les plus beaux à mes yeux étant ceux de la pointe du Van et de la pointe de Penhir…
Jean-Christophe Bailly. Le dépaysement : voyages en France (2011). Éditions du Seuil, DL 2012, (Points ; P2888), ISBN 978-2-02-097493-6, pages 227-228.
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Fado das queixas | Raquel Tavares, Carminho, Carlos Ramos
Ce Fado das queixas (« Fado des reproches », littéralement : « Fado des plaintes ») remonte au moins à 1958, c’est à dire à l’enregistrement de Carlos Ramos (1907-1969). C’est cependant Celeste Rodrigues qui est mentionnée comme interprète sur le site Portal do Fado (de même c’est à elle que Raquel Tavares fait référence à la fin de la vidéo ci-dessous). Je n’ai trouvé aucun enregistrement de Celeste, et j’ignore quand elle l’a mis à son répertoire.
C’est un fado du quotidien, presque théâtral en ce sens qu’il met en scène deux personnages (deux amants), une situation (de dispute, ou plutôt d’emportement de l’un des amants contre l’autre, qui reste coi), et un texte qui est une forme de monologue assez vindicatif qui peut tout autant exprimer une colère passagère, peut-être même récurrente, que constituer l’ultime fracas ponctuant la rupture.
Carlos Ramos la joue plaintive (vidéo à la fin du billet). La version de la phénoménale Raquel Tavares (ci-dessous) est considérablement plus vitaminée et beaucoup plus drôle. Vraiment, il serait temps que quelqu’un songe à la programmer en France, cette chanteuse-là.
Raquel Tavares | Fado das queixas. Frederico de Brito, paroles ; Carlos Rocha, musique ; Raquel Tavares, chant ; Ângelo Freire, guitare portugaise ; Bernardo Viana, guitare classique.
Vidéo : RTP [Rádio e Televisão de Portugal], 2012 ?
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Quant à Carminho, elle a tendance à tout chanter de la même manière, comme si tout était d’égale importance. Même si sa voix est jolie et sa technique parfaite, ses instrumentistes irréprochables, ses albums – et ses concerts aussi, probablement – pâtissent de cette monotonie.
Elle a réalisé un enregistrement studio du Fado das queixas (album Alma, 2012).
Carminho | Fado das queixas. Frederico de Brito, paroles ; Carlos Rocha, musique ; Carminho, chant ; Luís Guerreiro, guitare portugaise ; Diogo Clemente, guitare classique ; Daniel Pinto, basse acoustique. Captation : São Brás de Alportel (Algarve, Portugal), Jardim da Verbena, 1er juin 2012.
Vidéo : robatk2012, 2012.
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P’ra que te queixas de mim
Se eu sou assim
Como tu és,
Barco perdido no mar
Que anda a bailar
Com as marés?
…Qu’est-ce que tu me reproches,
Moi qui suis
Comme toi
Une barque perdue en mer
Ballotée
Par les marées ?
… Tu já sabias
Que eu tinha o queixume
Do mesmo ciúme
Que sempre embalei.
…Tu le savais,
Que j’avais en moi
Cette jalousie
Que j’ai toujours eue.
… Tu já sabias
Que amava deveras:
Também quem tu eras,
Confesso, não sei!
…Tu le savais,
Que mon amour était dévorant
Et d’ailleurs je l’avoue,
Qui tu es, je n’en sais rien !
… Não sei quem és
Nem quero saber,
Errei, talvez,
Mas que hei-de fazer?
A tal paixão que jamais findará,
– Pura ilusão! – Ninguém sabe onde está!
Dos dois, diz lá
O que mais sofreu
Diz lá que o resto sei eu!
…Je ne sais pas qui tu es
Et peu m’importe,
Je me suis trompé(e),
Mais qu’est-ce que je peux faire ?
Ce grand amour qui ne finit jamais,
– Pure illusion ! – Nul ne sait où il est.
À ton avis qui de nous deux
A le plus souffert ?
Dis-le-moi, car le reste je le sais.
… P’ra que me queixo eu também
Do teu desdém
Que me queimou
Se é eu queixar-me afinal
Dum temporal
Que já passou?
…Pourquoi te reprocher moi aussi
Ton mépris
Qui m’a blessé(e),
Si finalement c’est moi qui me plains
D’un orage
Qui est déjà passé ?
… Tu nem calculas
As mágoas expressas
E a quantas promessas
Calámos a voz.
…Tu ne te rends pas compte
Des reproches qu’on s’est faits
Et de toutes ces promesses
Qu’on a étouffées.
… Tu nem calculas
As bocas que riam
E quantas podiam
Queixar-se de nós!Tu n’as pas idée
De ceux qui rient
Ni de tous ceux qui pourraient
Se plaindre de nous ! …… Frederico de Brito (1894-1977). Fado das queixas (années 1950).Frederico de Brito. Fado des reproches, traduit de Fado das queixas (années 1950) par L. & L.
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Carlos Ramos (1907-1969) | Fado das queixas. Frederico de Brito, paroles ; Carlos Rocha, musique ; Carlos Ramos, chant ; Francisco Carvalhinho, guitare portugaise ; Martinho d’Assunção, guitare classique. Enregistrement publié en 1958.
Joan Manuel Serrat & Sílvia Pérez Cruz | Plany al mar
Joan Manuel Serrat & Sílvia Pérez Cruz | Plany al mar. Joan Manuel Serrat, paroles et musique ; Joan Manuel Serrat & Sílvia Pérez Cruz, chant ; accompagnement instrumental. Captation : Barcelone (Catalogne), Teatre Grec, 5 juillet 2015 (concert « Antología desordenada » de Joan Manuel Serrat).
Vidéo : Josep María Carafí.
Une nouvelle manifestation du charme implacable de Sílvia Pérez Cruz, auquel succombe à l’évidence Joan Manuel Serrat, embarrassé de ses 71 ans. Mais qui l’invite, « l’ibis aux belles manières », sinon lui-même ?
C’était à l’occasion d’un concert commémorant ses 50 ans de carrière, au Théâtre grec de Barcelone, en juillet dernier. Un concert intitulé « Antologia desordenada » ponctué de quelques duos, dont celui-ci pour une chanson écologiste, écrite et composée par lui-même. Une mélodie de celles qui prennent tout de suite.
Le premier enregistrement publié de cette chanson remonte à 1984 (album Fa 20 anys que tinc 20 anys [Ça fait vingt ans que j’ai vingt ans]).
Bressol de vida,
camins de somnis,
pont de cultures
(ai, qui ho diria…!)
ha estat el mar.
Mireu-lo fet una claveguera.
Mireu-lo anar i venir sense parar.Berceau de vie
Chemins de rêves,
Pont de cultures
(Ah qui le croirait !)
Telle était la mer.
Regardez-la, devenue cloaque.
Regardez-la, qui va et vient sans trêve. Sembla mentida
que en el seu ventre
es fes la vida.
Ai, qui ho diria
sense rubor!
Mireu-lo fet una claveguera,
ferit de mort.Qui pourrait croire
Que dans son ventre
Ait pu naître la vie.
Ah qui dirait cela
Sans honte !
Regardez-la, devenue cloaque,
Blessée à mort. De la manera
que el desvalisen
i l’enverinen,
ai, qui ho diria,
que ens dóna el pa!
Mireu-lo fet una claveguera.
Mireu-lo anar i venir sense parar.Et à la voir
Ainsi pillée,
Empoisonnée,
Ah qui la dirait
Mère nourricière !
Regardez-la, devenue cloaque.
Regardez-la, qui va et vient sans trêve. ¿On són els savis
i els poderosos
que s’anomenen
(ai, qui ho diria!)
conservadors?
Mireu-lo fet una claveguera,
ferit de mort.Où sont les sages
Et les puissants
Qui se prétendent
(Ah qui le croirait !)
« Conservateurs » ?
Regardez-la, devenue cloaque,
Blessée à mort. Quanta abundància,
quanta bellesa,
quanta energia
(ai, qui ho diria!)
feta malbé!
Per ignorància, per imprudència,
per inconsciència i per mala llet*.Une telle abondance,
Une telle beauté,
Une telle énergie
(Ah qui le croirait !)
Gaspillée !
Par ignorance, par imprudence,
Par inconscience et par mauvais vouloir. Jo que volia
que m’enterressin
entre la platja
(ai, qui ho diria!)
i el firmament!Moi qui voulais
Que l’on m’enterre
Entre la plage
(Ah qui le croirait !)
Et le firmament… I serem nosaltres
(ai, qui ho diria!)
els qui t’enterrem.Et c’est nous
(Ah qui l’aurait cru !)
Qui t’enterrerons. …… * Chanté : mala fé (mauvaise foi)
Joan Manuel Serrat. Plany al mar (1984).Joan Manuel Serrat. Complainte sur la mer, traduit de Plany al mar (1984) par L. & L.
Ce duo avait en outre fait l’objet d’un enregistrement en studio, que voici.
Joan Manuel Serrat & Sílvia Pérez Cruz | Plany al mar. Joan Manuel Serrat, paroles et musique ; Joan Manuel Serrat & Sílvia Pérez Cruz, chant ; accompagnement instrumental.
Extrait de l’album Antología desordenada / Serrat. Espagne, ℗ 2014.
Si tu crois petite xa va xa va xa va durer toujours
Il y a quelqu’un.
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Il n’y a plus personne.
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Comme le temps passe.
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Juliette Gréco | Si tu t’imagines. Raymond Queneau, paroles ; Joseph Kosma, musique ; Juliette Gréco, chant ; accompagnement d’orchestre ; Alain Goraguer, dir. Enregistrement publié en 1959 (?).
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Ça va passer
Il y a quelqu’un.
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Il n’y a plus personne.
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Ainsi passe la gloire du monde.
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Fluides, fluides
tout ce qui passe
passe sans s’arrêter
passe
Henri Michaux (1899-1984). Extrait de : Moments : traversées du temps (1973), VII, Iniji. Gallimard, impr. 1973, p. 80.
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Celeste Rodrigues | A noite do meu bem
Celeste.
Sera-t-elle éternelle ?
La voici, 92 ans, travaillant A noite do meu bem, cette chanson brésilienne de Dolores Duran reprise par Lula Pena dans Troubadour.
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Celeste Rodrigues | A noite do meu bem (répétition). Dolores Duran, paroles et musique ; Celeste Rodrigues, chant ; Bruno Chaveiro, guitare portugaise ; Jorge Fernando, guitare classique. Lisbonne, restaurant Coração da Sé Alfama, 1er avril 2015.
Vidéo : Pedro Luis.
Hoje eu quero o amor, o amor mais profundo
eu quero toda a beleza do mundo
para enfeitar a noite do meu bemCe soir je veux l’amour, mais l’amour absolu
Je veux toute la beauté du monde
Pour embellir la nuit de mon amour
- Voir aussi le billet A noite do meu bem — Dolores Duran, Elis Regina (paroles complètes et traduction).

