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Incapable

17 décembre 2015

« Vous êtes un funambule, voilà tout ! Inutile de jouer la comédie ! de donner des coups de téléphone fébriles à Madagascar, en Liechtenstein, en Terre de Feu ! Vous n’écoulerez jamais vos stocks de kaléidoscopes. »
Patrick Modiano. La place de l’étoile (1968). Gallimard, impr. 2014. (Folio ; 698), ISBN 978-2-07-036698-9, p. 54.

Mon oncle (1958), extrait. Jacques Tati, réalisation ; Jacques Tati, Jacques Lagrange et Jean L’Hôte, scénario ; Jacques Tati, Jean-Pierre Zola, Adrienne Servantie, Alain Bécourt…, acteurs. France, 1958.

Mísia | Para Amália (2015)

16 décembre 2015

Mísia | Para Amália (2015)
Mísia | Para Amália (2015).

Le voici donc, cet album de Mísia dédié à Amália Rodrigues – publié en France ce fatal vendredi 13 novembre dernier. Intitulé simplement Para Amália (« Pour Amália »), il est à l’image de sa créatrice : imaginatif, impétueux, sincère. Il est aussi fidèle à son titre, car il s’agit bien en effet d’un acte de reconnaissance et d’une offrande.

Depuis ses débuts, Mísia n’a en réalité jamais cessé de rendre hommage à l’ « âme du fado » comme Amália Rodrigues était surnommée dans les années 50. Presque tous ses albums comptent un titre, parfois plusieurs, du répertoire d’Amália. Elle les a toujours interprétés avec ferveur, mais à sa manière à elle, singulière, et avec la distance nécessaire le cas échéant. Voir par exemple le Fado do ciúme qui ouvre l’inclassable Delikatessen café concerto de 2013.

Para Amália est un album double. Sa première partie, voix et piano (celui de Fabrizio Romano, qui est aussi compositeur – et italien, comme son nom le laisse conjecturer) est fait d’un choix de neuf morceaux du répertoire d’Amália très rarement interprétés sur scène par cette dernière (voire jamais pour certains). Cinq d’entre eux ont des musiques d’Alain Oulman, qui composait au piano : les voici en quelque sorte rendus à leur forme primitive. Les quatre autres, qui se prêtaient a priori moins facilement à ce traitement, surprennent d’autant plus favorablement. Ainsi de Solidão (Canção do mar), du film Les amants du Tage réalisé par Henri Verneuil (1955), de la marche Lisboa antiga créée par Hermínia Silva en 1953 et reprise ensuite par Amália, ou encore de Romance, un fado de la dernière partie de sa carrière, auquel le pianiste donne une tournure évoquant un prélude de Bach. Les arrangements sont tous parfaits. La formule chant et piano a cependant pour inconvénient d’exposer dangereusement la voix, notamment dans les morceaux les plus lents à l’écoute desquels des sourcils pourront se hausser.

La seconde partie est exécutée avec le traditionnel ensemble guitare portugaise (excellent Luís Guerreiro) et guitares acoustiques. Encore quatre morceaux rares du répertoire d’Amália : Flor de lua, très réussi, À janela do meu peito, une marche d’Alberto Janes (l’auteur de Vou dar de  beber à dor, v.o. de La maison sur le port),  Rosinha da Serra d’Arga, extrait du 3e album de « folclore » paru en 1972, et Fado Amália, de Frederico Valério. On y trouve aussi Maria la Portuguesa, de Carlos Cano, en duo avec la chanteuse espagnole Martirio, qui vole presque la vedette à Mísia, et enfin quatre chansons, ou fados-chansons, sur des textes dédiés à Amália d’un lyrisme parfois fougueux : « Voix ancestrale, voix de bacchante / De prêtresse grecque / De pythonisse, de muse / Des chants à la déesse Iris / Et des prières à Marie. / Voix de plainte au clair du jour / De sirène dans la brume / Cri dans la steppe qui pleure / Amália toujours et maintenant » (Amália sempre e agora, texte d’Amélia Muge, chanté en duo avec Maria Bethânia).

En somme c’est Mísia comme on l’aime, exubérante et mélodramatique comme une sorte de Sarah Bernhardt du fado, jamais prise au piège des modes ni des courants du marché discographique.

Mísia | Tive um coração, perdi-o. Amália Rodrigues, paroles ; José Fontes Rocha, musique ; Mísia, chant ; Fabrizio Romano, arrangements, piano ; Luís Guerreiro, guitare portugaise. Bande son extraite de : Mísia, Para Amália (Portugal, 2015).
Vidéo : Maria de Medeiros, réalisation.

Mísia
Para Amália (2015)

Mísia | Para Amália (2015)Para Amália / Amália Rodrigues, Frederico de Brito, Teresa Rita Lopes, David Mourão-Ferreira…, paroles ; José Fontes Rocha, Ferrer Trindade, Alain Oulman, Carlos Gonçalves…, musiques ; Mísia, chant ; Fabrizio Romano, arrangements, piano ; Luís Guerreiro, guitare portugaise ; Daniel Pinto, guitare classique et basse acoustique. — Production : Portugal : Liberdades poéticas, ℗2015.

Autres interprètes : Maria Bethânia, Martirio, chant ; Rogério Samora, voix.
Enregistré à Paço de Arcos (Portugal), Atlântico Blue Studios, en 2014.

2 CD : Verycords, 2015. — EAN 3760220461124.

France

9 décembre 2015

C’est pas vrai, mais qu’est-ce t’as fait encore ? Ah mais c’est pas vrai, elle s’en est foutu partout. Tu t’es fait dessus, c’est pas vrai, elle s’est fait dessus, y en a partout, qu’est-ce que ça pue. Mais pourquoi tu fais ça, tu le fais exprès ou quoi hein, tu le fais exprès ? Qu’est-ce qu’y a, pourquoi tu fais ça à la fin, pourquoi tu fais ça ? Regarde-moi ça, y en a vraiment partout, comment nettoyer ça… Mais qu’est-ce qu’on va faire de toi ?

C’est vrai que t’es vieille, c’est vrai que t’es malade, mais y en a marre. Tu deviens trop méchante.

 

Luca Rossato. Prima del bagno
Prima del bagno [Avant le bain] par Luca Rossato sur Flickr (CC BY-NC-ND 2.0).

Que font les saintes ?

3 décembre 2015

Colette Renard (1924-2010) | Avec les anges. Extrait de l’opérette Irma la douce (1956). Alexandre Breffort, paroles ; Marguerite Monnot, musique ; Colette Renard, chant ; orchestre, dir. Raymond Lefèvre.
Extrait de l’émission Le Palmarès des chansons, enregistrée et diffusée en direct le 5 mai 1966. France, INA [Institut national de l’audiovisuel].

On est protégé par Paris
Sur nos têtes veille en personne
Sainte Geneviève, la patronne,
Et c’est comme si
Qu’on était béni…

Ça ne l’intéresse plus, sainte Geneviève, ou quoi ?

Ou alors ses bénédictions ne fonctionnent plus ? Elle s’est peut-être fait retirer son habilitation, qui sait.

À moins qu’il n’y ait un problème général avec les saints ? Parce que c’est qui le saint patron de la France, qui n’a pas l’air bien éveillé lui non plus ? Ou la sainte patronne ?

Ah ben ça alors, il y en a trois d’après Wikipédia, et pas des moindres : la Bienheureuse Vierge Marie reçue au Ciel en patronne principale, avec pour adjointes sainte Jeanne d’Arc et sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face. Des grosses pointures quoi, surtout une. Ça ne peut pas être une question d’habilitation périmée ou retirée dans ce cas-ci, c’est évident.

Serait-ce que tout ce carbone échappé dans l’atmosphère, toutes ces nuées qui enveloppent notre Terre de leurs miasmes, font ricocher les bénédictions des saintes et les renvoient se perdre au-delà des étoiles ?

C’est ça. C’est pour ça que les communications avec le Ciel – je dis bien le Ciel, celui in excelsis – sont si dégradées depuis quelques dizaines d’années. Or ils n’avaient pas l’air bien optimistes sur l’issue de la COP21, tout à l’heure à la radio.

C’est parti pour durer.

越路吹雪 [Koshiji Fubuki] | 人生は過ぎゆく = La vie s’en va

2 décembre 2015

Pour le plaisir d’avoir un titre en japonais, et d’entendre cette langue impénétrable – du moins pour moi.

越路吹雪 [Koshiji Fubuki] (1924-1980) | 人生は過ぎゆく = La vie s’en va. Joël Holmès, paroles originales et musique ; auteur de l’adaptation japonaise inconnu ; 越路吹雪 [Koshiji Fubuki], chant ; accompagnement d’orchestre. Date inconnue.

Koshiji Fubuki était une actrice de théâtre et chanteuse japonaise. Elle semble avoir eu une liaison avec Yukio Mishima, au point que le mariage, auquel la mère de Mishima se serait finalement opposée, avait été envisagé.

Elle se serait prise de passion pour la chanson française après avoir assisté, à Paris, à un récital d’Édith Piaf en 1953. De fait sa discographie semble essentiellement faite d’adaptations japonaises de chansons françaises : L’hymne à l’amour d’Édith Piaf, Tombe la neige d’Adamo, Les Champs-Élysées de Joe Dassin, ou encore Les amoureux des bancs publics de Brassens qui figure sur la compilation Brassens, échos du monde parue en 2011 (Fanon records), en compagnie de quelques autres perles, parmi lesquelles une étonnante version d’Il n’y a pas d’amour heureux par Nina Simone.

La vie s’en va est une chanson de 1962, écrite, composée et créée par Joël Holmès (1928-2009), avant d’être également interprétée par Pia Colombo (1934-1986). Je ne la connaissais pas avant de l’entendre par 越路吹雪.

Beatriz da Conceição (1939-2015)

30 novembre 2015

Morte.

Elle est morte jeudi dernier 26 novembre dans un hôpital de Lisbonne, elle qui était une Nordiste, née à Porto le 21 août 1939. Elle avait commencé sa carrière de fadiste en 1960, ce qui en faisait l’une des plus jeunes des grandes anciennes, le fado ayant comme on sait connu un important reflux après la Révolution des œillets (1974) avant que la vague ne reprenne vigueur et ne déferle à nouveau. Beaucoup des fadistes portée par cette nouvelle vague, notamment Aldina Duarte mais aussi Mísia et Camané, ou encore Raquel Tavares parmi les plus jeunes, lui vouaient une grande admiration, certains la revendiquant comme leur référence absolue.

Son chant était pourtant des plus singuliers, fait d’un timbre grave, de voyelles étirées et modulées à l’extrême sur les accents (ce que personnellement je trouve assez laid), et de finales qu’elle laissait tomber dans le vide sans les chanter vraiment. Ce dernier trait accentuait l’impression qu’on avait en l’écoutant qu’elle assignait à la voix une fonction rythmique venant renforcer les guitares d’accompagnement (guitare classique et éventuellement basse acoustique) dont c’est en principe le rôle.

Son plus grand succès aura probablement été ce très beau Meu corpo écrit pour elle en 1974 par José Carlos Ary dos Santos (paroles) et Fernando Tordo (musique) qu’elle chante ici en 1995, toute en buste et coiffée en caissière des Galeries Lafayette :

Beatriz da Conceição (1939-2015) | Meu corpo. José Carlos Ary dos Santos, paroles et Fernando Tordo, musique ; Beatriz da Conceição, chant ; instrumentistes non identifiés (2 guitares portugaises, dont Custódio Castelo [?], 1 guitare classique, 1 basse acousique). Captation : Lisbonne, 27 mai 1995.
Vidéo : Portugal, RTP [Rádio e Televisão de Portugal], production.

À comparer par exemple avec la version donnée par Celeste Rodrigues de ce même fado.

Meu corpo é um barco sem ter porto
Tempestade no mar morto, sem ti
Meu corpo é apenas um deserto
Quando não me encontro perto, de ti.

Mon corps est un navire sans attache
Tempête dans une mer morte, sans toi
Mon corps n’est rien d’autre qu’un désert
Lorsque je ne me trouve pas près de toi.
Teus olhos são memórias do desejo
São as praias que eu não vejo, em ti
Meus olhos são as lágrimas do Tejo
Onde eu fico e me revejo, sem ti.

Tes yeux sont les souvenirs du désir
Et ces plages que je ne vois pas en toi
Mes yeux sont les larmes du Tage
Où je me tiens et me revois, sans toi.
Quem parte de tão perto nunca leva
A saudade da partida
E as amarras de quem sofre
Quem fica é que se lembra toda a vida
Das saudades de quem parte
E dos olhos de quem morre.

Celui qui s’en va de si près n’emporte
Ni les amarres de celui qui souffre
Ni la douleur de la séparation
Celui qui reste porte en soi toute sa vie
Le manque de celui qui part
Et les yeux de celui qui meurt.
Não sei se o orgulho da tristeza
Nos dói mais do que a pobreza, não sei
Mas sei que estou para sempre presa
À ternura sem defesa, que eu dei.

J’ignore si l’orgueil de la tristesse
Nous fait plus mal que la pauvreté
Mais je sais que pour toujours je suis liée
À cette tendresse que j’ai donnée sans compter.
Sózinha numa cama que é só minha
Espero o teu corpo que eu tinha, só meu
Se ouvires o chorar duma criança
Ou o grito da vingança, sou eu.

Seule, dans un lit qui n’est plus qu’à moi
J’attends ton corps, que j’avais pour moi
Si tu entends un enfant qui pleure
Ou un cri de vengeance, c’est moi.
Sou eu, de cabelo solto ao vento
Com olhar e pensamento, no teu
Sou eu na raíz do pensamento
Contra ti e contra o tempo, sou eu.

C’est moi, les cheveux au vent
Les yeux et la tête pleins de toi
C’est moi, à la racine de la souffrance
Contre toi et contre le temps, c’est moi.
José Carlos Ary dos Santos (1937-1984). Meu corpo.
José Carlos Ary dos Santos (1937-1984). Mon corps, traduit de Meu corpo par L. & L.

Voici un autre fado – Alguém (« Quelqu’un »), du répertoire de Fernanda Maria, une chanteuse « à voix », au style beaucoup plus lyrique que celui de Beatriz da Conceição –, enregistré assez récemment (2007) :

Beatriz da Conceição (1939-2015) | Alguém. Guilherme Pereira da Rosa, paroles ; Miguel Ramos, musique (Fado Alberto) ; Beatriz da Conceição, chant ; José Pracana & José Luís Nobre Costa, guitare portugaise ; Jaime Santos Júnior, guitare classique ; Joel Pina, basse acoustique. Captation : Lisbonne, cinéma São Jorge, mai 2007.
Vidéo : Portugal, RTP [Rádio e Televisão de Portugal], production.

Alguém há-de pagar o teu desprezo
Alguém há-de sofrer com teu desdém
Alguém há-de vergar um dia ao peso
Do mal que sinto por gostar de alguém.

Quelqu’un paiera le prix de ton mépris
Quelqu’un souffrira à cause de ton dédain
Quelqu’un pliera un jour sous le poids
De ma souffrance d’avoir aimé quelqu’un.
Alguém que vai surgir na minha vida
Alguém que ainda não sei quem é sequer
Alguém me vai julgar como perdida
Quando afinal não sou senão mulher.

Quelqu’un qui va surgir dans ma vie
Quelqu’un dont je ne sais encore rien
Quelqu’un qui me croira à la dérive
Alors qu’en fait je suis juste une femme.
Por alguém que traiu e me pôs louca
Para alguém, por vingança vou ser má
Por alguém que beijou a minha boca
Vou beijar sem amor, ao Deus dará.

À cause de quelqu’un qui m’a trompée
Je ferai par vengeance souffrir quelqu’un
À cause de quelqu’un qui m’a embrassée
J’embrasserai sans amour celui qui viendra.
Guilherme Pereira da Rosa. Alguém.
Guilherme Pereira da Rosa. Quelqu’un, traduit de Alguém par L. & L.

Le sanglot de la flûte

28 novembre 2015

Cette année le couple qui tient le Spar de mon quartier – un quartier dont la population s’est dans une proportion significative constituée à partir d’immigrations successives, notamment en provenance d’Algérie et du Maroc – a cru bon d’installer, bien visible derrière l’une des deux caisses du magasin, une crèche de Noël. Ils ont réalisé cette installation avec beaucoup de soin, en lieu et place du sapin de plastique des années passées. Qui sait s’ils sont seulement capables de réciter le Notre Père, ni de nommer aucun des quatre évangélistes ? Ils ont fait ça ces jours-ci, alors que le pays est dans la stupeur.

Puissent leurs bulletins de vote leur brûler les doigts dimanche prochain (mais je n’aurai pas la joie de voir leurs mains pansées, vu que je ne remettrai plus les pieds chez eux fût-ce pour une bouteille d’eau) et leur dinde aux marrons les étouffer le soir de Noël. Ou bien qu’ils soient eux-mêmes métamorphosés en volailles, elle en dinde, lui en dindon, et leur monnaie en marrons. Ainsi soit-il.

Donne-moi la flûte et chante
Car le chant est le secret de l’existence
Et le sanglot de la flûte survivra
Quand aura péri l’existence.
Gibran Khalil Gibran [جبران خليل جبران]. Donne-moi la flûte et chante (extrait), traduit de : Atini nay wa ghani [اعطني الناي وغني]. Traduction extraite de l’album Barbara Fairouz / Dorsaf Hamdani (Accords croisés, 2014).

Dorsaf Hamdani [درصاف حمداني] à l’émission Un dimanche idéal sur France musique. France musique, production. Arièle Butaux, production exécutive et présentation. Dorsaf Hamdani [درصاف حمداني], chant ; Lucien Zerrad, arrangements, guitare ; Daniel Mille, arrangements, accordéon, mélodica. Captation : Paris, Maison de la radio, studio 105, 30 janvier 2015. France, 2015. Vidéo : Sasso Sabino.
Dorsaf Hamdani parle de son album Barbara Fairouz (Accords croisés, 2014), et interprète les morceaux suivants :

  • Zahrat Al Madaen [زهرة المدائن], du répertoire de Fairouz [فيروز]. Poème de Saïd Akl [سعيد عقل] ; musique des frères Rahbani [الأخوان رحباني].
  • Dis, quand reviendras-tu ? Barbara, paroles et musique.
  • Atini nay wa ghani [اعطني الناي وغني], du répertoire de Fairouz [فيروز]. poème de Gibran Khalil Gibran [جبران خليل جبران] ; musique de Najib Hankash [نجيب حنكش].
  • Gare de Lyon. Barbara, paroles et musique.

Dorsaf Hamdani [درصاف حمداني]
Barbara Fairouz (2014)

Dorsaf Hamdani | Barbara Fairouz (2014)Barbara Fairouz / Dorsaf Hamdani, chant ; Daniel Mille, direction musicale, arrangements, accordéon ; Lucien Zerrad, arrangements, guitare, oud ; Mohamed Lassoued, violon, oud ; Lofti Soua, percussions. — Production : France : Accords croisés, ℗2014.

CD : Accords croisés, 2014. — Référence : AC 159. EAN 3149028063226.

Vendredi 13

15 novembre 2015

Lisbonne (Portugal). La tour de Belém tricolore suite aux attentats de Paris et Saint-Denis du vendredi 13 novembre 2015. Photo Pedro Rocha/Global Imagens, publiée dans Diario de Notícias (en ligne) le 14 novembre 2015.
Lisbonne (Portugal). La tour de Belém tricolore suite aux attentats de Paris et Saint-Denis du vendredi 13 novembre 2015. Photo Pedro Rocha/Global Imagens, publiée dans Diario de Notícias (en ligne) le 14 novembre 2015.

Disse-te adeus e morri
E o cais vazio de ti
Aceitou novas marés.
Gritos de búzios perdidos
Roubaram dos meus sentidos
A gaivota que tu és.

Je t’ai dit adieu et je suis morte
Et le quai, vide de toi
A reçu d’autres marées.
Des appels de conques perdues
Ont arraché à mon cœur
Cette mouette que tu es.
Gaivota d’asas paradas
Que não sentes madrugadas
E acorda à noite a chorar
Gaivota que faz o ninho
Porque perdeu o caminho
Onde aprendeu a sonhar.

Mouette aux ailes repliées
Qui ne sent plus les aubes
Et s’éveille en larmes la nuit ;
Mouette qui fait son nid,
Ayant perdu le chemin
Où elle avait appris à rêver.
Preso no ventre do mar
O meu triste respirar
Sofre a invenção das horas
Pois na ausência que deixaste
Meu amor, como ficaste
Meu amor, como demoras.

Pris dans le ventre de la mer
Mon souffle triste
Subit l’invention des heures.
Dans l’absence que tu as laissée
Mon amour, comme tu es présent,
Mon amour, comme tu demeures !
Vasco de Lima Couto (1923-1980). Disse-te adeus e morri.
Vasco de Lima Couto (1923-1980). Je t’ai dit adieu et je suis morte, traduit de Disse-te adeus e morri par L. & L.

Amália Rodrigues | Disse-te adeus e morri. Vasco de Lima Couto, paroles ; José António Sabrosa, musique ; Amália Rodrigues, chant ; Conjunto de guitarras [Ensemble de guitares] de Raúl Néry, accompagnement. Extrait de l’album Vou dar de beber à dor (1968).

Ana Moura | Até ao Verão

13 novembre 2015

Ana Moura | Até ao Verão. Márcia Santos, paroles et musique ; Ana Moura, chant ; Ângelo Freire, guitare portugaise, Pedro Soares, guitare classique.
Vidéo : Studio TV, réalisation ; Benjamin Bazin, prise de son et mixage ; Olivier Nuc et François Aubel, coordination. Production : France, Société du Figaro, 2013.

Je ne lis pas Le Figaro et je ne suis pas non plus un grand admirateur d’Ana Moura, mais je reconnais volontiers à cette dernière un timbre de voix remarquable et un savoir-chanter, employé malheureusement le plus souvent dans une sorte de pop légère tirée à quatre épingles qu’elle s’est mise en tête, depuis son album Desfado (2012), d’aller enregistrer à Los Angeles. (Le nouvel album, à paraître ce mois-ci, vient pareillement de Los Angeles. À en juger par le morceau [Dia de folga] que l’éditeur a déjà lâché sur le Web, il est du même tonneau que le précédent.)

Desfado n’en comptait pas moins quelques jolies chansons. Até ao Verão (« Jusqu’à l’été »), paroles et musique de Márcia Santos – Márcia de son nom de scène –, jeune autrice-compositrice-interprète portugaise, avait fait l’objet d’un clip officiel à l’appui de la sortie de l’album. Les paroles en sont assez mystérieuses. On pourrait croire à l’évocation d’un accès de lucidité frappant une jeune femme au moment même où elle s’apprête à prononcer le oui fatidique, de sorte qu’elle plante là le fiancé, le maire et toute la noce. À moins qu’il ne s’agisse d’une autre révolte.

Ana Moura sera en concert à l’Olympia (Paris) le 19 février 2016 et au Théâtre du Léman (Genève) le 25 mai 2016.

Deixei
na Primavera o cheiro a cravo
rosa e quimera que me encravam na memória que inventei.
E andei,
como quem espera plo fracasso,
contra mazela em corpo de aço
nas ruelas do desdém.

E a mim
que importa
se é bem ou mal,
se me falha a cor da chama a vida toda
é-me igual.
Vim
sem volta
queira eu ou não
que me calhe a vida insana e vá sem boda
até ao Verão.

Deixei
na Primavera o som do encanto
risa, promessa e sono santo
Já não sei o que é dormir bem.
E andei pelas favelas do que eu faço
Ora tropeço em erros crassos
ora esqueço onde errei.
Márcia Santos. Até ao Verão.

………

Au printemps
J’ai quitté les parfums d’œillet
De rose et de chimère qui m’enferment dans la mémoire que je m’étais inventée.
Je suis partie
Comme qui s’attend au désastre
Cuirassée contre toute douleur
À travers les ruelles du mépris.

Alors
Que m’importe
Que ce soit bien ou mal,
Que de toute ma vie je ne voie pas la couleur de la flamme
Ça m’est égal
J’étais venue
Pour rester.
Quoi qu’il arrive,
Pas de noce, et ma vie sera ce qu’elle sera,
Jusqu’à l’été.

Au printemps
J’ai quitté les sons du bonheur,
Les rires, les promesses, et un sommeil tranquille.
Je ne sais même plus ce que c’est que bien dormir.
J’avance dans les rues lépreuses de ma vie
Tantôt trébuchant sur des erreurs grossières
Tantôt oubliant ces erreurs.
Márcia Santos. Jusqu’à l’été, traduit de Até ao Verão par L. & L..

Ricardo Ribeiro | Água louca da ribeira

12 novembre 2015

Ricardo Ribeiro | Água louca da ribeira. Armando Varejão, paroles ; Armando Freire (Armandinho), musique (fado Bacalhau), souvent attribuée à José António Augusto da Silva (José Bacalhau), premier interprète de ce fado ; Ricardo Ribeiro, chant ; Pedro de Castro, guitare portugaise ; Jaime Santos, guitare classique ; Joel Pina, basse acoustique. Captation : RTP, émission Top+, 28 août 2010.

La voix puissante de Ricardo Ribeiro dans ce Fado Bacalhau, une composition longtemps attribuée à son premier interprète, José Bacalhau, mais qui serait en réalité l’œuvre d’Armando Freire, dit Armandinho (1891-1946), l’un des grands maîtres de la guitare portugaise. Je n’ai trouvé aucun renseignement sur Armando Varejão, l’auteur des paroles utilisées dans cette version. Água louca da ribeira exploite l’un des thèmes favoris du fado : l’amer constat de la finitude de la vie, et le regret de ne pouvoir la revivre.

Ricardo Ribeiro en a publié un enregistrement studio dans son l’album Porta do coração (2010).

Água louca da ribeira
Que corres em cavalgada
Porque não vais devagar?
Essa corrida é cegueira
Não vês nem olhas para nada
Na pressa de ver o mar
Folles eaux de la rivière
Qui courez en cavalcade,
Pourquoi vous précipiter ainsi
Dans une course aveugle,
Sans musarder au passage,
Dans votre hâte de voir la mer ?
Já corri dessa maneira
Nas asas de uma ilusão
Na loucura de chegar
Fui deixando pela ladeira
Pedaços do coração
Beijos loucos sem amar
J’ai couru de cette manière
Porté par une illusion.
Dans ma folie d’en atteindre le bout
J’ai laissé sur la route
Des morceaux de mon cœur,
Et des baisers sans amour.
Vida que foste vivida
A correr tão velozmente
Paraste à beira do mar
Agora vives perdida
São saudades o que sentes
Por não poderes regressar.
Vie qui fus vécue
Comme une course folle
Jusqu’à buter sur le rivage
Il ne te reste à présent
Que la morsure des regrets
De ne pouvoir remonter ton cours.
Armando Varejão. Água louca da ribeira.
Armando Varejão. Folles eaux de la rivière, traduit de Água louca da ribeira par L. & L.