Maria Emília | Saudades de Júlia Mendes
Maria Emília | Saudades de Júlia Mendes. João Nobre & César de Oliveira, paroles ; Rogério Bracinha & Paulo Fonseca, musique.
Maria Emília, chant ; Flávio Cardoso, guitare portugaise ; Vítor Tiago, guitare classique. Captation : Lisbonne, Tasca do Chico, 5 janvier 2011.
Vidéo : О Фаду по-русски с Rosabranca. Московский Дом Фаду [Le fado en russe avec Rosabranca. Maison du fado à Moscou].
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On ne voit presque rien sur la vidéo, tout est noir, on croirait qu’il n’y a plus de quoi éclairer dans la maison. Mais l’obscurité convient au fado et cette vidéo me plaît beaucoup à vrai dire.
La chanteuse, Maria Emília, est d’origine brésilienne comme l’indique le présentateur de cette « Nuit du fado » de janvier 2011. On en trouve quelques vidéos sur l’Internet, mieux réalisées que celle-ci, mais à ma connaissance pas d’enregistrements publiés.
Saudades de Júlia Mendes est un fado de style très populaire, extrait d’une « revista », une forme de théâtre musical typiquement portugais qui a pratiquement disparu aujourd’hui. Ce spectacle, Ena já fala!, créé au Teatro ABC à Lisbonne le 4 juin 1969, a pour argument la vie de la malheureuse Júlia Mendes, une fadiste qui a réellement existé, née en 1885 et morte très jeune en 1911 (voir Júlia Mendes sur le site Lisboa no Guiness tenu par Vítor Marceneiro, descendant du grand Alfredo [en portugais]). Saudades de Júlia Mendes en constituait le final, interprété par Fernanda Baptista (1919-2008), une chanteuse à la voix puissante qui ne s’embarrassait pas de fioritures. Voici d’ailleurs la version originale de Saudades de Júlia Mendes, telle qu’elle était donnée au théâtre. Elle a connu paraît-il un très grand succès.
Fernanda Baptista (1919-2008) | Saudades de Júlia Mendes. João Nobre & César de Oliveira, paroles ; Rogério Bracinha & Paulo Fonseca, musique.
Fernanda Baptista, chant ; orchestre dirigé par Ferrer Trindade. Extrait du spectacle Ena já fala! (1969).
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Ó Júlia, trocas a vida p’lo fado
O fado, esse malandro, vadio
Ó Júlia, olha que é tarde, toma cuidado
Leva o teu xaile traçado porque de noite faz frio.Oh Júlia, tu troques la vie contre le fado,
Le fado, ce filou, ce bon à rien.
Júlia, il est tard, fais attention,
Prends ton châle et couvre-toi, il fait nuit, il fait froid.
Ó Júlia, andas com a noite na alma
Tem calma, ainda te perdes p’ra aí
Ó Júlia, se estás no mundo vencida
Não queiras gostar da vida, que ela não gosta de ti.Oh Júlia, tu portes la nuit dans ton cœur
Du calme, tu vas encore t’attirer des histoires
Oh Júlia, si tu es née perdante,
N’essaie pas d’aimer la vie, car elle ne veut pas de toi.
Não fales coração, tu és um tonto sem razão,
Viver só por se querer não chega a nada.
Aceita a decisão que os fados trazem ao nascer
Todos nós temos que viver de hora marcada.Tais-toi mon cœur, tu es un fou, un sans cervelle
Vivre seulement d’amour ne mène à rien
Accepte le destin qu’on t’a fixé quand tu es né
Notre vie à tous est écrite d’avance.Se Deus me deu a voz,
que hei-de eu fazer senão cantar
O fado e eu a sós queremos chorar
Eu fujo, não sei bem de quê,
do mundo ou de ninguém, talvez de mim,
Mas oiço alguém dizer-me assim.
Si Dieu m’a donné une voix
qu’est-ce que j’en ferais sinon chanter ?
Le fado et moi on veut pleurer.
Je fuis, je ne sais pas bien quoi,
le monde, ou personne, ou peut-être moi,
D’après ce qu’on me dit.
João Nobre & César de Oliveira. Saudades de Júlia Mendes.
João Nobre & César de Oliveira. …, traduit de Saudades de Júlia Mendes par L. & L.
Covava l’ou de la mort blanca
sota l’aixella, arran de pit
i cegament alletava
l’ombra de l’ala de la nit.
No ploris per mi mare a punta d’alba.
No ploris per mi mare, plora amb mi.
Maria Mercè Marçal (1952-1998). Covava l’ou de la mort blanca.Au creux de l’aisselle couvait l’œuf de la mort blanche
à la racine du sein.
Aveuglément il allaitait
l’ombre de l’aile de la nuit.
Ne pleure pas pour moi, ma mère, au point du jour.
Ne pleure pas pour moi, ma mère, pleure avec moi.
Maria Mercè Marçal (1952-1998). Covava l’ou de la mort blanca. Traduction L. & L.
Étonnant l’aversion qu’elle semble éprouver pour le travail « en solo », la Sílvia Pérez Cruz. Elle n’a pour l’instant publié qu’un album en son seul nom, celui suscité par la mort de son père (11 de novembre, 2012). Et aussi, il est vrai, Domus, paru cette année — mais il s’agit de la bande originale d’un film musical (Cerca de tu casa, réalisation Eduard Cortés) auquel elle participe en tant qu’actrice.
Autrement ce sont des collaborations avec des groupes (las Migas, dont elle a été la chanteuse jusqu’en 2011, Coetus,…) ou avec d’autres artistes (le joueur de hang Ravid Goldschmidt, le guitariste Raül Fernández Miró, le contrebassiste de jazz Javier Colina,…). Elle participe en outre en tant qu’invitée à des albums d’artistes amis (Toti Soler, Juan Manuel Serrat,…) ou à des projets discographiques collectifs comme cet album Maria-Mercè Marçal, catorze poemes, catorze cançons publié en 2009 à l’occasion du dixième anniversaire de la disparition de l’écrivaine Maria Mercè Marçal (1952-1998), morte d’un cancer à l’âge de 45 ans.
On devine que l’évocation du cancer est précisément le thème du poème Covava l’ou de la mort blanca, mis en musique et interprété par Sílvia Pérez Cruz, qui en donnera une nouvelle version, encore plus sensible, dans son album 11 de novembre, cité plus haut. Dans les deux versions elle marque, dans le dernier vers, ce suspens bien venu entre « La deu primera » et « mare ».
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Sílvia Pérez Cruz | Covava l’ou de la mort blanca. Poème de Maria-Mercè Marçal ; Sílvia Pérez Cruz, musique.
Sílvia Pérez Cruz, chant, guitare, mélodica ; Raül Fernández Miró, guitare ; Alba Haro, violoncelle.
Vidéo : Daniel Pitarch Fernández. Production : Catalogne, Fundació Maria-Mercè Marçal, 2008. Captation de la séance d’enregistrement destiné à l’album Maria-Mercè Marçal, catorze poemes, catorze cançons (2009). Enregistrement réalisé au studio Rosazul (Barcelone). Direction artistique : Enric Hernàez. Ingénieur du son : David Casamitjana. Coordination : Heura Marçal Serra.
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Covava l’ou de la mort blanca
sota l’aixella, arran de pit
i cegament alletava
l’ombra de l’ala de la nit.
No ploris per mi mare a punta d’alba.
No ploris per mi mare, plora amb mi.
Au creux de l’aisselle couvait l’œuf de la mort blanche
à la racine du sein.
Aveuglément il allaitait
l’ombre de l’aile de la nuit.
Ne pleure pas pour moi, ma mère, au point du jour.
Ne pleure pas pour moi, ma mère, pleure avec moi.
Esclatava la rosa monstruosa
botó de glaç
………………….on lleva el crit.
Mare, no ploris per mi, mare.
No ploris per mi mare, plora amb mi.
La rose monstrueuse s’épanouissait,
Bouton de glace
………………………d’où s’élève le cri.
Mère, ne pleure pas pour moi ma mère.
Ne pleure pas pour moi, ma mère, pleure avec moi.
Que el teu plor treni amb el meu la xarxa
sota els meus peus vacil·lants
en el trapezi
on em contorsiono
agafada a la mà de l’esglai
…………………………………….de l’ombra.
Que tes larmes et les miennes tissent le filet
Sous mes pieds qui vacillent
Sur le trapèze
Où je me contorsionne
Agrippée à la main de l’effroi
…………………………………………de l’ombre.
Com la veu del castrat
que s’eleva fins a l’excés de la
………………………………………….mancança.
Des de la pèrdua que sagna
en el cant cristal·lí com una deu.
La deu primera, mare.
Comme la voix du castrat
Qui s’élève jusqu’à l’excès du
…………………………………………manque.
Depuis la perte qui saigne
Dans le chant cristallin comme une source.
La source première, ma mère.
Maria Mercè Marçal (1952-1998). Covava l’ou de la mort blanca. Publié dans : Raó del cos (2000).
Maria Mercè Marçal (1952-1998). Covava l’ou de la mort blanca. Traduction L. & L.
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Toti Soler, Mercè Serramalera, Marga Bufí…
Maria-Mercè Marçal, Catorze poemes, catorze cançons (2009)
Maria-Mercè Marçal, Catorze poemes, catorze cançons / Toti Soler, Mercè Serramalera, Marga Bufí, Jabier Muguruza, Sílvia Pérez Cruz, Maria Cinta, Gerard Quintana, Guillermina Motta, Lídia Pujol, Marina Rossell, Maria del Mar Bonet, Túrnez, Txiki Berraondo i Anna Subirana, Teresa Rebull, chant ; Enric Hernàez, direction artistique ; David Casamitjana, ingénieur du son ; Heura Marçal Serra, coordination. — Production : Catalogne : Fundació Maria-Mercè Marçal, ℗2008.
Enregistrement réalisé au studio Rosazul (Barcelone).
Publié en complément du quotidien catalan Avui, édition du 23 avril 2009.
Distribution : Terrassa (Catalogne) : Temps record, 2009. — Réf. TR1139-GE09.
Voir la description complète de l’album sur Discogs, sur le site de la Fundació Maria-Mercè Marçal.
Dans le palais
Ainsi paraît la gloire du monde.
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Ainsi passe-elle.
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Poussière à jamais dispersée dans l’abîme du temps.
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Arido come un coccio è il mio vigore,
la mia lingua si è incollata al palato,
mi deponi su polvere di morte.
Antico Testamento, Libro dei Salmi, Salmo 22. Nuova traduzione della Bibbia Conferenza Episcopale Italiana (2008).Ma force se dessèche comme l’argile,
et ma langue s’attache à mon palais ;
tu me réduis à la poussière de la mort.
Ancien Testament, Livre des Psaumes, Psaume 22. Traduction française de Louis Segond (1910).
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Alguém que passou por cá
Por trás do espelho quem está
De olhos fixados nos meus?
Alguém que passou por cá
E seguiu ao Deus-dará
Deixando os olhos nos meus.
Luís de Macedo, pseudonyme de Luís Chaves de Oliveira (1901-1971). Cansaço.À qui derrière le miroir
Sont ces yeux rivés aux miens ?
À quelqu’un qui passait par là
Puis s’en est allé Dieu sait où
Laissant son regard dans le mien.
Luís de Macedo, pseudonyme de Luís Chaves de Oliveira (1901-1971). Lassitude, traduit de : Cansaço par L. & L.
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Ainsi paraît la gloire du monde.
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Ainsi passe-elle.
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Dissoute à jamais dans la poudre du temps.
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António Vasco Moraes | Cansaço. Luís de Macedo, paroles ; Joaquim Campos, musique ; António Vasco Moraes, chant ; Dinis Lavos, guitare portugaise ; Jaime Santos Jr., guitare classique. Vidéo : 4FadoLisbon. Captation : Lisbonne, Restaurante Guarda-Mor, Rua Guarda-Mor, 8 (Madragoa), 19 juin 2013.
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Por trás do espelho quem está
De olhos fixados nos meus?
Alguém que passou por cá
E seguiu ao Deus-dará
Deixando os olhos nos meus.
À qui derrière le miroir
Sont ces yeux rivés aux miens ?
À quelqu’un qui passait par là
Puis s’en est allé Dieu sait où
Laissant son regard dans le mien.
Quem dorme na minha cama,
E tenta sonhar meus sonhos?
Alguém morreu nesta cama,
E lá de longe me chama
Misturado nos meus sonhos.
Qui est-ce qui dort dans mon lit
Et cherche à rêver mes rêves ?
Quelqu’un est mort dans ce lit ;
Sa voix m’appelle dans le lointain,
Mélangée à mes rêves.
Tudo o que faço ou não faço,
Outros fizeram assim
Daí este meu cansaço
De sentir que quanto faço
Não é feito só por mim.
Quoi que je fasse, quoi que je ne fasse pas
D’autres ont déjà agi de même
Voilà d’où me vient cette lassitude
De sentir que tout ce que je fais
N’est pas fait que par moi.
Luís de Macedo, pseudonyme de Luís Chaves de Oliveira (1901-1971). Cansaço.Luís de Macedo, pseudonyme de Luís Chaves de Oliveira (1901-1971). Lassitude, traduit de : Cansaço par L. & L.
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Elle dit quoi, la dame ?
Le camion (1977). Extrait. Marguerite Duras, réalisation, scénario ; Gérard Depardieu, Marguerite Duras, acteurs. Production : France, Cinéma 9, Auditel, 1977.
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Voix off M. D. :
Elle aurait parlé une dernière fois.
Elle aurait dit s’être trompée durant toute sa vie :
avoir pleuré quand il fallait rire…
rire quand il fallait pleurer…
pleurer quand il fallait pleurer…
Elle dit encore :
Que le monde aille à sa perte.
Qu’il aille à sa perte.
Musique jusqu’à la fin.
Marguerite Duras (1914–1996). Le camion (1977). Dans : Marguerite Duras, Œuvres complètes III, Gallimard, 2014 (Bibliothèque de la Pléiade). ISBN 978-2-07-012229-5. Page 298.
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Montpellier (France), 6 juin 2016
Je voudrais raconter ce souvenir…
Mais le voici effacé désormais… il n’en reste presque rien —
car il gît loin, très loin dans ma prime jeunesse.La peau comme du jasmin…
Cette soirée d’août — était-ce en août ? — une soirée…
C’est à peine si je me rappelle les yeux ; ils étaient bleus, je crois…
Ah oui, bleus ; d’un bleu de saphir.Kaváfīs, Kōnstantínos P. (1863-1933). Loin, traduit par Dominique Grandmont de Μακρυά [Makryá] (1914). Dans : Constantin Cavafis. En attendant les barbares et autres poèmes. Préface, traduction et notes de Dominique Grandmont, Gallimard, 2003 (Du monde entier). ISBN 978-2-07-030305-2. Page 97.
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Παντελής Θεοχαρίδης [Pantelī́s Theοcharídīs] | Μακρυά [Makryá]. Κωνσταντίνος Π. Καβάφης [Kōnstantínos P. Kaváfīs], poème ; Μιχάλης Τρανουδάκης [Michálīs Tranoudákīs], musique ; Παντελής Θεοχαρίδης [Pantelī́s Theοcharídīs], chant.
Extrait de l’album Ποιήματα του Κ. Π. Καβάφη [[Poiī́mata tou K. P. Kaváfī]. Grèce, Οδός Πανός [Odós Panós], 2009. Réf. commerciale : Pro2009-3.
Θάθελα αυτήν την μνήμη να την πω…
Μα έτσι εσβύσθη πια… σαν τίποτε δεν απομένει —
γιατί μακρυά, στα πρώτα εφηβικά μου χρόνια κείται.Δέρμα σαν καμωμένο από ιασεμί…
Εκείνη του Aυγούστου — Aύγουστος ήταν; — η βραδυά…
Μόλις θυμούμαι πια τα μάτια· ήσαν, θαρρώ, μαβιά…
A ναι, μαβιά· ένα σαπφείρινο μαβί.Κωνσταντίνος Π. Καβάφης [Kōnstantínos P. Kaváfīs] (1863-1933). Μακρυά [Makryá] (1914)
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Autre interprétation du même poème. Autre musique, autres interprètes :
Ελευθερία Αρβανιτάκη [Eleuthería Arvanitákī (Eleftheria Arvanitaki) | Μακρυά [Makryá]. Κωνσταντίνος Π. Καβάφης [Kōnstantínos P. Kaváfīs], poème ; Δημήτρης Παπαδημητρίου [Dīmítrīs Papadīmītríou], musique ; Ελευθερία Αρβανιτάκη [Eleuthería Arvanitákī], chant ; Ορχήστρα των Χρωμάτων [Orchī́stra tōn Chrōmátōn] (Orchestre des Couleurs) ; Μίλτος Λογιάδης [Mίltos Logiádīs], direction.
Extrait de l’album : « …που γι’ Αλεξανδρινό γράφει Αλεξανδρινός » [« …pou gi’ Alexandrinó gráfei Alexandrinós »] / Δημήτρης Παπαδημητρίου [Dīmī́trīs Papadīmītríou], Κ.Π. Καβάφης [K.P. Kaváfīs], Grèce : Universal, 2007. EAN 5200110900015.
Place de la Bourse. 19
- Fait suite à : Place de la Bourse. 18
Vittore Carpaccio (vers 1465 – 1525 ou 1526) | Annunciazione della Scuola di Santa Maria degli Albanesi (1504). Venezia, Galleria Franchetti della Ca’ d’Oro. Photo Sailko (CC BY-SA 3.0), via Wikimedia Commons
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Bernadette Soubirous reste à Lisbonne elle aussi, pour y vivre désormais. En peu de temps elle devient l’une des grandes fadistas de l’époque.
Dans les interviews on lui demande chaque fois « Comment avez-vous commencé ? » Elle dit qu’elle se produisait partout, même dans les bateaux qui tôt le matin font la traversée du Tage chargés de personnes aux regards fixes, aux yeux baissés. Ou bien dans des cafés, des ascenseurs, des jardins publics.
Elle chante aussi dans la mansarde donnant sur le jardin des orangers, pour Łukasz Kawczynski, pour Fañch Cosquer et pour la femme ordinaire.
Sous le nom de B. da Aparição, c’est à dire, si on veut, B. de l’Apparition, elle fait paraître son premier album auquel elle donne pour titre Livre das grades do tempo (« Libre de la prison du temps »), citant le dernier vers de Fado final, un morceau presque oublié du répertoire d’Amália qui en ouvre le programme. L’album est « offert », c’est le terme employé, « à Łukasz et Fañch, Béatrice et Dante, Anna Maria, Ifig, Raj et Ifig-Fañch, Tafsir, Annette, Edmond et Jean-Paul, Petar ». Il se clôt par une chanson française, Il n’y a pas d’amour heureux, seule concession de la fadiste à ses racines qu’elle tient d’ailleurs secrètes (un mensuel spécialisé relève sa « prononciation française trop appliquée, dépourvue de naturel »). Ce morceau-là est accompagné au piano par Tafsir Diongue, qu’on entend murmurer une deuxième voix douce et lointaine.
Les journalistes croient savoir que ce nom, B. da Aparição, a été choisi en hommage à « la grande Beatriz da Conceição ». On critique parfois ce choix, jugé de mauvais goût. Comment peut-on, si nouvelle dans ce métier où l’excellence ne s’acquiert qu’au prix d’une longue ascèse et encore, se mesurer d’emblée à l’une de ses plus illustres représentantes au point d’en usurper presque le nom ? Pire, de lui contester son propre nom, de le lui ôter, de l’en priver : puisque « Conceição » fait référence à la conception divine du Christ dans le ventre de Marie, ce nom d’« Aparição » veut de toute évidence évoquer l’apparition de l’archange Gabriel, laquelle a nécessairement précédé la Conception. Voici donc que cette effrontée se prévaut d’une sorte d’antériorité, ou de préséance, sur la grande Beatriz. Erreur, rétorquent d’autres voix : la Conception s’est produite au moment même de l’Annonciation. De l’Annonciation peut-être, reprennent les premiers, mais non pas de l’apparition de l’ange. Qu’en savez-vous, vous y étiez ? répliquent les autres. Et ainsi de suite.
Quelles foutaises, quel tas de conneries ! fulmine publiquement B. da Aparição. Ça n’a rien à voir, ni avec Beatriz da Conceição, ni avec l’archange Gabriel. Mais quoi qu’elle crie, nul ne l’entend. La dispute sur le déroulement technique de l’Annonciation atteint le Vatican. On interroge le pape Bernard, qui dit ne disposer d’aucune information particulière sur cette histoire vu qu’il n’a pas assisté à la scène lui non plus, ou alors peut-être sous la forme d’un faisan ou celle d’une libellule (un fagiano o una libellula, car l’histoire de la peinture nous enseigne que l’Annonciation s’est produite en Italie, en Toscane selon certains, à Venise ou ailleurs selon d’autres), mais que même dans ce cas il n’en a gardé aucun souvenir.
D’ailleurs l’esprit du pape Bernard, c’est-à-dire Jean-Paul Burguière, est accaparé par les préparatifs d’un événement considérable.
- Continue dans : Place de la Bourse. 20
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Beatriz da Conceição (1939–2015) | Madrugada sem sono (1967). Goulart Nogueira, poème ; João do Carmo Noronha, musique (Fado Meia-Noite antigo / Fado Pechincha) ; Beatriz da Conceição, chant ; Quarteto de guitarras de Martinho d’Assunção (Francisco Carvalhinho e Fernando Freitas, guitare portugaise ; Martinho d’Assunção, guitare ; Liberto Conde, basse acoustique. Publié en 1967.
Na solidão a esperar-te,
Meu amor fora da lei
Mordi meus lábios sem beijos
Tive ciúmes, chorei.
Dans cette solitude à t’attendre
Mon amour que j’aime hors la loi
À me mordre mes lèvres privées des tiennes
La jalousie, et les larmes me viennent.
Despedi-me do teu corpo
E por orgulho fugi,
Andei dum corpo a outro corpo,
Só p’ra me esquecer de ti.
Résignée au manque de ton corps
Je m’en suis allée, par fierté,
Passant d’un corps à un autre corps
Croyant me déprendre de toi.
Embriaguei-me, cantei
E busquei estrelas na lama,
Naufraguei meu coração
Nas ondas loucas da cama.
Je me suis enivrée, j’ai chanté
Et j’ai fouillé la boue, y cherchant des étoiles
Et j’ai noyé mon cœur
Dans le déferlement des vagues des draps.
Ai abraços frios de raiva,
Ai beijos de nojo e fome,
Ai nomes que murmurei
Com a febre do teu nome.
Que d’étreintes glacées de rage,
Que de baisers avides, que de dégoût
Ah combien de noms murmurés
Dans le seul désir de ton nom !De madrugada sem sono,
Sem luz, nem amor, nem lei
Mordi os brancos lençóis,
Tive saudades, chorei.
Au bout de cette nuit blanche
Sans feu, sans amour et sans loi,
Je mords ces draps dans lesquels tu n’es pas
Et les larmes me viennent avec le mal de toi.
Goulart Nogueira (1924-1993). Madrugada sem sono.
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Goulart Nogueira (1924-1993). Nuit blanche, traduit de Madrugada sem sono par L. & L.
Place de la Bourse. 18
- Fait suite à : Place de la Bourse. 17
Après ces événements Fañch Cosquer est dans un état de très grande affliction, il est comme dans une stupeur désespérée. Éperdu de douleur et de chagrin, il parcourt Lisbonne à la recherche des traces laissées par Łukasz Kawczynski dans cette ville où il est, tout porte à le croire, venu pour disparaître.
Ce sont des journées terribles.
Fañch Cosquer montre la photo de Łukasz partout, à des centaines d’habitants de Lisbonne. On le prend pour un fou, mais d’une folie qu’on reconnaît être de douleur. « C’est quelqu’un de votre famille, votre frère ? » demande une femme entre deux âges, une femme ordinaire, il ne sait pas la décrire autrement (il croit avoir affaire à une employée des postes ou autre). « Oui, répond-il dans un murmure, et plus que ça. » Elle le regarde et reconnaît la folie de douleur. Lui prend le bras et dit « venez », le conduit à un petit studio sous un toit, au bout d’un étroit escalier. « C’est ici ? » demande Fañch. « C’est » répond la femme, à la mode portugaise. En guise de fenêtres il n’y a que deux vélux dans la partie mansardée de la pièce, donnant sur un jardin protégé par un haut mur dont ne dépasse que la cime de quelques fruitiers, orangers ou citronniers. On n’entend qu’à peine la voix de la ville. « Il a peut-être laissé quelque chose pour vous, dit la femme ordinaire. Voici la clé. Si vous avez besoin de moi, j’habite au premier, la porte de gauche. »
- Continue dans : Place de la Bourse. 19
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Amália Rodrigues (1920–1999) | Fado final (1958). Feijó Teixeira, paroles ; António Menano, musique ; Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare. Musique souvent attribuée à Sapateirinho da Bica. Attribution à António Menano (1895–1969) d’après Rui Vieira Nery, Pensar Amália, Tugaland, 2009, page 137. Enregistré et publié en 1958.
Com o som das folhas caídas
Levadas pelo vendaval
Surgirá um novo outono
Meu vago e manso final.
Au son des feuilles mortes
Qui au vent tourbillonnent
Viendra un nouvel automne,
Qui sera ma fin tranquille et douce. Vou dar à terra primeiro
As brancas mãos cor de cera
E ao vento caminheiro
Dar os meus cabelos d’hera
E os meus segredos d’amor
Vou dá-los à primavera.
Je donnerai d’abord à la terre
Mes blanches mains couleur de cire.
Ma chevelure de lierre,
Je l’abandonnerai au vent
Tandis que mes secrets d’amour,
Je les confierai au printemps. Tristes são meus olhos tristes
Vou levá-los ao mercado
Das fantasias desfeitas
Onde m’os tinham criado.
Tristes sont mes yeux tristes
Je les rapporterai au marché
Des rêves inassouvis
Où on me les avait donnés. Deixo ao mar os meus tormentos
Pra que os apague nas ondas
Deixo ao vento os sofrimentos
Dum caminho de mil rondas.Je remets aux vagues de la mer
Mes tourments pour qu’elles les noient
Et au vent ce que j’ai souffert
Sur tous mes chemins de ronde. Com o som das folhas caídas
Arrastadas pelo vento
Será criado outro fado
Livre das grades do tempo.Alors, au son des feuilles mortes
Emportées par le vent
S’écrira un autre fado
Libre des prisons du temps. …… Feijó Teixeira (18??-19??).
Fado final.Feijó Teixeira (18??-19??).
Fado final. Traduction L. & L.
Place de la Bourse. 17
- Fait suite à : Place de la Bourse. 16
C’est le jour. Les voici face au Tage, tout près de ses eaux vertes, eux, ceux de la place de la Bourse et ceux, venus du Finistère et de Venise, qui sont nés devant la mer et la reconnaissent dans ce fleuve qui s’élargit en estuaire.
Sur l’indication de Raj Ahmad Sharif ils sont venus ici, dans cette ville qui regarde les eaux mouvantes de son fleuve marin, disposée sur sa rive comme une main ouverte, à la rencontre de Łukasz Kawczynski. C’est peut-être de ce lieu précis où ils se tiennent à présent, le cais das Colunas, là où la grande main de Lisbonne se baigne dans son fleuve, qu’il s’est laissé doucement glisser et emporter vers la haute mer, escorté d’un cortège de mouettes.
Dans la nuit d’Alfama ils ont entendu la voix de Łukasz Kawczynski dans celle du fado, mêlée à elle. Pour lui Anna Maria Longhi demande au ciel blanc de Lisbonne le chant du kaddish.
Bernadette Soubirous chante le fado de la mouette. « Si une mouette venait m’apporter le ciel de Lisbonne par le dessin qu’y trace son vol, ce ciel où le regard est une aile qui cesse de battre, défaille et s’abîme en mer, quel cœur parfait battrait alors dans ma poitrine, mon amour dans ta main, cette main où se logerait si parfaitement mon cœur. » Elle trouve ce fado en elle, il y est entré au cœur de la nuit d’Alfama et elle le chante, en guise de kaddish pour Łukasz Kawczynski.
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Amália Rodrigues (1920-1999) | Gaivota [Mouette]. Alexandre O’Neill, paroles ; Alain Oulman, musique ; Amália Rodrigues, chant ; instrumentistes non identifiés. Vidéo : Portugal, RTP [Rádio e Televisão de Portugal] (prod.), années 1970.
Se uma gaivota viesse
Trazer-me o céu de Lisboa
No desenho que fizesse,
Nesse céu onde o olhar
É uma asa que não voa,
Esmorece e cai no mar
Que perfeito coração
No meu peito bateria,
Meu amor na tua mão,
Nessa mão onde cabia
Perfeito o meu coração.Si une mouette venait
M’apporter le ciel de Lisbonne
Par le dessin qu’y trace son vol,
Ce ciel où le regard
Est une aile qui cesse de battre,
Défaille et s’abîme en mer
Alors quel cœur parfait
Battrait dans ma poitrine,
Mon amour dans ta main,
Cette main où se logerait
Si parfaitement mon cœur.Se um português marinheiro,
Dos sete mares andarilho,
Fosse quem sabe o primeiro
A contar-me o que inventasse,
Se um olhar de novo brilho
No meu olhar se enlaçasse
Que perfeito coração
No meu peito bateria,
Meu amor na tua mão,
Nessa mão onde cabia
Perfeito o meu coração.Si un marin portugais,
Revenu des sept mers du monde,
Était, qui sait, le premier
À me conter ses découvertes,
Si un regard d’un nouvel éclat
S’enlaçait à mon regard
Alors quel cœur parfait
Battrait dans ma poitrine,
Mon amour dans ta main,
Cette main où se logerait
Si parfaitement mon cœur.Se ao dizer adeus à vida
As aves todas do céu,
Me dessem na despedida
O teu olhar derradeiro,
Esse olhar que era só teu,
Amor que foste o primeiro
Que perfeito coração
Morreria no meu peito,
Meu amor na tua mão,
Nessa mão onde perfeito
Bateu o meu coraçãoSi, tout près de quitter la vie
Tous les oiseaux du ciel
M’apportaient dans cet adieu
Ton ultime regard
Ce regard incomparable
De toi, amour qui fus le premier
Alors quel cœur parfait
Mourrait dans ma poitrine,
Mon amour dans ta main,
Cette main où battait
Si parfaitement mon cœur. Alexandre O’Neill (1924-1986). Gaivota.Alexandre O’Neill (1924-1986). Gaivota. Trad.L. & L.
À bout de forces Fañch Cosquer éclate en sanglots et se tapit dans les bras de son frère. Exténués, tous pleurent tandis que Petar se frotte à leurs jambes tout en émettant comme des miaulements parlés, inventés exprès, en signe de compassion. Ils n’ont ni vu ni entendu l’animation quotidienne de la ville reprendre et enfler derrière eux. On regarde en passant ce singulier et lamentable groupe qu’ils forment sur la rive du fleuve, à beira do rio.
Le premier, Tafsir Diongue rit des cris insolites de Petar. Ce rire qui s’allume se communique aux autres comme un feu. Rien ne le retient. Tout à coup secoués de ce rire ils ont faim, ils veulent manger, il leur faut de la nourriture et du café.
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La scène est à Lisbonne. Une casa de fados dans le quartier d’Alfama. Il est tard dans la nuit. C’est une heure où la vie a bifurqué de son cours et se tient suspendue, libre de tout.
Dans ce lieu sont réunis ceux de la place de la Bourse : Bernadette Soubirous et ses enfants Dante et Béatrice Charles-Roux-Soubirous, le jeune Peul Tafsir Diongue, Annette Suter, Edmond Charles-Roux et Jean-Paul Burguière, le chat Petar, le mage du Pendjab Raj Ahmed Sharif et le garde suisse Ifig Fañch Longhi Kawczynski. Là se trouvent aussi Ifig et Fañch Cosquer, de Kérity, et Anna Maria Longhi, de Venise.
Comment expliquer cette coïncidence ? On en est réduit aux conjectures car une partie du récit manque, comme si des feuillets en avaient été égarés par l’auteur, ou dissimulés.
Lula Pena est là. C’est elle qu’on écoute dans cette nuit sans amarres. Elle chante ce qui déchire, ce qui empêche. Le bonheur qui survient parfois, et la douleur qui frappe. Comme on est prisonnier, condamné au labyrinthe.
Qui me regarde dans ce miroir, les yeux rivés aux miens ? Quelqu’un qui passait par là puis s’en est allé Dieu sait où, abandonnant son regard dans le mien.
Por trás do espelho quem está de olhos fixados nos meus? Alguém que passou por cá e seguiu ao Deus-dará, deixando os olhos nos meus.Chacun son fado, dès le berceau, gravé en soi dans l’âme et la chair, indélébile.
Bem pensado, todos temos nosso fado, e quem nasce malfadado melhor fado não terá.
Lula Pena | Troubadour. Acto IV [Cansaço ; Fado de cada um ; Partido alto]. Lula Pena, chant, guitare. Captation : Lisbonne, Music Box, 15 janvier 2010.
Cansaço : Luís de Macedo, paroles ; Joaquim Campos da Silva, musique (fado Tango). Fado de cada um : Silva Tavares, paroles ; Frederico de Freitas, musique. Partido alto : Chico Buarque, paroles et musique.
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Dans le souffle de ce chant se répandant comme un encens, c’est là qu’est Łukasz Kawczynski, celui qu’ils sont venus chercher à Lisbonne.
Mes peines, comme elles me pèsent, ah si tu savais. Dieu le sait, autant que je le sais.
Como diferem das minhas as penas das avezinhas. As minhas pesam-me tanto, ai se tu soubesses quanto. Sabe-o Deus, e sei-o eu.Sur la grève j’ai eu cette vision de notre vie prise dans les goémons enchevêtrés. Mon amour allons-nous en. Loin d’ici, où tu veux, la vie sera plus grande.
Fui à praia, e vi nos limos a nossa vida enredada. Ó meu amor, se fugirmos ninguém saberá de nada. Longe daquì, onde queiras, a vida será maior.
Lula Pena | Troubadour. Acto V. Extrait [Libertação]. Lula Pena, chant, guitare. Vidéo : Cláudia Varejão, réalisation. Portugal, 2010.
Libertação : David Mourão-Ferreira, paroles ; Filipe Pinto, musique (fado Meia-Noite).
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Les eaux du fleuve sont hautes et pas de passeur. J’ai mon amour là-bas sur l’autre rive. Sur l’autre rive et moi sur celle-ci, et les eaux du fleuve sont hautes et le bac reste à quai.
Ribeira vai cheia e o barco não anda, tenho o meu amor lá na outra banda, lá na outra banda e eu cá deste lado, ribeira vai cheia e o barco parado.À bout de forces je suis descendue dans les eaux vertes sans fond. Même si les forces me reviennent jamais je ne retournerai au monde.
Desci por não ter mais forças às águas verdes, sem fundo. Mesmo que voltem as forças não quero voltar ao mundo!
Lula Pena | Troubadour. Acto VI [Ribeira vai cheia ; Lago ; Dedo de Deus]. Lula Pena, chant, guitare. Extrait de l’album Troubadour / Lula Pena. Portugal : Mbari, 2010.
Ribeira vai cheia : paroles et musique traditionnelles (Alentejo). Lago : Luís de Macedo, paroles et musique. Dedo de Deus : Otto, paroles et musique.
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Il vient du dehors un bruit comme celui d’un vent impétueux et d’un envol de mouettes, et il emplit la maison où ils se tiennent. À force de fado, là où se tenait Lula Pena, là se tient à présent Amália.
Amália Rodrigues (1920-1999) | Estranha forma de vida. Amália Rodrigues, paroles ; Alfredo Marceneiro, musique (Fado bailado). Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare. Vidéo : Portugal, RTP [Rádio e Televisão de Portugal] (prod.), 1965.
………
Foi por vontade de Deus
Que eu vivo nesta ansiedade
Que todos os ais são meus,
Que é toda a minha saudade
Foi por vontade de Deus.
C’est la volonté de Dieu
Que je vive dans cette inquiétude
Que toutes les plaintes soient miennes
Que toute la saudade soit mienne
C’est la volonté de Dieu. Que estranha forma de vida
Tem este meu coração
Vive de vida perdida
Quem lhe daria o condão?
Que estranha forma de vida.
Étrange façon de vivre
Que celle de mon cœur
Vivre une vie d’égarement
Être sans emprise sur soi-même
Étrange façon de vivre. Coração independente
Coração que não comando
Vives perdido entre a gente
Teimosamente sangrando
Coração independente.
Cœur indépendant
Cœur désobéissant
Tu vis perdu dans le monde
Tu saignes, obstinément
Cœur indépendant. Eu não te acompanho mais
Para, deixa de bater
Se não sabes onde vais,
Porque teimas em correr?
Eu não te acompanho mais.Je ne t’accompagne plus
Arrête-toi, cesse de battre
Si tu ne sais pas où tu vas
Pourquoi t’obstiner à courir ?
Moi, je ne t’accompagne plus. …… Amália Rodrigues (1920-1999).
Estranha forma de vida.Amália Rodrigues (1920-1999).
Estranha forma de vida. Traduction L. & L.
Le chant a cessé. Lula Pena s’est assise avec ceux de la place de la Bourse, du Finistère, de Venise. Bruits de conversation, douceur de la langue portugaise dans laquelle, à cette heure-là de la nuit, se forme ce qu’il y a à dire. Bruits de verres. Il reste du vin.
Amália parle avec une femme, une Française.
Amália : Je ne vous connais pas, je ne crois pas… Mais je vous ai déjà vue. À la télévision peut-être. Vous êtes artiste ?
MD : J’écris. J’écris des livres enfin, des textes si vous voulez. Je fais des films aussi.
Amália : Des chansons aussi ?
MD : Des chansons aussi parfois, oui. Mais surtout des livres.
Amália : Vous êtes venue me voir déjà ? À l’Olympia ? Ou à Bobino ? Sartre vient vous savez.
MD : Sartre… mais Sartre n’est pas un écrivain. Il n’a jamais écrit, ce que j’appelle écrire.
Amália : Alors vous, vous devriez écrire quelque chose pour moi. Je n’aime pas chanter en français mais quand je vous écoute c’est… c’est différent, c’est très musical. On dirait que vous chantez quand vous parlez. C’est vrai. Et vous avez une belle voix.
MD réfléchit brièvement, le menton posé sur la main droite, puis : Je peux écrire pour vous, oui, peut-être. Au fond, toute ma vie, sans le savoir jamais, j’ai écrit du fado. Je l’ai fait dans cette langue qui est la mienne, le français, mais je n’ai fait que ça. Je le crois.
Bernadette Soubirous parle avec Lula Pena. Petar s’endort sur les genoux d’Amállia.
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