Coimbra é uma lição etc.
La circulation était fluide et l’automobile glissait sans que j’entende le bruit du moteur. La radio marchait en sourdine et je me souviens qu’au moment où nous arrivions au pont de la Concorde, un orchestre jouait Avril au Portugal. J’avais envie de siffler l’air. Paris, sous ce soleil de printemps, me semblait une ville neuve où je pénétrais pour la première fois, et le quai d’Orsay, après les Invalides, avait, ce matin-là, un charme de Méditerranée et de vacances.
Patrick Modiano. Quartier perdu (1984). Gallimard, impr. 2017 (Folio ; 1942), ISBN 978-2-07-037942-2. Pages 104-105.
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Avril au Portugal, dont il est question à trois reprises dans Quartier perdu, est bien sûr une adaptation française de la célèbre chanson Coimbra popularisée, notamment en France, par Amália Rodrigues.
La chanson originale a été écrite à la fin des années 1930 (une partition conservée à la bibliothèque nationale du Portugal fait état d’un copyright de 1939), mais n’a connu la popularité que grâce au film Capas negras (« Capes noires », 1947), réalisé par Armando de Miranda, dans lequel Amália Rodrigues, qui jouissait déjà d’une très grande célébrité comme fadiste, effectuait ses débuts d’actrice. Ce n’est pourtant pas elle qui y chantait Coimbra, mais l’autre tête d’affiche du film, Alberto Ribeiro.
Les « capes noires » sont celles que portent traditionnellement les étudiants de la fameuse Université de Coimbra – l’une des plus anciennes d’Europe –, parmi lesquels se recrutent les chanteurs du « Fado » et de la « Canção » de Coimbra. Capas negras a rencontré à sa sortie un succès inimaginable et serait, jusqu’à aujourd’hui, l’un des films qui ont connu la plus forte affluence dans les salles portugaises. Ce n’est pourtant pas la version du film qui a fait de Coimbra un succès international, mais celle d’Amália qui, très rapidement, a intégré la chanson à son répertoire.
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Amália Rodrigues (1920-1999) | Coimbra. José Galhardo, paroles ; Raul Ferrão, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare classique.
Extrait de l’émission Music hall parade. Diffusion : 18 avril 1956. Production : Office national de radiodiffusion télévision française. France, 1956.
Première appartition d’Amália Rodrigues à la télévision française, présentée par Georges Ulmer.
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Coimbra é uma lição
De sonho e tradição
O lente é uma canção
E a lua a faculdade
O livro é uma mulher
Só passa quem souber
E aprende-se a dizer
“Saudade”.
Coimbra est une leçon
De rêve, de tradition
Le maître est une chanson,
Et la lune, la Faculté,
Le livre est une femme.
Seul réussit celui qui sait
Et apprend à dire
« Saudade ».
Coimbra do Choupal,
Ainda és capital
Do amor em Portugal,
Ainda…
Coimbra, onde uma vez,
Com lágrimas se fez
A história dessa Inês,
Tão linda.
Coimbra du « Choupal* »
Tu es toujours la capitale
De l’amour au Portugal,
Toujours…
Coimbra, où autrefois,
Dans les larmes s’est produite
L’histoire de cette Inês**
Si belle.
Coimbra das canções,
Tão meiga que nos pões
Os nossos corações
A nu;
Coimbra dos doutores,
Pr’a nós os teus cantores,
A fonte dos amores
És tu.
Coimbra des chansons,
Si douce et qui nous met
Nos cœurs
À nu ;
Coimbra des docteurs,
Pour nous, tes chanteurs,
La source des amours,
C’est toi !
José Galhardo (1905-1967). Coimbra é uma lição de amor (Coimbra) (1939?).
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José Galhardo (1905-1967). Coimbra est une leçon d’amour (Coimbra), traduit de : Coimbra é uma lição de amor (Coimbra) (1939?) par L. & L. * Le Choupal, littéralement « la peupleraie » : un bois situé en aval de Coimbra, le long de la rive droite du Mondego.
** Inês : Inês de Castro, la « reine morte ».
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Coimbra a très vite donné naissance à une adaptation anglaise, sous le titre April in Portugal. La version française, datée de 1949, a été créée l’année suivante par Yvette Giraud (1916-2014), une très grande vedette à l’époque. On peine à y reconnaître Coimbra : l’arrangement et l’accompagnement instrumental en font une rumba (le disque 78 tours de 1950 porte d’ailleurs en titre alternatif « Rumba Coimbra ») et les paroles n’ont rien à voir avec celles de l’original.
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Yvette Giraud (1916-2014) | Avril au Portugal. Jacques Larue, paroles ; Raul Ferrão, musique. Adaptation de Coimbra, paroles originales de José Galhardo, musique de Raul Ferrão.
Yvette Giraud, chant ; accompagnement d’orchestre ; Albert Lasry, direction. France, 1950.
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Maria do Céu Crispim | O peixe que a gente come
Les compilations telles que Fado Capital, publiée par la maison Ovação, ont l’avantage de raviver le souvenir d’interprètes à peu près oubliés, dont les enregistrements, parfois peu nombreux, ont été produits autrefois par des maisons de disque aujourd’hui disparues. Des « petits maîtres », comme on dirait pour la musique classique, qui n’ont rien du sublime d’Amália Rodrigues ni du grand style d’Alfredo Marceneiro ou de Maria Teresa de Noronha, et qui attestent de la diversité du fado.
On ne sait presque rien de Maria do Céu Crispim, sinon qu’elle a exercé son métier de fadiste dans les années 1960, 1970, laissant quelques disques 45 tours. Sa courte carrière semble avoir pris fin avec son mariage, encore qu’elle se soit produite en public assez récemment en compagnie de sa fille, la fadiste Tânia Oleiro (née en 1979).
O peixe que a gente come (« Le poisson que l’on mange ») évoque la dureté du métier de pêcheur. Chanté sur la musique très enlevée du Fado pechincha, il met en valeur le caractère très populaire de la voix et du style de Maria do Céu Crispim.
Un fado de saison, puisque le monde occidental s’apprête à engloutir toute sorte de nourriture par quantités énormes.
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Maria do Céu Crispim | O peixe que a gente come. José Crispim, paroles ; João do Carmo Noronha, musique (Fado Pechincha).
Francisco Carvalhinho, António Chaínho & Raul Nery, guitares portugaises ; José Maria Nóbrega, guitare classique ; Raul Silva, basse acoustique.
Extrait de l’album Duo Crispim e Maria do Céu Crispim. Portugal, sans date [début des années 1970 ?]. Republié dans la compilation Fado Capital : A Essência do Fado de A a Z. Portugal : Ovação, 2008.
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O peixe que a gente come
com tanto gosto e sabor
chega a ser a amargura
da vida do pescador
Le poisson que l’on mange,
Si bon, si savoureux
Est aussi l’amertume
De la vie du pêcheur
Um come com tanto gosto
O outro sofre com fome
Dá alegria e desgosto
O peixe que a gente come
L’un mange avec appétit
L’autre endure la faim.
Il procure joie et peine
Le poisson que l’on mange
À noites d’invernia
O homem pesca com dor
P’ra a peixe nos dar de dia
Com tanto gosto e sabor
Les dures nuits d’hiver
L’homme pêche dans la douleur
Pour nous donner le jour
Le poisson plein de saveur
O pescador deita ao mar
a rede na ventura
P’ra nós é bom mas p’ra ele
Chega a ser amargura
le pêcheur jette à la mer
Son filet, vaille que vaille
Nous aurons le poisson
Il lui reste l’amertume.
Para nos dar de comer
O homem pesca com dor
Mas o mar não quer saber
Da vida do pescador
Pour nous nourrir
L’homme pêche dans la douleur
La mer ne veut rien savoir
De la vie du pêcheur.
José Crispim. O peixe que a gente come.
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José Crispim. Le poisson que l’on mange, traduit de : O peixe que a gente come par L & L.
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Vu
Cette fois quelqu’un m’a vu prendre le troisième livre de la pile. Or en cette période de commerce paroxystique, les piles sont plus nombreuses sur les tables des libraires et se touchent presque, de sorte qu’extraire le troisième exemplaire de l’une d’elles est toute une gymnastique.
Une femme d’environ soixante-neuf ans je dirais, grande mais légèrement voûtée par le fait des soixante-neuf coups du calendrier, vêtue d’un manteau noir passable, cheveux poivre et sel rassemblés en un chignon inachevé résultant en une simple cuche en jet d’eau sur le sommet de la tête, des boucles d’oreille en forme de lamelles vert jade, un visage de femme seule depuis longtemps (en tout cas sans amour) qui autrefois devait avoir un certain caractère, peut-être de la beauté. Un parent espagnol probablement. Elle passait devant la table d’exposition avec une lenteur très grande, ne feuilletait pas les livres, n’en prenait aucun en main, ne les touchait pas. Regardait seulement.
Le premier livre de la pile, il est normal de le laisser. C’est celui que feuillette toute la journée la pléthore des clients qui se pressent dans la librairie à l’approche de Noël. Je pourrais retirer le deuxième, mais non, c’est toujours le troisième, par suite d’une superstition tenace qui s’est insinuée en moi à mon insu et s’y est fermement installée.
Je lui ai laissé voir que j’avais vu qu’elle m’avait vu.
Elle s’est contentée d’un instant de suspens et d’un regard très vif qui trahissait la turbulence passagère de sa conscience. Elle ne m’a rien dit, preuve qu’elle jugeait mon geste singulier (a-t-elle pensé « névrotique » ? Je ne le crois pas, elle n’en a pas eu le temps ; mais c’est ce qu’elle formulera demain ou après-demain dans le confessionnal de son psy ; et lui, implacable : « Névrotique. Qu’est-ce qui vous le fait dire ? »).
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Amália Rodrigues | Fui ao mar buscar sardinhas
In onore delle sardine che affollano le piazze delle città d’Italia.
En l’honneur des « sardines » qui se pressent sur les places des villes d’Italie.
Quem me dera ser sardinha!
Amália Rodrigues (1920-1999). Fui ao mar buscar sardinhas (1980)Quanto vorrei essere sardina!
Ah que j’aimerais être sardine !
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Amália Rodrigues (1920-1999). Fui ao mar buscar sardinhas. Amália Rodrigues, paroles ; Carlos Gonçalves, musique.
Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha & Carlos Gonçalves, guitare portugaise ; Pedro Leal, guitare classique ; Joel Pina, basse acoustique.
Extrait de l’album Gostava de ser quem era / Amália Rodrigues. Portugal, ℗ 1980.
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Fui ao mar buscar sardinhas
Para dar ao meu amor
Perdi-me nas janelinhas
Que espreitavam do vaporA espreitar lá do vapor
Vi a cara dum francês
E sejá lá como for
Eu vou ao mar outra vezEu fui ao mar outra vez
Lá o vapor de abalada
Já lá não vi o francês
Vim de lá toda molhadaSaltou-me de mim toda a esperança
Saltou do mar a sardinha
Salta a pulga da balança
Não faz mal, não era minhaVou ao mar buscar sardinha
Já me esqueci do francês
A idéia não é minha
Nem minha nem de vocêsCoisas que eu tenho na idéia
Depois de ter ido ao mar
Será que me entrou areia
Onde não devia entrar?Pode não fazer sentido
Pode o verso não caber
Mas o que eu tenho rido
Nem vocês queiram saberNão é para adivinhar
Que eu não gosto de adivinhas
Já sabem que eu fui ao mar
E fui lá buscar sardinhasSardinha que anda no mar
Deve andar consoladinha
Tem água, sabe nadar,
Quem me dera ser sardinha!
Amália Rodrigues (1920-1999). Fui ao mar buscar sardinhas (1980)
La fatigue de l’âme forte
À une enquête sur le fado, Fernando Pessoa répond, en avril 1929, par ce court texte dont on extrait souvent pour la citer la formule « Le fado, c’est la fatigue de l’âme forte » :
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« Toute la poésie — et la chanson est une forme de poésie assistée — reflète ce dont l’âme est privée. C’est pourquoi la chanson des peuples tristes est gaie et celle des peuples gais est triste.
Quant au fado, il n’est ni gai ni triste. C’est un épisode d’entre-deux. L’âme portugaise lui a donné forme à un moment où elle n’existait pas et où elle désirait tout sans avoir la force de ce désir.
Les âmes fortes attribuent tout au Destin ; seuls les faibles croient en leur volonté propre, car cette volonté n’existe pas.
Le fado, c’est la fatigue de l’âme forte, le regard de mépris que le Portugal jette à ce Dieu en lequel il a cru et qui pourtant l’a abandonné.
Dans le fado, les Dieux reviennent, légitimes et lointains. Telle est la signification cachée de la figure du roi Dom Sebastião. »
Fernando Pessoa (1888-1935). Le fado et l’âme portugaise, traduit par L. & L. de : O fado e a alma portuguesa (1929).
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« Toda a poesia — e a canção é uma poesia ajudada — reflecte o que a alma não tem. Por isso a canção dos povos tristes é alegre e a canção dos povos alegres é triste.
O fado, porém, não é alegre nem triste. É um episódio de intervalo. Formou-o a alma portuguesa quando não existia e desejava tudo sem ter força para o desejar.
As almas fortes atribuem tudo ao Destino; só os fracos confiam na vontade própria, porque ela não existe.
O fado é o cansaço da alma forte, o olhar de desprezo de Portugal ao Deus em que creu e também o abandonou.
No fado os Deuses regressam legítimos e longínquos. É esse o segredo sentido da figura de El-Rei D. Sebastião. »
Fernando Pessoa (1888-1935). O fado e a alma portuguesa (1929). Dans : Sobre Portugal — Introdução ao Problema Nacional. Fernando Pessoa (Recolha de textos de Maria Isabel Rocheta e Maria Paula Morão. Introdução organizada por Joel Serrão.) Lisboa : Ática, 1979.
Première publication dans : Notícias Ilustrado, 2ª série, nº 44, Lisboa, 14 avril 1929.
Source : Arquivo Pessoa
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« Dom Sebastião » est le roi Sébastien 1er du Portugal, tué en même temps que presque tous ses gentilshommes et que la plus grande partie de son armée à la bataille d’Alcácer-Quibir (al-Qaşr al-Kabīr ou Ksar-el-Kébir) le 4 août 1578, au terme d’une désastreuse expédition au Maroc entreprise dans le but de restaurer la splendeur de la couronne portugaise. C’est le contraire qui advient : deux ans plus tard le Portugal tombe aux mains de l’Espagne.
Avec le temps se forme la légende. On entend dire que le corps de Dom Sébastien n’a pas été retrouvé sur le champ de bataille et que le roi vit caché, « encoberto ». Et que lorsque le malheur du Portugal atteindra son paroxysme, celui qu’on nomme aussi « o Desejado », le Désiré, reparaîtra dans Lisbonne pour y mettre fin, surgissant de la brume du fleuve au matin de la délivrance. Alors la gloire illuminera encore le Portugal et sa souffrance s’abolira pour toujours. Alors le fado, devenu inutile, s’éteindra.
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Amália Rodrigues (1920-1999). Maldição. Armando Vieira Pinto, paroles ; Alfredo Marceneiro, musique (Fado Cravo).
Amália Rodrigues, chant ; Raul Nery & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare classique ; Joel Pina, basse acoustique.
Bande son extraite de l’album Fados 67 / Amália Rodrigues. Portugal, ℗ 1967. Générique de fin : extrait d’un enregistrement de Maldição par Maria Bethânia. Brésil, ℗ 1972.
Vidéo : Radiosantos. Portugal, 20 septembre 2013 (mise en ligne).
Images extraites du film Capas negras (Portugal, 1947), réalisé par Armando de Miranda, et d’une émission de la RTP (Portugal, 1958).
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Que destino, ou maldição
Manda em nós, meu coração?
Um do outro assim perdidos
Somos dois gritos calados
Dois fados desencontrados
Dois amantes desunidos.
Quel destin, ou quelle malédiction
Commande en nous, mon cœur ?
Car nous sommes étrangers l’un à l’autre,
Deux cris silencieux
Deux destins qui s’ignorent
Deux amants désunis.
Por ti sofro e vou morrendo
Não te encontro, nem te entendo
Amo e odeio sem razão
Coração… quando te cansas
Das nossas mortas esperanças
Quando paras, coração?
Tu me fais souffrir, tu me fais mourir
Je te cherche sans te comprendre
J’aime et je hais sans raison
Mon cœur… quand te lasses-tu
De nos espoirs anéantis,
Quand t’arrêtes-tu, mon cœur ?
Nesta luta, esta agonia
Canto e choro de alegria
Sou feliz e desgraçada.
Que sina a tua, meu peito
Que nunca estás satisfeito
Que dás tudo… e não tens nada.
Dans cette lutte, cette agonie
Je chante et je pleure de joie
Je suis heureuse et malheureuse.
Quel destin que le tien mon cœur,
Toi, jamais satisfait
Qui donnes tout… et qui n’as rien !
Na gelada solidão
Que tu me dás coração
Não há vida nem há morte
É lucidez, desatino
De ler no próprio destino
Sem poder mudar-lhe a sorte.
Dans cette solitude glacée
Que tu me donnes, mon cœur,
Il n’y a ni vie ni mort.
C’est lucidité et c’est folie
De lire dans sa propre destinée
Sans pouvoir agir sur son cours. Armando Vieira Pinto (1906-1964). Maldição.Armando Vieira Pinto. Malédiction, traduit de Maldição par L. & L.
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Amália Rodrigues avait quinze ans à la mort de Pessoa. Elle n’a jamais chanté sa poésie. Mais qui sait s’ils ne se sont pas croisés, côtoyés, regardés ne serait-ce que distraitement, quelque part dans la Lisbonne des années 30 ?
(Raül) Refree & Lina (Rodrigues)
Raül Fernandez Miró, dit Raül Refree, ou Refree tout court, est un musicien et producteur barcelonais. Il a à plusieurs reprises travaillé avec Sílvia Pérez Cruz, dont il a produit le premier album en solo : 11 de novembre (2012), et avec qui il a conçu et enregistré en duo le fameux album granada (2014). Cette grenade renfermait quelques merveilles, au premier rang desquelles Pequeño vals vienés sur un poème de Lorca. Autre échantillon de cette collaboration :
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Sílvia Pérez Cruz & Raül Fernandez Miró (Raül Refree) | Que me van aniquilando. Paroles et musique traditionnelles (Andalousie) ; Enrique Morente, adaptation.
Sílvia Pérez Cruz, chant ; Raül Fernandez Miró (Raül Refree), guitare électrique.
Extrait de l’album granada. Espagne, ℗ 2014.
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Que me van aniquilando (« Ils m’anéantissent »), accompagné à la guitare électrique, est un hommage au chanteur de flamenco Enrique Morente (1942-2010), considéré par certains puristes comme iconoclaste. Sílvia Pérez Cruz, qui connaît parfaitement – et qui pratique à l’occasion – les techniques du chant flamenco, s’en tient toujours prudemment à une évocation, à une stylisation du cante andalou.
Ce n’est pas le cas de Rosalía, catalane elle aussi, dont Raül Refree a produit en 2017 Los ángeles (2017), l’album qui a lancé avec succès la carrière de la jeune chanteuse, désormais célèbre en Espagne et au-delà. Il l’accompagnait sur l’album entier d’une guitare assez peu flamenca. Voici :
Rosalía & Refree | Catalina. Paroles et musique traditionnelles (Andalousie).
Rosalía, chant ; Raül Refree, guitare.
Vidéo : extrait de Suena Guernica, projet audiovisuel réalisé à l’occasion du 80e anniversaire de la toile Guernica de Picasso. Production : Espagne, Radio 3 et RTVE.es. Espagne, 2017.
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Avec son deuxième album, El mal querer (2018), Rosalía semble évoluer vers le flamenco-pop, le R&B et autres styles voisins. Et voici que Raül Refree, qui n’y a aucunement participé, s’intéresse au fado. Foudroyé par cette musique, paraît-il, et en particulier par une voix, celle de Lina Rodrigues.
Lina Rodrigues (voir le billet Lina Rodrigues — Os lugares por onde andámos du 2 juin 2011) est une chanteuse très au point techniquement, dotée d’une voix juste et bien timbrée, agile et capable de virtuosité, à laquelle on pourrait reprocher de manquer un peu de caractère.
Avec elle, Refree se produit sous le nom collectif de « Lina_Raül Refree ». Un album est prévu pour janvier 2020, dont un titre (un fado du répertoire d’Amália Rodrigues, extrait de l’album Com que voz) a été publié par avance :
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Lina_Raül Refree | Cuidei que tinha morrido. Poème de Pedro Homem de Mello ; Alain Oulman, musique.
Lina Rodrigues, chant ; Raül Refree, arrangements, claviers et production.
Espagne, ℗ 2019.
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À leur propos, voici ce qu’on lit sur le site de Viavox Production, structure à laquelle ils sont affiliés :
Raül Refree a toujours été passionné par la musique populaire, il a donné une nouvelle perspective au flamenco, en produisant des artistes comme Rocío Márquez ou Niño de Elche et par ses albums en duo avec Rosálía et Sílvia Pérez Cruz. Lorsque, dans un club lisboète, il entendit la voix de Lina pour la première fois, il fut emporté par l’émotion. Ainsi est née l’envie d’explorer le répertoire d’Amália Rodrigues, en supprimant les dogmes instrumentaux du fado, tout en maintenant la profondeur de l’âme. Grâce au piano et à l’utilisation de synthétiseurs vintage – Moogs, Arps, Oberheims et Rolands – Raül Refree déploie des nuages analogiques autour de la voix de Lina et, si les guitares traditionnelles ont disparu, la force solennelle du chant demeure.
Source : https://viavoxproduction.fr/artist/lina_raul-refree/
À chacun d’en juger. Pas de concert prévu en France dans l’immédiat, du moins à ma connaissance. Voici une captation de concert réalisée cet été à Cartagène, en Espagne. Il s’agit du morceau traditionnel Canção da Beira Baixa, connu aussi par son incipit Quando eu era pequenina. Cette chanson faisait partie du répertoire scénique d’Amália, qui l’avait elle-même reprise de celui d’Edmundo Bettencourt (1889-1973), un des grands interprètes du fado de Coimbra dans la première moitié du XXe siècle.
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Lina_Raül Refree | Canção da Beira Baixa (Quando eu era pequenina). Paroles & musique traditionnelles (Portugal, Beira Baixa).
Lina Rodrigues, chant ; Raül Refree, arrangements, claviers et production.
Captation : festival La mar de músicas, Cartagena (Région de Murcie, Espagne), cour de la Facultad de Ciencias de la Empresa de l’Universidad Politécnica de Cartagena (UPCT), 24 juillet 2019.
Vidéo : ev0ilusi0n. 25 juillet 2019 (mise en ligne).
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Encore des mots
JEUNE FEMME (chanté) :
Si jamais tu partais
Partais et me quittais
Je crois que j’en mourrais
Que j’en mourrais d’amour
Mon amour, mon amour…Silence.
MADELEINE (fixe, stupéfiée par la violence des paroles). — Non.
Silence.
JEUNE FEMME (sur le même ton) :
Que j’en mourrais d’amour
Mon amour, mon amour.MADELEINE. — Non.
Silence. La Jeune Femme se tait. C’est Madeleine qui, comme contrite, reprend.
MADELEINE. — Mon amour, mon amour…
Marguerite Duras (1914-1996). Savannah Bay (1983). Les Éditions de Minuit, impr. 2005, ISBN 2-7073-0668-1. Page 16.
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Édith Piaf (1915-1963) | Les mots d’amour. Michel Rivgauche, paroles ; Charles Dumont, musique.
Édith Piaf, chant ; accompagnement d’orchestre ; Robert Chauvigny, direction.
France, 1960.
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Saison de l’inconfort

Toulouse (Occitanie, France), la Garonne depuis la rue de la Digue, 29 novembre 2019
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25
Défaut de l’automne, venir après l’été et annoncer l’hiver. Saison de l’inconfort.
Se demander si ce n’est pas justement le temps propice à la réflexion.
Robert Pinget (1919-1997). Du nerf (1990). Les Éditions de Minuit, impr. 1990. ISBN 2-7073-1326-2. P. 16.
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Kumquat, kiwano, karambol

Potimarrons, 25 novembre 2019
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Sur un autre étalage de primeurs il voit écrit kumquat, kiwano, karambol. Il demande à la marchande à quoi ça rime. Elle dit à ça en lui montrant des fruits bizarroïdes. Il marmonne encore de l’exotique. Elle répond pas plus que vous.
Robert Pinget (1919-1997). Du nerf (1990). Les Éditions de Minuit, impr. 1990. ISBN 2-7073-1326-2. P. 35.
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