Une mort géniale
Au plus fort du grand incendie de l’Australie cet extrait d’un entretien accordé par Marguerite Duras à un journaliste dans le quotidien Le Matin en 1986 (il s’agissait alors de Tchernobyl) est réapparu. Il a été repris dans bien des médias (par exemple par Isabelle Adjani dans une tribune parue dans Le Monde, le 13 janvier 2020 : Isabelle Adjani : « Pourquoi je renonce à jouer en Australie ») :
Maintenant on pourrait presque enseigner aux enfants dans les écoles comment la planète va mourir, non pas comme une probabilité mais comme l’histoire du futur. On leur dirait qu’on a découvert des feux, des brasiers, des fusions, que l’homme avait allumés et qu’il était incapable d’arrêter. Que c’était comme ça, qu’il y avait des sortes d’incendies qu’on ne pouvait plus arrêter du tout. Le capitalisme a fait son choix : plutôt ça que de perdre son règne.
Marguerite Duras (1914-1996). Tchernobyl, une mort géniale. Entretien avec Gilles Costaz, dans : Le Matin, 4 juin 1986.
Elle savait, Marguerite. Elle était voyante et sorcière. Voyez ce qu’elle prédisait en 1985. Vous voyez bien. Vous êtes d’accord ; 35 ans plus tard, c’est une évidence : « Le capitalisme a fait son choix : plutôt ça que de perdre son règne. »
………
Manuel de Falla (1876-1946) • El amor brujo. G 68. Canción del fuego fatuo. Manuel de Falla, musique ; María de la O Lejárraga, paroles.
Titre français : L’amour sorcier. G 68. Chanson du feu follet.
Estrella Morente, chant ; Orquesta Manuel de Falla ; Sergio Alapont, direction.
Captation : Valence (Espagne), Palau de la música, 26 février 2013.
Vidéo : Gobelins España. 2014 (mise en ligne).
………
Amália Rodrigues • Lago (1958)
Desci por não ter mais forças
Até ao fundo das águas
Mesmo que voltem as forças,
Não voltarei a ser escrava!
Luís de Macedo (1925-1987). Lago (années 1950). Extrait.À bout de forces je suis descendue
Au plus profond des eaux.
Même si les forces me reviennent
Je ne redeviendrai pas esclave !
………
Voici bien l’un des fados les plus étranges, les plus fascinants – et les moins connus – du répertoire d’Amália Rodrigues.
Le poème, on le notera, est écrit au féminin. Il est l’œuvre de Luís Chaves de Oliveira, qui en dehors de mener une vie d’attaché d’ambassade (à Paris notamment), se consacrait à la poésie sous l’identité de Luís (ou Luiz) de Macedo. Avec David Mourão-Ferreira et d’autres, cet homme était l’un des co-directeurs de la revue littéraire Távola Redonda : folhas de poesia (« Table ronde : feuilles de poésie »), publiée à Lisbonne de 1950 à 1954. On ne sait presque rien de lui.
À partir de 1958, certains de ses poèmes ont été chantés par Amália Rodrigues (voire écrits pour elle). Cette année-là sont enregistrés notamment Job et Anjo inútil, ainsi que l’extraordinaire Cansaço, qui connaîtra plusieurs versions ultérieures et accompagnera la chanteuse tout au long de sa carrière. La rencontre décisive avec le compositeur Alain Oulman, à qui on attribue généralement le mérite d’avoir enrichi le répertoire d’Amália en mettant en musique à son intention des textes des plus grands poètes portugais, n’avait pas encore eu lieu. À l’évidence, même avant cette rencontre, elle se débrouillait passablement bien elle-même quant au choix de ses textes.
La musique de Lago (« Lac ») est de compositeur inconnu ; il pourrait s’agir d’un réemploi de la musique d’une « Chanson de Coimbra », comme c’est le cas d’autres fados chantés à la même époque sur des poèmes de Luís de Macedo (Job et Anjo inútil en particulier). L’enregistrement de Lago, publié comme ces deux derniers en 1958, a probablement eu lieu à Paris. Il s’agit en effet d’une production française, par la maison Ducretet-Thomson qui a été un temps l’éditeur phonographique de la fadiste.
………
Amália Rodrigues (1920-1999) • Lago. Luís de Macedo (Luís Chaves de Oliveira), paroles ; compositeur inconnu.
Amália Rodrigues, chant ; instrumentistes non crédités : [Domingos Camarinha ?], guitare portugaise ; [Santos Moreira ?], guitare classique. Enregistrement : [Paris ?], [1958 ?].
Première publication : disque 45 tours Amália Rodrigues à Alfama. France : Ducretet-Thomson, 1958.
………
Desci por não ter mais forças
Às águas verdes, sem fundo,
Mesmo que voltem as forças
Não quero voltar ao mundo!
À bout de forces je suis descendue
Dans les eaux vertes sans fond.
Même si les forces me reviennent
Jamais je ne retournerai au monde !
Desci por não ter mais forças
Até ao fundo das águas
Mesmo que voltem as forças,
Não voltarei a ser escrava!
À bout de forces je suis descendue
Au plus profond des eaux.
Même si les forces me reviennent
Je ne redeviendrai pas esclave !
Desci por não ter mais forças
Às águas verdes, sem fim.
Mesmo que voltem as forças,
Não me separo de mim!
À bout de forces je suis descendue
Dans les eaux vertes sans fin.
Même si les forces me reviennent
Je ne me sépare pas de moi-même !
Luís de Macedo (1925-1987). Lago (années 1950).
Dates biographiques de l’auteur d’après Vasco Graça Moura, Amália: dos poetas populares aos poetas cultivados, Tugaland, 2009, p. 19 note 9.
Luís de Macedo (1925-1987). Lac, traduit de : Lago (années 1950) par L. & L.
………
Lula Pena, auditrice attentive et exigeante d’Amália, a intégré Lago à son fiévreux chef-d’œuvre Troubadour (2010), sorte de fleuve grossi de musiques de provenances diverses agencées en « actes ». Rien d’étonnant à cela : Lago sonne comme une revendication de liberté personnelle, l’expression d’un rejet de l’oppression, et peut être lu avec un regard féministe. Lago est le deuxième des trois morceaux assemblés pour constituer « l’acte VI » de Troubadour.
………
Lula Pena • Acto VI. composé de :
Ribeira vai cheia. Paroles & musique traditionnelles (Portugal, Alentejo).
Lago. Luís de Macedo (Luís Chaves de Oliveira), paroles ; compositeur inconnu.
Dedo de Deus. Otto (Otto Maximiliano Pereira de Cordeiro Ferreira), paroles & musique.
Lula Pena, chant & guitare.
Première publication : album Troubadour / Lula Pena. Portugal, 2010.
………
Enfin, dans le fado Dança de volta, créé par Camané en 2008, les trois strophes de Lago sont entrelacées avec trois autres, attribuées elles aussi à Luís de Macedo, sur les musiques de deux fados traditionnels (respectivement d’Alfredo Marceneiro et José Lopes).
………
Camané • Dança de volta. Luís de Macedo, paroles ; Alfredo Marceneiro (Fado Bailarico) & José Lopes (Fado Lopes), musique.
Camané, chant ; José Manuel Neto, guitare portugaise ; Carlos Manuel Proença, guitare classique ; Carlos Bica, contrebasse.
Première publication : album Sempre de mim / Camané. Portugal, 2008.
………
Damia (& Juliette) • Tout fout l’camp
Nous nageons tous dans la bêtise
Et l’on invente des drapeaux
On met des couleurs aux chemises…
Sous la chemise y a la peau.
Raymond Asso (1901-1968). Tout fout l’camp (1937). Extrait.
………
Raymond Asso (1901-1968) a écrit les paroles de Tout fout l’camp pour Édith Piaf, dont il était à l’époque le mentor et le compagnon. La Piaf a enregistré la chanson en 1937, mais c’est sa reprise en 1939 par l’extraordinaire Damia, plus saignante – et d’ailleurs censurée à l’époque – qui en a fait la renommée.
………
Damia (1889-1978) • Tout fout l’camp. Raymond Asso, paroles ; Juel (pseudonyme de Jules Alphonse Raoul Gallaud), musique.
Damia, chant ; orchestre dirigé par Wal-Berg. Enregistrement : France, 15 mai 1939.
France, 1939.
………
Nous sommes maîtres de la terre
Nous nous croyons des presque Dieu
Et pan ! Le nez dans la poussière
Qu’est-ce que nous sommes ? Des pouilleux.…
Refrain
Et là-haut les oiseaux
Qui nous voient tout petit, si petits
Tournent, tournent sur nous
Et crient : « Au fou ! Au fou ! »
…Nous nageons tous dans la bêtise
Et l’on invente des drapeaux
On met des couleurs aux chemises…
Sous la chemise y a la peau.Écoutez le monde en folie
Vive la mort, vive la faim !
Pas un ne crie « vive la vie ! »
Nous sommes tous des assassins.Et toute la terre qui gronde
Bonne saison pour les volcans
On va faire sauter le monde
Cramponnez-vous, tout fout l’camp !Et là-haut les corbeaux
Qui nous voient tout petit, si petits
Tournent comme des fous
Et crient : À nous ! À nous !La vie pourrait être si belle
Si l’on voulait vivre d’abord
Pourquoi se creuser la cervelle
Quand y a du bon soleil dehors ?
Raymond Asso (1901-1968). Tout fout l’camp (1937).
………
On ne s’étonnera pas que Tout fout l’camp ait été repris par Juliette, lors de son tour de chant Salle Gaveau (Paris) en 1997 qui a été enregistré et publié l’année suivante sous le titre « Deux pianos ». On voit ici la chanteuse interprétant une nouvelle fois la chanson en 2015, lors d’une « Carte blanche à la chanteuse Juliette », dans le cadre de l’émission de France Musique « Un dimanche idéal », aujourd’hui disparue.
………
Juliette • Tout fout l’camp. Raymond Asso, paroles ; Juel (pseudonyme de Jules Alphonse Raoul Gallaud), musique.
Juliette, chant et piano.
Enregistrement : Maison de la Radio, Paris (France), 18 janvier 2015, dans le cadre de l’émission de France Musique Un dimanche idéal. Carte blanche à la chanteuse Juliette, Arièle Butaux, productrice, diffusée en direct sur la radio France Musique le 18 janvier 2015. France, 2015.
Vidéo : Sabino Sasso.
………
Musica nuda • Mirza
Où est donc passé cé chian ?
Jé lé cherché partout !
Adorable.
………
Musica nuda • Mirza. Nino Ferrer, paroles & musique.
Musica Nuda (Petra Magoni & Ferruccio Spinetti), duo instrumental et vocal. Enregistrement : StudioLab, Cascina (Toscane, Italie).
Extrait de l’album Complici / Musica nuda. Italie, 2011.
………
Z’avez pas vu Mirza ? Oh la la la la la !
Où est donc passé cé chian ? Jé lé cherché partout !
Où est donc passé cé chian ? Ooh il va me rendre fou !
Où est donc passé cé chian ? Ooooh ça y est jé lé voâ !
Vé-tu vénir ici ! Jé né répétrai pas !
Vé-tu vénir ici ! Hmmmm ça vé pas…
Vé-tu vénir ici ! Oooh il est réparti !Où est donc passé cé chian ? Jé lé cherché partout !
Où est donc passé cé chian ? Il va me renndre fou !
Où est donc passé cé chian ? Ooooh ça y est jé lé voâ !
C’est ké la dernié foâ qué jé té cherche comm ça !
Vé-tu vénir ici ! Jé lé répétrai pas !
Vé-tu vénir ici ! Oooooh ah oui té voilà !
Vé-tu vénir ici ! Ooh il né bouge pas…
Satané Mirza !
Έλλη Πασπαλά [Éllī Paspalá] • Memed αγάπη μου [Memed agápī mou]
Cette chanson, Memed αγάπη μου [Memed agápī mou] (« Memed mon amour ») est extraite de la bande originale du film brito-yougoslave Memed, my hawk (« Memed, mon faucon », 1984) réalisé par Peter Ustinov, adaptation du fameux roman Memed le mince de Yaşar Kemal.
Pour l’essentiel, la musique du film est l’œuvre de Mános Hadjidákis, qui a eu recours pour les paroles de l’unique chanson de la b.o. à son ami Níkos Gátsos (1911 ou 1914-1992), et pour le chant à la belle voix d’Élli Paspalá.
………
Έλλη Πασπαλά [Éllī Paspalá] • Memed αγάπη μου [Memed agápī mou]. Νίκος Γκάτσος [Níkos Gkátsos] (Níkos Gátsos), paroles ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Chatzidákis] (Mános Hadjidákis), musique.
Έλλη Πασπαλά [Éllī Paspalá], chant ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Chatzidákis] (Mános Hadjidákis), arrangements et direction.
Extrait de la bande originale du film Memed γεράκι μου [Memed geráki mou] = Memed, my hawk (Royaume-Uni, Yougoslavie, 1984), Peter Ustinov, réalisation. Grèce, ℗ 1984.
………
Κάποιος περνά
μες στα βουνά
κάθε φορά
στο κάλεσμα πιστός.
Quelqu’un passe
à travers la montagne
chaque fois
fidèle à l’appel.
Αχ
ποιος είν’ αυτός,
είν’ ο μεγάλος
πράσινος αϊτός.
Ah
Qui est-ce ?
C’est le grand
aigle vert.
Κάθε φορά
απλώνει τη χαρά
στα κορφοβούνια τα χλωρά.
Chaque fois
Il répand la joie
sur les crêtes vertes.
Κάθε φορά
μ’ ολάνοιχτα φτερά
φέρνει του ήλιου τα κλαδιά
για τα παιδιά.
Chaque fois,
Les ailes grandes ouvertes
Il apporte les rayons du soleil
Aux enfants.
Κάποιος περνά
μες στα βουνά
κάθε φορά
στο κάλεσμα πιστός.
Quelqu’un passe
à travers la montagne
chaque fois
fidèle à l’appel.
Αχ
ποιος είν’ αυτός,
είν’ ο μεγάλος
άρχοντας αϊτός.
Ah
Qui est-ce ?
C’est le seigneur,
le grand aigle.
Κάποιος περνά
μες στα βουνά
κάθε φορά
στον πόνο του κλειστός.
Quelqu’un passe
à travers la montagne
chaque fois
reclus dans sa douleur.
Αχ
ποιος είν’ αυτός
είν’ ο θλιμμένος
έφηβος Χριστός.
Ah
Qui est-ce ?
C’est le Christ adolescent
accablé de tristesse.
Κάθε φορά
αγιάζει τα νερά
στα περιγιάλια τ’ αρμυρά.
Chaque fois
il bénit les eaux
salées des rivages.
Κάθε φορά
στου κόσμου την πυρά
ρίχνει του ονείρου τα κλειδιά
για τα παιδιά.
Chaque fois
Sur le brasier du monde
il jette les clés du rêve
pour les enfants.
Κάποιος περνά
μες στα βουνά
κάθε φορά
στον πόνο του κλειστός.
Quelqu’un passe
à travers la montagne
chaque fois
reclus dans sa douleur.
Αχ
ποιος είν’ αυτός
είν’ ο θλιμμένος
άρχοντας Χριστός.
Ah
Qui est-ce ?
C’est le Christ adolescent
accablé de tristesse.
Νίκος Γκάτσος [Níkos Gkátsos] (Níkos Gátsos) (1911 ou 1914-1992). Memed αγάπη μου [Memed agápī mou] (1984).
.
Νίκος Γκάτσος [Níkos Gkátsos] (Níkos Gátsos) (1911 ou 1914-1992). Memed mon amour, traduit de : Memed αγάπη μου [Memed agápī mou] (1984) par L. & L., à partir d’une traduction espagnole (source : stixoi.info)
………
Trio Kymata • Θλιμμένη Κυριακή [Thlimménī Kyriakí]
Continuation de cette petite saison grecque de janvier.
Le trio Kymata, formé en France en 2016, est composé de Maria Simoglou, originaire de Salonique (chant, percussions), Iacob Maciuca (violon) et Kevin Seddiki (guitare, percussions et direction artistique). Son répertoire est fait de traditionnels grecs ou roumains ou de compositions originales. Dans le cas de Θλιμμένη Κυριακή [Thlimménī Kyriakí], il s’agit d’une adaptation grecque d’une célèbre chanson hongroise du début des années 30, réputée pour ses vertus désespérantes : Szomorú Vasárnap, popularisée en France par Damia sous le titre Sombre dimanche (1936).
- Voir aussi le billet : Szomorú vasárnap du 25 mai 2014
………
Kymata Trio • Θλιμμένη Κυριακή [Thlimménī Kyriakí]. Maria Simoglou, paroles ; Rezső Seress, musique. Adaptation grecque de Szomorú Vasárnap (1933), paroles originales hongroises de László Jávor.
Trio Kymata, ensemble instrumental et vocal (Maria Simoglou, chant ; Iacob Maciuca, violon ; Kevin Seddiki, guitare) ; Trio Kymata, adaptation & arrangement ; Kevin Seddiki, direction artistique) ; Anne Laurin, prise de son ; Csaba Tóth Bagi, mixage.
Vidéo : Isabelle Montoya, réalisation, montage ; Antonio Carola, cadrage.
Bande-son extraite de l’album Kymata. France, ℗ 2017, © 2018.
………
Ήταν σαν σήμερα μια Κυριακή
μ’ εκατοντάδες λευκά λουλούδια
που σε περίμένα με προσμονή
τα όνειρα γίναν του πένθους τραγούδια.
Τώρα τα δάκρυα πέφτουν γλυκά
θλίψη τα λόγια μου τα λατρευτά
Θλιμμένη Κυριακή.
C’était un dimanche comme aujourd’hui
avec des centaines de fleurs blanches
je t’attendais avec impatience
les rêves sont devenus des chants de deuil.
Maintenant les larmes coulent doucement
mes mots si chers sont devenus tristesse.
Sombre dimanche.
Θα ‘ναι σαν σήμερα μια Κυριακή
που οι προσευχές μου θα ηχούνε στ’αυτιά σου
μα η ψυχή μου δε θα ‘ναι εκεί
για ν’ αντικρύσει ξανά τη δικιά σου.
Με τη στερνή μου αναπνοή
σε χαιρετάω, αγάπη γλυκιά μου.
Θλιμμένη Κυριακή.
Ce sera un dimanche comme aujourd’hui
quand mes prières sonneront dans tes oreilles
mais mon âme ne sera pas là
pour revoir la tienne en face.
Avec mon dernier souffle
je te dis au revoir, mon cher amour.
Sombre dimanche.
Maria Simoglou. Θλιμμένη Κυριακή [Thlimménī Kyriakí].
.
Maria Simoglou. Sombre dimanche, traduit de : Θλιμμένη Κυριακή [Thlimménī Kyriakí] par Reguina Hatzipetrou-Andronikou. Source : livret d’accompagnement de l’album « Kymata », © Buda musique 2018
………
Kymata Trio
Kymata (2017)

Kymata / Kymata Trio (Maria Simoglou, chant, percussions ; Iacob Maciuca, violon ; Kevin Seddiki, guitare, percussions, direction artistique) ; Anne Laurin, prise de son ; Csaba Tóth Bagi, mixage ; produit par Karim Seddiki & Klaus Wildner.
Production : France : Magic Takadin, ℗ 2017.
Enregistrement : France, abbaye de Noirlac (Cher), 19 au 21 octobre 2017. Mixage : Hongrie, Budapest, studio Péter Kaszás, 15 et 16 décembre 2017.
CD : Buda musique, © 2018. – Distribution (France) : Socadisc. – EAN 3341348603278
………
Néna Venetsánou a composé et interprété plusieurs chansons sur des poèmes de Paul Éluard. En voici une deuxième : En vertu de l’amour. Le poème, daté de 1946, a été publié l’année suivante dans le recueil Le temps déborde.
Néna Venetsánou a résidé quelques années en France dans sa jeunesse. Elle y a travaillé le chant auprès de sa compatriote, la grande mezzo Írma Kolássi (1918-2012).
………
Νένα Βενετσάνου [Néna Venetsánou] • En vertu de l’amour. Poème de Paul Éluard ; Νένα Βενετσάνου [Néna Venetsánou], musique.
Νένα Βενετσάνου [Néna Venetsánou], chant ; Τάσος Καρακατσάνης [Tásos Karakatsánīs], arrangements et direction.
Enregistré à : Polysound Studio, Athènes (Grèce).
Extrait de l’album Στα Ελληνικά τραγούδια της [Sta Ellīniká tragoúdia tīs] ; Chante Paul Eluard / Νένα Βενετσάνου [Néna Venetsánou]. Grèce, ℗ 1980.
………
J’ai dénoué la chambre où je dors, où je rêve,
Dénoué la campagne et la ville où je passe,
Où je rêve éveillé, où le soleil se lève,
Où, dans mes yeux absents, la lumière s’amasse.Monde au petit bonheur, sans surface et sans fond,
Aux charmes oubliés sitôt que reconnus,
La naissance et la mort mêlent leur contagion
Dans les plis de la terre et du ciel confondus.Je n’ai rien séparé mais j’ai doublé mon cœur.
D’aimer, j’ai tout créé : réel, imaginaire,
J’ai donné sa raison, sa forme, sa chaleur
Et son rôle immortel à celle qui m’éclaire.
Paul Éluard (1895-1952). En vertu de l’amour (27 novembre 1946). Dans : Le temps déborde (1947, première publication).
Νένα Βενετσάνου [Néna Venetsánou], Paul Éluard • L’amoureuse
Encore un peu de la Grèce – et de la France aussi, celle d’il y a presque cent ans.
Au programme de son tout premier album, paru en 1980, Néna Venetsánou a fait figurer cinq chansons, composées par elle-même, sur des poèmes de Paul Éluard extraits de divers recueils. L’amoureuse provient de Capitale de la douleur (1926).
………
Νένα Βενετσάνου [Néna Venetsánou] • L’amoureuse. Poème de Paul Éluard ; Νένα Βενετσάνου [Néna Venetsánou], musique.
Νένα Βενετσάνου [Néna Venetsánou], chant ; Τάσος Καρακατσάνης [Tásos Karakatsánīs], arrangements et direction.
Enregistré à : Polysound Studio, Athènes (Grèce).
Extrait de l’album Στα Ελληνικά τραγούδια της [Sta Ellīniká tragoúdia tīs] ; Chante Paul Eluard / Νένα Βενετσάνου [Néna Venetsánou]. Grèce, ℗ 1980.
………
Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens,
Elle a la forme de mes mains,
Elle a la couleur de mes yeux,
Elle s’engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.Elle a toujours les yeux ouverts
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Font s’évaporer les soleils,
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire.
Paul Éluard (1895-1952). L’amoureuse. Dans : Capitale de la douleur (1926, première publication).
Θάνος Μικρούτσικος [Thános Mikroútsikos] (1947-2019)
Athanásios « Thános » Mikroútsikos (1947-2019), compositeur et homme politique grec, est mort il y a quelques semaines à peine, juste avant le changement d’année. France Musique s’est chargée de publier sur son site une notice à son sujet, dans laquelle est inséré le splendide enregistrement de Οι γερόντοι [Oi geróntoi] (« Les vieillards ») par María Dimitriádi, sur un poème de Yannis Ritsos. Pas de notice Wikipédia en français (mais il en existe une en anglais). Liens ci-dessous.
- Christophe Dilys, Décès du compositeur Thanos Mikroutsikos, figure de proue du communisme grec. France Musique, 31 décembre 2019.
- Thános Mikroútsikos dans Wikipédia (en anglais)
………
Ce qui suit provient d’un autre projet, intitulé Κρατάει χρόνια αυτή η κολώνια (« Cette eau de toilette dure des années », d’après une traduction automatique), mené avec la parolière Lína Nikolakopoúlou et la chanteuse Haris Alexiou, bien connue à l’étranger, notamment en France.
Les paroles de Μια πίστα από φώσφορο [Mia písta apó fósforo] sont assez énigmatiques, à commencer par le titre, dont l’équivalent littéral serait « Une piste de phosphore ». J’ai dû m’appuyer sur plusieurs traductions, notamment anglaises, pour établir une version française qui se tienne à peu près (mais dont je ne garantis aucunement l’exactitude). Beaucoup extrapolent cette « piste » en « piste de danse », sans que ce détail éclaire beaucoup le texte dans son ensemble.
………
Χάρις Αλεξίου [Cháris Aleksíou] = Haris Alexiou • Μια πίστα από φώσφορο [Mia písta apó fósforo]. Λίνα Νικολακοπούλου [Lína Nikolakopoúlou], paroles ; Θάνος Μικρούτσικος [Thános Mikroútsikos], musique.
Χάρις Αλεξίου [Cháris Aleksíou] = Haris Alexiou, chant ; Θύμιος Παπαδόπουλος [Thýmios Papadópoúlos], arrangements et direction musicale.
Extrait de l’album Κρατάει χρόνια αυτή η κολώνια [Kratáei chrónia avtí ī kolónia]. Grèce, ℗ 1990.
………
Αν ήτανε το έδαφός σου πρόσφορο
θα σου `φτιαχνα μια πίστα από φώσφορο
με δώδεκα διαδρόμους
δώδεκα τρόμους
με βύσματα κι εντάσεις φορητές
με πείσματα κι αεροπειρατές
Si ton sol le permettait
Je ferais pour toi une piste de phosphore
Avec douze couloirs,
Douze terreurs,
Remplie de prises et d’intensités portables
D’entêtements et de pirates de l’air.
Αν ήτανε η αγκαλιά σου όαση
θα σου `φερνα δισκάκια για ακρόαση
στο λίκνισμα της άμμου
στάλα η καρδιά μου
κι η διψασμένη μου ψυχή στρατός
και πάνω της ζωής ο αετός
Si ton étreinte était une oasis
Je t’apporterais des disques à écouter.
Dans le balancement du sable
Mon cœur est une goutte,
Mon âme assoiffée est une armée
Au-dessus de laquelle plane l’aigle de la vie.
Όνειρα όνειρα
φλόγες μακρινές μου
Του φευγιού μου όνειρα
κι άγνωστες φωνές μου
Rêves, rêves,
Flammes lointaines,
Mes rêves de fuite,
Voix inconnues.
Κοιμήσου εσύ κι εγώ θα ονειρεύομαι
σαν ήσυχος θεός θα εκπορεύομαι
απ’τ’άσπρο σου το χιόνι
δίχως σεντόνι
στα νύχια του κακού τη νύχτα αυτή
κι ο θάνατος λυπάται να κρυφτεί
Dors, et moi je rêverai.
Tel un dieu serein j’émergerai
De ta neige blanche
Sans linceul
Entre les griffes du mal, cette nuit même,
Et la mort est trop dépitée pour se cacher.Λίνα Νικολακοπούλου [Lína Nikolakopoúlou]. Μια πίστα από φώσφορο [Mia písta apó fósforo] .
.Λίνα Νικολακοπούλου [Lína Nikolakopoúlou]. Une piste de phosphore, traduit de : Μια πίστα από φώσφορο [Mia písta apó fósforo] par L. & L., à partir de plusieurs traductions anglaises et italienne.
………
Mia písta apó fósforo, paru en Grèce en 1990, a connu une version turque dès l’année suivante (Her şeyi yak, par Sezen Aksu), puis une version française, une bulgare – et aussi une version italienne, fruit d’une collaboration entre le compositeur Thános Mikroútsikos et la chanteuse Milva dans le cadre d’un album intitulé Volpe d’amore (« Renard d’amour » – renard est féminin en italien), publié en Grèce en 1994 et diffusé ensuite plus largement sous le titre Milva canta Thanos Mikroutsikos (1998).
Entièrement réécrite par l’auteur-compositeur-interprète Maurizio Piccoli, Mia písta apó fósforo s’est transformée en Il canto di un’Eneide diversa (« Le chant d’une autre Énéide »).
Milva • Il canto di un’Eneide diversa . Maurizio Piccoli, paroles ; Θάνος Μικρούτσικος [Thános Mikroútsikos], musique. Adaptation italienne de Μια πίστα από φώσφορο [Mia písta apó fósforo], paroles originales grecques de Λίνα Νικολακοπούλου [Lína Nikolakopoúlou].
Milva, chant ; Natale Massara, arrangements. Enregistrement : Polysound Studio, Athènes (Grèce).
Extrait de l’album Volpe d’amore / Milva. Grèce, ℗ 1994.
………
Se nei tuoi occhi avessi bombe al fosforo
E quei miracoli di sole al Bosforo,
La lingua del serpente più velenoso,
Bruciassi nuvole nel cuore tuo,
Noi forse torneremmo a vivere.
Si tu avais dans les yeux des bombes au phosphore
Et ces miracles de soleil du Bosphore,
La langue du serpent le plus venimeux,
Si tu brûlais des nuages dans ton coeur,
Alors peut-être, nous pourrions revivre.
Se la tua carne fosse ancora un’oasi,
Olimpo da salire, inebriandosi,
Il canto amico di un’Eneide diversa,
Nei tuoi fondali costruirei città,
Noi forse torneremmo a vivere
Si ta chair était encore une oasis
Un Olympe grisant à escalader,
Le chant ami d’une autre Énéide,
Dans tes entrailles je construirais des villes,
Et peut-être, nous pourrions revivre.
Sognerò, sognerò
D’ incontrarti un po’ a sud
Pregherò, pregherò
Oggi fiamme inventerò
Je rêverai
De te rencontrer vers le Sud,
Je prierai
J’inventerai des flammes.
Se la tua notte fosse ancora musica,
Un’onda di ritorno o solo fisica,
Non più quel tuo lenzuolo d’ansia scaduta
Ma solo un volo come d’aquila,
Noi forse torneremmo a vivere.
Si ta nuit était encore musique,
Flot de ressac ou seulement physique,
Et non plus ton drap d’angoisse périmée,
Mais un vol comme celui d’un aigle,
Alors peut-être, nous pourrions revivre.Maurizio Piccoli. Il canto di un’Eneide diversa .
.Maurizio Piccoli. Le chant d’une autre Énéide, traduit de : Il canto di un’Eneide diversa par L. & L.
………

