Amália Rodrigues • Fado, não sei quem és
Ó fado
Torturado,
Tão magoado,
Quem te fez?
Ó fado,
Não sei quem és!
José Galhardo (1905-1967). Fado, não sei quem és, du film Fado, história d’uma cantadeira (1947).Ô fado
Torturé
Si plein de peine,
Qui t’a créé ?
Ô fado,
Je ne sais pas qui tu es !
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À plusieurs reprises, Amália Rodrigues a été employée comme actrice dans des films où elle tenait parfois le rôle principal. Le plus souvent elle y chantait. C’est le cas dans Fado, história d’uma cantadeira (« Fado, histoire d’une chanteuse »), un film à grand succès de 1947 dont le public d’alors pensait qu’il racontait sa propre histoire. Elle y incarnait Ana Maria, une fadiste d’origine modeste devenue subitement célèbre et riche et qui abandonne son ancien milieu (et son amoureux).
C’est le fameux Fado de cada um, de Frederico de Freitas (1902-1980), qui sert de leitmotiv musical au film. Mais c’est avec Fado, não sei quem és (« Fado, je ne sais pas qui tu es »), du même compositeur, que le personnage d’« Ana Maria » fait ses débuts au théâtre, dans un long plan-séquence qui accompagne la chanteuse depuis le fond du décor jusqu’à l’avant-scène pendant la quasi-totalité de la durée du fado lui-même. Cette scène, pour laquelle il fallait créer un vrai décor de théâtre a, paraît-il, coûté fort cher à la production du film.
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Fado, história d’uma cantadeira (1947). Extrait. Perdigão Queiroga, réalisation & scénario ; Armando Vieira Pinto, idée originale & dialogues ; Frederico de Freitas & Jaime Mendes, musique.
Distribution : Amália Rodrigues (Ana Maria) ; Virgílio Teixeira (Júlio Guitarrista) ; Vasco Santana (Joaquim Marujo) ; António Silva (Chico Fadista)…
Production : Portugal : Lisboa Filmes, 1947. Sortie : 1947 (Portugal).
Fado :
Fado, não sei quem és. José Galhardo, paroles ; Frederico de Freitas, musique.
Amália Rodrigues, chant ; [Jaime Santos, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare]. Portugal, 1947.
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Ó fado
Torturado,
Tão magoado,
Quem te fez?
Ó fado,
Não sei quem és!
Só sei
Que ouvi-te um dia e chorei
E ao encontrar-te encontrei
A voz do amor português.
Ô fado
Torturé
De tant de peines,
Qui t’a créé ?
Ô fado,
Je ne sais pas qui tu es !
Mais je sais
Qu’un jour en t’entendant j’ai pleuré
Et qu’en te trouvant j’ai trouvé
La voix de l’amour portugais.
Ó vida
Condoída,
Se eu dorida
Vou cantar,
Ó vida,
Vens-me falar
E a sós,
Quando o luar canta em nós,
Na voz do fado oiço a voz
Da minha vida a chorar.
Ô vie
Compatissante,
Si je suis triste
Quand je vais chanter,
Ô vie,
Tu viens me parler
Et seule
Quand le clair de lune chante en moi,
Dans la voix du fado j’entends la voix
De ma vie qui pleure.
Meu sonho
Tão risonho
Que eu suponho
Nem sonhar,
Meu sonho,
Quero acordar,
Volver
De novo ao fado e sofrer,
Porque sofrer é viver
E eu vivo e sofro a cantar.
Mon rêve,
Si souriant
Que je ne crois
Même pas rêver,
Mon rêve,
Je veux me réveiller,
Revenir
Au fado et souffrir,
Parce que souffrir est vivre
Et qu’en chantant, je souffre et je vis.
José Galhardo (1905-1967). Fado, não sei quem és, du film Fado, história d’uma cantadeira (1947).
.José Galhardo (1905-1967). Fado, je ne sais pas qui tu es, trad. par L. & L. de Fado, não sei quem és, du film Fado, história d’uma cantadeira (1947).
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Thibaut Pez & The Man Inside Corrine • India Song
Thibaut Pez & The Man Inside Corrine • India song. Marguerite Duras, paroles ; Carlos d’Alessio, musique.
Thibaut Pez & The Man Inside Corrine, chant ; Thibaut Pez, production et mixage.
Vidéo : Julien Kojfer, réalisation. France, 2021.
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Quelqu’un a écrit, en commentaire de cette vidéo dans un groupe Facebook consacré à Marguerite Duras : « J’en connais deux qui doivent se retourner dans leur tombe. »
Mais dans sa tombe, on ne se retourne pas. C’est trop tard. Du reste, si l’autrice de ce commentaire pense que M.D. et Jeanne Moreau se seraient offusquées de cet hommage, il me semble qu’elle est dans l’erreur.
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Jeanne Moreau (1928-2017) • India song. Marguerite Duras, paroles ; Carlos d’Alessio, musique.
Jeanne Moreau, chant ; Karel Trow, arrangements et direction.
France, ℗ 1975.
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Au milieu de la foule
En medio de la multitud le vi pasar, con sus ojos tan rubios como la cabellera. Marchaba abriendo el aire y los cuerpos; una mujer se arrodilló a su paso. Yo
sentí cómo la sangre desertaba mis venas gota a gota.
Vacío, anduve sin rumbo por la ciudad. Gentes extrañas pasaban a mi lado sin verme. Un cuerpo se derritió con leve susurro al tropezarme. Anduve más y más.
No sentía mis pies. Quise cogerlos en mi mano y no hallé mis manos; quise gritar, y no hallé mi voz. La niebla me envolvía.
Me pesaba la vida como un remordimiento; quise arrojarla de mí. Mas era imposible, porque estaba muerto y andaba entre los muertos.
Luis Cernuda (1902-1963). En medio de la multitud, extrait de : Los placeres prohibidos (1931).Au milieu de la foule je le vis passer, les yeux aussi blonds que la chevelure. Il marchait fendant l’air et les corps ; une femme s’agenouilla à son passage. Moi je sentis le sang déserter mes veines goutte à goutte.
Vide, je marchais sans but dans la ville. Des étrangers passaient à mes côtés sans me voir. Un corps fondit avec un léger murmure en me heurtant. Je marchais, je marchais toujours.
Je ne sentais pas mes pieds. Je voulus les prendre dans mes mains, et ne trouvai pas mes mains ; je voulus crier, et ne trouvai pas ma voix. Le brouillard m’enveloppait.
La vie me pesait comme un remords ; je voulus m’en défaire. Mais c’était impossible, car j’étais mort et je marchais parmi les morts.
Luis Cernuda (1902-1963). Au milieu de la foule, traduit de En medio de la multitud (1931) par Jacques Ancet. Dans : Luis Cernuda. Les Plaisirs interdits, traduits par Jacques Ancet, Éditions Fata Morgana, 1981 (Dioscures). Texte original espagnol et traduction française.
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Édith Piaf (1915-1963) • La foule. Michel Rivgauche, paroles ; Ángel Cabral, musique. La musique est celle de Que nadie sepa mi sufrir (1936), une « valse péruvienne », paroles originales de Enrique Dizeo.
Édith Piaf, chant ; accompagnement d’orchestre ; Robert Chauvigny, direction. Enregistrement public : Paris, Olympia, février 1958.
Extrait de l’album Édith Piaf à l’Olympia. N° 3. France, ℗ 1958.
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À noter que Fria claridade, un fado du répertoire d’Amália Rodrigues (poème de Pedro Homem de Mello), porte sur ce même thème de la rencontre accidentelle, éblouissante et éphémère, au sein d’une foule en mouvement qui reprend aussitôt ce qu’elle semblait avoir donné. Cette foule comme un dieu tout-puissant.
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Je revois la ville en fête et en délire,
Suffoquant sous le soleil et sous la joie
Et j’entends dans la musique les cris, les rires
Qui éclatent et rebondissent autour de moi.Et perdue parmi ces gens qui me bousculent,
Étourdie, désemparée, je reste là,
Quand soudain, je me retourne, il se recule
Et la foule vient me jeter entre ses bras.Emportés par la foule qui nous traîne, nous entraîne
Écrasés l’un contre l’autre, nous ne formons qu’un seul corps
Et le flot sans effort nous pousse, enchaînés l’un et l’autre
Et nous laisse tous deux épanouis, enivrés et heureux.Entraînés par la foule qui s’élance et qui danse une folle farandole,
Nos deux mains restent soudées
Et parfois soulevés, nos deux corps enlacés s’envolent
Et retombent tous deux épanouis, enivrés et heureux.Et la joie éclaboussée par son sourire
Me transperce et rejaillit au fond de moi
Mais soudain je pousse un cri parmi les rires
Quand la foule vient l’arracher d’entre mes bras.Emportés par la foule qui nous traîne, nous entraîne,
Nous éloigne l’un de l’autre, je lutte et je me débats,
Mais le son de ma voix s’étouffe dans les rires des autres
Et je crie de douleur, de fureur et de rage et je pleure.Et traînée par la foule qui s’élance et qui danse une folle farandole
Je suis emportée au loin
Et je crispe mes poings, maudissant la foule qui me vole
L’homme qu’elle m’avait donné et que je n’ai jamais retrouvé.
Michel Rivgauche (1923-2005). La foule (1957).
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Marie Laforêt • Tu fais semblant & Che male c’è?
Me voici pris d’un accès de ferveur pour Marie Laforêt, tout à coup. C’est à dire que j’aimais beaucoup ses chansons anciennes, les premières. En 1964 (je crois), j’avais acheté avec mon argent de poche le disque 45 tours, avec quatre chansons comme ça se faisait alors, sur lequel figurait Les vendanges de l’amour qui passait beaucoup à la radio. Les trois autres chansons ne passaient jamais ; elles ne ressemblaient pas à la variété française de cette époque et relevaient d’un style de musique folk qui ne deviendrait à la mode qu’un peu plus tard. Elles étaient intrigantes et très belles — notamment la première sur le disque, qui s’appelait Tu fais semblant.
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Marie Laforêt (1939-2019) • Tu fais semblant. Michel Jourdan, paroles ; Danyel Gérard, musique.
Marie Laforêt, chant ; accompagnement d’orchestre ; André Popp, arrangements & direction. France, ℗ 1963.
Vidéo : extrait de l’émission Toute la chanson, diffusée le 24 juin 1963. Production : France, Radiodiffusion-Télévision Française (RTF), 1963.
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L’année même de la publication du disque en France est paru en Italie un disque avec deux chansons seulement : les versions italiennes de Les vendanges de l’amour (« La vendemmia del amore ») et de Tu fais semblant (« Che male c’è »).
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Marie Laforêt (1939-2019) • Che male c’è?. Daniele Pace, paroles italiennes ; Danyel Gérard, musique. Adaptation de Tu fais semblant. Michel Jourdan, paroles originales françaises.
Marie Laforêt, chant ; accompagnement d’orchestre ; André Popp, arrangements & direction.
Italie, 1963.
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Voici les paroles, si vous voulez chanter avec. Elles sont un peu nunuches, mais sonnent très bien dans la voix singulière de Marie Laforêt.
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Che male c’è se mi perderai?
Che male c’è? Con un’altra andrai.
Che male c’è se ti perderò?
Che male c’è? Con un’altro andrò.
Qu’est-ce que ça peut faire si tu me perds ?
Qu’est-ce que ça peut faire ? Tu en trouveras une autre.
Qu’est-ce que ça peut faire si je te perds ?
Qu’est-ce que ça peut faire ? J’en trouverai un autre.
Ma poi vedrai che un giorno tu mi incontrerai
E rivedendo gli occhi miei ti pentirai.
Ti pentirai d’aver sciupato gli anni tuoi
E piangerai vicino a me.
Et tu verras qu’un jour tu me rencontreras,
Et qu’en voyant mes yeux tu regretteras.
Tu regretteras d’avoir perdu toutes ces années
Et tu pleureras près de moi.
Se piangerai ti perdonerò,
Se piangerò mi perdonerai.
Che male c’è? tornerò da te.
Che male c’è? tornerai da me.
Si tu pleures je te pardonnerai,
Si je pleure tu me pardonneras.
Qu’est-ce que ça peut faire ? Je te retrouverai.
Qu’est-ce que ça peut faire ? Tu me retrouveras.
E poi vedrai che un giorno tu sorriderai
E la tua vita cambierà insieme a me.
Ti pentirai d’aver sciupato gli anni tuoi
E piangerai vicino a me.
Et tu verras qu’un jour tu souriras,
Et qu’avec moi ta vie changera.
Tu regretteras d’avoir perdu toutes ces années
Et tu pleureras près de moi.
Se piangerai ti perdonerò,
Se piangerò mi perdonerai.
Che male c’è se l’amore va?
Che male c’è? poi ritornerà.
Si tu pleures je te pardonnerai,
Si je pleure tu me pardonneras.
Qu’est-ce que ça peut faire si l’amour s’en va ?
Qu’est-ce que ça peut faire ? Il reviendra.
Daniele Pace (1935-1985). Che male c’è? (1963), adaptation italienne de Tu fais semblant (1963), paroles originales françaises de Michel Jourdan.
.Daniele Pace (1935-1985). Qu’est-ce que ça peut faire ?, trad. par L. & L. de Che male c’è? (1963), adaptation italienne de Tu fais semblant (1963), paroles originales françaises de Michel Jourdan.
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Marie Laforêt & Jacques Higelin • Saint-Tropez blues
Comme ils étaient jeunes ! Je ne savais pas qu’ils étaient amis d’enfance (plusieurs sites en font mention, dont la page Wikipédia consacrée à Marie Laforêt).
Comme on voit, le clip est sous-titré en japonais — une langue dans laquelle Saint-Tropez se dit : サントロペ , Marie Laforêt : マリー・ラフォレ, et Jacques Higelin : ジャック・ヒゲリン. (N’est-ce pas dans cette langue qu’on ne distingue pas le son « l » du son « r » ?)
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Saint-Tropez blues (1961). Extrait. Marcel Moussy, réalisation, scénario & dialogues ; Jean-Paul Rappeneau, adaptation ; Henri Crolla et André Hodeir, musique.
Distribution : Marie Laforêt (Anne-Marie) ; Jacques Higelin (Jean-Paul Andrel) ; Stéphane Audran (l’amie de Trabu) ; Fausto Tozzi (Trabu)…
Production : France : Champs-Elysées Productions & Majestic Films, 1959. Sortie : 1961 (France).
Chanson :
Saint-Tropez blues. Minnie Danzas, paroles ; Henri Crolla, musique.
Marie Laforêt, chant ; Jacques Higelin, guitare ; accompagnement d’orchestre ; André Hodeir, direction.
France, ℗ 1960.
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Fréhel • Le fils de la femme-poisson
Du malheur, y en a pour tout le monde.
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Fréhel (1891-1951) • Le fils de la femme-poisson. Charles Trenet, paroles & musique.
Fréhel, chant ; accompagnement d’orchestre ; Pierre Chagnon, direction. Enregistrement : 17 avril 1936.
Première publication : France, 1936.
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Il pleut sur la foire,
Tout est aux abois,
Tirs et balançoires,
Manèges et chevaux de bois
Et j’entends l’histoire
D’un type un peu fou,
Qui dans la nuit noire
Me dit l’air très doux :Je suis le fils de la femme-poisson,
Ma tante était femme à barbe.
Mon grand père était homme-tronc,
Mon frère est dompteur de lions.
Ah ! Ah !
Et mon cousin tient une maison
De plaisir, près de Tarbes.
Il en a deux près de Toulon
Où ce qu’on joue de l’accordéon.
Voyez ils ont tous une belle situation
Mais moi, je ne suis qu’le fils d’la femme-poisson !J’aime et j’en suis bête,
Quel horrible amour,
J’aime la femme sans tête
Et je lui dis un jour :
« Écoute moi, mon âme,
Ne sois pas têtue ! »
Mais l’étrange dame
Vite m’a répondu :Tu n’es que le fils de la femme-poisson,
C’est pas assez, je l’regrette.
Ton grand père était homme-tronc,
Ton frère est dompteur de lions.
Ah ! Ah !
Moi j’veux un type qu’ait du pognon
Pour n’en faire qu’à ma tête.
J’veux une maison, des manteaux d’vison,
Des chapeaux, des combinaisons.
Repasse un jour si tu as une situation,
Mais maintenant tu n’es qu’le fils d’la femme-poisson !Depuis je m’délabre,
J’fais tous les métiers,
Avaleur de sabres,
Danseur et charcutier.
Mais j’ai beau m’débattre,
Rien ne m’réussit.
Ma vie est saumâtre,
Car toujours je suis…Je suis le fils de la femme-poisson,
Ma tante était femme à barbe.
Mon grand père était homme-tronc,
Mon frère est dompteur de lions.
Ah ! Ah !
Et mon cousin tient une maison
De plaisir, près de Tarbes.
Il en a deux près de Toulon
Où ce qu’on joue de l’accordéon.
Voyez ils ont tous une belle situation
Mais moi, je ne suis qu’le fils d’la femme-poisson !
Charles Trenet (1913-2001). Le fils de la femme-poisson (1935).
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Milva • La canzone della Moldava (Brecht & Eisler)
La notte più lunga eterna non è.
Bertolt Brecht (1898-1956), adaptation italienne de Luigi Lunari (1934-2019). La canzone della Moldava (1975), adapté de Das Lied von der Moldau (1943, 1ère publication 1956).
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Même la nuit la plus longue n’est pas éternelle, prophétisait Brecht en 1943. Acceptons-en l’augure, nous qui entrons dans un crépuscule qui s’obscurcit de jour en jour.
J’ai trouvé la semaine dernière, dans une boutique de disques vinyles d’occasion, l’album Brecht de Milva — non pas l’extraordinaire et indispensable Milva canta Brecht de 1971, enregistré en studio, mais la captation d’un spectacle du Piccolo Teatro de Milan donné à Prato, près de Florence, en mars 1975. Le son en est un peu moins bon, bien sûr, mais ce récital, intitulé Io, Bertolt Brecht n. 2 (« Moi, Bertolt Brecht. No 2 »), est tout aussi captivant que le premier.
Il y a la voix et la présence incomparables de Milva, très à l’aise dans ce répertoire qui semble être le sien propre. Il faut dire que les adaptations italiennes des textes de Brecht, réalisées par Luigi Lunari (1934-2019), lui-même homme de lettres et musicien, s’adaptent aux musiques de Weill ou d’Eisler avec un tel naturel qu’elles semblent même plus fluides que les versions originales allemandes.
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Milva (1939-2021) • La canzone della Moldava. Luigi Lunari, paroles italiennes ; Hanns Eisler, musique, d’après le motif principal de Vltava = la Moldau, poème symphonique de Bedřich Smetana. Adaptation italienne de Das Lied von der Moldau, poème posthume de Bertolt Brecht (édition Eisler) intégré, également de manière posthume, à sa pièce Schweyk im Zweiten Weltkrieg (« Schweyk dans la Deuxième Guerre mondiale », 1943).
Milva, chant ; Beppe Moraschi, piano.
Enregistrement public : spectacle Io, Bertolt Brecht n. 2, mise en scène de Giorgio Strehler ; spectacle du Piccolo Teatro di Milano ; avec Giorgio Strehler et Milva. Prato (Toscane, Italie), Teatro Metastasio, 15 & 16 mars 1975.
Extrait de l’album Brecht / Milva. Italie : Ricordi, ℗ 1975.
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In fondo alla Moldava vanno le pietre,
Sepolti a Praga riposan tre re.
A questo mondo niente rimane uguale,
La notte più lunga eterna non è.
Au fond de la Vltava dérivent les pierres,
Sous la terre de Prague reposent trois rois.
Dans ce monde rien ne perdure,
Si longue que soit la nuit, elle n’est pas éternelle.
Si mutano i tempi, l’inutile lotta
Di galli violenti futuro non ha.
I folli progetti di tutti i potenti
Si oppongono invano al tempo che va.
Car les temps changent. Les vaines luttes
Des coqs sanguinaires n’ont pas d’avenir
Et le temps qui passe viendra à bout
De la folie des puissants d’aujourd’hui.
In fondo alla Moldava vanno le pietre,
Sepolti a Praga riposan tre re.
A questo mondo niente rimane uguale,
La notte più lunga eterna non è.
Au fond de la Vltava dérivent les pierres,
Sous la terre de Prague reposent trois rois.
Dans ce monde rien ne perdure,
Et même la plus longue des nuits n’est pas éternelle.
Bertolt Brecht (1898-1956), adaptation italienne de Luigi Lunari (1934-2019). La canzone della Moldava (1975), adapté de Das Lied von der Moldau (1943, 1ère publication 1956).
.Bertolt Brecht (1898-1956). Le chant de la Vlatava, trad. par L. & L. de l’adaptation italienne La canzone della Moldava (1975) réalisée par Luigi Lunari (1934-2019) de Das Lied von der Moldau (1943, 1ère publication 1956).
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Le texte original allemand de cette Chanson de la Vltava, tel qu’il est connu dans sa forme publiée, n’est pas directement de Brecht lui-même. Il a été établi en 1956, à la mort du dramaturge, par Hanns Eisler à partir d’un long poème de 1943, laissé inachevé par Brecht. C’est ce texte, mis en musique par Eisler (sur la base d’un motif mélodique issu de Vltava, ou La Moldau, le poème symphonique de Smetana), qui a ensuite été intégré à la pièce Schweyk im Zweiten Weltkrieg (« Schweyk dans la Deuxième Guerre mondiale »), écrite par Brecht en 1943. Das Lied von der Moldau semble avoir été créé par Gisela May (1924-2016), actrice et chanteuse dans le Berliner Ensemble, la compagnie fondée à Berlin par Brecht.
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Gisela May (1924-2016) • Das Lied von der Moldau. Bertolt Brecht, paroles ; Hanns Eisler, musique, d’après le motif principal de Vltava = la Moldau, poème symphonique de Bedřich Smetana. Poème de Bertolt Brecht (édition Eisler) intégré de façon posthume à sa pièce Schweyk im Zweiten Weltkrieg (« Schweyk dans la Deuxième Guerre mondiale », 1943).
Gisela May, chant ; accompagnement d’orchestre ; Henry Krtschil, direction.
Extrait de l’album Lieder mit Gisela May / Eisler. Allemagne (RDA) : Nova, ℗ 1973.
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Am Grunde der Moldau wandern die Steine
Es liegen drei Kaiser begraben in Prag.
Das Große bleibt groß nicht und klein nicht das Kleine.
Die Nacht hat zwölf Stunden, dann kommt schon der Tag.Es wechseln die Zeiten. Die riesigen Pläne
Der Mächtigen kommen am Ende zum Halt.
Und gehn sie einher auch wie blutige Hähne
Es wechseln die Zeiten, da hilft kein Gewalt.Am Grunde der Moldau wandern die Steine
Es liegen drei Kaiser begraben in Prag.
Das Große bleibt groß nicht und klein nicht das Kleine.
Die Nacht hat zwölf Stunden, dann kommt schon der Tag.
Bertolt Brecht (1898-1956). Das Lied von der Moldau (1943, 1ère publication 1956). Poème posthume de Bertolt Brecht intégré, également de manière posthume, à sa pièce Schweyk im Zweiten Weltkrieg (« Schweyk dans la Deuxième Guerre mondiale », 1943)
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Il existe aussi une version française de cette chanson (Le chant de la Moldau), enregistrée par Pia Colombo dès 1962 à l’occasion de sa participation, dans le rôle de Madame Patocka, au spectacle Schweyk dans la Deuxième Guerre mondiale monté par Roger Planchon au Théâtre de la Cité (futur TNP) de Villeurbanne. Malgré tout le respect dû à Pia Colombo et à Planchon, je trouve cette version beaucoup moins convaincante que celle du spectacle du Piccolo Teatro — le texte français, à la métrique assez bancale, ne sonne pas bien et n’aide guère la chanteuse.
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Pia Colombo (1934-1986) • Chant de la Moldau. André Gisselbrecht & Joël Lefebvre, paroles françaises ; Hanns Eisler, musique, d’après le motif principal de Vltava = la Moldau, poème symphonique de Bedřich Smetana. Adaptation française de Das Lied von der Moldau, poème posthume de Bertolt Brecht (édition Eisler) intégré, également de manière posthume, à sa pièce Schweyk im Zweiten Weltkrieg (« Schweyk dans la Deuxième Guerre mondiale », 1943).
Pia Colombo, chant ; Claude Lochy, Oswald D’Andréa, piano.
Extrait de l’album Schweyk / Bertolt Brecht, Hanns Eisler . France : Philips, ℗ 1962.
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Les eaux de la Moldau roulent même les pierres
Les grands passent du trône à la terre
Prague a vu trois empereurs et les trois sont sous terre
Les longues nuits pâlissent au passage des heures.Tout se transforme et la nuit salue le jour
Ils ont dressé des plans, mais leur temps a un terme
Ils ont pu parader, la mort salue la vie
Rien ne ressemblera à ce qui a été, la mort salue le jour.Les eaux de la Moldau roulent même les pierres
Au travers des ruines passe l’avenir
Prague a vu trois empereurs et les trois sont sous terre
Et si la nuit est longue, c’est que le jour est là.
Bertolt Brecht (1898-1956), adaptation française d’André Gisselbrecht & Joël Lefebvre. Chant de la Moldau (1962), adapté de Das Lied von der Moldau (1943, 1ère publication 1956).
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Hermínia Silva • Fado das mãos sujas

Timbre à l’effigie de Hermínia Silva édité en 2011 par CTT Correios (Portugal)
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Entendre l’épatante Hermínia Silva (1907-1993), l’une des trois étoiles de plus grande magnitude dans l’histoire du fado — mettons des quatre, si on y adjoint Maria Teresa de Noronha —, après avoir baigné dans la fadeur des voix actuelles, presque toutes sans forme ni expression, voire absentes de leur propre chant, est un délice.
Hermínia, morte à Lisbonne un 13 juin, comme aujourd’hui, n’était pas que fadiste. Plus encore que sa cadette Amália Rodrigues, elle a exercé une activité soutenue d’actrice de théâtre et de cinéma, s’illustrant tout particulièrement dans la « revue à la portugaise » (revista à portuguesa, ou teatro de revista), une forme de théâtre musical à tendance satirique et comique inspirée de la revue française.
Dans la revue Chuva de mulheres (« Pluie de femmes »), présentée à Lisbonne en 1937, elle crée plusieurs fados qui sont ensuite restés des valeurs sûres de son répertoire tout au long de sa carrière. Parmi ceux-ci : le Fado das mãos sujas (« Fado das mains sales »), une sorte d’hymne aux travailleurs — un thème qui, selon Agnès Pellerin (Le fado, Chandeigne, 2003), n’était guère prisé par la censure du régime salazariste (« l’Estado novo ») officiellement installé depuis 1933 :
La censure interdit ainsi unanimement tous les fados qui font référence à la faim, la pauvreté ou la misère. […] De même, tous les fados qui ont pour thème la fierté du travail sont à leur tour interdits. […]
De manière générale, tous les fados dont la thématique est liée à la valorisation des travailleurs sont unanimement associés par le régime au « péril » communiste, alors même qu’ils ne manifestent souvent aucun signe de politisation. La thématique des travailleurs est a priori taboue.
Agnès Pellerin, Le fado, Chandeigne, 2003, ISBN 2-906462-92-6, pages 85-87.
Le Fado das mãos sujas doit peut-être son salut à ses concessions au catholicisme (« Mains qui savent prier quand sonne l’angélus… ») et au patriotisme (à travers l’évocation, dans le dernier couplet, de la présence portugaise aux côtés des alliés dans la 1ère Guerre mondiale). Hermínia en a réalisé un premier enregistrement en 1948, soit plus de 10 ans après l’avoir créé à la scène, et un second en 1975. Le clip ci-dessous, dans lequel elle chante avec accompagnement d’orchestre, est extrait d’une émission de variétés produite et diffusée par la RTP (la télévision publique portugaise) dans les années 1960.
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Hermínia Silva (1907-1994) • Mãos sujas. Frederico de Brito, paroles ; Frederico Valério, musique. Extrait de la revue Chuva de mulheres, revue en 2 actes et 21 tableaux, livret original de Lopo Lauer, Almeida Amaral, Vasco Sequeira et Frederico de Brito, musiques de Frederico Valério et Carlos Calderón, présentée à l’Éden Teatro (Lisbonne) en 1937.
Hermínia Silva, chant ; accompagnement d’orchestre.
Vidéo : Extrait d’une émission de la série Melodias de sempre. Production : Rádio e Televisão de Portugal (RTP), années 1960 (1966 ?).
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Mãos sujas do suor, mãos negras do trabalho
Penhor de gente humilde, o seu melhor brasão
São quem maneja a serra e quem empunha o malho
São quem desbrava a terra e quem semeia o pão
Mains sales, mains noires de sueur et de travail
Le lot des humbles, le plus beau blason
De ceux qui empoignent la scie ou le marteau,
De ceux qui défrichent et qui sèment.
Mãos queimadas pelo sol das ceifas, dos trigais
Ungiram-se de mosto nas dornas dos lagares
Andaram na montanha a derrubar pinhais
Nas galeras do sonho atravessaram mares
Mains brûlées par le soleil des moissons,
Bleuies de moût dans les cuves des pressoirs,
Mains qui coupent le bois dans la montagne,
Qui ont traversé les mers dans les galères du rêve…
Ter as mãos sujas do trabalho
É ser alguém
O que só pode acontecer aos homens sãos
Tenho as mãos sujas, que me importa
Ainda bem
Mas ai de quem não tem coragem
P’ra sujar um dia as mãos
Avoir les mains salies par le travail
C’est être quelqu’un
Cela n’arrive qu’aux hommes sains.
J’ai les mains sales, et alors ?
Tant mieux !
Malheur à celui qui n’a pas le courage
De se salir un jour les mains !
Mãos sujas dos metais e do carvão das minas
Mãos que sabem rezar ao toque das trindades
Mãos que na rocha negra e áspera das colinas
Ergueram catedrais, aldeias e cidades
Mains salies aux métaux et au charbon des mines,
Mains qui savent prier quand sonne l’angélus,
Mains qui, de la roche noire et âpre des collines
Ont bâti des cathédrales, des villages et des villes.
Mãos que um dia na França, olhando a pátria-mãe
Pegaram num clarim, tocando a unir fileiras
Andaram arranhando a terra de ninguém
E amassaram com o sangue o bairro das trincheiras
Mains qui un jour en France, alors que les yeux se tournaient vers la mère-patrie,
Ont sonné le clairon pour former les rangs,
Ont gratté le sol du no man’s land,
Pétrissant avec du sang la glaise des tranchées.
Frederico de Brito (1894-1977). Mãos sujas. Extrait de la revue Chuva de mulheres (1937).
.Frederico de Brito (1894-1977). Mains sales, trad. par L. & L. de Mãos sujas (1997). Extrait de la revue Chuva de mulheres (1937).
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Hermínia Silva (1907-1994) • Mãos sujas. Frederico de Brito, paroles ; Frederico Valério, musique. Extrait de la revue Chuva de mulheres, revue en 2 actes et 21 tableaux, livret original de Lopo Lauer, Almeida Amaral, Vasco Sequeira et Frederico de Brito, musiques de Frederico Valério et Carlos Calderón, présentée à l’Éden Teatro (Lisbonne) en 1937.
Hermínia Silva, chant ; António Chainho, guitare portugaise ; José Maria Nóbrega, guitare.
Portugal : Decca, ℗ 1975.
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Hermínia Silva (1907-1994) • Mãos sujas. Frederico de Brito, paroles ; Frederico Valério, musique. Extrait de la revue Chuva de mulheres, revue en 2 actes et 21 tableaux, livret original de Lopo Lauer, Almeida Amaral, Vasco Sequeira et Frederico de Brito, musiques de Frederico Valério et Carlos Calderón, présentée à l’Éden Teatro (Lisbonne) en 1937.
Hermínia Silva, chant ; Victor Ramos, guitare portugaise ; Abel Negrão, guitare.
Enregistrement : Lisbonne, 1948.
Portugal, 1948.
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Eu estive em Nova Iorque mixando « Circuladô » quando recebi a carta de Maddalena Fellini me sugerindo, em nome da Fondazione Fellini, que eu fizesse uma apresentação em Rimini em homenagem a Federico e Giulietta. A irmã de Federico me contava que Giulietta chegara a conhecer a canção que eu escrevera sobre ela e que ficara tocada. Maddalena deplorava (quase tanto quanto eu) que o casal tivesse morrido sem que um encontro pessoal nos tivesse sido concedido pelo acaso, o destino, Deus, os deuses.
Caetano Veloso. Extrait du livret d’accompagnement de son album Omaggio a Federico e Giulietta, Brésil, 1999.J’étais à New York pour le mixage de « Circuladô » quand j’ai reçu la lettre de Maddalena Fellini qui me suggérait, au nom de la Fondazione Fellini, de faire une présentation à Rimini en hommage à Federico et Giulietta. La sœur de Federico me disait que Giulietta connaissait la chanson* que j’avais écrite sur elle et qu’elle en avait été touchée. Maddalena déplorait (presque autant que moi) que le couple soit mort sans qu’une rencontre nous ait été octroyée par le hasard, le destin, Dieu, les dieux.
Caetano Veloso. Extrait du livret d’accompagnement de son album Omaggio a Federico e Giulietta, Brésil, 1999. Traduction L. & L.
* « Giulietta Masina », chanson de Caetano Veloso (paroles & musique), interprétée par lui-même dans son album Caetano (Brésil, 1987).
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L’album Circuladô de Caetano Veloso est paru en 1991, alors que Federico Fellini (né à Rimini le 20 janvier 1920 et mort à Rome le 31 octobre 1993) et Giulietta Masina (née le 22 février 1921 à San Giorgio di Piano, province de Bologne, morte le 23 mars 1994 à Rome) étaient encore l’un et l’autre en vie. Malgré cette confusion dans la chronologie, Caetano Veloso a bien donné ce spectacle en hommage à l’un des couples les plus célèbres du cinéma italien — non à Rimini comme envisagé, mais à Saint-Marin, situé à brève distance de la ville natale de Fellini. Le récital s’ouvrait sur Que não se vê, une des musiques composées par Nino Rota pour La dolce vita, le film de 1960 (dans lequel Giulietta n’apparaît pas). Sur cette musique Caetano chante un texte dont il est l’auteur, et reprend aussi une strophe de Come tu mi vuoi, les paroles italiennes écrites sur la même musique, postérieurement au film, pour l’actrice et chanteuse Katyna Ranieri (1927-2018).
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Caetano Veloso • Que não se vê. Caetano Veloso, paroles portugaises ; Nino Rota, musique. Comprend une strophe chantée en italien de Come tu mi vuoi, écrite sur la même musique par Antonio Amurri. Musique extraite de la bande originale du film La dolce vita, réalisé par Federico Fellini (Italie & France, 1960).
Caetano Veloso, chant ; Luiz Brasil, guitare ; Jaques Morelenbaum, violoncelle ; Jorge Helder, basse ; Carlos Balla, batterie ; Jaques Morelenbaum, arrangements, direction.
Enregistrement public au Teatro Nuovo Dogana (Saint-Marin, république de Saint-Marin), 28 au 30 octobre 1997.
Extrait de l’album Omaggio a Federico e Giulietta / Caetano Veloso. Brésil, 1999.
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Uma intensa luz que não se vê
Passa pela voz ao se calar
É a vez de uma estrela
Guarda o nome dela
Nosso coração é o seu lugar
Une intense lumière qui ne se voit pas
Passe par la voix quand elle se tait
Voici qu’apparaît une étoile
Retiens son nom
Sa place est dans notre cœur.
Somos sempre sós e ainda assim
Ela brilha em nós, em ti, em mim
Nem bruta, nem bela
O silêncio é tê-la
A voz dessa luz, sem fim, sem fim
Nous sommes toujours seuls, et même ainsi
Elle brille en nous, en toi, en moi,
Ni laide ni belle.
Le silence, c’est avoir
La voix de cette lumière, toujours, toujours.
Come tu mi vuoi, sarò, sarò
Quello che tu vuoi, farò, farò
Non ti lascierò mai
Ma non ti amerò mai
Questo tu lo sai, si lo sai
Je serai comme tu me veux,
Je ferai ce que tu veux.
Je ne te quitterai jamais
Mais je ne t’aimerai jamais.
Cela tu le sais, oui tu le sais.
Uma intensa luz que não se vê
Passa pela voz ao se calar
Une intense lumière qui ne se voit pas
Passe par la voix quand elle se tait.
Caetano Veloso. Que não se vê (1997). Contient une strophe de l’original italien Come tu mi vuoi, d’Antonio Amurri (1925-1992).
.Caetano Veloso. Qui ne se voit pas, trad. par L. & L. de Que não se vê (1997). Contient une strophe traduite de l’original italien Come tu mi vuoi, d’Antonio Amurri (1925-1992).
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Katyna Ranieri (1927-2018) • Come tu mi vuoi. Antonio Amurri, paroles ; Nino Rota, musique. Musique extraite de la bande originale du film La dolce vita, réalisé par Federico Fellini (Italie & France, 1960).
Katyna Ranieri, chant ; accompagnement d’orchestre.
Italie, [198?].
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Come tu mi vuoi, sarò, sarò
Quello che tu vuoi, farò, farò
Non ti lascierò mai
Ma non ti amerò mai
Questo tu lo sai, si lo sai
Je serai comme tu me veux,
Je ferai ce que tu veux.
Je ne te quitterai jamais
Mais je ne t’aimerai jamais.
Cela tu le sais, oui tu le sais.
Ed accanto a te starò, starò
In serenità vivrò, vivrò
Una dolce vita. Una buona vita
Come tu la vuoi, io ti darò
Et je resterai près de toi
Dans la sérénité, je vivrai
Une vie douce. La bonne vie
Que tu veux, je te la donnerai.
Parlerai con me ed io con te
Mi dirai di te ed io di me
E mi bacerai tu, e ti bacerò io
Ma non ti amerò, non potrò
Tu parleras avec moi, moi avec toi.
Tu me parleras de toi et moi de moi.
Tu m’embrasseras, je t’embrasserai
Mais je ne t’aimerai pas, je ne pourrai pas.
Tu vivrai per me ed io per te
Molta intimità fra te e me
Una dolce vita. Una buona vita
Come tu mi vuoi
Per te sarò
Tu vivras pour moi et moi pour toi
Une grande intimité entre toi et moi
Une vie douce. Une bonne vie.
Comme tu me veux,
Ainsi je serai.
Antonio Amurri (1925-1992). Come tu mi vuoi.
.Antonio Amurri (1925-1992). Comme tu me veux, trad. par L. & L. de Come tu mi vuoi.
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