Voici qu’Amália Rodrigues est apparue aux Grecs le jour même du 22e anniversaire de sa mort, le 6 octobre dernier. Ce jour-là une chaîne de la radio publique grecque a fait entendre un enregistrement d’elle, totalement inconnu — contrairement à certains autres « inédits » qui circulent sur le Web. Il s’agit d’une chanson en forme de fado, intitulée Neste dia nevoento (« En ce jour brumeux »), dont la musique aurait été composée pour elle par nul autre que Mános Hadjidákis (1925-1994). L’enregistrement en question proviendrait de Carte blanche à Manos Hadjidakis, une émission de près d’une heure que la télévision française avait consacré au maître grec en 1963. On trouve en effet l’archive de cette émission référencée au catalogue de l’INA (Institut national de l’audiovisuel), base « Archives TV Pro » — avec son sommaire détaillé qui confirme, dans une formulation légèrement vacillante, la présence au programme d’Amália Rodrigues : « […] HADJIDAKIS qu’on voit à l’harmonium, où son secrétaire lui amène un télégramme lui demandant une chanson pour Amalia RODRIGUEZ – chanson qu’il compose en se rendant aussitôt envoyée sous forme de bande magnétique, par avion, jusqu’aux studios das la télévision où Amalia en fait un fado ». Le visionnage n’en est accessible qu’aux professionnels de l’audiovisuel et aux chercheurs.
L’auteur des paroles n’est pas identifié. Le texte est d’ailleurs assez étrange : on dirait un pastiche de fado tant il est cousu de poncifs du genre. Sa principale qualité est de parfaitement épouser la mélodie, de « bien tomber » sur la musique, comme on dirait d’un vêtement. Comme on l’entend, Amália fait pourtant de cette chanson un véritable fado (sa voix était alors dans sa décennie d’or des années 1960, celle de sa plus grande splendeur, tandis que son art du chant et de l’interprétation atteignait sa plénitude).
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Neste dia nevoento. Auteur du texte non identifié ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Hadjidákis], musique.
Amália Rodrigues, chant ; instrumentistes non identifiés.
Extrait de la bande son de l’émission Carte blanche à Manos Hadjidakis. Production : France, Radiodiffusion-télévision française (RTF), 1963. Première diffusion : RTF, 25 mars 1963.
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Neste dia nevoento
Vejo o céu cinzento e vejo o mar.
Neste dia tão cinzento,
Nessa voz do vento à beira-mar,
Senti ao som das trindades
Saudades de quem sou,
Ao ouvir na voz do vento
O tempo que passou.
En ce jour brumeux
Je vois le ciel gris, je vois la mer.
Et en ce jour si gris,
Dans la voix du vent sur le rivage,
M’est venue au son de l’angélus
La nostalgie de moi-même
Dans cette voix du vent
Qui est celle du temps qui passe.
Com ardor, longe de ti, amor,
Cantei o nosso amor,
Julguei morrer.
Meu amor, a vida é sem sabor
Longe do teu amor,
Não sei viver.
Avec ardeur, loin de toi mon amour,
J’ai chanté notre amour
Et j’ai cru mourir.
Mon amour, la vie est sans saveur.
Loin de toi, mon amour,
Je ne sais pas vivre.
As gaivotas voam todas
Dando voltas tontas sobre o mar
São como as penas de amor
Dançando em redor do meu penar
Suspirei à beira-cais
Meus ais longe de ti
E ouvi à beira-mar
O luar falar de ti.
Les mouettes tournoient
Comme des folles sur la mer,
Semblables aux maux d’amour
Qui dansent autour de mon chagrin.
Au bord du quai,
Loin de toi j’ai soupiré
Tandis que sur le rivage
Le clair de lune parlait de toi.
Com ardor, longe de ti, amor,
Cantei o nosso amor,
Julguei morrer.
Meu amor, a vida é sem sabor
Longe do teu amor,
Não sei viver.
Avec ardeur, loin de toi mon amour,
J’ai chanté notre amour
Et j’ai cru mourir.
Mon amour, la vie est sans saveur.
Loin de toi, mon amour,
Je ne sais pas vivre.
Auteur non identifié. Neste dia nevoento (1963?).
.Auteur non identifié. En ce jour brumeux, trad. par L. & L. de Neste dia nevoento (1963?).
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Carte blanche à… était une série d’émissions de divertissement produite par la RTF (Radiodiffusion-télévision française), dont une célébrité invitée composait le programme, pour lequel il recevait « carte blanche ». On peut, à partir de diverses sources, dont le site officiel consacré à Mános Hadjidákis, reconstituer partiellement le sommaire du numéro qui lui était consacré. Il avait convié plusieurs artistes, d’horizons divers, à chanter quelques-unes de ses compositions : Georges Moustaki, par exemple, pour deux chansons dont La pierre, adaptation française de Η πέτρα [I pétra] ; Melína Mercoúri bien sûr, une de ses interprètes de prédilection ; ou encore Lale Andersen (1905-1972), la créatrice de Lili Marleen, pour Το ναυτάκι [To naftáki], chanté en allemand (et un peu en français) sous le titre Matrosen (« Matelots »). Et donc sans aucun doute Amália Rodrigues pour Neste dia nevoento, qu’il semble avoir composé expressément pour elle à l’occasion de cette Carte blanche.
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On trouve aussi sur le Web une interprétation de Neste dia nevoento par Teresa Salgueiro, enregistrée lors d’un gala d’hommage à Mános Hadjidákis organisé en 2004 près d’Athènes à l’initiative du violoniste belge Wouter Vandenabeele (vidéo ci-dessous). La voix est belle, les notes sont exécutées à la perfection, le texte bien articulé : voilà tout ce qu’on peut en dire.
Dans la vidéo ci-dessous, Neste dia nevoento par Teresa Salgueiro débute à 1h 25min 18s ; à signaler aussi une interprétation particulièrement efficace de I ragazzi giù nel campo, paroles italiennes de Pasolini, par Lucilla Galeazzi (à 1h 31min 11s).
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Ο Κόσμος και ο Μάνος Χατζιδάκις [O kósmos kai o Mános Chatzidákis]. Χρήστος Φασόης [Chrístos Fasóīs], réalisation. Production : Grèce, ΕΡΤ (Ελληνική Ραδιοφωνία Τηλεόραση ) [ERT (Ellīnikí Radiofōnía Tīleórasī)], 2004.
Captation : Grèce, Βύρωνας [Výrōnas], Θέατρο βράχων « Μελίνα Μερκούρη » [Théatro vráchōn « Melína Merkoúrī], 2004.
Olla Vogala, ensemble instrumental ; Wouter Vandenabeele, direction ; Beata Palya, Kari Bremnes, Faith Kemama, Stella Khumalo, Khululiwe Sithole, Catherine Delasalle, Eda de Roovere, Teresa Salgueiro, Lucilla Galeazzi, chant.
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Theodorákis par Édith Piaf
Édith Piaf aussi a chanté Theodorákis, à l’occasion du film Les amants de Teruel de Raymond Rouleau (France, 1961, sorti en 1962).
C’est un film étonnant, dansé, dont l’impression visuelle évoque certaines peintures surréalistes, de Dalí notamment. Il s’agit de fait d’une adaptation cinématographique du « ballet-drame » éponyme conçu et mis en scène par le même Raymond Rouleau, sur une musique de Theodorákis. Le ballet a été créé en 1959 à Paris, par Ludmila Tcherina et sa compagnie qui sont également les protagonistes du film.
Je ne sais pas dans quelle mesure les séquences dansées du film reprennent la chorégraphie du ballet original, ni si la musique du ballet est reprise intégralement dans le film (pour lequel des musiques de liaison, qualifiées au générique de « composition métaphonique », ont été demandées à Henri Sauguet) ; en tout cas le thème musical principal du film, qu’on entend dès le générique et qui revient ensuite comme un leitmotiv, a été ajouté. C’est sur ce thème qu’Édith Piaf enregistre en 1962, sous la direction de Theodorákis lui-même, la chanson Les amants de Teruel, avec des paroles de Jacques Plante.
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Édith Piaf (1915-1963) • Les amants de Teruel. Jacques Plante, paroles ; Μίκης Θεοδωράκης [Míkīs Theodōrákīs], musique.
Édith Piaf, chant ; accompagnement d’orchestre ; Μίκης Θεοδωράκης [Míkīs Theodōrákīs], direction.
D’après la bande originale du film Les amants de Teruel (France, 1962), Raymond Rouleau, réalisateur.
France, ℗ 1962.
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Ce thème n’est pourtant pas une composition originale de Theodorákis, qui s’est en réalité contenté de recycler pour Les amants de Teruel une œuvre antérieure. Réalisée en 1950 ou 1952 sur un poème de son frère Yannis et intitulée Όμορφη πόλη [Ómorfī pólī] (« Belle ville »), cette musique constitue la première des quatre chansons de son cycle Λιποτάκτες [Lipotáktes] (« Déserteurs »), créé au disque en 1961 par Theodorákis lui-même — avec sa voix grêle. En voici la version de Νένα Βενετσάνου [Néna Venetsánou], enregistrée en 1994.
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Νένα Βενετσάνου [Néna Venetsánou] • Όμορφη πόλη [Ómorfī pólī]. Γιάννης Θεοδωράκης [Giánnīs Theodōrákīs], paroles ; Μίκης Θεοδωράκης [Míkīs Theodōrákīs], musique.
Νένα Βενετσάνου [Néna Venetsánou], chant ; Σαράντης Κασσάρας [Sarántīs Kassáras], arrangement et direction. Enregistrement : Athènes (Grèce), Crystal recording studios, du 20 avril au 24 mai 1994.
Première publication dans l’album Εικόνες [Eikónes] = Icônes / Νένα Βενετσάνου [Néna Venetsánou]. Grèce, ℗ 1994.
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Όμορφη πόλη φωνές μουσικές
απέραντοι δρόμοι κλεμμένες ματιές
ο ήλιος χρυσίζει χέρια σπαρμένα
βουνά και γιαπιά πελάγη απλωμένα
Belle ville, voix, musiques,
Rues sans fin, regards volés.
Le soleil dore les mains qui se séparent,
Montagnes et chantiers, comme une mer immense.
Θα γίνεις δικιά μου πριν έρθει η νύχτα
τα χλωμά τα φώτα πριν ρίξουν δίχτυα
θα γίνεις δικιά μου
Tu seras mienne avant que la nuit vienne,
Avant que les pâles lumières jettent leurs filets.
Tu seras mienne.
Η νύχτα έφτασε τα παράθυρα κλείσαν
η νύχτα έπεσε οι δρόμοι χαθήκαν
La nuit tombe, les fenêtres sont closes.
La nuit est tombée, les rues ont disparu.
Γιάννης Θεοδωράκης [Giánnīs Theodōrákīs] (1932-1996). Όμορφη πόλη [Ómorfī pólī] (1950?).
.Γιάννης Θεοδωράκης [Giánnīs Theodōrákīs] (1932-1996), traduction approximative de Όμορφη πόλη [Ómorfī pólī] (1950?). La texte français a été réalisé à partir de plusieurs traductions dans des langues diverses recueillies sur l’Internet.
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Theodorákis par Angélique Ionatos
Míkīs Theodorákis (Μίκης Θεοδωράκης) est mort hier, très âgé.
Sa musique vocale, on le sait, a été portée et disséminée dans le monde entier par une pléthore d’artistes, María Farantoúri (Μαρία Φαραντούρη) surtout. Quant à Néna Venetsánou (Νένα Βενετσάνου), elle est, à ma connaissance, la seule à avoir enregistré ses dix mélodies françaises composées à Paris, en 1958, sur des poèmes d’Éluard (Elle va s’éveiller d’un rêve noir et bleu, Près de l’aigrette du grand pont, etc.).
Angélique Ionatos est morte cet été elle aussi, le 7 juillet dernier, à seulement 67 ans. En 1994, elle avait consacré un album entier à des chansons du vieux maître grec : Mia thalassa = Μια θάλασσα : Ionatos chante Theodorakis et Dimitra Manda. Les poèmes sont de Dīmītra Mantá (Δήμητρα Μαντά) dont on sait peu de chose, quelques lignes dans le livret d’accompagnement du CD : « Dimitra Manda est née à Tripoli. […] Son œuvre est aussi bien scientifique que littéraire. Elle a publié des études et articles relatifs à l’esthétique et la philosophie de l’art […] ».
L’album s’ouvre sur Ο κύκλος του νερού [O kýklos tou neroú] (« Le cycle de l’eau »), suivi de Μια θάλασσα [Mia thálassa] (« Une mer »), dont voici une captation magnifique en dépit de la piètre qualité de l’image, d’origine inconnue.
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Angélique Ionatos (Αγγελική Ιονάτου) (1954-2021) • Ο κύκλος του νερού [O kýklos tou neroú], suivi de Μια θάλασσα (Τέτοια στιγμή) [Mia thálassa (Tétoia stigmī)]. Poèmes de Δήμητρα Μαντά [Dīmītra Mantá] ; Μίκης Θεοδωράκης [Míkīs Theodōrákīs], musique.
Angélique Ionatos, chant ; Christian Boissel, piano ; [?], violoncelle; Renaud Garcia-Fons, contrebasse.
Captation : aucune information.
Vidéo : aucune information (1994 ?).
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Κάθε βροχή και μία μουσική
έτσι όπως κλείνει ο κύκλος του νερού
κι η μοναξιά μου μέσα του ανθίζει
Δήμητρα Μαντά [Dīmītra Mantá]. Ο κύκλος του νερού [O kýklos tou neroú].Chaque pluie est une musique
Tout comme s’achève le cycle de l’eau
Et ma solitude à l’intérieur de lui fleurit.
Δήμητρα Μαντά [Dīmītra Mantá]. Le cycle de l’eau, traduit de Ο κύκλος του νερού [O kýklos tou neroú] par Angélique Ionatos. Source : Angélique Ionatos, Mia thalassa = Μια θάλασσα : Ionatos chante Theodorakis et Dimitra Manda [CD], Auvidis, 1994 (livret d’accompagnement).………
Τέτοια στιγμή νά `ρθεις
που η μέρα σβήνει
μες στα φλογισμένα σώματα των βράχων
και το φεγγάρι αντίστροφα μετράει τα βήματά του
νά `ρθεις τέτοια στιγμή
που ο ήλιος γέρνει
στην αγκαλιά μιας θάλασσας γεμάτης μουσική.
Δήμητρα Μαντά [Dīmītra Mantá]. Μια θάλασσα (Τέτοια στιγμή) [Mia thálassa (Tétoia stigmī)].C’est le moment de venir
Alors que le jour s’éteint
dans les corps enflammés des rochers
Et la lune compte à rebours ses pas.
Viens, en cet instant
Où le soleil se couche
Dans une mer remplie de musique.
Δήμητρα Μαντά [Dīmītra Mantá]. Une mer (C’est le moment), traduit de Μια θάλασσα (Τέτοια στιγμή) [Mia thálassa (Tétoia stigmī)] par Angélique Ionatos. Source : Angélique Ionatos, Mia thalassa = Μια θάλασσα : Ionatos chante Theodorakis et Dimitra Manda [CD], Auvidis, 1994 (livret d’accompagnement).
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Angélique Ionatos (1954-2021)
Mia thalassa = Μια θάλασσα (1994)
Mia thalassa = Μια θάλασσα : Ionatos chante Theodorakis et Dimitra Manda / Angélique Ionatos ; Christian Boissel, orchestration ; poèmes de Dimitra Manda ; musiques de Mikis Theodorakis. — Production : France : Auvidis, ℗ 1994.
CD : Auvidis, 1994. — Auvidis A 6202. EAN 3298490062029.
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La fin de l’été

Plage de Tronoën, Tréguennec = Tregeneg (Finistère, Bretagne, France), 27 août 2021
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encore le dernier reflux
le galet mort
le demi-tour puis les pas
vers les vieilles lumières
Samuel Beckett (1906-1989), Dieppe (1937). Extrait de : Poèmes. Dans : Samuel Beckett, Poèmes ; suivi de mirlitonnades, Les éditions de Minuit, impr. 2019, ISBN 978-2-7073-0229-8. Page 15.
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Denez Prigent • E ti Eliz Iza. Paroles & musique traditionnelles (Bretagne).
Denez Prigent, chant.
Vidéo : extrait de l’émission Des mots de minuit du 17 avril 2002. Jean François Gautier, réalisation. Production : France 2. France, 2002.
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Amália Rodrigues • Verde pino, verde mastro
Que onda redonda eu era para ele
Quando, fagueiro, desejo nos levava,
Ao lume de água e à flor da pele
Pelo tempo que mais tempo desdobrava!
Alexandre O’Neill (1924-1986). Letra para um fado (Verde pino, verde mastro) (1973).Pour lui, je me cabrais comme la vague
Quand le gonflement du désir nous emportait,
Dans l’éclat de l’eau et à fleur de peau
Et le temps alors infiniment se dépliait !
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Voici, dans l’abondante discographie d’Amália Rodrigues, un enregistrement aussi singulier qu’étonnnant. Réalisé en 1973, Verde pino, verde mastro (« Vert pin, vert mât ») n’a paru qu’en 1997 dans Segredo, dernier album d’inédits publié du vivant de la fadiste (là n’est pas l’étonnant : Amália enregistrait beaucoup, souvent d’ailleurs en dehors de tout projet éditorial précis — trois chansons par ci, une ou deux autres par là —, de sorte que certains titres étaient finalement laissés pour compte et parfois oubliés de la chanteuse elle-même). La musique d’Alain Oulman, plutôt réussie, ne se signale ni par une forme ni par une esthétique particulières ; tout juste notera-t-on qu’elle est arrangée dans le style de la « Chanson de Coimbra » et non dans celui du Fado de Lisbonne.
L’étonnant, c’est le texte, au caractère érotique affirmé.
Ce texte reprend intégralement, à un vers près, le poème Letra para um fado (« Paroles pour un fado »), publié en 1973 dans le quotidien A Capital (hostile au régime) par Alexandre O’Neill, l’un des plus notables poètes portugais de la seconde moitié du XXe siècle. À cette date, Amália compte à son répertoire deux de ses poèmes : le célèbre Gaivota, écrit pour elle, et l’impertinent Formiga bossa nossa.
Letra para um fado est une sorte de pastiche, ou plutôt d’évocation, d’un genre poétique médiéval pratiqué par les troubadours de Galice et du Portugal, appelé cantiga de amigo (« chanson d’ami »). Le sujet poétique en est une femme amoureuse, privée de son « ami », tourmentée par son absence. Dans l’une des plus célèbres de ces chansons, Ai, flores do verde pino composée par le roi-poète Dom Diniz (Denis 1er de Portugal, 1261-1325), la dame implore les « fleurs du pin vert » de lui dire ce qu’elles savent du sort de son ami :
Ai flores, ai flores do verde pino,
se sabedes novas do meu amigo?
Ai Deus, e u é?
Denis 1er de Portugal (1261-1325). Ai, flores do verde pino, cantiga de amigoAh fleurs, fleurs du pin vert,
Avez-vous des nouvelles de mon ami ?
Ah Dieu, et où est-il ?
Les fleurs du poème de Dom Diniz répondent et rassurent la dame : E eu bem vos digo que é san’e vivo / e será vosco ant’o prazo saído (« Je vous le dis, il est sain et sauf / et il sera vôtre avant le temps fixé »). Dans celui d’Alexandre O’Neill la dame n’espère rien des fleurs et n’a d’autre confidente qu’elle-même — et que le pin, « vert mât, dressé de la terre jusqu’au ciel ».
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Verde pino, verde mastro. Alexandre O’Neill, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha & Carlos Gonçalves, guitare portugaise ; Pedro Leal, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : Paço d’Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, 1973.
Première publication dans l’album Segredo / Amália Rodrigues. Portugal, Valentim de Carvalho, ℗ 1997.
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Não há flor do verde pino que responda
A quem, como eu, dorme singela.
O meu amigo anda no mar e eu já fui onda,
*Marinheira e aberta.
**Espraiada a seu gosto, alteada em procela!
Il n’est fleur du pin vert qui réponde
À celle qui, comme moi, dort solitaire.
Mon ami est en mer ; et jadis je fus onde
*Marine et ouverte.
**Déferlant doucement ou hérissée d’écume !
Pesa-me todo este corpo que é o meu
Represado como água sem destino.
Anda no mar o meu amigo, ó verde pino,
Ó verde mastro da terra até ao céu.
Comme il me pèse, ce corps qui est le mien,
Tenu en chasteté, comme une eau dormante !
Mon ami est en mer, ô pin vert,
Ô vert mât, dressé de la terre jusqu’au ciel.
Soubera eu do meu amigo,
E não estivera só comigo!
Ah ! Qui m’apportera des nouvelles de mon ami !
Ah ! Ne plus m’avoir pour seule compagnie !
Que onda redonda eu era para ele
Quando, fagueiro, desejo nos levava,
Ao lume de água e à flor da pele
Pelo tempo que mais tempo desdobrava!
Pour lui, je me cabrais comme la vague
Quand le gonflement du désir nous emportait,
Dans l’éclat de l’eau et à fleur de peau
Et le temps alors infiniment se dépliait !
E como, da perdida donzelia
Me arranquei para aquela tempestade
Onde se diz, duma vez, toda a verdade,
Que é a um tempo, verdade e fantasia!
Ah, comme, de la virginité perdue,
Je me suis arrachée pour cette tempête
Où éclate soudain toute la vérité,
Qui est à la fois vérité et fantasme !
Soubera eu do meu amigo,
E não estivera só comigo!
Ah ! Qui m’apportera des nouvelles de mon ami !
Ah ! Ne plus m’avoir pour seule compagnie !
Que sou agora, ó verde pino, ó verde mastro
Aqui prantado e sem poderes largar?
Na mágoa destes olhos, só um rastro
Da água verdadeira doutro mar…
Que suis-je à présent, ô pin, ô mât vert,
— Toi, planté en terre et privé du grand large ?
Le chagrin de mes yeux n’est rien qu’une coulée
De la vraie eau, celle de l’autre mer…
Soubera eu enfim do meu amigo,
E não estivera só comigo, em mim!
Ah ! Qui m’apportera enfin des nouvelles de mon ami !
Ah ! Ne plus être, en moi, ma seule compagnie !
Alexandre O’Neill (1924-1986). Letra para um fado (Verde pino, verde mastro) (1973).
* 4e vers tel qu’il est chanté.
** 4e vers du poème original.
.Alexandre O’Neill (1924-1986). Paroles pour un fado (Pin vert, vert mât), trad. par L. & L. de Letra para um fado (Verde pino, verde mastro) (1973).
* 4e vers tel qu’il est chanté.
** 4e vers du poème original.
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Alexandre O’Neill (1924-1986). Poesias completas, Assírio & Alvim, 2000.
Alexandre O’Neill est l’un des fondateurs du Groupe surréaliste de Lisbonne en 1947, mouvement dont il se détache ensuite. Très peu traduit en français, on trouve cependant quinze de ses poèmes dans l’Anthologie de la poésie portugaise contemporaine, 1935-2000, choix et présentation de Michel Chandeigne, Gallimard, 2003.
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Importance du macaroni
Se vuoi vincere la guerra
sia per mare sia per terra
fai in maniera che i cannoni
siano pieni di maccheroniSi tu veux gagner la guerre,
Sur mer autant que sur terre,
Fais en sorte que tes canons
Soient remplis de macaronis.
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Coro della SAT [Società degli Alpinisti Tridentini] • Era nato poveretto. Paroles & musique traditionnelles (Italie, Trentin) ; Arturo Benedetti Michelangeli, harmonisation.
Coro della SAT, chœur ; Mauro Pedrotti, direction.
Italie, ℗ 1958.
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Nos stocks sont-ils suffisants ? Surtout : sommes-nous autonomes quant aux moyens de production ? Ne sommes nous pas en situation de dépendance vis-à-vis de l’Italie ? Ou, comme pour toute chose désormais, de la Chine ? De la Corée ou de quelque autre puissance orientale ? De l’Ukraine, du Canada quant à la matière première ? On ne va pas nous refaire le coup des masques, n’est-ce pas ?
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Era nato poveretto
senza casa e senza tetto
ha venduto i suoi calzoni
per un piatto di maccheroni
Il était pauvre de naissance,
N’ayant ni toit ni maison.
Il vendit son pantalon
Pour un plat de macaronis.
Era nato in quel di Napoli
lo tenente era di Sassari
e si davan dei lapponi
per un piatto di maccheroni
Il était né du côté Naples,
Le lieutenant était de Sassari,
Ils se donnaient de grandes claques
Pour un plat de macaronis.
Un gran piatto d’insalata
quattro uova e una frittata
e sessantasei vagoni
tutti pieni di maccheroni
Une grande assiette de salade,
Quatre œufs, une omelette
Et soixante-six wagons
Tous remplis de macaronis.
Se vuoi vincere la guerra
sia per mare sia per terra
fai in maniera che i cannoni
siano pieni di maccheroni
Si tu veux gagner la guerre,
Sur mer autant que sur terre,
Fais en sorte que les canons
Soient remplis de macaronis.
Anonyme (Italie, Trentin). Era nato poveretto (per un piatto di maccheroni).
.Anonyme (Italie, Trentin). Il était pauvre de naissance (pour un plat de macaronis), trad. par L. & L. de Era nato poveretto (per un piatto di maccheroni) (1962?).
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Chachachá
![Goffart, J. L. et Guillot, J. R., [Melons], gravure, dans : la Revue horticole, 1903. Source : Hortalia, bibliothèque numérique de la Société nationale d'horticulture de France, consulté le 7 août 2021. Goffart, J. L. et Guillot, J. R., [Melons], gravure, dans : la Revue horticole, 1903. Source : Hortalia, bibliothèque numérique de la Société nationale d'horticulture de France](https://jepleuresansraison.com/wp-content/uploads/2021/08/melonkroumirmeloncantaloupparisien.jpg?w=322&h=480)
Goffart, J. L. et Guillot, J. R., [Melons], gravure, dans : la Revue horticole, 1903. Source : Hortalia, bibliothèque numérique de la Société nationale d’horticulture de France.
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Pourtant ce n’est pas une année à melons ; ils n’ont aucun goût, sinon celui de la courge, du navet. Même en Italie, ils étaient sans force.
Quelle triste époque.
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Gloria Lasso (1922-2005) • Corazón de melón. Carlos Rigual, paroles & musique.
Gloria Lasso, chant ; accompagnement d’orchestre ; Franck Pourcel, direction. Enregistrement : France.
Première publication : France, Pathé-Marconi, ℗ 1959.
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Une musique inoubliable

« Boa viagem, Lisboa espera por ti » (Bon voyage, Lisbonne t’attend). Lisbonne (Portugal), belvédère de Senhora do Monte, 17 mars 2011.
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Les Lisboètes font souvent allusion à un sentiment, une humeur, qu’ils appellent « saudade », que l’on traduit habituellement par nostalgie, ce qui est incorrect. La nostalgie évoque un confort, une indolence que Lisboa n’a jamais connus. Vienne est la capitale de la nostalgie. Lisboa a toujours été trop agitée par les vents pour être nostalgique.
La « saudade », décidai-je en buvant un deuxième café et en observant les mains d’un ivrogne arranger soigneusement l’histoire qu’il était en train de raconter comme s’il classait une pile d’enveloppes, la « saudade » était le sentiment de rage éprouvé au son des mots « trop tard » prononcés trop calmement. Et le fado en était la musique inoubliable. »
John Berger (1926-2017). D’ici là, traduit de Here is where we meet (2005) par Katya Berger Andreadakis. Éd. de l’Olivier, impr. 2005, © 2006, ISBN 2-87929-483-5. Page 22.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Na esquina de ver o mar. Luís de Macedo, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare classique. Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, 1964.
Extrait de l’album Fado português / Amália Rodrigues. Portugal, Edições Valentim de Carvalho, ℗ 1965.
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Foi no outeiro da Graça
Na esquina de ver o mar.
Quanta é tristeza, desgraça
Que finge alegria e passa
Pelas ruas a cantar.
C’était sur les hauteurs de la Graça,
À l’endroit d’où l’on voit la mer.
Comme la tristesse est infortune,
Quand elle feint la joie et qu’elle passe
Par les rues en chantant !
Foi no outeiro da Ajuda,
Na esquina de ver o Tejo.
Quem é triste não se iluda,
Que essa tristeza não muda,
Mesmo que mude o desejo.
C’était sur les hauteurs d’Ajuda,
À l’endroit d’où l’on voit le Tage.
Les tristes sont sans illusion,
Car leur tristesse demeure
Même si change le désir.
Foi no outeiro do céu,
A olhar o mar e o rio,
Que uma noite aconteceu
Que um sonho que era só meu
Passou por mim, mas perdi-o.
C’est sur les hauteurs du ciel,
Alors que je regardais la mer et le Tage,
Qu’une nuit un rêve m’a visitée,
— Un rêve qui n’était qu’à moi,
Et que je n’ai pas su retenir !
Luís de Macedo (1925-1987). Na esquina de ver o mar (1962?).
.Luís de Macedo (1925-1987). À l’endroit d’où l’on voit la mer, trad. par L. & L. de Na esquina de ver o mar (1962?).
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Souvenir d’Italie

Crémone (Lombardie, Italie) = Cremona (Lombardia, Italia), 27 juin 2021
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Adriano Celentano • Il ragazzo della via Gluck. Luciano Beretta & Miki Del Prete, paroles ; Adriano Celentano, musique.
Adriano Celentano, chant ; I Ribelli, groupe instrumental ; Detto Mariano, arrangements et direction.
Italie, Clan, ℗ 1966.
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