Ça n’a pas d’importance • Germaine Montero (& Milva)
Germaine Montero (1909-2000) était avant tout une actrice de théâtre, une tragédienne qui, quoique née à Paris, a débuté à Madrid, sous la direction de Federico García Lorca, en 1932 ou 1933 selon les sources. Elle était aussi chanteuse et parmi ses premiers enregistrements figurent un ensemble de chansons populaires espagnoles (Paseando por España, 1952), puis un second (14 Chansons populaires d’Espagne, 1955), de même que des poèmes et des chansons de Lorca.
Parallèlement elle chantait et enregistrait de la chanson française, notamment des compositions sur les poèmes de Pierre Mac Orlan (1882-1970) dont elle est souvent la créatrice et qui constituent l’épine dorsale de son répertoire. Mac Orlan la « considérait comme sa meilleure et sa plus fidèle interprète » (Marc Robine, livret d’accompagnement de Germaine Montero, 2 CD, EMI Music France, 1997).
Ça n’a pas d’importance, moins connue que La fille de Londres ou La chanson de Margaret, était l’un de ses succès. Elle l’a enregistré deux fois en studio (1956 et 1965), plus une en public à l’Olympia (1956).
………
Germaine Montero (1909-2000) • Ça n’a pas d’importance. Pierre Mac Orlan, paroles ; Victor Marceau, musique.
Germaine Montero, chant ; accompagnement d’orchestre ; François Rauber, direction. Enregistrement : France, 20 janvier 1965.
Extrait de l’album Germaine Montero chante Pierre Mac Orlan. Vol. 2 / Germaine Montero. France, ℗ 1965.
………
Milva, qui était sensible à un certain type de chanson française, en a interprété un certain nombre, le plus souvent adaptées en italien. Son premier enregistrement de Ça n’a pas d’importance, avec des paroles italiennes de Giorgio Calabrese (1929-2016), est paru en 1966. La voici captée en public, en 1977 au Piccolo Teatro de Milan, dans un spectacle nommé Canzoni tra le due guerre (« Chansons d’entre les deux guerres »)
………
Milva (1939-2021) • Simone (Ça n’a pas d’importance). Giorgio Calabrese, paroles italiennes ; Victor Marceau, musique. Adaptation de Ça n’a pas d’importance. Pierre Mac Orlan, paroles.
Milva, chant ; Roberto Negri, piano ; Ferdinando Nebuloni, violon ; Ettore Cenci, guitare ; Giorgio Azzolini, basse ; Gianni Zilioli, accordéon ; Mario Lamberti, batterie ; Roberto Negri, arrangements & direction.
Enregistrement public réalisé à Milan (Italie), Piccolo Teatro di Milano, octobre 1977. Extrait d’un spectacle musical de Filippo Crivelli.
Extrait de l’album Canzoni tra le due guerre / Milva. Italie : BMG, ℗ 1978.
………
Quand jean Marie de Nantes revint d’la Trinité,
Il déposa son sac aux pieds de son hôtesse
Dans un bar pavoisé par toutes les promesses,
Le bistrot de Simone à l’autre bout du quai
Qui donc a entendu cette vieille histoir’ là
Qui donc l’a raconté tout bas de porte en porte?
Chez Daisy ,chez Simone, ou chez Incarnita ?
Qui l’a confié au vent, au vent de la rue morte?Simone aime les matelots,
Les matelots aiment qui les aime
Et moi je peux penser de même,
Car c’est là mon moindre défaut.
Mais si la mer plaît aux Bretons,
C’est qu’elle les tient en son giron
Et tant pis pour qui mal y pense.
Ça n’a pas tellement d’importance.Un homme qui revenait de Gibraltar, port franc,
Avait dit à Simone : « On ira en Afrique »
À Zanzibar au lieu de boulotter des briques,
Je te couvrirai d’or ou, qui vaut mieux, d’argent.
Tu reviendra à Nantes quant il en sera temps
Dans le jour enchanté de notre indépendance
Quant à ton homme, Simone, c’est une affaire de sang
Et ça n’a vraiment pas une telle importance.Simone aime les matelots,
Les matelots aiment qui les aime
Et moi je peux penser de même,
Car c’est là mon moindre défaut.
Mais si la mer plaît aux Bretons,
C’est qu’elle les tient en son giron
Et tant pis pour qui mal y pense.
Ça n’a pas tellement d’importance.Simone ne sut jamais le vrai mot de la fin,
Les cars de la police sonnaient partout l’alarme.
Les filles jacassaient au milieu du vacarme
Et pendant quelques jours ce ne fut qu’un refrain
À peine chuchoté dans tous les clandestins.
Un refrain qui n’était qu’un souvenir de bagarre,
Entre le gars de Nantes et l’homme du destin
Au moment historique où les couteaux s’égarent.Simone aimait les matelots.
Les matelots aiment qui les aime.
Incarnita pensait de même,
Moi je vais m’tirer au plus tôt.
J’irai me crécher à Meudon,
Devant la Seine et ses chansons
Pour prendre un bon coup d’innocence,
Et rien n’aura plus d’importance.
Pierre Mac Orlan (1882-1970). Ça n’a pas d’importance.
………
La jardinera • Violeta Parra (& Carmela)
À « L’Escale », l’un des multiples cabarets qui se sont ouverts à Paris dans les années d’après-guerre, se retrouvaient les Latino-Américains et les Espagnols de la capitale, qu’ils s’y soient établis ou n’aient fait qu’y passer. Fondée en 1947 par un couple franco-espagnol, L’Escale était située rue Monsieur-le-Prince, dans le Quartier latin. Le plasticien vénézuélien Jesús-Rafael Soto y accompagnait à la guitare une chanteuse madrilène à la belle voix grave et moelleuse nommée Carmen Requeta et on y entendait aussi, entre autres, les auteurs-compositeurs interprètes Atahualpa Yupanqui (Argentine) ou Violeta Parra (Chili). Le jeune Paco Ibáñez y a fait ses premiers pas de musicien, y croisant les écrivains Gabriel García Márquez (Colombie), Alejo Carpentier (Cuba), Julio Cortázar (Argentine), …
- Voir l’article L’Escale sur le site Maison Orange.
Violeta Parra donc, qui s’y est produite régulièrement lors de ses deux séjours parisiens (1954-1956 et 1962-1965), y a probablement fait entendre La jardinera (« La jardinière ») : cette tonada, l’une de ses chansons les plus connues, figure au programme de son premier album français, Chants et danses du Chili. I, enregistré pour le label Le Chant du monde en 1956. La version ci-dessous est plus tardive, et enregistrée au Chili.
………
Violeta Parra (1917-1967) • La jardinera. Violeta Parra, paroles & musique.
Violeta Parra, chant & guitare.
Extrait du disque 33t : Toda Violeta Parra : El folklore de Chile, Vol. VIII / Violeta Parra. Chili, ℗ 1960.
………
Para olvidarme de ti
voy a cultivar la tierra.
En ella espero encontrar
remedio para mi pena.
Afin de t’oublier
Je vais cultiver la terre.
J’espère qu’en elle je trouverai
Le remède à ma peine.
Aquí plantaré el rosal
de las espinas más gruesas.
Tendré lista la corona
para cuando en mí te mueras.
Ici, je planterai le rosier
Aux épines les plus dures
Et tiendrai prête la couronne
Pour l’instant où tu mourras en moi.
Para mi tristeza, violeta azul,
clavelina roja pa’ mi pasión,
y, para saber si me corresponde,
deshojo un blanco manzanillón:
si me quiere – mucho, poquito, nada –,
tranquilo queda mi corazón.
Pour ma tristesse, violette bleue,
Œillet rouge pour ma passion
Et, pour savoir s’il m’aime,
J’effeuille la blanche marguerite :
S’il m’aime — un peu, beaucoup, pas du tout —,
Mon cœur s’apaise.
Creciendo irán poco a poco
los alegres pensamientos.
Cuando ya estén florecidos,
irá lejos tu recuerdo.
Petit à petit grandiront
Les pensées de bonheur
Et lorsqu’elles fleuriront
Ton souvenir se sera éteint.
De la flor de la amapola
seré su mejor amiga.
La pondré bajo la almohada
para dormirme tranquila.
De la fleur du pavot
Je serai la meilleure amie.
Je la mettrai sous l’oreiller
Pour m’endormir en paix.
Cogollo de toronjil,
cuando me aumenten las penas,
las flores de mi jardín
han de ser mis enfermeras.
Rameau de mélisse
Si mes peines reprennent :
Les fleurs de mon jardin
Seront mes infirmières.
Y si acaso yo me ausento
antes que tú te arrepientas,
heredarás estas flores:
¡ven a curarte con ellas!
Et si je venais à partir
Avant qu’advienne ton repentir,
Tu hériterais de ces fleurs :
Viens, elles t’aideront à guérir !
Violeta Parra (1917-1967). La jardinera (1954?).
.
Violeta Parra (1917-1967). La jardinière, traduit de : La jardinera (1954?) par L. & L.
………
C’est à L’Escale que le tout jeune Paco Ibáñez a débuté, d’abord en complétant à la guitare le duo formé par Jesús-Rafael Soto et Carmen Requeta et formant avec eux le trio « Los Yares », puis en accompagnant Carmen Requeta seule. C’est avec elle, pour l’album Chansons d’Amérique du Sud qu’elle publie en 1963, qu’il connaît sa première expérience d’enregistrement en studio. Même après la parution de son propre premier album Poèmes de Federico Garcia Lorca et Luis de Gongora (voir le billet 2 novembre), il continue pendant plusieurs années à accompagner Carmen Requeta — renommée Carmela —, à la scène comme au disque. Chants d’Espagne et d’Amérique Latine (1969), leur dernière collaboration discographique, contient une version de La jardinera (tronquée d’un couplet).
………
Carmela (Carmen Requeta) • La jardinera. Violeta Parra, paroles & musique.
Carmela, chant, tumba ; Paco Ibáñez, guitare & arrangements.
Extrait de l’album : Chants d’Espagne et d’Amérique Latine / Carmela. France, [1969?].
………
2 novembre

………
Vecinitas, les dije,
¿dónde está mi sepultura?
En mi cola, dijo el sol.
En mi garganta, dijo la luna.
Federico García Lorca (1898-1936). Casida de las palomas oscuras. Dans : Diván del Tamarit (écriture : entre 1931 et 1934 ; 1ère publication : 1940).— Petites voisines, leur dis-je,
Où donc est ma sépulture ?
— Dans ma queue, dit le soleil.
— Dans ma gorge, dit la lune.
………
Paco Ibáñez • Casida de las palomas oscuras. Poème de Federico García Lorca ; Paco Ibáñez, musique.
Paco Ibáñez, chant ; António Membrado, guitare.
Extrait de l’album Poèmes de Federico Garcia Lorca et Luis de Gongora / Paco Ibáñez. France, ℗ 1964.
………
Por las ramas del laurel
vi dos palomas oscuras.
La una era el sol,
la otra la luna.
Vecinitas, les dije,
¿dónde está mi sepultura?
En mi cola, dijo el sol.
En mi garganta, dijo la luna.
Y Yo que estaba caminando
con la tierra por la cintura
vi dos águilas de nieve
y una muchacha desnuda.
La una era la otra
y la muchacha era ninguna.
Aguilitas, les dije,
¿dónde está mi sepultura?
En mi cola, dijo el sol.
En mi garganta, dijo la luna.
Por las ramas del laurel
vi dos palomas desnudas.
La una era la otra
y las dos eran ninguna.
Dans les branches du laurier
J’ai vu deux colombes obscures.
L’une était le soleil,
L’autre était la lune.
— Petites voisines, leur dis-je,
Où donc est ma sépulture ?
— Dans ma queue, dit le soleil.
— Dans ma gorge, dit la lune.
Et moi qui marchais
Avec la terre à la ceinture,
J’ai vu deux aigles de neige
Et une jeune fille nue.
L’une était l’autre
Et la jeune fille n’était aucune.
— Petites aigles, leur dis-je,
Où donc est ma sépulture ?
— Dans ma queue, dit le soleil.
— Dans ma gorge, dit la lune.
Dans les branches du laurier
J’ai vu deux colombes nues.
L’une était l’autre
Et les deux n’étaient aucune.
Federico García Lorca (1898-1936). Casida de las palomas oscuras. Dans : Diván del Tamarit (écriture : entre 1931 et 1934 ; 1ère publication : 1940).
.Federico García Lorca (1898-1936). Casida des tourterelles obscures, trad. par L. & L. de Casida de las palomas oscuras. Dans : Diván del Tamarit (écriture : entre 1931 et 1934 ; 1ère publication : 1940).
………
.
.

Frappé par une plume
![Adolphe Millot (1857-1921). Dessin de plumes de faisan vénéré (Syrmaticus reevesii). Détail de : Plumes. Dans : Le Larousse pour tous : Nouveau dictionnaire encyclopédique, vol.2, Librairie Larousse, Paris, [1907-1910], p.465. Domaine public, via Wikimedia Commons. Adolphe Millot (1857-1921). Dessin de plumes de faisan vénéré (Syrmaticus reevesii). Détail de : Plumes. Dans : Le Larousse pour tous : Nouveau dictionnaire encyclopédique, vol.2, Librairie Larousse, Paris, [1907-1910], p.465. Domaine public, via Wikimedia Commons.](https://jepleuresansraison.com/wp-content/uploads/2021/10/plume_de_faisan_venere_-_millot-1907.png?w=1824&h=173)
Adolphe Millot (1857-1921). Dessin de plumes de faisan vénéré (Syrmaticus reevesii). Détail de : Plumes. Dans : Le Larousse pour tous : Nouveau dictionnaire encyclopédique, vol.2, Librairie Larousse, Paris, [1907-1910], p.465.. Domaine public, via Wikimedia Commons.
………
«Juvara, se ti dicessero che un tizio è stato ferito da un batuffolo di cotone scagliato dal quarto piano, o di un uno in fin di vita dopo esser stato colpito da una piuma? O di un altro stecchito da una cacata di piccione in piena fronte?»
«Scusi, cosa sta dicendo» sorrise l’ispettore.
«Ormai sui giornali si leggono solo notizie assurde.»
Valerio Varesi. Il Commissario Soneri e la strategia della lucertola (2014), Milano, Sperling & Kupfer, 2016 (Pickwick), ISBN 978-88-6836-322-2. Page 1.« Juvara, si on te disait qu’un type a été blessé par un tampon de coton jeté du quatrième étage, ou qu’il est dans un état critique après avoir été frappé par une plume ? Ou qu’il est tombé raide après s’être pris une fiente de pigeon en plein front ?
— Mais qu’est-ce que vous racontez commissaire ? sourit l’inspecteur.
— Maintenant dans les journaux on ne lit plus que des nouvelles absurdes. »
Valerio Varesi. Le commissaire Soneri et la stratégie de la luciole (non traduit).
………
Zizi Jeanmaire (1924-2020) • Mon truc en plumes. Bernard Dimey, paroles ; Jean Constantin, musique.
Zizi Jeanmaire, chant ; accompagnement d’orchestre.
Vidéo : extrait de l’émission Palmarès de l’espoir : gala au profit de la ligue contre le cancer. Abder Isker, réalisation. Zizi Jeanmaire, participante ; Roland Petit, chorégraphie. Production : France, ORTF [Office de radiodiffusion-télévision française], 1968. Première diffusion : 1ère chaine, 18 décembre 1968.
………
.
.
Fado des heures
Pour le retour à l’heure d’hiver, aujourd’hui même : il faut écouter le Fado das horas (« Fado des heures »), par Maria Teresa de Noronha, la plus grande styliste de l’histoire du Fado, la plus musicienne.
………
Maria Teresa de Noronha (1918-1993) • Fado das horas. António José de Bragança, paroles ; Maria Teresa de Noronha, musique.
Maria Teresa de Noronha, chant ; Raul Nery, guitare portugaise ; Joaquim do Vale, guitare. Enregistrement : extrait d’une émission de la radio portugaise diffusée en direct le 15 mai 1961. Production : Portugal, RTP (Rádio e Televisão de Portugal), 1961.
Extrait du coffret : Maria Teresa de Noronha (5 CD, 1 DVD). Portugal, ℗ 2018.
………
Chorava por te não ver
Por te ver eu choro agora
Mas choro só por querer
por querer ver-te a toda a hora
Je pleurais de ne pas te voir
Et voici que je pleure pour te voir ;
Mais je pleure seulement de vouloir
Te voir à chaque instant de ma vie.
Passa o tempo de corrida
Quando falas eu te escuto
Nas horas da nossa vida
Cada hora é um minuto
Le temps passe à toute vitesse,
Lorsque tu parles, je t’écoute
Et dans le cours de notre vie
Chaque heure n’est qu’une minute.
Quando estás ao pé de mim
Sinto-me dona do mundo
Mas o tempo é tão ruim
Tem cada hora um segundo
Lorsque tu es auprès de moi
C’est comme si le monde m’appartenait.
Mais le temps dans sa cruauté
Transforme les heures en secondes.
Deixa-te estar a meu lado
E não mais te vás embora
P’ra meu coração coitado
Viver na vida uma hora
Je t’en prie, reste auprès de moi,
Ne t’en vas jamais plus !
Que dans sa pauvre vie, mon cœur
Vive au moins une heure entière !
António José de Bragança (1895-1964). Fado das horas (1954?).
.
António José de Bragança (1895-1964). Fado des heures, traduit de : Fado das horas (1954?) par L. & L.
………
Eh bien, quoi ? C’est Paris.
Elle aurait répondu à mes questions :
— Eh bien, quoi ? C’est Paris.
Elle aurait eu mille fois raisons. C’est Paris que je croyais connaître et dont j’ignorais le sexe et le mystère, c’est Paris méconnu et retrouvé, Paris avec son haleine et ses gestes, Paris et sa nuit souple et silencieuse, Paris et ses plis, Paris et ses visages.
Philippe Soupault (1897-1990). Les Dernières nuits de Paris (1928), Paris, Gallimard (Collection L’Imaginaire ; 374), 1997, ISBN 2-07-075163-5. Pages 87-88.
………
Colette Renard (1924-2010) • Y a qu’Paris pour ça. Alexandre Breffort, paroles ; Marguerite Monnot, musique. Extrait d’Irma la douce, comédie musicale en deux actes d’Alexandre Breffort, musique de Marguerite Monnot, créée à Paris (théâtre Gramont) le 12 novembre 1956.
Colette Renard, chant ; accompagnement d’orchestre ; Raymond Legrand, direction.
France, ℗ 1956.
………
Et là où l’on fabrique les rêves
А там, где сочиняют сны,
Обоим – разных не хватило,
Мы видели одни, но сила
Была в нем, как приход весны.
4 мая 1965
Анна Ахматова [Anna Akhmatova] (1889-1966). Вместо послесловия [Vmesto poslesloviâ] (1965). Extrait de : Полночные стихи [Polnočnye stihi].Et là où l’on fabrique les rêves,
Il n’y en avait pas assez pour deux,
Nous avons eu le même, mais il avait
La force du printemps qui vient.
4 mai 1965
Anna Akhmatova (1889-1966). En guise de postface, traduit de Вместо послесловия [Vmesto poslesloviâ] (1965). Extrait de : Vers de minuit, traduit de Полночные стихи [Polnočnye stihi] par Sophie Benech. Dans : L’hôte venu du futur / Anna Akhmatova, traduit du russe et présenté par Sophie Benech, Éditions Interférences, DL 2020, bilingue russe-français, ISBN 978-2-909589-43-5, page 75.
………
Emel Mathlouthi [آمال المثلوثي] • Holm [حلم]. Emel Mathlouthi [آمال المثلوثي], paroles ; Anoushiravan Rohani [انوشیروان روحانی], musique.
Emel Mathlouthi [آمال المثلوثي], chant, guitare.
Vidéo : Emel Mathlouthi [آمال المثلوثي], production. 2020. Captation : Tunisie, Tunis, 2020.
Extrait de l’album The Tunis diaries / Emel. 2020.
………
- Emel Mathlouthi dans Wikipédia
………
لو كنت نغمّض عينيّا
و تاخذني الأحلام من يديّا
و نعلى و نحلّق في سماء جديدة
و ننسى الوجايع ،
لو كنت نسافر في خيالي
نزرع و نبني قصور ليالي
يكبر فيها الحب و آمالي و نمحي الآلام ..دنيا ترى فيها ملامح ناس
قوسها الضلم و البؤس و القهر
من واقع عاسر يعبث بكلّ ما نبنيه ،
دنيا علت فيها أسوار طغيان
سحق فينا أحلاما أحلامْ
و عمّ الظّلام و الأنانيّة في كل القلوب ..
Emel Mathlouthi [آمال المثلوثي]. Holm [حلم] (2020).Si je pouvais fermer les yeux
Et laisser les rêves me prendre par la main,
Je m’envolerais vers un ciel nouveau
Et j’oublierais mes peines.
Si je pouvais voyager en pensée,
Je bâtirais des palais, il y aurait des nuits
Où l’amour et l’espoir fleuriraient,
Où la douleur s’effacerait.Dans ce monde on voit des gens
Vivant dans l’obscurité, la misère et l’oppression,
Dans une réalité amère qui détruit tout ce que nous bâtissons.
Dans ce monde on voit s’ériger des murs de tyrannie
Qui étouffent en nous tant de rêves
Et font régner dans les cœurs l’égoïsme et les ténèbres.
Emel Mathlouthi [آمال المثلوثي]. Un rêve. Traduction approximative de Holm [حلم] (2020), à partir d’une traduction anglaise.
………
Verde limão

Joseph Bail (1862-1921). Les joueurs de cartes (1897), détail. Exposition Théodule Ribot (1823-1891) : une délicieuse obscurité, Toulouse, musée des Augustins, 2021-2022. Provenance : Paris, Petit Palais, musée des Beaux-arts de la ville de Paris.
………
C’est souvent avec cette chanson, Verde limão (« Vert citron » — et non citron vert, qui se dit lima en portugais), facile à chanter et commode pour se mettre en voix, qu’Amália Rodrigues entrait en scène. C’est un air traditionnel de sa région d’origine (la Beira Baixa, dans le centre-est du Portugal), que sa sœur Celeste a chanté avant elle.
La voici en 1969 en Roumanie, arborant de spectaculaires pendants d’oreille et introduisant sa chanson en français (autres temps, n’est-ce pas…). Ce concert avait lieu dans les derniers jours de mars ; quelques semaines plus tard, le 6 mai, elle entamait avec ses guitaristes une tournée en Union soviétique, un pays avec lequel le Portugal de l’époque n’entretenait évidemment aucune relation diplomatique. Les visas étaient obtenus à Paris.
………
Amália Rodrigues (1920-1999) • Verde limão. Paroles & musique traditionnelles (Portugal, Beira Baixa) ; Arlindo de Carvalho, arrangement.
Amália Rodrigues, chant ; Carlos Gonçalves & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Júlio Gomes, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Captation : Roumanie, Bucarest, Sala Palatului, mars 1969.
Vidéo : producteur non identifié. 1969.
………
Ó luar da meia-noite
Alumia cá p’ra baixo,
Que eu perdi o meu amor
E às escuras não o acho.
S’il te plaît, lune de minuit,
Éclaire un peu par ici,
Car j’ai perdu mon amour
Et dans ce noir je ne le retrouve pas.
Ó limão, ó verde limão
Solteirinha sim, casadinha não.
Ó limão, ó verde limão
Amor da minh’alma, dá-me a tua mão!
Oh citron, oh mon vert citron,
Fille toujours, mariée jamais…
Oh citron, oh mon vert citron,
Amour de ma vie, donne-moi ta main !
Os olhos do meu amor
São grãozinhos de pimenta.
Namorei-os na igreja
Ao tomar a água-benta.
Les yeux de mon amour
Sont deux grains de poivre.
J’en suis tombée amoureuse
En prenant l’eau bénite.
Le couplet suivant est parfois chanté :
Dá-me a tua mão esquerda,
Que te quero abarcar!
A direita não ta peço
Que já tens a quem a dar.
Le couplet suivant est parfois chanté :
Donne-moi ta main gauche,
Que je puisse t’embrasser !
Je ne te demande pas la droite,
Je sais qu’elle est déjà prise.
Traditionnel (Portugal, Beira Baixa). Verde limão.
.Traditionnel (Portugal, Beira Baixa). Vert citron, trad. par L. & L. de Verde limão.
………
Raquel Tavares a enregistré Verde limão il y a quelques années pour son avant-dernier album, Raquel, paru en 2016. Elle a depuis — malheureusement — mis fin à sa carrière de fadiste.
………
Raquel Tavares • Limão. Paroles & musique traditionnelles (Portugal, Beira Baixa) ; Arlindo de Carvalho, arrangement.
Raquel Tavares, chant ; Ângelo Freire, guitare portugaise ; André Ramos & Bernardo Viana, guitare ; José Marino de Freitas, basse acoustique ; Fred Pinto Ferreira, percussions.
Enregistrement : Lisbonne, studios Namouche.
Extrait de l’album Raquel / Raquel Tavares. Portugal, ℗ 2016.
………
.
.

La petite Rallou
Restons un peu en Grèce, en compagnie de Mános Hadjidákis : Η μικρή Ραλλού [Ī mikrī Ralloú] (« La petite Rallou ») est une de ses chansons connues. Composée sur un poème de Níkos Gátsos, elle a été créée en 1971 par Μανώλης Μητσιάς [Manōlīs Mītsiás] dans un album conçu et dirigé par Hadjidákis lui-même, intitulé Της γης το χρυσάφι [Tīs gīs to chrysάfi] (« L’or de la terre »). Cette version de Fléry Dandonáki, enregistrée elle aussi sous la direction de Hadjidákis, lui est postérieure d’un an.
………
Φλέρυ Νταντωνάκη [Fléry Ntantōnákī] (Fléry Dandonáki) (1937-1998) • Η μικρή Ραλλού [Ī mikrī Ralloú]. Poème de Νίκος Γκάτσος [Níkos Gkátsos] (Níkos Gátsos) ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Chatzidákis] (Mános Hadjidákis), musique.
Φλέρυ Νταντωνάκη [Fléry Ntantōnákī] (Fléry Dandonáki), chant ; Βασίλης Τενίδης [Vasílīs Tenídīs], arrangements ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Chatzidákis] (Mános Hadjidákis), direction. Enregistrement : Grèce, 1972.
Extrait de l’album : Οι γειτονιές του Φεγγαριού [Oi geitoniés tou Feggarioú] + Χωρίον ο πόθος [Chōríon o póthos] / Μάνος Χατζιδάκις [Mános Chatzidákis] (Mános Hadjidákis). Grèce, ℗ 1977.
………
Σαράντα παλληκάρια στην άκρη του γιαλού
επαίξανε στα ζάρια τη μικρή Ραλλού
σ’ ανατολή σε δύση σε κόσμο και ντουνιά
ρωτάν ποιος θα κερδίσει την ομορφονιά
Quarante jeunes hommes sur le rivage de la mer
Jouaient aux dés la petite Rallou.
D’ouest en est et sur toute la terre
On veut savoir à qui échoira cette beauté.
Μικρό το καλοκαίρι μεγάλος ο καιρός
κανείς όμως δεν ξέρει ποιος θα `ναι ο τυχερός
σαράντα παλληκάρια στην άκρη του γιαλού
επαίξανε στα ζάρια τη μικρή Ραλλού
L’été est court, le temps est long,
Mais nul ne sait à qui la chance sourira.
Quarante jeunes hommes sur le rivage de la mer
Ont joué aux dés la petite Rallou.
Σαράντα παλληκάρια με λιονταριού καρδιά
ερίξανε στα ζάρια μια τρελή βραδιά
ζηλεύει το φεγγάρι και στέλνει απ’ τα βουνά
το μαύρο καβαλάρη που μας κυβερνά
Quarante jeunes hommes aux cœurs de lion
Une nuit de folie, ont jeté les dés.
La lune, jalouse, fait venir des montagnes
Le noir cavalier qui nous gouverne tous.
Κι ο χάροντας σαν φίδι τραβάει την κοπελιά
σ’ αγύριστο ταξίδι σ’ ανήλιαγη σπηλιά
σαράντα παλληκάρια στην άκρη του γιαλού
εχάσανε στα ζάρια τη μικρή Ραλλού
Et Charon, tel un serpent, emporte la jeune fille
Pour le voyage sans retour vers la grotte obscure.
Quarante jeunes hommes sur le rivage de la mer
Ont perdu aux dés la petite Rallou.
Νίκος Γκάτσος [Níkos Gkátsos] (Níkos Gátsos) (1911 ou 1914-1992). Η μικρή Ραλλού [Ī mikrī Ralloú] (1971?).
.
Νίκος Γκάτσος [Níkos Gkátsos] (Níkos Gátsos) (1911 ou 1914-1992). La petite Rallou, traduit de : Η μικρή Ραλλού [Ī mikrī Ralloú] (1971?) par L. & L., à partir d’une traduction espagnole (source : stixoi.info)
………
Le compositeur en a par la suite donné une version instrumentale pour piano seul (qu’on peut entendre ci-dessous), tandis que des interprètes tels que Nana Mouskouri ou Georges Dalaras ont intégré la chanson à leurs répertoires respectifs.
………
Μάνος Χατζιδάκις [Mános Chatzidákis] (Mános Hadjidákis) (1925-1994) • Η μικρή Ραλλού [Ī mikrī Ralloú]. Μάνος Χατζιδάκις [Mános Chatzidákis] (Mános Hadjidákis), musique.
Μάνος Χατζιδάκις [Mános Chatzidákis] (Mános Hadjidákis), piano. Enregistrement : Athènes (Grèce), 1983.
Extrait de l’album : 30 νυχτερινά [Triánta nychteriná] / Μάνος Χατζιδάκις [Mános Chatzidákis] (Mános Hadjidákis). Grèce, ℗ 1983.
………
![Papier peint (détail), Paris, Riottot et Pacon, [vers 1865]. Source : Ville de Paris, bibliothèque Forney. Papier peint (détail), Paris, Riottot et Pacon, [vers 1865]. Source : Ville de Paris, bibliothèque Forney.](https://jepleuresansraison.com/wp-content/uploads/2021/11/ark__73873_pf0000844479_v00013.jpg?w=180&h=180)

