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La chanson du dimanche [9]

13 février 2022

Elle a été recueillie chez notre voisine septentrionale — l’une de ces régions d’Europe où le Moyen-Âge semble n’avoir jamais vraiment pris fin, mais s’être accommodé des différentes époques successives avec lesquelles il a cohabité jusqu’à aujourd’hui. Voyez l’actuel Prime Minister : n’est-il pas, de manière flagrante, une figure quintessentiellement médiévale, qu’on dirait secrétée par Les contes de Canterbury ?

Voyez aussi, dans la vidéo ci-dessous, ce vaste chignon qui semble si pesant qu’on redoute pour la chanteuse qu’il ne s’enfonce et n’engloutisse les yeux — déjà à demi cachés —, le nez, la bouche, le menton : spectaculaire édifice ! Voilà un chignon qui méconnaît totalement l’apport de la Renaissance. Quelle en est la matière ? Il évoque un pâté en croûte à la devanture du charcutier : on est pris du désir d’y apposer quelques losanges de cédrat confit et de le saupoudrer de poivre. De le découper en tranches, de le servir avec des cornichons.

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Dusty Springfield (1939-1999) • I close my eyes and count to ten. Clive Westlake, paroles & musique.
Dusty Springfield, chant ; ensemble instrumental dirigé par Keith Mansfield.
Extrait de : Jones the Song, un épisode de la série Saturday Stars diffusé le 3 août 1968. Production : Royaume-Uni, London Weekend Television (LWT), 1968.

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Cette chanson : I close my eyes and count to ten, par Dusty Springfield (1939-1999), était l’un des hits de l’été 68, celui de mon premier séjour en Angleterre. Croyant passer un mois à Londres, je me suis retrouvé dans une famille — un jeune couple et deux petites filles rousses — vivant à Harlow, une de ces villes nouvelles construites après la guerre dans la grande périphérie pour reloger les populations de la capitale, suite aux destructions causées par les bombardements allemands. Une famille très parcimonieuse. J’ai gardé le souvenir d’un dimanche où toute la famille, moi compris, s’était rendue en auto à Londres pour visiter le musée des figures de cire de Madame Tussaud. Ce déplacement exceptionnel avait lieu en mon honneur et c’était une grande fête. Notre petit groupe s’est placé dans la file d’attente (ce qui, en Angleterre et au contraire de pays de désordre comme la France, est une activité régie par un code de bienséance implicite et dont la pratique porte un nom : to queue — ironiquement, un nom français). C’est parvenue à un mètre ou deux du guichet, avisant l’affiche détaillant les tarifs d’entrée, que la maman des petites filles rousses s’est retournée vers moi et m’a demandé de bien vouloir acheter moi-même mon billet, thank you.

Dusty Springfield passait souvent à la télévision et je m’émerveillais de son prénom, Dusty, qui signifie : Poussiéreuse. Aujourd’hui je me dis qu’au fond, ce prénom était probablement inspiré par le célèbre passage de la Genèse :

[…] for dust thou art, and unto dust shalt thou return.
Genesis 3:19.

C’est à dire :

[…] car tu es poussière, et tu retourneras à la poussière.
Genèse 3:19.

Je ne forme aucune autre conjecture.

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It isn’t the way that you look
And it isn’t the way that you talk
It isn’t the things that you say or do
Make me want you so


Ce n’est pas ton physique
Ni ta façon de parler,
Ce n’est pas ce que tu dis, ce que tu fais
Qui m’attirent autant.

It is nothing to do with the wine
Or the music that’s flooding my mind
But never before have I been so sure
You’re the someone I dreamed I would find

Ça n’a rien à voir avec le vin
Ni avec la musique qui m’inonde la tête,
Mais je n’ai jamais éprouvé une telle certitude :
Tu es celui que j’espérais.

It’s the way you make me feel
The moment I am close to you
It’s a feeling so unreal
Somehow I can’t believe it’s true
The pounding I feel in my heart
The hoping that we’ll never part
I can’t believe this is really happening to me

Je me sens si bien
Quand je suis près de toi
Et ça semble tellement irréel
Que je n’arrive pas à y croire.
Mon cœur qui bat si fort,
Qui me fait espérer qu’on ne se quittera pas,
Je n’arrive pas à croire que ça se réalise.

I close my eyes and count to ten
And when I open them you’re still here
I close my eyes and count again
I can’t believe it but you’re still here

Je ferme les yeux, je compte jusqu’à dix,
Et quand je les ouvre… tu es toujours là !
Je ferme les yeux, je compte encore,
C’est incroyable… tu es toujours là !

We were strangers a moment ago
With a few dreams but nothing to show
The world was a place with a frown on its face
And tomorrow was just, I don’t know

Il y a un instant nous étions des étrangers,
Nous avions quelques rêves mais rien de plus,
Le monde semblait hostile
Et nos lendemains… comment dire ?

But the way you make me feel
The moment I am close to you
Makes today seem so unreal
Somehow I can’t believe it’s true
Tomorrow, will you still be here?
Tomorrow will come but I fear
That what is happening to me is only a dream

Mais je me sens si bien
Quand je suis près de toi
Que le présent semble irréel
Et que je n’arrive pas à y croire.
Demain, seras-tu encore là ?
Car demain viendra et j’ai peur
Que ce qui m’arrive ne soit qu’un rêve.

I close my eyes and count to ten
And when I open them you’re still here
I close my eyes and count again
I can’t believe it but you’re still here
I close my eyes and count to ten
And when I open them, you’re still here

Je ferme les yeux, je compte jusqu’à dix,
Et quand je les ouvre… tu es toujours là !
Je ferme les yeux, je compte encore,
C’est incroyable… tu es toujours là !
Je ferme les yeux, je compte jusqu’à dix,
Et quand je les ouvre… tu es toujours là !
Clive Westlake (1932-2000). I close my eyes and count to ten (1968).
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Clive Westlake (1932-2000). Je ferme les yeux, je compte jusqu’à dix, traduit de : I close my eyes and count to ten (1968) par L. & L.

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Vingança • Amália Rodrigues (& Linda Batista, Elza Soares)

12 février 2022

Amália Rodrigues (1920-1999) • Vingança. Lupicínio Rodrigues, paroles & musique.
Amália Rodrigues, chant ; Raúl Nery, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare.
Enregistrement : Londres (Royaume-Uni), Abbey Road Studios, 23 et 25 mars 1952.
Première publication : Portugal, 1952.

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Ambiance brésilienne, suite.

On dénombre une dizaine de reprises de chansons brésiliennes dans la discographie d’Amália Rodrigues (dont Saudades de Itapoã de Dorival Caymmi et A coroa do rei de David Nasser & Haroldo Lobo), auxquelles il faut ajouter Saudades do Brasil em Portugal (1968), écrite spécialement pour elle par Vinicius de Moraes, qu’elle chante comme un fado. Elle en présentait sur scène : sur les quinze chansons au programme du récital de Bobino enregistré en 1960 à Paris, quatre (dont les deux premières) sont brésiliennes — voire cinq si l’on y inclut le célébrissime Barco negro, sur une musique du Brésilien Caco Velho (1920-1971).

Vingança (« Vengeance »), de Lupicínio Rodrigues (1914-1974) est une chanson d’homme, dont le texte exprime avec une grande violence le point de vue d’un amant humilié, aveuglé par la colère et le désespoir. Beaucoup de femmes l’ont pourtant inscrite à leur répertoire, par exemple la grande Elza Soares, disparue récemment. Amália en connaissait la version que Linda Batista, ou Baptista (1919-1988), de São Paulo, a enregistrée en 1951 et qu’elle est venue présenter à Lisbonne la même année, avec un grand succès. Amália l’a enregistrée l’année suivante à Londres en même temps que des fados comme Não é desgraça ser pobre ou Foi Deus, avec un accompagnement de guitare portugaise et de guitare imitant un rythme de samba, qui la rend assez étrange.

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Eu gostei tanto
Tanto quando me contaram
Que a encontraram
Bebendo e chorando
Na mesa de um bar.
E que quando os amigos do peito
Por mim perguntaram
Um soluço cortou sua voz
Não a deixou falar.
Eu gostei tanto
Tanto, quando me contaram
Que tive mesmo de fazer esforço
Para ninguém notar.

Ah que ça m’a fait plaisir
Quand on m’a raconté
Qu’on l’a trouvée
En train de boire et de pleurer
À la table d’un café !
Et que quand ses amis
Lui ont parlé de moi
Un sanglot lui a noué la gorge,
L’empêchant de  répondre…
Mais que ça m’a fait plaisir
Quand on m’a raconté ça,
Au point que j’ai eu du mal
À cacher ma joie !

O remorso talvez seja a causa
Do seu desespero
Você deve estar bem consciente
Do que praticou
Em me fazer passar esta vergonha
Com um companheiro
E a vergonha
É a herança maior que meu pai me deixou.
Mas, enquanto houver força no meu peito
Eu não quero mais nada
Só vingança, vingança, vingança
Aos santos clamar.

C’est le remords, sans doute,
Qui te met dans ce désespoir.
Tu dois bien être consciente
Du mal que tu m’as fait,
— Me faire subir cette honte,
Avec un de mes amis !
Et la honte
Est tout ce que mon père m’a légué.
Mais tant que j’en aurai la force,
Tout ce que je veux
C’est crier jusqu’au ciel
Vengeance, vengeance, vengeance !

Você há-de rolar como as pedras
Que rolam na estrada
Sem ter nunca um cantinho de seu
P’ra poder descansar.

Je veux que tu roules, comme les pierres
Qui roulent sur la route,
Sans que jamais tu ne trouves un endroit
Où tu puisses te reposer !
Lupicínio Rodrigues (1914-1974). Vingança..
.
Lupicínio Rodrigues (1914-1974). Vengeance, traduit de : Vingança par L. & L.

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De cette Vingança, voici les deux versions authentiquement brésiliennes mentionnées plus haut : celles, respectivement, de Linda Batista (1951) et d’Elza Soares (1965).

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Linda Batista (1919-1988) • Vingança : samba-canção. Lupicínio Rodrigues, paroles & musique.
Linda Batista, chant ; accompagnement d’orchestre.
Première publication : Brésil, 1951.

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Elza Soares (1930-2022) • Vingança. Lupicínio Rodrigues, paroles & musique.
Elza Soares, chant ; accompagnement d’orchestre ; Lyrio Panicali, direction ; Nelson Martins dos Santos, arrangements.
Extrait de l’album Um show de Elza / Elza Soares. Brésil, ℗ 1965.

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Brigitte Bardot • Maria Ninguém

10 février 2022

Maria Ninguém
É Maria e é Maria meu bem
Se eu não sou João de nada
Maria que é minha é Maria Ninguém
Carlos Lyra (né en 1936). Maria Ninguém (1959).

Maria Personne,
Juste Maria et c’est Maria que j’aime.
Si moi je ne suis Jean de rien,
Ma Maria à moi est Maria Personne.

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Brigitte Bardot • Maria Ninguém. Carlos Lyra, paroles & musique.
Brigitte Bardot, chant ; accompagnement d’orchestre ; Alain Goraguer, direction.
Extrait de l’album B.B. / Brigitte Bardot. France, ℗ 1964.

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Maria Ninguém, chanson de Carlos Lyra, a été créée au disque par João Gilberto dans son fameux premier album Chega de saudade (1959) — considéré par ailleurs comme le premier album de bossa nova.

La version de Brigitte B. date, quant à sa publication, de janvier 1964. Auprès de qui a-t-elle acquis une diction aussi correcte du portugais ? Les producteurs de France Musique, qui ne sont pas fichus de prononcer d’une manière acceptable le nom de Maria João Pires (« Maria Djoanne Pirèche », l’autre jour encore) feraient bien de prendre exemple sur elle. Son João est impeccable ; sa Maria un peu moins (le r est trop appuyé), mais ça va quand même. Rien à dire.

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Neruda & Amália Rodrigues

5 février 2022

No te quiero sino porque te quiero
y de quererte a no quererte llego
y de esperarte cuando no te espero
pasa mi corazón del frío al fuego.


Je ne t’aime que parce que je t’aime
Et de t’aimer j’en arrive à ne pas t’aimer
Et de t’attendre quand je ne t’attends pas,
Mon cœur qui était froid s’embrase.

Te quiero sólo porque a ti te quiero,
te odio sin fin, y odiándote te ruego,
y la medida de mi amor viajero
es no verte y amarte como un ciego.


Je t’aime parce que c’est toi que j’aime, c’est tout,
Je te hais sans fin, et te haïssant t’implore ;
Et la mesure de mon amour vagabond
Est, ne te voyant pas, de t’aimer en aveugle.

Tal vez consumirá la luz de enero,
su rayo cruel, mi corazón entero,
robándome la llave del sosiego.


La lumière de janvier, par son cruel rayon,
Consumera peut-être entièrement mon cœur,
Me dérobant ainsi la clé de la quiétude.

En esta historia sólo yo me muero
y moriré de amor porque te quiero,
porque te quiero, amor, a sangre y fuego.


Dans cette histoire moi seul je me meurs
Et je mourrai d’amour parce que je t’aime,
Parce que je t’aime, amour, et à feu et à sang.
Pablo Neruda (1904-1973). Soneto LXVI, extrait de : Cien sonetos de amor (1959).
Pablo Neruda (1904-1973). Sonnet LXVI, traduit de : Soneto LXVI, extrait de : Cien sonetos de amor (1959), par L. & L.

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Ce sonnet de Pablo Neruda, extrait du recueil Cien sonetos de amor (1959), a été mis en musique par Violeta Parra. Il existe plusieurs enregistrements de la chanson, dont celui d’Isabel Parra — la fille de Violeta —, en 1968, ou celui de Charo Cofré, autre chanteuse chilienne, en 1971.

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Charo Cofré • No te quiero sino por que te quiero. Poème de Pablo Neruda ; Violeta Parra, musique.
Charo Cofré, chant, guitare.
Extrait de l’album Charo Cofré / Charo Cofré. Chili, Peña de los Parra, ℗ 1971.

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Les Cien sonetos de amor ont été inspirés à Neruda par Matilde Urrutia (1912-1985), sa troisième épouse rencontrée à Santiago en 1946, à qui ils sont dédiés. Pourtant le Sonnet LXVI, « No te quiero sino porque te quiero », a la réputation d’avoir été écrit pour — ou dédié à — Amália Rodrigues.

Cette conjecture est notamment accréditée par l’ethnomusicologue chilien Miguel Ángel Vera Sepúlveda, auteur d’une théorie selon laquelle le fado, le tango (chanté), les rancheras du Mexique et, en règle générale, les types de chanson nés dans les grands ports du Portugal et de l’Amérique latine, ressortiraient à un genre unique qu’il nomme le « Genre portuaire » (« Género portuario ») dans lequel le fado jouerait un rôle de matrice. D’après Vera, Neruda aurait écrit ce sonnet à Paris en 1967, après avoir assisté en compagnie de Matilde Urrutia et de Charo Cofré au récital d’Amália à Bobino. À la fin du concert, les trois seraient allés saluer la chanteuse, Neruda lui faisant part de son intention d’écrire un poème pour elle et se procurant séance tenante stylo et papier, puis, le sonnet achevé, le remettant à sa dédicataire — qui l’aurait ensuite perdu. Perdu il ne l’était pas vraiment, car la prudente Charo Cofré en aurait fait une copie. L’anecdote est relatée par le journal argentin La Nación dans un article daté du 12 octobre 2000, mais on la trouve aussi ailleurs, dans des versions différentes.

Il semble bien qu’il y ait eu une admiration mutuelle entre Neruda et Amália, ainsi qu’en témoigne l’écrivaine Zélia Gattai (1916-2008) — par ailleurs épouse de Jorge Amado :

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En 1958 Jorge [Amado] dirigía una publicación cultural en Río, « Para Todos ». Convidó a Pablo [Neruda] para que diera un recital que ayudaría al periódico, rico en contenidos, pobre en dineros.
Fuimos a esperar al compadre en el muelle del puerto, donde desembarcó sonriente: « Acabo de conocer la palabra más bella del idioma portugués: Alfândega. »
El recital de Pablo a beneficio de « Para Todos » fue un éxito. Sabiendo que la fadista portuguesa Amália Rodrigues se encontraba en Río, gran admirador de ella, Pablo pidió que la convidáramos. Devota del poeta, Amália oyó sus poemas, al principio reverencial, de rodillas, luego con las manos juntas.
Zélia Gattai (1916-2008). Mi amigo y compadre Pablo : Discurso pronunciado el 12.07.2004 en la Academia Brasileña de Letras, inaugurando la exposición de fotografías de Pablo Neruda, organizada por la Fundación Casa de Jorge Amado, Bahía, dans : Nerudiana, n°2, Diciembre 2006. https://www.fundacionneruda.org/documentos/NERUDIANO%2020530.pdf

En 1958, Jorge [Amado] dirigait une publication culturelle à Rio, « Para Todos ». Il invita Pablo [Neruda] à donner un récital afin d’aider le journal, riche en contenu, pauvre en argent.
Nous sommes allés attendre notre ami sur le quai du port, où il a débarqué en souriant : « Je viens d’apprendre le plus beau mot de la langue portugaise : alfândega [« douane »] ».
Le récital de Pablo au bénéfice de « Para Todos » fut un succès. Sachant que la fadiste portugaise Amália Rodrigues se trouvait à Rio, Pablo, qui en était un grand admirateur, nous a demandé de l’inviter. Elle-même fervente admiratrice du poète, Amália écoutait ses vers, d’abord avec révérence, à genoux, puis les mains jointes.

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Pour autant, j’ai du mal à croire à l’entière véracité de l’anecdote de l’ethnomusicologue chilien — qui connaissait personnellement Amália, il est vrai, et qui a par ailleurs signé la riche notice d’accompagnement du CD Amália de porto em porto (2014), une compilation des chansons en langue espagnole enregistrées par la fadiste. Ne serait-ce qu’en raison de l’incongruité des dates. Par ailleurs en 1967, Amália ne s’est pas produite à Bobino (elle l’avait fait en 1965), mais à l’Olympia. L’histoire est cependant prise au sérieux au Portugal. Le fadiste Rodrigo a enregistré le sonnet en lui donnant la forme d’un fado, prenant soin de spécifier sur la pochette du CD : « poema dedicado a Amália por P. Neruda ». Autre exemple, Gançalo Salgueiro, dont le répertoire a longtemps été constitué essentiellement de reprises de fados d’Amália :

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Gonçalo Salgueiro • No te quiero. Poème de Pablo Neruda ; Miguel Ramos, musique (Fado Alberto).
Gonçalo Salgueiro, chant ; Eurico Machado, guitare portugaise ; Pedro Pinhal, guitare ; Paulo Paz, basse acoustique.
Captation : Zamora (Espagne), Convento de San Francisco Extraponte, dans le cadre du IV Festival de Fados de Castilla y León, juillet 2006.
Vidéo : aucune information.

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L’Eclisse

2 février 2022

Morte.
2 02 2022.
Monica Vitti.

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L’Eclisse (1962). Extrait. Michelangelo Antonioni, réalisation ; Michelangelo Antonioni, Tonino Guerra, Ottiero Ottieri & Elio Bartolini, scénario ; Giovanni Fusco, musique originale. Titre français : L’Éclipse.
Distribution : Monica Vitti (Vittoria) ; Alain Delon (Piero) ; Francisco Rabal (Riccardo) ; Louis Seigner (Ercoli) ; Lilla Brignone (la mère de Vittoria)…
Tournage : 1961. Production : Italie, Interopa Film (Roma) & Cineriz (Roma), 1962 ; France, Paris Film Production (Paris). Sortie : 1962 (France & Italie).

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L’Eclisse (1962). Extrait. Michelangelo Antonioni, réalisation ; Michelangelo Antonioni, Tonino Guerra, Ottiero Ottieri & Elio Bartolini, scénario ; Giovanni Fusco, musique originale. Titre français : L’Éclipse.
Distribution : Monica Vitti (Vittoria) ; Alain Delon (Piero) ; Francisco Rabal (Riccardo) ; Louis Seigner (Ercoli) ; Lilla Brignone (la mère de Vittoria)…
Tournage : 1961. Production : Italie, Interopa Film (Roma) & Cineriz (Roma), 1962 ; France, Paris Film Production (Paris). Sortie : 1962 (France & Italie).

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José Félix • Entrega (& Amália)

1 février 2022

Feriu-me um dardo; ensanguentei as ruas,
Onde o demónio, em vão, me apareceu,
Porque as estrelas todas eram tuas!
Menino! Irmão dos que erram pelas ruas
Tudo o que tenho (e nada tenho!) é teu!

Pedro Homem de Melo (1904-1984). Entrega.

Un dard m’a blessé ; j’ai ensanglanté les rues
Où le démon, en vain, m’est apparu,
Car tu étais dans toutes les étoiles !
Enfant, frère de ceux qui errent par les rues,
Tout ce que j’ai — et je n’ai rien ! — est à toi !

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Il est rarissime que les reprises d’Amália Rodrigues par d’autres artistes soient à la hauteur des originaux. Voici une interprétation extrêmement délicate, très différente de celle d’Amália et tout aussi juste, d’Entrega (« Offrande »), de Carlos Gonçalves sur des vers de Pedro Homem de Melo (1904-1984), poète tourmenté — notamment par son homosexualité, lui qui était chrétien comme l’atteste cette Offrande.

José Félix est un jeune Espagnol dont je ne sais pas grand chose, sinon que ses posts sur Instagram sont le plus souvent localisés aux Canaries. On trouve de lui, sur les plateformes habituelles, quelques fados et des chansons espagnoles.

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José Félix • Entrega. Pedro Homem de Melo, paroles ; Carlos Gonçalves, musique.
José Félix, chant ; Gabriel Hernández Dorta, guitare.
Vidéo :
Iván M.V. Espagne, 2022.

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Entrega est une chanson — plus qu’un fado à proprement parler — de la dernière partie de la carrière d’Amália Rodrigues. Elle figure dans le dernier album qu’elle ait enregistré en studio (Obsessão, paru en 1990).

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Amália Rodrigues (1920-1999) • Entrega. Pedro Homem de Melo, paroles ; Carlos Gonçalves, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Carlos Gonçalves & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Jorge Fernando, guitare ; Joel Pina, basse acoustique. Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho.
Extrait de l’album Obsessão Amália Rodrigues. Portugal, ℗ 1990.

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Descalço venho dos confins da infância,
E a minha infância ainda não morreu…
Em face e atrás de mim ainda há distância.
Menino Jesus da minha infância,
Tudo o que tenho (e nada tenho!) é teu!

Pieds nus, je viens des confins de l’enfance,
Et mon enfance vit toujours en moi…
Derrière moi et en face il reste de la distance.
Enfant Jésus, Jésus de mon enfance,
Tout ce que j’ai — et je n’ai rien ! — est à toi !

Venho da estranha noite dos poetas
‒ Noite em que o mundo nunca me entendeu…
Vê: trago as mãos vazias dos Poetas!
Menino Deus! Amigo dos Poetas!
Tudo o que tenho (e nada tenho!) é teu!

Je viens de l’étrange nuit des poètes
‒ Cette nuit où le monde jamais ne m’a compris…
Vois : j’ai les mains vides des poètes !
Enfant Dieu, ami des poètes !
Tout ce que j’ai — et je n’ai rien ! — est à toi !

Feriu-me um dardo; ensanguentei as ruas,
Onde o demónio, em vão, me apareceu,
Porque as estrelas todas eram tuas!
Menino! Irmão dos que erram pelas ruas
Tudo o que tenho (e nada tenho!) é teu!

Un dard m’a blessé ; j’ai ensanglanté les rues
Où le démon, en vain, m’est apparu,
Car tu étais dans toutes les étoiles !
Enfant, frère de ceux qui errent par les rues,
Tout ce que j’ai — et je n’ai rien ! — est à toi !

Quem te ignorar ignora os que são tristes,
Ó pálido Jesus, triste como eu!
Ó meu irmão! Menino de olhos tristes!
Nada mais tenho além dos olhos tristes
Mas o que tenho (ai! nada tenho!) é teu!

T’ignorer c’est ignorer ceux qui sont tristes,
Ô pâle Jésus, triste comme moi !
Ô mon frère ! Enfant aux yeux tristes !
Je n’ai rien, je n’ai que mes yeux tristes,
Mais ce que j’ai — et je n’ai rien ! — est à toi !
Pedro Homem de Melo (1904-1984). Entrega.
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Pedro Homem de Melo (1904-1984). Offrande, traduit de : Entrega par L. & L.

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La chanson du dimanche [8]

30 janvier 2022

Elle nous vient de la Hongrie et de l’année 1967, si lointaines l’une et l’autre… Le « rideau de fer » qui court à travers l’Europe est dûment cadenassé, mais de part et d’autre : on chante. En témoigne le « Festival de la chanson de danse » organisé par la télévision hongroise depuis 1966, l’année même de la construction de la portion austro-hongroise dudit « rideau de fer ».

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Szécsi Pál (1944-1974) • Csak egy tánc volt. Varga Kálmán, paroles ; Vadas Tamás, musique.
Szécsi Pál, chant ; Magyar Rádió És Televízió Tánczenekara, orchestre.
Vidéo :
Extrait de l’émission : Táncdalfesztivál 1967 Döntő [Finale du Festival de la chanson de danse 1967]. Production : Hongrie, Magyar Televízió, 1967.

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C’est le moment de la remise des prix et la chanson Csak egy tánc volt (« C’était juste une danse ») en a obtenu un, à la joie éclatante de son compositeur et de son auteur, deux jeunes hommes, l’un brun, l’autre très blond, ravissants : assis à l’orchestre, le premier entoure de son bras les épaules de l’autre, les deux visages se rapprochent, on dirait deux amoureux, ils vont s’embrasser, croit-on.

Le chanteur, Pál Szécsi, ou Szécsi Pál selon la mode hongroise, est devenu célèbre ce soir-là. Jusque alors il a vécu une vie tourmentée : son père, mort en 1945 alors qu’il n’a pas un an ; l’enfant confié par sa mère à une famille d’accueil, avec son frère et sa sœur — cette mère qui s’enfuit aux États-Unis lors de l’insurrection de Budapest en 1956, abandonnant sur place les deux garçons, traînant leur sœur jusqu’à Vienne et la laissant là, à la gare. Le succès considérable et durable de Pál n’empêchera pas son suicide peu après son trentième anniversaire.

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Csak egy tánc volt, mit tőled kértem én,
Azután ment minden könnyedén,
Együtt mentünk haza az úton,
És a többit nem tudom.

Csak egy csók volt, boldog pillanat,
Amit loptam kaputok alatt.
Többször mondtad: – És most búcsúzom.
És a többit nem tudom.

Nyílt a kapu, ki várt reád?
Nem volt az más, csak a mamád.
Rád is mordult: – Gyere be,
Többé nem engedlek el vele!

Csak egy tánc volt, mit tőled kértem én,
De már több kell, maradj az enyém!
Meg is kérem a kezed ezúton,
És a többit nem tudom.

Nyílt a kapu, ki várt reád?
Nem volt az más, csak a mamád.
Rád is mordult: – Gyere be,
Többé nem engedlek el vele!

Csak egy tánc volt, mit tőled kértem én,
De már több kell, maradj az enyém!
Meg is kérem a kezed ezúton,
És a többit nem tudom.
Varga Kálmán. Csak egy tánc volt (1967).

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Chá-chá-chá em Lisboa

29 janvier 2022

C’est samedi : il faut aller au bal, masqués.

Avec Max :

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Max (Maximiano de Sousa ; 1918-1980) • Chá-chá-chá em Lisboa. Artur Ribeiro, paroles ; Ferrer Trindade, musique.
Max, chant ; accompagnement d’orchestre [Gaya e seu conjunto ?].
Extrait du disque 45 t Saudades da Ilha / Max. Enregistrement : Lisbonne, Teatro Taborda. Portugal, Columbia, ℗ 1959.

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Avec Mísia :

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Mísia • Chá-chá-chá em Lisboa. Artur Ribeiro, paroles ; Ferrer Trindade, musique.
Mísia, chant ; Melech Mechaya, groupe instrumental et vocal ; Fabrizio Romano, direction musicale.
Extrait de l’album Delikatessen café concerto / Mísia. Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Atlântico Blue, juin 2013. Portugal, Liberdades poéticas, ℗ 2013.
Vidéo :
Frederico Corado, réalisation. Tournage : Lisbonne, café Buenos Aires, rua do Duque. 2013.

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O chá-chá-chá em Lisboa
Virou fadista,
Passou na Madragoa,
Fez-se bairrista,
Andou nas ruas
Pela Moirama
E fez das suas nos becos de Alfama.
Depois pegou numa guitarra
E até cantou o Menor numa barra.


À Lisbonne le cha-cha-cha
S’est fait « fadista »,
Passant dans la Madragoa,
Il s’est mêlé au populo,
Il a flâné dans les rues
De la Mouraria
Et fait des siennes dans les p’tites rues d’Alfama
Et puis il a attrapé une guitare
Pour chanter le « fado menor » dans un troquet.

Andou todo emproado pelos salões,
Depois foi ao mercado
Ver a Rosinha dos limões
E agora vai-se embora
E até chora para ficar por cá!
Coitado, já deu em fado,
Não quer ser chá-chá-chá!

On l’a vu dans les salons, l’air hautain,
Puis au marché
Pour voir Rosinha la marchande de citrons.
Maintenant il s’en va
Alors qu’il voudrait tant rester !
Le pauvre, il est fou de fado,
Il ne veut plus être cha-cha-cha !
Artur Ribeiro (1924-1982). Chá-chá-chá em Lisboa (1956).
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Artur Ribeiro (1924-1982). Cha-cha-cha à Lisbonne, traduit de : Chá-chá-chá em Lisboa (1956) par L. & L.

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A coroa do rei • Amália, Dircinha Batista

28 janvier 2022

A coroa do rei
Não é de ouro e nem de prata.
Eu também já usei
E sei que ela é de lata!
David Nasser (1917-1980). A coroa do rei (1949).

La couronne du roi
N’est ni en or ni en argent.
Moi je l’ai déjà portée,
Je sais qu’elle est en fer-blanc !

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Amália Rodrigues (1920-1999) • A coroa do rei. David Nasser, paroles ; Haroldo Lobo, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Raúl Nery, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare.
Enregistrement : Lisbonne, Studios V. de Carvalho, rua Nova da Almeida, 1951.
Première publication dans l’album Rara e inédita / Amália Rodrigues. Portugal, 1989. Nouvelle publication dans l’album Amália no Chiado. Portugal, 2014.

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Très tôt dans sa carrière, c’est à dire dès 1945, Amália Rodrigues s’est rendue au Brésil. En quelques mois, elle y est devenue aussi populaire qu’au Portugal et l’est restée toute sa vie. C’est là qu’elle a réalisé ses premiers enregistrements : huit disques 78 tours de deux chansons chacun (avec notamment Ai, Mouraria de Frederico Valério, l’un de ses plus grands succès). Elle y a rencontré son second mari, César Seabra (un Portugais expatrié), et s’y est même installée quelque temps avec lui, avant que le couple ne regagne définitivement le Portugal. Mais elle est restée très liée affectivement à ce pays, qui lui était une seconde patrie.

De même que Caetano Veloso et sa sœur Maria Bethânia l’admiraient et lui ont rendu hommage à plusieurs reprises en mettant à leur propre répertoire l’un ou l’autre de ses fados, de même Amália s’est laissée aller, dans la première partie de sa carrière, à reprendre quelques chansons brésiliennes. Par exemple la savoureuse A coroa do rei (« La couronne du roi ») qu’elle avait entendue au carnaval de Rio de 1950, chantée par Dircinha Batista, ou Baptista (1922-1999). Elle l’a l’enregistrée à son tour à Lisbonne l’année suivante, en tentant d’imiter l’accent carioca.

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A coroa do rei
Não é de ouro e nem de prata.
Eu também já usei
E sei que ela é de lata!

La couronne du roi
N’est ni en or ni en argent.
Moi je l’ai déjà portée,
Je sais qu’elle est en fer-blanc !

Não é ouro, nem nunca foi
A coroa que o rei usou.
É de lata barata e, olhe lá,
Borocoxô!

Elle n’a jamais été en or,
La couronne du roi,
Elle est en fer-blanc bon marché,
Fatigué !

Na cabeça do rei andou
E na minha andou também.
É por isso que eu digo
Que não vale um vintém!

Le roi l’a mise sur sa tête
Et moi sur la mienne
Et c’est pour ça que je dis
Qu’elle ne vaut pas un sou !
David Nasser (1917-1980). A coroa do rei (1949).
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David Nasser (1917-1980). La couronne du roi, traduit de : A coroa do rei (1949) par L. & L.

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Dircinha Batista (1922-1999) • A coroa do rei. David Nasser, paroles ; Haroldo Lobo, musique.
Dircinha Batista, chant ; accompagnement d’orchestre.
Première publication : Brésil, 1949.

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Je reviens toujours

26 janvier 2022

Ξανά σαν κόκκινο μπαλόνι που πετάει
ανάμεσα στου κόσμου τις βλαστήμιες
σαν το μεθυσμένο που γελάει
μονάχος του στην πλώρη βαποριού,
κοιτάζοντας να φεύγουν τους αφρούς…

[…]
Je reviens, je reviens toujours.

Βασίλης Νικολαΐδης [Vasílīs Nikolaídīs]. Je reviens toujours (1987).

Encore une fois, tel un ballon rouge
Qui répand ses malédictions sur le monde,
Tel l’ivrogne qui rit tout seul
À la proue d’un paquebot
En regardant s’éloigner l’écume…
[…]
Je reviens, je reviens toujours.

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Χάνομαι Γιατί Ρεμβάζω [Chánomai Giatí Remvázō] • Je reviens toujours. Βασίλης Νικολαΐδης [Vasílīs Nikolaídīs], paroles ; Χάρης Γ. Καβαλλιεράτος [Chárīs G. Kavallierátos], musique.
Χάνομαι Γιατί Ρεμβάζω [Chánomai Giatí Remvázō], ensemble instrumental et vocal (Barbara Sauter, chant, violon, piano ; Γιάννης Κερκύρας [Giánnīs Kerkýras], cor ; Γιώργος Φιλιππάκης [Giórgos Filippákīs], chant, flûte ; Χάρης Καβαλλιεράτος [Chárīs Kαvαllierátos], chant, guitare, percussions).
Extrait de l’album Τα Παροίνια [Ta paroínia] / Χάνομαι Γιατί Ρεμβάζω [Chánomai Giatí Remvázō]. Enregistrement : Athènes, Polysound Studio. Grèce, ℗ 1987.

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Étonnant, n’est-ce pas ? Quel malheur de ne pas comprendre le grec, tout de même — quel scandale !

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Ξανά σαν κόκκινο μπαλόνι που πετάει
ανάμεσα στου κόσμου τις βλαστήμιες
σαν το μεθυσμένο που γελάει
μονάχος του στην πλώρη βαποριού,
κοιτάζοντας να φεύγουν τους αφρούς.

Ξανά σαν άρρωστο σκυλί που ξεψυχάει,
ανάμεσα σ’ ωραίες δεσποινίδες
σαν το ξεχασμένο που χτυπάει
με πέτρες τα παράθυρα σπιτιού,
εκεί που ξέρει πως δεν έχει πια γνωστούς.

Je reviens toujours…

Ξανά σαν λέξη τόση δα που παραφυλάει
να βρει μια θέση σε γελοίες ιστορίες
σαν το φυλακισμένο που τρυπάει
υπόκωφα τον τοίχο του κελιού,
για να βρει πάλι τους δρόμους αδειανούς.

Ξανά σαν αστεράκι που κατρακυλάει
ανάμεσα σ’ ακίνητους πλανήτες
σαν τον μάγο που πιστά ακολουθάει
ίσαμε να βρει τη φάτνη του Χριστού,
ενώ το ξέρει πως δεν έχει πια Χριστούς.

Je reviens toujours…

Ξανά σαν κείνον που κανείς δεν τον κρατάει
στις ίδιες τις χαρές, στις ίδιες λύπες
σαν εκείνον που ξαναγυρνάει
εκεί που άλλο δεν έχει δρόμο γυρισμού
γιατί ποτέ δεν έχει ο δρόμος γυρισμούς.

Ξανά σαν κείνον που ό,τι αρχίζει το χαλάει
και παίρνει το φεγγάρι απ’ τις ακτίνες
στους άλλους να φωτίσει το τραβάει
και κρεμασμένος απ’ το φως του φεγγαριού
βλέπει τους άλλους να μένουν σκοτεινούς.

Je reviens toujours…
Βασίλης Νικολαΐδης [Vasílīs Nikolaídīs]. Je reviens toujours (1987).

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