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Dans la lune

27 juillet 2018

Verde, que te quiero verde,
verde viento, verdes ramas.

 

Buzan (Ariège, Occitanie), 22 juillet 2018

 

La lune.

Verte.

Déserte, aquatique. Chaude.

Buzan (Ariège, Occitanie), 22 juillet 2018

 

Cette lumière : c’est le trop-plein d’éclat qui jaillit de la Terre.

Buzan (Ariège, Occitanie), 22 juillet 2018

 

Plus aucune présence humaine depuis longtemps, la nôtre exceptée.

Nous sommes seuls au monde.

Buzan (Ariège, Occitanie), 22 juillet 2018

 

Les paysages lunaires ne nous sont pas familiers. Ils sont faits de vagues et d’écumes, de colonnes, de voûtes, d’amas.

Buzan (Ariège, Occitanie), 22 juillet 2018

 

Il existe des clairières sur la lune.

Ces taches pâles qu’on voit depuis la Terre.

Buzan (Ariège, Occitanie), 22 juillet 2018

 

Dans l’une d’elles : une usine abandonnée.

C’est là qu’était fabriqué le carburant nécessaire au voyage de retour vers la Terre. À peu de distance de l’usine, le sol, jadis frappé par la traîne de feu du véhicule interastral, en garde la brûlure.

Buzan (Ariège, Occitanie), 22 juillet 2018

 

Ici étaient logés les ouvriers.

L’intérieur de la bicoque est intact.

La formule « Rui ♥ Leo », gravée à mi-hauteur de la paroi opposée à l’entrée, n’a subi aucune usure. Tant d’amour sur la lune, dans la bicoque des ouvriers, comme sur un balcon au clair de lune !

Buzan (Ariège, Occitanie), 22 juillet 2018

 

Huye luna, luna, luna.
Si vinieran los gitanos,
harían con tu corazón
collares y anillos blancos.

Va-t’en lune, lune lune.
Car s’ils venaient, les gitans,
ils feraient avec ton cœur
des bagues et des colliers blancs.

Ainsi, dans sa fuite, la lune nous emporte.


Paco Ibañez | Romance a la luna, luna. Poème de Federico García Lorca ; Paco Ibañez, musique.
Paco Ibañez, chant et guitare ; Antonio Membrado, guitare. Enregistrement : Paris, 1964.
Extrait de l’album Poèmes de Federico Garcia Lorca et Luis De Góngora / Paco Ibañez. France, 1964. Nombreuses rééditions, parfois sous d’autres titres.

La luna vino a la fragua
con su polisón de nardos.
El niño la mira mira.
El niño la está mirando.
En el aire conmovido
mueve la luna sus brazos
y enseña, lúbrica y pura,
sus senos de duro estaño.
— Huye luna, luna, luna.
Si vinieran los gitanos,
harían con tu corazón
collares y anillos blancos.
— Niño déjame que baile.
Cuando vengan los gitanos,
te encontrarán sobre el yunque
con los ojillos cerrados.
— Huye luna, luna, luna,
que ya siento sus caballos.
— Niño déjame, no pises,
mi blancor almidonado.
La lune vint à la forge
avec sa tournure de nards.
L’enfant la regarde, regarde.
Ne laisse de la regarder.
Dans l’air tout commotionné
elle bouge ses bras, la lune,
et montre, lubrique et pure,
ses seins tout de dur étain.
— Va-t’en, lune, lune lune.
Car s’ils venaient, les gitans,
ils feraient avec ton cœur
des bagues et des colliers blancs.
— Petit, laisse-moi danser.
Quand ils viendront, les gitans,
ils te trouveront sur l’enclume,
avec tes petits yeux clos.
— Va-t’en, lune, lune lune,
déjà j’entends leurs chevaux.
— Petit, laisse-moi, ne piétine
pas ma blancheur empesée.

El jinete se acercaba
tocando el tambor del llano.
Dentro de la fragua el niño,
tiene los ojos cerrados.
Por el olivar venían,
bronce y sueño, los gitanos.
Las cabezas levantadas
y los ojos entornados.

Le cavalier approchait
battant le tambour de la plaine.
À l’intérieur de la forge
il a les yeux clos, l’enfant.
Par l’oliveraie venaient,
bronze et rêve, les gitans.
Ils avaient la tête haute
et les yeux à demi clos.

¡Cómo canta la zumaya,
ay como canta en el árbol!
Por el cielo va la luna
con el niño de la mano.

Ah ! Comme elle chante la chouette,
comme elle chante sur son arbre !
Dans le ciel s’en va la lune
tenant par la main un enfant.

Dentro de la fragua lloran,
dando gritos, los gitanos.
El aire la vela, vela.
el aire la está velando.

Dedans la forge ils pleurent,
poussant des cris, les gitans.
Le vent la veille, veille.
Ne laisse de la veiller.
Federico García Lorca (1898-1936).
Romance de la luna, luna
(1926), extrait de : El Romancero Gitano (1928).
Federico García Lorca (1898-1936).
Romance de la lune, lune
, traduit de : Romance de la luna, luna (1926), extrait de : El Romancero Gitano (1928), par Danièle Faugeras. Dans : Federico García Lorca, Polisseur d’étoiles : œuvre poétique complète, Toulouse, Érès, 2016.

Federico García Lorca (1898-1936)
Œuvre poétique complète. Français. Trad. D. Faugeras

Federico García Lorca (1898-1936) | Polisseur d'étoiles : œuvre poétique complète / trad. Danièle Faugeras. Érès, 2016.Polisseur d’étoiles : œuvre poétique complète / Federico García Lorca ; traduite de l’espagnol par Danièle Faugeras. — Toulouse : Érès, 2016. — 1 volume (1142 p.) ; 16 cm. — (Po & psy in extenso ; 5).

ISBN 978-2-7492-5121-9.

Caetano Veloso | Asa branca

15 juillet 2018

Quando olhei a terra ardendo
Qual fogueira de São João
Eu perguntei a Deus do céu, ai
Por que tamanha judiação
Luiz Gonzaga (1912-1989) & Humberto Teixeira (1915-1979). Asa branca (1947).

Quand j’ai vu la terre brûler
Comme un feu de la Saint-Jean
J’ai demandé au Dieu du ciel
Pourquoi pareil acharnement

Caetano Veloso | Asa branca. Luiz Gonzaga & Humberto Teixeira, paroles et musique.
Caetano Veloso, chant et guitare.
Extrait de l’émission Discorama. Denise Glaser, production et présentation ; Roland Holliger, réalisation. Société de production : Office de radiodiffusion-télévision française, France, 1972. 1ère diffusion : 10 septembre 1972.

Cette séquence, diffusée le 10 septembre 1972 sur la première chaîne de la télévision française, est l’une de celles compilées dans le triple DVD consacré à l’émission Discorama, publié par l’INA en 2008. Il manque cependant à cet extrait l’introduction en voix off de Denise Glaser (1920-1983), la créatrice, productrice et présentatrice de l’émission : « Gaetano [sic] Veloso est un des plus merveilleux musiciens du monde. Brésilien, fils d’un employé des postes de Bahia, ville pauvre du nord-est de son pays, il est devenu là-bas plus qu’une idole, un mythe. Liberté d’esprit, ironie, tendresse, désinvolture et talent lui ont valu d’être jeté en prison, puis exilé en 1968. Il vit à Londres au milieu d’un groupe où fleurit une nouvelle vague de théâtre, de cinéma et de musique, véritable renaissance appelée « tropicalisme », du nom d’une de ses meilleures chansons, Tropicália. Regardez, écoutez. J’ai rarement vu une telle concentration, une telle sérénité, émaner d’un visage, d’une voix, où tout a la gravité et la désinvolture de l’essentiel. »

Asa branca est une chanson écrite et composée en 1947 par Luiz Gonzaga, célèbre musicien du Nordeste brésilien, avec la collaboration d’Humberto Teixeira. Elle passe pour l’archétype d’un genre appelé baião, créé précisément par Luiz Gonzaga. D’après l’article que lui consacre le Wikipédia portugais, le baião dérive du lundum, souvent cité comme étant par ailleurs l’une des sources du fado. On n’en sera pas surpris à l’écoute de cette extraordinaire interprétation de Caetano, alors encore presque aux débuts de sa longue carrière.

Le texte évoque l’aridité du sertão, brûlé de chaleur au point de tuer le bétail, d’en chasser les habitants et les oiseaux : Quand j’ai vu la terre brûler / Comme un feu de la Saint-Jean / J’ai demandé au Dieu du ciel / Pourquoi pareil acharnement. / Quel brasier, quelle fournaise / Aucune végétation ne prend / La sécheresse a décimé mon troupeau / Et fait mourir de soif mon alezan. / Et même l’asa branca / S’est envolée du sertão / Alors j’ai dit « adieu Rosinha » / Garde bien mon cœur auprès de toi.

L’asa branca (littéralement : « aile blanche ») est un type local de pigeon.

Quando olhei a terra ardendo
Qual fogueira de São João
Eu perguntei a Deus do céu, ai
Por que tamanha judiação

Que braseiro, que fornalha
Nem um pé de plantação
Por falta d’água perdi meu gado
Morreu de sede meu alazão

Por falta d’água perdi meu gado
Morreu de sede meu alazão

Até mesmo a asa branca
Bateu asas do sertão
Entonce eu disse, adeus Rosinha
Guarda contigo meu coração

Entonce eu disse, adeus Rosinha
Guarda contigo meu coração

Hoje longe, muitas léguas
Numa triste solidão
Espero a chuva cair de novo
Pra mim voltar pro meu sertão

Espero a chuva cair de novo
Pra mim voltar pro meu sertão

Quando o verde dos teus olhos
Se espalhar na plantação
Eu te asseguro não chore não, viu
Que eu voltarei, viu
Meu coração

Eu te asseguro não chore não, viu
Que eu voltarei, viu
Meu coração
Luiz Gonzaga (1912-1989) & Humberto Teixeira (1915-1979). Asa branca (1947).

De 5 à 7

12 juillet 2018

Là.

Toulouse (Occitanie, France), 11 juillet 2018

Plus là.

Toulouse (Occitanie, France), 11 juillet 2018

Sans toi, sans toi, sans toi.

Corinne Marchand | Sans toi. Agnès Varda, paroles ; Michel Legrand, musique.
Corinne Marchand, chant ; accompagnement d’orchestre.
Extrait de l’émission Discorama. Production Office national de radiodiffusion télévision française. France, 1962.
La chanson Sans toi est extraite du film Cléo de 5 à 7 (1962), réalisé par Agnès Varda, dans lequel Corinne Marchand interprète le rôle de Cléo.

Toutes portes ouvertes, en plein courant d’air
Je suis une maison vide, sans toi, sans toi.
Comme une île déserte que recouvre la mer
Mes vagues se dévident, sans toi, sans toi.
Belle en pure perte, nue au cœur de l’hiver
Je suis un corps avide, sans toi, sans toi.
Rongée par le cafard, morte au cercueil de verre
Je me couvre de rides, sans toi, sans toi.
Et si tu viens trop tard, on m’aura mise en terre
Seule, laide et livide, sans toi, sans toi,
Sans toi.
Agnès Varda. Sans toi.

Duarte | Covers

29 avril 2018

L’aimable Duarte peut se montrer féroce. Ce Covers, extrait de son album Só a cantar (février 2018, non distribué en France que je sache), chanté sur la musique du Fado Pechincha, brocarde avec virulence quelques-uns de ses collègues fadistes (lesquels ?), coupables selon lui de fossiliser le fado en se contentant de singer les grands anciens.

La « veille taverne » de la dernière strophe pourrait être celle célébrée autrefois par Hermínia Silva dans le fado Velha tendinha, enregistré pour la première fois en 1936, repris ensuite par Amália Rodrigues.

Duarte | Covers. Duarte Coxo, paroles ; João do Carmo Noronha, musique (Fado Pechincha).
Duarte, chant ; Pedro Amendoeira, guitare portugaise ; Rogério Ferreira, guitare classique ; Daniel Pinto, basse acoustique ; João Gil, production musicale. Extrait de l’album Só a cantar, Portugal, 2018.
Vidéo : Melidesart. Portugal, 2018.

Já não são fados são covers
Imitações desalmadas
Reproduções do destino
Tantas vezes tão cantadas.
Ce ne sont plus des fados, ce sont des « covers »
Imitations sans âme
Reproductions du destin
Mille fois chantées et rechantées.

Toda a saudade é fingida
A tristeza disfarçada
Parecem já não ter vida
De fado não têm nada.

Des ersatz de saudade
De la tristesse plaquée
Ils n’ont plus rien de vivant
Ils n’ont plus rien du fado.

Esses que tentam viver
Aquilo que outros viveram
Acabam por se perder
No tanto que não fizeram.

Ces chanteurs qui veulent vivre
Ce que d’autres ont vécu
Finissent par se dissoudre
Dans ce qu’ils n’ont jamais fait.

Vampiragem pós-moderna
Da Lisboa dos turistas
Falam da velha taberna
Mas querem ser futuristas.

Vampirisme post-moderne
De la Lisbonne des touristes
Ils chantent la « vieille taverne »
Tout en se disant futuristes.
Duarte Coxo.
Covers
.
Duarte Coxo.
Covers
, traduit de : Covers par L. & L.

Hermínia Silva (1907-1993) | Velha tendinha. José Galhardo, paroles ; Raúl Ferrão, musique.
Hermínia Silva, chant ; accompagnement instrumental.
Portugal, 1936.

Il Maggio del 1968

28 avril 2018

In memoria del Maggio Francese e di tutti i giovani che hanno creduto e continuato a credere nei valori del ’68.
R. M. Giordi. Gare de Lyon (2018).

………

En souvenir du mai français et de tous les jeunes qui ont cru et continuent à croire aux valeurs de 68.

Roberto Michelangelo Giordi | Gare de Lyon. Roberto Michelangelo Giordi, texte.
Roberto Michelangelo Giordi, récitant.
Vidéo : Roberto Michelangelo Giordi, réalisation ; Gilbert Normand, sous-titres français. 2018.

Soli nel mezzo del mondo

19 février 2018

Ormai siamo soli nel mezzo del mondo
Qualcosa divide la gente da noi
Ma quello che conta è non essere soli
Quello che conta è che tu sei con me
Luciano Salce (1922-1989). Quello che conta.

………

Nous voici seuls au beau milieu du monde
Quelque chose sépare les autres de nous
Mais ce qui compte, c’est d’être ensemble
Ce qui compte, c’est que tu sois avec moi.

Montpellier (Occitanie, France), 18 février 2018

Nous avons décidé de quitter le chaudron du monde et de nous établir en dehors de lui.

Nous partons.

Montpellier (Occitanie, France), esplanade du Peyrou, 18 février 2018

Nous parcourons une très longue distance, celle nécessaire pour parvenir à la frontière du monde.

Au-delà plus de route. De la végétation de savane ; des lianes.

Montpellier (Occitanie, France), Jardin des plantes, 18 février 2018 Montpellier (Occitanie, France), Jardin des plantes, 18 février 2018

Le monde est désormais quitté.

Montpellier (Occitanie, France), Jardin des plantes, 18 février 2018

Nous rencontrons d’anciens canaux, sur lesquels empiète une végétation partout souveraine, à les étouffer. Des traces de civilisations révolues, intactes, surgissent comme des plantes pétrifiées épargnées par le lacis végétal, mêlées à lui.

Montpellier (Occitanie, France), Jardin des plantes, 18 février 2018 Montpellier (Occitanie, France), Jardin des plantes, 18 février 2018

Tandis que nous étions à la recherche du lieu où fonder la nouvelle demeure, un chat est venu vers nous. Il nous a dit avoir quitté le chaudron du monde et se nommer Adelphe.

Nous construisons le domicile, circulaire, conformément au plan élaboré par Adelphe. Pour trois c’est le mieux, dit-il.

Montpellier (Occitanie, France), Jardin des plantes, 18 février 2018 Montpellier (Occitanie, France), Jardin des plantes, 18 février 2018

Ensemble nous faisons de longues promenades.

Montpellier (Occitanie, France), Jardin des plantes, 18 février 2018 Montpellier (Occitanie, France), Jardin des plantes, 18 février 2018

Parfois, sans y prendre garde, nous nous sommes approchés du chaudron du monde. Nous en apercevons les avant-postes. À peine en retrait des confins se tiennent les ambassades. Elles nous regardent.

Montpellier (Occitanie, France), Jardin des plantes, 18 février 2018

Les ambassadeurs cherchent à établir le contact avec nous, nous le savons.

Nous en éconduisons les estafettes, quand bien mêmes elles sont porteuses de présents.

Montpellier (Occitanie, France), Jardin des plantes, 18 février 2018

Nous avons disposé des avis à leur intention.

Montpellier (Occitanie, France), Jardin des plantes, 18 février 2018

Adelphe ne nous accompagne pas toujours dans nos longues marches. À notre retour, nous le trouvons méditant sous le pommier du Japon.

Montpellier (Occitanie, France), Jardin des plantes, 18 février 2018

Il nous a préparé une collation d’écrevisses et de jus d’airelle.

 

Luigi Tenco (1938-1967) | Quello che conta. Luciano Salce, paroles ; Ennio Morricone, musique.
Luigi Tenco, chant ; orchestre dirigé par Ennio Morricone.
La musique, d’Ennio Morricone, a été composée pour le film La Cuccagna (Luciano Salce, réalisateur, 1962), dans lequel Luigi Tenco interprète le rôle de Giuliano.
Italie, 1962.

Ormai siamo soli nel mezzo del mondo
Qualcosa divide la gente da noi
Ma quello che conta è non essere soli
Quello che conta è che tu sei con me
Nous voici seuls au beau milieu du monde
Quelque chose sépare les autres de nous
Mais ce qui compte, c’est d’être ensemble
Ce qui compte, c’est que tu sois avec moi.
Adesso che il fumo cancella l’estate
E il grigio ritorna scendendo su noi
La lunga vacanza si chiude per sempre
Pure qualcosa di noi resterà
À présent que l’été se perd dans les fumées
Que la grisaille descend à nouveau sur nous
Les longues vacances se referment à jamais
Pourtant quelque chose de nous restera.

No non parlare più,
guarda la strada e va’
Io sono qui con te, tu sei con me

Non, ne dis plus rien,
regarde la route, marchons
Je suis avec toi, tu es avec moi.

Adesso che il fumo cancella l’estate
E il grigio ritorna scendendo su noi
La lunga vacanza si chiude per sempre
Pure qualcosa di noi resterà

À présent que l’été se perd dans les fumées
Que la grisaille descend à nouveau sur nous
Les longues vacances se referment à jamais
Pourtant quelque chose de nous restera.
Luciano Salce (1922-1989).
Quello che conta
(1962).
Luciano Salce (1922-1989).
Ce qui compte
, traduit de : Quello che conta (1962) par L. & L.

Argentina Santos | Naquela noite em Janeiro

6 février 2018

Aujourd’hui, 6 février, Argentina Santos a 92 ans.

Elle n’est plus en activité.

L’une des plus grandes voix du fado n’aura laissé que peu d’enregistrements sonores — et quelques témoignages vidéo, captés sur le tard. Elle déploie dans ce Fado Acácio (du nom de son compositeur Acácio Gomes) sa science incomparable, stupéfiante, de l’ornementation, comme si l’agilité de son chant jouait avec la virtuosité des guitares portugaises qui l’accompagnent.

Argentina Santos | Naquela noite em Janeiro. Francisco Ribeirinho, paroles ; Acácio Gomes, musique (Fado Acácio).
Argentina Santos, chant ; Armandino Maia, João Alberto, guitares portugaises ; José Maria de Carvalho, guitare ; Pedro Machado, basse acoustique.
Portugal, 1978.

Naquela noite em Janeiro
A subirmos a minha escada
Quando desceste era dia
Bem sabes, foste o primeiro
Que aquela porta fechada
Abriu à minha alegria
Ce soir-là de janvier
Nous avons gravi mon escalier
Tu ne l’as descendu qu’au matin
Tu le sais, tu étais le premier
À ouvrir à mon bonheur
Cette porte toujours fermée
Passavam meses, depois
Com medo que te prendesses
Quiseste sair à rua
Mas nós subimos os dois
E eu roguei que não descesses
A escada que era só tua
Mais le temps passant,
Tu avais peur de t’attacher
Si tu ne sortais pas de chez moi
Mais nous sommes montés ensemble
Et je t’ai supplié de ne pas descendre
Cet escalier que tu es seul à connaître

Passei um tempo sem lume
Com sede dos teus abraços
E fome do teu carinho
Entrava em casa o ciúme
Quando na escada os teus passos
Subiam devagarinho

Puis tu m’as privée de ta chaleur
J’avais soif de tes bras
Et faim de ta tendresse
La jalousie entrait chez moi
Lorsque tes pas dans l’escalier
Montaient trop lentement

Numa noite à tua espera
Não dormi acompanhada
E o tempo cruel passou
Se te lembrares quem eu era
Não subas a minha escada
Que a porta já se fechou

Une nuit je t’ai attendu
Mais tu n’es pas venu
Et le temps cruel a passé
Si un jour tu te souviens de moi
Ne monte pas mon escalier
Car ma porte s’est refermée
Francisco Ribeirinho.
Naquela noite em Janeiro
.
Francisco Ribeirinho.
Ce soir-là de janvier
, traduit de : Naquela noite em Janeiro par L. & L.

Lula Pena est à Toulouse demain mardi 23

22 janvier 2018

Voir aussi :

et tous les articles consacrés à Lula Pena sur ce site

Concerts en France :
Toulouse, mardi 22 janvier, Salle Nougaro
Morlaix, samedi 27 janvier, Le Roudour
Paris, mardi 30 janvier, Festival Au fil des voix, L’Alhambra.

Voici que Lula Pena revient à Toulouse demain mardi, Salle Nougaro. Elle dont la voix absolument singulière, secondée par sa guitare qu’elle tient comme un prolongement d’elle-même, s’écoule sans écarts de conduite, sans pathos, sans cri, sans souligner aucun mot des textes qu’elle choisit, mais témoigne sans relâche des plaintes du monde.

Portugaise, on reconnaît en elle la gravité du fado. Elle aime sa langue, elle aime les langues en général et chante ou déclame avec gourmandise le portugais de Lisbonne comme celui du Cap-Vert ou de Rio, le français, le grec, l’espagnol d’Atahualpa Yupanqui ou de Violetta Parra, l’anglais, le sarde ou autres. Il y a tant à dire sur elle… Elle est unique.

La voici dans une captation déjà ancienne, antérieure même à la parution de son génial album Troubadour (2010). Elle y interprète une œuvre du sambista Cartola (1908-1980).

Lula Pena & Richard Galliano | Rolam nos meus olhos. Cartola, paroles & musique.
Lula Pena, chant, guitare; Richard Galliano, accordéon.
Captation : Lisbonne, château Saint-Georges (Castelo de São Jorge), à l’occasion de la Festa do Fado, juin 2008.

Rolam nos meus olhos
Lágrimas sentidas
Somente em saber
Que te perdi por toda a vida
Nem ajoelhada te darei perdão
Só porque você
Magoou meu coração

Desde o dia em que partiste
A saudade morou em meu peito
Eu já procurei alguém
Mas não há jeito
Coração, o que é que esperas
De um amor tão desleal?
Não tás vendo coração, ela partiu
Causando tanto mal?
Cartola (1908-1980). Rolam nos meus olhos.

Dans mes yeux roulent
Des larmes amères
Quand je me rends compte
Que je t’ai perdue à jamais.
Tu peux te traîner à mes pieds
Je ne te pardonnerai pas
Car tu as meurtri mon cœur.

Depuis que tu es partie
La tristesse habite en moi.
J’ai voulu te remplacer
Mais c’est impossible.
Mon cœur qu’est-ce que tu attends
D’un amour aussi perfide ?
Tu ne vois donc pas
Le mal qu’elle t’a fait en te laissant ?
Cartola (1908-1980).Dans mes yeux roulent des larmes amères, traduit de : Rolam nos meus olhos par L. & L..

Rolam nos meus olhos est une œuvre posthume de Cartola, publiée pour la première fois dans un album de 1984, Cartola entre amigos, où elle est interprétée par sa fille Creusa. Voici :

Creusa | Rolam nos meus olhos. Cartola, paroles & musique.
Creusa, chant ; João de Aquino, arrangements. Enregistrement : Brésil, 1983.
Extrait de l’album Cartola entre amigos, Brésil, 1984.

Matilde Politi | Cumari

26 décembre 2017

Si fussi masculu ti dassi lu celu
piccchì la tò vuci arrivau dda’ ncapu
puru si dura ti parsi la strata
cu’ pani arti e scarsa munita

Si fussi megghiu cantassi cu ttia
picchì si fimmina comu a mia
stindissi i tò nerbi comu linzola
p’un fari scurdariti ca’ parola,
avi la forza di centu guerriera
di centu guerrera e di na’ cumannera
ca s’iddu voli ti parra ‘nzuccarata
pirchì di zuccaru avi a’ taliata
Valeria Cimò. Cumari (extrait).

Si j’étais homme je te donnerais le ciel
Car ta voix est montée jusque là-haut
Même si la route t’a été dure
Avec du pain, de l’art et un peu de monnaie.

Si j’étais meilleure je chanterais avec toi
Parce que tu es femme comme moi
J’étendrais tes nerfs comme des draps
Pour que tu n’oublies pas que la parole
Est forte comme cent guerriers
Comme cent guerriers et une commandante
Mais qu’elle peut aussi être douce
Car tes yeux sont de sucre.

C’est la langue sicilienne. Matilde Politi est palermitaine. Cumari (« compagne ») est chanté sur une musique de tarentelle composée par Matilde Politi elle-même.

Matilde Politi | Cumari. Valeria Cimò, paroles ; Matilde Politi, musique.
Matilde Politi, chant, concertina ; Gabriele Politi, violon ; Simona Di Gregorio ; Lelio Giannetto, contrebasse ; Lajos Zsivkov, percussions.
Vidéo : Joel Stängle, réalisation. Scillichenti Films, 2010 (mise en ligne).

On trouvera sur cette page le texte sicilien complet avec sa traduction italienne.

 

Laponie aller-retour

25 décembre 2017

Vous y croyez vous, au Père Noël ?

Moi non. Je n’y ai jamais cru, même enfant, même bébé, jamais, et je considérais les gamins qui y croyaient comme des attardés mentaux. Lorsque certains d’entre eux découvraient avec stupeur qu’on leur avait menti au sujet du Père Noël, qu’on leur mentait depuis toujours, tout le monde, je me moquais d’eux, quand bien même ils éprouvaient leur première déchirure intime.

Le Père Noël est établi en Laponie. L’été il se nourrit d’airelles (c’est pourquoi son vêtement est rouge). Il se languit de Paris (« Paari », c’est ainsi qu’il l’écrit, car nul, dans la grande steppe lapone, ne connaît la langue de cette ville et ne peut la lui enseigner). Il joue de l’accordéon durant la longue journée boréale : un accordéon qu’il a oublié de remettre à sa récipiendaire la nuit de Noël 1963.

Oublié peut-être pas, d’ailleurs. Omis serait plus juste.

Meri-Tuuli Saarnio | Bastille. Meri-Tuuli Saarnio, musique.
Meri-Tuuli Saarnio, accordéon ; Timo Alakotila, piano ; Antti Vuori, saxophone ténor. Extrait de l’album Nieve / Meri-Tuuli Saarnio, Finlande : Bests Oy, 2011.
Vidéo : Lapland timelapses, réalisation Antti Vuori, 2012 (mise en ligne).