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Madame tient à voir si elle va tomber de la scène ?

24 mars 2020

Carlos Gonçalves (1938-2020)Lágrima. Carlos Gonçalves, musique.
Carlos Gonçalves, guitare portugaise ; Lelo Nogueira, guitare classique.
Enregistrement : studio Valentim de Carvalho (Paço de Arcos, Portugal).
Première publication : album A essência da guitarra portuguesa. Portugal : Companhia Nacional de Música, 2004.

On a appris hier la mort de Carlos Gonçalves, à l’âge de 81 ans.

Dévoué à Amália Rodrigues qu’il a accompagné à la guitare portugaise à partir de la fin des années 1960, il était devenu le principal compositeur de la fadiste dans la dernière partie de sa carrière, une fois que sa collaboration avec Alain Oulman s’était distendue du fait de l’éloignement géographique, elle à Lisbonne, lui à Paris. Il est de ce fait le compositeur de la voix vieillie d’Amália, cette voix de plus en plus limitée dans son émission, dans sa justesse même. Or c’est toujours avec un respect absolu pour sa fadiste de prédilection, avec même un amour teinté de tendresse et d’une grande simplicité, qu’il a composé pour elle, en tenant compte des contraintes imposées par l’évolution de sa voix, des musiques qui sont parfois d’une très grande beauté. Les plus justement célèbres sont Lágrima et Grito en 1983, sur des textes d’Amália Rodrigues elle-même. On lui doit aussi le déchirant Faz-me pena de la fin, juste avant que le rideau ne tombe définitivement sur la carrière et la vie de cette femme hors du commun.

Leurs rapports étaient, semble-t-il, amicaux et complices. Une de leurs amies communes, Valéria Mendez, fadiste elle-même, relatait en février 2017 cette anecdote sur son compte Facebook :

Tinham ambos forte personalidade e chegava a ser divertida a forma como se comportavam em cena. Amália tinha a mania de se aproximar demasiado da beira do palco, e Carlos Gonçalves, muitas vezes dizia-lhe baixinho para chegar-se mais atrás. Amália olhava de soslaio para ele, e com um ar contrariado soltava um « aiiii »… E o Carlos insistia. Amália obedecia e dava um passo atrás […]. Depois, no camarim, era mais um chorrilho de repreensões: « A Senhora quer mesmo ver se cai pelo palco abaixo! ». E Amália displicente: « Oh Carlos, então eu não estava a ver? »
Valéria Mendez, sur son compte Facebook, 16 février 2017.

Ils avaient tous les deux une forte personnalité et leur comportement sur scène était parfois assez drôle. Amália avait la manie de s’approcher trop près du bord du plateau, et Carlos Gonçalves lui disait souvent à voix basse de se reculer. Amália le regardait de biais et lui adressait un « aiiii » contrarié. Mais Carlos insistait. Amália obtempérait et reculait d’un pas […]. Après, dans la loge, c’était une cascade de récriminations : « Apparemment, Madame tient à tout prix à voir si elle va tomber du plateau ! » Et Amália, avec légèreté : « Mais enfin Carlos, comme si je ne voyais pas ! »

Voici un extrait du dernier album studio d’Amália Rodrigues, Obsessão (« Obsession »), publié en 1990 et dont sept des douze morceaux sont des compositions de Carlos Gonçalves : Flor do verde pinho (« Fleur du pin vert »), sur un poème de Afonso Lopes Vieira (1878-1946). La musique n’a rien d’un fado : on l’imaginerait accompagnée au piano plutôt que par un ensemble de guitares.

Amália Rodrigues (1920-1999)Flor de verde pinho. Afonso Lopes Vieira, paroles ; Carlos Gonçalves, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Carlos Gonçalves & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Jorge Fernando, guitare classique ; Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : studio Valentim de Carvalho (Paço de Arcos, Portugal).
Première publication : album Obsessão. Portugal : Edições Valentim de Carvalho, 1990.


Ó meu jardim de saudades,
Verde catedral marinha,
E cuja reza caminha
Pelas reboantes naves…

Ô mon jardin de saudades,
Verte cathédrale marine,
Dont le prière chemine
Dans le tintamarre des navires…

Ai flores do verde pinho,
Dizei que novas sabedes
Da minha alma, cujas sedes
Ma perderam no caminho!

Ah, fleurs du pin vert,
Dites quelles nouvelles vous avez
De mon âme que ses désirs
Ont perdue en chemin.

Revejo-te e venho exangue;
Acolhe-me com piedade,
Longo jardim da saudade
Que me puseste no sangue.

Je te revois, je viens exsangue,
Accueille-moi, aie pitié,
Long jardin, de la saudade
Que tu m’as mise dans le sang.

Ai flores do verde ramo,
Dizei que novas sabedes
Da minha alma, cujas sedes
Ma alongaram do que eu amo!

Ah, fleurs du vert rameau,
Dites quelles nouvelles vous avez
De mon âme que ses désirs
Ont éloignée de ce que j’aime.

– A tua alma em mim existe,
E anda no aroma das flores,
Que te falam dos amores
De tudo o que é lindo e triste.

– Ton âme en moi existe,
Elle est dans l’arôme des fleurs
Qui te parlent des amours
De tout ce qui est beau et triste.

A tua alma, com carinho,
Eu guardo-a, e deito-a, a cantar,
Das flores do verde pinho
– Àquelas ondas do mar.

Ton âme, avec tendresse,
Je la garde et je l’étends, en chantant,
Des fleurs du pin vert
Jusqu’aux vagues de la mer.
Afonso Lopes Vieira (1878-1946). Flores do verde pinho, dans : País lilás, desterro azul (1922).
.
Afonso Lopes Vieira (1878-1946). Fleurs du pin vert, traduit de : Flores do verde pinho, dans : País lilás, desterro azul [Pays lilas, exil azur] (1922) par L. & L.

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