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Romanza di Liolà • Pirandello, Piovani

26 avril 2020

C’est une chanson dont je ne connais pas très bien l’histoire, du moins celle de la version reproduite ici. Nicola Piovani, pianiste, compositeur de très nombreuses musiques de film pour les plus grands cinéastes italiens, compositeur pour le théâtre aussi, en revendique la musique. Quant au texte, il est attribué à l’écrivain sicilien Luigi Pirandello (1867-1936), mais ce qui est chanté ne correspond pas mot pour mot au texte de la pièce Liolà dont il est sensé être extrait.

Liolà, « comédie champêtre en trois actes » est une pièce écrite par Pirandello dans le dialecte sicilien d’Agrigente, représentée pour la première fois en 1916 (l’auteur lui-même en a produit une version italienne une dizaine d’années plus tard). Le héros en est Neli Schillaci, dit Liolà, personnage insouciant, aimant la nature, le monde, l’amour, prompt à s’exprimer en chantant (les passages chantés sont indiqués dans le texte, sans qu’aucune musique soit notée).

La « romance » de Liolà est chantée dans cet enregistrement, réalisé à l’initiative de Nicola Piovani et dirigé par lui, par le ténor Vittorio Grigolo.

Nicola PiovaniRomanza di Liolà. Luigi Pirandello, paroles ; Nicola Piovani, musique.
Vittorio Grigolo, chant ; Brescia Orchestra, Nicola Piovani, direction.
Extrait de l’album Piovani Cantabile. Italie, ℗ 2013.

On trouvera ci-dessous la version la plus proche du texte de la chanson que j’aie pu trouver, suivie de l’extrait de la pièce de Pirandello, le tout accompagné d’un essai de traduction française.


D’un regnu di biddizzi e di valuri
avi a èssiri ô meno la riggina,
chidda chi mm’avi a vvinciri d’amuri
chidda chi mm’avi a vvinciri lu cori,
chidda chi mm’avi a mettiri a ccatina.

D’un royaume de beauté et de valeur
Il faudra au moins qu’elle soit la reine
Celle qui me vaincra d’amour
Celle qui conquerra mon cœur
Celle qui m’enchaînera.

Haju pi ciriveddu un firrialoru:
lu ventu sciuscia e mi lu fa girari.
cu mmia lu munnu gira tutt’a ccoru,
e nun cc’è vversu ca si po’ firmari
e nun cc’è vversu ca si po’ firmari.

J’ai pour cervelle une crécelle :
Un souffle du vent me la fait tourner.
Et avec moi tourne le monde entier,
Aucun ordre ne peut l’arrêter
Aucun ordre ne peut l’arrêter.

L’amuri havi quattru’arvuli hhiurati,
unu d’aranciu, n’autru di lumia,
n’autri di gersumini spampanati,
n’autru la rama di la gilusia
chi fa l’amanti tutti disperati.

L’amour a quatre arbres fleuris
Un d’oranges, un autre de citrons,
Un autre de jasmins épanouis,
Un autre est le rameau de la jalousie
Qui remplit l’amant de désespoir.
Luigi Pirandello (1867-1936). Romanza di Liolà.
Source : L’amore: dalle serenate alle emoji su Whatsapp – X edizione “Volalibro”, dans : Il Primato Netino, 16 mars 2018..
Luigi Pirandello (1867-1936). Romanza di Liolà. Essai de traduction L. & L.


Liolà:
[…]
D’un regnu di biddizzi e di valuri
avi a èsseri ô meno a riggina,
chidda chi mm’avi a vvinciri d’amuri,
chidda chi mm’avi a mèttiri a ccatina.

Liolà:
[…]
D’un royaume de beauté et de valeur
Il faudra au moins qu’elle soit la reine
Celle qui me vaincra d’amour
Celle qui m’enchaînera.

[…]

Liolà:
Haju pi ciriveddu un firrialoru:
sciuscia lu ventu e mi lu fa girari.
Gira cu mmia lu munnu tutt’a ccoru,
e nun cc’è vversu ca si po’ firmari.


[…]

Liolà:
J’ai pour cervelle une crécelle,
Un souffle du vent me la fait tourner.
Et avec moi tourne le monde entier,
Aucun ordre ne peut l’arrêter.


[…]

Oggi pi ttìa ti dicu ca nni moru,
ma tu dumani cchiù nun m’aspittari.
Haju pi ciriveddu un firrialoru,
sciuscia lu ventu e mi lu fa girari.


[…]

Aujourd’hui pour toi je dis que je meurs,
Mais toi demain, ne m’attends plus.
J’ai pour cervelle une crécelle,
Un souffle du vent me la fait tourner.

Luigi Pirandello (1867-1936). Liolà (version sicilienne, 1916), premier acte. Source : PirandelloWeb. Luigi Pirandello (1867-1936). Liolà (version sicilienne, 1916), premier acte. Essai de traduction L. & L.

25 Aprile

25 avril 2020

Il y a plusieurs 25 avril : le Dia da Liberdade commémorant la Révolution des œillets au Portugal et la Festa della Liberazione, anniversaire de la Libération de l’Italie en 1945.

Si au Portugal on chante à cette occasion Grândola, vila morena, la chanson-emblème du 25 avril italien est bien entendu la célèbre Bella ciao, que voici en deux versions, toutes deux présentes dans un album-culte pour la chanson traditionnelle italienne : Bella ciao par Il Nuovo Canzoniere Italiano (publié en France par Harmonia Mundi sous le titre Italie / Bella Ciao : chansons du peuple en Italie), qu’il faut absolument connaître.

La première version, dite delle mondine (les « mondine » étaient les travailleuses du riz dans la plaine du Pô) est interprétée par la voix bouleversante de la grande Giovanna Daffini (1914-1969). Dans l’album elle s’enchaîne à la version des partisans, le début de celle-ci recouvrant la fin de la version des « mondine ». Malheureusement, le découpage retenu sur Youtube scinde les deux versions en deux séquences distinctes, interrompant brutalement la première.

Il Nuovo Canzoniere ItalianoBella ciao (versione delle mondine). Auteur & compositeur inconnus.
Giovanna Daffini, chant ; Gaspare De Lama, guitare.
Extrait de l’album Bella ciao / Il Nuovo Canzoniere Italiano, direction Roberto Leydi & Filippo Crivelli. Italie, 1965.

La seconde est celle dite « des partisans ». C’est la plus connue. Comme indiqué plus haut, elle est sur l’album enchaînée à la version des « mondine ».

Il Nuovo Canzoniere ItalianoBella ciao (versione partigiana). Auteur & compositeur inconnus.
Il Nuovo Canzoniere Italiano, ensemble instrumental et vocal.
Extrait de l’album Bella ciao / Il Nuovo Canzoniere Italiano, direction Roberto Leydi & Filippo Crivelli. Italie, 1965.

Bon 25 avril !

« Grândola, vila morena » confinée

22 avril 2020

Manifestation du 25 avril 2016, Lisbonne
Manifestation du 25 avril 2016, Lisbonne, par Bloco de Esquerda sur Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

Le 25 avril, jour anniversaire de la Révolution des œillets de 1974, est férié au Portugal. C’est le Dia da liberdade, le « Jour de la liberté ». Mais comment le célébrer en temps de confinement généralisé ?

Le Portugal est loin d’être le pays européen le plus touché par l’épidémie. Cependant, lorsque le Parlement (à majorité PS, centre gauche) s’est prononcé récemment pour tenir comme à l’accoutumée sa session solennelle de commémoration du 25 avril, quoique en présence d’un nombre de parlementaires et d’invités considérablement réduit – « distanciation sociale » oblige –, le pays s’est enflammé. Comment ? Alors que le péquin moyen est confiné, les parlementaires s’offriraient le luxe d’une cérémonie à la Chambre ? Et les pétitions de fleurir, les prises de position de s’élever, plus tonitruantes les unes que les autres. La droite est outrée, mais on se dispute même au sein des formations de gauche. Manuel Alegre, dont il a été question ici même dans un récent billet, défend la décision du Parlement et a lancé avec d’autres une pétition en faveur de la cérémonie, argüant que « la démocratie n’est pas et ne peut pas être suspendue ». João Soares (PS, fils de Mário Soares), ancien ministre de la culture, ancien maire de Lisbonne, ancien parlementaire, défend la position inverse ; il demande au Parlement de revenir sur sa décision et suggère aux parlementaires (de même qu’à la population) de se mettre à la fenêtre de leur domicile le 25 avril à 15 heures pour entonner Grândola, vila morena ainsi que l’hymne national.

Que le Parlement portugais maintienne sa décision ou non, voici de quoi se mettre en fenêtre, samedi 25 avril à 15 heures, pour chanter Grândola si on le désire.


José Afonso (1929-1987)Grândola, vila morena. José Afonso, paroles & musique.
José Afonso, chant ; José Mário Branco, Carlos Correia, Francisco Fanhais, chœurs. Enregistrement : Hérouville (France), Strawberry studio, du 11 octobre au 4 novembre 1971.
Première publication : album Cantigas do Maio / José Afonso. Portugal, 1971.


Grândola, vila morena
Terra da fraternidade
O povo é quem mais ordena
Dentro de ti, ó cidade

Grândola, bourgade brune,
Terre de la fraternité.
C’est le peuple qui décide
En ton sein, ô ville !

Dentro de ti, ó cidade
O povo é quem mais ordena
Terra da fraternidade
Grândola, vila morena

En ton sein, ô ville,
C’est le peuple qui décide !
Terre de la fraternité,
Grândola, bourgade brune.

Em cada esquina um amigo
Em cada rosto igualdade
Grândola, vila morena
Terra da fraternidade

À chaque coin de rue un ami,
Sur chaque visage l’égalité
Grândola, bourgade brune,
Terre de la fraternité.

Terra da fraternidade
Grândola, vila morena
Em cada rosto igualdade
O povo é quem mais ordena

Terre de la fraternité,
Grândola, bourgade brune.
Sur chaque visage l’égalité,
C’est le peuple qui décide.

À sombra duma azinheira
Que já não sabia a idade
Jurei ter por companheira
Grândola a tua vontade

À l’ombre d’un chêne vert
Qui ne connaissait plus son âge
J’ai juré de prendre pour compagne,
Grândola, ta volonté.

Grândola a tua vontade
Jurei ter por companheira
À sombra duma azinheira
Que já não sabia a idade

Grândola, ta volonté
J’ai juré de prendre pour compagne
À l’ombre d’un chêne vert
Qui ne connaissait plus son âge.
José Afonso (1929-1987). Grândola, vila morena (1971). José Afonso (1929-1987). Grândola, bourgade brune, traduit de : Grândola, vila morena (1971) par L. & L.

Comme chacun sait, le MFA (Movimento das forças armadas, en français Mouvement des forces armées), moteur du coup d’état, avait retenu comme signal pour le lancement de celui-ci la diffusion à la radio de Grândola, vila morena, la chanson de José Afonso enregistrée en 1971, interdite par le régime. Le 24, avant minuit, le poste de commandement clandestin devait donner un premier signal en faisant diffuser, sur une radio locale de Lisbonne, une chanson passe-partout de sorte à ne pas attirer l’attention des autorités (le titre convenu était E depois do adeus, avec lequel le chanteur de variétés Paulo de Carvalho avait remporté le Festival da canção en mars et représenté le Portugal au Concours Eurovision de la chanson moins de trois semaines auparavant). Cette diffusion, qui intervient effectivement à 22h55, avertit les insurgés de se préparer et de se tenir à l’écoute de Rádio Renascença – une radio catholique – pour le véritable signal invitant à déclencher l’insurrection. À 0h20, le 25 avril, se fait entendre sur les ondes Grândola, vila morena. On connaît la suite.

En revanche, qui connaît E depois do adeus (« Et après l’adieu ») – qui, après tout, peut elle aussi se prévaloir d’avoir joué un rôle dans l’avènement de la démocratie au Portugal ? N’a-t-elle pas droit, pour assez vilaine qu’elle soit, à un peu de gloire ?


Paulo de CarvalhoE depois do Adeus. José Niza, paroles ; José Calvário, musique.
Paulo de Carvalho, chant ; accompagnement d’orchestre ; José Calvário, direction & arrangements.
Vidéo : extrait de l’émission Festival RTP da Canção 1974. Captation : Lisbonne (Portugal), Teatro Maria Matos, 7 mars 1974. Présentation : Glória de Matos & Artur Agostinho. Production : Rádio e Televisão de Portugal (RTP). Portugal, 1974.

D’autres trains

18 avril 2020

Ces « autres trains » sont ceux de l’exil, de l’incertitude, de la souffrance ou de la mort. Quatre voix, provenant d’Italie, du Chili, d’Angleterre et de France.

Sommaire

  1. Sergio Endrigo. Il treno che viene dal Sud
  2. Violetta Parra. Run Run se fué pa’l Norte
  3. Sandy Denny. 3.10 to Yuma
  4. Les Rita Mitsouko. Le petit train

Sergio Endrigo. Il treno che viene dal Sud

« Le train qui vient du Sud » (Il treno che viene dal Sud, 1968) est celui de l’exil intérieur en Italie. Sergio Endrigo (1933-2005), auteur-compositeur interprète souvent rapproché de « l’école de Gênes » que dominait la figure de Fabrizio De André (1940-1999), pouvait écrire des textes très directs comme celui-ci – dont le venin est délivré avec les derniers vers –, qu’il chantait généralement sur des musiques très lyriques et des arrangements typiques de la variété italienne de l’époque.

Sergio Endrigo (1933-2005)Il treno che viene dal Sud. Sergio Endrigo, paroles & musique.
Sergio Endrigo, chant ; accompagnement d’orchestre ; Giancarlo Chiaramello, direction.
Première publication : album Endrigo / Sergio Endrigo. Italie, 1968.


Il treno che viene dal sud
Non porta soltanto Marie
Con le labbra di corallo
E gli occhi grandi così
Porta gente, gente nata tra gli ulivi
Porta gente che va a scordare il sole
Ma è caldo il pane
Lassù nel nord


Du train qui vient du Sud
Ne descendent pas que des Maria
Aux lèvres de corail
Et aux grands yeux
Il en descend des gens nés parmi les oliviers
Des gens qui vont oublier le soleil
Mais il est chaud le pain
Là-haut dans le Nord.


Nel treno che viene dal sud
Sudore e mille valigie
Occhi neri di gelosia
Arrivederci Maria
Senza amore è più dura la fatica
Ma la notte è un sogno sempre uguale
Avrò un casa
Per te per me


Dans le train qui vient du Sud,
De la sueur et des valises,
Des yeux noirs de jalousie.
Au revoir Maria
Sans amour la vie est plus dure
Mais la nuit est un rêve, toujours le même
J’aurai une maison
Pour toi et pour moi.


Dal treno che viene dal sud
Discendono uomini cupi
Che hanno in tasca la speranza
Ma in cuore sentono che
Questa nuova questa bella società
Questa nuova grande società
Non si farà
Non si farà


Du train qui vient du Sud
Descendent des hommes sombres
Qui ont l’espoir en poche
Mais dont le cœur sent bien que
Cette nouvelle, cette belle société,
Cette nouvelle grande société
Ne se fera pas,
Ne se fera pas.

Sergio Endrigo (1933-2005). Il treno che viene dal Sud (1984). Sergio Endrigo (1933-2005). Le train qui vient du Sud, traduit de : Il treno che viene dal Sud (1984) par L. & L.

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Violetta Parra. Run Run se fué pa’l Norte

Run Run se fué pa’l Norte (« Run Run est parti pour le Nord »), de l’autrice-compositrice-interprète chilienne Violeta Parra (1917-1967), dont on connaît notamment Gracias a la vida, Volver a los 17, etc., évoque une rupture amoureuse. « Run Run » fait probablement référence au musicien d’origine suisse Gilbert Favre, longtemps son compagnon, qui la quitte pour s’établir en Bolivie en 1966. L’enregistrement de cette chanson figure sur son dernier album studio, Las últimas composiciones, enregistré et publié en 1966, quelques mois avant qu’elle ne se suicide.

Violeta Parra (1917-1967)Run Run se fué pa’l Norte. Violeta Parra, paroles & musique.
Violeta Parra Sandoval, chant & charango ; accompagnement d’orchestre.
Première publication : album Las últimas composiciones / Violeta Parra. Chili, 1966.


En un carro de olvido antes del aclarar,
de una estación del tiempo decidido a rodar
Run Run se fue pa´l norte, no sé cuándo vendrá
vendrá para el cumpleaños de nuestra soledad.
A los tres días carta con letras de coral,
me dice que su viaje se alarga más y más,
se va de Antofagasta sin dar una señal
y cuenta una aventura que paso a deletrear.
Ay, ay, ay, de mí.


Avant le lever du jour, à bord d’un train d’oubli
Pris dans une gare du temps, décidé à aller au hasard,
Run Run est parti pour le Nord ; j’ignore quand il reviendra.
Il reviendra pour l’anniversaire de notre solitude.
Au bout de trois jours une lettre à l’écriture corail
M’apprend que son voyage s’allonge de plus en plus,
Il quitte Antofagasta sans laisser de traces,
Et raconte une aventure que j’essaie de déchiffrer.
Pauvre, pauvre, pauvre de moi !


Al medio de un gentío que tuvo que afrontar
un transbordo por culpa del último huracán,
en un puente quebrado cerca de Vallenar,
con una cruz al hombro Run Run debió cruzar.
Run Run siguió su viaje, llegó al tamarugal
sentado en una piedra se puso a divagar,
que sí, que esto, que lo otro, que nunca, que además,
que la vida es mentira, que la muerte es verdad.
Ay, ay, ay, de mí.


Au milieu d’une foule qu’il lui a fallu affronter,
Il a dû descendre du train à cause du dernier ouragan,
Sur un pont endommagé près de Vallenar,
Avec une croix sur le dos, Run Run a dû traverser.
Run Run a poursuivi son voyage, il est arrivé au Tamarugal.
Assis sur une pierre il s’est mis à divaguer
Que oui, que ceci, que cela, que jamais, que d’ailleurs,
Que la vie est mensonge, que la mort est vérité.
Pauvre, pauvre, pauvre de moi !


La cosa es que una alforja se puso a trajinar
sacó papel y tinta y un recuerdo quizás
sin pena ni alegría, sin gloria ni piedad,
sin rabia ni amargura, sin hiel ni libertad,
vacía como el hueco del mundo terrenal,
Run Run mandó su carta por mandarla no más.
Run Run se fue pa´l norte, yo me quedé en el sur,
al medio hay un abismo sin música ni luz.
Ay, ay, ay, de mí.


Et voilà qu’il s’est mis à trimbaler une sacoche,
Il a sorti encre et papier et peut-être un souvenir ;
Sans tristesse et sans joie, sans gloire ni pitié,
Sans colère ni amertume, sans fiel ni liberté,
Vide comme le vide du monde d’ici-bas,
Run Run a envoyé sa lettre pour ne plus avoir à le faire.
Run Run est parti vers le Nord, moi je suis restée au Sud,
Entre les deux il y a un abîme sans musique ni lumière.
Pauvre, pauvre, pauvre de moi !


El calendario afloja por las ruedas del tren
los números del año sobre el filo del riel
más vueltas dan los fierros, más nubes en el mes,
más largos son los rieles, más agrio es el después.
Run Run se fue pa´l norte qué le vamos a hacer
así es la vida entonces, espinas de Israel
amor crucificado, corona del desdén;
los clavos del martirio, el vinagre y la hiel.
Ay, ay, ay, de mí.


Les roues du train distendent le calendrier
Et sèment sur les rails les jours de l’année.
Chaque tour de roue embrume davantage les mois,
Chaque longueur de rail rend l’avenir plus âpre.
Run Run est parti vers le Nord, qu’est-ce qu’on y peut ?
C’est la vie désormais, épines d’Israel,
Amour crucifié, couronne du mépris ;
Les clous du martyre, le vinaigre et le fiel.
Pauvre, pauvre, pauvre de moi !

Violeta Parra (1917-1967). Run Run se fué pa’l Norte (1966).
Violeta Parra (1917-1967). Run Run est parti pour le Nord, traduit de : Run Run se fué pa’l Norte (1966) par L. & L.

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Sandy Denny. 3.10 to Yuma

Sandy Denny (1947-1978) a été la plus grande voix de la chanson folk britannique des années 1970. C’est à ses débuts, en 1967 puis en 1970, qu’elle a enregistré ce 3.10 to Yuma (« 3h10 pour Yuma »), reprise sur des paroles différentes de la chanson du film éponyme, un western de 1957. Le « 3h10 pour Yuma » est un « train où personne ne monte », sinon un passager, pour son dernier voyage.

Sandy Denny (1947-1978)3.10 to Yuma. Ned Washington, paroles ; George Duning, musique.
Autre version de la chanson originale du film 3:10 to Yuma, Delmer Daves, réalisation. États-Unis, 1957. Titre français : 3h10 pour Yuma.
Sandy Denny, chant, guitare ; David Moses, contrebasse. Enregistrement : Londres (Royaume-Uni), Eros Records Studio, 1967-1969.
Première publication : album It’s Sandy Denny / Sandy Denny. Royaume-Uni, 1970.


There is a lonely train called the 3:10 to Yuma
And it’s the only train left for me to ride on
I’ll catch that lonely train called the 3:10 to Yuma
I’ll get my ticket now for my last time


Il y a un train où personne ne monte, le 3h10 pour Yuma
Et c’est le seul que je puisse prendre encore
Je vais monter dans ce train, le 3h10 pour Yuma,
Je vais prendre mon ticket pour la dernière fois.


They say the life of man is made up of four seasons
And springtime finds him young and planting his grain
And then the summer comes bringing warm rains of reason
And time to reap his crop of heartache and pain


On dit qu’il y a quatre saisons dans une vie d’homme
Le printemps le trouve jeune et semant à tout vent
Puis vient l’été avec ses chaudes averses de raison
Puis le temps où il lui faut récolter sa souffrance et sa douleur.


The winter comes, finds him snow-cropped and laden
He has been humbled now, walking into the rain
But the rains of death never fall from the cloudless skies of Yuma
Time stands still for those on that 3:10 train


Enfin l’hiver le trouve courbé, chargé de neige
La vie l’a rendu humble à force de marcher sous la pluie
Mais les pluies de la mort ne tombent jamais du ciel pur de Yuma
Le temps s’est arrêté pour les passagers du train de 3h10.


There is a lonely train called the 3:10 to Yuma
And it’s the only train left for me to ride on
I’ll catch that lonely train called the 3:10 to Yuma
I’ll get my ticket now for my last time


Il y a un train où personne ne monte, le 3h10 pour Yuma
Et c’est le seul que je puisse prendre encore
Je vais monter dans ce train, le 3h10 pour Yuma,
Je vais prendre mon ticket pour la dernière fois.

Ned Washington (1901-1976). 3:10 to Yuma (1957).
.

Ned Washington (1901-1976). 3h10 pour Yuma, traduit de : 3:10 to Yuma (1957) par L. & L.

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Les Rita Mitsouko. Le petit train

Le petit train des Rita Mitsouko est une forme de pastiche, ou mieux, de détournement, de la chanson de même titre créée en 1952 par André Claveau, qui faisait alors référence à la désaffection des voyageurs pour les petites lignes de chemin de fer en France. Sur une musique identique, dont le rythme de rumba et le caractère enlevé sont encore accentués par rapport à l’original, le « petit train » des Rita Mitsouko représente tous ceux qui ont parcouru l’Europe à destination des camps de la mort nazis. L’un de ces trains a transporté le père de Catherine Ringer, la chanteuse du duo.

Les Rita MitsoukoLe petit train. Catherine Ringer & Fred Chichin, paroles & musique. Inspiré de Le petit train (1952) Marc Fontenoy, paroles & musique.
Les Rita Mitsouko, groupe instrumental et vocal.
Bande son : extrait de l’album Marc et Robert / Les Rita Mitsouko. France, 1988.
Vidéo : Jean Achache, réalisation. France, [1988 ?].

Le petit train
S’en va dans la campagne
Va et vient
Poursuit son chemin
Serpentin
De bois et de ferraille
Rouille et vert de gris
Sous la pluie

Qu’il est beau
Quand le soleil l’enflamme
Au couchant
à travers champs

Les chapeaux
Des paysannes
Ondulent sous le vent
Elles rient
Parfois jusqu’aux larmes
En rêvant à leurs amants

L’avoine est déjà germée
As-tu rentré le blé ?
Cette année les vaches ont fait
Des hectolitres de lait

Petit train
Où t’en vas-tu ?
Train de la mort
Mais que fais-tu ?
Le referas-tu encore ?

Personne ne sait ce qui s’y fait
Personne ne croit
Il faut qu’il voie
Mais moi je suis quand même là

Le petit train
Dans la campagne
Et les enfants ?
Les petit train
Dans la montagne
Les grands-parents
Petit train
Conduis-les aux flammes
à travers champs

Le petit train
S’en va dans la campagne
Va et vient
Poursuit son chemin
Serpentin de bois, de ferraille
Marron et gris
Sous la pluie

Reverra-t-on
Une autre fois
Passer des trains
Comme autre fois ?
C’est pas moi qui répondra

Personne ne sait
Ce qui s’y fait
Personne ne croit
Il faut qu’il voit
Mais moi je suis quand même là

Petit train
Où t’en vas-tu ?
Train de la mort
Mais que fais-tu ?
Le referas-tu encore ?

Reverra-t-on une autre fois
Passer des trains comme celui-là ?
C’est pas moi qui répondra
Catherine Ringer & Fred Chichin (1954-2007). Le petit train (1988). Inspiré de Le petit train (1952), de Marc Fontenoy (pseudonyme de Alexandre Schwab, 1910-1980).

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Un printemps incertain

16 avril 2020

It was an uncertain spring.
Virginia Woolf (1882-1941). The Years. 1937 (première publication).

C’était un printemps incertain.

Françoise HardyMon amie la rose. Cécile Caulier, paroles ; Jacques Lacome, musique.
Bande son : Françoise Hardy, chant ; accompagnement d’orchestre ; Charles Blackwell, direction et arrangements. France, Ⓟ 1965.
Vidéo : extrait de l’émission Carrefour. Diffusion : 27 mars 1965. Radio Télévision Suisse (RTS), producteur. Suisse, 1965.

3 autres voyages en train

14 avril 2020

On disait par exemple : « C’est quoi ce que vous lisez ? Tiens, Elsa Morante. On lit encore Elsa Morante… Ça n’a pas trop vieilli ? — Pas du tout, figurez-vous. Ça me surprend moi-même. »

Ou bien : « Je m’absente un instant. Vous voulez bien surveiller mes affaires ? »

Ou bien : « Quel joli chat ! — Il s’appelle Petar, ça s’écrit Петър, c’est un nom bulgare. — Comme c’est original ! Vous êtes bulgare ?

Barbara (1930-1997)Gare de Lyon. Barbara, paroles & musique.
Barbara, chant, piano.
Vidéo : Émission Pile ou face, Éric Le Hung, réalisateur. Diffusion : 19 novembre 1964. Office national de radiodiffusion télévision française [ORTF], producteur.

Françoise Hardy & Jacques DutroncPuisque vous partez en voyage. Mireille, paroles ; Jean Nohain, musique.
Françoise Hardy & Jacques Dutronc, chant ; Jean-Pierre Sabar, piano ; Thomas Dutronc, guitare ; Marc Périer, basse ; Pierre-Alain Dahan, batterie.
Extrait de l’album Clair-obscur / Françoise Hardy. France, ℗ 2000.
Vidéo : Françoise Hardy & Jacques Dutronc, participants. France, 2000.

Charles Trenet (1913-2001)En quittant une ville (J’entends). Charles Trenet, paroles & musique.
Charles Trenet, chant ; accompagnement d’orchestre.
France, 1938.

3 voyages en train

13 avril 2020

Il y avait des trains, autrefois. On s’y asseyait. Il y avait d’autres voyageurs, on engageait la conversation.

On disait « – Vous allez jusqu’à Paris ? – Oui, je prend toujours ce train. J’ai horreur du tgv, vous savez. Et puis, devoir passer par Bordeaux pour aller à Paris quand on vient de Toulouse, quelle abomination, quelle absurdité ! Vraiment je préfère ce train, par Limoges. C’est plus long bien sûr, mais quelle importance ? D’ailleurs j’aime mieux arriver gare d’Austerlitz. »

On disait ça, ou autre chose. Parfois rien.

José Afonso (1929-1987)No comboio descendente. Poème de Fernando Pessoa ; José Afonso, musique.
José Afonso, chant ; José Niza, direction musicale et production.
Enregistrement : Madrid (Espagne), studio Celada, 6-13 novembre 1972.
Extrait de l’album Eu vou ser como a toupeira / José Afonso. Portugal, ℗ 1972.


No comboio descendente
Vinha tudo à gargalhada,
Uns por verem rir os outros
E os outros sem ser por nada —
No comboio descendente
De Queluz à Cruz Quebrada…

Dans le train descendant
Tous les gens rigolaient,
De voir rire les autres
Ou sans aucun motif —
Dans le train descendant :
Queluz-Cruz Quebrada…

No comboio descendente
Vinham todos à janela,
Uns calados para os outros
E os outros a dar-lhes trela —
No comboio descendente
Da Cruz Quebrada a Palmela…

Dans le train descendant
Tous étaient aux fenêtres,
Les uns ne pipant mot
À leurs bonimenteurs —
Dans le train descendant :
Cruz Quebrada-Moita…

No comboio descendente
Mas que grande reinação!
Uns dormindo, outros com sono,
E os outros nem sim nem não —
No comboio descendente
De Palmela a Portimão…

Dans le train descendant
Mais quel grand canular !
Dormeurs, ensommeillés,
D’autres entre les deux —
Dans le train descendant
Moita-Portimão…
Fernando Pessoa (1888-1935). No comboio descendente, extrait de Poemas para Lili (sans date). Fernando Pessoa (1888-1935). Dans le train descendant, traduit de : No comboio descendente (sans date) par Patrick Quillier. Source : Fernando Pessoa, Œuvres poétiques, Gallimard, 2001 (Bibliothèque de la Pléiade), page 1308.

Jeanne Moreau (1928-2017)Les wagons longs de lit. Cyrus Bassiak [pseudonyme de Serge Rezvani], paroles & musique.
Jeanne Moreau, chant ; Elek Bacsik, guitare ; Michel Gaudry, contrebasse ; Elek Bacsik, , arrangements. Enregistrement : Paris, studios Arsonor.
Extrait de l’album Jeanne Moreau chante 12 nouvelles chansons de Cyrus Bassiak. France, ℗ 1967.

Il m’regardait
J’me détournais
Il m’souriait
J’m’en empêchais
Et il m’a dit en se penchant :
« La fumée, s’il vous plaît, est-ce qu’ça vous déplaît ?
Vous fumez ? Permettez ! Alors, c’est parfait
Voulez-vous mes journaux car le temps est long ?
Pour le tuer, parlons donc, wagons longs de lit »

On s’est connus dans le wagon de lit de long
Le wagon long, le wagon long de nuit
Du Paris–Lyon–Marseille-Menton qui file de nuit
Et nous emporte vers l’Italie
On s’est souri
Dans les sanglots de lit de long, les sanglots longs
Du wagon long de nuit
Et il m’a dit au creux d’l’oreille :
« Dites-moi tu, dis-moi toi, j’vous dirai pareil
À quoi bon nos prénoms
Appelez-moi chéri
Appelle-moi mon amour
On s’connaît à peine
Qu’on s’dise vous, qu’on s’dise tu
Qu’importe, pour une nuit ? »

Dans le wagon de lit de long, passé minuit
On s’est aimé, aimé à la folie
Le Paris–Lyon–Marseille–Menton toute la nuit
Nous emportait vers l’Italie.

On s’est aimé dans les sanglots de lit de long
Les sanglots longs des wagons longs de nuit
Et je lui dis au creux d’l’oreille :
« Être à tu, être à toi, être vous et moi
Quand on n’ se connaît pas
À tu et à toi
Savez-vous, sais-tu bien, qu’j’suis follement émue
D’être à vous, d’être à tu, d’être dans vos bras. »

Le lendemain, il m’a souri « Adieu chérie
J’descends ici
J’te quitte à Vintimille. »
Le Paris–Lyon–Marseille–Menton de lit de long
De long de lit m’a emportée, nous séparant
Vers le soleil à tout jamais,
Bien loin, bien loin, vers l’Italie.
Cyrus Bassiak (pseudonyme de Serge Rezvani). Les wagons longs de lit (1967).

Alice & Franco BattiatoI treni di Tozeur. Franco Battiato & Rosario (Saro) Cosentino, paroles ; Franco Battiato & Giusto Pio, musique.
Alice & Franco Battiato, chant ; Filippo Destrieri, claviers ; Alberto Radius, guitares ; Alfredo Riccardi, violoncelle ; Lino Capra Vaccina, tabla ; Gianfranco d’Adda, batterie ; Marilyn Turner, chœurs ; Franco Battiato, arrangement ; Giusto Pio, direction.
Enregistrement : Milan (Italie), studio Radius. Italie, ℗ 1984.


Nei villaggi di frontiera guardano passare i treni
Le strade deserte di Tozeur
Da una casa lontana tua madre mi vede
Si ricorda di me, delle mie abitudini

Dans les villages de frontière, les routes désertes de Tozeur
Regardent passer les trains.
D’une maison éloignée ta mère me voit,
Elle se souvient de moi, de mes habitudes.

E per un istante ritorna la voglia di vivere
A un’altra velocità
Passano ancora lenti i treni per Tozeur

Et, un instant, revient l’envie de vivre
À une autre vitesse.
Les trains qui vont à Tozeur passent encore avec lenteur.

Nelle chiese abbandonate si preparano rifugi
E nuove astronavi per viaggi interstellari
In una vecchia miniera distese di sale
E un ricordo di me, come un incantesimo

Dans les églises abandonnées on prépare des refuges
Et de nouveaux astronefs pour des voyages interstellaires
Dans une ancienne mine, des plaques de sel
Et un souvenir de moi, comme un sortilège.

E per un istante ritorna la voglia di vivere
A un’altra velocità
Passano ancora lenti i treni per Tozeur

Et, un instant, revient l’envie de vivre
À une autre vitesse.
Les trains qui vont à Tozeur passent encore avec lenteur.

Nei villaggi di frontiera guardano passare
I treni per Tozeur

Dans les villages de frontière, les gens
Regardent passer les trains qui vont à Tozeur.
Franco Battiato & Rosario (Saro) Cosentino. I treni di Tozeur (1984). Franco Battiato & Rosario (Saro) Cosentino. Les trains de Tozeur, traduit de : I treni di Tozeur (1984) par L. & L.

Le temps maudit toujours m’oppresse

11 avril 2020

« Le temps qui va son lent balancement… »


Jeanne Moreau (1928-2017)Le blues indolent. Cyrus Bassiak [pseudonyme de Serge Rezvani], paroles & musique. Musique signée Ward Swingle pour des raisons administratives propres à la Sacem (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique).
Jeanne Moreau, chant ; accompagnement d’orchestre ; Ward Single, arrangement & direction.
Enregistrement : Paris, Comédie des Champs-Elysées.
Extrait de l’album Jeanne Moreau chante 12 chansons de Cyrus Bassiak. France, ℗ 1963.

Je suis indolente, mes yeux sont vagues, vagues, vagues
Et je balance mes hanches vaguement
Mes lèvres remuent, fardées de mots si vagues, vagues
Les passants hésitent en me croisant
Le temps maudit toujours les presse
Le vent si lent pour celle qui attend
Le temps me berce de paresse
Alors je chante sans fin ce vague chant.

Refrain
Les jeux de l’amour sont comme les jeux du hasard
Qui rêve de cœur souvent est servi de pique noir
Qui cherche un regard reçoit des rires moqueurs.

Les hommes nonchalants me font des signes vagues, vagues
Et me frôlent de l’épaule vaguement
Une étreinte vague entre deux êtres vagues, vagues
C’est un peu renier le néant
Le temps maudit toujours nous presse
Le temps pourtant qui va si lentement
Le temps efface mes caresses
Alors je chante sans fin ce vague chant.

Et je suis si triste quand les hommes vagues, vagues, vagues
Se reposent dans mes bras vaguement
Vaguement divaguent dans leur sommeil si vague, vague
Quand ils dorment, ils ressemblent aux enfants
Le temps maudit toujours m’oppresse
Le temps qui va son lent balancement
Le temps emporte ma tendresse
Alors je chante sans fin ce vague chant.
Serge Rezvani (né en 1928). Le blues indolent (1963).

Comme si de rien n’était

10 avril 2020

¿Mi tierra?
Mi tierra eres tú.

¿Mi gente?
Mi gente eres tú.

El destierro y la muerte
Para mí están adonde
No estés tú.

¿Y mi vida?
Dime, mi vida,
¿Qué es, si no eres tú?
Luis Cernuda (1902-1963). Contigo, extrait de Poemas para un cuerpo (1957).

………

Ma terre ?
Ma terre, c’est toi.

Mon peuple ?
Mon peuple, c’est toi.

L’exil et la mort
Pour moi sont là
Où tu n’es pas.

Et ma vie ?
Dis-moi, ma vie,
Qu’est-elle, sinon toi ?
Luis Cernuda (1902-1963). Avec toi, traduit de Contigo par Bruno Roy. Extrait de : Poèmes pour un corps (1957).
Dans : Poèmes pour un corps / Luis Cernuda ; [illustrations de] Luis Caballero ; [texte français de Bruno Roy]. France : Fata Morgana, impr. 2010. Bilingue espagnol français. ISBN 978-2-85194-781-9. P. [36-37].

José Afonso (1929-1987)Canto da primavera. José Afonso, musique.
Rui Pato, guitare & arrangement.
Enregistrement : Porto (Portugal), Studios RTP, Monte da Virgem.
Extrait de l’album Baladas e canções / José Afonso. Portugal, ℗ 1964.

Histoire de Jo le Pinson (História do Zé Passarinho)

7 avril 2020

Ala dos NamoradosHistória do Zé Passarinho. João Monge, paroles ; João Gil, musique.
Ala dos Namorados, ensemble instrumental et vocal. Autres participants : Raquel Tavares, chant ; João Gil & José Moz Carrapa, guitare.
Extrait de l’album Razão de ser. Portugal, ℗ 2013.

Ala dos Namorados (le « Bataillon des amoureux ») est un groupe fondé en 1992 par le compositeur et guitariste João Gil, le prolifique parolier (et accessoirement compositeur) João Monge et le pianiste et compositeur Manuel Paulo, auxquels se sont joints le guitariste José Moz Carrapa et surtout le chanteur Nuno Guerreiro dont la voix de contre-ténor est restée la marque particulière, l’emblème de ce groupe qui a connu bien des vicissitudes.

Après une éclipse de plusieurs années, Ala dos Namorados s’est réactivé en 2012 autour de Manuel Paulo et Nuno Guerreiro pour un concert marquant le vingtième anniversaire de sa création. Sur la lancée il a enregistré l’année suivante, avec le concours de nombreuses vedettes de la scène portugaise, un album intitulé Razão de ser (« Raison d’être »), réunissant de nouvelles interprétations d’anciens titres du groupe.

História do Zé Passarinho, un des plus grands succès d’Ala dos Namorados, est une sorte de fado humoristique dont la première version (voir à la fin du billet) était interprétée à la sauce pop des premières années du groupe. Dans Razão de ser la présence de la fadiste Raquel Tavares aux côtés Nuno Guerreiro lui donne un tout autre caractère, une forme de verve pince-sans-rire qui en fait un délice.


Pela saída que tem
Da vadiagem alguém
Chamou-lhe o Zé Passarinho
Fala em verso e as mulheres
Ao fim de duas colheres
Leva-as no bico p’ró ninho

Vu le bagout qu’il a
Et vu sa distinction
On l’a surnommé Jo le Pinson
Il parle en vers et les femmes
Lui tombent dans le bec
Il a plus qu’à les emmener dans son nid

Sabe os fados do Alfredo
Rima que até mete medo
Nesta função é doutor
Tem os tiques de fadista
Mão no bolso, lenço e risca
« Baixem a luz por favor! »

Il connaît les fados d’Alfredo*
Il fait des rimes que ça fait peur,
Personne ne peut lui en remontrer
Il a tous les tics du vrai fadiste
Main dans la poche, foulard, costard rayé
« Baissez les lumières s’il vous plaît ! »

Uma triste noite ao frio
Cantava-se ao desafio
Para aquecer as paixões
Quando um estranho se levanta
Para mostrar como se canta
Faz-se à Rosa dos Limões

Par une triste et froide nuit
On chantait « ao desafio** »
Histoire de réchauffer l’ambiance.
Et voilà qu’un étranger se lève,
Décidé à montrer à tout le monde
Comment on chante la « Rosa dos limões*** »

O povo ficou sentido
Com aquele destemido
Hás-de morrer engasgado!
Palavra puxa palavra
Desata tudo à estalada
Com o posto ali ao lado

Ca n’a pas trop plu,
Ce genre d’insolence…
« Je vais t’étrangler ! »
Et le ton est monté,
Ils en sont venus aux mains,
Avec le poste juste à côté

Nem foi preciso a carrinha
Tudo na sua perninha
Numa linda procissão
Das perguntas com carinho
Ficou preso o Passarinho
Só para investigação

Pas eu besoin du panier à salade
Tout le monde y alla sur ses gambettes
En une belle procession
Avec ménagement, le Pinson
Fut interrogé et bouclé
(Juste pour enquête).

Nasce o dia atrás da Sé
E ninguém arreda pé
Nem por dó, nem por esmola
O povo ficou sentado
Para ouvir cantar o fado
Passarinho na gaiola

Le jour se lève derrière la Sé****
Et personne ne fait mine de rentrer
Et ce n’est pas par pitié :
Tout le monde est resté
Pour entendre chanter
Le fado du Pinson dans la cage !
João Monge. História do Zé Passarinho (1995).
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João Monge. Histoire de Jo le Pinson, traduit de : História do Zé Passarinho (1995) par L. & L.
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* Alfredo : Alfredo Marceneiro (1891-1982), un des plus grands fadistes du XXe siècle, très soucieux de son élégance et qui chantait foulard autour du cou, une main dans la poche de son costume rayé.
** cantar ao desafio : littéralement : « chanter au défi » : joute entre plusieurs fadistes qui se « défient » sur une même musique.
*** A Rosinha dos limões (« Rose la vendeuse de citrons ») : célèbre fado créé par le Madérois Max (1918-1980) dans les années 1950.
**** La : la cathédrale de Lisbonne, située dans le quartier d’Alfama.

Ala dos NamoradosHistória do Zé Passarinho. João Monge, paroles ; João Gil, musique.
Ala dos Namorados, ensemble instrumental et vocal.
Bande son extraite de l’album Por minha dama. Portugal, ℗ 1995.
Vidéo : aucune information. Portugal, [1995 ?]