Aller au contenu principal

D’autres trains

18 avril 2020

Ces « autres trains » sont ceux de l’exil, de l’incertitude, de la souffrance ou de la mort. Quatre voix, provenant d’Italie, du Chili, d’Angleterre et de France.

Sommaire

  1. Sergio Endrigo. Il treno che viene dal Sud
  2. Violetta Parra. Run Run se fué pa’l Norte
  3. Sandy Denny. 3.10 to Yuma
  4. Les Rita Mitsouko. Le petit train

Sergio Endrigo. Il treno che viene dal Sud

« Le train qui vient du Sud » (Il treno che viene dal Sud, 1968) est celui de l’exil intérieur en Italie. Sergio Endrigo (1933-2005), auteur-compositeur interprète souvent rapproché de « l’école de Gênes » que dominait la figure de Fabrizio De André (1940-1999), pouvait écrire des textes très directs comme celui-ci – dont le venin est délivré avec les derniers vers –, qu’il chantait généralement sur des musiques très lyriques et des arrangements typiques de la variété italienne de l’époque.

Sergio Endrigo (1933-2005)Il treno che viene dal Sud. Sergio Endrigo, paroles & musique.
Sergio Endrigo, chant ; accompagnement d’orchestre ; Giancarlo Chiaramello, direction.
Première publication : album Endrigo / Sergio Endrigo. Italie, 1968.


Il treno che viene dal sud
Non porta soltanto Marie
Con le labbra di corallo
E gli occhi grandi così
Porta gente, gente nata tra gli ulivi
Porta gente che va a scordare il sole
Ma è caldo il pane
Lassù nel nord


Du train qui vient du Sud
Ne descendent pas que des Maria
Aux lèvres de corail
Et aux grands yeux
Il en descend des gens nés parmi les oliviers
Des gens qui vont oublier le soleil
Mais il est chaud le pain
Là-haut dans le Nord.


Nel treno che viene dal sud
Sudore e mille valigie
Occhi neri di gelosia
Arrivederci Maria
Senza amore è più dura la fatica
Ma la notte è un sogno sempre uguale
Avrò un casa
Per te per me


Dans le train qui vient du Sud,
De la sueur et des valises,
Des yeux noirs de jalousie.
Au revoir Maria
Sans amour la vie est plus dure
Mais la nuit est un rêve, toujours le même
J’aurai une maison
Pour toi et pour moi.


Dal treno che viene dal sud
Discendono uomini cupi
Che hanno in tasca la speranza
Ma in cuore sentono che
Questa nuova questa bella società
Questa nuova grande società
Non si farà
Non si farà


Du train qui vient du Sud
Descendent des hommes sombres
Qui ont l’espoir en poche
Mais dont le cœur sent bien que
Cette nouvelle, cette belle société,
Cette nouvelle grande société
Ne se fera pas,
Ne se fera pas.

Sergio Endrigo (1933-2005). Il treno che viene dal Sud (1984). Sergio Endrigo (1933-2005). Le train qui vient du Sud, traduit de : Il treno che viene dal Sud (1984) par L. & L.

Retour au sommaire

Violetta Parra. Run Run se fué pa’l Norte

Run Run se fué pa’l Norte (« Run Run est parti pour le Nord »), de l’autrice-compositrice-interprète chilienne Violeta Parra (1917-1967), dont on connaît notamment Gracias a la vida, Volver a los 17, etc., évoque une rupture amoureuse. « Run Run » fait probablement référence au musicien d’origine suisse Gilbert Favre, longtemps son compagnon, qui la quitte pour s’établir en Bolivie en 1966. L’enregistrement de cette chanson figure sur son dernier album studio, Las últimas composiciones, enregistré et publié en 1966, quelques mois avant qu’elle ne se suicide.

Violeta Parra (1917-1967)Run Run se fué pa’l Norte. Violeta Parra, paroles & musique.
Violeta Parra Sandoval, chant & charango ; accompagnement d’orchestre.
Première publication : album Las últimas composiciones / Violeta Parra. Chili, 1966.


En un carro de olvido antes del aclarar,
de una estación del tiempo decidido a rodar
Run Run se fue pa´l norte, no sé cuándo vendrá
vendrá para el cumpleaños de nuestra soledad.
A los tres días carta con letras de coral,
me dice que su viaje se alarga más y más,
se va de Antofagasta sin dar una señal
y cuenta una aventura que paso a deletrear.
Ay, ay, ay, de mí.


Avant le lever du jour, à bord d’un train d’oubli
Pris dans une gare du temps, décidé à aller au hasard,
Run Run est parti pour le Nord ; j’ignore quand il reviendra.
Il reviendra pour l’anniversaire de notre solitude.
Au bout de trois jours une lettre à l’écriture corail
M’apprend que son voyage s’allonge de plus en plus,
Il quitte Antofagasta sans laisser de traces,
Et raconte une aventure que j’essaie de déchiffrer.
Pauvre, pauvre, pauvre de moi !


Al medio de un gentío que tuvo que afrontar
un transbordo por culpa del último huracán,
en un puente quebrado cerca de Vallenar,
con una cruz al hombro Run Run debió cruzar.
Run Run siguió su viaje, llegó al tamarugal
sentado en una piedra se puso a divagar,
que sí, que esto, que lo otro, que nunca, que además,
que la vida es mentira, que la muerte es verdad.
Ay, ay, ay, de mí.


Au milieu d’une foule qu’il lui a fallu affronter,
Il a dû descendre du train à cause du dernier ouragan,
Sur un pont endommagé près de Vallenar,
Avec une croix sur le dos, Run Run a dû traverser.
Run Run a poursuivi son voyage, il est arrivé au Tamarugal.
Assis sur une pierre il s’est mis à divaguer
Que oui, que ceci, que cela, que jamais, que d’ailleurs,
Que la vie est mensonge, que la mort est vérité.
Pauvre, pauvre, pauvre de moi !


La cosa es que una alforja se puso a trajinar
sacó papel y tinta y un recuerdo quizás
sin pena ni alegría, sin gloria ni piedad,
sin rabia ni amargura, sin hiel ni libertad,
vacía como el hueco del mundo terrenal,
Run Run mandó su carta por mandarla no más.
Run Run se fue pa´l norte, yo me quedé en el sur,
al medio hay un abismo sin música ni luz.
Ay, ay, ay, de mí.


Et voilà qu’il s’est mis à trimbaler une sacoche,
Il a sorti encre et papier et peut-être un souvenir ;
Sans tristesse et sans joie, sans gloire ni pitié,
Sans colère ni amertume, sans fiel ni liberté,
Vide comme le vide du monde d’ici-bas,
Run Run a envoyé sa lettre pour ne plus avoir à le faire.
Run Run est parti vers le Nord, moi je suis restée au Sud,
Entre les deux il y a un abîme sans musique ni lumière.
Pauvre, pauvre, pauvre de moi !


El calendario afloja por las ruedas del tren
los números del año sobre el filo del riel
más vueltas dan los fierros, más nubes en el mes,
más largos son los rieles, más agrio es el después.
Run Run se fue pa´l norte qué le vamos a hacer
así es la vida entonces, espinas de Israel
amor crucificado, corona del desdén;
los clavos del martirio, el vinagre y la hiel.
Ay, ay, ay, de mí.


Les roues du train distendent le calendrier
Et sèment sur les rails les jours de l’année.
Chaque tour de roue embrume davantage les mois,
Chaque longueur de rail rend l’avenir plus âpre.
Run Run est parti vers le Nord, qu’est-ce qu’on y peut ?
C’est la vie désormais, épines d’Israel,
Amour crucifié, couronne du mépris ;
Les clous du martyre, le vinaigre et le fiel.
Pauvre, pauvre, pauvre de moi !

Violeta Parra (1917-1967). Run Run se fué pa’l Norte (1966).
Violeta Parra (1917-1967). Run Run est parti pour le Nord, traduit de : Run Run se fué pa’l Norte (1966) par L. & L.

Retour au sommaire

Sandy Denny. 3.10 to Yuma

Sandy Denny (1947-1978) a été la plus grande voix de la chanson folk britannique des années 1970. C’est à ses débuts, en 1967 puis en 1970, qu’elle a enregistré ce 3.10 to Yuma (« 3h10 pour Yuma »), reprise sur des paroles différentes de la chanson du film éponyme, un western de 1957. Le « 3h10 pour Yuma » est un « train où personne ne monte », sinon un passager, pour son dernier voyage.

Sandy Denny (1947-1978)3.10 to Yuma. Ned Washington, paroles ; George Duning, musique.
Autre version de la chanson originale du film 3:10 to Yuma, Delmer Daves, réalisation. États-Unis, 1957. Titre français : 3h10 pour Yuma.
Sandy Denny, chant, guitare ; David Moses, contrebasse. Enregistrement : Londres (Royaume-Uni), Eros Records Studio, 1967-1969.
Première publication : album It’s Sandy Denny / Sandy Denny. Royaume-Uni, 1970.


There is a lonely train called the 3:10 to Yuma
And it’s the only train left for me to ride on
I’ll catch that lonely train called the 3:10 to Yuma
I’ll get my ticket now for my last time


Il y a un train où personne ne monte, le 3h10 pour Yuma
Et c’est le seul que je puisse prendre encore
Je vais monter dans ce train, le 3h10 pour Yuma,
Je vais prendre mon ticket pour la dernière fois.


They say the life of man is made up of four seasons
And springtime finds him young and planting his grain
And then the summer comes bringing warm rains of reason
And time to reap his crop of heartache and pain


On dit qu’il y a quatre saisons dans une vie d’homme
Le printemps le trouve jeune et semant à tout vent
Puis vient l’été avec ses chaudes averses de raison
Puis le temps où il lui faut récolter sa souffrance et sa douleur.


The winter comes, finds him snow-cropped and laden
He has been humbled now, walking into the rain
But the rains of death never fall from the cloudless skies of Yuma
Time stands still for those on that 3:10 train


Enfin l’hiver le trouve courbé, chargé de neige
La vie l’a rendu humble à force de marcher sous la pluie
Mais les pluies de la mort ne tombent jamais du ciel pur de Yuma
Le temps s’est arrêté pour les passagers du train de 3h10.


There is a lonely train called the 3:10 to Yuma
And it’s the only train left for me to ride on
I’ll catch that lonely train called the 3:10 to Yuma
I’ll get my ticket now for my last time


Il y a un train où personne ne monte, le 3h10 pour Yuma
Et c’est le seul que je puisse prendre encore
Je vais monter dans ce train, le 3h10 pour Yuma,
Je vais prendre mon ticket pour la dernière fois.

Ned Washington (1901-1976). 3:10 to Yuma (1957).
.

Ned Washington (1901-1976). 3h10 pour Yuma, traduit de : 3:10 to Yuma (1957) par L. & L.

Retour au sommaire

Les Rita Mitsouko. Le petit train

Le petit train des Rita Mitsouko est une forme de pastiche, ou mieux, de détournement, de la chanson de même titre créée en 1952 par André Claveau, qui faisait alors référence à la désaffection des voyageurs pour les petites lignes de chemin de fer en France. Sur une musique identique, dont le rythme de rumba et le caractère enlevé sont encore accentués par rapport à l’original, le « petit train » des Rita Mitsouko représente tous ceux qui ont parcouru l’Europe à destination des camps de la mort nazis. L’un de ces trains a transporté le père de Catherine Ringer, la chanteuse du duo.

Les Rita MitsoukoLe petit train. Catherine Ringer & Fred Chichin, paroles & musique. Inspiré de Le petit train (1952) Marc Fontenoy, paroles & musique.
Les Rita Mitsouko, groupe instrumental et vocal.
Bande son : extrait de l’album Marc et Robert / Les Rita Mitsouko. France, 1988.
Vidéo : Jean Achache, réalisation. France, [1988 ?].

Le petit train
S’en va dans la campagne
Va et vient
Poursuit son chemin
Serpentin
De bois et de ferraille
Rouille et vert de gris
Sous la pluie

Qu’il est beau
Quand le soleil l’enflamme
Au couchant
à travers champs

Les chapeaux
Des paysannes
Ondulent sous le vent
Elles rient
Parfois jusqu’aux larmes
En rêvant à leurs amants

L’avoine est déjà germée
As-tu rentré le blé ?
Cette année les vaches ont fait
Des hectolitres de lait

Petit train
Où t’en vas-tu ?
Train de la mort
Mais que fais-tu ?
Le referas-tu encore ?

Personne ne sait ce qui s’y fait
Personne ne croit
Il faut qu’il voie
Mais moi je suis quand même là

Le petit train
Dans la campagne
Et les enfants ?
Les petit train
Dans la montagne
Les grands-parents
Petit train
Conduis-les aux flammes
à travers champs

Le petit train
S’en va dans la campagne
Va et vient
Poursuit son chemin
Serpentin de bois, de ferraille
Marron et gris
Sous la pluie

Reverra-t-on
Une autre fois
Passer des trains
Comme autre fois ?
C’est pas moi qui répondra

Personne ne sait
Ce qui s’y fait
Personne ne croit
Il faut qu’il voit
Mais moi je suis quand même là

Petit train
Où t’en vas-tu ?
Train de la mort
Mais que fais-tu ?
Le referas-tu encore ?

Reverra-t-on une autre fois
Passer des trains comme celui-là ?
C’est pas moi qui répondra
Catherine Ringer & Fred Chichin (1954-2007). Le petit train (1988). Inspiré de Le petit train (1952), de Marc Fontenoy (pseudonyme de Alexandre Schwab, 1910-1980).

Retour au sommaire

3 commentaires leave one →
  1. stj permalink
    18 avril 2020 17:53

    Jamais entendu parler de Sandy Denny,merci,une artiste intéressante et quelques chansons très belles

    • 18 avril 2020 19:30

      C’était un de mes amours de jeunesse, et je lui ai gardé beaucoup de tendresse 🙂 Elle a eu une carrière assez décousue, mais j’adorais sa voix (surtout celle de ses débuts). Elle est aussi l’autrice-compositrice de quelques chansons mémorables, dont certaines ont connu de multiples reprises par d’autres artistes (Who knows where the time goes, notamment).

Trackbacks

  1. Amélia Muge & Μιχάλης Λουκοβίκας [Michálīs Loukovíkas] • Nostalgia. Cantar de emigração | Je pleure sans raison que je pourrais vous dire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :