Quand il pleut
Voici que, le jour même du déconfinement, l’Ouest se précipite sur nous avec une désobligeante fureur. Pluie, vent : on se croirait à Hendaye par un méchant mois de mars. Il ferait presque froid. Il fait froid.
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Comedian Harmonists • Quand il pleut. André de Badet, paroles ; Harold Harlen, musique. Adaptation française de Stormy weather (1933), paroles originales de Ted Koehler.
Comedian Harmonists, ensemble instrumental.
Allemagne, 1933.
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En masque et bonnet pétard
Tra la la la.
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Charles Trenet (1913-2001) • La tarentelle de Caruso. Charles Trenet, paroles et musique.
Charles Trenet, chant ; accompagnement d’orchestre ; Michel Colombier, direction.
France, ℗ 1966.
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À Venise, ville exquise,
J’arrivai pour le carnaval
À l’auberge de la berge
Je laissai dormir mon cheval
Et fantasque comme un masque
Je courus droit au Corso
En chantant dans la bourrasque
Ce refrain de Caruso
Quand j’étais jeune en dettes
En dentelle en bonnet pétard
Je passais voir ma belle
À travers cheminées et placards.Dans la rue, la cohue
Une belle signorina
Me fait signe qu’elle est digne
D’entrer dans la danse avec moi
Je l’emporte à demi morte
Elle tombe dans mes bras
Mais sa mère en colère
Nous menace et crie là-bas
Ram’nez-moi donc ma fille
Cavalier chevalier du guet
Je suis vieille et sans famille
Je suis veuve et je suis fatiguée.La bonne vieille toute en larmes
Va se plaindre aux carabiniers
Elle explique à des gendarmes
Que sa fille est partie à pied
Mais hélas se sont des masques
En gendarmes déguisés
Sur le char de la tarasque
Ils ne pensent qu’à s’amuser
Ils l’entraînent dans leur ronde
Lui rabattent les jupes sur le nez
Ils lui disent qu’elle n’est pas blonde
Et font mine de l’assassiner.Une danse ça commence
On n’sait pas non quand ça finit
Une telle tarentelle
Peut durer la mi de la nuit
Surtout quand une poursuite
Se transforme en farandole
Et qu’il faut quitter de suite
Le Corso pour la gondole
Le Grand Canal en fête
Nous incite à nous esbaudir
À présent baissons la tête
Attention, c’est le Pont des Soupirs.La nuit passe on s’embrasse
On est seul sur un banc de parc
Ô merveille sans ta vieille
Je suis plus heureux que saint Marc
Mais que dis-je quel prodige
Nous voilà vite cernés
Et des doges nous délogent
En criant : Venez, venez!
Le bonheur est de tout âge
Mes amis nous vous invitons
Venez voir le beau mariage
D’une vieille et d’un Pierrot fripon.Prends ma fille elle est gentille
Dit la vieille et regarde-moi
Je suis folle, je convole
Oui, j’épouse un masque de joie
Mais le ciel s’est fait tout rose
Je m’sens décontenancé
Je n’voulais pas tant de choses
Juste un p’tit peu m’amuser
J’embrasse la fille en larmes
Elle me dit je m’appelle Sido
Je serre la main des gendarmes
Bien le bonjour, je m’en vais au dodo.De Venise ville exquise
J’ai gardé le doux souvenir
D’une belle ribambelle
D’arlequins et de grands vizirs
D’un baiser de tourterelle
Dans la folie du Corso
Et aussi de la tarentelle
Que chantait le grand Caruso
Énorme et fantastique
Dans les noces et les banquets
Au dessert apoplectique
Et les pieds trempant dans les baquets.Quand j’étais jeune en dettes
En dentelle en bonnet-pétard
Je passais pour voir ma belle
À travers cheminées et placards.
Charles Trenet (1913-2001). La tarentelle de Caruso.
Morire in levità
Ностальгия(Nostalghia). Extrait. Андрей Тарковский [Andreï Tarkovski], réalisation ; Андрей Тарковский [Andreï Tarkovski] & Tonino Guerra, scénario ; Олег Янковский [Oleg Yankovski] (1944-2009), acteur (dans cet extrait) ; interprète de la Petite fille non créditée ; Sergio Fiorentini, voix (dans cet extrait). Lieu de tournage (dans cet extrait) : Église de San Vittorino, Cittaducale (province de Rieti, Lazio, Italie).
Italie & URSS, 1982 (production), 1983 (sortie).
Poème :
Арсений Тарковский [Arseni Tarkovski] (1907-1989) • Morire in levità, traduit de : Меркнет зрение – сила моя [Merknet – sila moja]. Traducteur non identifié.
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Арсений Тарковский [Arseni Tarkovski] (1907-1989) est le père du cinéaste Андрей Тарковский [Andreï Tarkovski] (1932-1986).
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Si oscura la vista.
La mia forza sono due occulti dardi adamantini;
si confonde l’udito per il tuono lontano
della casa paterna che respira.
Dei duri muscoli i gangli si infiacchiscono,
come bovi canuti all’aratura;
e non più, quando è notte,
alle mie spalle splendono due ali.
La vue s’obscurcit.
Ma force : deux occultes dards adamantins ;
L’ouïe se trouble dans le tonnerre lointain
de la maison paternelle qui respire.
Des muscles fermes, les nœuds s’affaiblissent
comme des bœufs chenus à l’attelage ;
et à la nuit tombée, à mes épaules
ne resplendissent plus deux ailes.
Nella festa, candela, mi sono consumato.
All’alba raccogliete la mia disciolta cera;
e, lì, leggete chi piangere,
di cosa andar superbi
come, donando l’ultima porzione di letizia,
morire in levità
e al riparo d’un tetto di fortuna,
accendersi postumi, come una parola.
Bougie, dans la fête je me suis consumé.
À l’aube, recueillez ma cire fondue ;
vous y lirez qui pleurer,
de quoi être fier,
comment, offrant l’ultime portion de joie,
mourir dans la légèreté
et, à l’abri d’un toit de fortune,
s’allumer posthume, comme un mot.
Арсений Александрович Тарковский [Arseni Tarkovski] (1907-1989). Morire in levità, traduit de Меркнет зрение – сила моя (1977) ; traducteur non identifié.
.Арсений Александрович Тарковский [Arseni Tarkovski] (1907-1989). Mourir dans la légèreté, traduit par L. & L. de Morire in levità, traduction italienne de l’original russe Меркнет зрение – сила моя (1977).
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Texte original russe :
Меркнет зрение – сила моя,
Два незримых алмазных копья;
Глохнет слух, полный давнего грома
И дыхания отчего дома;
Жестких мышц ослабели узлы,
Как на пашне седые волы;
И не светятся больше ночами
Два крыла у меня за плечами.Я свеча, я сгорел на пиру.
Соберите мой воск поутру,
И подскажет вам эта страница,
Как вам плакать и чем вам гордиться,
Как веселья последнюю треть
Раздарить и легко умереть,
И под сенью случайного крова
Загореться посмертно, как слово.
Арсений Тарковский [Arseni Tarkovski] (1907-1989). Меркнет зрение – сила моя [Merknet – sila moja] (1977). Première publication dans : Арсений Тарковский [Arseni Tarkovski] (1907-1989). Стихи разных лет [Stihi razny let], Moscou, 1983.
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Hélder Moutinho • Escrito no destino
Il fait désormais des chaleurs et un ciel de solstice : l’écoute de Escrito no destino devient possible.
C’est un fado dépressif, ressassé pendant 12 minutes sur la splendide musique du Fado menor étirée jusqu’à ce que le tranxène ait produit son effet. Hélder Moutinho (belle voix de baryton, beau chant, très maîtrisé) est l’un des deux frères chantants de Camané. Tout s’explique.
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Hélder Moutinho • Escrito no destino. João Monge, paroles ; compositeur inconnu (Fado menor).
Hélder Moutinho, chant ; Ricardo Parreira, guitare portugaise ; Marco Oliveira, guitare ; Fernando Araújo, basse acoustique.
Enregistrement : Lisbonne (Portugal), palácio Marquês de Tancos.
Extrait de l’album 1987 / Hélder Moutinho. Portugal, ℗ 2013.
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Tenho um coração deserto
Onde não mora ninguém
O fado mora lá perto
E é ele quem me quer bem
J’ai un cœur désert
Nul n’y habite
Le fado est son voisin
Et c’est lui qui m’aime
Do vão da minha janela
Eu vejo a lua a passar
O peito chama por ela
Mas ela não quer entrar
De ma fenêtre
Je vois passer la lune
Mon cœur l’appelle
Mais elle refuse d’entrer
Na rua não há vivalma
Só o fado me quer bem
Dá-me um cantinho da alma
E fica triste também
Dans la rue, pas âme qui vive
Il n’y a que le fado qui m’aime
Il me donne un peu de son âme
Et le voici triste lui aussi
Pus um escrito no destino
Ninguém o quer habitar
Só o fado é inquilino
E paga a renda a chorar
J’ai écrit « À louer » sur mon destin
Personne ne veut y habiter
Mon seul locataire est le fado
Et son loyer, il le règle en larmes.
João Monge. Escrito no destino.
.João Monge. Destin à louer, trad. par L. & L. de Escrito no destino.
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Frappé

Le ministre de la santé, Olivier Véran, et le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, à l’Elysée, le 2 mai [2020]. François Mori / AFP
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Vous avez peut-être vu cette photo, signée « François Mori / AFP », légendée Le minist[r]e de la santé, Olivier Véran, et le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, à l’Elysée, le 2 mai, parue le 2 mai 2020 dans le journal Le Monde (en ligne), pour illustrer un article qui, au moment où je le consulte, s’intitule Quarantaine, suivi des malades, verbalisations : les précisions du gouvernement sur l’après-11 mai. Elle est extraordinaire, vous êtes d’accord. On y voit l’encore jeune ministre de la santé fixé en pleine péroraison dans une attitude dont tout, le port de tête, le regard, le geste du bras, exprime l’assurance et la confiance en soi. C’est lui qui reçoit la lumière, lui dont les contours sont nets.
Le ministre Castaner se tient en retrait dans une semi-pénombre, comme peint dans un sfumato qui en estompe les contours et les traits du visage. Quelque chose le trouble profondément, dirait-on. Il ne semble pas vraiment regarder son fringant collègue, mais plutôt quelque chose qui se trouverait un peu en hauteur, hors du cadre de la photo. Il évoque ces personnages, dans les peintures de la Renaissance italienne, qui sont témoins d’une manifestation miraculeuse de la puissance divine et restent figés, privés de toute intelligence de l’événement, frappés d’hébétude. Des Joseph dans des Nativités ou des Adorations des bergers, des disciples de Jésus dans l’épouvante de la Transfiguration, des frère Léon devant le spectacle de François d’Assise recevant les stigmates, de simples quidams s’étant trouvés par hasard sur le théâtre d’une apparition d’ange, d’une irruption de l’Esprit-saint ou de tout autre prodige.
Peut-être a-t-il seulement sommeil ; ou vient-il de remarquer que le papier peint se décolle.
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Moi, je m’ennuie
Il pleut. Il fait un temps de mousson d’été.
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Marlene Dietrich (1901-1992) • Moi… je m’ennuie. Camille François, paroles ; Wal-Berg (Voldemar Rosenberg), musique.
Marlene Dietrich, chant ; orchestre Wal-Berg ; Peter Kreuder, direction. Enregistrement : Paris, le 15 juillet 1933.
[France ?], 1933.
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— Vous savez, l’ennui, c’est une question si personnelle, on ne sait pas trop quoi conseiller…
Marguerite Duras (1914-1996). Le vice-consul (1966). Gallimard, impr. 1966, page 108.
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Damia (1889-1978) • Moi… je m’ennuie. Camille François, paroles ; Wal-Berg (Voldemar Rosenberg), musique.
Damia, chant ; accompagnement d’orchestre ; Pierre Chagnon, direction.
France, 1936 (ou 1934 selon les sources).
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De ce que fut mon enfance,
Je n’ai plus de souvenirs
C’est peut-être que la chance
Ne m’offrit pas de plaisirs
Et chaque jour qui se lève
Ne m’apporte aucun espoir
Je n’ai même pas de rêves
Quand luit l’étoile du soirMoi, je m’ennuie
C’est dans ma vie une manie
Je n’y peux rien,
Le plaisir passe, il me dépasse.
En moi sa trace ne laisse rien
Partout je traîne, comme une chaîne,
Ma lourde peine, sans autre bien
C’est dans ma vie une manie
Moi, je m’ennuie.Par de longs vagabondages
J’ai voulu griser mon cœur
Et souvent sur mon passage
J’ai vu naître des malheurs
Sur chaque nouvelle route,
À l’amour j’ai dû mentir
Et le soir lorsque j’écoute
La plainte du vent mourirMoi, je m’ennuie
C’est dans ma vie une manie
Je n’y peux rien,
Le plaisir passe, il me dépasse.
En moi sa trace ne laisse rien
Partout je traîne, comme une chaîne,
Ma lourde peine, sans autre bien
C’est dans ma vie une manie
Moi, je m’ennuie.
Camille François (1902?-1986). Moi… je m’ennuie (1933).
Cette saison de la mousson d’été

Le Gange à Toulouse, « dans la lumière crépusculaire de la mousson d’été », 29 avril 2020
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Le vice-consul fait le trajet à pied, il longe le Gange pendant dix minutes, il dépasse les arbres à l’ombre desquels les lépreux hilares attendent. Il traverse les jardins de lauriers-roses et de palmes de l’ambassade : les bureaux du consulat forment un bâtiment enclos dans ce jardin.
[…]
Tandis que le vice-consul se tait toujours, elle dit tout à coup : Je voudrais être à votre place, arriver aux Indes pour la première fois de ma vie, surtout à cette saison de la mousson d’été.
Marguerite Duras (1914-1996). Le vice-consul (1966). Gallimard, impr. 1966, pages 34 ; 107-108.
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Faithful Marianne Faithfull
Elle a été infectée par le célèbre virus mondial : à 73 ans, ce n’est pas de la gnognotte. Heureusement elle semble tirée d’affaire, Marianne – fidèle à la vie.
As tears go by est à la fois la première chanson écrite et composée par Mick Jagger et Keith Richards et le premier enregistrement de Marianne Faithfull, qui avait alors 17 ans.
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Marianne Faithfull • As tears go by. Mick Jagger, Keith Richards & Andrew Loog Oldham, paroles & musique.
Marianne Faithfull, chant ; accompagnement d’orchestre ; Mike Leander, direction.
Royaume-Uni, ℗ 1964.
Vidéo : Lucy Dawkins & Tom Readdy, réalisation. Sans date indiquée.
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It is the evening of the day
I sit and watch the children play
Smiling faces I can see, but not for me
I sit and watch as tears go by
C’est le soir de cette journée
Assise, je regarde les enfants jouer
Je vois leurs visages souriants, mais moi
Je les regarde en ravalant mes larmes.
My riches can’t buy everything
I want to hear the children sing
All I hear is the sound of rain falling on the ground
I sit and watch as tears go by
Mon argent ne peut pas tout acheter
Je veux entendre les enfants chanter
Mais je n’entends que la pluie tomber
Je la regarde en ravalant mes larmes.
It is the evening of the day
I sit and watch the children play
Doing things I used to do, they think are new
I sit and watch as tears go by
C’est le soir de cette journée
Assise, je regarde les enfants jouer
Ils font des choses que je faisais et qu’ils croient nouvelles
Je les regarde en ravalant mes larmes.
Mick Jagger, Keith Richards & Andrew Loog Oldham. As tears go by.
.Mick Jagger, Keith Richards & Andrew Loog Oldham. En ravalant mes larmes, trad. par L. & L. de As tears go by.
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Hermínia Silva • Lugar vazio (1963)
Voici le millième billet de ce site. Comme le temps passe à force de passer… Il est consacré à Hermínia Silva (1907-1993), considérée par les connaisseurs comme l’un des trois piliers du fado du siècle dernier – avec Amália Rodrigues (1920-1999) et Alfredo Marceneiro (1891-1982).

Hermínia Silva (1907-1993) en 1939. Domaine public.
À l’époque la diversité du fado s’incarnait dans des conceptions et des univers aussi éloignés les uns des autres que ceux de ces trois grands fadistes, parmi d’autres. Aujourd’hui, seul l’héritage d’Amália semble avoir survécu. Bien que des hommages soient de temps en temps rendus au Marceneiro, son style et sa façon de chanter n’ont pas laissé de postérité. C’est encore plus vrai d’Hermínia Silva, dont le chic populaire, la pétulance goguenarde et la voix faubourienne, agile et comme légèrement éraillée étaient à l’opposé de la plénitude majestueuse et grand genre d’Amália.
On en a un exemple avec cet enregistrement public, capté lors de la mémorable fête donnée en l’honneur d’Alfredo Marceneiro au Théâtre São Luíz de Lisbonne, le 25 mai 1963, et qui dura toute la nuit, se déroulant semble-t-il sans rigueur particulière d’organisation et devant un public, vu la longueur du spectacle, assez bruyant et dissipé lors des incessants changements d’artistes sur scène.
Mais Hermínia passait pour ainsi dire sa vie au contact du public des théâtres de revista (la « revue » à la portugaise) et des maisons de fado. On l’entend, au début de la captation, annoncer sur fond de brouhaha qu’elle va « chanter un petit fado qui s’appelle Lugar vazio » (« Ta place vide »), puis recommander à ses deux guitaristes de jouer picadinho (« piqué », je suppose, c’est à dire le contraire de legato), « p’ra voz sobressair » (« pour que la voix ressorte bien »). Les musiciens ont déjà attaqué l’introduction instrumentale mais elle demande qu’elle soit rejouée, à voix suffisamment forte pour que le public, qu’elle voit probablement inattentif, l’entende : « mais uma voltinha, que é para a gente se concentrar » (« encore un petit coup, pour qu’on puisse se concentrer »), le tout avec ce ton de légère ironie qui lui était propre et qu’on retrouve dans son art unique et impeccable du fado, toujours à bonne distance du texte surtout lorsque le sujet en est très sentimental, comme c’est le cas de Lugar vazio.
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Hermínia Silva (1907-1993) • Lugar vazio. Fernando Farinha, paroles ; Alberto Correia, musique.
Hermínia Silva, chant ; Victor Ramos, guitare portugaise ; José Inácio, guitare.
Extrait, capté sur le vif, du spectacle A Madrugada do Fado : Consagração e despedida do grande artista Alfredo Duarte Marceneiro donné en l’honneur d’Alfredo Marceneiro, au Teatro São Luíz, Lisbonne, le 25 mai 1963. Une captation d’une partie de ce concert (dont la contribution d’Hermínia Silva) a été publiée en CD sous le titre Grande noite de fados : festa de homenagem a Alfredo Marceneiro. Portugal : EMI-Valentim De Carvalho, ℗ 1998.
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É de noite que me lembro
De tudo o que eu tinha
Ao sentir-me abandonada
Deitada, sozinha
Lembro aquela felicidade
Que outrora foi minha
C’est la nuit que me revient
Le souvenir de ce que j’ai perdu
En me sentant abandonnée,
Seule et délaissée.
Alors je me rappelle ce bonheur
Qui autrefois était le mien.
Chego a julgar-te a meu lado
Comigo, deitado,
Procuro na escuridão
Mas o teu lugar vazio
Está tão vazio e tão frio
Como esse teu coração
Je crois encore t’avoir
Couché près de moi,
Je te cherche dans le noir
Mais ta place vide
Est aussi vide et froide
Que ton cœur.
Olhando a tua moldura
Virada pra mim
Ambas sofremos o mesmo
Destino ruim
Falta nela o teu retrato
E faltas-me tu a mim
Je regarde le cadre
De ta photo tourné vers moi
Tous les deux nous souffrons
Du même triste destin
Ta photo manque dans le cadre
Comme tu me manques à moi.
Fernando Farinha (1928-1988). Lugar vazio.
.Fernando Farinha (1928-1988). Ta place vide, trad. par L. & L. de Lugar vazio.
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On pourra comparer la géniale sobriété de l’interprétation d’Hermínia Silva à celle de Tony de Matos (1924-1989), autre fadiste à succès de l’époque.
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Tony de Matos (1924-1989) • Lugar vazio. Fernando Farinha, paroles ; Alberto Correia, musique.
Tony de Matos, chant ; Conjunto de guitarras de Raúl Nery, ensemble instrumental.
Portugal, ℗ 1962.
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Amélia Muge & Μιχάλης Λουκοβίκας [Michálīs Loukovíkas] • Nostalgia. Cantar de emigração
Este parte, aquele parte
e todos, todos se vão
Galiza ficas sem homens
que possam cortar teu pão
Rosalía de Castro (1837-1885). Adaptation portugaise José Niza (1938-2011). Cantar de emigração (1880, adaptation 1970). Extrait.Celui-ci part, celui-là part
Et tous et tous ils s’en vont
Galice, tu restes sans hommes
Qui puissent couper ton pain
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Nostalgia se trouve dans l’un des deux albums luso-grecs qu’Amélia Muge (voir : Amélia Muge | Havemos de nos ver outra vez) a conçus et enregistrés en collaboration avec le musicien grec Μιχάλης Λουκοβίκας [Michálīs Loukovíkas]. C’est un titre en deux parties, l’une grecque, sous-titrée Το παράπονο του μετανάστη (« la plainte de l’immigrant »), la seconde portugaise, sous-titrée Cantar de emigração (« Chant d’émigration »).
C’est ce volet portugais qu’on peut entendre ci-dessous. Sa composition évoque la technique de collage largement employée par Lula Pena pour son chef-d’œuvre Troubadour (2010) : on y trouve en effet, entrelacés avec du matériau original des deux musiciens, des bribes de deux œuvres préexistantes : le lancinant Cantar de emigração, sur un poème de la Galicienne Rosalia de Castro évoquant l’émigration massive des travailleurs galiciens vers l’Amérique latine au XIXe siècle (« Este parte, aquele parte… »), et Run Run se fué pa’l Norte, de Violeta Parra – dont le sujet n’est pourtant pas à proprement parler l’émigration. On y distingue en outre un écho de Sodade, la chanson cap-verdienne popularisée par Cesária Évora.
- Sur Cantar de emigração, voir le billet : Adriano Correia de Oliveira | Cantar de emigração (avec texte intégral et traduction)
- Sur Run Run se fué pa’l Norte, voir le billet : D’autres trains (avec texte intégral et traduction)
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Amélia Muge & Μιχάλης Λουκοβίκας [Michálīs Loukovíkas] • Nostalgia. Cantar de Emigração. Amélia Muge & Μιχάλης Λουκοβίκας [Michálīs Loukovíkas]. Contient des extraits de :
Cantar de emigração. Poème original de Rosalía de Castro ; José Niza, adaptation portugaise et musique.
Run Run se fué pa´l Norte. Violeta Parra, paroles & musique.
Amélia Muge, Μιχάλης Λουκοβίκας [Michálīs Loukovíkas], Teresa Campos, Rita Maria & Catarina Moura, chant ; Amélia Muge, guitare « braguesa », percussion ; Μιχάλης Λουκοβίκας [Michálīs Loukovíkas], percussion, accordéon ; António Quintino, contrebasse ; Ricardo Parreira, guitare portugaise… et d’autres.
Extrait de l’album Archipelagos : passagens / Amélia Muge, Michales Loukovikas. Portugal, ℗ 2018.
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