Amália Rodrigues • Longe daqui
Em sonho lá vou de fugida,
Tão longe daqui, tão longe.
Hernâni Correia (1925-1998). Longe daqui (1970).En rêve je m’évade
Très loin d’ici, très loin.
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On pourrait croire à une chanson traditionnelle qui aurait été arrangée à la mode des ballades de Coimbra. Elle a pourtant été composée dans les années 1960 par Arlindo de Carvalho (1930-2016), originaire comme Amália Rodrigues de la Beira Baixa, une région montagneuse du Centre-Est du Portugal.
L’enregistrement, réalisé en 1970, n’a été publié qu’en 1997 dans Segredo (« Secret »), une compilation d’inédits, oubliés pour la plupart de la chanteuse elle-même. Des fonds de tiroir de luxe.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Longe daqui. Hernâni Correia, paroles ; Arlindo de Carvalho, musique.
Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Pedro Leal, guitare ; Joel Pina, basse acoustique. Enregistrement : Paço d’Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, 1970.
Première publication dans l’album Segredo / Amália Rodrigues. Portugal : Valentim de Carvalho, ℗ 1997.
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Em sonho lá vou de fugida,
Tão longe daqui, tão longe.
É triste viver tendo a vida,
Tão longe daqui, tão longe.
En rêve je m’évade
Très loin d’ici, très loin.
Comme il est triste de vivre une vie
Qui est très loin d’ici, très loin !
Mais triste será quem não sofre,
Do amor a prisão sem grades.
No meu coração há um cofre,
Com jóias que são saudades.
Plus triste encore est d’ignorer
La prison sans barreaux de l’amour.
Dans mon cœur il y a un coffre
Rempli de perles de nostalgie.
Tenho o meu amor para além do rio,
E eu cá deste lado cheiinha de frio.
Tenho o meu amor para além do mar,
E tantos abraços e beijos p’ra dar.
Mon amour est de l’autre côté du fleuve
Et moi de celui-ci, toute transie de froid
Mon amour est de l’autre côté de la mer
Et moi qui ai tant de baisers à donner !
Ó bem que me dá mil cuidados,
Tão longe daqui, tão longe.
A lua me leva recados,
Tão longe daqui, tão longe.
Amour qui me donne mille tourments
Très loin d’ici, très loin.
La lune m’apporte des messages
Très loin d’ici, très loin.
Quem me dera este céu adiante,
Correndo veloz no vento.
Irás a chegar num instante,
Onde está o meu pensamento.
Comme je voudrais voler dans ce ciel
Emportée par le vent !
En un instant tu parviendrais
Là même où sont mes pensées.
Tenho o meu amor para além do rio,
E eu cá deste lado cheiinha de frio.
Tenho o meu amor para além do mar,
E tantos abraços e beijos p’ra dar.
Tenho o meu amor para além do mar.
Mon amour est de l’autre côté du fleuve
Et moi de celui-ci, toute transie de froid
Mon amour est de l’autre côté de la mer
Et moi qui ai tant de baisers à donner !
Mon amour est de l’autre côté de la mer.
Hernâni Correia (1925-1998). Longe daqui (1970).
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Hernâni Correia (1925-1998). Loin d’ici, traduit de Longe daqui (1970) par L. & L.
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Los marineros son las alas del amor

Marinero Tano : mural en El Caminito (Buenos Aires), par Oscar Tello sur Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)
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Los marineros son las alas del amor,
son los espejos del amor,
el mar les acompaña,
y sus ojos son rubios lo mismo que el amor
rubio es también, igual que son sus ojos.
Les marins sont les ailes de l’amour,
Ils sont les miroirs de l’amour,
La mer les accompagne,
Et leurs yeux sont blonds, pareils à l’amour
Blond lui aussi, de même que leurs yeux.
La alegría vivaz que vierten en las venas
rubia es también,
idéntica a la piel que asoman;
no les dejéis marchar porque sonríen
como la libertad sonríe,
luz cegadora erguida sobre el mar.
La joie vive qu’ils versent dans les veines
Est blonde aussi,
Identique à la peau qu’ils montrent ;
Ne les laissez pas s’en aller car ils sourient
Comme la liberté sourit,
Lumière éblouissante ouverte sur la mer.
Si un marinero es mar,
rubio mar amoroso cuya presencia es cántico,
no quiero la ciudad hecha de sueños grises;
quiero sólo ir al mar donde me anegue,
barca sin norte,
cuerpo sin norte hundirme en su luz rubia.
Si un marin est une mer,
Blonde mer amoureuse dont la présence est un cantique,
Je ne veux pas de la ville avec ses songes gris ;
Je ne veux qu’aller à la mer et m’y noyer,
Barque égarée,
Corps égaré me perdre en sa lumière blonde.
Luis Cernuda (1902-1963). Los marineros son las alas del amor, extrait de : Los placeres prohibidos (1931).
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Luis Cernuda (1902-1963). Les marins sont les ailes de l’amour, traduit de Los marineros son las alas del amor (1931) par Jacques Ancet. Dans : Luis Cernuda. Les Plaisirs interdits, traduits par Jacques Ancet, Éditions Fata Morgana, 1981 (Dioscures). Texte original espagnol et traduction française.
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Carminho • Meu amor marinheiro. António Campos, paroles ; Joaquim Pimentel, musique.
Vidéo : João Botelho, réalisation. Participants : Carminho (la chanteuse), Luís Guerreiro (le joueur de guitare portugaise), Diogo Clemente (le guitariste), Yami Aloelela (le joueur de basse acoustique). Portugal, 2009.
Bande son : Carminho, chant ; José Manuel Neto, guitare portugaise ; Diogo Clemente, guitare, direction musicale ; Marino de Freitas, basse acoustique. Enregistrement : Lisbonne (Portugal), studios Lisboa.
Extrait de l’album Fado / Carminho. Portugal, ℗ 2009.
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Tenho ciúme das verdes ondas do mar
Que teimam em querer beijar
teu corpo erguido às marés.
Je suis jalouse des vertes vagues de la mer
Obstinées dans leur désir
De ton corps dressé face aux marées.
Tenho ciúme do vento que me atraiçoa
Que vem beijar-te na proa
E morre pelo convés.
Je suis jalouse du vent qui me trahit
Qui vient t’embrasser à la proue
Puis s’en va mourir sur le pont.
Tenho ciúme do luar da lua cheia
Que no teu corpo se enleia
Para contigo ir bailar.
Je suis jalouse de l’éclat de la pleine lune
Qui enlace ton corps
Pour t’emmener danser.
Tenho ciúme das ondas que se levantam
E das sereias que cantam
Que cantam p’ra te encantar.
Je suis jalouse des vagues qui se lèvent
Et des sirènes qui chantent
Qui chantent pour t’enchanter.
Ó meu amor marinheiro
Dono dos meus anelos
Não deixes que à noite a lua
Roube a côr aos teus cabelos.
Oh mon marin mon amour
Maître de mes désirs brûlants
Ne laisse pas la lune cette nuit
Dérober la couleur de tes cheveux.
Não olhes para as estrelas
Porque elas podem roubar
O verde que há nos teus olhos
Teus olhos da cor do mar.
Ne regarde pas les étoiles
Car elles pourraient voler
Ce vert que tu as dans les yeux
Dans tes yeux couleur de mer.
António Campos. Meu amor marinheiro.
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António Campos. Mon marin, mon amour, traduit de Meu amor marinheiro par L. & L.
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Maxi marinero para Muneq mag, par Pol Lion sur Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)
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Marianne Faithfull • Paris bells
Est-ce qu’elle était mélancolique à ses débuts, Marianne Faithfull ? L’a-t-elle toujours été ? Paris bells est extraite de son premier album studio paru en 1965, sans titre autre que son nom, Marianne Faithfull.
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Marianne Faithfull • Paris bells. Jon Birchell (autres identités : John Michael Burchell ; Jon Mark), paroles & musique.
Extrait de l’album Marianne Faithfull / Marianne Faithfull.
Marianne Faithfull, chant ; Mike Leander, arrangements, direction ; David Whitaker & Jon Mark, arrangements. Enregistrement : Londres (Royaume-Uni), Lansdowne Studios & Decca No. 2 Studio, 1964-1965. Royaume-Uni, ℗ 1965.
Vidéo : pas d’information [France ?, vers 1966].
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Past the café shutters down,
No one stirs in the town.
The morning after the rain
The barges move on the Seine.
Les cafés sont encore fermés,
La ville paraît endormie.
Petit matin après la pluie,
Lentes péniches sur la Seine.
Down the avenue lined with trees
Paris bells ring on the breeze
Paris bells ring on the breeze.
Au long de l’avenue bordée d’arbres
La brise porte le son des cloches de Paris.
La brise porte le son des cloches de Paris.
Dawn is breaking, birds start to sing,
Sun is rising, warms everything.
The echo of footsteps on a cobbled street,
Dim alleyways where the shadows meet.
L’aube pointe, les oiseaux s’éveillent,
Le soleil se lève et la chaleur vient.
Échos de pas sur les pavés,
Ruelles où se rejoignent les ombres.
Down the avenue lined with trees
Paris bells ring on the breeze
Paris bells ring on the breeze.
Au long de l’avenue bordée d’arbres
La brise porte le son des cloches de Paris.
La brise porte le son des cloches de Paris.
The places where we used to visit,
The chapel where we went to wed.
Paris bells on the breeze
Often stir memories.
Les endroits où nous aimions aller,
L’église de notre mariage.
Les cloches de Paris dans la brise
Remuent des souvenirs.
We both knew the morning rain
We both wandered down the Seine.
Now you’re gone away from me
You’re just a memory
Like the bells ring on the breeze,
Paris bells ring on the breeze.
Nous connaissions ces pluies,
Ces fins de nuit près de la Seine.
Tu m’as quittée et aujourd’hui
Tu n’es plus qu’un souvenir
Comme ces carillons dans la brise,
Ces cloches de Paris dans la brise.
Jon Birchell (autres identités : John Michael Burchell ; Jon Mark). Paris bells.
Jon Birchell (autres identités : John Michael Burchell ; Jon Mark). Cloches de Paris, traduit de Paris bells par L. & L.
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New Delice (Paris, quartier des Enfants-Rouges), par Amélien Bayle sur Flickr (CC BY-NC 2.0)
Mayte Martín • Soneto de amor
Mayte Martín, c’est comme une parente espagnole d’Amália Rodrigues. Si elle était née portugaise, elle serait aujourd’hui la plus grande fadiste contemporaine.
Dans son album Tempo rubato (2018) elle a réuni onze chansons d’amour, certaines déjà entendues au fil de ses albums précédents, dans de nouveaux arrangements reposant esentiellement sur un quintette à cordes.
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Mayte Martín • Soneto de amor. Poème de Rafael de León ; Mayte Martín, musique.
Mayte Martín, chant ; Joan Albert Amargós, arrangements et direction.
Extrait de l’album Tempo rubato / Mayte Martín. Espagne : Satélite K, ℗ 2018.
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Peso poco en tu vida, casi nada,
como un leve rumor, como una brisa,
como un sorbo de fresca limonada
bebido sin calor y a toda prisa.
Dans ta vie je ne suis presque rien,
À peine une rumeur, une brise,
Une gorgée de fraîche limonade
Avalée distraitement, à toute vitesse.
No adelanto el compás de tu pisada,
ni distraigo la salve de tu misa,
y en tu frente de nardo desvelado*
no llego ni a recuerdo ni a sonrisa.
Ce n’est pas pour moi que tu presses le pas
Mon évocation ne distrait pas tes prières
Et sur ton front de tubéreuse éclose
Elle ne fait naître ni sourire, ni souvenir.
Y en cambio tú eres todo, mi locura,
mi monte, mi canción, mi mar templado,
el pulso de mi sangre, la llanura
Et pour moi tu es tout, ma folie,
Ma montagne, mon chant, mon océan,
Le battement de mon sang, la plaine
donde duermo sin sueño ni pecado,
y el andamio en que apoyo con ternura
este amor que nació ya fracasado.
Où je dors sans rêve ni péché,
L’armature où j’appuie tendrement
Cet amour qui est mort à peine né.
Rafael de León (1908-1982). Cuatro sonetos de amor. IV.
*Chanté : desvelada.
Rafael de León (1908-1982). Quatre sonnets d’amour. IV, traduit de Cuatro sonetos de amor. IV par L. & L.
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Mayte Martín
Tempo rubato (2018)
Tempo rubato / Mayte Martín, chant ; Joan Albert Amargós, arrangements et direction.
Production : Espagne : Satélite K, ℗ 2018.
CD : Satélite K , 2018. — EAN 8435307605009.
Voir la notice dans Discogs.
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Beaucoup la Suisse
J’aime beaucoup la Suisse.
Marguerite Duras (1914-1996). Émission Soir information du 28 juillet 1966. Production : Suisse, RTS (Radio télévision suisse), 1966.
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Les deux vidéos que voici sont des documentaires de la RTS (Radio télévision suisse) : deux entretiens réalisés en 1965 et 1966, chacun entre une écrivaine française et une ou un journaliste suisse. On ne peut imaginer contraste plus violent entre les deux documents. On dirait que l’un est l’envers de l’autre.
En 1966, Marguerite Duras, venue à Lausanne à l’occasion d’une nouvelle édition du Marin de Gibraltar (1952) par la Guilde du livre, se montre souriante, détendue, très professionnelle, exceptionnellement bienveillante envers son interlocutrice qui ne semble pas très à l’aise — intimidée peut-être, au point d’être un peu oiseuse parfois (« Vous avez le goût d’une certaine aventure, euh, intérieure ? Ou plus extérieure encore ? ») et alors on voit clairement les deux secondes de perplexité de Marguerite, qui répond comme si la question était autre.
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Marguerite Duras (1914-1996) • Entretien, Suisse, 1966. Extrait d’un entretien entre Marguerite Duras, écrivaine, et Catherine Charbon, journaliste.
Émission Soir information du 28 juillet 1966. Production : Suisse, RTS (Radio télévision suisse), 1966.
L’intégralité de la séquence est accessible sur le site de la RTS.
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Françoise Sagan, elle, dont Julliard vient de publier La chamade (1965), n’en a clairement rien à faire de cette interview et le dit presque, ou en tout cas le manifeste sans ambigüité ; elle a toutes les peines du monde à prendre au sérieux les questions très cadrées du journaliste — lequel est à deux doigts de perdre patience à un certain point —, tout simplement parce qu’elle ne se prend pas au sérieux elle-même. Elle esquive et parfois déjoue la mécanique bien huilée de l’interview, au moyen d’une sincérité abrupte et désarmante. Elle fume, elle avale ses mots, elle est pleine de tics : Sagan, quoi. Adorable.
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Françoise Sagan (1935-2004) • Entretien, Suisse, 1965. Entretien entre Françoise Sagan, écrivaine, et Maurice Huelin, journaliste.
Émission Préfaces du 17 septembre 1965. Production : Suisse, RTS (Radio télévision suisse), 1965.
La séquence est aussi accessible sur le site de la RTS.
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Kollet em-eus ma danvez
Heb vad ebed biskoaz.
M’em-bije bet ar furnez
Da jom heb dond da waz !
Per Jakez Helias (1914-1995). Luskellerez evid eur bugel koz. Dans : Ar mên du = La pierre noire (1974).J’ai perdu l’héritage
Avant de m’en servir.
J’aurais été plus sage
De ne jamais grandir.
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C’est un morceau entendu la semaine dernière à la radio. Simon Goubert est un musicien rennais, je ne le connaissais pas.
Il a composé Luskellerez evid eur bugel koz (« Berceuse pour un vieil enfant ») sur un poème de Per Jakez Helias, l’auteur du Cheval d’orgueil, et s’est assuré pour l’enregistrement la participation d’Annie Ebrel, une des plus grandes chanteuses contemporaines d’expression bretonne — probablement la plus grande depuis la disparition de Yann-Fañch Kemener en 2019.
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Simon Goubert & Annie Ebrel • Luskellerez evid eur bugel koz. Poème de Per-Jakez Helias ; Simon Goubert, musique.
Annie Ebrel, chant ; Simon Goubert, arrangements, claviers, batterie ; Sophia Domancich, piano ; Emmanuel Bex, orgue ; Hélène Labarrière, contrebasse ; Michel Edelin, flûte ; Sylvain Kassap, clarinette ; Vincent Le Quang ; saxophone.
Enregistrement : Malakoff (Hauts-de-Seine, France), Studio Sextan, du 4 au 9 juin 2018.
Extrait de l’album Nous verrons… / Simon Goubert. France : Les forces en présence, ℗ 2019.
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Me ‘m-boa eur preñvig-goulou
A skede melen-glaz
Da ziskouez din ma roudou
A-hed an heñchou-kaz.
J’avais un ver de lune
Qui brillait jaune et bleu
Pour marquer ma fortune
Le long des chemins creux.
Me ‘m-boa an holenn-douar
Da baka lost ha pao
An eon e bennig bouzar
A daol e her atao.
J’avais le sel de terre
Pour attraper l’oiseau
Qui ne sait pas se taire
Et ne connaît qu’un mot.
Me ‘m-boa em dorn ar gordenn
A ra d’an aval trei
Ha bod aour-yeot ar zorhenn
Da liva hun ar prei.
J’avais en mains la longe
Qui fait virer le vent
Et l’herbe d’or du songe
Pour me plaire en dormant.
Kollet em-eus ma danvez
Heb vad ebed biskoaz.
M’em-bije bet ar furnez
Da jom heb dond da waz !
J’ai perdu l’héritage
Avant de m’en servir.
J’aurais été plus sage
De ne jamais grandir.
Per Jakez Helias (1914-1995). Luskellerez evid eur bugel koz. Dans : Ar mên du = La pierre noire (1974).
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Pierre Jakez Hélias (1914-1995). Berceuse pour un vieil enfant, transposé en français de Luskellerez evid eur bugel koz par l’auteur. Dans : Ar mên du = La pierre noire (1974).
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Le morceau se conclut sur la première strophe, chantée en français, du poème Baradoz ar mor (« Paradis de la mer »), extrait de la Kanadenn Penn ar Bed (« Cantate du bout du monde ») du même Per Jakez Helias. Penn ar Bed (littéralement : « tête du monde ») est aussi le nom breton du Finistère.
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Entre la mer et le vent
Il y a la plus belle île,
Perdue au large du temps,
Au-delà du dernier mille,
Dans les brouillards du couchant,
Entre la mer et le vent.Entre la mer et le vent
Naviguent à pleines rames
Les naufragés triomphants,
Le cap sur l’île des Âmes.
Un ange vogue devant
Entre la mer et le vent.Entre la mer et le vent
Cette île qui se révèle
Aux noyés des océans,
C’est leur escale éternelle
Où le corps-mort les attend
Entre la mer et le vent.
Pierre Jakez Hélias (1914-1995). Le paradis de la mer, transposé en français de Baradoz ar mor par l’auteur. Extrait de : Kanadenn Penn ar Bed = Cantate du bout du monde (1959).
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Simon Goubert
Nous verrons… (2019)
Nous verrons… / Simon Goubert.
Production : France : Les forces en présence, ℗ 2019.
CD : EX-TENSION Records, 2019. — EX-TENSION Records EX16. EAN 3760150890452.
Voir la notice dans Discogs.
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D’une autre vie
d’où
la voix qui dit
visd’une autre vie
Samuel Beckett (1906-1989). Extrait de : Mirlitonnades (1978). Dans : Samuel Beckett, Poèmes ; suivi de mirlitonnades, Les éditions de Minuit, impr. 2019, ISBN 978-2-7073-0229-8. Page 44.
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Maria Arnal i Marcel Bagés • Cant de la Sibil·la. Paroles & musique traditionnelles (Catalogne). Titre français : Chant de la Sibylle.
Maria Arnal i Marcel Bagés, duo instrumental et vocal ; Maria Arnal, chant ; Marcel Bagés, guitare, synthétiseur, électronique ; …
Extrait de l’album Clamor / Maria Arnal i Marcel Bagés. Espagne : Fina Estampa, ℗ 2021.
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- Le Chant de la Sibylle dans Wikipédia (fr)
Affolant
Le printemps a éclaté partout, toutes ces feuilles aux arbres, ces fleurs aussi mais surtout les feuilles, toutes ces feuilles, comme si de rien n’était. C’est affolant, ça nous explose à la figure — alors que nous, nous sommes pris dans cet interminable hiver désertique, anéantis.
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Sílvia Pérez Cruz & Raül Fernandez Miró • Que me van aniquilando. Enrique Morente, paroles & musique.
Sílvia Pérez Cruz, chant ; Raül Fernandez Miró, guitare électrique.
Extrait de l’album Granada / Sílvia Pérez Cruz & Raül Fernandez Miró. Espagne : Universal Music Spain , ℗ 2014.
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Yo no cantaba pa que me escucharas
Ni porque mi voz fuera buena
Yo canto pa que me se vaya
La fatiguilla y la pena
Je ne chantais pas pour que tu m’écoutes
Ni parce que j’aime ma voix
Je chante pour que s’en aille
Toute cette fatigue, cette douleur
Que me van aniquilando
La gente anda diciendo
Y sigo por mi camino
Que las nubes las destruye el viento
Parce qu’elles m’anéantissent
Les gens racontent ce qu’ils veulent
Mais moi je vais mon chemin
Car les nuages, le vent les emporte.
Enrique Morente (1942-2010). Que me van aniquilando (extrait).
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Enrique Morente (1942-2010). Parce qu’elles m’anéantissent, traduit par L. & L. de Que me van aniquilando (extrait).
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M.D.

Marguerite Duras, à propos de l’an 2000. 25 septembre 1985. Document INA. Capture d’écran.
25 ans aujourd’hui qu’elle est morte, M.D.
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Des animaux, je voudrais tellement en avoir, beaucoup et différents. C’est impossible à Paris de posséder une vache, aussi impossible que d’être fou. Une vache à Paris attachée à la porte des immeubles c’est l’asile psychiatrique le lendemain matin et pour la vache et pour le propriétaire. J’ai vu la semaine dernière à la télévision une grande ourse sortir de dessous les glaces de l’Arctique. Elle a sorti la tête, elle a regardé. Elle s’est hissée hors de son trou et elle est tombée, faible. Elle a eu trois petits dans l’hiver 86 cette grande ourse et elle n’a pas bougé, elle n’a pas mangé pendant trois mois. Ses trois petits sont très solides et très bien nourris de son lait. Elle, elle est à bout de forces. Elle sort une minute le premier jour, dix minutes le deuxième, etc. Au bout d’une semaine elle descend en roulant sur elle-même jusqu’à la mer. Elle nage tout en regardant le trou duquel les petits sont interdits de sortir. Elle ne traîne pas, elle mange la moitié d’un petit phoque, elle amène l’autre partie aux enfants. Elle est grande comme le général de Gaulle, elle y fait penser. Superbe. À cent mètres de son trou il y a un mâle qui regarde. Elle s’arrête elle le regarde à son tour. Il file, terrorisé.
Marguerite Duras (1914–1996). Des animaux, extrait de La Vie matérielle : Marguerite Duras parle à Jérôme Beaujour (1987), Paris, P.O.L., impr. 1987. ISBN 2-86744-086-6. Page 72.
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Charles Trenet (1913-2001) • Le serpent python. Charles Trenet, paroles & musique.
Charles Trenet, chant ; accompagnement d’orchestre ; Jo Boyer, direction.
France, ℗ 1951.
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Sezen Aksu • O sensin
Sezen Aksu • O sensin. Sezen Aksu & Pakize Barışta, paroles ; Goran Bregović, musique (du film Underground, réalisé par Emir Kusturica, France, Yougoslavie, Allemagne, Hongrie, République tchèque & Serbie, 1995).
Sezen Aksu, chant ; Goran Bregović, arrangements.
Extrait de l’album Düğün ve cenaze / Sezen Aksu. Turquie : Raks Müzik, ℗ 1997.
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— Quelle tristesse. Elle dit quoi, cette chanson ? Une souffrance ?
— Il me semble qu’elle parle de la ville d’İzmir, ou Smyrne selon le nom qu’on lui donne. De parfums et de souvenirs qui tout à coup reviennent.
— Elle dit la douleur de l’exil, c’est ça ?
— C’est ça, oui.
— Elle dit autre chose encore. Une autre douleur ?
— Elle dit la nostalgie de l’enfance, perdue à jamais, irrémédiablement. Celle d’un amour, aussi. Une nostalgie déchirante. Une douleur, oui.
— On dirait un tango, vous ne trouvez pas ? Nous devrions danser.
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- Sezen Aksu dans Wikipédia (fr)

