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Padam, padam… • GirodiBanda (et Édith Piaf)

11 avril 2021

GirodiBanda est un ensemble à effectif variable ancré dans la région du Salento (Pouilles), dirigé par le trompettiste Cesare Dell’Anna, de formation classique. La base de son répertoire est constituée par la musique des fanfares du Sud de l’Italie, à laquelle se mêlent les différentes traditions locales, notamment la pizzica et les musiques des communautés albanaises installées dans la région depuis le Moyen-Âge. GirodiBanda se produit généralement dans un kiosque à musique.

Avec GirodiBanda, Cesare Dell’Anna réalise le rêve de réunir dans un même kiosque à musique le folk des salles de danse et des haut-parleurs des vendeurs ambulants, la « pizzica » et la tradition du chant de nos grands-parents, les sons des Balkans que diffusaient les radios albanaises dans les postes de nos parents qui allaient travailler à l’usine, les camps roms et les fêtes « gipsy », les Africains et leurs fêtes ethniques, le jazz et les études au conservatoire. Le tout fortement influencé par de belles trouvailles d’improvisation et des arrangements pour fanfare.

Le kiosque à musique, la scène par excellence sur laquelle se produisent les fanfares du Sud de l’Italie, se transforme en un kaléidoscope où se rencontrent des musiciens de plusieurs régions de l’Italie du Sud et de l’Albanie, de Roumanie et du Sénégal, qui jouent les marches symphoniques classiques du répertoire des fanfares ainsi que des compositions inédites.
Extrait du site Cesare Dell’Anna, consulté le 11 avril 2021. Traduit de l’italien par L. & L.

De leur second album, Guerra (2018), est extraite cette succulente version de Padam, padam, du répertoire d’Édith Piaf.

GirodiBandaPadam padam. Henri Contet, paroles ; Norbert Glanzberg, musique.
GirodiBanda, ensemble instrumental et vocal ; Cesare Dell’Anna, direction & arrangements.
Extrait de l’album Guerra / GirodiBanda. Italie : 11-8 Records, ℗ 2018.

Il fallait aussi, bien sûr, entendre Édith Piaf, ici en public à l’Olympia, en 1955. On se demande comment une voix pareille pouvait sortir d’un corps si minuscule, si frêle. C’est extraordinaire. Le public est électrisé.

Édith Piaf (1915-1963)Padam, padam…. Henri Contet, paroles ; Norbert Glanzberg, musique.
Édith Piaf, chant ; chœurs et orchestre sous la direction de Robert Chauvigny.
Enregistrement public, Paris, Olympia, 27 ou 28 janvier 1955.
Extrait de l’album Récital enregistré au cours du spectacle de l’Olympia / Édith Piaf. France : Columbia, ℗ 1955.

Cet air qui m’obsède jour et nuit,
Cet air n’est pas né d’aujourd’hui.
Il vient d’aussi loin que je viens
Traîné par cent mille musiciens.
Un jour cet air me rendra folle
Cent fois j’ai voulu dire pourquoi,
Mais il m’a coupé la parole,
Il parle toujours avant moi
Et sa voix couvre ma voix

Padam, padam, padam
Il arrive en courant derrière moi
Padam, padam, padam
Il me fait le coup du souviens-toi
Padam, padam, padam
C’est un air qui me montre du doigt
Et je traîne après moi comme une drôle d’erreur
Cet air qui sait tout par cœur.

Il dit « rappelle-toi tes amours »,
Rappelle-toi puisque c’est ton tour.
Y a pas de raison pour que tu ne pleures pas,
Avec tes souvenirs sur les bras !
Et moi je revois ceux qui restent,
Mes vingt ans font battre tambour.
Je vois s’entrebattre des gestes,
Toute la comédie des amours
Sur cet air qui va toujours…

Padam, padam, padam
Des je t’aime de 14 juillet
Padam, padam, padam
Des toujours qu’on achète au rabais
Padam, padam, padam
Des veux-tu en voilà par paquets
Et tout ça pour tomber juste au coin de la rue
Sur l’air qui m’a reconnue.

Écoutez le chahut qu’il me fait
Comme si tout mon passé défilait.
Faut garder du chagrin pour après,
J’en ai tout un solfège sur cet air qui bat,
Qui bat comme un cœur de bois.
Henri Contet (1904-1998). Padam, padam… (1951).

Fourmis

8 avril 2021

« Nous sommes plus que jamais entourés de fourmis », dit sa lettre. Inquiètes, ventre à terre elles poussent des poussières. Elles ne s’intéressent pas à nous.
Pas une ne lève la tête.
C’est la société la plus fermée qui soit , quoi qu’elles se répandent constamment au dehors. N’importe, leurs projets à réaliser, leurs préoccupations… elles sont entre elles… partout.
Et jusqu’à présent pas une n’a levé la tête sur nous. Elle se ferait plutôt écraser.
Henri Michaux (1899-1984). « Je vous écris d’un pays lointain », extrait de Lointain intérieur (1938). Dans : Plume ; précédé de Lointain intérieur, nouvelle éd. revue et corrigée, Gallimard, impr. 1972, © 1963, pages 78-79.

ZoucLa fourmi. Zouc, autrice.
Vidéo : extrait de l’émission Numéro un du 4 février 1978. Zouc, participante ; Marion Sarraut, réalisatrice ; Gilbert Carpentier & Maritie Carpentier, producteurs. Production : France, TF1,1978.

Bien fait

7 avril 2021

Bomarzo (VT, Lazio, Italie), Parco dei Mostri, 11 juillet 2020
Bomarzo (VT, Lazio, Italie), Parco dei Mostri, 11 juillet 2020

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La nature a bien fait les choses dit sa voisine à monsieur Songe.
À Dieu ne plaise qu’elle récidive, Madame.
Heureusement, la voisine est sourde.

Robert Pinget (1919-1997). Charrue (1985). Dans : Monsieur Songe ; suivi de Le harnais et Charrue, Les Éditions de Minuit, DL 2011 (Double ; 74), ISBN 978-2-7073-2158-9, page 173.

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Bomarzo (VT, Lazio, Italie), Parco dei Mostri, 11 juillet 2020

El día que nací yo • Rodrigo Cuevas (& Imperio Argentina)

3 avril 2021

Rodrigo Cuevas. Manual De Cortejo, Rodrigo Cuevas ronda a Raül Refree. Espagne : Aris Música, 2019.
Rodrigo Cuevas. Manual De Cortejo, Rodrigo Cuevas ronda a Raül Refree. Espagne : Aris Música, 2019.

« Rodrigo Cuevas, Oviedo 1985, es un artista total » (« Rodrigo Cuevas, né à Oviedo en 1985, est un artiste total ») — annonce sans détour la note biographique du site Internet dudit Rodrigo (https://rodrigocuevas.sexy), qui se présente en outre comme « agitador folclórico ».

« L’agitation folklorique » menée par Rodrigo, centrée sur la musique traditionnelle de ses Asturies natales, est attestée par son premier album, Manual de cortejo [« Manuel de séduction »], réalisé en partenariat avec Raül Refree, que nous connaissons pour ses collaborations avec Sílvia Pérez Cruz, Rosalía, ou, plus récemment, pour le projet Lina_ Raül Refree.

« Manual de Cortejo » es un disco lento; hecho sin prisas, para escuchar sin prisas, para vivir sin prisa. En él hay todo un recorrido por los ritmos y las melodías asturianas aderezadas con algún ritmo y melodía de otros lugares de la península.
Site Internet de l’artiste : https://rodrigocuevas.sexy/albums/manual-de-cortejo/

« Manual de Cortejo » est un disque lent ; fait sans hâte, à écouter sans hâte, à vivre sans hâte. Il renferme tout un parcours à travers les rythmes et les mélodies asturiennes assaisonnés de rythmes et de mélodies d’autres lieux de la péninsule.

Extraite de Manual de cortejo, voici par exemple El día que nací yo, réinterprétation d’une copla créée par Imperio Argentina (1910-2003) dans Morena clara, un film de 1936.

Rodrigo CuevasEl día que nací yo. Antonio Quintero Ramírez & Manuel Desco Sanz [pseudonyme de Pascual Guillén Aznar] ; Juan Mostazo Morales, musique.
Rodrigo Cuevas, chant, percussion, synthétiseur, électronique ; Rubén Bada, guitare électrique, basse, chœurs ; Tino Cuesta, synthétiseur, accordéon, programmation, chœurs ; Mapi Quintana, tambourin, vocodeur, palmas, chœurs ; Juanjo Díaz, percussion ; Raül Refree & Rodrigo Cuevas, production.
Enregistrement : Barcelone, Estudios Calamar.
Extrait de l’album Manual De Cortejo / Rodrigo Cuevas ronda a Raül Refree. Espagne, ℗ 2019.

Morena clara (1936). Extrait. Florián Rey, réalisation, scénario & dialogues ; d’après la pièce Morena Clara, de Antonio Quintero Ramírez & Manuel Desco Sanz [pseudonyme de Pascual Guillén Aznar].
Distribution : Imperio Argentina (Trinidad Marqués « Trini » ; Miguel Ligero (Agustín Marqués « Regalito ») ; Manuel Luna (Enrique Baena) ; …
Production : Espagne : Cifesa, 1936. Date de sortie (Espagne) : 1936.

Chanson :
Imperio Argentina (1910-2003)El día que nací yo. Antonio Quintero Ramírez & Manuel Desco Sanz [pseudonyme de Pascual Guillén Aznar] ; Juan Mostazo Morales, musique.
Imperio Argentina, chant ; accompagnement d’orchestre.


El día que nací yo
¿Qué planeta reinaría?
Por donde quiera que voy
¿Qué mala estrella me guía?

Sous quelle planète
Suis-je née ?
Quelle mauvaise étoile
Me guide où que j’aille ?

Estrella de plata,
La que más reluce.
¿Por qué me llevas por éste calvario
llenito de cruces?

Étoile d’argent,
Toi la plus brillante,
Pourquoi me faire parcourir ce calvaire
Tout semé de croix ?

Tú vas a caballo
Por el firmamento
Yo cieguecita sobre las tinieblas
A pasito lento.

Tu traverses le ciel
Sur ton destrier
Tandis que sous la voûte des ténèbres,
À l’aveuglette, je marche à pas lents.

El barco de vela
De tu poderío
Me trajo a este puerto
Donde me se ahogan
Los cinco sentidos.

Le voilier
De ta puissance
M’a menée jusqu’à ce port
Où se noient
Mes cinq sens.

El día que nací yo
¿Qué planeta reinaría?
Por donde quiera que voy
¿Qué mala estrella me guía?

Sous quelle planète
Suis-je née ?
Quelle mauvaise étoile
Me guide où que j’aille ?

Estrella de nácar
Déjame ser buena
Y que me pongan
En estos barrotes
Mi reloj de arena.

Étoile de nacre,
Laisse-moi être bonne,
Ordonne qu’on enferme
Mon sablier
Derrière ces barreaux.

Yo haré lo que mandes
Rey de los luceros
Y cuando él diga:
« Que la lleven presa »
Le diré: « te quiero ».

Je t’obéirai,
Roi des astres.
Et quand il ordonnera :
« Qu’on la jette en prison »
Je lui dirai : « Je t’aime ».

El día que nací yo
¿Qué planeta reinaría?
Por donde quiera que voy
¿Qué mala estrella me guía?

Sous quelle planète
Suis-je née ?
Quelle mauvaise étoile
Me guide où que j’aille ?
Antonio Quintero Ramírez (1895-1977) & Manuel Desco Sanz [pseudonyme de Pascual Guillén Aznar] (1891-1972). El día que nací yo (1935).
Antonio Quintero Ramírez (1895-1977) & Manuel Desco Sanz [pseudonyme de Pascual Guillén Aznar] (1891-1972). Le jour où je suis née, traduit de El día que nací yo (1935) par L. & L.

Rodrigo Cuevas
Manual de cortejo (2019)

Rodrigo Cuevas. Manual De Cortejo, Rodrigo Cuevas ronda a Raül Refree. Espagne : Aris Música, 2019.Manual De Cortejo / Rodrigo Cuevas ronda a Raül Refree. — Production : Espagne : El Cohete Internacional, ℗ 2019.

CD : Aris Música, 2019. — CD019. EAN 8429006488247.
Voir la notice dans Discogs.

La chanson de Margaret Le Coz

31 mars 2021

« Margaret Le Coz. Le Coz en deux mots.
— Vous habitez dans le quartier ?
— Non. Du côté d’Auteuil. »
[…]
Bosmans était surpris par sa voix calme, cette manière paisible et lente de marcher, comme pour une promenade, cette apparente sérénité qui contrastait avec le sparadrap au-dessus de l’arcade sourcilière et la tache de sang sur l’imperméable. […]
« Margaret Le Coz, c’est breton ?
— Oui.
— Vous êtes née en Bretagne ?
— Non. À Berlin. »
Patrick Modiano. L’horizon (2010). Dans : Romans / Patrick Modiano, Gallimard, impr. 2014 (Quarto), ISBN 978-2-07-013956-9, page 992.

Germaine Montero (1909-2000)La chanson de Margaret. Pierre Mac Orlan, paroles ; Vincent Marceau, musique.
Germaine Montero, chant ; accompagnement d’orchestre ; Philippe-Gérard, direction ; Henri Crolla, guitare.
France, 1952.

L’après-midi où elle se présenta à l’agence Stewart, faubourg Saint-Honoré, elle attendit longtemps avant d’être reçue par un blond d’une cinquantaine d’années aux petits yeux bleus. Il s’assit à son bureau et l’observa un moment d’un œil attentif et froid de maquignon. Elle restait debout, gênée. Ce type allait peut-être lui dire d’une voix sèche : Déshabillez-vous. Mais il lui désigna un fauteuil de cuir, en face de lui.
« Vos nom et prénom ? »
Il avait pris une fiche et décapuchonné son stylo.
« Margaret Le Coz. »
D’habitude on lui demandait : en deux mots ? Ou bien : vous êtes bretonne ? Mais le blond écrivit son nom sur la fiche sans rien lui dire.
Patrick Modiano. L’horizon (2010). Dans : Romans / Patrick Modiano, Gallimard, impr. 2014 (Quarto), ISBN 978-2-07-013956-9, page 1034.

Le Havre

30 mars 2021

Roberto Piazza (Little Bob) et André Wilms dans « Le Havre » (2011), film de Aki Kaurismäki
Roberto Piazza (Little Bob) et André Wilms dans « Le Havre » (2011), film de Aki Kaurismäki

Dans Le Havre, le film de Kaurismäki, il y a Little Bob qui tient son propre rôle — ou, pour plus d’exactitude : il y a Roberto Piazza qui tient le rôle de Little Bob, ce même rôle qu’il tient sur les scènes où il se produit avec son groupe de rock. En le voyant dans ce film, surtout dans le café désert où il est assis au comptoir, devant des verres vides, à ressasser la perte de sa Mimie, ou bien quand un peu plus tard, au même endroit, Mimie vient l’apaiser, il vous a certainement, comme à moi, été révélé comme par suite d’une effusion de l’Esprit-Saint combien Marguerite Duras lui ressemblait.

On ne trouve pas, sur les plateformes habituelles, de vidéos montrant ces scènes. On ne trouve que la séquence du concert, dans laquelle l’identité entre M.D. et Little Bob apparaît avec moins de fulgurance, quoique la ressemblance y reste flagrante.

Le Havre (2011). Extrait. Aki Kaurismäki, réalisation, scénario & dialogues.
Distribution : André Wilms (Marcel Marx) ; Kati Outinen (Arletty Marx, la femme de Marcel) ; Jean-Pierre Darroussin (le commissaire Monet) ; Blondin Miguel (Idrissa Saleh, le jeune clandestin) ; …
Production : Finlande : Sputnik Oy et YLE ; France : Pyramide Productions ; Allemagne : Pandora Filmproduktion GmbH, 2011. Date de sortie : 2011.

Chanson :
Little BobLibero. Roberto Piazza, paroles & musique.
Little Bob (Roberto Piazza), chant ; Gilles Mallet, guitare ; Bertrand Couloume, basse ; Nicolas Noël, claviers ; Nico Garotin, batterie.

Le Havre est situé en face de Trouville, n’est-ce pas ? On le voit depuis Les Roches Noires, sauf par mauvais temps : « La mer est dans les embruns, enfouie. On ne voit plus Le Havre ni la longue procession des pétroliers arrêtés devant le port d’Antifer. » (L’été 80 [1981]. Dans : Marguerite Duras. Œuvres complètes III, Gallimard, impr. 2014 (Bibliothèque de la Pléiade ; 596), ISBN 978-2-07-012229-5, page 810.)

Je découvre en outre qu’au répertoire de Little Bob figure un morceau intitulé Outside. Il n’y a donc pas à discuter.

Vous voyez, quelquefois je faisais des articles pour les journaux. De temps en temps j’écrivais pour le dehors, quand le dehors me submergeait, quand il y avait des choses qui me rendaient folle, outside, dans la rue – ou que je n’avais rien de mieux à faire. Ça arrivait.
J’ai donc écrit des articles dans les journaux pour diverses raisons. La première étant sans doute en effet de sortir de ma chambre.
Marguerite Duras (1914-1996). Outside (1981). Albin Michel, impr. 1981 (Collection « Illustrations »), ISBN 2-226-01098-X, page 11.

Marguerite Duras (1914-1996). Photo © Hélène Bamberger - Éditions de Minuit

Par-delà les étoiles

28 mars 2021

Sur le bureau (27 mars 2021)

Cette séparation définitive et noire
Comme toi je la porte en moi.
Pourquoi pleurer ? Reviens plutôt me voir
Dans mes rêves, promets-le moi.
Toi et moi, comme des montagnes,
Nous n’allons plus nous rencontrer…
Puisses-tu seulement à l’heure de minuit
Me faire un signe par-delà les étoiles.
1946
Anna Akhmatova (1889-1966). En rêve, traduit de Во сне [vo sne] (1946). Extrait de : L’églantier fleurit, traduit de Шиповник цветет [Šipovnik tsvetet] par Sophie Benech. Dans : L’hôte venu du futur / Anna Akhmatova, traduit du russe et présenté par Sophie Benech, Éditions Interférences, DL 2020, bilingue russe-français, ISBN 978-2-909589-43-5, page 33.

Черную и прочную разлуку
Я несу с тобой наравне.
Что ж ты плачешь? Дай мне лучше руку,
Обещай опять прийти во сне.
Мне с тобою как горе с горою…
Мне с тобой на свете встречи нет.
Только б ты полночною порою
Через звезды мне прислал привет.
1946
Анна Ахматова [Anna Akhmatova] (1889-1966). Во сне [vo sne]. Extrait de : Шиповник цветет [Šipovnik tsvetet].

Kauas pilvet karkaavat (1996). Extrait. Aki Kaurismäki, réalisation & scénario ; Jacques Prévert, dialogues ; Shelley Fisher, musique. Titre français : Au loin s’en vont les nuages.
Distribution : Kati Outinen (Ilona) ; Kari Väänänen (Lauri) ; Elina Salo (Madame Sjöholm) ; Sakari Kuosmanen (Melartin) ; Markus Allan (chanteur) ; …
Production : Finlande, Sputnik Oy, 1996. Sortie : France, 1996.
Chanson :

Markus Allan (né en 1945)Kohtalon tuulet. Pauli Ylitalo, paroles ; Taisto Wesslin, musique. Traduction française du titre : Les vents du destin.
Markus Allan, chant ; accompagnement d’orchestre ; Markus Allan, direction.
Finlande, ℗ 1996.

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Sur le bureau (27 mars 2021)

Le loup n’y était pas

26 mars 2021

Exposition Viva Gino ! Une vie dans l'art, musée des Abattoirs, Toulouse, 2020.
Exposition Viva Gino ! Une vie dans l’art, musée des Abattoirs, Toulouse, 2020.

J’étais partie ce matin, au bois
Pour toi, mon amour, pour toi
Cueillir les premières fraises des bois
Pour toi, mon amour, pour toi
Je t’avais laissé encore endormi
Au creux du petit jour
Je t’avais laissé encore endormi
Au lit de notre amour
J’ai pris, tu sais, le petit sentier
Que nous prenions quelquefois
Afin de mieux pouvoir nous embrasser
En allant tous les deux au bois
Il y avait des larmes de rosée
Sur les fleurs des jardins
Oh, que j’aime l’odeur du foin coupé
Dans le petit matin
Seule, je me suis promenée au bois
Tant pis pour moi, le loup n’y était pas
Pour que tu puisses en te réveillant
Me trouver contre toi
J’ai pris le raccourci à travers champs
Et bonjour, me voilà
J’étais partie, ce matin, au bois
Bonjour, mon amour, bonjour
Voici les premières fraises des bois
Pour toi, mon amour, pour toi…
Barbara (1930-1997). Ce matin-là (1963).

Barbara (1930-1997)Ce matin-là. Barbara, paroles ; Barbara & Liliane Benelli, musique.
Barbara, chant ; instrumentistes non crédités.
Vidéo : extrait de l’émission Discorama du 3 avril 1963. Production : France, RTF [Radiodiffusion-télévision Française], 1963.

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Exposition Viva Gino ! Une vie dans l'art, musée des Abattoirs, Toulouse, 2020.

Équinoxe

21 mars 2021

Et pourtant comme la vie était belle, ce printemps-là…

Patrick Modiano. Livret de famille (1977). Dans : Romans / Patrick Modiano, Gallimard, DL 2013 (Quarto), ISBN 978-2-07013956-9. Page 279.

Amália Rodrigues (1920-1999)Primavera. David Mourão-Ferreira, paroles ; Pedro Rodrigues, musique (Fado Primavera).
Amália Rodrigues, chant ; Raul Nery & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare classique ; Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : studio Valentim de Carvalho, (Paço d’Arcos, Portugal), mars-avril 1967.
Première publication : album Fados 67 / Amália Rodrigues. Portugal, Columbia, ℗ 1967. Réédition : album Fados 67. Portugal : Edições Valentim de Carvalho, 2017.


Todo o amor que nos prendera
como se fora de cera
se quebrava e desfazia.
Ai funesta primavera!
Quem me dera, quem nos dera
ter morrido nesse dia.

Tout l’amour qui nous avait emprisonnés,
Comme s’il était fait de cire,
Se brisait et se défaisait.
Hélas, printemps funeste !
Comme je voudrais être morte,
Que nous soyons morts ce jour-là !

E condenaram-me a tanto
viver comigo meu pranto
viver, viver e sem ti
vivendo sem no entanto
eu me esquecer desse encanto
que nesse dia perdi.

On m’a condamnée à cette peine
De vivre, avec mes larmes,
De vivre, de vivre sans toi,
De vivre, sans que jamais
Je puisse oublier cet enchantement
Que j’ai perdu ce jour-là.

Pão duro da solidão
é somente o que nos dão
o que nos dão a comer
que importa que o coração
diga que sim ou que não
se continua a viver.

Pain sec de la solitude,
Voilà tout ce qu’on nous donne
Ce qu’on nous donne à manger.
Qu’importe que le cœur
Dise oui ou dise non
Puisqu’il continue à vivre !

Todo o amor que nos prendera
se quebrara e desfizera
em pavor se convertia.
Ninguém fale em primavera!
Quem me dera, quem nos dera
ter morrido nesse dia!

Tout l’amour qui nous avait emprisonnés,
S’était brisé et défait
Et se changeait en effroi.
Qu’on ne me parle pas du printemps !
Comme je voudrais être morte,
Que nous soyons morts ce jour-là !
David Mourão-Ferreira (1927-1996). Primavera (1953).
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David Mourão-Ferreira (1927-1996). Printemps, traduit de : Primavera (1953) par L. & L.

U Stambolu na Bosforu

19 mars 2021

Dafné KritharasU Stambolu na Bosforu. Paroles & musique traditionnelles (Bosnie, Bosnie-Herzégovine).
Dafne Kritharas, chant ; Camille El Bacha, piano ; Matthias Courbaud, contrebasse.
France : Lior Editions, ℗ 2020.
Vidéo : Ian Vandooren & Lucas Vandooren, réalisation. Lieu du tournage : Château de Menthon-Saint-Bernard (Haute-Savoie, France). France, 2021.

De même que Lisbonne a engendré le fado, la Bosnie a produit la sevdalinka (ou sevdah), en souvenir de son passé ottoman : en turc, sevda désigne l’amour brûlant, passionné jusqu’à la douleur. Traditionnellement, la sevdalinka est chantée par des hommes.

U Stambolu na Bosforu (« À İstanbul près du Bosphore »), dont l’auteur est inconnu, évoque en langue bosniaque les derniers instants d’un vieux pacha. Entouré de ses fidèles serviteurs en prière — qu’il prend soin, en guise de cadeau d’adieu, de gratifier chacun « d’au moins sept femmes » de son harem —, il rend l’âme en versant une larme. À cette triste nouvelle, son épouse bien aimée pleure elle aussi — et tombe morte.

Voici trois interprétations de U Stambolu na Bosforu, dont deux — contrairement à la tradition — par des femmes : celle (ci-dessus) de Daphné Kritharas, française d’ascendance paternelle grecque, qui s’est spécialisée dans un répertoire de musiques issues des anciennes régions ottomanes, puis celle de la grande Amira Medunjanin, vedette bosniaque de la sevdalinka, dont plusieurs albums ont été réalisés en collaboration avec Bojan Z, le pianiste de jazz serbo-français. La troisième, un peu plus ancienne, exécutée par Safet Isović (1936-2007), autre vedette du genre, est plus traditionnelle.

Amira MedunjaninU Stambolu na Bosforu. Paroles & musique traditionnelles (Bosnie, Bosnie-Herzégovine).
Vidéo : Extrait de l’émission Dalibor Petko show du 21 avril 2019. Production : Croatie, CMC TV (Croatian Music Channel), 2019.
Amira Medunjanin, chant ; Ante Gelo, guitare.

Safet Isović (1936-2007)U Stambolu na Bosforu. Paroles & musique traditionnelles (Bosnie, Bosnie-Herzégovine).
Vidéo : Bosnie-Herzégovine : Sevdah TV, sans date.
Bande-son extraite de l’album Legenda o Bosni / Safet Isović. Safet Isović, chant ; Faruk H. Jažić, arrangements et direction. Enregistrement : Studio Bosnaton, Sarajevo (Bosnie-Herzégovine).
Bosnie-Herzégovine : Bosnaton, ℗ 2003.