Je me souviens Des jours anciens
Il y a quelqu’un.
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Il n’y a plus personne.
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Ainsi passe la gloire du monde.
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Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon cœur
D’une langueur
Monotone.Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleureEt je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.Paul Verlaine (1844-1896). Chanson d’automne, dans : Poèmes saturniens (1866).
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V’là l’rideau rouge qui bouge

Église Saint-Jean, Saluces (province de Coni, Piémont, Italie) = Chiesa di San Giovanni, Saluzzo (Cuneo, Piemonte, Italia)
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Charles Trenet (1913-2001) • Moi, j’aime le music-hall. Charles Trenet, paroles et musique.
Charles Trenet, chant ; accompagnement d’orchestre ; Guy Luypaerts, direction.
France, ℗ 1955.
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Moi j’aime le music-hall
Ses jongleurs, ses danseuses légères
Et le public qui rigole
Quand il voit des petits chiens blancs portant faux col.
Moi, j’aime tous les samedis,
Quand Paris allume ses lumières,
Prendre vers huit heures et demie
Un billet pour être assis
Au troisième rang, pas trop loin,
Et déjà v’là le rideau rouge
Qui bouge, qui bouge, bouge,
L’orchestre attaque un air ancien du temps de Mayol
Bravo c’est drôle, c’est très drôle !
Ça c’est du bon souvenir,
Du muguet qui ne meurt pas, cousine !
Ah ! comme elles poussaient des soupirs,
Les jeunes fillettes d’antan,
Du monde ou d’l’usine,
Qui sont devenues à présent
De vieilles grand-mamans !
Ce fut vraiment Félix Mayol,
Le bourreau des cœurs de leur music-hall.Mais depuis mille neuf cent
Si les jongleurs n’ont pas changé,
Si les petits toutous frémissants
Sont restés bien sages sans bouger
Debout dans une pose peu commode,
Les chansons ont connu d’autres modes.
Et s’il y a toujours Maurice Chevalier,
Édith Piaf, Tino Rossi et Charles Trenet,
Il y a aussi et Dieu merci,
Patachou, Brassens, Léo Ferré.Moi, j’aime le music-hall !
C’est le refuge des chanteurs poètes,
Ceux qui se montent pas du col
Et qui restent pour ça de grandes gentilles vedettes.
Moi j’aime Juliette Gréco,
Mouloudji, Ulmer, les Frères Jacques,
J’aime à tous les échos,
Charles Aznavour, Gilbert Bécaud.
J’aime les boulevards de Paris
Quand Yves Montand qui sourit
Les chante et ça m’enchante !
J’adore aussi ces grands garçons
De la chanson,
Les Compagnons,
Ding, ding, dong !
Ça c’est du music-hall,
On dira tout c’qu’on peut en dire,
Mais ça restera toujours toujours l’école
Où l’on apprend à mieux voir,
Entendre, applaudir, à s’émouvoir
En s’fendant de larmes ou de rire.
Voilà pourquoi, la, do, mi, sol,
J’aim’rai toujours le music-hall
J’aim’rai toujours, toujours, toujours,
Toujours, toujours, le music-hall.
Charles Trenet (1913-2001). Moi, j’aime le music-hall (1955).
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Temps perdu

Albergo del Tempo Perduto, Bagolino (province de Brescia, Lombardie, Italie), 2 juillet 2021.
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Je venais de comprendre pourquoi le duc de Guermantes, dont j’avais admiré, en le regardant assis sur une chaise, combien il avait peu vieilli bien qu’il eût tellement plus d’années que moi au-dessous de lui, dès qu’il s’était levé et avait voulu se tenir debout, avait vacillé sur des jambes flageolantes comme celles de ces vieux archevêques sur lesquels il n’y a de solide que leur croix métallique et vers lesquels s’empressent les jeunes séminaristes, et ne s’était avancé qu’en tremblant comme une feuille sur le sommet peu praticable de quatre-vingt-trois années, comme si les hommes étaient juchés sur de vivantes échasses grandissant sans cesse, parfois plus hautes que des clochers, finissant par leur rendre la marche difficile et périlleuse, et d’où tout d’un coup ils tombent. Je m’effrayais que les miennes fussent déjà si hautes sous mes pas, il ne me semblait pas que j’aurais encore la force de maintenir longtemps attaché à moi ce passé qui descendait déjà si loin, et que je portais si douloureusement en moi ! Si du moins il m’était laissé assez de temps pour accomplir mon œuvre, je ne manquerais pas de la marquer au sceau de ce Temps dont l’idée s’imposait à moi avec tant de force aujourd’hui, et j’y décrirais les hommes, cela dût-il les faire ressembler à des êtres monstrueux, comme occupant dans le Temps une place autrement considérable que celle si restreinte qui leur est réservée dans l’espace, une place, au contraire, prolongée sans mesure, puisqu’ils touchent simultanément, comme des géants, plongés dans les années, à des époques vécues par eux, si distantes — entre lesquelles tant de jours sont venus se placer — dans le Temps.
Marcel Proust (1871-1922). Le temps retrouvé, 7e partie de À la recherche du temps perdu (1927, première publication).
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Sergio Cammariere • Tempo perduto. Roberto Kunstler, paroles ; Sergio Cammariere, musique.
Sergio Cammariere, chant & piano ; autres instrumentistes non identifiés.
Vidéo : Manetti Bros. (Marco Manetti & Antonio Manetti), réalisation. Rome, avril 1998.
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Tempo, perduto tempo
Piazza Navona come altri cento
Giorni di vento, vento e fontane
Segnano il tempo con le campane
Temps, temps perdu,
Place Navone comme cent autres
Jours de vent, vent et fontaines
Avec les cloches, scandent le temps.
Tempo da noi sconfitto
L’ultimo raggio da un cielo fitto
Castigo nero, puntuale
Piove sopra a un ospedale
E dolcemente sulla via
Temps, que nous avons vaincu.
Du haut d’un ciel épais, un dernier rayon,
Noir châtiment, ponctuel,
Pleut sur un hôpital
Et doucement sur la rue.
Tempo, mondo di sogno
Mezze creature superumane
Sento chitarre, gatti suonare
E lancinanti come zanzare
Temps, monde de rêve
Demies créatures surhumaines
J’entends jouer des guitares, des chats
Lancinants comme des moustiques.
Tempo, sembra leggero
Poi d’improvviso tutto è importante
Ogni dettaglio significante
Può divenire significato
Temps, à l’air léger
Et puis soudain tout prend de l’importance,
Tout détail signifiant
Peut devenir signifié.
Ed ora non c’è patria e non c’è Dio
Ma ci sei tu, ci sono io
E tutto il resto sembra caos, sembra niente
À présent il n’y a ni patrie ni Dieu,
Mais il y a toi, il y a moi
Et tout le reste paraît chaos, néant.
Tempo, lascia passare
Questo tempo che forse stanotte ci fa cantare
Temps, laisse s’écouler
Ce temps qui ce soir peut-être
Nous fait chanter.
Tempo, basta parlare
Solo ascoltare quello che hai dentro
Ma prima che il fuoco del tutto sia spento
Trova una strada e battila in fondo
Temps, assez parlé,
Écoute ce que tu as en toi.
Mais avant que le feu ne s’éteigne
Trouve une route et suis-la jusqu’au bout.
Tempo ci lascia muti
Ad osservare i nostri errori
Tempo, fermare il tempo!
Sarebbe a dire l’eternità
Temps, qui nous laisse, sans voix,
Observer nos erreurs.
Temps, arrêter le temps !
Ce serait comme dire : l’éternité.
Ed ora non c’è patria e non c’è Dio
Ma ci sei tu, ci sono io
E tutto il resto sembra caos, sembra niente
À présent il n’y a ni patrie ni Dieu,
Mais il y a toi, il y a moi
Et tout le reste paraît chaos, néant.
Tempo, lascia passare
Questo tempo che forse stanotte ci fa cantare
Temps, laisse s’écouler
Ce temps qui ce soir peut-être
Nous fait chanter.
Roberto Kunstler. Tempo perduto.
.Roberto Kunstler. Temps perdu, trad. par L. & L. de Tempo perduto.
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Angélique Ionatos
Voici bien l’une des nouvelles les plus tristes de cette année disgracieuse : la mort d’Angélique Ionatos, annoncée hier.
Son album le plus célèbre, le splendide Sappho de Mytilène (1991), enregistré en duo avec Néna Venetsánou, est constitué de poèmes de Sappho ― traduits en grec moderne par Odysséas Elýtis ―, choisis et mis en musique par elle-même.
C’est de cet album qu’est extrait Πάλι πάλι ο έρωτας` [Páli páli o érōtas] : À nouveau, à nouveau l’amour.
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À lire :
- Eric Delhaye. La chanteuse Angélique Ionatos s’est éteinte, sa tragique lumière subsiste, dans : Télérama (en ligne), 8 juillet 2021.
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Angélique Ionatos (Αγγελική Ιονάτου) (1954-2021) & Νένα Βενετσάνου [Néna Venetsánou] • Πάλι πάλι ο έρωτας` [Páli páli o érōtas]. Poème de Σαπφώ [Sapphṓ], adapté en grec moderne par Οδυσσέας Ελύτης [Odysséas Elýtis] ; Angélique Ionatos, musique.
Angélique Ionatos, chant, guitare ; Νένα Βενετσάνου [Néna Venetsánou], chant ; Henri Agnel, oud, percussion, zarb ; Christian Boissel, synthétiseur, hautbois, flûte ; Jean-François Roger, tabla, vibraphone, percussion ; Bruno Sansalone, clarinette, clarinette basse ; Christian Boissel, arrangements.
Enregistrement : 1990.
Extrait de l’album Sappho de Mytilène / Angélique Ionatos, Néna Venetsanou. France, ℗ 1991.
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Πάλι πάλι ο έρωτας` ο έρωτας με παιδεύει
και πώς να τον παλέψω Ατθίδα μου` που
αυτός με τα φαρμάκια και τις γλύκες του
μου κόβει τα ήπατα το τέρας!
κι εσύ πάει με βαρέθηκες`
κάνεις φτερά το ξέρω για την Ανδρομέδα
ποια `ναι λοιπόν αυτή που σε ξετρέλανε
η χωριάτα που μήτε
καν πώς να κρατήσει το φουστάνι της πάνω
από τον αστράγαλο δεν ξέρει;
Eros encore, le délieur de membres,
me secoue, doux-amer invincible animal.
Atthis, il t’est devenu odieux de penser
à moi, et vers Andromède tu voles.
Eros qui donne la douleur
Eros qui tisse les mensonges
Eros encore a ébranlé mon cœur
comme un vent de montagne s’abattant sur les chênes.
Σαπφώ [Sapphṓ] (0612?-0557? av. J.-C.). Adaptation en grec moderne : Οδυσσέας Ελύτης [Odysséas Elýtis] (1911-1996). Για την Ατθίδα.
.Σαπφώ [Sapphṓ] (0612?-0557? av. J.-C.). De nouveau l’amour, traduction partielle de Pascal Charvet, extraite de : Sappho, Poèmes et fragments, la Délirante, 1989. Reproduit dans le livret d’accompagnement de l’album Sappho de Mytilène / Angélique Ionatos, Néna Venetsanou. France, Auvidis, ℗ 1991.
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Amália Rodrigues • Fado, não sei quem és
Ó fado
Torturado,
Tão magoado,
Quem te fez?
Ó fado,
Não sei quem és!
José Galhardo (1905-1967). Fado, não sei quem és, du film Fado, história d’uma cantadeira (1947).Ô fado
Torturé
Si plein de peine,
Qui t’a créé ?
Ô fado,
Je ne sais pas qui tu es !
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À plusieurs reprises, Amália Rodrigues a été employée comme actrice dans des films où elle tenait parfois le rôle principal. Le plus souvent elle y chantait. C’est le cas dans Fado, história d’uma cantadeira (« Fado, histoire d’une chanteuse »), un film à grand succès de 1947 dont le public d’alors pensait qu’il racontait sa propre histoire. Elle y incarnait Ana Maria, une fadiste d’origine modeste devenue subitement célèbre et riche et qui abandonne son ancien milieu (et son amoureux).
C’est le fameux Fado de cada um, de Frederico de Freitas (1902-1980), qui sert de leitmotiv musical au film. Mais c’est avec Fado, não sei quem és (« Fado, je ne sais pas qui tu es »), du même compositeur, que le personnage d’« Ana Maria » fait ses débuts au théâtre, dans un long plan-séquence qui accompagne la chanteuse depuis le fond du décor jusqu’à l’avant-scène pendant la quasi-totalité de la durée du fado lui-même. Cette scène, pour laquelle il fallait créer un vrai décor de théâtre a, paraît-il, coûté fort cher à la production du film.
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Fado, história d’uma cantadeira (1947). Extrait. Perdigão Queiroga, réalisation & scénario ; Armando Vieira Pinto, idée originale & dialogues ; Frederico de Freitas & Jaime Mendes, musique.
Distribution : Amália Rodrigues (Ana Maria) ; Virgílio Teixeira (Júlio Guitarrista) ; Vasco Santana (Joaquim Marujo) ; António Silva (Chico Fadista)…
Production : Portugal : Lisboa Filmes, 1947. Sortie : 1947 (Portugal).
Fado :
Fado, não sei quem és. José Galhardo, paroles ; Frederico de Freitas, musique.
Amália Rodrigues, chant ; [Jaime Santos, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare]. Portugal, 1947.
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Ó fado
Torturado,
Tão magoado,
Quem te fez?
Ó fado,
Não sei quem és!
Só sei
Que ouvi-te um dia e chorei
E ao encontrar-te encontrei
A voz do amor português.
Ô fado
Torturé
De tant de peines,
Qui t’a créé ?
Ô fado,
Je ne sais pas qui tu es !
Mais je sais
Qu’un jour en t’entendant j’ai pleuré
Et qu’en te trouvant j’ai trouvé
La voix de l’amour portugais.
Ó vida
Condoída,
Se eu dorida
Vou cantar,
Ó vida,
Vens-me falar
E a sós,
Quando o luar canta em nós,
Na voz do fado oiço a voz
Da minha vida a chorar.
Ô vie
Compatissante,
Si je suis triste
Quand je vais chanter,
Ô vie,
Tu viens me parler
Et seule
Quand le clair de lune chante en moi,
Dans la voix du fado j’entends la voix
De ma vie qui pleure.
Meu sonho
Tão risonho
Que eu suponho
Nem sonhar,
Meu sonho,
Quero acordar,
Volver
De novo ao fado e sofrer,
Porque sofrer é viver
E eu vivo e sofro a cantar.
Mon rêve,
Si souriant
Que je ne crois
Même pas rêver,
Mon rêve,
Je veux me réveiller,
Revenir
Au fado et souffrir,
Parce que souffrir est vivre
Et qu’en chantant, je souffre et je vis.
José Galhardo (1905-1967). Fado, não sei quem és, du film Fado, história d’uma cantadeira (1947).
.José Galhardo (1905-1967). Fado, je ne sais pas qui tu es, trad. par L. & L. de Fado, não sei quem és, du film Fado, história d’uma cantadeira (1947).
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Thibaut Pez & The Man Inside Corrine • India Song
Thibaut Pez & The Man Inside Corrine • India song. Marguerite Duras, paroles ; Carlos d’Alessio, musique.
Thibaut Pez & The Man Inside Corrine, chant ; Thibaut Pez, production et mixage.
Vidéo : Julien Kojfer, réalisation. France, 2021.
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Quelqu’un a écrit, en commentaire de cette vidéo dans un groupe Facebook consacré à Marguerite Duras : « J’en connais deux qui doivent se retourner dans leur tombe. »
Mais dans sa tombe, on ne se retourne pas. C’est trop tard. Du reste, si l’autrice de ce commentaire pense que M.D. et Jeanne Moreau se seraient offusquées de cet hommage, il me semble qu’elle est dans l’erreur.
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Jeanne Moreau (1928-2017) • India song. Marguerite Duras, paroles ; Carlos d’Alessio, musique.
Jeanne Moreau, chant ; Karel Trow, arrangements et direction.
France, ℗ 1975.
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Au milieu de la foule
En medio de la multitud le vi pasar, con sus ojos tan rubios como la cabellera. Marchaba abriendo el aire y los cuerpos; una mujer se arrodilló a su paso. Yo
sentí cómo la sangre desertaba mis venas gota a gota.
Vacío, anduve sin rumbo por la ciudad. Gentes extrañas pasaban a mi lado sin verme. Un cuerpo se derritió con leve susurro al tropezarme. Anduve más y más.
No sentía mis pies. Quise cogerlos en mi mano y no hallé mis manos; quise gritar, y no hallé mi voz. La niebla me envolvía.
Me pesaba la vida como un remordimiento; quise arrojarla de mí. Mas era imposible, porque estaba muerto y andaba entre los muertos.
Luis Cernuda (1902-1963). En medio de la multitud, extrait de : Los placeres prohibidos (1931).Au milieu de la foule je le vis passer, les yeux aussi blonds que la chevelure. Il marchait fendant l’air et les corps ; une femme s’agenouilla à son passage. Moi je sentis le sang déserter mes veines goutte à goutte.
Vide, je marchais sans but dans la ville. Des étrangers passaient à mes côtés sans me voir. Un corps fondit avec un léger murmure en me heurtant. Je marchais, je marchais toujours.
Je ne sentais pas mes pieds. Je voulus les prendre dans mes mains, et ne trouvai pas mes mains ; je voulus crier, et ne trouvai pas ma voix. Le brouillard m’enveloppait.
La vie me pesait comme un remords ; je voulus m’en défaire. Mais c’était impossible, car j’étais mort et je marchais parmi les morts.
Luis Cernuda (1902-1963). Au milieu de la foule, traduit de En medio de la multitud (1931) par Jacques Ancet. Dans : Luis Cernuda. Les Plaisirs interdits, traduits par Jacques Ancet, Éditions Fata Morgana, 1981 (Dioscures). Texte original espagnol et traduction française.
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Édith Piaf (1915-1963) • La foule. Michel Rivgauche, paroles ; Ángel Cabral, musique. La musique est celle de Que nadie sepa mi sufrir (1936), une « valse péruvienne », paroles originales de Enrique Dizeo.
Édith Piaf, chant ; accompagnement d’orchestre ; Robert Chauvigny, direction. Enregistrement public : Paris, Olympia, février 1958.
Extrait de l’album Édith Piaf à l’Olympia. N° 3. France, ℗ 1958.
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À noter que Fria claridade, un fado du répertoire d’Amália Rodrigues (poème de Pedro Homem de Mello), porte sur ce même thème de la rencontre accidentelle, éblouissante et éphémère, au sein d’une foule en mouvement qui reprend aussitôt ce qu’elle semblait avoir donné. Cette foule comme un dieu tout-puissant.
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Je revois la ville en fête et en délire,
Suffoquant sous le soleil et sous la joie
Et j’entends dans la musique les cris, les rires
Qui éclatent et rebondissent autour de moi.Et perdue parmi ces gens qui me bousculent,
Étourdie, désemparée, je reste là,
Quand soudain, je me retourne, il se recule
Et la foule vient me jeter entre ses bras.Emportés par la foule qui nous traîne, nous entraîne
Écrasés l’un contre l’autre, nous ne formons qu’un seul corps
Et le flot sans effort nous pousse, enchaînés l’un et l’autre
Et nous laisse tous deux épanouis, enivrés et heureux.Entraînés par la foule qui s’élance et qui danse une folle farandole,
Nos deux mains restent soudées
Et parfois soulevés, nos deux corps enlacés s’envolent
Et retombent tous deux épanouis, enivrés et heureux.Et la joie éclaboussée par son sourire
Me transperce et rejaillit au fond de moi
Mais soudain je pousse un cri parmi les rires
Quand la foule vient l’arracher d’entre mes bras.Emportés par la foule qui nous traîne, nous entraîne,
Nous éloigne l’un de l’autre, je lutte et je me débats,
Mais le son de ma voix s’étouffe dans les rires des autres
Et je crie de douleur, de fureur et de rage et je pleure.Et traînée par la foule qui s’élance et qui danse une folle farandole
Je suis emportée au loin
Et je crispe mes poings, maudissant la foule qui me vole
L’homme qu’elle m’avait donné et que je n’ai jamais retrouvé.
Michel Rivgauche (1923-2005). La foule (1957).
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Marie Laforêt • Tu fais semblant & Che male c’è?
Me voici pris d’un accès de ferveur pour Marie Laforêt, tout à coup. C’est à dire que j’aimais beaucoup ses chansons anciennes, les premières. En 1964 (je crois), j’avais acheté avec mon argent de poche le disque 45 tours, avec quatre chansons comme ça se faisait alors, sur lequel figurait Les vendanges de l’amour qui passait beaucoup à la radio. Les trois autres chansons ne passaient jamais ; elles ne ressemblaient pas à la variété française de cette époque et relevaient d’un style de musique folk qui ne deviendrait à la mode qu’un peu plus tard. Elles étaient intrigantes et très belles — notamment la première sur le disque, qui s’appelait Tu fais semblant.
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Marie Laforêt (1939-2019) • Tu fais semblant. Michel Jourdan, paroles ; Danyel Gérard, musique.
Marie Laforêt, chant ; accompagnement d’orchestre ; André Popp, arrangements & direction. France, ℗ 1963.
Vidéo : extrait de l’émission Toute la chanson, diffusée le 24 juin 1963. Production : France, Radiodiffusion-Télévision Française (RTF), 1963.
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L’année même de la publication du disque en France est paru en Italie un disque avec deux chansons seulement : les versions italiennes de Les vendanges de l’amour (« La vendemmia del amore ») et de Tu fais semblant (« Che male c’è »).
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Marie Laforêt (1939-2019) • Che male c’è?. Daniele Pace, paroles italiennes ; Danyel Gérard, musique. Adaptation de Tu fais semblant. Michel Jourdan, paroles originales françaises.
Marie Laforêt, chant ; accompagnement d’orchestre ; André Popp, arrangements & direction.
Italie, 1963.
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Voici les paroles, si vous voulez chanter avec. Elles sont un peu nunuches, mais sonnent très bien dans la voix singulière de Marie Laforêt.
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Che male c’è se mi perderai?
Che male c’è? Con un’altra andrai.
Che male c’è se ti perderò?
Che male c’è? Con un’altro andrò.
Qu’est-ce que ça peut faire si tu me perds ?
Qu’est-ce que ça peut faire ? Tu en trouveras une autre.
Qu’est-ce que ça peut faire si je te perds ?
Qu’est-ce que ça peut faire ? J’en trouverai un autre.
Ma poi vedrai che un giorno tu mi incontrerai
E rivedendo gli occhi miei ti pentirai.
Ti pentirai d’aver sciupato gli anni tuoi
E piangerai vicino a me.
Et tu verras qu’un jour tu me rencontreras,
Et qu’en voyant mes yeux tu regretteras.
Tu regretteras d’avoir perdu toutes ces années
Et tu pleureras près de moi.
Se piangerai ti perdonerò,
Se piangerò mi perdonerai.
Che male c’è? tornerò da te.
Che male c’è? tornerai da me.
Si tu pleures je te pardonnerai,
Si je pleure tu me pardonneras.
Qu’est-ce que ça peut faire ? Je te retrouverai.
Qu’est-ce que ça peut faire ? Tu me retrouveras.
E poi vedrai che un giorno tu sorriderai
E la tua vita cambierà insieme a me.
Ti pentirai d’aver sciupato gli anni tuoi
E piangerai vicino a me.
Et tu verras qu’un jour tu souriras,
Et qu’avec moi ta vie changera.
Tu regretteras d’avoir perdu toutes ces années
Et tu pleureras près de moi.
Se piangerai ti perdonerò,
Se piangerò mi perdonerai.
Che male c’è se l’amore va?
Che male c’è? poi ritornerà.
Si tu pleures je te pardonnerai,
Si je pleure tu me pardonneras.
Qu’est-ce que ça peut faire si l’amour s’en va ?
Qu’est-ce que ça peut faire ? Il reviendra.
Daniele Pace (1935-1985). Che male c’è? (1963), adaptation italienne de Tu fais semblant (1963), paroles originales françaises de Michel Jourdan.
.Daniele Pace (1935-1985). Qu’est-ce que ça peut faire ?, trad. par L. & L. de Che male c’è? (1963), adaptation italienne de Tu fais semblant (1963), paroles originales françaises de Michel Jourdan.
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Marie Laforêt & Jacques Higelin • Saint-Tropez blues
Comme ils étaient jeunes ! Je ne savais pas qu’ils étaient amis d’enfance (plusieurs sites en font mention, dont la page Wikipédia consacrée à Marie Laforêt).
Comme on voit, le clip est sous-titré en japonais — une langue dans laquelle Saint-Tropez se dit : サントロペ , Marie Laforêt : マリー・ラフォレ, et Jacques Higelin : ジャック・ヒゲリン. (N’est-ce pas dans cette langue qu’on ne distingue pas le son « l » du son « r » ?)
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Saint-Tropez blues (1961). Extrait. Marcel Moussy, réalisation, scénario & dialogues ; Jean-Paul Rappeneau, adaptation ; Henri Crolla et André Hodeir, musique.
Distribution : Marie Laforêt (Anne-Marie) ; Jacques Higelin (Jean-Paul Andrel) ; Stéphane Audran (l’amie de Trabu) ; Fausto Tozzi (Trabu)…
Production : France : Champs-Elysées Productions & Majestic Films, 1959. Sortie : 1961 (France).
Chanson :
Saint-Tropez blues. Minnie Danzas, paroles ; Henri Crolla, musique.
Marie Laforêt, chant ; Jacques Higelin, guitare ; accompagnement d’orchestre ; André Hodeir, direction.
France, ℗ 1960.
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Fréhel • Le fils de la femme-poisson
Du malheur, y en a pour tout le monde.
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Fréhel (1891-1951) • Le fils de la femme-poisson. Charles Trenet, paroles & musique.
Fréhel, chant ; accompagnement d’orchestre ; Pierre Chagnon, direction. Enregistrement : 17 avril 1936.
Première publication : France, 1936.
………
Il pleut sur la foire,
Tout est aux abois,
Tirs et balançoires,
Manèges et chevaux de bois
Et j’entends l’histoire
D’un type un peu fou,
Qui dans la nuit noire
Me dit l’air très doux :Je suis le fils de la femme-poisson,
Ma tante était femme à barbe.
Mon grand père était homme-tronc,
Mon frère est dompteur de lions.
Ah ! Ah !
Et mon cousin tient une maison
De plaisir, près de Tarbes.
Il en a deux près de Toulon
Où ce qu’on joue de l’accordéon.
Voyez ils ont tous une belle situation
Mais moi, je ne suis qu’le fils d’la femme-poisson !J’aime et j’en suis bête,
Quel horrible amour,
J’aime la femme sans tête
Et je lui dis un jour :
« Écoute moi, mon âme,
Ne sois pas têtue ! »
Mais l’étrange dame
Vite m’a répondu :Tu n’es que le fils de la femme-poisson,
C’est pas assez, je l’regrette.
Ton grand père était homme-tronc,
Ton frère est dompteur de lions.
Ah ! Ah !
Moi j’veux un type qu’ait du pognon
Pour n’en faire qu’à ma tête.
J’veux une maison, des manteaux d’vison,
Des chapeaux, des combinaisons.
Repasse un jour si tu as une situation,
Mais maintenant tu n’es qu’le fils d’la femme-poisson !Depuis je m’délabre,
J’fais tous les métiers,
Avaleur de sabres,
Danseur et charcutier.
Mais j’ai beau m’débattre,
Rien ne m’réussit.
Ma vie est saumâtre,
Car toujours je suis…Je suis le fils de la femme-poisson,
Ma tante était femme à barbe.
Mon grand père était homme-tronc,
Mon frère est dompteur de lions.
Ah ! Ah !
Et mon cousin tient une maison
De plaisir, près de Tarbes.
Il en a deux près de Toulon
Où ce qu’on joue de l’accordéon.
Voyez ils ont tous une belle situation
Mais moi, je ne suis qu’le fils d’la femme-poisson !
Charles Trenet (1913-2001). Le fils de la femme-poisson (1935).
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