Les cloches de Lisbonne (Fado Madragoa)
C’est un souvenir très ancien, du temps où il n’y avait pas encore de télévision. Nous ne savions pas que la télévision existait, nous ne connaissions pas ce mot. Il n’y avait que la radio. Chez nous le poste était installé dans la cuisine : c’était un appareil encombrant mais sans majesté, rehaussé de deux gros boutons en façade, celui pour mettre en marche et pour régler le volume en bas à gauche, celui pour attraper une station à droite. Au-dessus, là où se trouverait l’écran sur une télévision, une pièce de tissu couleur ivoire, tendue comme un store mou qui cédait un peu quand on y appuyait le doigt, masquait les entrailles de la machine. Quand on allumait le poste, s’animait aussitôt un voyant d’un vert surnaturel semblable à un œil de monstre qui reprenait vie, tout en produisant un sifflement modulé évoquant un appel d’oiseau cosmique.
C’est surtout des dimanches matins que je me souviens, à l’heure du petit déjeuner : la radio passait les chansons à succès, dont certaines me sont restées en mémoire plus que d’autres. Je me souviens des Cloches de Lisbonne. Je m’en souviens bien, qui sait pourquoi : je n’avais que six ans.
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Maria Candido (1922-2017) • Les cloches de Lisbonne. Francis Blanche, paroles françaises ; Frederico Valério, musique. Adaptation de Fado Madragoa. João Bastos, paroles originales portugaises.
Maria Candido, chant ; accompagnement d’orchestre ; Armand Migiani, direction.
Vidéo : extrait de l’émission L’École des vedettes du 5 décembre 1959. Production : Radiodiffusion Télévision Française (RTF). France, 1959.
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Ce n’est que des dizaines d’années plus tard qu’à mon étonnement j’ai reconnu cette même mélodie des Cloches de Lisbonne, transfigurée par la voix incomparable d’Amália Rodrigues. Car Les cloches de Lisbonne — paroles de Francis Blanche — est l’adaptation française du Fado Madragoa composé par Frederico Valério (1913-1982) pour un film de 1952 intitulé Madragoa. Madragoa est le nom d’un quartier de Lisbonne, situé à l’ouest du noyau central de la capitale (on y trouve l’ambassade de France). Dans le film, le Fado Madragoa est interprété par l’actrice et fadiste Deolinda Rodrigues (1924-2015) — laquelle n’a aucun lien de parenté avec Amália.
Amália Rodrigues n’a jamais réalisé d’enregistrement studio de ce Fado Madragoa et on n’en connaît dans sa discographie que cette version, captée en 1960 à Paris lors d’un récital à Bobino. Elle ne chante qu’une partie du fado (le dernier couplet est laissé de côté), signe probable qu’il ne lui plaisait pas vraiment et qu’elle ne le donnait que parce qu’il était connu du public français. Les paroles en sont en effet assez médiocres.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Fado da Madragoa. João Bastos, paroles ; Frederico Valério, musique. Du film Madragoa (Portugal ; 1952), réalisé par Perdigão Queiroga (1916-1980).
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare.
Enregistrement public, Paris, Bobino, 22 février 1960. Extrait de l’album Paris 1960 / Amália Rodrigues. France, ℗ 1960.
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Uma saudade do mar tem
Seu monumento em Lisboa
Velho bairro popular
Sombrio e vulgar, que é a Madragoa.
E reza a história que foi lá
Numa noite de Natal
Que veio à luz o primeiro
Herói marinheiro
Que honrou Portugal.
La nostalgie de la mer
A son monument à Lisbonne,
Un vieux quartier populaire,
Sombre et banal, qui s’appelle Madragoa.
L’histoire dit que c’est là,
Une nuit de Noël,
Que vint au monde le premier
Héros navigateur
Qui a fait l’honneur du Portugal.
Ó velha Madragoa
Tens a esperança e nada mais
E há tanta coisa boa
Noutros bairros teus rivais
Ó velha Madragoa
Não tens um só painel
Um arco ou um brasão
Só tens, ó Madragoa
Nos lábios doce mel
No peito um coração.
Ô vieille Madragoa,
Tu ne possèdes que l’espoir
Alors que tes rivaux,
Les autres quartiers, ont tout !
Tu n’as, vieille Madragoa,
Ni panneau d’azulejos,
Ni arche, ni blason.
Tu n’as, ô Madragoa
À tes lèvres que du miel,
Et en ton sein qu’un cœur.
A noite cai e o luar vem
Dar-lhe a triste cor de opala
E as estrelas a brilhar
Parecem baixar
Do céu para beijá-la
E a Madragoa a dormir, tem
Como prémio ao seu labor
Lindos sonhos de princesa
Da eterna beleza
Dos sonhos de amor.
La nuit tombe et la Lune vient
La couvrir d’une triste couleur d’opale
Et les étoiles qui brillent
Semblent descendre du ciel
Pour l’embrasser.
Madragoa s’endort et fait,
En récompense de son labeur,
De doux rêves de princesse,
D’éternelle beauté
Et d’amour.
João Bastos (1883-1957). Fado Madragoa, du film Madragoa (Portugal ; 1952), réalisation Perdigão Queiroga.
.João Bastos (1883-1957). Fado Madragoa, trad. par L. & L. de Fado Madragoa, du film Madragoa (Portugal ; 1952), réalisation Perdigão Queiroga.
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Mireille • Parce que ça me donne du courage
Vu que l’époque est mauvaise et le temps bouché, recourons aux vieilles recettes.
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Mireille (1906-1996) • Parce que ça me donne du courage. Mireille, paroles ; Jean Nohain, musique.
Mireille, chant ; Jerry Van Rooyen et son orchestre.
France, [1958?].
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Quand le facteur part en tournée,
On l’entend toute la matinée fredonner…
Parce que ça lui donne du courage,
Ça lui remet le cœur à l’ouvrage.
Et le peintre en bâtiment,
Quand il repeint l’appartement,
Chante gaiement
L’air de Guillaume Tell
Sur sa grande échelle.Parce que ça lui donne du courage,
Ça lui remet le cœur à l’ouvrage.Mais le notaire qu’on voit passer
Avec son œil glacé,
Sa petite serviette, son pardessus
Et son air compassé,
Rasant les murs du vieux lycée
À petits pas pressés,
Oh qu’il est triste, triste, triste !Alors moi, quand ça ne va pas,
Ben j’ai compris, je chante comme ça :
Tralala !
Parce que ça me donne du courage,
Ça me remet le cœur à l’ouvrage.Sans tic-tac l’horloge s’arrête
Et sans clochette pas de troupeau,
Sans amour les gens sont bêtes,
Sans chanson pas de cœur au boulot.
Sans chanson pas de cœur au boulot.Quand le facteur part en tournée,
On l’entend toute la matinée fredonner…
Parce que ça lui donne du courage,
Ça lui remet le cœur à l’ouvrage.Et le plongeur de la guinguette,
Quand il jongle avec ses assiettes,
Chante à tue-tête
L’air de Miss Helyett* et L’escarpolette**
Parce que ça lui donne du courage,
Ça lui remet le cœur à l’ouvrage.Monsieur Mathieu, le contentieux,
37 rue Richelieu,
Un triste lieu, sombre et crasseux,
Tout plein de papiers bleus,
Des lunettes noires qui lui font voir
Un monde sans espoir,
Oh, qu’il est triste, triste, triste !Alors moi, quand ça ne va pas,
Ben j’ai compris, je chante comme ça :
Tralala !
Parce que ça me donne du courage,
Ça me remet le cœur à l’ouvrage.Sans tic-tac l’horloge s’arrête
Et sans clochette pas de troupeau,
Sans amour les gens sont bêtes,
Sans chanson pas de cœur au boulot.
Sans chanson pas de cœur au boulot.Mireille (1906-1996), nom de scène de Mireille Hartuch. Parce que ça me donne du courage (1948).
* De l’opérette Miss Helyett (1890), musique d’Edmond Audran (1842–1901), livret de Maxime Boucheron (1846-1896).
** De l’opérette Véronique (1898), musique d’André Messager (1853–1929), livret de Georges Duval (1847-1919) et Albert Vanloo (1846-1920).
De grâce

Toulouse (Occitanie, France), Basilique Notre-Dame la Daurade, 23 avril 2021.
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À la basilique de la Daurade on vient pour visiter la vierge noire qui trône avec son bambin, noir comme elle, au centre d’un autel exubérant qui lui est dédié ; plus souvent encore, on vient pour l’interroger, ou pour solliciter d’elle un miracle (et à en juger par la quantité d’ex-voto qui tapissent les parois de l’église, on ne vient pas pour des prunes). Soit les demandes se font in petto et se transmettent par télépathie, introduites pour plus de sécurité par un Je vous salue Marie qui permet d’établir la communication, soit elles se consignent par écrit : un cahier est mis à disposition à cet effet. Cependant certains requérants, peu soucieux de confier leurs demandes au papier fourni par le clergé, préfèrent les inscrire à même le marbre des ex-voto, par sécurité et pour accroître les chances que Notre Dame en prenne connaissance.
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Toulouse (Occitanie, France), Basilique Notre-Dame la Daurade, 23 avril 2021.
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Notre Dame Faites que le repas de midi soit bon – SVP
merci
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On trouve des dizaines d’inscriptions comme celle-ci. En l’occurrence, Notre Dame pourrait juger que la requête manque de précision. S’agit-il d’une demande générale : « Faites que tous les repas de midi soient bons, pour l’humanité entière » ? Plus probablement le demandeur, ou la demanderesse, sollicite une intervention pour un repas particulier. Celui d’aujourd’hui — ou de demain, ou d’un jour prochain —, un repas de midi qui doit faire événement. Il est crucial, pour une raison restée informulée, que ce repas soit bon. Est-ce que le demandeur, ou la demanderesse, manque de confiance dans sa compétence quant à la confection de ce repas ? Ou bien, cette responsabilité repose-t-elle sur un tiers dont on redoute qu’il ne considère pas ce repas avec le sérieux nécessaire ? À moins que ce tiers ne soit connu du demandeur, ou de la demanderesse, pour sa versatilité en matière de cuisine ?
Et pourquoi est-il de première importance que ce repas de midi soit bon ? On est porté à penser qu’il s’agit d’impressionner favorablement une personne, ou des personnes, qui y participeront. Ce serait une question de vie ou de mort, un enjeu tel qu’un fiasco serait fatal au demandeur, ou à la demanderesse.
Peut-être s’agit-il au contraire d’une prière un peu distraite. L’orant, ou l’orante, aurait demandé la première chose qui se soit présentée à son esprit au moment de la formuler.
Quoi qu’il en soit, on ne sait rien de la suite donnée. Aucune adresse, aucun moyen d’identifier le requérant ou la requérante n’a été laissé, à charge pour Notre Dame d’user de son sixième sens. N’est-ce pas trop lui demander ?
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Agnès Capri (1907-1976) • Nous voulons une petite sœur. Jean Nohain, paroles ; Francis Poulenc, musique. Fait partie de : Francis Poulenc (1899-1963). Quatre chansons pour enfants. FP 75 (1934).
Agnès Capri, chant ; accompagnement de piano.
France, 1939.
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Maria Teresa de Noronha • Minha sina
Maria Teresa de Noronha (1918-1993) • Minha sina. Maria Teresa de Noronha, paroles ; Armando Freire (Armandinho), musique (fado Bacalhau), souvent attribuée à José António Augusto da Silva (José Bacalhau), premier interprète de ce fado.
Maria Teresa de Noronha, chant ; Raúl Nery & Carlos Gonçalves, guitare portugaise ; Joaquim do Vale & Júlio Gomes, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Vidéo : extrait d’un récital télévisé de Maria Teresa de Noronha. Enregistrement : studios de la RTP (Rádio e Televisão de Portugal), Lisbonne (quartier de Lumiar), Portugal, 22 décembre 1967. Production : Portugal, RTP (Rádio e Televisão de Portugal), 1967.
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Maria Teresa de Noronha (1918-1993), aristocrate de naissance, comtesse de Sabrosa par son mariage, partageait en matière de coiffure le goût des différentes altesses et majestés d’Europe des années 60, comme on le voit dans cette vidéo de décembre 1967.
Parmi les fadistes, elle reste, jusqu’à aujourd’hui, l’une des plus grandes stylistes du chant. Elle s’adonnait en véritable virtuose à un art vocal subtil, parfois éblouissant, à l’instar d’une cantatrice — à ceci près que, comme toute fadiste, elle utilisait sa voix de poitrine. On chercherait en vain des traces de son héritage dans la génération actuelle. Seul António Zambujo, à ses débuts, s’en est réclamé.
Amália Rodrigues, qui privilégiait la vérité de l’interprétation à la beauté intrinsèque du chant, portait sur elle un jugement mi-figue mi-raisin, à la fois élogieux et cuisant :
Depois [de Hermínia Silva e Alfredo Marceneiro], quem gostei mais de ouvir cantar foi a Maria Teresa de Noronha. Quando comecei já a encontrei a cantar em festas particulares. Tem uma voz muito bonita, tem uma grande mobilidade na voz, mas falta-lhe um bocadinho de garra. Canta sempre a fazer graçinhas, voltinhas que não são espontâneas, porque tem a preocupação de as fazer. O fado dela é bonito, mas falta-lhe drama, não faz chorar ninguém.
Vítor Pavão dos Santos & Amália Rodrigues (1920-1999). Amália : uma biografia, Portugal, Presença, 2005, ISBN 972-23-3468-9. Page 61.Après [Hermínia Silva et Alfredo Marceneiro], c’est Maria Teresa de Noronha que j’aimais le plus entendre. Quand j’ai débuté, je la voyais dans des soirées privées où elle se produisait. Elle a une très belle voix, extrêmement mobile, mais qui manque un peu de mordant. Son chant est toujours plein d’ornements, de fioritures qui ne viennent pas spontanément, qu’elle cherche au contraire à produire délibérément. Son fado est beau, mais il manque de profondeur et il ne fait pleurer personne.
Il faut dire qu’Amália n’était guère charitable avec ses collègues. À ses éloges, même ceux formulés à l’égard des plus grands, elle annexait généralement un codicille plus ou moins vénéneux qui parfois en retournait la portée. Sur Maria Teresa de Noronha elle n’a pas tout à fait tort, si ce n’est qu’elle passe un peu vite sur les qualités exceptionnelles de son chant — qui ne cherchait probablement pas à « faire pleurer » et jouait sur un autre registre émotionnel. Les deux femmes avaient le même âge, à deux ans près, mais sans doute guère d’affinités l’une avec l’autre. Amália ajoutait même, je ne sais plus où, qu’elle trouvait que Maria Teresa de Noronha sentait un peu trop le bénitier.
Une vacherie que pourrait justifier le texte assez médiocre de Minha sina dont, fait aggravant, Maria Teresa elle-même était l’autrice. Car elle n’était pas très regardante quant à la qualité des paroles des fados qu’elle mettait à son répertoire, et c’est bien là que réside sa faiblesse. À sa décharge, la plupart de ses collègues des années 40 à 60 ne valaient pas mieux qu’elle — à l’exception, encore une fois, d’Amália, dont le milieu fadiste raillait les choix poétiques ambitieux.
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Que sina será a minha
P’ra trilhar assim sozinha
Nesta vida sem ter fim
Passo os dias a sofrer
E não consigo saber
Se gostas ou não de mim
Que sera ma destinée,
À moi qui chemine toute seule
Dans cette vie, obstinément ?
Je passe mes jours à souffrir
Et à me demander
Si tu m’aimes vraiment.
Se uma estrela se desloca
A ventura que se invoca
Pode ser realidade.
Quando olho e vejo a lua,
A minha prece é só uma:
A tua felicidade.
Quand on voit une étoile filante
On fait un vœu
Qui peut devenir réalité.
Mais lorsque que je vois la lune,
Le seul vœu que je fasse
C’est que tu sois heureux.
Deus quer que goste de ti,
E que tudo o que sofri,
Seja a minha grande cruz.
Já não desgosto das trevas
Por saber que és tu que levas
Tudo o que eu tinha de luz.
Dieu veuille que je t’aime
Et que toutes mes souffrances
Soient ma croix.
Je ne crains plus les ténèbres
Sachant que c’est toi qui emportes
Ce que j’avais de lumière.
Maria Teresa de Noronha (1918-1993). Minha sina (vers 1960).
.Maria Teresa de Noronha (1918-1993). Ma destinée, trad. par L. & L. de Minha sina (vers 1960).
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Les réclamations, c’est le 13.
Isabelle Aubret (née en 1938) • Il n’y a plus d’abonné au numéro que vous avez demandé. Serge Gainsbourg, paroles ; Henri Salvador, musique.
Isabelle Aubret, chant ; accompagnement d’orchestre ; Alain Goraguer, direction.
Vidéo : Vidéo : extrait de l’émission Discorama du 16 juin 1963. Philippe Ducrest, réalisateur ; Denise Glaser, productrice. Production : France, RTF [Radiodiffusion-télévision Française], 1963.
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C’est une erreur de votre part,
Je vous le dis
Une grave erreur que de croire
Qu’il vous suffit,
Pour qu’aussitôt je vous pardonne
De m’appeler au téléphone.Il n’y a plus d’abonné au numéro que vous avez demandé.
Croyez-vous qu’en faisant ainsi
Mon numéro,
Vous me ferez le vôtre ?
N’y comptez pas trop.
Non, il est bien temps que je songe
À ne plus croire vos mensonges.
Il n’y a plus d’abonné au numéro que vous avez demandé.
Veuillez consulter le bottin
De vos amours.
Sachez que ce bottin mondain
N’est plus à jour.
De moi-même, je me supprime
De la liste de vos victimes.
Vous qui m’avez laissée tomber,
À quoi vous sert après ça
De me relever dans l’annuaire ?
Adieu, adieu, ne vous déplaise,
Les réclamations, c’est le 13 !
Il n’y a plus d’abonné au numéro que vous avez demandé.
Serge Gainsbourg (1928-1991), Il n’y a plus d’abonné au numéro que vous avez demandé (1963).
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Gisela João • Aurora (2021)

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La publication du troisième album de Gisela João, Aurora (ou AuRora selon les sources), ajournée d’un an en raison de la pandémie, se réalise enfin. La Nordiste à la voix singulière, unique dans le panorama du fado contemporain, a changé de maison de disques, elle est devenue autrice et compositrice, elle a un compagnon qui joue de différents claviers sur cet album dont elle a confié la production à l’Américain Michael League, compositeur, bassiste, leader du groupe new-yorkais Snarky Puppy. Enfin cet enregistrement, pour la première fois, compte à son programme une majorité de chansons originales, musique comprise : on y relève à peine un (très court) Fado menor, un (très court et à peine reconnaissable) Fado cravo et une reprise de Longe daqui, du répertoire d’Amália Rodrigues.
On peut lire sur le site Internet de la chanteuse (mais non, curieusement, dans l’album lui-même), une sorte de préface pour Aurora par l’écrivain Gonçalo M. Tavares (né en 1970, largement traduit en français et publié chez Viviane Hamy) :
Gisela João met dans la tristesse un poids qui lui vient de sa façon de recevoir chacun des poèmes qu’elle chante.
Voici que le fado accélère, prend de la vitesse comme si la tristesse était pressée. La tristesse n’est pas un lieu où s’attarder — parfois, elle est un couloir qu’on ne fait que traverser pour passer de l’autre côté de la maison ; on ne s’y installe pas, c’est une voie de circulation. Un point de passage.
Parfois non. Certaines chansons s’attachent au contraire à creuser au plus profond de ce lieu instable.
Abandon, mélancolie et perte amoureuse, renoncements, changements définitifs, tout cela est présent : « Je ne pleure plus pour toi / je ne parcours plus les rues / accrochée aux pas de ceux / qui pourraient me donner de tes nouvelles » [extrait de « Já não choro por ti », paroles de Jorge Cruz, n.d.t.] ; mais il y a aussi la vibration féminine qui confère aux paroles des fados une résistance particulière.
Les « planches de la scène » (« As tábuas do palco »), de Gisela João — un titre qui traverse tout l’album — peuvent être sacrifice ou salut : « Je m’écorche le genou et je saigne », « je me plante sur les planches et je chante ». Mais toujours, elles sont essentielles. Celui ou celle qui chante attend toujours beaucoup des planches de la scène — tout, ou presque tout.
Gonçalo M. Tavares (né en 1970). AuRora. Dans : Gisela João, site officiel, 2021. Traduit du portugais par L. & L.
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Est-ce l’effet de mon humeur lorsque j’ai découvert l’album ? Je l’ai trouvé sombre et même, les premiers jours, un peu sinistre.
Gonçalo M. Tavares, dans son introduction, évoque la tonalité d’ensemble des thèmes abordés, crise, rupture, portés par des textes qui semblent refléter un moment de trouble intérieur dans la vie de la chanteuse. Ils sont souvent signés de Gisela João elle-même, seule ou en collaboration avec des proches (par exemple son amie Capicua, une artiste de rap et de hip-hop, Nordiste comme elle).
En outre la présence de claviers électroniques, tout au long des 12 morceaux de l’album, imprègne l’ensemble d’une ambiance sonore assez confuse, brumeuse, froide et nocturne dont surgit parfois, comme une illumination, la guitare portugaise de Ricardo Parreira, et que domine la voix puissante de la chanteuse. Bien que semblant parfois captée à travers un nuage, cette voix résonne avec sa force vitale et sa profondeur, bien loin de la fadeur de celles, interchangeables, de la ribambelle de jeunes « fadistes », hommes et femmes, dont les noms garnissent aujourd’hui les catalogues des producteurs.
Je dois dire que certains passages de l’album me laissent pour l’instant assez indifférent, quitte à y revenir plus tard. Quant à moi, outre les trois parties obsessionnelles de Tábuas do palco placées au début, au milieu et à la fin de l’album, se détachent Já não choro por ti (« Je ne pleure plus pour toi »), cité par Gonçalo M. Tavares, ainsi qu’un étrange et poignant Budapeste (« Budapest »), de la main de Gisela João ; ou encore cette Saia de herança (« La jupe héritée »), une composition assez basique, mais efficace, d’António Zambujo sur un texte (pas tout à fait fini, je trouve) de João Monge. En arrière-plan, on entend Gisela João évoquer, comme s’adressant un interlocuteur invisible à sa manière vive et spontanée, le goût pour la couture qu’elle a hérité, c’est le cas de le dire, de sa mère qui confectionnait elle-même les vêtements de la famille en raison de ses revenus étriqués.
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Gisela João • Saia de herança. João Monge, paroles ; António Zambujo, musique.
Gisela João, chant & samples ; Justin Stanton, claviers ; Justin Stanton & Michael League, arrangements.
Extrait de l’album Aurora / Gisela João. Portugal : Sons em trânsito, ℗ 2021.
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Da saia fiz o meu lenço
do pano que me sobrou
São bainhas do que penso
São panos de quem eu sou
Este vento é de cambraia
É de sal quando anoitece
Eu fiz um lenço da saia
para esconder o que entristece
Quem é despido vai ao fundo
Amor, sangue, saudade
Esta saia é o meu mundo
Não se pode amarrotar
É uma herança singela
Que foi talhada à medida
De cette jupe j’ai fait mon fichu
Dans le tissu qui m’est resté
Ce sont des coupons de moi-même
Ourlés de mes propres pensées.
Ce vent de batiste
Est de sel quand vient la nuit.
J’ai fait un fichu de la jupe
Pour cacher ce qui s’attriste.
Quand on est dévêtu, on sombre,
Amour, sang, saudade…
Cette jupe est infroissable.
Elle est mon univers
Et tout mon héritage,
Taillé pour moi sur mesure.
Quando a penduro à janela
É a bandeira da vida
Quand je la pends à la fenêtre,
Elle est le drapeau de la vie.
Quando a penduro à janela
É a bandeira da vida
Quand je la pends à la fenêtre,
Elle est le drapeau de la vie.
João Monge. Saia de herança (vers 2020).
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João Monge. La jupe héritée, traduit de Saia de herança (vers 2020) par L. & L.
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J’ai gardé pour la fin la reprise de Longe daqui, qui ne supporte pas la comparaison avec la version d’Amália Rodrigues. Ce n’est pas qu’elle soit mauvaise, mais elle déçoit dans la mesure où les précédentes incursions de Gisela João dans le répertoire de son illustre aînée étaient exceptionnelles. Cette reprise a du moins le mérite de rendre encore plus éclatant l’art incomparable d’Amália alors âgée de 50 ans et celui, pour ce cas précis, des guitaristes qui l’accompagnaient, au premier rang desquels José Fontes Rocha (1926-2011), auteur des arrangements.
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Gisela João • Longe daqui. Hernâni Correia, paroles ; Arlindo de Carvalho, musique.
Gisela João, chant ; Ricardo Parreira, guitare portugaise ; Nelson Aleixo, guitare ; Francisco Gaspar, basse ; Gisela João, Ricardo Parreira, Nelson Aleixo, Francisco Gaspar, & Michael League, arrangements.
Extrait de l’album Aurora / Gisela João. Portugal : Sons em trânsito, ℗ 2021.
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Gisela João
Aurora (2021)
Aurora / Gisela João. — Production : Portugal : Sons em trânsito, ℗ 2021.
1 CD : Sons em trânsito. — Universal 0892029. EAN 602508920295.
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Milva
Milva est morte avant-hier, vendredi 23 avril, à l’âge de 81 ans.
Sa longue carrière — plus de cinquante ans —, commencée dans la variété italienne dès 1961, a rapidement pris une tournure singulière, se distinguant par son éclectisme de celle se ses collègues de l’époque restées fidèles à la chanson nationale. Ses Canti della libertà (1965) incluent la fameuse Addio a Lugano, chanson anarchiste de la fin du XIXe siècle et La Carmagnole. Ses quelques incursions dans la chanson française la portent très naturellement vers le répertoire d’Édith Piaf, dont elle publie en 1970 un album de versions italiennes. La voici dans Simone, adaptation de Ça n’a pas d’importance, une chanson de Mac Orlan et Victor Marceau créée par Germaine Montero :
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Milva (1939-2021) • Simone (Ça n’a pas d’importance). Giorgio Calabrese, paroles italiennes ; Victor Marceau, musique. Adaptation de Ça n’a pas d’importance. Pierre Mac Orlan, paroles originales.
Milva, chant ; Roberto Negri, piano ; Ferdinando Nebuloni, violon ; Ettore Cenci, guitare ; Giorgio Azzolini, basse ; Gianni Zilioli, accordéon ; Mario Lamberti, batterie ; Roberto Negri, arrangements & direction.
Enregistrement public réalisé à Milan (Italie), Piccolo Teatro di Milano, octobre 1977. Extrait d’un spectacle musical de Filippo Crivelli.
Extrait de l’album Canzoni tra due guerre / Milva. Italie : BMG, ℗ 1978.
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Sa rencontre avec le metteur en scène Giorgio Strehler (1921-1997) est l’un des événements décisifs de sa carrière. Sous sa direction, elle joue et chante Brecht. Témoin de cette collaboration, l’impeccable album Milva canta Brecht (1971), avec un remarquable accompagnement de piano de Walter Baracchi :
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Milva (1939-2021) • Ballata della donna del soldato nazista. Giorgio Strehler, paroles italiennes ; Hans Eisler, musique. Adaptation de Und was bekam des Soldaten Weib. Bertolt Brecht, paroles originales.
Milva, chant ; Walter Baracchi, piano.
Extrait de l’album Milva canta Brecht / diretta da Giorgio Strehler. Italie : Ricordi, ℗ 1978.
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Quant à moi, je garde le souvenir de ce spectacle extraordinaire nommé El Tango, qui réunissait Astor Piazzolla, à la tête de son Quinteto Tango nuevo, et Milva. C’était à Paris, en 1984, au théâtre des Bouffes du Nord.
Un enregistrement sonore en a été réalisé et publié presque immédiatement, en France et en Allemagne, sous la forme d’un album intitulé Live at the Bouffes du Nord. On y trouve quelques-unes des meilleures versions qui existent des grandes chansons de Piazzolla, telles que la Balada para un loco, Preludio para el año 3001 et d’autres.
Morirò in Buenos Aires (Balada para mi muerte en v.o.), chanté en italien, était le deuxième morceau du concert, celui sur lequel la chanteuse effectuait son entrée, après un instrumental. Dans ce théâtre magique des Bouffes du Nord, alors que le noir complet s’était fait dans la salle, l’apparition de Milva surgissant à contre-jour de cette porte qui s’ouvre sur le côté cour de la scène (celui où je me trouvais, au premier ou au deuxième rang), est resté pour moi inoubliable, comme d’ailleurs le spectacle entier. « Je mourrai à Buenos Aires, à l’aube / Je regarderai avec douceur les choses de la vie. » D’emblée l’évocation de la mort, et Milva à la fois tragédienne et chanteuse.
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N.B. : La vidéo s’interrompt malheureusement une vingtaine de secondes en son milieu, entre 2:05 et 2:25.
Milva (1939-2021) • Morirò in Buenos Aires. Horacio Ferrer, paroles originales ; Angela Tarenzi, adaptation italienne ; Ástor Piazzolla, musique. Adaptation de Balada para mi muerte. Horacio Ferrer, paroles originales.
Milva, chant ; Ástor Piazzolla, bandonéon ; Quinteto Tango nuevo (Pablo Ziegler, piano ; Fernando Suárez Paz, violon ; Oscar López Ruiz, guitare électrique ; Héctor Console, contrebasse).
Captation du spectacle El Tango présenté au théâtre des Bouffes du Nord, Paris, septembre 1984.
Vidéo : aucune information.
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Milva n’a à vrai dire cessé de collaborer avec des artistes aussi divers que Franco Battiato, Míkis Theodorákis, Ennio Morricone, la poétesse Alda Merini et tant d’autres, jusqu’à ce qu’elle décide, au début des années 2010, de mettre fin à sa carrière.
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Caetano Veloso • Sonhos
Le reflet d’une époque… Sonhos (« Rêves »), du chanteur et compositeur brésilien Peninha (né en 1953), a connu un énorme succès au Brésil lors de sa publication en 1977, en dépit — ou à cause — de ses paroles qui prêtent à sourire aujourd’hui. Sa reprise en 1982 par Caetano Veloso dans l’album Cores, nomes lui a valu encore un surcroît de notoriété.
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Caetano Veloso • Sonhos. Peninha, paroles & musique.
Caetano Veloso, chant ; instrumentistes non crédités.
Enregistrement : décembre 1981.
Extrait de l’album Cores, nomes / Caetano Veloso. Brésil : Universal Music International, ℗ 1982.
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Tudo era apenas uma brincadeira
E foi crescendo, crescendo, me absorvendo
E de repente eu me vi assim
Completamente seu
Ce n’était qu’un jeu
Qui a grandi jusqu’à m’engloutir
Et tout à coup je me suis vu
T’appartenir tout entier.
Vi a minha força amarrada no seu passo
Vi que sem você não há caminho, eu não me acho
Vi um grande amor gritar dentro de mim
Como eu sonhei um dia
J’ai vu ma force s’attacher à tes pas.
J’ai vu que sans toi j’étais sans chemin, sans moi-même,
J’ai vu qu’un grand amour criait en moi
Comme un jour j’en avais rêvé,
Quando o meu mundo era mais mundo
E todo mundo admitia
Uma mudança muito estranha
Mais pureza, mais carinho, mais calma, mais alegria
No meu jeito de me dar
Quand mon monde était plus monde
Et qu’aux yeux de ce monde
Se produisait un étrange changement :
Davantage de pureté, de tendresse, de calme, de joie
Dans ma façon de me livrer.
Quando a canção se fez mais clara e mais sentida
Quando a poesia realmente fez folia em minha vida
Você veio me falar dessa paixão inesperada
Por outra pessoa
Quand la chanson s’est faite plus claire, plus précise,
Que la poésie est réellement devenue fête dans ma vie
Tu m’a parlé de cet amour pour quelqu’un d’autre
Qui tout à coup s’emparait de toi.
Mas não tem revolta, não
Eu só quero que você se encontre
Ter saudade até que é bom
É melhor que caminhar vazio
A esperança é um dom
Que eu tenho em mim
Mais il n’y a pas de révolte, non.
Tout ce que je veux c’est que tu te trouves.
Être habité de ton absence
Vaut mieux mieux que d’être vide.
L’espoir est un don
Que j’ai en moi.
Eu tenho sim
Não tem desespero não
Você me ensinou milhões de coisas
Tenho um sonho em minhas mãos
Amanhã será um novo dia
Certamente eu vou ser mais feliz
Oui, j’ai ce don,
Je ne suis pas désespéré.
Tu m’as appris des millions de choses.
Je tiens un rêve entre mes mains.
Demain sera un jour nouveau.
J’en suis sûr, je serai plus heureux.
Peninha (né en 1953). Sonhos (1977).
Peninha (né en 1953). Rêves, traduit de Sonhos (1977) par L. & L.
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Si la Garonne avait voulu

La Garonne à Toulouse, 27 mai 2017
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Cette chanson de Gustave Nadaud (1820-1893) — natif de Roubaix —, dont le titre original est simplement La Garonne, a été reprise dans les années 1970 par Julos Beaucarne, chanteur, conteur, écrivain… (etc.) belge, dans une version mise en musique par lui-même. La mélodie originale de Nadaud en est pourtant tout à fait correcte, comme en témoignent ces deux enregistrements : le plus récent des deux, réalisé par un Marcel Nobla, chanteur et guitariste (accompagné au piano en l’occurrence), date de 1956 ; l’autre, par Charlus, pseudonyme de Louis-Napoléon Defer (1860-1951), remonte à 1903.
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Marcel Nobla • Si la Garonne avait voulu. Gustave Nadaud, paroles & musique.
Marcel Nobla, chant ; accompagnement de piano.
Extrait du disque 45t Chansons éternelles N° 4 / Marcel Nobla, du Lapin agile. France : RCA, ℗ 1956. Restauration : Bibliothèque nationale de France, 2014.
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Si la Garonne avait voulu,
Lanturlu !
Quand elle sortit de sa source,
Diriger autrement sa course,
Et vers le Midi s’épancher,
Qui donc eût pu l’en empêcher ?
Tranchant vallon, plaine et montagne,
Si la Garonne avait voulu,
Lanturlu !
Elle allait arroser l’Espagne.Si la Garonne avait voulu,
Lanturlu !
Pousser au Nord sa marche errante,
Elle aurait coupé la Charente,
Coupé la Loire aux bords fleuris,
Coupé la Seine dans Paris,
Et moitié verte, moitié blanche,
Si la Garonne avait voulu,
Lanturlu !
Elle se jetait dans la Manche.Si la Garonne avait voulu,
Lanturlu !
Elle aurait pu boire la Saône,
Boire le Rhin après le Rhône,
De là, se dirigeant vers l’Est,
Absorber le Danube à Pesth,
Et puis, ivre à force de boire,
Si la Garonne avait voulu,
Lanturlu !
Elle aurait grossi la mer Noire.Si la Garonne avait voulu,
Lanturlu !
Elle aurait pu dans sa furie,
Pénétrer jusqu’en Sibérie,
Passer l’Oural et le Volga,
Traverser tout le Kamschatka,
Et, d’Atlas déchargeant l’épaule,
Si la Garonne avait voulu,
Lanturlu !
Elle aurait dégelé le pôle.La Garonne n’a pas voulu,
Lanturlu !
Humilier les autres fleuves.
Seulement, pour faire ses preuves,
Elle arrondit son petit lot :
Ayant pris le Tarn et le Lot,
Elle confisqua la Dordogne.
La Garonne n’a pas voulu,
Lanturlu !
Quitter le pays de Gascogne.
Gustave Nadaud (1820-1893). La Garonne ou Si la Garonne avait voulu (1848 ou 1860). Publié dans : Gustave Nadaud, Collection complète des Chansons. [13eme Volume], Paris : Heugel et C.ie, [1861].
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Charlus (1860-1951) • Si la Garonne avait voulu. Gustave Nadaud, paroles & musique.
Charlus, chant ; accompagnement de piano.
France, 1903.
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